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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Qui sont ces paysans sertanejos ? Quelle agriculture pratiquent-ils ? Les mesures prises par le gouvernement ne risquent-elles pas d’accroître le comportement d’assisté que les calamités déclenchent souvent ? Quels sont les moyens d’action des paysans ? Auteur

    Les Hommes face aux sécheresses

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Rapport introductif

    Martine Droulers

    p. 299-302

    Texte intégral Qui sont ces paysans sertanejos ? Quelle agriculture pratiquent-ils ? Les mesures prises par le gouvernement ne risquent-elles pas d’accroître le comportement d’assisté que les calamités déclenchent souvent ? Quels sont les moyens d’action des paysans ? Conjoncture Auteur

    Texte intégral

    1S’agit-il des réponses que les communautés paysannes se donnent ? Ou bien comme dans le texte de Jorge Coelho des réponses qui peuvent être proposées à l’échelle paysanne, afin de mieux lutter contre la sécheresse ?

    2Dans les textes parvenus au colloque, il est très peu question des réponses mises en œuvre par les communautés paysannes et c’est une première interrogation. De fait, les paysans disposent de canaux de diffusion réduits, et la réponse paysanne au problème de la sécheresse reflète avant tout la situation politique qui règne au Sertão. Je reprends sur ce point les analyses faites par Celso Furtado et son groupe de travail en 1959 : le problème majeur du Nordeste n’est pas la sécheresse, mais le sous-développement. L’influence politique des classes domantes-possédantes est omniprésente, la politique est beaucoup plus sensible à la cause des « coroneis » (notables locaux qui détiennent la terre et le pouvoir municipal) qu’à celle des paysans. Ces « coroneis » ont d’ailleurs manifesté, durant les années 1930-1950, un incontestable manque d’intérêt pour le développement technologique de l’agriculture sertaneja (contrairement à ce qui se passait dans le Centre-Sud à la même époque), car un niveau technologique faible leur assurait un pouvoir politique important.

    3Depuis quelques années, on assiste à l’intégration croissante du Sertão au reste au pays : le gouvernement y modernise routes et réseaux et tente de rendre les populations capables de cohabiter plus efficacement avec la sécheresse selon l’expression de Bernard Cavaillé ; mais on se trouve en même temps dans une phase de destructuration de la paysannerie, d’expulsion des métayers, de multiplication des journaliers agricoles, en bref, d’une certaine dépaysannisation et d’un renforcement de la mobilité parmi la population rurale. La sécheresse exacerbe alors, tous les mécanismes de pauvreté paysanne.

    Qui sont ces paysans sertanejos ? Quelle agriculture pratiquent-ils ?

    4Les sinistrés de la sécheresse, « flagelados », qui ont été comptabilisés lors de la cinquière année de grande sécheresse, en 1983, à 3 300 000 personnes et sont soit des petits propriétaires ou minifundistes (ils ont moins de 50 ha et sont évalués à environ 1 400 000), soit les travailleurs sans terre, métayers ou salariés évalués à environ deux millions. Ils n’ont pas de capital, un niveau culturel bas ; la plus grande partie de leur production est consommée par la famille. Ils ont peu accès aux services gouvernementaux du développement. Lorsqu’ils ont des surplus, ils les vendent mal ; ils sont isolés et dépendants. Tous ces paysans ont pourtant adapté des pratiques culturales à l’épreuve des sécheresses ; elles sont plutôt d’ordre extensif et de nombreux progrès restent à faire en matière d’intensivité, celle-ci étant liée à la densité démographique. On trouve surtout les pratiques intensives dans les vallées humides et les zones de piémont. Jorge Coelho expose dans son texte les avantages des techniques pratiquées dans d’autres régions semi-arides du monde :

    • l’utilisation du fumier comme engrais : trop rare, malgré l’importance de l’élevage,
    • la pratique de la couverture morte : très occasionnelle. Un exemple existe au Ceara avec les feuilles du palmier Carnauba,
    • le reboisement : actuellement, il fait l’objet d’une campagne avec l’Algaroba
    • le stockage des récoltes : il y a eu des tentatives comme celle de la diffusion des silos individuels dans la Paraiba à la fin des années 50, mais de nombreux problèmes subsistent comme celui du stockage des oignons dans la vallée du São Francisco,
    • la citerne : pratique ancienne qui peut être améliorée : avec 100m2 de toiture on accumule 40 000 litres d’eau, dans une région à 500 mm d’eau par an,
    • la fenaison d’espèces natives pour nourrir le bétail en période sèche,
    • enfin l’irrigation, pour laquelle J. Coelho recommande la prudence, rappelant que ce n’est pas la solution miracle. Il lui semble meilleur de se pencher sur les problèmes de l’agriculture en sec.

    5Jean Koechlin, qui a pu comparer les zones sahéliennes et nordestines, insiste, lui, sur l’importance du facteur édaphique pour l’utilisation des sols : les zones plus sableuses (sur schistes ou granites) sont meilleures que les zones sur phyllites où la végétation est plus rase. Les arènes granitiques ont une capacité de rétention en eau nettement plus favorable. Le comportement des sols vis-à-vis de l’eau est donc un facteur limitant prépondérant et doit être pris en compte dans le montage des projets.

    Les mesures prises par le gouvernement ne risquent-elles pas d’accroître le comportement d’assisté que les calamités déclenchent souvent ?

    6Tout le monde s’accorde à souligner le caractère inégalitaire des mesures prises par le gouvernement (barrages dans les grandes propriétés, Projeto Sertanejo privilégiant les propriétés de 100 à 500 ha, etc..) comme l’écrit J. Coelho dans son petit livre sur « les Industries de la Sécheresse » (p.30) tout est fait en faveur d’une élite, le travailleur rural est considéré comme un ignorant, un incapable. De plus, quand le gouvernement prend des mesures, elles sont de type « pharaoniques » à l’exemple d’un dossier régulièrement mis sur la table des ministres : dévier les eaux du São Francisco vers le nord ; mais l’échelle du petit est toujours ignorée, de toute manière il faut éviter de toucher trop au cadre socio-politique. Certes, l’action du gouvernement est critiquée, l’inégalité dénoncée, cependant les mouvements de représentation des classes paysannes, comme les Syndicats des Travailleurs Ruraux, présents dans tous les municipes, ne sont pas consultés à l’heure de la distribution de l’aide, encore moins sur le choix des politiques de lutte contre la sécheresse. Les populations sertanejas n’ont plus qu’à attendre les camions d’eau et l’enrôlement sur les « fronts de travail ».

    Quels sont les moyens d’action des paysans ?

    7* Les dénonciations :

    8Les mouvements sociaux (Syndicat des Travailleurs Ruraux, Commission Pastorale de la Terre...) dénoncent, depuis longtemps, l’accaparement des travaux publics par les propriétaires qui obtiennent toujours le maximum d’aides (par exemple, au Piaui, le gouvernement a distribué 120 millions de cruzeiros à 800 grands propriétaires tandis que 33 000 petits producteurs se partageaient la même somme en dédommagement de la récolte perdue par la sécheresse). De plus, les chantiers de front de travail se déroulent presque exclusivement dans les grandes propriétés.

    9Ces mouvements dénoncent aussi la corruption et le détournement des fonds, appelés « industrie de la sécheresse », expression lancée après la grande sécheresse de 1958 par Antonio Callado, et reprise en 1985 par Jorge Coelho.

    10* Les revendications :

    11celle qui revient le plus souvent est « la désappropriation » des meilleures terres accaparées par les grands propriétaires, en particulier les vallées aux bons sols alluviaux humides pour casser le triple monopole des riches :

    • monopole de l’eau
    • monopole de la terre
    • monopole des actions de l’Etat

    12et pour reprendre l’expression d’un travailleur, la question centrale du Nord este n’est pas la sécheresse mais la clôture, « nao é a seca, é a cerca ». Ou encore pour reprendre la formule de Fr. de Oliveira « Faction de l’État a été capturée par l’oligarchie terrienne ».

    13* L’attaque des magasins de nourriture qui a repris avec violence en 1982 et 1983. Il ne s’agit pas d’émeutes organisées, mais de mouvements de révolte spontanés révélateurs d’une profonde tension sociale. Ceux qui manquent de nourriture au point de piller les magasins sont les laissés-pour-compte de tous les programmes d’aide : les femmes et leurs enfants et les vieillards. De plus ce sont de moins en moins les boutiques des commerçants qui sont attaquées et de plus en plus les magasins d’État chargés des programmes alimentaires (INAM, COBAL...). De nouveau le rôle de l’État est mis en cause. Ces dernières années, il y eut autant de menaces de pillage que d’actions proprement dites dans le but de faire réagir les pouvoirs municipaux. De plus, les revendications dépassent celle de la simple obtention d’aliments pour demander l’enrôlement des femmes sur les fronts de travail (jusqu’en 83, elles en avaient été exclues) et s’élever contre les graves retards de paiement sur ces mêmes fronts.

    14Malheureusement, comme le souligne la sociologue Ana Quiroga, les syndicats n’ont pas compris l’importance réelle de ces mouvements, qui pourtant manifestaient une réaction contre les conditions de travail collectif et la relation salariale oppressive qui existe sur ces fronts de travail.

    15Ces mouvements spontanés sont bien le signe de l’échec de nombreux programmes gouvernementaux.

    Conjoncture

    161984 a été une année de pluies normales et 1985 une année de pluies exceptionnelles avec d’importants dégâts dus aux inondations dans de nombreuses vallées du Sertão :

    17La question de la sécheresse a été reléguée au second plan des préoccupations nordestines. Un programme ambitieux d’irrigation sur un million d’ha est lancé par la nouvelle République, tandis qu’un important prêt de la Banque Mondiale devrait permettre à deux millions de petits producteurs (la moitié dans le Sertão) de bénéficier d’un encadrement technique et financier.

    18Mais sera-t-il tenu compte des revendications localisées, précises des communautés paysannes et des travailleurs ruraux qui demandent la désappropriation, l’aide à l’installation, les titres définitifs pour ceux qui travaillent la terre, etc ?...

    19Il semble que le Ministère de la Réforme Agraire —MIRAD— n’ait pas obtenu les moyens d’action nécessaires à l’application du premier Plan National de Réforme Agraire et les grands propriétaires ont déclaré qu’ils allaient lutter au cas par cas.

    20Que peut entreprendre la communauté scientifique ? Comment peut-elle soutenir ou se mobiliser contre la réalisation de grands projets ou pour l’infléchissement de certains autres ? Comment peut-elle participer à la diffusion des innovations, encourager les centres de technologie alternative (FASE) ?. Enfin, comment dialoguer avec les paysans ? Je rappellerai ici qu’un pas a été fait dans ce sens lors des réunions de CURITIBA à la fin de novembre 1985, durant lesquelles les associations paysannes ont été intégrées aux travaux des organismes de recherche et des institutions gouvernementales.

    Auteur

    • Martine Droulers

      CNRS-CREDAL

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    Droulers, M. (1989). Rapport introductif. In B. Bret (éd.), Les Hommes face aux sécheresses. Paris: Éditions de l’IHEAL. https://doi.org/10.4000/books.iheal.1299
    Droulers, Martine. « Rapport introductif ». In Les Hommes face aux sécheresses, édité par Bernard Bret. Paris: Éditions de l’IHEAL, 1989. doi:10.4000/books.iheal.1299.
    Droulers, Martine. « Rapport introductif ». Les Hommes face aux sécheresses, édité par Bernard Bret, Éditions de l’IHEAL, 1989, https://doi.org/10.4000/books.iheal.1299.

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    Bret, B. (éd.). (1989). Les Hommes face aux sécheresses. Paris: Éditions de l’IHEAL. https://doi.org/10.4000/books.iheal.1197
    Bret, Bernard, éd. Les Hommes face aux sécheresses. Paris: Éditions de l’IHEAL, 1989. doi:10.4000/books.iheal.1197.
    Bret, Bernard, éditeur. Les Hommes face aux sécheresses. Éditions de l’IHEAL, 1989, https://doi.org/10.4000/books.iheal.1197.
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