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    Plan détaillé Texte intégral D’un dispositif à l’industrialisation d’un système Faire la vérité sur les Faux positifs : un long processus judiciaire Du scandale à la mobilisation Notes de bas de page

    Victimes oubliées et violence d’État en Colombie

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 1. Qui sont les « Faux positifs » ?

    p. 27-86

    Texte intégral D’un dispositif à l’industrialisation d’un système Des assassinats ciblés Paramilitarisme et enjeux sécuritaires Stimuler la Sécurité démocratique Faire la vérité sur les Faux positifs : un long processus judiciaire « Nettoyage social » et neutralisation des opposants politiques Apogée d’un système meurtrier au service d’une politique d’État (2002-2008) Une courbe de Gauss des meurtres Perfectionnement d’un schéma criminel Profil des victimes Une pratique toujours en vigueur La négation au sommet de l’État 2009, la chute du nombre d’exécutions extrajudiciaires 2019, la réactivation ? Du scandale à la mobilisation Convergence des recherches et des vécus L’établissement du lien entre les disparitions et les morts à Ocaña Un chemin semé d’embûches Menaces et familles disloquées L’explosion d’un scandale médiatique Création de la fondation Mafapo Le rôle déterminant du personero Le combat d’une vie pour la vérité Se mobiliser malgré la répression Notes de bas de page

    Texte intégral

    D’un dispositif à l’industrialisation d’un système

    Des assassinats ciblés

    1L’Organisation des Nations unies rappelle le droit absolu à la vie pour tout individu et précise que « les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, définies comme le meurtre d’individus en dehors de tout cadre juridique, constituent une violation de ce droit fondamental1 ». Un rapport2 de décembre 2012 de la Coordination Colombie Europe États-Unis (Coordinación Colombia Europa Estados Unidos – CCEEU), réseau d’environ 250 organisations non gouvernementales (ONG) mobilisées pour la défense des droits humains, apporte une précision à ce concept défini par le droit international humanitaire (DIH) en 2005 comme un « homicide perpétré par des agents de l’État plaçant la victime dans une situation d’incapacité de défense ou d’infériorité » : il confronte un « sujet actif » à un « assujetti indéterminé mais déterminable selon des critères strictement circonstanciels3 ».

    2Si une personne est tuée lors d’un combat dans le cadre d’un conflit armé respectant les règles du droit international humanitaire, dans une situation de légitime défense ou lorsque « l’imprudence, l’incompétence, la négligence ou la violation des règlements4 » est avérée, la notion d’exécution extrajudiciaire ne peut être mobilisée. En contexte de conflit armé, l’exécution extrajudiciaire peut viser une des parties belligérantes en dehors des règles de la guerre, par exemple dans le cas de l’homicide d’un prisonnier ou d’une personne désarmée, capturée lors d’un combat, mais ne présentant aucun danger immédiat, ou un civil étranger aux hostilités. Ce dernier est protégé par les protocoles additionnels de 1977 aux Conventions de Genève de 1949.

    3En 1980 se met en place au sein des Nations unies un groupe de travail portant sur les « disparitions et exécutions sommaires » dans le monde. Deux ans plus tard apparaît un nouveau mandat, celui de rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires. Ce dernier observe la situation dans le monde, que les pays aient ratifié ou non les conventions internationales portant sur les droits humains, effectue des visites sur le terrain, rédige des rapports annuels, veille à l’application des normes internationales, dispense des préconisations et exerce un rôle d’alerte auprès du Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme.

    4La résolution du 16 juillet 20205 de l’Assemblée générale des Nations unies indique que « dans un certain nombre de pays, l’impunité, négation de la justice, continue de régner et demeure souvent la principale raison pour laquelle les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires continuent de se produire ». Dans un document en date du 16 juin 2022, Morris Tidball-Binz, rapporteur spécial, attire l’attention sur les difficultés rencontrées à travers le monde par les professionnels de la médecine légale dans le cadre des enquêtes sur ce type d’homicides. Entre autres obstacles, leurs effectifs sont sous-dimensionnés par les États qui « ont tendance à les considérer comme moins prioritaires que des services publics connexes, notamment ceux de la police et de l’administration de la justice6 ».

    5Les exécutions extrajudiciaires sont pratiquées au niveau mondial. Après sa visite au Honduras du 22 mai au 2 juin 2023, Morris Tidball-Binz a rendu compte de ses premières observations7 dans ce pays concerné depuis les années 1980 par ces agissements. Lors du coup d’État du 28 juin 2009 contre le président Manuel Zelaya, des faits similaires ont été documentés par le Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. Ces crimes se sont multipliés au moment des élections de 2017 et après 2018 avec la Force nationale anti-maras et anti-gang (Fuerza Nacional Anti Maras y Pandillas – FNAMP) qui visait des jeunes ayant le même profil que les victimes de Soacha, c’est-à-dire en majorité des hommes, jeunes, vivant dans des quartiers ou des secteurs très pauvres. Au Honduras, comme en Colombie, les défenseurs des droits humains ou de l’environnement, les journalistes, les leaders sociaux et les populations jugées vulnérables, comme les populations LGBTQIA+, sont la cible de crimes commis par des agents de l’État dans une relative impunité.

    6En France, une quarantaine d’exécutions extrajudiciaires ont été validées par l’ancien président François Hollande entre 2013 et 2016 auprès de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSE), comme l’a révélé l’essai Erreurs fatales [Nouzille, 2017]. Cette enquête journalistique a montré que les personnes visées étaient des djihadistes dans un contexte de lutte contre le terrorisme. Quelques mois auparavant, le président français avait confirmé à deux autres journalistes, Gérard Davet et Fabrice Lhomme [2016], qu’il avait donné le feu vert pour quatre assassinats ciblés. Pour son essai, Vincent Nouzille [2017] a enquêté sur les missions des « services spéciaux » pratiquées dans les « zones grises », expression utilisée par les militaires français. Selon l’auteur, ce phénomène, au ralenti depuis les années 1950, a été réactivé dans les années 2010.

    7Son ampleur n’est toutefois pas comparable à la situation colombienne. La pratique des exécutions extrajudiciaires dans ce pays est antérieure à la période des deux mandats d’Álvaro Uribe Vélez entre 2002 et 2010. Toutefois, des modalités l’ont caractérisée dans cette période et lui attribuent sa spécificité. Quatre éléments se distinguent. D’abord, cette pratique a explosé, comme l’a montré le travail d’investigation mené par la Juridiction spéciale pour la paix (JEP). Elle s’est généralisée sur le territoire jusqu’à revêtir un caractère systématique. Les modalités de sa mise en œuvre se sont sophistiquées dans un double objectif : d’une part, de s’adapter aux enquêtes en cours et à venir afin de laisser le moins de traces possible et de garantir l’impunité ; d’autre part, d’optimiser son efficacité, en augmentant le nombre de morts. De plus, cette pratique est liée à celle du Body Count, une théorie utilisée lors de la guerre du Vietnam au milieu du siècle dernier. Celle-ci signalait qu’un ratio de dix ennemis tués pour une perte étatsunienne équivalait à un calcul coûts-bénéfices gagnant permettant aux États-Unis de remporter la bataille. Alors que les Conventions de Genève établissent des règles encadrant le déroulement de la guerre et des limites à ne pas franchir, le Body Count suit un seul objectif, celui de faire du chiffre, convertissant le nombre de morts en étalon du succès et de la victoire. Enfin, une nouvelle dénomination est apparue en 2008 pour désigner les exécutions extrajudiciaires que l’affaire des disparus de Soacha a mises sur le devant de la scène : les Falsos positivos, soit en français les Faux positifs.

    8Le terme « positif » désigne, pour l’armée colombienne, une cible atteinte. Dans ce cas, il s’agissait de cibles erronées, puisque les civils tués n’étaient pas dans une situation d’affrontement opposant l’armée et des groupes armés illégaux. Vraies victimes, Faux positifs. L’utilisation de cette expression, au moment où cette pratique a été rendue publique à l’occasion d’un scandale qui n’en finit pas de secouer le pays, tentait un effet cosmétique pour rendre les faits plus acceptables. Il n’était pas question d’exécutions, de crimes ou d’assassinats. Même le langage a tenté de camoufler les faits. Cet euphémisme n’est pas passé inaperçu auprès des familles de victimes qui, lorsqu’elles l’utilisent, le font précéder d’un qualificatif : les « mal-nommés » Faux positifs. Luis Fernando Escobar, personero8 de Soacha au moment des disparitions de jeunes en 2008, a compris qu’il s’agissait de minimiser la gravité des faits, comme il me l’a confié lors du premier de nos entretiens en 2020.

    9Dans son ordonnance du 12 février 20219, la Chambre pour la reconnaissance de la vérité, de la responsabilité et de la détermination des faits et des comportements10 (SRVR) explique sa stratégie de priorisation de six territoires dans le cadre du cas 3 consacré aux exécutions extrajudiciaires et de la période privilégiée, 2002-2008. Elle a pris en compte le moment et les lieux de plus forte occurrence de ces crimes. Deux nombres justifient la période étudiée : 74 victimes ont été répertoriées pour l’année 2001, elles étaient 473 en 2002. Cette pratique est devenue durant cette période « un phénomène sans précédent ».

    Paramilitarisme et enjeux sécuritaires

    10Dans son chapitre sur la Colombie, l’ONG Human Rights Watch dresse un état des lieux sur la situation en 202111 et établit le bilan du conflit depuis 1985 : plus de 8 millions de personnes ont été déplacées, un processus toujours en cours en 2021 ; des menaces pèsent sur l’impartialité de la justice ; des violences sont exercées sur les leaders sociaux et communautaires ; le pays compte des paramilitaires et des groupes armés illégaux dont, entre autres, les narcotrafiquants. Pour comprendre le phénomène des Faux positifs, il est nécessaire de se plonger au début des années 2000.

    11Le conflit armé s’est intensifié dans les années 1990 avec une expansion des groupes armés illégaux, des guérillas et des paramilitaires. La plus puissante guérilla en activité est alors celle des FARC, apparue en 1964 [Pécaut, 2008]. Elle multiplie les actions – enlèvements, extorsions et prises de garnisons militaires ou policières –, montrant ainsi son pouvoir grandissant. La prise de la ville de Mitú, dans le département de Vaupés dans le sud-est du pays, le 1er novembre 1998, baptisée opération Marquetalia, constitue une démonstration de force, entraînant la mort de 37 policiers et militaires et l’enlèvement – la guérilla parle de « rétention » – de 61 d’entre eux. La majorité sera libérée trois ans plus tard grâce aux dialogues de paix à San Vicente del Caguán (Caquetá). Les autres resteront captifs jusqu’au début des années 2010.

    12Dans Gouverner dans la violence, Jacobo Grajales [2016] qualifie les groupes paramilitaires de « dissidence relative ». Cette dissidence tient à leur apparente illégalité, « relative » en raison de leur enchevêtrement dans les stratégies institutionnelles de l’armée, de leurs intérêts partagés avec la gouvernance politique et de leur rôle au sein de puissants réseaux économiques. Leur influence s’étend ainsi grâce à leurs relations avec les grands propriétaires fonciers, leur connivence avec le narcotrafic et leurs connexions globales avec l’État. La privatisation de la sécurité, la répression des actions syndicales et les tentatives de propositions politiques distinctes de celle au pouvoir, la tentation d’un nettoyage social12 ont constitué un terreau fertile à leur essor. Elle est également « relative », car le décret-loi no 35613 de 1994, qui réglemente la prestation de service de surveillance et de sécurité privées, ouvre la voie à la création des Convivir, des coopératives de sécurité dont l’objectif est d’opérer dans les régions du pays où l’ordre national est menacé par les guérillas. Bien que le terme évoque le « vivre ensemble », ces structures sont dédiées à la défense d’intérêts économiques et se sont multipliées dans le département d’Antioquia avec le soutien d’Álvaro Uribe Vélez, figure de la région, gouverneur du département entre 1995 et 1997.

    13Dès 1995, les ONG de défense des droits humains, parmi lesquelles Amnesty International, expriment leur préoccupation de voir ces coopératives devenir une forme de légalisation de l’activité du paramilitarisme :

    « Amnesty International est profondément préoccupée à l’idée que ces groupes d’autodéfense puissent être utilisés par des éléments des forces armées et de sécurité pour constituer un nouvel appareil paramilitaire permettant de poursuivre des pratiques illégales de lutte contre l’insurrection, les exécutions extrajudiciaires et les “disparitions” notamment14. »

    14Le Département administratif de sécurité (Departamento administrativo de seguridad – DAS), service de renseignement colombien fondé en 1953 – jusqu’en 1960, désigné comme le Service d’intelligence colombienne (Servicio de Intelligencia Colombiano – SIC) – et dissous en novembre 2011 en raison de ses activités délictuelles et criminelles, a revendiqué des opérations de renseignements communes avec certaines Convivir. Un rapport15 de la Commission interaméricaine des droits de l’homme de l’année 1999 note que l’« étroite relation de travail entre les forces militaires et les Convivir » permet de considérer que les membres des Convivir ont été des agents de l’État. Il souligne par ailleurs leur participation à « des actes de violence et à la violation des règles des droits humains et du droit international humanitaire ». Ce document dénonce l’utilisation des Convivir comme « bouclier » par des groupes paramilitaires qui ont profité de cette figure juridique pour agir en toute légalité.

    15La stratégie consistant à armer et entraîner des groupes en marge de la loi existait depuis les années 1960. Le général William Yarborough, de l’armée étatsunienne, connu pour son rôle clé dans la création des forces spéciales, a mené une mission en Colombie en 1962. Il préconisait la création d’unités spécialisées de type paramilitaire dans la lutte contre le communisme, placées sous les auspices des États-Unis. Un décret déclare, en 1965, que les forces militaires doivent « diriger et coordonner […] tout corps armé qui existe dans le pays, dans le cadre de ses missions en matière de défense nationale ». Il est renforcé par la loi 48 de 1968, laquelle dresse les bases juridiques de la formation de groupes d’autodéfense sous le contrôle de l’armée. Une décision de la Cour constitutionnelle en novembre 1997 stipule que les Convivir ne peuvent pas utiliser d’armes militaires. Leurs licences sont progressivement révoquées en 1998 et le gouvernement cesse d’en délivrer. Dès 1997, plusieurs groupes paramilitaires se rassemblent sous la bannière des Autodéfenses unies de Colombie (Autodefensas Unidas de Colombia – AUC) jusqu’aux accords de démobilisation encadrés par la loi Justicia y Paz en 2005. Pourtant, cet accord ne marque pas la disparition du paramilitarisme en Colombie.

    16L’élection présidentielle de 2002 en Colombie n’a nécessité qu’un seul tour. Le 26 mai, Álvaro Uribe Vélez est élu avec 53 % des suffrages exprimés par un peu moins d’un Colombien sur deux en âge de voter (46 %). Son slogan « Mano firme, corazón grande », littéralement « Main ferme, grand cœur », dont le sens se rapproche de l’expression populaire « Une main de fer dans un gant de velours », a séduit les Colombiens dans cette ère post-Pastrana, marquée par l’échec d’un processus de paix avec la guérilla des FARC. Les Dialogues de paix dans le Caguán avaient été mis en place sur la base d’un préalable, la démilitarisation d’une zone de 42 000 km2 dans le sud du pays, effective en 1999, dans les départements de Meta et de Caquetá. La résolution 85 de 199816 annonçait « le lancement d’un processus de paix, reconn[aissant] le caractère politique d’une organisation armée et désign[ant] une zone démilitarisée ». Après plusieurs ruptures dans les pourparlers, les FARC ont détourné un avion de ligne reliant Neiva et Bogota le 20 février 2002 et enlevé le sénateur Jorge Géchem. Ces deux événements ont conduit le président Andrés Pastrana à mettre fin sans délai aux discussions de paix.

    17Dans ce contexte d’échec des négociations de paix avec une guérilla présente sur tout le territoire, le candidat Álvaro Uribe Vélez proposait une révision de la politique de sécurité. Son propos était d’obtenir la paix par la voie militaire et non par la négociation ou les discussions qui avaient échoué. Quelques mois après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, le combat contre les guérillas s’est inscrit dans un contexte de lutte contre le terrorisme. Des militaires étatsuniens ont été déployés en Colombie en vertu du Plan Colombia, signé deux ans auparavant, qui octroyait une manne financière et une dotation en matériel à destination de l’armée de la part des États-Unis dans le but de combattre le narcotrafic, en plus d’un accord de libre-échange.

    Stimuler la Sécurité démocratique

    18À travers la politique de Sécurité démocratique (PSD), présentée en 2003, le président Uribe, souhaitait lutter contre le terrorisme, le trafic de drogue et d’armes, les enlèvements et l’extorsion ainsi que les meurtres. « Rétablir l’ordre et la sécurité – condition pour que les droits humains et les libertés soient une réalité – est une préoccupation centrale de ce gouvernement », affirmait le président en préambule de sa présentation. Il fallait compter pour cela sur « la coopération volontaire et patriotique des citoyens » afin que chacun « contribue à la prévention du terrorisme et de la délinquance, en fournissant des informations en lien avec les organisations armées illégales ». Les Colombiens qui collaboreraient étaient qualifiés de ciudadanos de bien, de bons citoyens, par le nouveau président17. Les organisations de défense des droits humains se sont alarmées. Dans un discours prononcé à l’occasion de la prise de fonction du nouveau commandant de l’Armée de l’air colombienne, le 8 septembre 2003 à Bogota, Álvaro Uribe faisait le tri entre les organisations qui sont, selon lui, acceptables et les autres, accusées de servir le terrorisme :

    « Et j’observe aussi des écrivains et des politiciens (politiqueros) qui servent le terrorisme et qui se cachent lâchement derrière la bannière des droits humains. Ils craignent d’avouer leurs aspirations politiques et doivent alors se cacher derrière cette bannière. »

    19En 2007, un document de la présidence intitulé Politique de consolidation de sécurité démocratique (Política de Consolidación de la Seguridad Democrática – PCSD) renforçait les axes de cette politique dans le cadre du Plan de développement 2006-2010. Cette politique confiait aux civils un rôle actif dans la prévention du terrorisme. De plus, la théorie de l’ennemi intérieur devenait prégnante. À ce sujet, l’ONG Minga18 affirmait :

    « La politique de sécurité démocratique a militarisé la société colombienne, a présenté (puso en condición de) comme ennemis tous ceux qui sont en désaccord avec les paramètres identitaires définis par les élites hégémoniques et a persécuté ceux qui dénonçaient l’ambiance militariste et autoritaire19. »

    20Des directives, des lois et des règlements ont été mis en place ou ont complété des mesures existantes dans le but d’obtenir les résultats prônés par la politique de sécurité démocratique. La circulaire no 62 162 CE-JEDPE-CO-12220 de la Direction des opérations de l’armée, vraisemblablement émise entre 2003 et 2004 selon la Commission pour l’élucidation de la vérité (Comisión para el esclarecimiento de la Verdad – CEV), a établi un quota des morts au combat pour qu’un soldat puisse prétendre à une médaille (Condecoración de Servicios Distinguidos en Orden Público). Celui-ci a été fixé à 50 morts pour un bataillon de contre-guérillas, 150 morts à l’échelle de la brigade, 300 pour un bataillon qui comprenait plus d’hommes.

    Tableau 1. Extrait traduit de la circulaire no 62 162 CE-JEDPE-CO-122

    Unité Morts Captures
    Division 300 1000
    Brigade 150 500
    Unités tactique régulières et bataillons de contre-guérillas 50 250
    Bataillons en charge des infrastructures du secteur énergétique et routier 30 100
    Commandants d’unités fondamentales 15 80

    Source : Fuerzas militares de Colombia, ejercito Nacional, Dirección de Operaciones, Circular no 62162, s.d., traduction et reproduction de l’autrice

    21La directive 29 de 200521 du ministère de la Défense a réglementé l’octroi de récompenses pécuniaires à des militaires ou à des civils dans le cadre de captures ou de morts de guérilleros au combat. Le montant variait selon l’importance de la personne abattue ou arrêtée. Abattre un haut dirigeant pouvait rapporter 5 000 millions de pesos, tandis qu’un simple membre, trois millions huit cent quinze mille pesos. Si le nombre de dirigeants était restreint à quinze, aucune limite n’était fixée pour l’arrestation ou l’élimination des individus de moindre rang. Puisque la plupart des Faux positifs ont été présentés comme de simples soldats, cette circulaire a fait l’objet de vives critiques lorsque le scandale de Soacha a éclaté au grand jour.

    Tableau 2. Extrait traduit de la directive 029 du 17 novembre 2005 du ministère de la Défense

    Niveau Quotas Montants (jusqu’à) Critères d’évaluation
    I Jusqu’à 15 13 106 salaires minimums (5 000 millions de pesos) Des hauts dirigeants de chaque OAML (organisations hors la loi) ou qui, sans être du plus haut rang, sont publiquement reconnus pour les atrocités commises lors d’actions contre la population civile et/ou qui constituent une menace pour la sécurité nationale
    V Indéfini Jusqu’à 10 salaires minimums (3 815 000 pesos) Dirigeants et membres de guérilla, escouades ou particuliers chargés de développer et/ou de soutenir au niveau local des actions terroristes, des enlèvements, des extorsions, des vols, des activités de renseignement, des embuscades, du harcèlement, des agressions contre des populations, des attaques contre des installations militaires

    Source : Directive 029 du 17 novembre 2005, reproduction partielle et traduite par l’autrice

    22Le 5 mai 2006, le décret 1400 a créé la Boina22, prime pour les opérations d’importance nationale (Bonificación por Operaciones de Importancia Nacional), qui mettait en place des récompenses réservées aux agents publics et aux fonctionnaires du DAS lorsqu’étaient capturés des dirigeants de groupes armés illégaux au cours de ce type d’opération. La CEV23 a estimé que ce décret a été sujet à interprétation et que ces primes pouvaient indifféremment être versées en cas de capture ou de mort au combat.

    23La loi 1097 de 200624, revue par la directive du 23 juillet 200725, a réglementé les « frais réservés (gastos reservados) », c’est-à-dire les dépenses liées aux activités de renseignement et aux informateurs et qui étaient « de nature secrète ». Leur utilisation n’a jamais été rendue publique. L’octroi de récompenses, de frais réservés dont l’utilisation était opaque, ajouté à des avancements pour les plus hauts gradés ou des vacances en cas de bons « scores » – le nombre de personnes tuées –, ont joué le rôle d’incitations pour obtenir les résultats exigés dans le cadre de la politique de Sécurité démocratique au début des années 2000. Manuel Galvis Martínez, juriste du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), estime que la mise en œuvre de cette politique de récompenses de l’État comme stratégie militaire dans le cadre du conflit armé en Colombie a suscité un tel désir de résultats que, dans la pratique, des « distorsions illégales » ont pu se produire, ainsi qu’« une dénaturalisation conséquente [de ce] système par certains criminels » entraînant une « réforme inévitable et tardive » [Galvis Martínez, 2010, p. 237].

    Faire la vérité sur les Faux positifs : un long processus judiciaire

    « Nettoyage social » et neutralisation des opposants politiques

    24Le Cinep, ONG fondée en 1972, devenue le Cinep/PPP après la fusion avec le Programme pour la paix, a documenté les violations des droits humains et a formulé des propositions pour leur protection et pour la paix en Colombie. Le fascicule Deuda con la Humanidad 226, publié fin 2011, a recensé 1 741 exécutions extrajudiciaires dont l’ONG a eu connaissance depuis 1984, soit depuis la présidence de Belisario Betancur (1982-1986). Le rapport égrène les identités et les circonstances de la mort de paysans, enseignants, manifestants, leaders sociaux, parfois des mineurs, hommes – le plus souvent – et femmes, tués et présentés comme des individus morts lors de combats avec l’armée et désignés comme appartenant à une guérilla.

    25Dans les années 1990, le paramilitarisme s’est étendu dans tout le pays depuis la région de l’Urabá, dans le nord-ouest, et plus largement depuis le département d’Antioquia où des conditions favorables ont contribué à son développement, en particulier avec la création des Convivir. Les paramilitaires ont éliminé les obstacles susceptibles de contrarier leur plan d’expansion et la consolidation de leur pouvoir, dans le cadre de leur alliance avec la classe politique locale et avec les grands propriétaires terriens ou les élites économiques de manière globale.

    26Les liens entre l’armée et les paramilitaires ont été largement documentés et commentés, reconnus par les militaires lors de leurs témoignages devant la CEV et devant la JEP, comme par les leaders paramilitaires encore en vie. Dernier témoignage en date, celui de Salvatore Mancuso, ex-chef des AUC, en audience virtuelle depuis les États-Unis les 10, 11, 15 et 16 mai 2023, où il purge une peine de 15 ans et 10 mois de prison dans l’État fédéré de Géorgie pour narcotrafic après avoir été extradé en 2009. Il a évoqué plusieurs massacres, significatifs de la violence paramilitaire et militaire, parmi lesquels ceux de La Granja (le 11 juin 1996) et del Aro (22 octobre 1997), qu’il a décrit comme « une coordination avec les troupes sur le terrain » et des opérations conjointes entre militaires et paramilitaires. Les populations martyres étaient le plus souvent accusées à tort de collaborer avec la guérilla. Des sentences de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (Cidh) ont exposé ces liens et la responsabilité de l’État colombien27 dans divers massacres attribués aux paramilitaires. « De manière irrégulière, dans le cadre de ces opérations, nous accusions les paysans d’être des guérilleros », a reconnu dès le premier jour d’audience l’ex-chef paramilitaire qui souhaite faire appel à la JEP. Il a relaté par exemple comment les victimes avaient été « remises au lieutenant Daladier Rivera Jácome28 qui les a enregistrées (légalisées/legalizadas29) comme morts au combat » lors de quatre exécutions extrajudiciaires commises en 1999.

    27Dans une tribune publiée le 7 décembre 2018 dans le média en ligne La Silla Vacía30, José Miguel Vivanco a évoqué un des premiers cas connus de Faux positifs par l’ONG de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) dont il était alors le responsable pour le secteur Amériques : Henry Palencia Antúnez, paysan tué par l’armée dans le Norte de Santander et présenté comme un membre de l’ELN tué lors d’un combat le 14 octobre 1992.

    28Les victimes de crimes par l’armée ou les paramilitaires ont divers profils : juges enquêtant sur des violations des droits humains, militants politiques de l’Union patriotique31, parti créé en 1985 suite aux négociations de paix dans le but de trouver une sortie au conflit armé interne, ou membres d’autres organisations jugées subversives par les formations traditionnelles, syndicalistes, enseignants, paysans, ouvriers, ou citoyens considérés comme de seconde zone dans le cadre de campagnes de nettoyage social.

    29Quelques mois après le scandale de Soacha en 2008, Michael Evans, de l’ONG étatsunienne National Security Archive, qui a étudié et dévoilé des documents en lien avec la sécurité des États-Unis, a publié des renseignements32 montrant que les États-Unis avaient connaissance de la pratique de travestir en morts au combat des civils assassinés en Colombie avant 2002. Il faisait référence à une communication de 1990 de l’ambassade des États-Unis en Colombie signalant des opérations conjointes entre groupes paramilitaires et armée nationale. Enfin, il évoquait un rapport de la CIA datant de 1994, dans lequel il est question de l’usage par « les forces de sécurité colombiennes […] d’escadrons de la mort dans leur lutte contre les insurgés », ainsi que des assassinats, par l’armée, de « civils de gauche dans des zones sous contrôle de la guérilla », précisant que ces forces « exécutent des combattants capturés ».

    30La pratique des exécutions extrajudiciaires existait donc avant l’accession à la présidence d’Álvaro Uribe Vélez en 2002, soulevant non seulement la question de la responsabilité de l’armée, mais aussi celle des autorités politiques. Pourtant, elle n’était pas un sujet d’actualité, ni connue du grand public comme c’est le cas aujourd’hui. Elle ne faisait pas l’objet d’études approfondies. Elle se présentait comme une violation des droits humains parmi d’autres, probablement seulement perçue à sa juste mesure par les familles des victimes qui vivaient dans un climat de terreur.

    31La création au milieu des années 1990 du Bloque Metro, groupe paramilitaire dirigé par Carlos Mauricio García Fernández, alias Doble Cero, qui a opéré jusqu’en 2004 dans le département d’Antioquia, questionne un peu plus sur les relations entre le monde politique et ces groupes armés illégaux, en particulier sur les liens entre la famille Uribe Vélez et le Bloque Metro. Les forces paramilitaires ont été renforcées à la fin des années 1990. Lors du processus Justicia y Paz33, des paramilitaires ont présenté La Guacharacas, l’une des propriétés terriennes des Uribe en Antioquia, comme le berceau et le poste de commandement de ce groupe paramilitaire. Le fils du majordome, Juan Guillermo Monsalve, a grandi dans ce domaine et a intégré le Bloque Metro. Ce dernier est au cœur d’un imbroglio judiciaire qui oppose depuis 2015 l’ancien président Álvaro Uribe et le député de gauche Iván Cepeda, chacun accusant l’autre d’avoir acheté des témoignages en sa faveur auprès de paramilitaires en prison. J’ai été l’une des très rares journalistes à pouvoir interviewer l’ex-paramilitaire Juan Guillermo Monsalve dans la prison de la Picota à Bogota. D’après l’administration pénitentiaire, il est le prisonnier le plus protégé du pays en raison du niveau des mesures sécuritaires nécessaires. Il est incarcéré à l’écart des autres prisonniers dans une cellule sobre habituellement réservée à des militaires sous protection ou des fonctionnaires après avoir fait l’objet de plusieurs tentatives d’assassinat. Après un moment de méfiance, il a réitéré ses accusations contre les frères Uribe Vélez, Álvaro et Santiago34, qu’il désigne comme cofondateurs du Bloque Metro. Pablo Hernán Sierra García, ex-leader du Front Cacique Pipintá35, a livré à la justice un témoignage similaire depuis la prison d’Itagüí (Antioquia).

    32Le 2 janvier 1995, des guérilleros de l’ELN (Armée de libération nationale) ont mis le feu à l’un des bâtiments de La Guacharacas, du nouveau gouverneur d’Antioquia d’alors, Álvaro Uribe Vélez, et volé des chevaux et des centaines de têtes de bétail. En octobre 1996, le général Alfonso Manosalva Flórez, commandant de la IVe brigade de l’armée, a annoncé solennellement qu’Humberto Mesa Lopera, leader de l’ELN, était mort lors d’un combat avec l’armée avec trois autres insurgés. Également connu sous l’alias de Juan Pablo, Humberto Mesa Lopera avait dirigé l’attaque contre La Guacharacas. Le témoignage du soldat Ferney Alberto Cardona a contredit l’existence d’une opération militaire. Selon lui, des paramilitaires ont remis deux hommes et deux femmes à l’armée, parmi lesquels Juan Pablo, qui furent exécutés et déclarés à tort comme tués lors d’une opération militaire : déjà des Faux positifs.

    33J’ai échangé sur ces sujets avec Rubén Darío Pinilla Cogollo, ex-magistrat de la chambre de Justicia y Paz du Tribunal supérieur de Medellín de 2011 à 2017, année de sa démission. Il estimait alors que la Cour suprême de justice ne s’intéressait pas à la vérité. « Déterminer combien de morts il y avait eu lors d’un massacre, quelles opérations s’étaient déroulées sur le terrain, oui. Mais chercher les causes, les relations entre les paramilitaires et l’État, ça, c’était une autre affaire », m’a-t-il confié [entretien du 8 décembre 2019]. Selon lui, en dehors des témoignages des paramilitaires, un nombre suffisant d’éléments existe pour prouver les liens entre Álvaro Uribe Vélez et le paramilitarisme : « L’encouragement, la promotion de ces groupes, l’organisation d’opérations conjointes, le financement et même l’apport d’informations pour la réalisation de leurs crimes », affirme l’ex-magistrat à la retraite qui a réclamé une enquête et a envoyé un dossier circonstancié à la Commission d’accusation, lequel, comme d’autres, « dort dans des armoires poussiéreuses de la justice ».

    Apogée d’un système meurtrier au service d’une politique d’État (2002-2008)

    Une courbe de Gauss des meurtres

    34L’arrivée au pouvoir d’un nouveau président en 2002, élu avec sa proposition de Politique de sécurité démocratique (PSD), a précédé l’explosion du nombre d’exécutions extrajudiciaires. Celles-ci ont connu leur apogée au début du second mandat d’Álvaro Uribe Vélez, réélu en 2006 pour quatre ans avec le même objectif d’en finir avec les guérillas, non par la voie diplomatique, mais par une répression militaire. En 2008, une dizaine de familles de Soacha a commencé à remuer ciel et terre pour récupérer les corps de leur fils. Les médias ont divulgué leurs témoignages et enquêté, et le caporal Carlos Eduardo Mora, ex-membre de la Quinzième brigade mobile (Brim 15) à Ocaña (Norte de Santander) a déposé une plainte devant le Procureur de la République. Les faits ont alors commencé à être connus du grand public et des institutions. Une enquête a été ouverte et le nombre des personnes assassinées déclarées à tort comme mortes lors d’un combat a chuté en 2009. La visibilité des cas de Soacha a donc joué un rôle fondamental, puisque la polémique qu’elle a suscitée a fait chuter la pratique. Ce graphique du Cinep (Figure 1) en 2011 montre l’évolution des cas connus jusqu’alors.

    Figure 1. Nombre de cas d’exécutions extrajudiciaires entre 1984 et 2010

    Légende : En pointillé sont représentés les cas qui peuvent comprendre une ou plusieurs victimes, et en ligne continue, le nombre de Faux positifs connus du Cinep en 2011. On constate une augmentation constante des victimes à partir de 2002, avec un pic en 2007 et une baisse en 2008, année où « la goutte d’eau a fait déborder le vase » comme l’a commenté en juin 2023 Carlos Garaviz, qui travaille pour la banque de données du Cinep.

    Source : CINEP, 2011. Deuda con la Humanidad. 2, p. 327

    35Juan-Carlos Guerrero Bernal et David Garibay [2006] ont souligné la faible visibilité du conflit, y compris en Colombie. Selon eux, cela ne découlait pas d’un faible intérêt des journalistes, mais de leur difficulté à « parvenir à élaborer un récit capable de rendre intelligible les événements […] où la violence apparaît avant tout comme un phénomène insensé et complexe ». Par exemple, la période de La Violencia qui a débuté avec le Bogotazo après l’assassinat de Jorge Eliécer Gaitán en 1948 et a pris fin avec la mise en place du Frente nacional en 1958, qui a partagé l’administration du pays entre conservateurs et libéraux, a engendré 300 000 morts [Chacón & Sanchéz, 2003]. De même, au début des années 2000, les autorités colombiennes ne reconnaissaient pas l’existence d’un conflit armé, malgré l’insistance d’organisations comme Amnesty International. Elles parlaient d’une guerre contre le terrorisme matérialisé par les FARC, ce qui ne permettait pas de visibiliser les exactions commises par les paramilitaires ou les agents de l’État.

    36Un autre graphique (Figure 2), extrait d’un ouvrage d’Omar Rojas [2017], permet de comparer le nombre de morts au combat déclarés par l’armée et celui des enquêtes ouvertes par le parquet général pour la période 2002-2011. Ces deux courbes parallèles montrent que le nombre d’exécutions extrajudiciaires présumées suit l’augmentation des personnes présentées comme tombées en combat. La réussite de la PSD, alors mesurée en nombre de morts au combat comme l’ont confirmé les militaires devant la JEP, est corrélée au nombre d’assassinats par l’armée.

    Figure 2. Comparaison entre le nombre de morts au combat et celui des exécutions extrajudiciaires entre 2002 et 2011

    Triangle blanc : Total des morts au combat : 16 331
    Carré noir : Nombre total de victimes d’homicides dont les responsables présumés font partie de l’armée selon les enquêtes du parquet : 3 259

    Source : Omar Eduardo Rojas Bolaños, 2017. Ejecuciones extrajudiciales en Colombia 2002-2010: Obediencia ciega en campos de batalla ficticios, p. 226

    37Les excellents chiffres affichés par l’armée colombienne dans leur lutte contre les insurgés ne sont pas passés inaperçus au Pentagone. Dès 2003, un rapport étatsunien36 se félicitait des « progrès » de l’armée colombienne et du commandement unifié nord-américain Southcom, et soulignait que « Depuis le 1er janvier 2003, l’équipe du président Uribe et les unités de commandos spéciaux ont tué 543 FARC (sic) […], alors qu’au cours des deux dernières années du gouvernement Pastrana, seulement 780 FARC ont été tués ». Parallèlement, les rapports du Haut-commissaire des Nations unies pour les droits de l’homme dénonçaient les présomptions d’exécutions extrajudiciaires dans tous les rapports émis entre 2004 et 2007 selon HRW.

    38La Chambre de reconnaissance de la vérité, de la responsabilité et de la détermination des faits et des actes de la JEP a estimé en février 2021 que, durant la période 2002-2008, 6 402 personnes37 ont été déclarées à tort comme tuées au combat. Ce chiffre a été obtenu en croisant les bases de données et les informations de la justice, de la CCEEU, de l’Observatoire de la mémoire et du conflit du Centre national de mémoire historique (Centro Nacional de Memoria Histórica) et des témoignages recueillis. Jusqu’en 2021, le nombre officiel de victimes recensées par le parquet était de 2 248 pour la période entre 1988 et 2014.

    Perfectionnement d’un schéma criminel

    39Entre 2002 et 2010, les exécutions extrajudiciaires ont été organisées selon deux modalités. Les victimes ont dans un premier temps été choisies dans les environs des unités militaires. Il s’agissait alors de paysans, de jeunes de la région, de personnes en marge de la société, par exemple des sans-abris ou des personnes consommatrices de drogue. Carlos Eduardo Mora m’a relaté comment il s’était rendu compte de la supercherie qui consistait à gonfler les chiffres censés rendre compte de la lutte de l’armée contre les guérillas [Mora & Roujol Perez, 2020]. Engagé dans l’armée en 2006, animé par le désir de défendre la sécurité des plus vulnérables, lui-même originaire d’un bidonville de Ciudad Bolívar, aux abords de la capitale et proche de Soacha, il est affecté dans le Norte de Santander, au sein d’un bataillon de contre-guérillas (BCG). Peu de temps après son arrivée, il est surpris de trouver à la morgue de la médecine légale un « pauvre type » de la zone, passant l’essentiel de son temps dans la rue, qu’il qualifie d’« inoffensif », avec quelques problèmes psychiatriques, connu de tous, présenté par l’armée comme un combattant d’un groupe armé illégal tué lors d’un combat. Ces victimes « invisibles », à l’image des recycleurs de rue ou des consommateurs de drogue, étaient souvent « sélectionnées » en raison de leur vulnérabilité sociale et familiale.

    40La Commission colombienne de juristes (Comisión colombiana de juristas38 – CCJ) défend plusieurs familles dont les proches ont été des Faux positifs. Cette ONG a constaté comment l’armée a perfectionné ces crimes. Sebastián Bojacá, avocat qui défend plusieurs familles du Catatumbo39 ainsi que des cas remontant à 2004 en Arauca, précise que des plaintes ont été déposées avant 2008 [entretien du 17 janvier 2023]. Il m’a confirmé l’existence de deux moments distincts au sein de la période entre 2002 et 2010 :

    « Il y a eu deux modalités dans ce schéma criminel : la première de 2003 à 2005, où ils assassinaient des gens de la région. On sortait un paysan de sa maison, on l’assassinait et on le présentait comme un guérillero mort au combat. Avec le temps, cela a changé, car les locaux ont commencé à se plaindre auprès de l’armée ou d’organisations de droits humains. Alors ils ont amené des personnes d’autres lieux. »

    41De son côté, affecté au service de renseignements, Carlos Mora évoluait en civil lors de ses missions entre 2006 et 2007 pour s’intégrer à la population afin de collecter des informations pour arrêter le chef de la guérilla de l’EPL (Ejército Popular de Liberación) dans le Catatumbo. Il s’est rendu compte que la population était plus effrayée par la présence de militaires que par celle d’autres groupes armés. Toutes les victimes d’exécutions extrajudiciaires n’étaient pas aussi isolées que le premier cas dont il a eu connaissance et leurs familles protestaient. Certaines affirmaient qu’il était impossible que leur proche ait été tué au cours d’un combat, car il n’appartenait à aucun groupe armé illégal.

    42Sebastián Bojacá rappelle que malgré des informations de la Cour interaméricaine des droits de l’homme et les alertes d’ONG, telles que Human Rights Watch, les cas n’étaient pas résolus ou les auteurs de ces crimes étaient qualifiés de « brebis galeuses40 ». Pourtant, un rapport du Haut-commissaire aux droits de l’homme pour les Nations unies pour l’année 2005 dénonçait les « altérations sur les scènes de crime » d’exécutions extrajudiciaires présentées comme des « guérilleros morts au combat » et pointait « la responsabilité éventuelle des supérieurs hiérarchiques41 ». L’avocat voit dans cette stratégie une « académie criminelle » qui s’est perfectionnée au fil du temps. « C’est pourquoi nous pensons que le département d’Antioquia a été un laboratoire, jusqu’à un niveau de technicisation qui fait que pour les avocats des victimes, les familles des victimes, le procureur, il leur sera plus difficile de trouver des preuves. » Ces plaintes, selon la CCJ et d’autres ONG qui ont travaillé sur le sujet, ont surtout permis à l’armée d’optimiser les méthodes pour exécuter ces assassinats en ne commettant plus les erreurs qui avaient permis de les démasquer auparavant : faire enfiler un uniforme avant l’homicide (et pas post mortem) pour que les impacts de balles sur les vêtements correspondent à ceux relevés sur le corps, mettre en main des grenades, des munitions et non des armes courtes moins utilisées par la guérilla, faire signer un document aux victimes afin de vérifier si elles étaient droitières ou gauchères, mettre les bottes dans le bon sens et pas à l’envers comme cela avait été constaté sur certaines victimes, sans oublier l’entraînement des soldats pour que leurs discours soient cohérents et ne se contredisent pas. Le témoignage du sergent William Andrés Capera, ex-membre d’un BCG, a illustré ce constat, lors de l’audience publique de la JEP de reconnaissance du cas de Dabeiba (Antioquia), le 27 juin 2023 :

    « Je mettais l’arme sur eux et les plaçais dans une position pour faire croire qu’on leur avait tiré dessus […]. Je terminais en vérifiant que leurs bottes étaient enfilées normalement. Il fallait masquer les erreurs commises dans les procédures pour que tout soit mis au placard ensuite. »

    43Le récit des familles de victimes de Soacha et les enquêtes ont permis de retracer ce schéma criminel lorsque la deuxième période s’est mise en place. Dans ce cas précis, comme dans d’autres régions du pays, il a été fait appel à des « recruteurs », c’est-à-dire des personnes, la plupart du temps des civils, parfois d’ex-militaires ou paramilitaires, qui ont attiré par ruse les futures victimes. Leur profil social a fait d’eux des proies faciles. Les recruteurs leur ont proposé une source de rémunération loin de chez eux, frais de déplacements pris en charge, sans nécessité d’avoir de l’expérience dans un domaine particulier ou une qualification. Cette alléchante proposition a fait mouche.

    44Dans certains cas, les recruteurs ne cachaient pas leur proximité avec l’armée. C’est le cas d’Alexánder Carretero Díaz, impliqué dans plusieurs cas de Soacha, condamné à 44 ans de prison et à une amende de 1 348 salaires minimum en 2017. Il a attiré Yonny Duvián Soto Muñoz, 21 ans, qui a quitté les bancs de l’école en CM2, en lui donnant rendez-vous à Bogota devant El Cantón Norte, installations militaires situées au coin de l’avenue Séptima et de la 100e rue (Carrera 7 Calle 106). D’après le récit de sa mère, Soraída Isabel Muñoz, il a assuré qu’il pouvait le faire entrer comme soldat professionnel [entretien du 15 janvier 2023]. Lorsqu’elle m’a décrit cette scène, Soraída Muñoz a précisé qu’Alexánder Carretero « était entouré de jeunes ». Yonny Duvián, surnommé Matias depuis son plus jeune âge, a disparu le 12 août 2008 à Bogota et a été assassiné quelques heures plus tard à Ocaña (Norte de Santander). Le Corps technique d’investigation criminel et judiciaire (CTI) a retrouvé la famille de Soraída en 2009 et les obsèques de Matias ont eu lieu en février 2010 dans l’église du Voto nacional, au centre de Bogota, grâce à l’aide de Clara Lopez de Obregón du parti de gauche Polo Democrático alternativo, alors adjointe du maire de la capitale aux affaires courantes.

    Profil des victimes

    45Le profil des victimes a changé en même temps que les modalités des exécutions. Les populations rurales, plus touchées au début des années 2000, ont été remplacées par des jeunes urbains ou vivant en périphérie des grandes villes à partir de 2005. Leur profil a varié en fonction des régions et des accords passés avec les groupes armés présents sur le terrain qui pouvaient profiter de l’occasion pour se débarrasser de personnes jugées indésirables, pouvant constituer un obstacle à leurs activités illégales (parfois d’anciens membres de leur clan), ou participer au choix des cibles. Le plus important pour les militaires était avant tout la politique du chiffre. En 2009, le parquet a remarqué une surreprésentation de Faux positifs anciens combattants du Bloque Catatumbo des Autodéfenses unies de Colombie (Autodefensas unidas de Colombia) dans le département de l’Atlántico42 (une quarantaine d’hommes), ce qui s’explique par le fait que le recruteur était un ancien de ce groupe paramilitaire.

    46Dans une étude menée en 202243 sur un échantillon de 578 cas présumés d’exécutions extrajudiciaires, l’ONG Equitas, spécialisée dans le domaine médico-légal, a compté 542 hommes pour 36 femmes, soit 93,8 % d’hommes, un pourcentage que cette structure considère comme légèrement inférieur à la moyenne nationale.

    47La CCEEU estime44 que l’appartenance de ces jeunes hommes « à des secteurs sociaux vulnérables ou à faibles ressources » n’est pas un hasard. Elle est « directement liée à des intérêts économiques défendus dans les régions du pays les plus touchées par cette pratique, qui coïncident avec celles dont l’investissement dans l’aspect militaire a été plus important45 ». Les disparus de Soacha de 2008 étaient tous de jeunes hommes. Deux étaient mineurs, Jaime Estiven Valencia Sanabria, 16 ans, et Jonathan Orlando Soto Bermúdez, 17 ans. Le plus âgé, vendeur ambulant de 42 ans, Jaime Castillo Peña, est le frère de Jacqueline Castillo, présidente de Mafapo46, l’association des familles de victimes de Faux positifs de Soacha. Mais la majorité des 19 jeunes assassinés avaient une vingtaine d’années, travaillaient dans des emplois peu qualifiés, pratiquaient le rebusque, c’est-à-dire étaient à la recherche de travail au jour le jour dans le secteur informel, sans salaire fixe, vivant dans une situation de précarité.

    48Dans le cadre de la priorisation du « sous-cas du Catatumbo », qui englobe les victimes de Soacha, la JEP a réexaminé les deux formes de « recrutement ». Elle a mis en lumière l’aspect de nettoyage social destiné aux jeunes attirés depuis la périphérie de Bogota jusqu’à Ocaña, dans le but d’éviter que les paysans locaux ne dénoncent les crimes lorsque les victimes étaient originaires de cette région. On les désigne comme « Les disparus de Soacha », alors que l’un des jeunes vivait à Fugasasugá et que deux autres étaient le plus souvent à Bogota. La grande majorité d’entre eux venaient de Soacha. Luis Fernando Escobar, le personero de Soacha de l’époque, fonctionnaire en charge de veiller au respect des droits humains sur le territoire dont il a la charge, m’a décrit une superficie de « six pâtés de maisons » pour les huit premiers cas qu’il a dans un premier temps identifiés en 2008.

    Encadré 1. Les deux modalités d’un schéma criminel

    Différences entre les deux modalités du schéma macrocriminel identifiées par la Cour
    Origine des victimes Alors que les victimes de la première modalité correspondaient aux habitants de zones rurales du Catatumbo, les victimes de la seconde modalité ont été amenées dans cette région grâce à l’usage de ruses depuis d’autres lieux pour empêcher les paysans de la zone de les reconnaître.
    Critères de sélection des victimes Dans la première modalité décrite, les victimes ont été choisies sur la base de rumeurs infondées selon lesquelles elles collaboreraient avec l’ennemi. Dans la deuxième modalité, les victimes ont été sélectionnées et assassinées dans une logique de « nettoyage social » contre ceux considérés comme indésirables, c’est-à-dire sur la base de critères tels que la consommation de drogue, l’existence d’un casier judiciaire, le fait d’être handicapé, le chômage ou parce qu’elles vivaient dans la rue.
    Où se trouvent les victimes Dans la deuxième modalité, les proches des victimes ne pouvaient pas savoir où se trouvaient leurs proches, même après leur décès. On a fait disparaître les victimes afin d’assurer le succès de l’opération.

    Source : Extrait traduit de JEP, « ABC de la primera decisión de determinación de hechos y conductas del caso 03 - Subcaso Catatumbo », 2021.

    Une pratique toujours en vigueur

    La négation au sommet de l’État

    49Le négationnisme, pratique née de la remise en cause du génocide nazi, est mobilisé dans de nombreux conflits pour nier l’existence de l’ennemi intérieur, par exemple les guérillas et la population civile susceptible d’y être liée en Colombie. Cette pratique remet en cause l’authenticité des faits autant que l’intention de les commettre. L’existence des exécutions extrajudiciaires a été dans un premier temps contestée et les victimes des exécutions extrajudiciaires ont été criminalisées. Deux semaines après le retour des quatre familles d’Ocaña, où avaient été découverts les corps des jeunes de Soacha, dans un discours47 prononcé devant l’Assemblée générale de l’association des institutions financières (Anif), le président Uribe Vélez a confirmé la version de l’armée, ironisant sur le fait que les jeunes n’étaient pas allés « cueillir du café » et qu’« ils [étaient] venus là à des fins criminelles ». Selon lui, « ils ne sont pas morts un jour après leur disparition, mais plutôt un mois plus tard », ce qu’ont contredit toutes les expertises. Enfin, il a assuré que la levée des corps n’avait pas été effectuée par l’armée, mais par le CTI (Corps technique d’investigation de la police) et que le directeur de la médecine légale confirmait « qu’ils n’[avaient] pas été exécutés par l’armée ».

    50Puis, lorsqu’il a été impossible de nier des assassinats qui ont fait l’objet d’une condamnation judiciaire, le président Álvaro Uribe Vélez et le commandant de l’armée, entre autres, ont minimisé et remis en cause la véracité du nombre de victimes, le caractère généralisé du phénomène sur le territoire et l’existence de crimes contre l’humanité. En 2010, à l’issue d’un entretien d’environ deux heures avec le caporal Carlo Mora au siège de l’ONU à Bogota, Álvaro Uribe a déclaré à la presse avoir rencontré un témoin rapportant « une alliance entre l’armée et des groupes de narcotrafiquants à Ocaña », dont le but était de fabriquer des Faux positifs et de démontrer l’efficience de la lutte armée contre la guérilla dans cette zone du pays. Il a assuré que ces faits seraient punis, que le procureur de la République mènerait une enquête et que les témoins apportant des informations pour dénoncer ce type d’affaires bénéficieraient d’une protection. Sa promesse est restée sans lendemain. Au fil des années, des enquêtes et des preuves, son discours a évolué, bien qu’une tendance à minimiser les faits sous-tende ses propos. Álvaro Uribe Vélez a par exemple qualifié de « nouvel outrage » à son égard le décompte de la JEP d’au moins 6 402 Faux positifs entre 2002 et 2008.

    51Même son de cloche du côté de l’armée : José Joaquín Cortés, commandant de la deuxième division de l’armée, l’unité opérationnelle qui couvrait notamment les départements de Norte de Santander et de Santander où les jeunes de Soacha ont été assassinés, a fait partie des vingt-sept militaires mis à pied après le rapport du chef de l’inspection Suárez en octobre 2008. Dans la foulée, il s’est déclaré publiquement innocent48, a réitéré sa confiance à la Brim 15 et, au sujet des onze premiers cas de Soacha qui venaient d’être mis à jour, a affirmé qu’il croyait fermement en l’innocence de ses hommes jusqu’à preuve du contraire. Il utilisait alors le terme de « transparence » pour qualifier la démonstration du combat tactique tout en reconnaissant qu’il en répondrait « si on l’avait trompé ».

    52Toujours dans un but de minimisation des faits, les auteurs des exécutions extrajudiciaires ont été qualifiés de « brebis galeuses ». Cette désignation avait l’avantage de les faire apparaître comme des éléments incontrôlables, en marge de l’institution et qui n’agissaient pas dans le cadre d’un système organisé. L’objectif était de déconnecter ces crimes les uns des autres afin qu’ils apparaissent comme des faits-divers isolés. Pourtant, les mêmes procédés de recrutement, d’exécution et de camouflage de la réalité dans des brigades et bataillons ont eu cours sur tout le territoire, suggérant un commandement et une structure organisationnelle.

    2009, la chute du nombre d’exécutions extrajudiciaires

    53La JEP a documenté 792 cas de victimes d’exécutions extrajudiciaires en 2008 contre 122 en 2009. Cette chute vertigineuse, constatée sur tout le territoire, a marqué un avant et un après le scandale de Soacha. La pratique s’est effondrée, mais n’a pas totalement disparu. Elle a pris un caractère plus sporadique que systématique.

    54Début octobre 2008, le ministère de la Défense a confié une enquête au général Carlos Arturo Suárez Bustamante. La Commission éponyme n’avait pas pour mission une recherche de preuves dans le cas d’une responsabilité pénale, mais une enquête administrative. Selon l’hebdomadaire d’informations générales Semana49, dans son édition du 12 mai 2009, le chef de l’inspection des forces militaires, ancien général de l’armée avec 35 ans d’expérience, estimait que personne ne devrait craindre un contrôle « puisqu’en temps de guerre, il n’y a que trois situations : les combats ouverts (combates en franca lid) qui supportent n’importe quelle enquête, les erreurs militaires qu’il faut toujours reconnaître et les actes criminels qui doivent être dénoncés devant la justice ». Son rapport a montré entre autres la quasi-absence de contrôle des fonds réservés de l’armée ainsi que des paiements de récompenses en lien avec les directives précédemment citées. En conséquence, 27 militaires ont été mis à pied le 30 octobre, parmi lesquels trois généraux, onze colonels et un capitaine. Onze jours plus tard, Mario Montoya Uribe a démissionné de la direction de l’armée. Aucune enquête pénale n’a été lancée. Un an plus tard, le général Suárez a été poussé vers la sortie50.

    55La destitution des commandements, les prises de parole des familles de Soacha, les rapports d’ONG pointant une pratique généralisée sur le territoire et la visite en juin 2009 en Colombie de Philip Alston, rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires51, qui a dénoncé un an plus tard la présence de ce phénomène sur le territoire, les bénéfices qui y étaient liés et l’impunité dont ils ont bénéficié, expliquent la chute de la pratique. La visibilité des faits semble avoir eu raison de sa systématicité.

    56Selon la CCEEU, en 2010, des exécutions extrajudiciaires ont eu lieu dans une moindre mesure, sous la forme d’« homicides sélectifs » commis par des groupes paramilitaires, la plupart du temps pour des questions de propriétés foncières. La responsabilité de l’État est engagée « de manière directe ou par omission, compte tenu de la complicité ou de l’approbation des forces de sécurité vis-à-vis des actions des groupes néo-paramilitaires52 ». Ce même rapport pointe une évolution dans les profils des victimes, avec l’augmentation au niveau national de la proportion de populations autochtones concernées, qu’elle estime alors à 16,4 % en 2009-2010, et l’augmentation du nombre de dénonciations de crimes du même type commis par la police.

    2019, la réactivation ?

    57Les révélations du New York Times53, le 18 mai 2019, ont ressuscité le spectre des assassinats de civils par l’armée. Le journaliste Nicholas Casey assurait que les unités militaires avaient reçu l’objectif de doubler les pertes et captures au combat. La nouvelle a connu un certain écho dans la presse et a alerté les organisations de défense des droits humains qui la relaient. Un contexte similaire avait créé les conditions menant à la fabrique de Faux positifs dans les années 2000. Au surlendemain de Noël, en 2019, le président Iván Duque (2018-2022) du Centro democrático (droite) a annoncé le départ du général Nicacio Martínez de la tête des armées, officiellement « pour motif familiaux ».

    58En janvier 2023, je me suis entretenue au téléphone avec Michael Carrazco54, ancien sergent du bataillon d’artillerie no 2, connu sous le nom de La Popa, unité basée dans le département du Cesar au nord-est du pays. La JEP a publié en 2022 une série de conclusions ouvrant la voie à des sanctions pour douze militaires de cette unité dans le cadre d’exécutions extrajudiciaires commises entre 2002 et 2005. Michael Carrazco m’a décrit la formation qu’il avait suivie en 2019 dans l’objectif d’obtenir le grade de sergent premier échelon. Il y était question d’entraînements au cours desquels les militaires apprenaient la balistique et s’exerçaient au tir sur des têtes et des corps de cochons à 30 ou 40 mètres, quand les combats se déroulent aujourd’hui à une distance proche des 200 ou 300 mètres. « Pourquoi devait-on nous enseigner la trajectoire des balles tirées à courte distance et comment se plaçait le vêtement après un tel tir ? Selon moi, ces cours étaient axés sur la réapparition des Faux positifs » [entretien du 20 janvier 2023]. D’après lui, d’autres enseignements étaient en lien avec la construction des récits après la levée des corps : « Ils nous ont dit que lorsqu’il y avait des combats, beaucoup de militaires avaient été emprisonnés en raison de mauvaises procédures. » Le général Marcos Pinto, directeur de l’école militaire à cette époque, aurait répondu à ses interrogations à ce sujet en avançant la nécessité de se « défendre des ONG ».

    59Le sergent Michael Carrazco a contacté l’ONG Human Right Watch et la radio Caracol. Il dit avoir été cambriolé le mois suivant. Les voleurs n’ont pas touché à une chaîne en or, mais ont emporté son ordinateur. Cet ex-militaire, qui a démissionné après 15 ans de service, a refait sa vie aux États-Unis où il a fui. Il n’est pas le seul interlocuteur suspectant que la pratique des exécutions extrajudiciaires perdure. Plusieurs mères de Soacha soupçonnent que bien des familles, à l’époque, n’ont pas remis en cause la version officielle de la mort de leur proche par peur des représailles. Cette crainte est toujours présente.

    60Le très faible taux de résolution des homicides en Colombie invite à la prudence et génère un flou sur les motivations et les auteurs de crimes et d’assassinats. Le nombre en hausse d’homicides de leaders sociaux et de défenseurs de droits humains et de l’environnement depuis la signature des Accords de paix à la Havane en 201655 entre l’État colombien et l’ancienne guérilla des FARC-EP – l’ONG Indepaz en compte 1707 au 10 janvier 202556 – génère un doute sur le fait qu’il recouvre des exécutions extrajudiciaires. Lors des manifestations du paro nacional57 (grève nationale) en 2019 puis en 2021, les chiffres des morts de la répression indiqués par le parquet ne coïncident pas avec ceux d’ONG, comme Temblores ou Indepaz, qui ont documenté ces soulèvements populaires. Sans compter le flou généré par la présence de civils armés tirant sur des manifestants.

    61Des réminiscences du passé ont enfin surgi lorsqu’un paysan du Catatumbo, ex-combattant des FARC, signataire des Accords de paix de 2016, a été torturé et assassiné58 par des militaires le 22 avril 2019. Dimar Torres aurait en effet pu venir gonfler le chiffre des disparus si des voisins, entendant les coups de feu, ne l’avaient pas immédiatement cherché. Ils ont retrouvé une tombe creusée à la hâte. Des condamnations à des peines de prison ont été prononcées pour cet « homicide aggravé sur personne protégée » : 5 ans et 4 mois pour trois soldats professionnels, 20 ans pour le caporal qui a reconnu avoir tiré et 40 ans pour leur colonel. Il n’est donc pas déraisonnable de penser que le phénomène des Faux positifs ne s’est pas arrêté à la fin des années 2000. Plus récemment, le 28 mars 2022, une opération militaire près de la frontière avec l’Équateur et le Pérou ayant fait onze morts, présentés par l’armée comme des dissidents des FARC, a été dénoncée par l’Organisation nationale des peuples indigènes d’Amazonie colombienne (Opiac). Le gouverneur indigène kichwas Pablo Panduro, un leader communautaire et sa femme ainsi qu’un adolescent faisaient partie des victimes. Oscar Daza, coordinateur des droits humains de l’Opiac, a affirmé qu’il s’agissait de Faux positifs. Un an après, l’enquête était toujours en cours.

    Du scandale à la mobilisation

    Convergence des recherches et des vécus

    L’établissement du lien entre les disparitions et les morts à Ocaña

    62Jaime, Julio César, Jonathan Orlando, Daniel Andrés, Eduardo, Diego Alberto, Víctor Fernando, Jáder Andrés, Fair Leonardo, Elkin Gustavo, Jaime Steven, Julián, Joaquín, Daniel Alexánder, Mario Alexánder, Jonny Duvián, Diego Armando, Jaime Estiven et Óscar Alexánder sont les 19 victimes du groupe connu comme les Faux positifs de Soacha qui ont disparu sans laisser de trace au cours des neuf premiers mois de l’année 2008. Certains jeunes avaient mentionné une offre de travail, sans en préciser les contours, et vivaient dans un quartier aussi exigu qu’un « mouchoir de poche ». Pourtant, leurs familles ne se connaissaient pas et chacune ignorait qu’à quelques centaines de mètres, d’autres parents enduraient le même drame : la disparition inexpliquée de leur enfant.

    63Débute alors la recherche qui passe par les postes de police et les morgues du quartier ou de la capitale. Les parents angoissés y entendent parfois des paroles désinvoltes et blessantes, suggérant par exemple que le jeune prend du bon temps avec une petite amie et n’a pas besoin d’eux pour cela. Seules dans leurs recherches, les familles voient les semaines et les mois passer. Attirés dans un piège qui les a conduits à des centaines de kilomètres de chez eux, ces jeunes ont été tués dès leur arrivée ou quelques heures plus tard, pour la très grande majorité dans le Norte de Santander, dans le Santander voisin ou, pour Óscar Alexánder Tejada, dans le Cesar. Les parents de ce dernier, Doris Tejada et Darío Morales n’ont pu récupérer son corps qu’en mai 2024, après un long processus de fouille parmi des dizaines d’autres cadavres. La plupart des familles ont appris la mort de leur proche à partir de début septembre 2008.

    64Les corps ont commencé à réapparaître à Ocaña, enterrés sous X. Les descriptifs de la médecine légale ne correspondaient pas toujours à la réalité, ce qui rendait difficile l’identification des corps. Le personero de Soacha, sollicité par les familles (Figure 3), a pourtant fait le lien entre les familles de disparus. Cette situation, en apparence absurde et vide de sens a attiré son attention et il a permis aux mères de se rencontrer : comment ces jeunes volatilisés pouvaient-ils réapparaître enterrés sous X par l’armée à plus de 600 kilomètres de là ?

    Figure 3. Extrait d’un courrier envoyé au personero en 2008

    Soacha, le 8 septembre 2008 - Adressé à la Personería municipal - À l’attention de Luis Fernando Escobar Franco Personero municipal

    Objet : dénonciation

    De la manière la plus respectueuse, nous, auteurs de cette lettre, souhaitons faire connaître la situation très préoccupante qui se produit dans la municipalité de Soacha, plus précisément dans le quartier de Los Ducales de Compartir. Nous constatons avec inquiétude que des jeunes de ce quartier, qui avaient disparus, ont été retrouvés dans des fosses communes à Ocaña Norte de Santander, dans le village de Lagunas de la Virgen ; des garçons qui ont été recrutés par des inconnus et ont été sauvagement assassinés, alors que nos enfants ne sont pas de mauvaises personnes : Jader Andrés Palacio Bustamante, Víctor Fernando Gómez, Diego Tamayo n’avaient aucun problème d’aucune sorte avec personne. Víctor Fernando a fait son service militaire et n’a jamais eu de problèmes. Nous ne comprenons pas comment il est possible qu’on les accuse d’appartenir aux forces d’autodéfense et à la guérilla, et nous constatons qu’ils [les militaires] ne savent même pas à quel groupe attribuer leur appartenance. Nous accusons l’armée nationale de ce massacre. Nous sommes au courant, car c’est ce que l’on nous a dit lorsque nous sommes allés chercher les corps. Le plus inquiétant, c’est que nos enfants ne sont pas les seuls. Nous savons que deux hommes et une femme ont emmené ces jeunes qu’on a retrouvés assassinés très loin de Soacha. La semaine dernière ils ont emmené dix jeunes hommes et ce week-end, ils ont emmené plus de dix garçons, ceux qui n’ont pas voulu partir expliquent que cette opération d’enlèvement des jeunes se produit depuis un certain temps déjà. Nous vous apportons cette dénonciation parce que vous êtes garant des droits humains, parce qu’il n’est pas juste qu’ils en finissent ainsi avec les jeunes Soachunos et qu’ils les accusent en plus d’appartenir à des groupes de régions très éloignées de la commune de Soacha. Nous espérons et comptons sur votre collaboration et nous serons très reconnaissants de ce qui pourra être fait pour résoudre ce problème qui est assez grave.

    65Comment un premier lien entre un enterré sous X à Ocaña et un disparu de Soacha a-t-il pu se faire ? L’explication n’apparaît pas, à notre connaissance, dans les travaux de recherche sur ce sujet. La personne qui a découvert qu’un des disparus de la région de Bogota et un cadavre NN59 d’une fosse commune du Norte de Santander ne faisaient qu’un a, sans le savoir, ouvert une boîte de Pandore, dévoilant l’un des plus gros scandales politiques du début du xxie siècle en Colombie. Il s’agit du cousin d’un des disparus, qui travaillait dans un service de médecine légale. Soucieux d’aider sa tante, il a passé en revue les caractéristiques physiques du disparu et celui des corps stockés dans les morgues. Alors que les victimes d’exécutions extrajudiciaires était dépouillées de leurs cartes d’identité et de tout élément aidant à l’identification, ce n’était pas (encore ?) le cas pour celui-ci qui gisait dans un tiroir de la médecine légale, aux côtés de deux autres victimes de Soacha. Il disposait même de son livret militaire.

    66« Il portait la veste en jeans avec laquelle il était parti », m’a confié la mère du défunt. Étant donné le niveau des menaces reçues par les familles de victimes par la suite, son neveu, qui a fourni cette information capitale, a fait profil bas et ne s’est pas exposé devant les médias. Cette découverte a représenté un point de départ essentiel qui a permis d’élargir les recherches et de retrouver petit à petit les autres jeunes recherchés par leur famille de Soacha.

    Un chemin semé d’embûches

    67Impossible de résumer en quelques paragraphes dix-neuf parcours qui comportent des points communs, depuis les premiers jours de la recherche jusqu’au rapatriement du corps des disparus pour être définitivement inhumé. Des témoignages transcrits dans ce livre permettent de prendre connaissance de plusieurs cas. L’ensemble des entretiens fait ressortir quatre moments cruciaux dans la chronologie : la recherche, la remise du corps, l’incompréhension et l’humiliation, ainsi que la solitude et l’isolement.

    68Les familles ont effectué la recherche de leur proche disparu dans une grande solitude. Leur premier réflexe a été d’aller au poste de police le plus proche où, souvent, les agents leur ont demandé d’attendre un délai de 72 heures afin de déclarer la disparition, comme cela a été le cas pour les parents de Fair Leonardo Porras, Daniel Alexánder Martínez Peláez et Julián Oviedo Monrroy. Certaines parentes ont été qualifiées de « pleureuses » ou menacées que leur déposition ne soit pas prise « parce qu’il [leur proche] devait tranquillement être à Girardot avec la fiancée ». Elles ont pris sur elles pour effectuer la tournée des hôpitaux et des morgues avec, dans ce dernier cas, le sentiment contradictoire de ne pas vouloir y trouver ce qu’elles étaient venues chercher, comme me l’a confié Blanca Nuvia Monrroy [entretien du 14 avril 2020], mère de Julián Oviedo, 19 ans, disparu le 2 mars à Soacha et assassiné le 3 mars à Ocaña. Luz Marina Bernal, qui avait peur que son fils ait été mis malgré lui dans une « situation délicate » en raison d’une déficience mentale, s’est tournée vers l’administration pénitentiaire et a diffusé un appel à témoins à la radio. Pour les familles dont les enfants ont disparu lors du premier semestre de 2008, l’attente et la recherche ont représenté des mois d’angoisse et d’incertitude, sans un début de piste.

    69L’annonce de la mort et la remise du corps sont deux événements douloureux. Blanca a reconnu la balance tatouée sur un bras de son fils à partir d’une photo sur un écran d’ordinateur. Une autre mère est restée très marquée par les détails du rapport de la médecine légale : « Les balles ont emporté ses testicules », m’a-t-elle répété, « mais il n’avait aucun impact ni à la tête ni au tronc ». Ana Páez, mère d’Eduardo Garzón Paéz, disparu le 4 mars et tué le lendemain à l’aube dans le village de La India de Cimitarra (Santander), a reconnu son fils à la morgue le 29 août. Son « crâne avait été détruit » [entretien du 11 janvier 2023]. Il portait des vêtements de guérillero visiblement enfilés à la hâte par-dessus ses habits, « cela n’avait pas de sens ».

    70Pour la plupart d’entre elles, des questions économiques – cruciales pour ces familles modestes, voire très pauvres – se sont posées au moment d’effectuer un lointain voyage pour récupérer le corps et de payer les frais d’inhumation. Elles ont parfois pu bénéficier d’une aide de la Defensoría del pueblo60, de la mairie de Bogota ou d’autres institutions. Dans tous les cas, une fois le corps récupéré, l’enterrement a été réalisé rapidement. Aidée par le syndicat de l’entreprise où elle travaillait et grâce à un contrat avec une société funéraire, Idalí Garcerá a pu récupérer le corps de son fils le 2 septembre 2008. « Nous l’avons veillé le 3 et le 4 on l’a enterré » [entretien du 17 janvier 2023].

    71Avant cela, il a fallu traverser l’épreuve de la remise du corps, dans des conditions qui ont amplifié la souffrance et l’humiliation, le défunt étant présenté comme un combattant. Cette douleur était d’autant plus vive que Soacha a accueilli plusieurs vagues de déplacés, fuyant la violence des conflits dans les campagnes, et que de nombreuses familles avaient déjà été victimes par le passé d’exactions des groupes armés illégaux opérant dans la région. Il leur a fallu parcourir plus de 600 kilomètres, soit une quinzaine d’heures de trajet en bus pour se rendre sur les lieux où les jeunes ont été enterrés. Au cours de nos entretiens, plusieurs mères m’ont présenté des photos de leurs enfants plus jeunes, le jour de la première communion, à l’école, des lettres qu’ils avaient écrites, mais aussi des clichés de leur périple, comme pour montrer à quel point ils avaient une vie « normale ».

    72Flor Hernández, mère de Elkin Gustavo Verano, 25 ans, disparu le 13 janvier, tué le 15 janvier avant le lever du soleil au lieu-dit El Abrego (Norte de Santander), a dû attendre le 23 septembre avant d’avoir des nouvelles. Jusqu’à son arrivée à Ocaña, elle a espéré qu’il y ait erreur sur la personne [entretien le 1er novembre 2021]. « Nous avons monté une colline, j’ai ressenti la douleur la plus grande de ma vie. » Un cliché61 figeant Flor au moment de la présentation du corps de son fils tout juste sorti de terre à Ocaña a fait la Une de l’hebdomadaire Semana en Colombie en octobre 2008. Il illustre mieux que n’importe quelle description la douleur insondable de cette mater dolorosa.

    73L’une des filles de Gloria Astrid Martínez, mère de DanielAlexánder Martínez Peláez, 21 ans, assassiné le 8 février 2008, est allée récupérer le corps de son frère. Elle a dû le reconnaître de nuit, au-dessus de la fosse commune où sept cadavres, éviscérés, étaient empilés. Le fossoyeur lui a demandé si elle souhaitait récupérer les organes qui étaient à part [entretien du 13 janvier 2023].

    74Jacqueline Castillo a eu une expérience similaire, puisqu’il a fallu exhumer plusieurs corps avant d’arriver à celui de son frère Jaime. « Après deux mois, sa peau était très abîmée, c’était de nuit, et je suis repartie sans être sûre que c’était bien lui. Il a fallu attendre les analyses ADN » [entretien du 18 décembre 2019]. Cecilia Arenas Garzón a dû patienter jusqu’au 16 décembre 2008 pour être autorisée à récupérer à Bucaramanga (Santander) le corps de son frère Mario Alexánder, 33 ans, disparu le 2 janvier et tué le 21 janvier par la cinquième brigade de Florida Blanca (Santander). Au bataillon, « la doctora62 » (la docteure) lui a montré un arsenal composé d’un fusil, d’une grenade, d’un mini Uzi (arme automatique) et l’a interrogée comme si elle était au courant de l’implication de son frère dans la guérilla [entretien du 11 janvier 2023]. Elle était perplexe. Pourquoi son frère avait-il enfilé un uniforme sur un jogging alors qu’il faisait si chaud dans la région ? Comment pouvait-il porter autant d’armes sur lui ? Son interlocutrice lui a montré une mochila63 à l’évidence trop petite pour les contenir selon elle. Tout lui a paru absurde. Pourquoi n’avait-il pas de traces de poudre sur les mains ? Pourquoi la photo du corps montrait-elle un projectile tiré dans le dos s’il affrontait les militaires ? La « doctora » a trouvé qu’elle posait beaucoup de questions et lui a dit dans un premier temps qu’elle ne pouvait pas récupérer le corps au prétexte « qu’il fallait laisser les morts reposer en paix », avant de le lui remettre finalement face à son insistance.

    75Carmenza Gómez Romero s’est indignée lorsqu’à la médecine légale, où elle était en train de reconnaître le corps de son fils Víctor Fernando, 23 ans, disparu le 23 août à Soacha et tué le 25 août à Ocaña, elle a entendu qu’il appartenait à la guérilla. Elle a protesté et a dit que « cela n’était pas possible et qu’il était mort moins de 48 heures après sa disparition. À quel moment serait-il devenu un guérillero ? » [entretien du 11 janvier 2023]. Plusieurs mères ont avancé ce même argument lors de nos échanges et de déclarations à la presse. Ce n’est pas un hasard si plusieurs d’entre elles ont participé en 2014, puis en 2022 à une représentation de théâtre intitulée Antigonas, tribunal de mujeres64 (Antigones, tribunal de femmes) à Bogota. Fille d’Œdipe, roi de Thèbes, et de la reine Jocaste, dans la mythologie grecque, Antigone symbolise la lutte contre l’injustice, la résistance individuelle face au pouvoir, l’action contre le destin. En s’opposant à son oncle Créon, qui refuse qu’une sépulture soit donnée à Polynice, frère d’Antigone, cette dernière brave les interdits. Elle s’obstine, forte du sentiment de loyauté envers son frère, quitte à mettre sa propre vie en danger.

    76Face à l’absence de sens des accusations des militaires désignant leurs enfants ou frères comme des délinquants ou des guérilleros morts lors d’un affrontement avec l’armée, comme Antigone, les Mères de Soacha n’ont pas baissé pas la tête, ont rejeté les affirmations mensongères et n’ont jamais cessé de réclamer la vérité.

    Menaces et familles disloquées

    77Très rapidement, les menaces ont fusé. Elles ont touché les familles des victimes, puis elles ont concerné la plupart de celles et ceux qui se sont intéressés au phénomène des Faux positifs : journalistes, enquêteurs, artistes à des degrés divers. Un juge militaire a également été contraint à l’exil. Elles ont pris des formes variées. Il pouvait s’agir d’un signalement sur les réseaux sociaux sous la forme de l’accusation d’avoir de la sympathie pour des guérillas marxistes et leur lutte armée, de partager leur idéologie et de d’user de leur rhétorique. Les menaces ont aussi été exprimées sous la forme de tracts ou d’appels téléphoniques exhortant à cesser d’enquêter sur ce thème présenté comme une rumeur.

    78Les Mères de Soacha en ont fait les frais et continuent de vivre dans la peur ou dans la méfiance. Plusieurs familles ont été disloquées. La fille de Jacqueline Castillo Peña, sœur de Jaime, 42 ans, disparu à Bogota le 10 août et tué le 12 août à Ocaña, « a dû quitter le pays pour les États-Unis » après avoir été abordée par un homme à moto qui lui a intimé : « Dis à ta mère qu’elle arrête de faire ch… » [entretien du 18 décembre 2019]. Jacqueline assume le leadership du groupe des Mères et préside Mafapo. Des croix ont été peintes sur la porte de son domicile, comme un avertissement. Ana Delina Páez, mère d’Eduardo Garzón Paéz, 32 ans, disparu le 4 mars et tué le 5 mars à Cimitarra, dans le Santander, m’a confié vivre sans ses enfants qui « trouvent que cela est trop dangereux » [entretien du 11 janvier 2023]. En 2021, elle a été attaquée et frappée par deux motards qui ont pris la fuite quand un bus est arrivé. Elle assure qu’ils lui ont reproché sa militance. Après Víctor, Carmenza Gómez Romero a perdu un autre de ses fils, John Nilson. Plusieurs fois menacé en raison de ses démarches pour éclaircir la mort de son frère, il a été tué par balle le 4 février 2009. Deux autres de ses enfants ont été suivis et menacés. « Les conséquences de tout cela, c’est que je vis seule, mes enfants se sont éparpillés, en raison des risques » [entretien du 11 janvier 2023].

    79Soraida Isabel Muñoz Badillo, mère de Yonny Duvián Soto Muñoz, 24 ans, assassiné le 12 août à Ocaña, a déménagé plusieurs fois en raison des tracts qu’elle recevait. Cette ancienne madre comunitaria (nourrice agréée), qui travaillait pour l’Institut colombien du bien-être familial (ICBF), était une leadeuse dans son quartier. Elle vit désormais comme « un papillon », deux jours chez l’un de ses fils, deux autres chez un autre, puis chez sa fille avant de revenir chez elle où elle dit avoir peur, et de recommencer, car elle ne sait « pas où aller » [entretien du 15 janvier 2023]. Les intimidations perdurent quinze ans après les faits. En 2021, deux inconnus se sont présentés dans son quartier « à la recherche du domicile de Yonny Duvián Soto ». Elle s’est cachée et n’a pas ouvert : « Personne ne le connaît sous cette identité, nous l’avons toujours appelé Matias. » Elle m’a montré l’un des tracts qu’elle a reçus (Figure 4).

    80Fair Leonardo Porras Bernal, 26 ans, disparu le 9 janvier et tué le 12 janvier, a été présenté comme le leader d’une organisation narcoterroriste, alors qu’il souffrait d’un retard cognitif en raison d’une méningite contractée dans l’enfance. Son frère John Smith a reçu plusieurs lettres de menaces lui intimant l’ordre de partir loin ou de s’attendre aux conséquences s’il persistait à enquêter sur la mort de Fair, comme l’a fait leur mère, Luz Marina Bernal65 [entretien du 12 janvier 2023]. « Ça a été une lutte difficile, longue, semée de menaces », m’a confirmé de son côté Blanca Monrroy, mère de Julián Oviedo, un autre Faux positif. « Mais je crois que l’amour que nous avons pour nos enfants nous a donné la force d’être encore là, de lutter encore » [entretien du 14 janvier 2023].

    Figure 4. Tract reçu par Soraida Isabel Muñoz Badillo

    « Ou vous partez, car les morts ne parlent pas comme Yonny Duvián et sa famille. »

    Source : photographie de Guylaine Roujol Perez

    81J’ai rencontré plusieurs mères de Mafapo à Bogota en 2021 chez l’une d’entre elles. Un rendez-vous a été fixé dans le centre de Bogota pour réaliser des entretiens en janvier 2023. À l’exception de Luz Marina Bernal qui se déplace en transport en commun, les autres sont arrivées de Soacha avec une protection de l’Unidad Nacional de Protección (UNP), incluant transport sécurisé et garde du corps. Outre l’isolement familial, certaines d’entre elles m’ont signalé d’autres dommages psychologiques ou des problèmes de santé, avoir perdu leur emploi et vivre avec une sensation de peur lors de leurs déplacements. L’une d’elles déclare ne sortir de chez elle que pour le strict nécessaire et ne pas se sentir en sécurité « parce qu’avec tous ces militaires qui ont été condamnés et sont libres, on ne sait jamais ce qui pourrait se passer ».

    L’explosion d’un scandale médiatique

    82Le « quatrième pouvoir », la presse, avait pourtant alerté avant septembre 2008. Alors que des jeunes ont commencé à disparaître à Soacha sans que personne ne soupçonne leur destinée, le 25 janvier 2008, l’hebdomadaire généraliste de référence Semana66 publiait le témoignage d’un sergent de l’armée de la Quinzième brigade mobile d’Ocaña (Brim 15), qui avait dénoncé, fin 2007 devant la Procuraduría67 et au sein de l’institution, le mécanisme qui consistait à tuer des civils pour les faire passer pour des combattants illégaux morts lors d’échanges de tirs avec l’armée. Le titre est sans équivoque : « On nous donnait cinq jours de repos pour chaque mort68. » Quelques mois plus tard, quand les familles de Soacha ont commencé à rapatrier les corps de leurs enfants, les articles se sont multipliés. Beaucoup n’étaient pas signés, par souci de protection des journalistes auteurs de papiers dits sensibles, ce qui est exceptionnel en France, mais beaucoup plus courant en Colombie. Ricardo Calderón69 a longtemps enquêté en restant dans l’ombre pour mieux écrire sur des faits de corruption ou les agissements criminels de l’ancien DAS. Des années plus tard, en 2019, il a apposé sa signature sur des articles dénonçant, par exemple, les récompenses et permissions offertes dans l’armée à ceux qui communiquent des informations sur les militaires renseignant la presse70. Face aux nombreuses menaces qu’il a reçues, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a prononcé des mesures conservatoires71 en sa faveur.

    83Selon Luz Marina Bernal, les médias internationaux ont plus couvert l’affaire des Faux positifs que ceux de Colombie. La presse nationale s’y est intéressée d’une manière fortuite. Alors que la mère de Fair Leonardo se trouvait avec trois autres familles de victimes à la médecine légale, des journalistes présents pour recueillir le compte-rendu de l’autopsie d’un joueur de football ont remarqué ces femmes en larmes tenant à la main une photo de leur fils. Il était presque l’heure du journal télévisé de la mi-journée. La machine était lancée. Certains les ont accompagnées le lendemain jusqu’au cimetière de Las Liscas, à Ocaña, pour les exhumations. Le personero a « toujours senti que les journalistes voulaient [le] piéger avec leurs questions », attendant qu’il « dérape » en montrant un intérêt politique ou personnel, ce qu’il attribue à l’appartenance de leur média à de grands groupes économiques.

    84Des ONG telles que le Cinep, le Movice ou Human Rights Watch ont contribué à rendre visibles les faits et à les documenter. En 2010, Felipe Zuleta a diffusé un documentaire72 de 10 minutes dans lequel plusieurs mères de Soacha s’exprimaient ainsi que le commandant de la Trentième brigade, dans le Catatumbo, Paulino Coronado Gámez. Ce dernier confirmait au cours d’une conférence de presse que les jeunes abattus faisaient parties de groupes de délinquants. La mobilisation des familles de Soacha, la presse et les organisations de défense des droits humains ont dû peser de tout leur poids pour que le négationnisme ne l’emporte pas.

    Création de la fondation Mafapo

    85Jacqueline Castillo, sœur d’une victime, préside Mafapo, organisation sans but lucratif inscrite à la Chambre de commerce de Bogota, depuis l’assemblée générale fondatrice du 27 février 2018. « Les Mères de Soacha » regroupent des mères, des sœurs et épouses. Le but de Mafapo est « la construction d’une culture de paix et la recherche de la vérité sur les causes, les faits et les conséquences du conflit armé et sociopolitique en Colombie, à travers la mise en place et l’utilisation d’outils pédagogiques, culturels, politiques, juridiques et administratifs73 ». Elle réunit quatorze des dix-neuf familles de Soacha74. Le collectif a commencé à s’organiser lorsque les mères se sont rencontrées, peu de temps après la découverte des corps, autour de trois axes : enquêter et comprendre ce qu’il s’est réellement passé, défendre la mémoire de leurs enfants et communiquer.

    Le rôle déterminant du personero

    86Partager un statut de victime ne suffit pas à former un groupe capable de se mobiliser, d’exprimer ses revendications et de porter des demandes de justice et de non-répétition à l’image des Mères de Soacha réunies au sein de l’association Mafapo. Quand Luis Fernando Escobar, le personero de Soacha en 2008, a pris conscience que plusieurs disparitions des derniers mois avaient eu lieu dans un secteur de quelques pâtés de maisons, il a enquêté. « De fil en aiguille, je me suis rendu compte que huit familles avaient perdu un jeune et que tous étaient morts dans ce qui était présenté à chaque fois comme des opérations militaires à Ocaña » [entretien du 20 avril 2020]. C’est lui qui a appris à chaque foyer que d’autres vivaient la même situation. « Elles se sentaient stigmatisées et ne faisaient pas étalage de ce qui leur arrivait. Elles étaient en deuil chacune dans leur coin. » Dès août 2008, Luis Escobar a détecté des points communs dans les disparitions, ce qui constituait selon lui un patrón, un mode de fonctionnement. Il a réuni pour la première fois les mères dans un bureau. Elles se sont rencontrées grâce à lui. Il leur a conseillé de s’unir :

    « Au départ, elles n’en voyaient pas l’intérêt. Nul besoin d’être un expert en droit pour comprendre qu’avec l’armée en face, la situation était plus que compliquée. Pour moi, il était important que les familles puissent se connaître. Lors de cette première réunion, nous leur avons donné un verre de soda et un morceau de gâteau. Et je leur ai dit que ce processus allait durer encore plus de temps que celui d’établir les faits de la prise du Palais de justice 23 ans plus tôt, c’est pourquoi je pensais qu’il était bon qu’elles se connaissent, car elles allaient faire un long chemin ensemble. Je leur ai dit aussi qu’il y avait des risques. »

    87Bien que les victimes d’exécutions extrajudiciaires aient des pères, des frères ou des sœurs, plus rarement des enfants, la mobilisation a essentiellement été celle des femmes, en très grande majorité des mères. Elle s’est d’ailleurs affichée comme telle. Luis Fernando Escobar a « rapidement compris que ce combat serait celui des femmes ». Lors de la première réunion qu’il a organisée, un seul père a répondu présent. « Les femmes se sont assises, lui est resté debout durant toute la réunion, près de la porte », comme s’il s’apprêtait à partir à tout moment. Selon Luis Fernando Escobar :

    « À Soacha, il y avait une petite armée d’Antigones. Des femmes, épouses, mères, sœurs, prêtes à affronter tous les dangers pour retrouver le corps de leur enfant, l’enterrer et savoir la vérité. Une mère, à qui j’ai demandé si elle n’avait pas peur étant donné les circonstances, m’a répondu : “C’est mon fils, et c’est donc mon droit, personne ne peut me le retirer.” Ce défi, cette certitude m’ont inspiré du respect. […] Le vide de l’utérus féminin face à la mort d’un enfant ne se remplit jamais. Il y a sous terre un morceau de chacune d’entre elle. Leur amour est inconditionnel. Quelles que soient les conditions de disparition de leur enfant, elles veulent savoir. »

    88Le personero ne fait pas partie de l’association. Il n’a pas gardé de contact suivi avec ses membres, mais s’estime « fier de leur avoir permis de se connaître, car il était important de les sortir de leur isolement ». Il est le parrain de la fille d’une des victimes, expression de gratitude et de confiance. Toutes se souviennent qu’il leur a permis de se rencontrer et les a orientées, alors qu’elles n’avaient aucune connaissance du système judiciaire et n’auraient certainement pas su comment faire valoir leurs droits.

    Le combat d’une vie pour la vérité

    89La lutte de Mafapo rappelle celle des Folles de la place de Mai en Argentine, à la recherche de leurs enfants et petits-enfants disparus sous la dictature du général Videla et de ses successeurs. Les grands-mères à la recherche des enfants de leurs enfants tués par des agents de la dictature argentine entre 1976 et 1983 n’ont pas choisi cette dénomination utilisée par les autorités qui avait pour but de les ridiculiser. Elles ont fini par la revendiquer alors qu’elles gagnaient en visibilité. La dictature est responsable de plus de 30 000 disparus en Argentine et les grands-mères des Folles de Mai recherchent 500 petits-enfants. Les Faux positifs sont au moins 6 402 entre 2002 et 2008 selon les premiers comptes de la JEP révélés en février 2021.

    90Les Mères de Soacha et les Folles de la place de Mai dénoncent un « plan systématique » de l’État. Mobilisées pour visibiliser le destin de leurs disparus, elles ont manifesté dans des lieux symboliques, la Plaza de Mayo à Buenos Aires face à la Casa Rosada, le Palais présidentiel, chaque jeudi à partir du 30 avril 1977, et la place Bolívar à Bogota ou l’espace devant le Palais présidentiel de Nariño pour les mères colombiennes. Les Argentines arborent un morceau de tissus blanc en signe de reconnaissance. Les Colombiennes ont un tatouage sur une épaule représentant le portrait de leur disparu. Les unes ont recherché un corps à exhumer avant de l’enterrer à nouveau, les autres, un descendant vivant sous une nouvelle identité. Les cas de 138 petits-enfants avaient été résolus en Argentine fin 2024.

    91Les disparus sous la dictature Argentine étaient des opposants au régime et leurs enfants. En Colombie, pendant la période de la Sécurité démocratique, la pratique des Faux positifs a pu avoir comme effet secondaire une forme de « nettoyage social ». Dans les deux cas, on s’est débarrassé d’« indésirables » au moyen d’une stratégie commune : celle de faire disparaître des individus sans montrer de corps : pas de corps, pas de coupable. Unies par la même douleur de l’absence, ces familles de victimes luttent contre le négationnisme. « La disparition, l’absence des corps, laissent planer une incertitude sur la réalité de l’injustice dénoncée, dans le même temps qu’elles impliquent un déplacement du statut victimaire, de la victime à ses proches qui, eux, souffrent de son absence et de l’incertitude sur son sort. Se pose ainsi de manière centrale la question de la légitimité des porte-parole à s’exprimer au nom d’un groupe totalement ou partiellement composé d’absents […] » [Lefranc et al., 2008, p.11]. Les Mères de Soacha ont parfois été accusées d’œuvrer par intérêt personnel pour obtenir des compensations financières en raison de doutes d’une part de la population quant à leur statut de victimes.

    92Des rapprochements ont eu lieu entre les deux mouvements au cours d’événements culturels. En 2015, lors du Sommet mondial de l’art et de la culture organisé à Bogota, la présidente de l’association argentine, Estela de Carlotto, a déclaré aux Mères de Soacha présentes : « Même si nous sommes différentes, que nous venons d’endroits, de cultures, de religions différentes, il y a un lien très fort entre nos recherches » [Mansilla Bautista et al., 2020]. Le contexte politique les différencie : dans un cas, une dictature, dans l’autre, un pays à la stabilité politique durable et une démocratie affichée. La notoriété du mouvement des Folles de Mai a rapidement dépassé les frontières du continent quand celle des Mères de Soacha commence à peine à le faire. Une série d’indices laissent toutefois penser qu’en Colombie, l’État, absent en de nombreux endroits du territoire, impose un contrôle autoritaire, éloigné des principes démocratiques, avec des institutions faibles. Les massacres, l’impunité, les mises sur écoutes et les menaces systématiques des opposants politiques, des membres d’ONG et des journalistes indépendants par le DAS, le service de renseignements dissous en 2011 qui a agi comme une police parallèle d’État en Colombie, le scandale de la parapolitique – alliance entre des groupes paramilitaires et des sénateurs et députés – sont autant d’indicateurs d’une démocratie malade.

    93Le combat des Folles de Mai s’est développé dans un contexte de visibilité internationale plus favorable dans les années 1980 durant lesquelles la lutte pour les droits humains et la démocratie étaient, depuis la fin des années 1970, à l’ordre de l’agenda international (Espagne, Portugal, Grèce, en Europe, puis en Amérique latine). Les présidents colombiens ont, quant à eux, su soigner l’image d’un pays démocratique aux yeux du monde.

    94En Colombie, le conflit s’exprime de diverses façons : enlèvements, morts, déplacements, menaces, etc. La population civile a été fortement touchée lors du conflit armé comme le signale l’observatoire du Groupe de mémoire historique (GMH) qui indique que 262 19775 personnes ont été tuées en 60 ans, dont 215 005 civils entre 1958 et 2018, alors que dans le même intervalle, le nombre de combattants abattus était de 46 813. Dans Guerra contra la sociedad, Daniel Pécaut [2001] souligne que la société colombienne a été partie prenante de la guerre « à travers la victimisation et la coercition, et pas au travers de la participation ou du consentement » [Arevalo Meneses, 2014]. Liliana Mancilla et al. y voient de « nouvelles guerres » :

    « Les transformations du conflit armé colombien en défense de la sécurité nationale ont donné lieu à des actes de violence d’État caractérisés par l’absence de limites et la combinaison de facteurs structurels dans la privatisation de la guerre, l’internationalisation des conflits, les interactions politiques et économiques illégales, la violence contre les personnes et l’émergence de nouveaux acteurs, éléments qui sont compris sous le concept des nouvelles guerres. » [Mancilla et al., 2020, p. 21]

    95Le contexte évoque celui du triangle de Johan Galtung, qui place la violence directe, délictuelle et criminelle en haut de la pyramide, et en dessous la violence structurelle, « qui empêche une catégorie de la population de se développer (éducation, partie sociale, économique, accès au pouvoir politique) » ainsi que la violence culturelle, c’est-à-dire « les pratiques que nous avons au quotidien dans nos interactions, capables de construire et de reproduire dans le contexte des relations inégales, qui portent atteintes aux droits et qui reflètent la dynamique dans laquelle nous sommes immergés » [Saray Latorre, 2013, p. 27]. Les Faux positifs de 2002-2008 sont à la fois le fruit de cette violence s’exerçant de façon polarisée, avec un bourreau et une victime, et le résultat d’une violence structurelle et culturelle, comme le montre le profil des victimes tel qu’établi par le parquet : des familles pauvres, souvent déplacées au moyen de la violence, dans des quartiers ou des bidonvilles où la présence de l’État est faible, avec peu d’accès aux services publics, et la présence de groupes armés illégaux. Des jeunes au parcours académique limité, lorsqu’ils n’étaient pas déjà marginalisés, se sont retrouvés souvent incapables de discerner les pièges tendus par les recruteurs ou les membres de l’armée, qui les ont entraînés dans un engrenage sournois. Le 10 mai 2022, Alejandro Valencia, l’un des membres de la Commission de la vérité, l’a exprimé lors d’une conférence préalable à la remise du rapport final de cette entité qui est une émanation des accords de paix : « Les Faux positifs ont été une politique d’État entre 2002 et 200876. » La localisation de l’ennemi intérieur s’est déplacé des guérillas vers les pauvres dans un contexte national autoritaire sur fond d’exclusion sociale, dans un monde qui venait d’être frappé par le terrorisme international.

    Se mobiliser malgré la répression

    96C’est en entendant les propos77 du président de l’époque que des mères de disparus, comme Blanca Monrroy, sont sorties de leur silence, mais aussi de leur maison et de leur statut de femme au foyer, pour s’exprimer à leur tour publiquement sur le sujet et défendre l’honneur de leurs enfants. L’indignation grandissante provoquée par la célérité des autorités à protéger l’armée, contrastant avec la lenteur de l’enquête judiciaire, a renforcé leur désir de se mobiliser.

    « Nous luttons pour la dignité de nos enfants, pour démontrer qu’ils n’étaient pas des guérilleros. Julián, ils l’ont fait passer pour un membre de l’Armée de libération nationale en charge de poser des mines antipersonnel. Comment mon fils aurait-il pu savoir de ces choses-là alors qu’il n’a jamais quitté notre famille ? La seule fois où il a quitté la famille et Bogota, pour ne jamais revenir, c’était pour aller mourir là-bas. »
    [Entretien du 14 avril 2020]

    97La répression a donc joué un rôle essentiel dans la constitution du mouvement des Mères de Soacha. Le président, dans sa tentative de discréditer les victimes en les soupçonnant d’avoir cédé à l’attrait d’un emploi illégal, a réveillé leur colère. Par la suite, les lenteurs de la justice et le sentiment d’impunité ont maintenu le groupe mobilisé.

    98Le caporal Carlos Mora, qui avait alerté sa hiérarchie avant les assassinats des jeunes de Soacha, puis la justice civile, a vu sa vie bouleversée (Chapitre 3). Après avoir démissionné de l’armée en juin 2022, il a rejoint le combat de Mafapo en participant, quand il le pouvait, à des conférences sur ce thème, comme cela a été le cas à Washington en novembre 2022. La répression de cette mobilisation, définie par Charles Tilly comme « toute action menée par un autre groupe et qui augmente les coûts de l’action collective pour les contestataires » [Tilly 1978, p. 100, dans Earl 2003, p. 46], loin de la rendre impossible, l’a stimulée.

    99Chaque mois de septembre, à la date anniversaire où le scandale a éclaté, les Mères manifestent à Bogota, place Bolívar, brandissant des portraits de leur fils sur une banderole. Lors d’une performance artistique, elles ont posé dans le cadre d’une exposition de photos au Centro de memoria, Paz y reconciliacion de Bogota en 2018, puis publié un livre78 en 2022, dans lequel elles apparaissent dénudées, presque entièrement ensevelies dans la terre, pour rappeler le sort de leurs enfants. Lors des sit-in, un outil est devenu le symbole des Faux positifs : des paires de bottes en caoutchouc79 comme on en porte dans les campagnes colombiennes, du même type que celles que les militaires ont enfilées à leurs victimes post-mortem, avant d’encaisser la récompense prévue pour avoir atteint leur cible.

    100Le mouvement s’est aussi tourné vers des actions pédagogiques, menant des interventions dans les collèges, lycées et universités dans le cadre d’un programme de « Prévention du recrutement armé et d’information sur les Faux positifs ». L’objectif est de protéger d’autres jeunes de ce piège mortel, tout en combattant l’ignorance et le négationnisme. En 2021, 6 402 silhouettes blanches ont été dessinées à la façon des croquis de relevés d’enquête policière sur les trottoirs de Bogota pour symboliser ce massacre. Ces esquisses s’étendaient jusque devant le siège de la JEP sur la septième avenue. Ce n’est qu’un exemple des nombreuses performances permettant de continuer à visibiliser ces assassinats.

    101La principale ressource de Mafapo est le temps. Non subventionnées, les mères ont vendu des tee-shirts, des casquettes et des mugs ornés de la même fresque murale devenue virale, représentant des généraux et le chiffre des exécutions extrajudiciaires qui leur sont attribuées avec un slogan : « ¿Quién dio la orden? » (Qui a donné l’ordre ?) pour payer leurs frais de déplacement. J’ai compris au cours d’entretiens qu’elles ont parfois reçu une petite rétribution en échange de leur participation à un spectacle, mais j’ai senti ce thème tabou, en raison des accusations de leurs détracteurs qui les accuse d’en tirer profit. Un local leur est parfois prêté pour se réunir, notamment au Centro Nacional de Memoria (Centre national de la mémoire), au centre de Bogota, où divers événements ou ateliers se sont déroulés.

    102Au fil des rassemblements, des interviews et des conférences, elles ont acquis des compétences en communication avec les médias, les politiques ou pour s’exprimer lors de manifestations publiques. Ces ressources sociales et morales leur ont permis d’établir des relais de communication à l’extérieur du pays, de construire une expertise sur le sujet, d’avoir un accès à certains réseaux politiques et une légitimité. Le 30 août 2021 – jour de commémoration de disparitions forcées –, des performances ont été organisées dans une trentaine de villes, à Londres, Paris, Barcelone, Montréal, Rome, Quito et New York.

    103Les mères de Mafapo réclament la justice et la fin de l’impunité. Leur statut de victime a été reconnu par la JEP. Depuis 2020, elles ont préparé une tournée internationale qui est passée par Paris début novembre 2023, ainsi qu’en Grande-Bretagne, en Suisse, en Allemagne, en Espagne et en Italie afin que deux de leurs représentantes visibilisent leur situation en Europe. Le mouvement de transnationalisation des luttes entamé avec les Folles de Mai se poursuit donc, de même qu’une convergence des luttes, puisqu’elles s’expriment sur d’autres sujets qu’elles estiment en lien avec des crimes d’État. Elles se sont positionnées par exemple en faveur des jeunes de la Primera Línea, dans le contexte de grèves générales qui ont débuté en Colombie le 28 avril 2021, réprimées dans le sang et qui ont duré plusieurs mois. Ces femmes qui n’étaient pas militantes, souvent seules avec leurs enfants ou épouses au foyer, et alors que certaines ignoraient jusqu’à l’existence de la ville d’Ocaña où leurs enfants ont été tués, ont pris de l’assurance.

    « […] Les Mères de Soacha ont réussi à transformer leurs propres conditions d’existence, ont modifié leur espace vital, changé leur façon de percevoir et d’entrer en relation avec l’espace social, politique et collectif : depuis l’anonymat jusqu’à un positionnement dans l’espace public, leur construction comme sujet politique. »
    [Mancilla et al., 2020, p. 74]

    104L’élément déclencheur de la mobilisation a été la rencontre et l’impulsion donnée par le personero. Mais comment ces femmes sont-elles restées mobilisées par la suite ? Comme le font remarquer Liliana Mancilla et al. [idem] :

    « […] c’est leur situation d’exclusion et de victimisation, ajoutée à leur condition de femmes et de mères dans la plupart des cas, qui a produit l’incitation nécessaire pour débuter le processus de transformation en un mouvement social important, au sens où l’entend Charles Tilly, comme “tout défi soutenu et organisé aux autorités présentes, au nom de la population appauvrie, exclue ou victime d’abus.” »

    105D’une certaine façon, le conflit armé a transformé leur trajectoire, comme l’explique Andrea Saray dans Acciones de resistencia que construyen paz [2013, p. 33]. Ces femmes ont pu :

    « resémantiser leurs identités, leurs relations, leurs pratiques et leur manière d’interpréter le monde comme une expérience qui vise la construction d’une paix durable. [Elles ont vu] dans le conflit et dans ses douloureuses conséquences un moteur de changement et de transformation, de croissance et de construction, de reconnaissance personnelle, de validation, d’exploration du monde, à travers le développement d’actions de résistance. »

    106Liliana Mancilla et al. [2020, p. 74] y voient « la politisation de leur rôle de mère, de ce rôle traditionnel dans une société comme la société colombienne où a prédominé le soin de la maison, des vêtements et des enfants. [Elles deviennent] des femmes qui s’émancipent : des battantes, résistantes, forces de propositions et autonomes ». Pour Andrea Saray [Saray Latorre, 2013, p. 17], ce processus est celui du passage « de l’anonymat et de la méconnaissance du contexte sociopolitique du pays » à « un positionnement dans l’espace public pour l’exigence de leur droits » et le rapprochement vers des « organisations, collectifs et groupes de travail qui abordent ou s’intéressent à des thèmes en lien avec celui-ci ».

    Notes de bas de page

    1[En ligne] https://www.ohchr.org/fr/special-procedures/sr-executions

    2CCEEU, 2012. Ejecuciones extrajudiciales en Colombia 2002-2010, Bogota, p. 137-141.

    3Ibid., p. 137.

    4Ibid., p. 138.

    5ONU, 22 juillet 2020. « Résolution adoptée par le Conseil des droits de l’homme le 16 juillet 2020 ». [En ligne] https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G20/188/75/PDF/G2018875.pdf?OpenElement

    6Tidball-Binz Morris, 2022. Enquêtes médico-légales sur les décès, rapport du rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Genève.

    7Tidball-Binz Morris, 2023. Observaciones preliminares del Relator Especial sobre ejecuciones extrajudiciales, sumarias o arbitrarias, ONU. [En ligne] https://www.pensamientopenal.com.ar/miscelaneas/90582-observaciones-preliminares-del-relator-especial-sobre-ejecuciones-extrajudiciales

    8Selon l’article 118 de la Constitution de Colombie, le personero est un agent du ministère public (avec le procureur général de la nation et le défenseur du peuple), chargé de recevoir les plaintes des citoyens au sujet de situations de violations des droits humains et en informe les autorités en conséquence, car il en est le garant.

    9SRVR (JEP), 2021. « La JEP hace pública la estrategia de priorización dentro del Caso 03, conocido como el de falsos positivos », Bogota. [En ligne]  https://www.jep.gov.co/Sala-de-Prensa/Paginas/La-JEP-hace-p%C3%BAblica-la-estrategia-de-priorizaci%C3%B3n-dentro-del-Caso-03,-conocido-como-el-de-falsos-positivos.aspx

    10Sala de Reconocimiento de Verdad, de Responsabilidad y de Determinación de los Hechos y Conductas (SRVR).

    11Human Rights Watch, 2021. « Colombia, Eventos de 2021 ». [En ligne] https://www.hrw.org/es/world-report/2022/country-chapters/colombia#19005b

    12La limpieza social est l’extermination des personnes jugées indésirables, comme les sans-abris, les prostituées, les toxicomanes, les délinquants ou les plus pauvres qualifiés de desechables (jetables), par des milices armées, des escadrons de la mort ou des agents de l’État (police, armée).

    13Función Pública, 1994. Decreto Ley 356 de 1994, Bogota.

    [En ligne] https://www.funcionpublica.gov.co/eva/gestornormativo/norma.php?i=1341

    14Amnesty International, février 2015. « Colombie. Nécessité d’une action internationale touchant la crise persistante des droits de l’homme », p. 8. [En ligne] https://www.amnesty.org/fr/wp-content/uploads/sites/8/2021/06/amr230031995fr.pdf

    15Comisión Interamericana de Derechos Humanos, 1999. Capítulo IV. Violencia y la violación del derecho Internacional de los derechos humanos y el derecho internacional humanitario, CIDH. [En ligne] https://cidh.oas.org/countryrep/Colom99sp/capitulo-4.htm

    16Resolución no. 85 de 1998 « Por la cual se declara la iniciación de un proceso de paz, se reconoce el carácter político de una organización armada y se señala una zona de distensión ». [En ligne] https://www.redjurista.com/Documents/resolucion_85_de_1998_presidencia_de_la_republica.aspx#/

    17Plataforma colombiana de derechos humanos, democracia y desarrollo, septembre 2003. « El embrujo autoritario, Primer año de gobierno de Álvaro Uribe Vélez ».

    18Cette organisation déclare défendre les droits humains dans un contexte social visant à « créer des conditions de vie digne dans les territoires et les communautés de Colombie ».

    19Minga, 2022. Ellos sabían. ¿Dieron la orden?, Bogota, p. 17. [En ligne] https://www.colectivodeabogados.org/wp-content/uploads/2022/05/INFORME-COMANDANCIAS-ELLOS-SABIAN.pdf

    20Fuerzas militares de Colombia, Ejercito Nacional, Dirección de Operaciones, Circular no 62162, s.d. [En ligne] https://www.hrw.org/sites/default/files/supporting_resources/directive_1_fp.pdf

    21República de Colombia, Ministerio de la Defensa, 2005. Directiva Ministerial Permanente No 29/2005, Bogota. [En ligne] https://www.comisiondelaverdad.co/la-directiva-permanente-numero-29-de-2005

    22Diario oficial, 5 mai 2006. Decreto 1 400 de 2006 por el cual se crea la Bonificación por operaciones de importancia nacional, Boina, [En ligne] https://www.suin-juriscol.gov.co/viewDocument.asp?ruta=Decretos/1909246

    23Comisión de la Verdad, 2005. Directiva Ministerial Permanente No 29 de 2005, [En ligne] https://www.comisiondelaverdad.co/el-decreto-1400-de-2006

    24Diario oficial, 2 novembre 2006. Ley 1097 de 2006 por la cual se regulan los gastos reservados. [En ligne] https://sidn.ramajudicial.gov.co/SIDN/NORMATIVA/TEXTOS_COMPLETOS/7_LEYES/LEYES%202006%20(1005-1121)/Ley%201097%20de%202006%20(Regula%20los%20gastos%20reservados).pdf

    25Ministerio de Defensa nacional, 25 mai 2007. Decreto 1837 de 2007 [En ligne] https://www.legal-tools.org/doc/d3cbd6/pdf/

    26CINEP/PPP, 2011. Revue Noche y Niebla. [En ligne] http://www.nocheyniebla.org

    27Sentencia del 1 de julio de 2006, caso de las masacres de Ituango vs Colombia.

    28Cet ex-officier de la Central de Inteligencia de Ocaña (Cioca) fait partie des onze principaux responsables des cas de Faux positifs dans le Catatumbo (Norte de Santander) pour lesquels la JEP a émis, le 20 octobre 2022, la première résolution de conclusions dans le cas 3 consacré aux exécutions extrajudiciaires avant l’imputation des sanctions.

    29Terme utilisé par les militaires pour décrire le mécanisme qui transformait les crimes en processus légal à travers de faux rapports de combats.

    30José Miguel Vivanco, 7 décembre 2018. « Una carrera militar marcada por “falsos positivos” ». [En ligne] https://www.hrw.org/es/news/2018/12/07/una-carrera-militar-marcada-por-falsos-positivos

    31En janvier 2023, la Cidh a établi la responsabilité de l’État colombien dans l’extermination de 7 733 élus, militants ou sympathisants de l’Union patriotique.

    32Indepaz, 9 mars 2009. « Los Falsos positivos son una práctica vieja en el ejército ». [En ligne] URL : https://indepaz.org.co/los-falsos-positivos-son-una-practica-vieja-en-el-ejercito/

    33La loi 975 de 2005 a pour objectif la démobilisation des groupes armés illégaux et la réincorporation à la vie civile de leurs membres avec des peines réduites en échange de la vérité.

    34Santiago Uribe a par ailleurs été absous par la justice en novembre 2024, après avoir été accusé par le parquet, en février 2021, d’avoir participé à la fondation du groupe paramilitaire Los doce apóstoles (les douze apôtres) au début des années 1990. Le parquet a fait appel de cette décision.

    35Une division du Bloque Central Bolívar.

    36Document révélé par l’ONG National Security Archive. [En ligne] https://nsarchive.gwu.edu/document/28601-document-5-recent-successes-against-colombian-farc-us-principal-deputy-assistant]

    37Présentation par la JEP du cas 3. [En ligne] https://www.jep.gov.co/macrocasos/caso03.html#container

    38La Commission colombienne de juristes (CCJ) est une ONG dotée du statut consultatif auprès des Nations unies et une organisation de la société civile reconnue par l’OEA (Organisation des États américains) et enregistrée auprès de son Conseil permanent.

    39La zone du département du Norte de Santander où ont été tués la très grande majorité des cas de Soacha en 2008.

    40« Manzanas podridas » était l’expression utilisée.

    41Dans HRW, 2015. El rol de los altos mandos en falsos positivos, p. 46.

    42El Tiempo, 18 septembre 2009. « Los secretos de los expedientes de “falsos positivos” ». [En ligne] https://www.eltiempo.com/archivo/documento/MAM-3674086

    43Equitas, 2022. Investigación Forense de 578 casos de presuntas ejecuciones extrajudiciales y desapariciones en Colombia.

    44CCEEU, « Ejecuciones extrajudiciales… », op. cit., p. 143.

    45Ibid., p. 143.

    46Acronyme de l’association dont le nom est Madres falsos positivos.

    47Présidence de la République, 7 octobre 2008. « Palabras del Presidente Álvaro Uribe durant la instalación de la Asamblea General de la Asociación de Instituciones Financieras (Anif) ». [En ligne] historico.presidencia.gov.co/discursos/discursos2008/octubre/anif_07102008_i.html

    48Caracol radio, 29 octobre 2008. [En ligne] https://caracol.com.co/programa/2008/10/29/audios/1225265940_699795.html

    49Semana, 5 décembre 2009. « El general que incomoda », [En ligne] https://www.semana.com/nacion/articulo/el-general-incomoda/110671-3

    50El Tiempo, 24 août 2010. « El general Carlos Suárez no tuvo cupo en la nueva cúpula militar y no se quiere ir del Ejército ». [En ligne] https://www.eltiempo.com/archivo/documento/CMS-7878306

    51Il a occupé ce mandat d’août 2004 à juillet 2010.

    52CCEEU, « Ejecuciones extrajudiciales… », op. cit., p. 119.

    53Nicholas Casey, 18 mai 2019. « Colombia Army’s New Kill Orders Send Chills Down Ranks », New York Times. [En ligne] https://www.nytimes.com/2019/05/18/world/americas/colombian-army-killings.html

    54Son identité a été changée pour des questions de sécurité.

    55Le traité signé par le président Juan Manuel Santos et le commandant en chef des FARC Rodrigo Londoño prévoit, outre la démobilisation de cette guérilla et sa transformation en un parti politique, une réforme agraire, une solution au problème des drogues illicites ainsi que la réparation des victimes.

    56[En ligne] https://indepaz.org.co/visor-de-asesinato-a-personas-lideres-sociales-y-defensores-de-derechos-humanos-en-colombia/

    57Des mobilisations d’envergure nationale durement réprimées ont mêlé étudiants, travailleurs, syndicalistes, organisations sociales, politiques et ethniques, en particulier dans les grandes villes colombiennes en 2019, 2020 et 2021. Les manifestants protestaient contre les inégalités sociales et les réformes fiscales et économiques en cours dans le pays.

    58441 ex-combattants des FARC ont été assassinés entre le 26 septembre 2016 (accords de paix) et le 6 janvier 2025, selon l’ONG Indepaz.

    59NN pour Ningún nombre, équivalent de « sous X » en France.

    60Organe du ministère public en charge d’assurer « la promotion, l’exercice et la diffusion des droits humains ».

    61Semana, juin 2013. « El día en que a Flor Hilda se le partió el alma ». [En ligne] https://www.semana.com/el-dia-flor-hilda-partio-alma/346499-3/

    62Il n’a pas été possible de déterminer, lors de l’entretien, quelle fonction occupait son interlocutrice. Le terme « docteur » est souvent employé en Colombie comme marque de respect des plus humbles envers les personnes ayant des responsabilités.

    63Sac traditionnel colombien.

    64Tramaluna Teatro (creación colectiva), 2014. Antigonas, tribunal de mujeres.
    [En ligne] https://www.youtube.com/watch?v=OPR5UC17At0

    65Luz Marina Bernal ne fait pas partie de Mafapo, mais est l’une des dix-neuf Mères de Soacha.

    66À cette époque pluraliste, avant son rachat en 2019.

    67Organe du ministère public en charge d’enquêter, de sanctionner et de prévenir les irrégularités commises par des fonctionnaires publics ou agents de l’État.

    68Semana, 25 janvier 2008. « Nos daban cinco días de descanso por cada muerto ». [En ligne] https://www.semana.com/nacion/articulo/nos-daban-cinco-dias-descanso-cada-muerto/90680-3/

    69Il a commencé sa carrière à l’hebdomadaire Semana avant de rejoindre Caracol en tant que chef des enquêtes.

    70Semana, 8 juillet 2019. « Las ovejas negras en el Ejército ». [En ligne] https://www.semana.com/nacion/articulo/las-ovejas-negras-en-el-ejercito-investigacion-sobre-supuesta-corrupcion/622276/

    71Resolución 6/2021. Medidas cautelares No. 207-20, 14 janvier 2021.

    72Felipe Zuleta, 2010. Falsos positivos, parte 1. [En ligne] https://www.youtube.com/watch?v=GdH1LK047Ec

    73Déclaration de Constitution à la Chambre de commerce de Bogota, le 13 juin 2018.

    74Certaines n’ont pas adhéré ou ont quitté le projet.

    75Romero César, août 2018. « 262.197 muertos dejó el conflicto armado, Centro Nacional de Memoria Histórica ». [En ligne] https://centrodememoriahistorica.gov.co/262-197-muertos-dejo-el-conflicto-armado/

    76API, 10 mai 2022. « Los falsos positivos fueron una política de gobierno entre 2002 y 2008 ». [En ligne] https://www.agenciapi.co/noticia/justicia/los-falsos-positivos-fueron-una-politica-de-gobierno-entre-2002-y-2008

    77Lorsqu’il a déclaré que les jeunes disparus « n’étaient pas allés cueillir du café, qu’ils avaient une intention de délinquance et n’étaient pas mort un jour après leur disparition mais un mois plus tard ».

    78Madres Terra. 2022 (autoédition). Photos de Carlos Saavedra.

    79Voir illustration de couverture.

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    1[En ligne] https://www.ohchr.org/fr/special-procedures/sr-executions

    2CCEEU, 2012. Ejecuciones extrajudiciales en Colombia 2002-2010, Bogota, p. 137-141.

    3Ibid., p. 137.

    4Ibid., p. 138.

    5ONU, 22 juillet 2020. « Résolution adoptée par le Conseil des droits de l’homme le 16 juillet 2020 ». [En ligne] https://documents-dds-ny.un.org/doc/UNDOC/GEN/G20/188/75/PDF/G2018875.pdf?OpenElement

    6Tidball-Binz Morris, 2022. Enquêtes médico-légales sur les décès, rapport du rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Genève.

    7Tidball-Binz Morris, 2023. Observaciones preliminares del Relator Especial sobre ejecuciones extrajudiciales, sumarias o arbitrarias, ONU. [En ligne] https://www.pensamientopenal.com.ar/miscelaneas/90582-observaciones-preliminares-del-relator-especial-sobre-ejecuciones-extrajudiciales

    8Selon l’article 118 de la Constitution de Colombie, le personero est un agent du ministère public (avec le procureur général de la nation et le défenseur du peuple), chargé de recevoir les plaintes des citoyens au sujet de situations de violations des droits humains et en informe les autorités en conséquence, car il en est le garant.

    9SRVR (JEP), 2021. « La JEP hace pública la estrategia de priorización dentro del Caso 03, conocido como el de falsos positivos », Bogota. [En ligne]  https://www.jep.gov.co/Sala-de-Prensa/Paginas/La-JEP-hace-p%C3%BAblica-la-estrategia-de-priorizaci%C3%B3n-dentro-del-Caso-03,-conocido-como-el-de-falsos-positivos.aspx

    10Sala de Reconocimiento de Verdad, de Responsabilidad y de Determinación de los Hechos y Conductas (SRVR).

    11Human Rights Watch, 2021. « Colombia, Eventos de 2021 ». [En ligne] https://www.hrw.org/es/world-report/2022/country-chapters/colombia#19005b

    12La limpieza social est l’extermination des personnes jugées indésirables, comme les sans-abris, les prostituées, les toxicomanes, les délinquants ou les plus pauvres qualifiés de desechables (jetables), par des milices armées, des escadrons de la mort ou des agents de l’État (police, armée).

    13Función Pública, 1994. Decreto Ley 356 de 1994, Bogota.

    [En ligne] https://www.funcionpublica.gov.co/eva/gestornormativo/norma.php?i=1341

    14Amnesty International, février 2015. « Colombie. Nécessité d’une action internationale touchant la crise persistante des droits de l’homme », p. 8. [En ligne] https://www.amnesty.org/fr/wp-content/uploads/sites/8/2021/06/amr230031995fr.pdf

    15Comisión Interamericana de Derechos Humanos, 1999. Capítulo IV. Violencia y la violación del derecho Internacional de los derechos humanos y el derecho internacional humanitario, CIDH. [En ligne] https://cidh.oas.org/countryrep/Colom99sp/capitulo-4.htm

    16Resolución no. 85 de 1998 « Por la cual se declara la iniciación de un proceso de paz, se reconoce el carácter político de una organización armada y se señala una zona de distensión ». [En ligne] https://www.redjurista.com/Documents/resolucion_85_de_1998_presidencia_de_la_republica.aspx#/

    17Plataforma colombiana de derechos humanos, democracia y desarrollo, septembre 2003. « El embrujo autoritario, Primer año de gobierno de Álvaro Uribe Vélez ».

    18Cette organisation déclare défendre les droits humains dans un contexte social visant à « créer des conditions de vie digne dans les territoires et les communautés de Colombie ».

    19Minga, 2022. Ellos sabían. ¿Dieron la orden?, Bogota, p. 17. [En ligne] https://www.colectivodeabogados.org/wp-content/uploads/2022/05/INFORME-COMANDANCIAS-ELLOS-SABIAN.pdf

    20Fuerzas militares de Colombia, Ejercito Nacional, Dirección de Operaciones, Circular no 62162, s.d. [En ligne] https://www.hrw.org/sites/default/files/supporting_resources/directive_1_fp.pdf

    21República de Colombia, Ministerio de la Defensa, 2005. Directiva Ministerial Permanente No 29/2005, Bogota. [En ligne] https://www.comisiondelaverdad.co/la-directiva-permanente-numero-29-de-2005

    22Diario oficial, 5 mai 2006. Decreto 1 400 de 2006 por el cual se crea la Bonificación por operaciones de importancia nacional, Boina, [En ligne] https://www.suin-juriscol.gov.co/viewDocument.asp?ruta=Decretos/1909246

    23Comisión de la Verdad, 2005. Directiva Ministerial Permanente No 29 de 2005, [En ligne] https://www.comisiondelaverdad.co/el-decreto-1400-de-2006

    24Diario oficial, 2 novembre 2006. Ley 1097 de 2006 por la cual se regulan los gastos reservados. [En ligne] https://sidn.ramajudicial.gov.co/SIDN/NORMATIVA/TEXTOS_COMPLETOS/7_LEYES/LEYES%202006%20(1005-1121)/Ley%201097%20de%202006%20(Regula%20los%20gastos%20reservados).pdf

    25Ministerio de Defensa nacional, 25 mai 2007. Decreto 1837 de 2007 [En ligne] https://www.legal-tools.org/doc/d3cbd6/pdf/

    26CINEP/PPP, 2011. Revue Noche y Niebla. [En ligne] http://www.nocheyniebla.org

    27Sentencia del 1 de julio de 2006, caso de las masacres de Ituango vs Colombia.

    28Cet ex-officier de la Central de Inteligencia de Ocaña (Cioca) fait partie des onze principaux responsables des cas de Faux positifs dans le Catatumbo (Norte de Santander) pour lesquels la JEP a émis, le 20 octobre 2022, la première résolution de conclusions dans le cas 3 consacré aux exécutions extrajudiciaires avant l’imputation des sanctions.

    29Terme utilisé par les militaires pour décrire le mécanisme qui transformait les crimes en processus légal à travers de faux rapports de combats.

    30José Miguel Vivanco, 7 décembre 2018. « Una carrera militar marcada por “falsos positivos” ». [En ligne] https://www.hrw.org/es/news/2018/12/07/una-carrera-militar-marcada-por-falsos-positivos

    31En janvier 2023, la Cidh a établi la responsabilité de l’État colombien dans l’extermination de 7 733 élus, militants ou sympathisants de l’Union patriotique.

    32Indepaz, 9 mars 2009. « Los Falsos positivos son una práctica vieja en el ejército ». [En ligne] URL : https://indepaz.org.co/los-falsos-positivos-son-una-practica-vieja-en-el-ejercito/

    33La loi 975 de 2005 a pour objectif la démobilisation des groupes armés illégaux et la réincorporation à la vie civile de leurs membres avec des peines réduites en échange de la vérité.

    34Santiago Uribe a par ailleurs été absous par la justice en novembre 2024, après avoir été accusé par le parquet, en février 2021, d’avoir participé à la fondation du groupe paramilitaire Los doce apóstoles (les douze apôtres) au début des années 1990. Le parquet a fait appel de cette décision.

    35Une division du Bloque Central Bolívar.

    36Document révélé par l’ONG National Security Archive. [En ligne] https://nsarchive.gwu.edu/document/28601-document-5-recent-successes-against-colombian-farc-us-principal-deputy-assistant]

    37Présentation par la JEP du cas 3. [En ligne] https://www.jep.gov.co/macrocasos/caso03.html#container

    38La Commission colombienne de juristes (CCJ) est une ONG dotée du statut consultatif auprès des Nations unies et une organisation de la société civile reconnue par l’OEA (Organisation des États américains) et enregistrée auprès de son Conseil permanent.

    39La zone du département du Norte de Santander où ont été tués la très grande majorité des cas de Soacha en 2008.

    40« Manzanas podridas » était l’expression utilisée.

    41Dans HRW, 2015. El rol de los altos mandos en falsos positivos, p. 46.

    42El Tiempo, 18 septembre 2009. « Los secretos de los expedientes de “falsos positivos” ». [En ligne] https://www.eltiempo.com/archivo/documento/MAM-3674086

    43Equitas, 2022. Investigación Forense de 578 casos de presuntas ejecuciones extrajudiciales y desapariciones en Colombia.

    44CCEEU, « Ejecuciones extrajudiciales… », op. cit., p. 143.

    45Ibid., p. 143.

    46Acronyme de l’association dont le nom est Madres falsos positivos.

    47Présidence de la République, 7 octobre 2008. « Palabras del Presidente Álvaro Uribe durant la instalación de la Asamblea General de la Asociación de Instituciones Financieras (Anif) ». [En ligne] historico.presidencia.gov.co/discursos/discursos2008/octubre/anif_07102008_i.html

    48Caracol radio, 29 octobre 2008. [En ligne] https://caracol.com.co/programa/2008/10/29/audios/1225265940_699795.html

    49Semana, 5 décembre 2009. « El general que incomoda », [En ligne] https://www.semana.com/nacion/articulo/el-general-incomoda/110671-3

    50El Tiempo, 24 août 2010. « El general Carlos Suárez no tuvo cupo en la nueva cúpula militar y no se quiere ir del Ejército ». [En ligne] https://www.eltiempo.com/archivo/documento/CMS-7878306

    51Il a occupé ce mandat d’août 2004 à juillet 2010.

    52CCEEU, « Ejecuciones extrajudiciales… », op. cit., p. 119.

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    54Son identité a été changée pour des questions de sécurité.

    55Le traité signé par le président Juan Manuel Santos et le commandant en chef des FARC Rodrigo Londoño prévoit, outre la démobilisation de cette guérilla et sa transformation en un parti politique, une réforme agraire, une solution au problème des drogues illicites ainsi que la réparation des victimes.

    56[En ligne] https://indepaz.org.co/visor-de-asesinato-a-personas-lideres-sociales-y-defensores-de-derechos-humanos-en-colombia/

    57Des mobilisations d’envergure nationale durement réprimées ont mêlé étudiants, travailleurs, syndicalistes, organisations sociales, politiques et ethniques, en particulier dans les grandes villes colombiennes en 2019, 2020 et 2021. Les manifestants protestaient contre les inégalités sociales et les réformes fiscales et économiques en cours dans le pays.

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    59NN pour Ningún nombre, équivalent de « sous X » en France.

    60Organe du ministère public en charge d’assurer « la promotion, l’exercice et la diffusion des droits humains ».

    61Semana, juin 2013. « El día en que a Flor Hilda se le partió el alma ». [En ligne] https://www.semana.com/el-dia-flor-hilda-partio-alma/346499-3/

    62Il n’a pas été possible de déterminer, lors de l’entretien, quelle fonction occupait son interlocutrice. Le terme « docteur » est souvent employé en Colombie comme marque de respect des plus humbles envers les personnes ayant des responsabilités.

    63Sac traditionnel colombien.

    64Tramaluna Teatro (creación colectiva), 2014. Antigonas, tribunal de mujeres.
    [En ligne] https://www.youtube.com/watch?v=OPR5UC17At0

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    66À cette époque pluraliste, avant son rachat en 2019.

    67Organe du ministère public en charge d’enquêter, de sanctionner et de prévenir les irrégularités commises par des fonctionnaires publics ou agents de l’État.

    68Semana, 25 janvier 2008. « Nos daban cinco días de descanso por cada muerto ». [En ligne] https://www.semana.com/nacion/articulo/nos-daban-cinco-dias-descanso-cada-muerto/90680-3/

    69Il a commencé sa carrière à l’hebdomadaire Semana avant de rejoindre Caracol en tant que chef des enquêtes.

    70Semana, 8 juillet 2019. « Las ovejas negras en el Ejército ». [En ligne] https://www.semana.com/nacion/articulo/las-ovejas-negras-en-el-ejercito-investigacion-sobre-supuesta-corrupcion/622276/

    71Resolución 6/2021. Medidas cautelares No. 207-20, 14 janvier 2021.

    72Felipe Zuleta, 2010. Falsos positivos, parte 1. [En ligne] https://www.youtube.com/watch?v=GdH1LK047Ec

    73Déclaration de Constitution à la Chambre de commerce de Bogota, le 13 juin 2018.

    74Certaines n’ont pas adhéré ou ont quitté le projet.

    75Romero César, août 2018. « 262.197 muertos dejó el conflicto armado, Centro Nacional de Memoria Histórica ». [En ligne] https://centrodememoriahistorica.gov.co/262-197-muertos-dejo-el-conflicto-armado/

    76API, 10 mai 2022. « Los falsos positivos fueron una política de gobierno entre 2002 y 2008 ». [En ligne] https://www.agenciapi.co/noticia/justicia/los-falsos-positivos-fueron-una-politica-de-gobierno-entre-2002-y-2008

    77Lorsqu’il a déclaré que les jeunes disparus « n’étaient pas allés cueillir du café, qu’ils avaient une intention de délinquance et n’étaient pas mort un jour après leur disparition mais un mois plus tard ».

    78Madres Terra. 2022 (autoédition). Photos de Carlos Saavedra.

    79Voir illustration de couverture.

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    Roujol Perez, G. (2025). Chapitre 1. Qui sont les « Faux positifs » ?. In Victimes oubliées et violence d’État en Colombie. Paris: Éditions de l’IHEAL. https://doi.org/10.4000/14197
    Roujol Perez, Guylaine. « Chapitre 1. Qui sont les “Faux positifs” ? ». In Victimes oubliées et violence d’État en Colombie. Paris: Éditions de l’IHEAL, 2025. doi:10.4000/14197.
    Roujol Perez, Guylaine. « Chapitre 1. Qui sont les “Faux positifs” ? ». Victimes oubliées et violence d’État en Colombie, Éditions de l’IHEAL, 2025, https://doi.org/10.4000/14197.

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    Roujol Perez, G. (2025). Victimes oubliées et violence d’État en Colombie. Paris: Éditions de l’IHEAL. https://doi.org/10.4000/1419c
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    Roujol Perez, Guylaine. Victimes oubliées et violence d’État en Colombie. Éditions de l’IHEAL, 2025, https://doi.org/10.4000/1419c.
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