Introduction à la troisième partie
p. 89-93
Texte intégral
« Le centre historique est vivant par ses habitants, nous savons aussi faire l’histoire », Coordinadora Unica de Damnificados.
Agglomération de Mexico

1Symbole de la grandeur préhispanique et de la Conquête, siège des pouvoirs fédéraux, espace de centralité à l’échelle d’une agglomération de 15 millions d’habitants et milieu spécifique d’habitat populaire, le centre ancien de Mexico constitue un espace sur lequel se concentre, d’une manière exacerbée, l’ensemble des tensions qui pèsent sur les centres historiques mexicains.
2Dans la ville de Mexico, les nouveaux espaces au sein desquels se diffusent des fonctions centrales tertiaires et commerciales - Insurgentes, sud de la ville, Polanco, Santa fe - ont été construits et sont perçus comme des espaces voués aux activités de gestion et de direction de la métropole moderne ou d’approvisionnement et de résidences pour les classes aisées. Au sein de ces espaces les pratiques populaires semblent limitées au service. A l’opposé, dans le centre ancien fortement dévalorisé pour une grande partie de la population, se rencontrent ou se côtoient des pratiques différentes de la ville. Par rapport à d’autres villes mexicaines, les contrastes au sein de l’espace central entre les espaces valorisés, ceux du pouvoir politique, ceux du tourisme, mais aussi ceux d’une centralité tertiaire et commerciale, et les quartiers populaires sont ici renforcés, ainsi que la distance entre les pratiques des couches aisées et moyennes et les pratiques populaires. Dans les villes de province, ce contraste peut apparaître comme moins net, la modernité est moins présente ou moins visible, et les pratiques populaires sont souvent valorisées comme témoignage de l’identité traditionnelle de la ville.
3Au sein du centre ancien de Mexico, l’action publique est marquée par les modalités particulières de la gestion urbaine dans le District fédéral (DF). Celles-ci se caractérisent par une intervention directe de la fédération, par une certaine continuité de l’action publique, et surtout par une capacité d’investissement, mais aussi d’intervention administrative et technique, plus importante que celle des municipalités ou des administrations des Etats. Le District fédéral, qui a souvent été pionnier pour la mise en place de normes d’urbanisme ou de politiques publiques, joue un rôle de vitrine de la capacité d’action sur la ville de l’Etat mexicain. Cette place particulière au sein du système d’action national est renforcée par la centralisation de la vie politique mexicaine et le caractère para-ministériel du Département du District fédéral. La non réélection obligeant à une grande mobilité, de nombreux gouverneurs ont, au cours de leur carrière, occupé des fonctions au sein de l’administration du DF ou du PRI de la ville de Mexico. Cette exemplarité de l’innovation institutionnelle et de la mise en place de normes ou de modalités d’intervention est complétée par un rôle d’innovation architecturale ou d’urbanisme, qui inspire des copies ou des pastiches dans les grandes villes de province.
4L’action publique dans le DF se distingue par une plus grande capacité d’imposition de la part des autorités fédérales, un plus grand poids de l’administration et de la juridicisation de l’espace urbain, mais aussi par une grande visibilité politique des mouvements sociaux et organisations populaires qui relèvent d’une gestion sociale et politique ; éléments particulièrement présents dans l’évolution des actions sur l’espace central. Mexico est aussi marquée par le dynamisme de l’opposition politique et de ses relais sous la forme d’organisations sectorielles ou populaires. A la suite des séismes de 1985, puis lors de l’élection présidentielle de 1988, cette opposition était devenue potentiellement majoritaire dans de nombreux secteurs de la ville et très présente dans les quartiers centraux. Les modalités de la gestion urbaine pendant le mandat de Carlos Salinas de Gortari (1988-1994) ont été en grande partie conditionnées par la volonté de reconquête d’une légitimité pour le régime. Un processus de réforme administrative et politique permettant d’intégrer une plus grande représentation de la population et établissant un nouveau découpage administratif de l’espace urbain a été enclenché. L’action publique sur le centre ancien est un des enjeux de ces évolutions.
Mexico : projets de rénovation du centre historique

5L’ampleur des dégâts causés par les séismes de 1985 et la décision de reloger les habitants au même endroit a renforcé la spécificité de l’action publique dans le DF. La reconstruction a été une rénovation sans précédent de l’habitat (vecindades et immeubles d’appartements) des quartiers populaires du centre de la ville. Les modalités d’interventions introduisant une large participation des populations affectées constituent aujourd’hui un modèle pour les interventions en tissu urbain dense. La reproductibilité des programmes mis en place dans le DF est cependant très faible, en raison des spécificités de l’intervention publique et du poids des acteurs locaux. On ne peut toutefois pas analyser l’intervention publique sur les espaces centraux dans les villes mexicaines sans prendre en compte, dans sa complexité, la référence omniprésente que constitue la ville de Mexico.
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