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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral I. L’ascendance sur trois générations II. L’hybridation des origines et des générations par la mixité des couples III. L’entrelacement du lien à la migration des enfants des répondant·es de TeO2 Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Trajectoires et Origines 2

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 8

    De la mixité des ascendances à l’hybridation des généalogies 

    Mathieu Ferry, Pierre Tanneau et Patrick Simon

    p. 183-204

    Texte intégral I. L’ascendance sur trois générations 1. Décomposition de la population selon le lien à la migration 2. Lien à la migration selon l’âge 3. Les origines des immigré·es et des descendant·es d’immigré·es II. L’hybridation des origines et des générations par la mixité des couples 1. La mixité des unions et l’hybridation générationnelle 2. La mixité dans les ascendances  III. L’entrelacement du lien à la migration des enfants des répondant·es de TeO2 1. La position dans l’enchaînement des liens à la migration des enfants de TeO2 2. Les origines des enfants d’ascendance immigrée 3. La diversité des origines des enfants descendants G3 Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    1Si l’enquête Trajectoires et Origines porte le sous-titre « Diversité des populations en France », c’est qu’elle entend rendre compte des conséquences d’un long et puissant mouvement de diversification de la population en lien avec les migrations de la seconde moitié du xxe siècle. En effet, si l’immigration de masse est un phénomène ancien en France, remontant au xixe siècle, alors que les pays européens connaissaient à l’inverse de fortes émigrations de leurs surplus démographiques, le profil et l’origine des migrant·es se sont modifiés dans le contexte des décolonisations des années 1950 et 1960. Principalement européennes, les migrations se sont élargies aux anciennes colonies et plus généralement aux pays du Sud, dont les populations étaient jusqu’ici peu représentées. Cette diversification des origines (chapitre 1) s’est accompagnée d’un empilement des générations qui composent le kaléidoscope français : les migrations des années 1950 ont alimenté une strate de descendant·es direct·es – la deuxième génération (G2), correspondant aux enfants d’immigré·es –, qui a elle-même engendré une strate de petits-enfants d’immigré·es – la troisième génération (G3 ; Lê et al., 2022)1. Les flux migratoires se sont poursuivis jusqu’à aujourd’hui, faisant en sorte que les héritier·es des migrations des décennies précédentes cohabitent avec les nouvelles et nouveaux immigré·es de même origine. Les immigré·es nouvellement arrivé·es peuvent vivre dans des quartiers où résident des immigré·es installé·es de longue date et des descendant·es d’immigré·es de même origine. Ces superpositions et interpénétrations des strates par alliance de générations liées à l’immigration complexifient la définition des origines (chapitre 24). Ce phénomène dit de replenishment, observé en particulier aux États-Unis pour l’immigration mexicaine, qui cumule plus de trois générations qui s’entremêlent (Jimenez, 2010), reconfigure la démographie des sociétés multiculturelles.

    2L’objectif de ce chapitre est de montrer comment l’enchaînement des générations (Attias-Donfut et Wolff, 2009), ou plutôt leur entrelacement, contribue à brouiller les frontières entre les groupes (Alba, 2005), et relativise l’homogénéité des catégorisations (qui sont par définition conventionnelles, ce que l’on tend à oublier2). Une composante déterminante de la dynamique de la diversité de la population réside dans les mélanges entre les différents groupes d’origines, et avec la population des « Français sur trois générations » (qui n’ont aucun lien à l’immigration par eux-mêmes, leurs parents ou leurs grands-parents). Cet entrelacement contredit les représentations figées d’une reproduction à l’identique, d’une génération à l’autre, des populations de la même origine. Il s’agit également de montrer ici que les mélanges modifient la généalogie de la population majoritaire, hybridant les « Français sur trois générations » avec différentes origines. Bien qu’il ne soit pas possible de la mesurer précisément avec les données de TeO2, cette hybridation se produit aussi par les généalogies descendantes : la population sans ascendance migratoire peut entretenir des liens familiaux à l’immigration lorsque ses enfants sont en couple avec des personnes d’origine immigrée. L’approche est ici descriptive et morphologique (Halbwachs, 1970 [1938]), afin de reconstituer la composition de la diversité en fonction des liens à la migration et des origines. La diversification des généalogies est mesurée dans la première section par la reconstitution des origines des enquêté·es, en partant des répondant·es (ego) sur trois générations (ego, ses parents et ses grands-parents). La deuxième section analyse plus précisément les combinaisons de générations et d’origines engendrées par la mixité des unions qui déterminent une grande part des dynamiques d’hybridation (en complément du chapitre 7 sur le choix du conjoint). La troisième section décrit les généalogies en partant des enfants des enquêté·es, ce qui permet de montrer plus en détail la morphologie de la troisième génération et ses ascendances.

    3On qualifie d’hybridation le résultat des mélanges de populations d’origines diverses. Ce concept renvoie à des populations et non à des individus. Détourné du lexique de la biologie et de la botanique, il désigne ici les processus et résultats des mélanges entre générations et origines.

    I. L’ascendance sur trois générations

    4L’enquête TeO2 permet de connaître le lien à la migration et l’origine géographique sur trois générations de la population vivant en France métropolitaine. Les catégories sont définies à partir de la personne enquêtée, ego, en remontant successivement les générations de son ascendance. La personne enquêtée peut tout d’abord être immigrée ou pas. Si elle ne l’est pas (au sens où elle est née en France, ou née Française à l’étranger), elle peut être née en France d’un ou de deux parents immigrés, devenant ainsi une descendante de deuxième génération. Si la personne enquêtée est née en France de parents nés en France, elle peut malgré tout avoir un lien plus lointain à l’immigration par ses grands-parents. L’enquête TeO2 enregistre ainsi le lieu de naissance et la nationalité à la naissance des quatre grands-parents des enquêté·es et permet de décrire l’empreinte des migrations internationales dans les ascendances sur trois générations.

    1. Décomposition de la population selon le lien à la migration

    5Un tiers de la population âgée de 18 à 59 ans en France métropolitaine a un lien à l’immigration sur trois générations en 2019-2020 (tableau 1). Dans le détail, 13 % de la population sont immigré·,s 11 % sont descendant·es d’immigré·es, et 10 % de la population sont constitué·es de petits-enfants d’immigré·es, dont plus de la moitié n’ont qu’un seul grand-parent immigré.

    6En complément, les personnes n’ayant aucun lien à l’immigration internationale sur trois générations, dites « Françaises sur trois générations », représentent deux tiers de la population. On notera qu’une partie de ce groupe a pu malgré tout faire l’expérience de migration vers la France métropolitaine (ou en être issues). C’est le cas des personnes nées avec la nationalité française à l’étranger ou dans les Outre-mer (actuels ou de l’ancien empire colonial), ou encore issues de familles ayant vécu hors de la métropole. Ce chapitre ne traite pas de ces expériences migratoires, qui ne relèvent pas d’une immigration internationale, au sens de la définition classique des immigré·es en France (chapitre 28).

    Tableau 1. Lien à la migration de la population sur trois générations

    2. Lien à la migration selon l’âge

    7Il y a une forte interaction entre la structure par âge et le lien à la migration, non seulement parce que la migration tend à se concentrer aux (jeunes) âges actifs, mais aussi parce que la représentation des deuxième et troisième générations reflète avec décalage les flux antérieurs d’immigration3. La répartition de la population par lien à la migration reproduit en partie la représentation des immigré·es dans la population lors des décennies précédentes.

    8Les immigré·es sont peu nombreux et nombreuses dans la population avant 25 ans : seul·es 7 % des 18-24 ans sont immigré·es (tableau 2). En élargissant davantage les bornes d’âges considérées (Lê et al., 2022), le constat d’une surreprésentation des immigré·es aux âges actifs se confirme : les immigré·es représentent moins de 3 % des moins de 18 ans et 9 % des 60 ans et plus. De fait, trois quarts des nouveaux et nouvelles immigré·es entré·es en France en 2021 sont âgé·es d’au moins 19 ans, et la moitié d’au moins 26 ans (Tanneau, 2023).

    9À l’inverse, la proportion de descendant·es d’immigré·es dans la population est plus importante avant 30 ans et devient plus marginale à partir de 50 ans. Les descendant·es d’immigré·es âgé·es de 50 à 60 ans en 2019-2020 sont né·es en France au cours des années 1960, à une époque où les immigré·es représentaient une part plus faible de la population (6,5 % en 1968 ; Rouhban et Tanneau, 2023) que dans les années récentes.

    10Enfin, les proportions de petits-enfants d’immigré·es sont (relativement) plus élevées de 25 à 34 ans et de 50 à 59 ans, ce dernier groupe étant issu des migrations de l’entre-deux-guerres.

    Tableau 2. Liens à l’immigration de la population sur trois générations par classe d’âges

    3. Les origines des immigré·es et des descendant·es d’immigré·es

    11L’histoire des flux d’immigration marque la composition par origines des immigré·es et des descendant·es d’immigré·es : près d’un cinquième des immigré·es âgé·es de 18 à 59 ans sont né·es dans un pays de l’UE 27 (dont Europe du Sud) et près d’un tiers au Maghreb (figure 1). Ces deux régions représentent à elles seules 77 % des origines des descendant·es d’un ou deux parents immigrés. Avec des grands-parents dont la majorité sont vraisemblablement nés avant les années 1960, 83 % des petits-enfants d’immigré·es ont une ascendance dans l’UE 27 (dont Europe du Sud), et moins de 6 % sont d’ascendance maghrébine. Seul·es 11 % des immigré·es vivant en France sont originaires d’Europe du Sud, alors que c’est l’ascendance majoritaire (56 %) des petits-enfants d’immigré·es.

    12Les flux d’immigration les plus récents (Afrique subsaharienne et Asie) représentent respectivement 20 % et 9 % des immigré·es. Ces origines concernent une part assez limitée des descendant·es d’immigré·es de deuxième et troisième générations.

    Figure 1. Origine des répondant·es par lien à l’immigration

    Source : enquête Trajectoires et Origines 2, Ined-Insee, 2019-2020.

    Champ : France métropolitaine, personnes âgées de 18 à 59 ans. Lecture : 32 % des immigré·es sont originaires du Maghreb et 20 % d’Afrique subsaharienne. Note : les pourcentages sont pondérés. La liste complète des pays est donnée en annexe B de l’introduction de l’ouvrage. Les catégories de population (population majoritaire, G1, G2, etc.) sont définies dans l’annexe A.

    13La répartition par classe d’âges des descendant·es d’immigré·es permet de visualiser l’évolution de la distribution des origines : les descendant·es les plus jeunes sont issu·es des flux d’immigration les plus récents du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’Asie (annexe 1). La part des pays européens dans les origines des descendant·es d’immigré·es augmente avec leur âge : plus de la moitié des descendant·es d’immigré·es âgé·es de 55 à 59 ans sont originaires d’un des trois pays d’Europe du Sud, contre 15 % de ceux âgés de 18 à 24 ans.

    14Sur trois générations, les origines européennes – dont les flux d’immigration sont les plus anciens – sont principalement composées de descendant·es d’immigré·es, notamment de troisième génération (figure 2). Moins de 14 % des personnes originaires d’Europe du Sud et 24 % de celles originaires d’autres pays de l’Union européenne sont immigrées, contre 38 % de l’ensemble des personnes ayant un lien à la migration sur trois générations. À l’inverse, 51 % des personnes originaires d’Europe du Sud et 58 % de celles originaires d’autres pays de l’UE sont des descendant·es d’immigré·es de troisième génération, contre 29 % de l’ensemble des personnes ayant un lien à la migration sur trois générations.

    15La part des immigré·es est en revanche plus importante et celle des descendant·es d’immigré·es plus faible, voire négligeable pour la troisième génération, dans les origines dont les flux sont les plus récents. Ainsi, 67 % des personnes originaires d’Afrique subsaharienne sont immigrées, tout comme 63 % des personnes originaires de Turquie et Moyen-Orient et 60 % des personnes originaires d’Asie. Les troisièmes générations représentent moins de 5 % des personnes originaires d’Afrique subsaharienne et moins de 2 % des personnes originaires de Turquie et Moyen-Orient.

    Figure 2. Lien à la migration des répondant·es par origine

    Source : enquête Trajectoires et Origines 2, Ined-Insee, 2019-2020.

    Champ : personnes âgées de 18 à 59 ans ayant un lien à l’immigration sur trois générations. Lecture : parmi les personnes ayant un lien à l’immigration du Maghreb sur trois générations, 46 % sont immigrées, 48 % descendantes d’immigré·es et 6 % petits-enfants d’immigré·es. Note : les pourcentages sont pondérés. La liste complète des pays est donnée en annexe B de l’introduction de l’ouvrage. Les catégories de population (population majoritaire, G1, G2, etc.) sont définies dans l’annexe A.

    II. L’hybridation des origines et des générations par la mixité des couples

    16On a décrit jusqu’ici les origines par génération sans tenir compte de la mixité des unions, et donc des descendances, en retenant une origine exclusive. Pour autant, en croisant générations et origines, on obtient des combinatoires qui brouillent les catégorisations habituelles. Les unions peuvent ainsi associer des conjoint·es immigré·es avec des immigré·es ou des personnes sans ascendance migratoire, mais également avec des descendant·es d’immigré·es de même origine ou d’autres origines. Dans ce cas, les liens à la migration se superposent et les générations s’enchevêtrent. De ces mélanges répétés à chaque génération résulte une mosaïque des ascendances que l’on peut essayer de restituer. Pour ajouter à la complexité, une part considérable des descendant·es d’immigré·es de deuxième et troisième générations ont également dans leur généalogie des ascendant·es qui n’ont pas de liens à la migration, tandis que, réciproquement, les personnes sans ascendance migratoire sur trois générations entretiennent des liens à la migration par leurs unions (avec des personnes ayant des origines immigrées) ou leur descendance (leurs enfants ou petits-enfants peuvent être en union avec des personnes ayant des origines immigrées).

    1. La mixité des unions et l’hybridation générationnelle

    17Les mélanges entre niveaux de liens à la migration se produisent dès la génération des immigré·es dont 11 % sont en union avec un descendant de deuxième génération (quelle que soit son origine : colonnes (b) et (d) du tableau 3) et 29 % avec une personne de la population majoritaire (tableau 3). Ils s’intensifient à la deuxième génération de deux parents immigrés qui ne sont plus que 25 % à avoir un·e conjoint·e de même niveau de lien (en union avec un·e conjoint·e G2 : colonne (a) et (d)), tandis que 31 % sont en couple avec un·e G1 (quelle que soit son origine : colonnes (b) et (c)) et 45 % avec un·e majoritaire. Les descendant·es de couple mixte (nommés G2.5) renforcent leur ascendance non immigrée par des unions avec des majoritaires pour les trois quarts d’entre elles et eux, bien que 10 % privilégient une union avec un·e G2 (de même origine que le parent immigré ou d’une autre origine : colonnes (a) et (d)) et 16 % sont avec un·e conjoint·e immigré·e (quelle que soit son origine : colonnes (b) et (c)).

    18Si l’homogamie par lien à la migration domine dans l’ensemble de la population (78 % en additionnant les immigré·es en couple avec des immigré·es, les descendant·es avec des descendant·es, et les membres de la population majoritaire avec des majoritaires4), les combinaisons de liens à la migration concernent une proportion croissante dans les générations (hybridation verticale). Celle-ci est encore plus prononcée si l’on prend en compte l’hybridation par alliance, c’est-à-dire les origines des conjoint·es (hybridation horizontale). L’homogamie associant lien et origine est minoritaire pour les G2 (20 %) et résiduelle pour les descendant·es de couple mixte G2.5 (5 %) : dans leur cas, la diversité des origines et des générations de migration est la norme. La mixité des unions implique 12 % de la population majoritaire. Le phénomène est ancien : la proportion de personnes de la population majoritaire en couple avec une personne d’ascendance immigrée est stable dans tous les groupes d’âges (données hors tableau).

    19Ramenée à l’ensemble de la population, cette hybridation des ascendances et des alliances – fondée sur le lien à la migration et l’origine des parents, grands-parents et conjoint·es – implique 41 % de la population âgée de 18 à 59 ans en France métropolitaine5. Parmi cette population qui a un lien personnel, par ascendance ou par alliance, à l’immigration, l’hybridation se renforce par les croisements entre générations (première, deuxième ou troisième) et origines.

    Tableau 3. Type de mixité d’union des répondant·es selon le lien à la migration (%)

    2. La mixité dans les ascendances 

    20La mixité des unions avec la population majoritaire n’est pas la seule source d’hybridation : quand les descendant·es d’immigré·es ont leurs deux parents immigrés (53 %), ceux-ci peuvent avoir des origines différentes. De fait, ce n’est pas si fréquent que cela : dans 90 % des cas, les deux parents immigrés sont nés dans le même pays (annexe 2). L’homogamie d’origine géographique des parents est particulièrement élevée pour les descendant·es de deux immigré·es originaires de Turquie et Moyen-Orient (95 %), d’Europe du Sud (93 %) et du Maghreb (91 %), et plus faible6 pour les personnes originaires d’Afrique subsaharienne (86 %) et d’Asie (84 %). Lorsque les deux parents immigrés ne sont pas nés dans le même pays, ils sont originaires de la même région7 dans deux tiers des cas (et même 97 % des cas pour les originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et d’Europe du Sud).

    21Lorsqu’un seul des parents de l’enquêté·e est immigré, il est également possible d’estimer le lien à la migration du second parent. Parmi les descendant·es de couple mixte, le parent qui n’est pas immigré est lui-même un descendant d’immigré·es dans un quart des cas. Cette part est plus élevée lorsque le parent immigré est originaire du Maghreb (33 %) et plus faible lorsqu’il est originaire d’Afrique subsaharienne (16 %).

    22La composition de la génération des petits-enfants d’immigré·es est logiquement plus impactée par l’intensité de la mixité (tableau 4). Toutes origines confondues, 56 % des petits-enfants d’immigré·es n’ont qu’un seul grand-parent immigré et 93 % n’en ont qu’un ou deux. Avoir plus de deux grands-parents immigrés ne concerne que 7 % des petits-enfants d’immigré·es, dont 4 % ont leurs quatre grands-parents immigrés. Ces chiffres varient cependant selon l’origine. Pour celles et ceux dont au moins un des grands-parents est un·e immigré·e d’origine non européenne, la part de petits-enfants de quatre immigré·es est près de deux fois supérieure (soit 9 %).

    Tableau 4. Nombre de grands-parents immigrés des répondant·es selon l’origine des grands-parents

    III. L’entrelacement du lien à la migration des enfants des répondant·es de TeO2

    23Jusqu’ici, la diversité a été présentée à partir de l’ascendance des enquêté·es et de leurs unions, mais il est également possible de regarder l’évolution de la mixité des liens à la migration et de l’origine du point de vue des enfants des répondant·es. Cette approche inversée fournit une image prospective de l’évolution de l’hybridation au sein de la société française, sans prendre en compte les futures entrées et sorties du territoire. Dans la mesure où les répondant·es de TeO2 ont entre 18 et 59 ans, leurs enfants étudiés ici sont principalement des jeunes : 58 % des enfants des enquêté·es ont moins de 18 ans au moment de l’enquête. L’analyse de la base enfants de TeO2 complète le portrait de la population dressé à partir des répondant·es de TeO2 et permet de mesurer la place et les caractéristiques des troisièmes générations à partir d’effectifs nettement plus importants.

    24Dans cette section, l’unité statistique d’analyse est donc les « enfants » du ou de la répondant·e principal·e (figure 3) de l’enquête pour qui on dispose d’informations réduites (N = 41 336)8. Nous faisons le choix de conduire l’analyse sur les seuls enfants en vie au moment de la passation de l’enquête (N = 40 905), et les données sont pondérées avec la variable de pondération du répondant dans TeO2, les estimations étant alors représentatives des enfants de la population adulte métropolitaine entre 18 et 59 ans.

    Figure 3. Schéma explicatif de l’étude de la généalogie des enfants des répondant·es de TeO2

    Note : Le parent 1 correspond à la personne répondant à l’enquête dans TeO2. L’unité d’analyse correspond ici aux enfants de ces répondant·es. Les cercles indiquent les informations sur le lien à la migration nécessaires pour étudier la généalogie migratoire de ces enfants. Les flèches indiquent que la personne répondante demeure celle apportant ces informations, voir chapitre 27 sur les enjeux d’une réponse pour autrui.

    25On caractérise le lien à la migration et l’origine des enfants des répondant·es en reconstituant leur généalogie. L’un de leurs parents (que l’on appelle premier parent) correspond au ou à la répondant·e de l’enquête TeO2. Le second parent est dans la majorité des cas le ou la conjoint·e actuel·le, le ou la premier·e conjoint·e du ou de la répondant·e à l’enquête, personne non interrogée par l’enquête mais pour laquelle le ou la répondant·e a fourni des informations. À partir du lien à la migration et de l’origine des parents, complétés par le lieu de naissance, la nationalité et le lieu de résidence (en France ou à l’étranger) des enfants, on peut reconstituer l’origine et le lien à la migration sur trois générations des enfants (le détail de la construction de cette variable du lien des enfants à la migration est présenté dans les annexes 3, 4 et 5).

    26L’entrelacement des liens à la migration des premier et second parents (annexe 6) permet de saisir les relations indirectes de la population majoritaire à la migration. Lorsque le premier parent a un lien à la migration, il est fréquent que le second n’en ait pas (par exemple, 22 % des enfants ont un premier parent immigré et un second parent sans ascendance migratoire sur deux générations), la descendance de ce dernier se retrouvant, de fait, entremêlée à l’ascendance migratoire du parent immigré ou descendant d’immigré·es.

    27Le croisement du lien à la migration des parents donne aussi à voir le degré d’endogamie entre parents, déjà identifié dans la partie précédente pour les couples (qui n’ont pas forcément d’enfant, d’où les légères différences de proportions). Plus de deux tiers des enfants, dont le parent répondant à l’enquête est immigré, ont également un second parent immigré. Par ailleurs, 28 % des enfants dont le premier parent est descendant de deux parents immigrés ont un second parent immigré. Cette mixité du lien à la migration (mais pas des origines) interroge sur la catégorisation à appliquer aux enfants de ces couples : ils pourraient être considérés comme des petits-enfants d’immigré·es par leur premier parent, mais aussi comme des descendant·es d’immigré·es par leur second parent immigré. Cette configuration se retrouve plus fréquemment chez les originaires de Turquie et du Moyen-Orient et, dans une moindre, mesure d’Afrique subsaharienne. Suivant les conventions statistiques choisies dans TeO2 (chapitre 24), les enfants correspondant à ces configurations sont classés en descendant d’un parent immigré, c’est-à-dire que l’on donne priorité au lien générationnel le plus direct à l’immigration.

    1. La position dans l’enchaînement des liens à la migration des enfants de TeO2

    28Suivant cette convention, la position des enfants dans la nomenclature des liens à la migration est établie à partir des informations concernant le premier et le second parents (tableau 5). La distribution par classe d’âges (correspondant grosso modo à des quintiles en effectifs pondérés) permet de rendre compte des flux successifs de migration et de leurs conséquences sur la composition de la population suivant les cohortes.

    29Une catégorie additionnelle « G0 » a été créée pour désigner les enfants des répondant·es nés à l’étranger et qui n’ont pas immigré en France9 (les données indiquent qu’ils ne résident ni en métropole ni en Outre-mer). Ces enfants vivent séparés de leur(s) parent(s) (voir chapitre 4 sur ces situations) et ont très majoritairement deux parents immigrés (c’est le cas de 82 % des configurations parentales). Si 1 % des enfants sont G0, 3 % sont immigrés, venus en France métropolitaine après leur naissance à l’étranger, en moyenne à l’âge de 9 ans. La plupart ont leurs deux parents immigrés (97 %), leur migration s’inscrivant ainsi dans le cadre d’une mobilité familiale à ce jeune âge. Le poids des descendant·es de deux parents immigrés parmi l’ensemble des enfants (19 %) est bien supérieur à celui parmi les 18-59 ans répondants de l’enquête (11 %, tableau 1). Les petits-enfants d’immigré·es représentent 12 % de l’ensemble des enfants, soit un peu plus que dans la population de l’enquête (10 %). Ces enfants ont un parent qui est lui-même descendant d’immigré·es, ou les deux parents sont dans ce cas. Par comparaison à la population des répondant·es, on relève une proportion plus élevée de troisième génération ayant de deux à quatre grands-parents immigrés (ils sont 58 % au lieu de 44 %). Cet accroissement des ascendances immigrées reflète la présence progressive des troisièmes générations des immigrations non européennes, où la mixité a été un peu moins élevée que pour les immigrations européennes (chapitre 7).

    Tableau 5. Lien à la migration des enfants des répondant·es de TeO2

    30Parmi les enfants les plus jeunes, la proportion des descendant·es d’immigré·es est plus élevée : cela concerne plus d’un quart des enfants entre 0 et 5 ans (26 %), ce qui double leur poids par rapport aux répondant·es de l’enquête (11 %, tableau 1). La mixité parentale est plus marquée également chez les plus jeunes, signalant la constitution de la descendance des nouveaux couples mixtes. La proportion de petits-enfants d’immigré·es est également un peu plus élevée parmi les enfants les plus jeunes. Symétriquement, la proportion de la population sans ascendance immigrée sur trois générations baisse parmi les plus jeunes des enfants d’enquêté·es : ils représentent les trois quarts des 25-46 ans, mais 60 % des enfants entre 0 et 5 ans.

    2. Les origines des enfants d’ascendance immigrée

    31Le détail de l’origine géographique selon le lien à la migration des enfants d’enquêté·es (figure 4) dessine en creux les différentes vagues migratoires, comme on a déjà pu le voir pour les répondant·es. La distribution des origines parmi les moins de 18 ans préfigure la composition à venir de la société française adulte.

    32Quel que soit leur âge, les enfants descendants d’immigré·es sont principalement originaires du Maghreb. Les descendant·es d’immigré·es d’Europe du Sud ne représentent que 11 % des origines dans la population des enfants, alors que ce groupe était plus substantiel au sein des répondant·es G2 entre 18 et 59 ans (32 %, figure 1). Chez les moins de 18 ans, les Européen·nes du Sud représentent même moins de 8 % des descendant·es. Au contraire, le poids des descendant·es d’Afrique subsaharienne est plus important, représentant près de 17 % des moins de 18 ans (contre 9 % chez les répondant·es descendant·es, figure 1). La distribution des origines au sein de ces jeunes descendant·es d’immigré·es est proche de celle des immigré·es adultes parmi les répondant·es qui sont leurs parents, et montre bien l’évolution des strates migratoires et ses effets sur la descendance.

    33La distribution des origines des petits-enfants d’immigré·es reproduit celle des répondant·es G2 adultes âgé·es de 18 à 59 ans qui sont leurs parents (figure 1). Les petits-enfants d’immigré·es sont très majoritairement d’origine européenne, et en particulier d’Europe du Sud pour les plus âgés, mais celles et ceux d’origine maghrébine deviennent plus présent·es parmi les moins de 18 ans, et font jeu égal avec les Européen·nes du Sud parmi les moins de 5 ans. Il faudra attendre une vingtaine d’années pour que la troisième génération d’Afrique subsaharienne atteigne le niveau correspondant parmi les descendant·es.

    Figure 4. Distribution de l’origine géographique en fonction du lien à la migration et de l’âge, des enfants descendant·es G2 et G3 des répondant·es de TeO2

    Source : enquête Trajectoires et Origines 2, Ined-Insee, 2019-2020.

    Champ : ensemble des enfants G2 et G3 vivants des enquêté·es. Lecture : 41 % des enfants descendant·es G2 sont originaires du Maghreb. Ils représentent 43 % des 0-5 ans. Note : Enfants d’immigré·es (N = 8 996) et petits-enfants d’immigré·es (N = 9 789). Résultats pondérés à l’aide des poids d’échantillonnage de l’enquête. La liste complète des pays est donnée en annexe B de l’introduction de l’ouvrage. Les catégories de population (population majoritaire, G1, G2, etc.) sont définies dans l’annexe A.

    34On peut également représenter de manière inversée la distribution des positions générationnelles pour chaque origine comme réalisé dans la figure 2 sur les répondant·es ayant un lien avec l’immigration. On se concentre ici sur les enfants de moins de 18 ans (figure 5) afin de compléter le portrait dressé dans la première partie de ce chapitre. Cette perspective permet de visualiser « l’ancienneté » ou la « nouveauté » des différentes strates migratoires suivant les régions d’origine. La plus faible proportion de descendant·es G2 parmi les originaires des pays de l’UE 27, et surtout d’Europe du Sud, dénote la relative ancienneté des strates migratoires issues de ces régions. Symétriquement, les descendant·es d’Europe du Sud sont majoritairement des petits-enfants d’immigré·es. Dans tous les cas, on voit ici – quelle que soit l’origine – une coexistence des générations de migration, qui dénote un chevauchement des strates migratoires.

    Figure 5. Distribution du lien à la migration suivant l’origine géographique des enfants de moins de 18 ans des répondant·es de TeO2

    Source : enquête Trajectoires et Origines 2, Ined-Insee, 2019-2020.

    Champ : ensemble des enfants vivants de moins de 18 ans des répondant·es ayant une ascendance migratoire sur trois générations, cela correspond à 19 525 enfants. Lecture : 66 % des enfants de moins de 18 ans originaires du Maghreb sont descendants G2 et 28 % sont descendants G3. Note : résultats pondérés à l’aide des poids d’échantillonnage de l’enquête. La liste complète des pays est donnée en annexe B de l’introduction de l’ouvrage. Les catégories de population (population majoritaire, G1, G2, etc.) sont définies dans l’annexe A.

    3. La diversité des origines des enfants descendants G3

    35Le détail des origines des enfants nés de deux parents immigrés montre que 88 % d’entre eux ont leurs deux parents issus du même pays, et 12 % des parents venant de pays différents (on utilise ici la nomenclature TeO2 des pays de naissance à quatre chiffres, son niveau le plus détaillé). Cette diversité des origines est particulièrement faible pour les descendant·es de deux parents immigrés dont au moins l’un d’eux vient du Maghreb, de Turquie et Moyen-Orient, comme on l’a observé au sein de la population des 18-59 ans, et elle est ici un peu plus élevée pour les descendant·es d’Europe du Sud (annexe 7).

    36La composition de la mixité de l’ascendance des petits-enfants d’immigré·es est mieux visualisée pour les enfants des répondant·es que pour leur propre généalogie, à la fois par la description en termes de lignage et en termes d’origines.

    37Parmi les petits-enfants d’immigré·es, le cas le plus fréquent est de n’avoir qu’un seul grand-parent immigré (44 %, tableau 6). Cette proportion est plus faible qu’au sein de la population des répondant·es adultes entre 18 et 59 ans (tableau 4). Cette configuration d’ascendance à un seul grand-parent immigré est plus fréquente pour les originaires de l’UE 27 (81 %) et des autres pays (71 %), par rapport aux originaires d’Afrique subsaharienne (21 %), de Turquie et Moyen-Orient (25 %), et du Maghreb (27 %). C’est parmi ces trois derniers groupes d’origines que l’on observe les proportions les plus importantes de descendant·es de quatre grands-parents immigrés : 41 % des G3 de Turquie et du Moyen-Orient, 33 % des G3 d’Afrique subsaharienne et 24 % des G3 du Maghreb, alors qu’en moyenne, 12 % des G3 ont quatre grands-parents immigrés. Si la configuration avec trois grands-parents immigrés est marginale (5 % des G3), elle est davantage présente (à l’exception des originaires de Turquie et Moyen-Orient) chez les G3 de même origine. On retrouve chez ces petits-enfants d’immigré·es la résultante d’une plus forte endogamie chez les parents descendant·es d’immigré·es qui ont ces origines (voir la deuxième section de ce chapitre).

    38Quand les G3 ont deux grands-parents immigrés (40 % des cas), on peut détailler le lignage de l’ascendance migratoire. La notion de lignage mobilisée ici renvoie aux différentes branches familiales de la généalogie des descendant·es et reflète les configurations de mixité du lien à la migration. Pour un enfant avec deux grands-parents immigrés, ces grands-parents peuvent venir de la même famille (les deux parents du premier parent ou du second parent) ou un seul grand-parent dans chacune des branches. Dans les deux premiers cas, les grands-parents immigrés sont de la même lignée. Le troisième cas combine deux lignées différentes et mixtes. De fait, 37 % sur les 40 % de G3 ayant deux grands-parents immigrés sont issus de la même branche familiale. La mixité en termes de lien à la migration se manifeste à la génération des parents plutôt qu’à celle des grands-parents. La notion de lignage développée ici permet donc de compléter la mesure de l’ancienneté de l’hybridation des petits-enfants d’immigré·es avec la population majoritaire.

    39La dynamique de mixité mise en place dès la génération des grands-parents pour les G3 à un seul grand-parent, ou pour les G3 à deux grands-parents de lignage différents, correspond à près de la moitié des G3 (44 % et 3 %, soit 47 %). Elle est particulièrement importante pour les descendant·es de l’UE 27. La mixité à la génération des parents concerne 37 % des G3. Dans ce second cas, le petit-enfant d’immigré·es est issu d’un parent lui-même descendant G2 et d’un parent sans ascendance migratoire. Cette strate de mixité est plus fréquente chez les descendant·es G3 du Maghreb et d’Europe du Sud. On peut sans doute comprendre en partie cette hybridation plus ou moins ancienne d’un point de vue générationnel en fonction de l’importance relative des flux migratoires et des dynamiques de migrations familiales, suivant les origines.

    Tableau 6. Lignée de l’ascendance migratoire chez les enfants descendants G3 (%)

    40À partir de cette caractérisation des lignages des G3, on peut aussi préciser la mixité des origines géographiques de ces enfants lorsqu’ils ont plus d’un grand-parent immigré (là encore en utilisant la nomenclature TeO2 des pays de naissance à quatre chiffres, son niveau le plus détaillé). En moyenne, 20 % des G3 ont des origines « mixtes », c’est-à-dire que ces enfants à plus d’un grand-parent immigré ont des ascendant·es immigré·es né·es dans des pays différents. Ce degré de mixité des origines géographiques est plus élevé que celui observé pour les enfants descendant·es d’immigré·es. Cette proportion est nettement plus élevée pour les enfants G3 avec trois grands-parents immigrés (73 % d’origines mixtes) ou deux grands-parents issus de lignées parentales différentes (47 % de mixité). Reflétant le constat dressé pour l’origine des parents des G2, les G3 ayant deux grands-parents de la même lignée parentale sont 93 % à avoir les mêmes origines. C’est aussi le cas, dans une moindre mesure, pour les G3 à quatre grands-parents, qui ont les mêmes origines dans 67 % des cas (annexe 8). Les degrés de diversité dans les origines familiales sont nettement plus élevés pour les G3 de l’UE 27 hors Europe du Sud (près des trois quarts ont leurs grands-parents immigrés issus d’origines différentes), que pour les G3 d’Europe du Sud et du Maghreb (respectivement 13 % et 22 % de mixité d’origines)10.

    Conclusion

    41Plus d’un siècle d’immigration a contribué à façonner la diversité des origines de la population française, chaque nouvelle vague à la suite de la précédente, créant un mille-feuille générationnel. L’enregistrement des origines sur trois générations dans l’enquête TeO2, notamment avec les questions sur les grands-parents, permet de rendre compte de cette diversité avec des détails inédits jusqu’ici. Reprenant des résultats esquissés dans des exploitations de l’enquête Histoire familiale de 1999 (Borrel et Simon, 2005) et, plus récemment, de l’enquête Emploi (Lê et al., 2022), nous avons pu faire un plan de coupe des strates mêlant générations en lien avec les migrations et origines, et représenter le kaléidoscope français.

    42Au-delà de la mesure des générations en lien avec l’immigration qui, additionnées sur trois générations, forment un tiers de la population en France, l’enjeu du chapitre était de visualiser l’enchevêtrement des générations. Les catégories de population utilisées dans cet ouvrage (G1, G1.5, G2, G2.5, G3, G4+) recouvrent la complexité des mélanges et l’interpénétration entre générations et origines, dont il est difficile de rendre compte de façon synthétique. De fait, 11 % des personnes descendantes directes d’un parent immigré et d’un parent majoritaire (G2.5) sont en union avec un·e immigré·e : leur enfant sera simultanément un petit-enfant d’un·e immigré·e (un G3) et un descendant direct d’immigré·e (un G2). Il peut combiner jusqu’à trois origines différentes, ce qui est le cas de 73 % des G3 avec trois grands-parents immigrés (certes très minoritaires). Cette dynamique qualifiée d’hybridation prend de l’ampleur avec l’élargissement des origines des immigré·es et, avec décalage, de celle de leurs descendant·es, multipliant les combinaisons. On a pu établir que 41 % de la population âgée de 18 à 59 ans avait un lien à l’immigration, soit par expérience personnelle de la migration, soit par ascendance, soit par union avec une personne ayant un lien à l’immigration.

    43Enfin, reconstituer les ascendances des enfants des enquêté·es et identifier leurs lignages sur deux générations (parents et grands-parents) ont permis d’élargir l’analyse. Mesurée à partir des enfants, la diversité des lignages montre comment les immigré·es d’hier ont été incorporé·es dans les familles du groupe majoritaire, qui de ce fait s’est agrandi (par assimilation11). Dans le même temps, ce processus d’interpénétration des lignages fait de l’hybridité une forme en devenir. Cette dialectique a été relevée par Richard Alba dans ses travaux sur l’American mainstream, mais là où il insiste sur la continuation du processus historique d’absorption des immigré·es et de leurs descendant·es dans la whiteness (Alba, 2020), nous identifions plutôt la profonde hybridation de la population majoritaire. La dynamique d’incorporation dans le groupe majoritaire est perceptible pour les descendant·es des migrations européennes de l’entre-deux-guerres (dont les G3 n’ont pour la plupart qu’un grand-parent immigré). Il est encore trop tôt pour savoir si les immigrations postcoloniales suivront la même dynamique démographique. On identifie à ce stade plus de lignées homogènes pour les petits-enfants des immigré·es du Maghreb, d’Afrique subsaharienne et de Turquie et Moyen-Orient. Dans ces lignées plus homogènes, le rapport aux origines des grands-parents immigrés est susceptible d’être plus actif que dans celles pour lesquelles l’ascendance majoritaire prédomine.

    Bibliographie

    Alba R., 2005, « Bright vs. blurred boundaries: Second-generation assimilation and exclusion in France, Germany, and the United States », Ethnic and Racial Studies, 28(1), p.20‑49. https://doi.org/10.1080/0141987042000280003

    Alba R., 2020, The Great Demographic Illusion: Majority, Minority, and the Expanding American Mainstream, Princeton University Press. https://doi.org/10.2307/j.ctvxrpxwt

    Attias-Donfut C., Wolff F.-C., 2009, Le destin des enfants d’immigrés : un désenchaînement des générations, Stock, Un ordre d’idées.

    Borrel C., Simon P., 2005, « Les origines des Français », in Lefèvre C., Filhon A., Histoires de familles, histoires familiales : les résultats de l’enquête Famille de 1999, Ined Éditions, Cahier no 156, p. 425‑442.

    Halbwachs M., 1970 [1938], Morphologie sociale, Armand Colin.

    Jiménez T. R., 2010, Replenished Ethnicity: Mexican Americans, Immigration, and Identity, University of California Press.

    Lê J., Simon P., Coulmont B., 2022, « La diversité des origines et la mixité des unions progressent au fil des générations », Insee Première, 1910.

    Rouhban O., Tanneau P., 2023, « Une situation des descendants d’immigrés plus favorable que celle des immigrés », in Bodier M., Lê J., Le Minez S., Rouhban O., Tanneau P. (dir.), Immigrés et descendants d’immigrés en France, Insee, Insee Références, p. 11‑23. https://www.insee.fr/fr/statistiques/6793314?sommaire=6793391

    Tanneau P., 2023, « Flux migratoires : un nombre d’entrées encore en retrait en 2021 par rapport à 2019 », Insee Première, 1945.

    Tribalat M., Garson J.-P., Moulier-Boutang Y. Silberman R., 1991, Cent ans d’immigration, étrangers d’hier, français d’aujourd’hui  : apport démographique, dynamique familiale et économique de l’immigration étrangère, Ined Éditions, Cahier n° 131.

    Notes de bas de page

    1Voir aussi (Tribalat et al., 1991) pour une autre approche de LA reconstitution démographique de 100 ans d’immigration. Sur la définition des catégories de population selon leur lien à la migration, voir le lexique fourni dans l’annexe A l’introduction de l’ouvrage.

    2Concernant ces catégorisations, et notamment la détermination d’une origine pour les personnes issues d’un couple mixte, voir le chapitre 24.

    3Par exemple, les immigrations de l’entre-deux-guerres.

    4Le calcul ne provient pas du tableau.

    5Pour ce calcul sont regroupé·es tou·tes les immigré·es, natifs et natives des Outre-mer (G1), les descendant·es d’un ou de deux parents immigrés ou de natifs ou natives des Outre-mer (G2), les petits-enfants d’immigré·es ou de natifs ou· natives des Outre-mer (G3), et les G4+ dont le ou la conjoint·e est immigré·e, natif ou native des Outre-mer, ou descendant·e d’immigré·e ou de natif et native des Outre-mer.

    6Cela reflète en partie mécaniquement la taille des regroupements de pays pour les catégories Asie et Afrique subsaharienne.

    7La région représente la strate géographique supérieure au pays retenue dans la nomenclature de l’enquête : le Maghreb, l’Afrique subsaharienne, l’Asie, l’Europe du Sud, etc.

    8Celles-ci concernent les propriétés démographiques (date de naissance, sexe), les informations permettant de déterminer le rapport à la migration (lieu de naissance, nationalité, identification du second parent) et des informations élémentaires sur le diplôme (pour les enfants de plus de 18 ans), le statut d’emploi et la catégorie socioprofessionnelle (pour les enfants de plus de 15 ans).

    9Cette catégorie n’existe pas pour les répondant·es qui résident par définition en France métropolitaine.

    10Sur les règles d’attribution de l’origine géographique des descendant·es G3, voir chapitre 24.

    11L’assimilation est le processus par lequel des nouveaux et nouvelles arrivé·es dans une société sont incorporé·es progressivement (sur plusieurs générations) et deviennent des membres du groupe majoritaire.

    Auteurs

    • Mathieu Ferry
    • Pierre Tanneau
    • Patrick Simon
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    1Voir aussi (Tribalat et al., 1991) pour une autre approche de LA reconstitution démographique de 100 ans d’immigration. Sur la définition des catégories de population selon leur lien à la migration, voir le lexique fourni dans l’annexe A l’introduction de l’ouvrage.

    2Concernant ces catégorisations, et notamment la détermination d’une origine pour les personnes issues d’un couple mixte, voir le chapitre 24.

    3Par exemple, les immigrations de l’entre-deux-guerres.

    4Le calcul ne provient pas du tableau.

    5Pour ce calcul sont regroupé·es tou·tes les immigré·es, natifs et natives des Outre-mer (G1), les descendant·es d’un ou de deux parents immigrés ou de natifs ou natives des Outre-mer (G2), les petits-enfants d’immigré·es ou de natifs ou· natives des Outre-mer (G3), et les G4+ dont le ou la conjoint·e est immigré·e, natif ou native des Outre-mer, ou descendant·e d’immigré·e ou de natif et native des Outre-mer.

    6Cela reflète en partie mécaniquement la taille des regroupements de pays pour les catégories Asie et Afrique subsaharienne.

    7La région représente la strate géographique supérieure au pays retenue dans la nomenclature de l’enquête : le Maghreb, l’Afrique subsaharienne, l’Asie, l’Europe du Sud, etc.

    8Celles-ci concernent les propriétés démographiques (date de naissance, sexe), les informations permettant de déterminer le rapport à la migration (lieu de naissance, nationalité, identification du second parent) et des informations élémentaires sur le diplôme (pour les enfants de plus de 18 ans), le statut d’emploi et la catégorie socioprofessionnelle (pour les enfants de plus de 15 ans).

    9Cette catégorie n’existe pas pour les répondant·es qui résident par définition en France métropolitaine.

    10Sur les règles d’attribution de l’origine géographique des descendant·es G3, voir chapitre 24.

    11L’assimilation est le processus par lequel des nouveaux et nouvelles arrivé·es dans une société sont incorporé·es progressivement (sur plusieurs générations) et deviennent des membres du groupe majoritaire.

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    Ferry, M., Tanneau, P., & Simon, P. (2026). De la mixité des ascendances à l’hybridation des généalogies . In C. Beauchemin, M. . Ichou, & P. Simon (éds.), Trajectoires et Origines 2. Paris: Ined Éditions. https://doi.org/10.4000/168p6
    Ferry, Mathieu, Pierre Tanneau, et Patrick Simon. « De la mixité des ascendances à l’hybridation des généalogies  ». In Trajectoires et Origines 2, édité par Cris Beauchemin, Mathieu Ichou, et Patrick Simon. Paris: Ined Éditions, 2026. doi:10.4000/168p6.
    Ferry, Mathieu, et al. « De la mixité des ascendances à l’hybridation des généalogies  ». Trajectoires et Origines 2, édité par Cris Beauchemin et al., Ined Éditions, 2026, https://doi.org/10.4000/168p6.

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    Beauchemin, C., Ichou, M. ., & Simon, P. (éds.). (2026). Trajectoires et Origines 2. Paris: Ined Éditions. https://doi.org/10.4000/168pq
    Beauchemin, Cris, Mathieu Ichou, et Patrick Simon, éd. Trajectoires et Origines 2. Paris: Ined Éditions, 2026. doi:10.4000/168pq.
    Beauchemin, Cris, et al., éditeurs. Trajectoires et Origines 2. Ined Éditions, 2026, https://doi.org/10.4000/168pq.
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