Chapitre 7
La diversité des ancrages territoriaux au regard des parcours migratoires
p. 145-165
Texte intégral
1Dans un contexte sociétal où les migrations sont de plus en plus fréquentes, que ce soit à l’échelle du quotidien ou à l’échelle d’une vie et sur des distances de plus en plus importantes, il paraît intéressant de s’interroger sur la place du territoire dans le processus de construction identitaire. D’un point de vue collectif, on assiste à la fois à un regain des revendications d’identités locales et à l’apparition d’une sorte de « marketing identitaire » régional destiné à lutter contre une uniformisation liée à la mondialisation qui nivellerait les identités nationales. Ainsi, en France, les appartenances géographiques déclarées à une échelle locale sont de plus en plus valorisées et mises en avant comme palliatif de repères identitaires défaillants (Guérin-Pace, 2006b).
2D’un point de vue individuel, on constate que les liens entretenus avec les différents lieux de vie sont extrêmement variables et, plus généralement, que le sens accordé aux lieux varie de manière importante d’une personne à l’autre. Saisir la complexité des ancrages territoriaux parmi les différents facteurs d’identification nécessite de comprendre ce qui forme le sentiment d’appartenance à un territoire. Entre les personnes qui se sentent originaires d’un lieu précis, celles qui se sentent d’ici et d’ailleurs ou celles qui déclarent ne pas avoir d’attache territoriale, il existe une multitude de manières de décliner son appartenance géographique, qui constituent autant de registres identitaires spatiaux que les personnes mobilisent ou non à un moment donné de leur existence.
3Pour certains, le territoire est une forme d’inscription personnelle, fondateur de l’identité, symbole de leurs origines géographiques et porteur de leur histoire familiale. L’échelle géographique de cet espace approprié s’étend du plus local (hameau, rue, quartier), au plus global et se décline à toutes les échelles intermédiaires selon les individus et les parcours (Guérin-Pace, 2006a). Pour d’autres, le lieu est uniquement perçu comme support à d’autres dimensions identitaires et chaque migration est vécue comme un changement de lieu, un nouvel ancrage et non comme un déracinement (Ramos, 2006). « Mes racines ne sont pas nationales […] elles sont dans ma famille, et se transportent1 » exprime une enquêtée d’origine écossaise qui a vécu dans de nombreux pays à l’étranger. Elle précise ensuite que ce n’est pas le lieu de mobilité en tant que tel qui est important, mais la qualité des échanges et des relations qu’elle noue en ce lieu (Ville, Guérin-Pace, 2005). La nature du lien au territoire n’est donc pas directement reliée à l’histoire migratoire des personnes, comme le démontrera ce chapitre. Ainsi, les trajectoires comprenant de nombreuses étapes, éventuellement certaines ruptures, ne sont pas nécessairement celles qui produisent les identifications spatiales les plus complexes. À l’inverse, on observe des personnes qui ont connu une moindre mobilité, mais éprouvent des difficultés à situer leur appartenance à un territoire. La migration peut donc être vue comme une forme d’expérience qui s’accumule : l’ensemble des lieux de vie constitue un patrimoine identitaire géographique au sein duquel les individus piochent tour à tour, investissent certains lieux plus que d’autres, en mettent certains à distance de manière provisoire ou définitive, les occultant parfois comme s’ils n’avaient jamais existé.
4Les données recueillies dans l’enquête Histoire de vie permettent de décrire la diversité des parcours géographiques des personnes vivant sur le territoire français et d’étudier les formes de liens au territoire qu’elles mettent en place selon leur parcours et leurs caractéristiques. Au-delà des lieux de naissance et de résidence qui figurent couramment dans les enquêtes, celle-ci recueille l’histoire migratoire complète des individus2. Elle aborde aussi de manière innovante les représentations associées aux différents lieux avec lesquels les personnes sont en relation par le recueil de territoires subjectifs tels que le lieu d’origine perçu, un lieu d’attachement, un lieu éventuel de projet et le lieu de sépulture envisagé. Elle permet ainsi de mettre en évidence, parmi l’ensemble des appartenances spatiales déclarées, celles qui font davantage sens pour les individus et qui peuvent être mobilisées comme vecteur d’identification.
5Ce chapitre tentera donc de montrer de quelle façon l’ancrage territorial appréhendé par différents lieux investis (origine, attachement, projet, sépulture) peut être un facteur important de la construction identitaire, en particulier dans le cas de personnes qui possèdent une trajectoire complexe.
I. Appartenances géographiques et identifications
6La difficulté à déclarer une appartenance ou une origine géographique apparaît d’autant plus importante que la trajectoire des personnes est complexe et s’inscrit dans de nombreux lieux de vie. On s’interrogera en premier lieu sur la diversité des trajectoires géographiques des personnes qui vivent sur le territoire français. Entre les personnes qui n’ont jamais quitté leur lieu de naissance, celles qui ont connu un grand nombre d’étapes en France et à l’étranger, celles qui n’ont vécu qu’à la campagne, ou qu’en ville, il existe une grande variété des parcours géographiques qui sont à prendre en compte dans la compréhension du lien au territoire3.
1. La diversité des trajectoires géographiques selon le lien à la migration
7Sur l’ensemble de la population vivant sur le territoire français, 15 % résident, au moment de l’enquête, dans leur commune de naissance : 11 % n’ont jamais quitté cette commune (tableau 1) et 4 % sont revenus y vivre après une absence plus ou moins longue4. L’analyse de la trajectoire selon le lien à la migration est intéressante à observer, en particulier pour les enfants d’immigrés. Elle montre que seuls 16 % des enfants nés de deux parents immigrés ont vécu à un moment de leur vie à l’étranger et 13 % de ceux nés d’un seul parent immigré. Autrement dit, près de 85 % des enfants d’immigrés n’ont jamais vécu dans le pays d’origine d’au moins un de leurs parents. Par ailleurs, on observe que la proportion de personnes qui n’ont jamais changé de commune est deux fois supérieure pour les enfants nés de deux parents immigrés que pour les personnes nées de parents nés français. En revanche, leurs étapes se situent moins fréquemment en milieu rural : 1 à 2 % des enfants d’immigrés ont une trajectoire entièrement située en milieu rural contre 11 % pour les personnes nées de parents nés français5. D’une manière générale, le nombre d’étapes de la trajectoire en France est beaucoup moins important pour les descendants d’immigrés que dans l’ensemble de la population. Cela signifie que lorsque la migration des parents a été effectuée, les étapes de mobilité à l’intérieur du territoire français sont restreintes. Ce résultat peut s’interpréter de différentes manières : soit les personnes qui ont connu une rupture migratoire s’installent dans un lieu dans lequel elles ont déjà des contacts et des réseaux et ne souhaitent pas nécessairement en bouger, soit le lieu de résidence est « choisi » par défaut et les possibilités d’en sortir sont limitées. Dans ce cas, il s’agit d’une trajectoire captive dans laquelle l’individu est enfermé sans grandes possibilités de s’extraire.
Tableau 1. Localisation des trajectoires selon le lien à la migration (%)

★ Les chiffres entre parenthèses indique l’effectif de la modalité.
Champ : ensemble de la population (n = 8 403).
Lecture : 25 % des personnes nées de deux parents immigrés n’ont jamais changé de commune de résidence, 72 % ont toujours vécu en ville.
Source : enquête Histoire de vie-Construction des identités, Insee, 2003.
2. Sentiment d’appartenance territoriale et échelle géographique de référence
8En réponse à la question ouverte « Si je vous demande d’où vous êtes ? », 92 % des personnes interrogées n’ont pas de difficulté à fournir une réponse (Guérin-Pace, 2006b). L’échelle géographique à laquelle se situe ce lieu de référence est d’autant plus précise que la mobilité du parcours est restreinte. Ainsi, la commune est privilégiée de façon importante par les personnes qui ont connu une faible mobilité et le recours à celle-ci s’atténue au fur et à mesure que la mobilité s’étend. Le lien à la migration est aussi un facteur important de détermination du lieu de référence, mais n’est pas suffisant pour comprendre la formation du sentiment d’origine. Ainsi, 64 % des immigrés qui ont gardé leur nationalité, citent leur pays de naissance comme lieu d’où ils se sentent, cette proportion décroît à 37 % pour les immigrés qui ont acquis la nationalité française et à 7 % pour les descendants d’immigrés. Autrement dit, il existe une population importante d’immigrés qui ne se réfèrent pas à leur lieu de naissance pour situer leur appartenance géographique. À l’inverse, une petite fraction de descendants d’immigrés nés en France et n’ayant jamais vécu dans le pays de naissance de leurs parents se déclare « originaires » de celui-ci.
9Indépendamment du lien à la migration, certaines personnes ont du mal à définir « d’où elles sont » et à donner une localisation précise (6 %), et ce d’autant plus que leur trajectoire comporte un grand nombre d’étapes. Les réponses les plus fréquentes sont de « nulle part » ou de « partout ». Quelques descendants d’immigrés tentent de doser leurs origines telles « moitié espagnole, un quart belge, un quart breton », mais ce type de réponses concerne aussi des personnes nées de parents nés Français qui évoquent les différentes appartenances régionales dont elles sont issues.
10Si l’on pose maintenant la question « Vous sentez-vous avant tout ? » en proposant de choisir une modalité de réponses parmi plusieurs échelonnées entre la région et le continent6, c’est l’échelle nationale qui se place en premier lieu, loin devant l’échelle régionale (tableau 2) (Filippova, Guérin-Pace, 2008). Rappelons que cette dernière est une construction administrative récente qui semble plus difficilement mobilisable en termes identitaires et ce, d’autant plus, que le lien à la migration est fort et que la durée de résidence en France est faible. Ainsi, seulement un immigré sur dix de nationalité étrangère se sent avant tout d’une région de France, contre près de deux sur dix des descendants de deux parents immigrés et près d’un tiers des personnes nées en France de parents nés Français. Par ailleurs, plus d’un immigré sur deux qui a acquis la nationalité française déclare se sentir Français avant tout, et ce en proportion un peu plus importante que les descendants d’immigrés qui privilégient plus fréquemment l’échelle régionale, se rapprochant ainsi des personnes nées de parents nés Français. Enfin, l’échelle européenne est davantage plébiscitée par les immigrés ou leurs descendants que par les personnes nées de parents nés français. Elle représente ainsi une expression d’identification possible pour des personnes dont le patrimoine géographique est très diversifié, leur permettant de concilier leurs différentes origines géographiques, même si celles-ci ne sont pas européennes. Cette proportion est certes plus importante pour les personnes originaires d’Europe (autour de 20 %), mais reste non négligeable pour les personnes extérieures à l’Europe (autour de 6 %). « Je me sens avant tout Européen » signifierait ainsi « j’ai différentes origines nationales, je vis en France » et l’appellation européenne « peut faire l’affaire » pour éviter de décliner ces différentes origines.
Tableau 2. Lien à la migration et sentiment d’appartenance territoriale (%)

Lecture : En réponse à la question « Vous sentez-vous avant tout ? », 56 % des immigrés devenus Français se disent Français.
Source : enquête Histoire de vie-Construction des identités, Insee, 2003.
Tableau 3. Lieux investis selon le lien à la migration (%)
Lieux investis | Immigré de nationalité étrangère | Immigré devenu | Né en France de deux parents immigrés | Né en France d’un parent immigré | Nés de parents nés Français | Ensemble |
Déclare un lieu d’attachement | 84 | 79 | 75 | 75 | 24 | 77 |
Déclare un lieu de sépulture | 52 | 49 | 59 | 61 | 57 | 57 |
Champ : ensemble de la population (n = 8 403).
Source : enquête Histoire de vie-Construction des identités, Insee, 2003.
3. Registres d’ancrage identitaire et trajectoires
11Si le fait de décliner une appartenance géographique est une manière d’afficher un ancrage identitaire, celui-ci peut s’exprimer de plusieurs manières. En particulier, se sentir de quelque part est un sentiment quasi unanime, comme en témoigne la proportion très importante de personnes (92 %) qui ont répondu à la question « d’où êtes-vous ? » par une localisation précise. En définitive, on est tous de quelque part même si ce « quelque part » est une construction. En revanche, déclarer un lieu d’attachement7 est un acte facultatif par lequel on exprime un sentiment, à un moment donné de sa vie, envers un lieu. Ainsi, l’existence d’un lieu d’appartenance ne s’accompagne pas nécessairement d’un lien sentimental envers ce lieu. Le lieu de sépulture remplit encore une fonction différente dans l’imaginaire des lieux tout en étant de nature identitaire. Ce choix de la dernière demeure constitue une dimension symbolique ultime (Attias-Donfut, Wolf, 2004) de l’identité spatiale, appréhendée pour les populations immigrées comme « une des clefs pour l’interprétation de l’intégration [des immigrés d’origine maghrébine] à la société française » (Chaïb, 2006).
12Les plus nombreux à déclarer un lieu d’attachement sont les immigrés et leurs descendants (tableau 3). Près de 9 immigrés sur 10 qui ont conservé leur nationalité déclarent être attachés à un lieu, quel qu’il soit, alors que cette proportion n’est que d’une personne sur 4 pour les personnes nées de parents nés français. En revanche, le choix d’un lieu de sépulture apparaît plus compliqué pour les personnes issues de l’immigration qui sont plus nombreuses à déclarer ne pas savoir ou ne pas y avoir réfléchi : « reposer en nouvelle terre d’accueil consacre la rupture avec le passé et ses morts […] reposer auprès des ancêtres et marquer ainsi la fidélité au passé familial risque de couper l’individu des générations vivantes » (Attias-Donfut, Wolf, 2004).
13Sur quels lieux se portent ces choix d’investissement affectif, qu’il s’agisse du lieu d’attachement ou du lieu de sépulture ? Pour les personnes qui ont cité un lieu d’attachement, il s’agit le plus souvent de leur lieu de résidence (61 %), devant leur lieu naissance (58 %) ou celui de leurs parents (53 %)8. Plus d’un immigré sur deux qui a conservé sa nationalité se déclare attaché à son pays de naissance contre un sur trois pour ceux qui sont devenus Français (figure 1). L’attachement au lieu de naissance des parents est déclaré par près d’un descendant d’immigré sur quatre, loin derrière le lieu de résidence (58 %) et le lieu de naissance (51 %). Cette mise à distance du lieu d’origine en termes affectifs se confirme par la faible proportion de projets de retour dans le lieu de naissance. En effet, moins d’un tiers des immigrés de nationalité étrangère (29 %) et 21 % des immigrés devenus Français déclarent souhaiter retourner vivre un jour dans leur pays d’origine. En ce qui concerne les descendants d’immigrés, cette proportion est de 12 %. Cette dernière peut sembler élevée pour des personnes qui n’ont jamais vécu dans le pays d’origine de leurs parents et semble davantage relever d’un témoignage affectif que d’un véritable projet migratoire9.
14En ce qui concerne le lieu de sépulture, la moitié des personnes interrogées déclarent y avoir réfléchi, et ce d’autant plus que les personnes sont âgées et que leur trajectoire de mobilité est restreinte. D’une manière générale, les déterminants du lieu de sépulture diffèrent de ceux du lieu d’attachement (Guérin-Pace, 2006a). Le lieu privilégié est le lieu de résidence – excepté pour les immigrés qui ont conservé leur nationalité – devant le lieu de naissance et celui des parents (figure 2). Si les descendants d’immigrés déclarent en premier leur lieu de résidence, ils sont toutefois 40 % à envisager une sépulture sur le lieu de naissance d’un de leurs parents, la plupart n’y ayant jamais vécu, témoignant d’une fidélité envers leurs origines familiales. Cette volonté est plus marquée pour les musulmans originaires du Maroc, d’Algérie ou de Tunisie, religion pour laquelle l’inhumation sur la terre natale est un élément important. Cependant, pour plus de la moitié d’entre eux cette volonté ne s’accompagne pas d’un projet de retour dans ce pays. Par ailleurs, le choix du lieu de sépulture est très différent selon la nationalité au moment de l’enquête. Posséder la nationalité française accroît très fortement la volonté d’être inhumé en France. Ainsi 71 % des immigrés de nationalité étrangère déclarent souhaiter être enterrés dans leur pays de naissance contre 38 % seulement de ceux devenus Français (figure 2).
4. La dimension spatiale au regard des autres marqueurs identitaires
15Investir des lieux en leur attribuant une fonction symbolique, une dimension projective ou affective ne confère pas pour autant à cette dimension spatiale un rôle de vecteur identitaire. Les appartenances mobilisées pour s’identifier ne sont pas nécessairement géographiques ou même localisées. Ainsi la famille est largement plébiscitée comme facteur de construction identitaire (Houseaux, 2003) lorsque l’on demande aux personnes de choisir parmi différents thèmes ceux qui sont importants pour dire qui elles sont10. La composante spatiale, qu’elle s’exprime par les lieux d’attachement ou les origines géographiques, apparaît comme un facteur non négligeable de la construction identitaire, quel que soit le lien à la migration. Ainsi, près de trois personnes sur dix citent « les lieux auxquels elle(s) est (sont) attachée(s) » pour dire qui elles sont, près d’une sur dix cite « ses origines géographiques » (tableau 4). Ce dernier choix est d’autant plus marqué que le lien à la migration est fort. Les thèmes relatifs aux lieux apparaissent juste derrière le thème de la famille pour les personnes immigrées qui ont conservé leur nationalité. Ainsi, près d’une sur trois choisit « ses origines géographiques » contre seulement 7 % des personnes nées de parents nés Français. Les lieux d’attachement, lieux choisis librement par les personnes, sont mobilisés de manière prépondérante avec une répartition plus équilibrée entre les différentes catégories de population, même si les immigrés de nationalité étrangère les plébiscitent davantage, le plus souvent au détriment de leur situation professionnelle. Ce résultat mériterait une analyse plus approfondie mais l’étude privilégiée ici est celle de la place de la composante géographique au regard des autres dimensions identitaires.
Figure 1. Lieu d’attachement selon le lien à la migration

Champ : ensemble des personnes qui ont déclaré un lieu d’attachement et dont le lieu de résidence est différent du lieu de naissance.
Note : pour simplifier cette représentation, les personnes nées d’un seul parent immigré ont été écartées.
Source : enquête Histoire de vie-Construction des identités, Insee, 2003.
Figure 2. Lieu de sépulture selon le lien à la migration

Champ : ensemble des personnes qui ont déclaré un lieu d’attachement et dont le lieu de résidence est différent du lieu de naissance.
Note : pour simplifier cette représentation, les personnes nées d’un seul parent immigré ont été écartées.
Source : enquête Histoire de vie-Construction des identités, Insee, 2003.
II. Une identité spatiale multiforme
16Comprendre la relation que les personnes entretiennent avec leurs lieux de vie et la manière dont elles investissent certains lieux plus que d’autres, nécessite de prendre en compte l’ensemble des informations relatives à cette dimension et de les relier aux autres éléments constitutifs de l’identité. En particulier, cette approche de l’identité par sa composante spatiale ne saurait être complète sans la prise en compte d’une dimension plus sociale et démographique.
17Une typologie des rapports au territoire a été dressée en introduisant tous les éléments relatifs aux lieux dont on disposait dans l’enquête, mais aussi tout un ensemble de variables décrivant la sociabilité familiale et amicale développée dans ce lieu11. Une fois cette typologie établie12, les différents groupes obtenus ont été caractérisés par des attributs démographiques et sociaux, mais aussi par des éléments descriptifs d’autres dimensions identitaires. Six profils se dessinent au regard de cette analyse, mettant en évidence une diversité de la mobilisation du territoire.
Tableau 4. Choix des thèmes identitaires selon le lien à la migration (%)

Note : Seuls ont été reportés dans ce tableau les thèmes pour lesquels les variations selon le lien à la migration étaient significatives au seuil de 1 %.
Champ : ensemble de la population (n = 8 403).
Source : enquête Histoire de vie – Construction des identités, Insee, 2003
1. Les origines géographiques mobilisées comme dimension identitaire (11 %)13
18Ce premier groupe rassemble plus fréquemment des personnes d’âge médian (45-60 ans), dont les trois quarts sont immigrées, arrivées en France avant l’âge de 30 ans. Près de 40 % d’entre elles ont conservé leur nationalité d’origine, 24 % ont acquis la nationalité française. On relève une surreprésentation de personnes d’origine algérienne, de personnes ayant résidé en cité ou dans les grands ensembles urbains et vivant le plus souvent en banlieue et en zone urbaine sensible (ZUS), dans la région parisienne. Ce sont, en majorité, des personnes faiblement qualifiées et les ouvriers sont surreprésentés dans ce profil. Elles sont, le plus souvent, mariées, avec des enfants et leur famille vit, pour près d’un tiers, dans la même région. Leur sociabilité est essentiellement centrée autour de personnes de la même origine géographique. La pratique religieuse semble occuper une place importante : 29 % déclarent une pratique régulière et 23 % une pratique occasionnelle14. La vie en France ne semble pas avoir été toujours facile et continue de l’être pour bon nombre d’entre elles. Une surreprésentation de personnes déclarent des conditions financières difficiles (45 %) ou « ne pas avoir été du tout libres de choisir le cours de (leur) vie »15.
19Dans ce contexte, le lien au pays d’origine reste très fort, que ce soit par l’expression d’un sentiment d’attachement (37 %), par le projet de retourner y vivre un jour (25 %) ou d’y avoir son lieu de sépulture (22 %). Plus encore, le thème « des origines géographiques » est beaucoup plus fréquemment mobilisé pour se définir (4 fois plus que pour l’ensemble de la population), pour des personnes dont le parcours migratoire semble avoir été en partie contraint. Ce lien au territoire constitue un facteur identitaire privilégié, même si le thème de la famille est évoqué aussi plus fréquemment ainsi que celui lié aux « opinions politiques et religieuses ».
2. Un attachement au lieu de naissance pour des personnes peu mobiles (9 %)
20Plus des trois quarts des personnes regroupées dans cette classe ont plus de 45 ans et sont nées en France de parents nés Français (90 %). Plus d’un tiers d’entre elles sont installées dans leur localité de résidence depuis plus de 30 ans, le plus souvent dans des villes de taille petite ou moyenne. Les parcours migratoires sont différenciés au sein de cette classe. Un tiers des personnes a toujours vécu au sein du même département et la moitié a une trajectoire qui compte de 3 à 4 étapes de mobilité, trajectoires qui s’inscrivent exclusivement sur le territoire français. L’ancrage dans le lieu de résidence est important, en témoigne la proportion importante de propriétaires (61 %) et de personnes qui déclarent souhaiter demeurer dans leur lieu de vie actuel si elles vivent sur leur lieu de naissance, ou y retourner si elles s’en sont éloignées. De milieu modeste, un tiers d’entre elles possède un niveau d’études primaires et déclare une situation financière difficile. On relève une surreprésentation d’agriculteurs, d’artisans et d’habitants de la région Midi-Pyrénées.
21La sociabilité est ici réduite, peu de loisirs sont déclarés en dehors de la fréquentation d’amis d’enfance ou de la même origine géographique. En revanche la pratique religieuse ou l’engagement politique sont supérieurs à la moyenne de l’ensemble de la population. En termes identitaires, les lieux d’attachement, et en particulier le lieu de naissance, sont des dimensions importantes mobilisées pour se définir (deux fois plus citées qu’en moyenne). Cependant, le thème de la santé est aussi davantage choisi, sans doute en raison de l’âge des personnes ici regroupées, mais aussi d’une proportion importante de personnes qui déclarent avoir eu, au cours de leur vie, un problème de santé.
3. Un lieu d’ancrage après un parcours de vie souvent difficile (20 %)
22Assez semblable à la classe précédente d’un point de vue démographique et social, les personnes regroupées ici sont en moyenne âgées : la moitié a plus de 60 ans, un quart est âgé de 45 à 59 ans ; elles sont nées de parents nés Français pour une large majorité (90 %) ou arrivées en France très jeunes. Les femmes y sont un peu plus nombreuses ainsi que les personnes veuves.
23Le rapport aux lieux de vie est marqué avant tout par un attachement très fort au lieu de résidence qui s’accompagne parfois d’une rupture ou d’un éloignement affectif du lieu de naissance. En effet, la majorité des personnes regroupées ici se déclare très attachée à son lieu de vie (63 %) avec une volonté d’y demeurer et même d’y être enterrée (71 %). L’ancrage dans le lieu de résidence est renforcé par une proportion très importante de propriétaires de leur résidence principale (70 %). Cet attachement est d’autant plus marqué que près de 3 personnes sur 4 ont la majorité de leur famille qui vit dans la région. La sociabilité est elle aussi tournée autour du lieu de vie : les amis sont plus souvent des personnes du voisinage que des amis d’enfance. Par ailleurs, il existe un engagement associatif et politique important ainsi qu’une pratique religieuse occasionnelle ou régulière.
24Les trajectoires au sein de ce profil sont très variées avec un nombre d’étapes en moyenne élevé : la moitié possède plus de cinq étapes et un quart a vécu en France et à l’étranger. Le lien avec l’origine semble être rompu, les trois quarts n’y ont pas conservé d’amis, et très peu d’entre eux ont pour projet de retourner y vivre ou d’avoir en ce lieu leur sépulture. Par ailleurs un grand nombre de personnes déclarent avoir connu au cours de leur vie des événements difficiles, des difficultés financières ou encore des problèmes de santé.
25De manière attendue, le lieu d’attachement, ici le lieu de résidence, est plus fréquemment choisi pour se définir ainsi que le thème lié à la santé, sans doute en raison d’un plus grand nombre de personnes qui déclarent avoir connu un problème de santé. Le thème des engagements ou des opinions politiques ou religieuses est aussi légèrement plus mobilisé comme facteur identitaire pour cette population.
4. L’inscription géographique : une composante identitaire délaissée par les jeunes « déclassés16 » (25 %)
26On trouve ici une population jeune (62 % âgée de moins de 45 ans), à dominante masculine, dont plus de la moitié vit ou a vécu à un moment de sa trajectoire en grand ensemble urbain et plus fréquemment dans la région parisienne. Les parcours migratoires comportent un nombre d’étapes important (les trois quarts ont changé plus de cinq fois de commune et un tiers plus de sept fois), situés exclusivement en France pour plus des trois quarts. Quelle qu’en soit l’expression, les lieux ne constituent pas un ressort identitaire mobilisé. En particulier, le lieu de vie actuel est peu investi et semble provisoire au sein d’un parcours chaotique. Une large majorité ne regretterait pas son lieu de résidence en cas de mobilité sans toutefois, pour 40 % d’entre elles, avoir de projet migratoire précis. On a le sentiment que ce lieu de résidence est en décalage, pour un grand nombre d’entre elles, avec leur situation sociale et leurs attentes personnelles, d’où une volonté importante de s’en extraire. Ce, d’autant plus, qu’il s’agit pour la plupart de personnes diplômées – 42 % ont fait des études supérieures contre 27 % dans l’ensemble de la population – aux revenus élevés, même si certaines ont connu un peu plus fréquemment des périodes de chômage. La sphère investie est davantage celle des loisirs : 54 % déclarent plus de huit activités de loisirs et ce thème est mobilisé plus fréquemment pour se définir. Par ailleurs, les thèmes relatifs à l’activité professionnelle (ou aux études) et aux engagements sont plus présents, facteurs d’identification plus valorisants pour des personnes actives en majorité et dont l’insertion spatiale est en décalage avec le statut social. N’ayant pas accès aux lieux de résidence auxquelles elles aspirent, elles investissent dans des domaines qui leur procurent davantage de satisfaction. De manière paradoxale, les dessins choisis pour représenter les parcours de vie sont de forme ascendante et semblent venir signifier une attente dans l’avenir17.
5. Des jeunes plus investis dans la sphère relationnelle que spatiale (24 %)
27Ici aussi, une population jeune, près des trois quarts ont moins de 45 ans, fréquemment célibataires. La particularité essentielle de cette classe est de regrouper des personnes qui ont peu changé de lieu de résidence. Les trajectoires comportent ainsi peu d’étapes migratoires, très localisées (59 % n’ont jamais changé de département, 26 % n’ont pas changé de région). De ce fait, le sentiment d’origine coïncide le plus souvent avec le lieu de naissance. Les habitants du Nord de la France, qu’ils soient ruraux ou urbains, sont plus présents dans cette classe.
28Un tiers des personnes ici regroupées ne donne pas de lieu d’attachement, et plus de la moitié déclare qu’elle n’éprouverait pas de regrets si elle devait changer de lieu de vie, sans exprimer pour autant de projet migratoire précis. En revanche la sphère des loisirs et celle des relations amicales sont fortement investies. Cette dernière est le plus souvent constituée d’amis d’enfance et un peu moins souvent issus du voisinage que dans l’ensemble de la population. La famille est aussi très présente dans la région.
29Il s’agit par ailleurs plutôt de célibataires, qui déclarent plus fréquemment ni appartenance religieuse ni engagement politique ou associatif.
30Ainsi le rapport au territoire n’est pas mobilisé dans la construction identitaire. Ce sont les thèmes « amis », « profession » (65 % d’entre eux sont actifs), ou encore celui « des passions ou des loisirs » qui sont privilégiés. Les trajectoires de vie sont plus fréquemment considérées comme ascendantes avec une surreprésentation de personnes qui déclarent des périodes de vie positives (cf. note 17).
6. Des immobiles enracinés (11 %)
31Cette classe rassemble à la fois des plus jeunes (41 % de moins de 30 ans) et des plus âgés (29 % de plus de 60 ans) et un déficit de personnes de classes d’âge intermédiaire, les plus mobiles. Étant donné les âges contrastés des personnes ici rassemblées, on observe à la fois une surreprésentation de célibataires, d’étudiants, de veufs et de retraités. Natifs en France dans l’ensemble, 9 % sont nés de deux parents immigrés. Ce sont plus fréquemment des agriculteurs, ruraux ou habitants des petites villes. Les régions Nord-Pas-de-Calais, Bretagne et Picardie sont surreprésentées dans ce profil. Cette classe a la particularité de regrouper des personnes qui n’ont, pour la quasi-totalité d’entre elles, jamais changé de lieu de résidence (98 %). Une grande partie de leur famille vit dans la région pour les trois quarts. Cette immobilité ne s’accompagne pas forcément d’un sentiment d’attachement envers ce lieu de vie même si 60 % d’entre elles se déclarent attachées à ce seul lieu expérimenté. Malgré cet attachement, seuls 45 % expriment le désir de rester vivre en ce lieu, en majorité les plus âgées d’entre elles.
32Par ailleurs, les revenus sont peu élevés, mais l’appréciation des trajectoires d’un point de vue financier n’est pas négative et les trajectoires de vie sont plus souvent représentées sous forme linéaire ou en dents de scie.
33Il existe au sein de ce groupe une pratique religieuse plus importante, mais moins d’investissement politique ou associatif. Les thèmes choisis pour se définir sont plus souvent les lieux d’attachement ou les relations amicales.
Conclusion
34D’une mobilisation prédominante des origines géographiques à une absence de la composante spatiale dans la construction identitaire, les liens au territoire s’expriment sous de multiples formes. L’étude des histoires migratoires individuelles démontre la diversité du rapport aux lieux de vie et la complexité des ancrages territoriaux, en particulier pour les populations immigrées et leurs descendants. Le recueil des lieux investis à un moment donné dans les parcours individuels fournit un éclairage sur cette dimension spatiale des identités. La confrontation de ces lieux subjectifs (lieux d’origine, d’attachement, de projet et de sépulture) aux éléments de la trajectoire permet d’explorer plus en profondeur les mécanismes d’investissement du territoire, mais aussi la mise à l’écart de certains lieux.
35La formation d’un sentiment d’attachement nécessite souvent une prise de distance par rapport aux lieux. Ainsi, les personnes dont le parcours est très localisé ne ressentent pas nécessairement de lien d’attachement envers leur lieu de vie, sans pour autant éprouver le besoin d’en changer. À l’inverse, des trajectoires migratoires très complexes peuvent s’accompagner d’un investissement à chacune des étapes, comme un ancrage à chaque fois renouvelé. L’analyse des attaches territoriales de personnes immigrées montre une variété du rapport au lieu d’origine et du sentiment d’appartenance. Si ces dernières sont nombreuses à manifester un attachement à leurs origines géographiques, peu d’entre elles envisagent un projet de vie en ce lieu. Par ailleurs, les descendants d’immigrés expriment fréquemment un attachement au lieu d’origine de leurs parents, marque d’un témoignage affectif plus que d’un véritable référent identitaire. La mise à l’écart de certains lieux du parcours, et en particulier du lieu de résidence, témoigne parfois d’un ancrage impossible pour des personnes dont l’inscription géographique est en décalage avec leurs attentes sociales. Dans ce cas, la construction identitaire s’effectue selon d’autres facteurs et conduit à investir d’autres dimensions identitaires, en particulier les sphères professionnelles et amicales.
36Ces résultats démontrent à quel point la variété des parcours géographiques est un élément très important dans la compréhension de la diversité de la population vivant sur le territoire français. Dans un contexte sociétal où l’origine géographique est constamment mise en avant, il semble plus que nécessaire de comprendre ce qui fonde le lien que les individus entretiennent avec les lieux de leur parcours. En conclusion, on peut s’interroger sur la pertinence de considérer le seul lieu de naissance pour assigner une origine ou des « racines », en particulier aux personnes immigrées, comme si ce lieu déterminait à lui seul les identités individuelles et collectives. Le lieu de naissance est un élément parmi d’autres, au sein d’un patrimoine géographique, qui peut ou non être mobilisé comme vecteur de construction identitaire.
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Références bibliographiques
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Annexe
Annexe
Lecture : Tous les chiffres indiqués dans ce tableau sont significatifs au seuil de 5 %. Les chiffres soulignés le sont au seuil de 1 %. Les cases non renseignées indiquent que pour la classe considérée la présence de la modalité considérée n’est pas significativement différente de la proportion d’ensemble (1re colonne). Les proportions indiquées en italique sont sous-représentées dans la classe, les autres sont surreprésentées.
Note : Toutes les modalités d’une variable n’étant pas présentes, la somme n’est pas toujours égale à 100.
Notes de bas de page
1 Cet extrait provient d’un corpus de 20 entretiens effectués dans la phase préparatoire de l’enquête Histoire de vie.
2 Le parcours géographique est restitué par la succession de communes et de pays de résidence dans lesquels la personne a vécu plus d’un an.
3 La construction des variables de localisation de la trajectoire a été effectuée à partir de la Base des données de communes de l’Insee (Bdcom) pour les communes situées en France et à partir d’une information déclarative sur la nature de la localité au moment où la personne y a séjourné pour les communes situées à l’étranger (grande ville, petite ville, à la campagne).
4 La population immigrée a été surreprésentée dans l’échantillon de l’enquête. Les personnes nées à l’étranger représentent 20,5 % des répondants (9 % au recensement de 1999), celles nées d’au moins un parent né à l’étranger, 15 % (11 % en 1999). Les immigrés (nés étrangers à l’étranger) sont au nombre de 1147 dans l’enquête, 503 personnes nées de deux parents immigrés ont été interrogées, 446 nées d’un seul parent immigré.
5 Pour les communes de la trajectoire situées en France, le critère rural est défini par une population inférieure à 2000 habitants. Pour celles situées à l’étranger, il était demandé à l’enquêté s’il s’agissait d’une commune urbaine ou rurale.
6 Ni la commune ni le département n’étaient proposés comme modalité de réponse à cette question.
7 La question était libellée ainsi « En ce qui vous concerne, y a-t-il un lieu auquel vous êtes plus particulièrement attaché ? »
8 Les personnes qui résidaient dans leur commune de naissance au moment de l’enquête ont été retirées de l’analyse (1226 individus).
9 La question : « Y a t-il un lieu dans lequel vous aimeriez vivre plus tard ? » est volontairement libellée de façon vague et ne cherche pas à recueillir un lieu de projet bien défini, mais plutôt l’expression d’un souhait, d’une éventualité.
10 La question posée était « Parmi les thèmes que nous venons d’aborder, quels sont les trois qui vous correspondent le mieux ? ».
11 Un tableau des différentes variables actives utilisées dans cette analyse figure en annexe du chapitre.
12 Il s’agit d’une classification ascendante hiérarchique effectuée sur les coordonnées factorielles issues d’une Analyse des Correspondances Multiples (logiciel Spad). Le critère d’agrégation utilisé est le critère de Ward.
13 La proportion indique le poids de la classe dans l’ensemble de la population.
14 Les personnes étaient interrogées sur leur pratique religieuse et non sur leur appartenance à une religion.
15 La question était libellée ainsi : « certaines personnes se sentent libres de choisir le cours de leur vie. Et vous, comment vous situez-vous sur cette échelle ? » (6 niveaux sont proposés entre le « pas du tout libre » et le « tout à fait libre »).
16 Cette population correspond à ce que Louis Chauvel dénomme les « déclassés », au sens de déclassement social, en particulier des classes moyennes.
17 La question posée était « Si vous deviez illustrer par un dessin ce qu’a été jusqu’à aujourd’hui votre vie, quel dessin choisiriez-vous ? » (cf. p. 213).
Auteur
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France Guérin-Pace
Est géographe, directrice de recherches à l’Ined dans l’unité « Identités et territoires » qu’elle dirige (UR12). Ses domaines de recherche portent principalement sur les questions urbaines et sur l’inscription spatiale des populations en lien avec les trajectoires migratoires.
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