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    Plan détaillé Texte intégral L’engagement des jeunes Un contexte marqué par la criminalisation des mouvements sociaux Les mouvements étudiants au Mexique Notes de bas de page

    Les étudiants disparus d’Ayotzinapa

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 1. Mouvements étudiants et mouvements sociaux au Mexique

    p. 29-57

    Texte intégral L’engagement des jeunes Baisse de l’intérêt pour la politique institutionnelle Déplacement de la participation politique Spécificités des mouvements étudiants Un contexte marqué par la criminalisation des mouvements sociaux Contexte politique mexicain Spécificité des mouvements sociaux mexicains ? Violence politique et criminalisation des mouvements sociaux Les mouvements étudiants au Mexique Les écoles normales rurales : défense des acquis de la révolution 1966-2000 : positionnement à gauche des mouvements étudiants Mouvements étudiants contemporains Notes de bas de page

    Texte intégral

    1L’engagement des jeunes se distingue par un désir de participation active. Ils sont à la recherche d’espaces de participation horizontaux et proche d’eux, et s’opposent aux formes d’engagement traditionnelles qui représentent, pour eux, le bureaucratisme et l’encadrement partisan. L’envie d’une participation proche de la démocratie directe va de pair avec la lutte des mouvements étudiants mexicains pour la démocratisation du pays. En effet, si on parle de « démocratisation » à partir des années 1990, et surtout depuis l’arrivée du Parti action nationale (PAN) au pouvoir en 2000, de nombreux étudiants sont sceptiques sur ce terme : ils soulignent les problèmes de corruption, le retour du PRI au pouvoir, la criminalisation des mouvements sociaux, les problèmes de justice, etc.

    2Présenter le contexte politique mexicain et l’histoire des mouvements étudiants nous permettra de comprendre plus tard leurs impacts au niveau émotionnel durant le mouvement de soutien à Ayotzinapa.

    L’engagement des jeunes

    3Depuis la fin du xxe siècle, nombreux sont ceux qui ont qualifié les jeunes d’individualistes et d’apolitiques. Ces derniers manifestent de moins en moins d’affinités avec les formes institutionnelles de la politique, telles que les partis politiques et les syndicats. Pourtant, ils n’en restent pas moins engagés.

    Baisse de l’intérêt pour la politique institutionnelle

    4Ces dernières années, les statistiques montrent une « désaffection de l’engagement individuel pour la chose publique » [Ion, 1997 p. 10]. Elles témoignent d’une baisse de la participation politique et syndicale qui amène certains analystes à parler d’une « crise de la représentation ». À cela s’ajoute une baisse de la participation active, par exemple le taux d’adhésion aux organisations. Il faut tout de même noter le succès de certaines organisations à dimension morale, humanitaire ou écologiste. On observe un certain scepticisme par rapport à la classe politique. Le vote devient plus volatil, les électeurs ont plus tendance à voter sur des enjeux qu’à rester fidèles à un même parti [Mayer & Perrineau, 1992]. Pourtant, cela ne signifie pas un désengagement des individus.

    5Les jeunes sont une cible clef pour les différents partis politiques, mais ils s’éloignent de plus en plus de l’offre politique traditionnelle. Rossana Reguillo [2003, p. 1] note que « le discrédit de la politique formelle s’est approfondi, les partis politiques de tout bord ont cessé de représenter des options fiables pour transformer la réalité et la politique est devenue un “gros mot”, synonyme de mauvais présage et de corruption1 ». À cela s’ajoute l’impression que la politique est au service de tel ou tel dirigeant, le plus souvent corrompu [Balardini, 2005, p. 104-105]. C’est en ce sens que les étudiants mobilisés pour Ayotzinapa parlent de la « nécessité de ne plus faire confiance aux institutions2 ». Ils rejettent les trois grands partis mexicains (PRI, PAN, Parti de la révolution démocratique – PRD), parlent de « la criminalité de tout un système politique », d’un gouvernement qui, « fidèle à son habitude, […] ignore le message des citoyens » ou encore d’un pays séquestré par la « partitocratie3 ».

    6Anne Muxel [2010] souligne que les jeunes font leurs premiers pas en politique dans le climat d’une « politique désenchantée » et dans un contexte de crise sociale et économique. En effet, bien qu’ils soient mieux préparés que leurs parents, leur taux d’insertion sociale est de plus en plus faible. On observe donc chez les jeunes « une tension croissante entre l’inclusion politique qu’implique la démocratie et l’exclusion sociale de la nouvelle phase de modernisation capitaliste4 » [Sarmiento, cité par Sandoval, 2000, p. 149]. Le problème posé ici est celui de l’exercice de la citoyenneté politique sans avoir l’assurance des conditions sociales basiques pour le faire. Le désengagement progressif de l’État dans les domaines de la sécurité sociale contribue à la perte de légitimité de la politique partisane au sein de la jeunesse.

    Déplacement de la participation politique

    7La majorité des jeunes « partage une critique profonde des modes d’organisation de la société et des formes traditionnelles de participation […] et propose une redéfinition des relations politiques, et des mécanismes institutionnels qui les régulent5 » [Aguilera Ruiz, 2010, p. 91]. Ainsi, comme le précise Raul Zarzuri [2010, p. 103], les jeunes ne sont pas désintéressés de la politique, mais plutôt intéressés par d’autres dimensions de la politique, qui seraient plus proches d’eux que la politique institutionnelle. L’intérêt pour la politique en général augmente avec le niveau d’étude, l’âge et le niveau social. On remarque par ailleurs que ce sont les jeunes les plus informés qui se montrent les plus sceptiques envers la politique institutionnelle. Celle-ci est « cataloguée comme un “temps de l’extraordinaire” qui n’a rien à voir avec le temps de la vie quotidienne qui serait le temps commun6 » [Zarzuri, 2010, p. 113]. Le temps politique est donc un temps exceptionnel, produit dans des lieux exceptionnels, par des spécialistes. De plus, la participation se limite à la possibilité de voter tous les six ans, sans aucun droit de suivi ou de possibilité de révoquer les élus. Les jeunes essaient de rompre avec cet éloignement et cherchent à combler le vide laissé entre eux et la sphère politique institutionnalisée. « La conception démocratique des jeunes se fonde sur la nécessité d’être des agents actifs lors des processus de prise de décision et de suivi des actions publiques7 » [Aguilera Ruiz, 2010, p. 95]. D’après Rossana Reguillo [2003, p. 18], « les jeunes “se sentent” citoyens lorsqu’ils font des choses, lorsqu’ils décident quelles sont “les causes” dans lesquelles ils veulent s’impliquer, lorsqu’ils s’expriment librement à travers divers langages, lorsqu’ils se rassemblent dans une logique de réseaux et de flux changeants, plus qu’à travers des organisations8 ». Cette volonté d’être un acteur de la politique va de pair avec la conviction que celle-ci ne peut plus être déléguée à ses professionnels, qui ne sont plus dignes de confiance.

    8La participation des jeunes, qui leur semble impossible à mettre en place au niveau institutionnel tel qu’ils l’entendent, se retrouve dans des actions quotidiennes, au niveau individuel ou local, ce qui leur permet une organisation plus participative. De plus, cette « politique du quotidien » permet d’avoir une cohérence entre les paroles et les actes, et d’obtenir des résultats visibles, ce qui, pour les jeunes, fait défaut à la sphère politique. Ainsi, ils font autant attention à la forme de participation qu’à l’objectif. Cela amène Sergio Balardini à parler d’une « esthétique de l’éthique, et une éthique de l’esthétique qui constitue le politique9 ». D’après lui, les jeunes sont plus disposés à participer « à des actions qui ont des aspects ludiques, expressifs et communicatifs10 » [Balardini, 2005, p. 106].

    9Les jeunes ont en général une haute image de la démocratie et reconnaissent le vote comme un mode de participation. Pourtant, celui-ci leur paraît peu efficace, insuffisant. C’est dans ce sens que Ana Miranda et Sergio Balardini [2000, p. 139] parlent des jeunes comme des individus « à la fois idéalistes et très réalistes » : réalistes par la description du monde dans lequel ils évoluent, et profondément idéalistes dans leur conviction qu’il est possible de dépasser les carences du système actuel, d’aller vers un mieux-être démocratique. Sergio Balardini et Ana Miranda les présentent aussi comme « pragmatiques » dans le sens où ils veulent faire les choses et arriver à des résultats concrets.

    Spécificités des mouvements étudiants

    10On retrouve dans les mouvements étudiants des caractéristiques des différents mouvements sociaux de leur époque. Ils sont associés aux « nouveaux mouvements sociaux » qui émergent dans les années 1960. Ceux-ci se forment dans le cadre de l’État-nation, mais leur adversaire social est plus impersonnel, plus distant que celui des mouvements ouvriers. Les militants se distinguent par un haut degré de conscience culturelle ; ce sont des étudiants, des femmes, des antinucléaires, des régionalistes, etc. Ils veulent inventer une nouvelle manière de vivre ensemble et défendent des valeurs antiautoritaires. Bien qu’ils mettent parfois des demandes sociales en avant, comme cela a pu être le cas chez les étudiants, les causes principales défendues sont plus souvent culturelles. Dans ce sens, ils ne cherchent pas à prendre le pouvoir, mais à inventer de nouvelles façons de vivre ensemble.

    11Les mouvements étudiants, régulièrement étudiés comme de nouveaux mouvements sociaux, ont des particularités. Tout d’abord, leurs acteurs sont « transitoires » : la structure des études implique un renouvellement tous les cinq ans en moyenne, ce qui amène Manuel Garretón et Javier Martínez [1987, p. 19] à mettre en avant le caractère générationnel des mouvements étudiants. Pour chaque génération, « il y a toujours un événement commun qui devient un référent de sa formation, généralement une situation ou un succès qui l’affecte dans sa condition ou qui a un impact culturel11 ». C’est par exemple la guerre du Vietnam dans les années 1960. Le fait d’avoir accès à une éducation supérieure implique que « chaque étudiant est un sujet pensant, qui remet en question les choses et ne se contente plus de discours idéologiques, mais qui se prépare à découvrir la vérité, et en même temps, construit sa propre certitude pour avancer dans son développement12 » [Aranda Sánchez, 2000, p. 243]. Le mouvement étudiant se compose « d’une masse de jeunes en majorité issus de classe moyenne qui participe temporairement, et d’un noyau d’activistes qui organise continuellement diverses actions13 » pour maintenir l’activité du mouvement (conservation de la mémoire collective, information et mobilisation, vigilance quant aux actions des autorités…) [Aranda Sánchez, 2000, p. 243]. Le répertoire d’action des mouvements étudiants, entendu ici comme « la somme des moyens d’action effectivement utilisés ou utilisables par une organisation ou un mouvement » [Offerlé, 2008 p. 182] est généralement fondé sur le poids du nombre. La grève est souvent utilisée, mais c’est une grève particulière, car elle ne bloque pas de production ou de service. Elle doit donc être « active » [Morder, 2014, p. 39] : organisation d’assemblées, élections de délégations, réunions de commissions, etc. Ils organisent des manifestations, des brigades d’information, des « opérations coup de poing ». Les téléphones portables et surtout Internet sont de plus en plus utilisés pour la mobilisation.

    12« L’identité se définit dans la lutte, dans l’ensemble des actions et des mobilisations à travers lesquelles l’intégration sociale, la cohésion et la résistance se réalisent, de sorte que des formes diverses et inédites de solidarité et d’attitudes associatives apparaissent en accord avec les conditions de la lutte14 » [Aranda Sánchez, 2000, p. 246]. Nous verrons toute l’importance de cette cohésion sociale dans la deuxième partie. Il est difficile de parler d’une idéologie étudiante à cause de leur diversité et de leurs contradictions au travers de l’histoire. Pourtant, certains éléments critiques sont présents dans la majorité des manifestations et rejoignent les caractéristiques de la participation des jeunes vues auparavant : par exemple, les demandes de participation et l’aspiration démocratique quant à l’entrée à l’université, un discours globalisant et intégral qui cherche à « changer la vie » ou des propositions pour une société communautaire et égalitaire. En cela, les mouvements étudiants sont de façon récurrente « un détonateur du mécontentement et un multiplicateur d’autres mouvements […], et on note un rapprochement entre le peuple et ses luttes, contribuant ainsi à la politisation de la société15 » [Aranda Sánchez, 2000, p. 247]. Par ailleurs, les militants ont souvent le « sentiment de constituer une élite dans un univers privilégié qui leur donne la possibilité d’entreprendre la “libération des opprimés”16 » [Garretón & Martínez, 1987, p. 50], opprimés auxquels ils s’identifient, car le secteur étudiant souffre aussi de certaines formes d’oppression et d’exclusion [Aranda Sánchez, 2000, p. 246]. Enfin, il existe une opposition entre réformistes et radicaux, soit les « deux dimensions de la lutte étudiante toujours présentes, non pas dans une relation complémentaire, mais plutôt à travers une coexistence tendue17 » [Garretón & Martínez, 1987, p. 52]. La plupart du temps se manifeste une tension entre le côté ludique, festif et communautaire, et au contraire, le sérieux et le sacrifice du temps et de la vie pour la cause. Si toutes ces caractéristiques sont présentes au sein des mouvements étudiants mexicains, nous allons voir qu’ils ont aussi des traits particuliers, hérités de l’histoire et du contexte politique mexicain.

    Un contexte marqué par la criminalisation des mouvements sociaux

    13Évoquer l’histoire politique du Mexique depuis la révolution est indispensable pour comprendre les mouvements sociaux actuels. En effet, ceux-ci se forment et s’organisent par rapport à une histoire des relations entre État et société civile organisée.

    Contexte politique mexicain

    14Le Mexique a été dirigé pendant plus de soixante-dix ans par le PRI, parti alors hégémonique, héritier de la révolution mexicaine. Des élections avaient bien lieu, mais les partis d’opposition étaient soit trop faibles, soit des satellites du PRI. Un processus d’alternance commence à la fin des années 1980. En 1989, le PRI perd pour la première fois la gouvernance d’un des États fédérés (Baja California). En 1997, il perd la majorité à la Chambre des députés et l’année 2000 marque l’alternance au niveau de la présidence de la République lorsque gagne un candidat de l’opposition (Vicente Fox – PAN). L’alternance a été possible « grâce à un long processus de changements dans le système électoral, qui a créé peu à peu des conditions de concurrence plus équitables18 » [Hernández Rodríguez & Pansters, 2012, p. 764]. Pour certains analystes, on peut parler d’une démocratisation du Mexique. D’autres sont plus sceptiques quant à ce terme. Un changement a été opéré au niveau de la concurrence entre partis politiques et du système électoral, même si ce dernier reste critiqué, notamment suite aux soupçons de fraude lors de l’élection présidentielle de 2006. Pourtant, le reste des institutions n’a pas connu de changement, et les méthodes de gouvernement du PAN ne vont finalement pas beaucoup s’éloigner de celles du PRI. Les pratiques traditionnelles, qui freinent la consolidation d’une démocratie, sont toujours en vigueur, comme le corporatisme, bien que « modernisé », qui était l’un des piliers du système autoritaire « priiste » pour le contrôle des secteurs sociaux et économiques [Hernández Rodríguez & Pansters, 2012, p. 760], mais aussi la corruption, le manque de transparence, le clientélisme, un État de droit fragile, etc.

    15L’arrivée d’un nouveau parti au pouvoir a amené de grands espoirs de changements dans la société mexicaine. Ces espoirs ont pour la plupart été déçus. Suite à une enquête, María Aidé Hernández [2008, p. 272-273] note que « […] le Mexicain a une vision idéale de la démocratie, dans laquelle les valeurs comme la justice, la liberté et l’égalité sont centrales19 […] ». Ce décalage entre cette attente de démocratie et la réalité des conditions du pays après l’alternance en 2000 va attiser le mécontentement de nombreux citoyens. Pour Robert Dahl [1971], la démocratie a trois piliers : économique, politique et culturel. Le politique, c’est-à-dire entre autres les élections libres, est le symbole de la démocratie. Robert Dahl part du principe que si on a déjà partagé au plus grand nombre la décision politique, il est possible de faire de même au niveau économique et culturel ; les trois piliers vont s’alimenter mutuellement. Pour que la démocratie s’approfondisse, il faut partager une culture pour que chacun puisse se forger son opinion. De même, le partage des biens matériels est essentiel : en effet, si les individus n’ont pas d’autonomie matérielle, ils seront à la merci de ceux qui les nourrissent ; le vote sera donc influencé. Cette vision de la démocratie politique, économique, sociale et culturelle rejoint les revendications des différents mouvements étudiants, et notamment de #YoSoy132. Si on suit le raisonnement de Dahl, lorsque les étudiants parlent de démocratisation des médias, cela renvoie à la consolidation du pilier culturel, de même que leur rejet du néolibéralisme et la critique des inégalités témoignent de leur volonté de consolidation du pilier économique. En effet, les différents gouvernements, depuis les années 1980, suivent une ligne économique néolibérale qui se manifeste dans les différentes réformes structurelles entreprises par Enrique Peña Nieto, président du pays au moment du drame d’Ayotzinapa, (privatisation du pétrole, réforme du Code du travail, de la fiscalité, de l’éducation, etc.), très critiquées à l’époque. Mais au-delà de ces réformes, le président était contesté par une partie de la société qui voyait dans son arrivée au pouvoir le retour de l’ancien parti autoritaire, le PRI.

    Spécificité des mouvements sociaux mexicains ?

    16La seconde moitié du xxe siècle est marquée par le corporatisme. Les organisations populaires telles que la Confederación de Trabajadores de México (Confédération des travailleurs du Mexique) et la Confederación Nacional Campesina (Confédération nationale paysanne) sont des secteurs constitutifs du parti officiel, subordonnés aux directives et au leadership du PRI. « Ces organisations fonctionnaient comme des chaînes de transmission des décisions du gouvernement à la population20 » [Favela, 2010, p. 108]. Le coup de l’engagement politique d’opposition est élevé, et les personnes qui cherchent à s’organiser contre le système politique fermé tendent à adopter des méthodes combatives et radicales. Cela s’explique notamment par le manque de moyens institutionnels favorisant la participation. Le présidentialisme, et le manque d’efficacité et de pouvoir des instances locales amènent les manifestants à prendre pour cible de leurs revendications le gouvernement fédéral. Comme le souligne Margarita Favela, « […] la structure politique fermée transformait les demandes les plus banales en une critique de la structure entière du régime, renforçant la perspective radicale de la protestation21 » [Favela, 2010, p. 113-114].

    17Ainsi, les années 1960 sont marquées par de nombreux mouvements aux idéologies révolutionnaires, prônant la lutte armée. Mais ceux-ci sont fortement réprimés dans le cadre d’une politique de contre-insurrection22 et ils perdent peu à peu de leur importance. Associé à la crise économique des années 1980, cela « explique que les mobilisations aient inauguré de nouvelles formes d’organisation tout en présentant une forte hétérogénéité » [Goirand, 2010, p. 450]. En effet, bien que les mouvements sociaux qui se développent au Mexique à partir des années 1970 présentent de nombreux points communs avec ce qu’on a appelé les « nouveaux mouvements sociaux », ils se caractérisent aussi « par des revendications en priorité concrètes et matérielles, par une composition sociale populaire, ainsi que par leurs effets limités sur les alignements partisans jusque dans les années 2000 » [Goirand, 2010, p. 454].

    18Malgré l’abandon de l’optique de la lutte armée, l’idée que le changement se fait dans le conflit ou par la révolution reste présente. En effet, le régime du PRI était synonyme d’un État fort et répressif. Le but pour les mouvements sociaux est donc d’accumuler rapidement des forces avant d’être réprimés. Cela apporte un élément d’explication à la radicalisation des mobilisations récentes (par exemple le CGH à l’UNAM) qui cherchent à accumuler des forces et ne voient pas la négociation comme le meilleur moyen de résoudre le conflit. Le but est d’avancer pour pouvoir consolider, plutôt que de consolider pour pouvoir avancer [Mestries et al., 2009]. Or en se radicalisant, ces mouvements perdent des militants ainsi que leur légitimité. Ils se retrouvent alors isolés face à l’État. Le caractère temporaire des organisations étudiantes, créées pour une lutte précise, est aussi une des conséquences de l’emprise de l’État sur les mouvements sociaux. La résistance à la création de syndicats étudiants explique qu’à chaque conflit entre l’État et les étudiants se crée une nouvelle assemblée [Muñoz Tamayo, 2011].

    19Les canaux institutionnels qui facilitent la participation et réduisent son coût se sont multipliés ces dernières années. Depuis l’alternance à la présidence de la République, Bizberg [2010] remarque une augmentation des actions hors canaux institutionnels (manifestations, mouvements de rejet de politiques publiques, regain identitaire…). D’après lui, cela signifie que « […] les organisations existantes n’arrivent pas à canaliser les conflits, car elles manquent de légitimité ou qu’elles n’arrivent pas à traduire les projets et les nécessités de la population23 » [Bizberg, 2010, p. 22]. « La protestation est plus forte dans les systèmes en transition (ou mixtes) parce que la vitesse du changement institutionnel n’égale pas les attentes des citoyens24 » [Favela, 2010, p. 130].

    Violence politique et criminalisation des mouvements sociaux

    20Durant la seconde moitié du xxe siècle, s’opposer au régime en place implique des coûts élevés. Le gouvernement contrôle la matière première nécessaire à l’impression de la presse, mais aussi les concessions accordées aux médias électroniques (télévision et radio). Les pots-de-vin aux journalistes sont fréquents [Favela, 2010, p. 110]. En conséquence, les informations données aux citoyens sont filtrées, manipulées, et les opposants sont facilement discrédités par les campagnes médiatiques. Le gouvernement, lorsqu’il se retrouve face à un mouvement social, essaie dans un premier temps de l’ignorer et de minimiser son importance. Si cela ne fonctionne pas, il va user de son emprise sur les différents médias pour le discréditer. En dernier recours, il peut utiliser différentes formes de coaction : de l’avertissement administratif à l’usage de la force (police, armée…) [Favela, 2010, p. 116-117].

    21Malgré la libération de prisonniers politiques en 197825 et la création de nombreuses entités de défense des droits humains (officielles ou citoyennes), on peut parler aujourd’hui au Mexique d’une « criminalisation des mouvements sociaux », qui entraîne « […] la typification de certaines formes d’action collective comme des délits d’ordre commun et l’élévation disproportionnée des peines qui leur sont associées. [Cela renvoie aussi] à l’aggravation incontestable de pratiques violant de façon manifeste les droits humains : procédures judiciaires truquées, emprisonnements injustifiés, disparitions forcées, tortures, assassinats, etc. le tout s’inscrivant dans l’impunité absolue dont jouissent les autorités politiques et policières26 » [Favela, 2010, p. 126]. Des étudiants manifestant lors d’une action globale pour Ayotzinapa, par exemple, ont été accusés de complot, émeute et tentative d’assassinat, et transférés dans une prison de haute sécurité27. Par ailleurs, un rapport rendu à la Commission interaméricaine des droits de l’Homme précise que « depuis le 1er décembre 2012 et jusqu’au 9 juillet 2014 au moins, nous avons observé au Mexique un processus systématique de violation du droit à la mobilisation sociale, à la liberté d’expression et à la sécurité et l’intégrité des personnes qui manifestent28 ». Sont documentés entre autres des cas de « détentions arbitraires, procès injustes, falsifications de preuves, usage excessif de la force de la part des autorités et même des cas de torture29 ».

    22Au Mexique, la répression est souvent beaucoup plus forte et se présente de manière différente dans les États fédérés que dans le District fédéral. D’après Margarita Favela [2010, p. 138], « on observe dans la période récente que le régime “pluriel” reconnaît les sujets comme interlocuteurs, mais les assomme par une application de la “loi” qui vise à imposer un châtiment exemplaire aux transgresseurs et revient au schéma de traitement de la mobilisation sociale qui a caractérisé le régime autoritaire30 ». En parlant des répressions dans les régimes démocratiques, Hélène Combes et Olivier Fillieule [2011, p. 1056] remarquent que « les exemples ne manquent pas d’États qui, face à une protestation grandissante, édictent des lois ad hoc pour criminaliser les actes de contestation ou priver telle ou telle catégorie d’individus d’une partie de ses droits politiques ». C’est le cas du Mexique. Après le soulèvement de #YoSoy132, le gouvernement a fait passer un ensemble de « lois de télécommunication » qui permettent la géolocalisation en temps réel de personnes grâce aux téléphones portables et permet de suspendre le service téléphonique « quand l’exige l’autorité compétente, dans le but de stopper des délits31 ». Ces lois restent très vagues, et le comité international des droits de l’Homme les a qualifiées d’injustifiées. On peut en effet imaginer qu’elles pourraient servir au blocage des téléphones dans une zone de manifestation. En mai 2014 est approuvée dans l’État de Puebla la « Ley Bala » qui permet l’usage d’armes à feu contre les manifestants. Dans la capitale, les manifestations contre l’investiture d’Enrique Peña Nieto le 1er décembre 2012 « ont servi de prétexte pour élaborer un Protocole de contrôle des masses, présenté en mars 2013, dont les directives ont généré plus d’affrontements violents entre policiers et manifestants dans la capitale du pays32 ». De plus, il existe depuis plusieurs années un conflit entre le droit à circuler pour les voitures et le droit à manifester [Della Porta & Fillieule, 2006b]. Les législateurs ont profité des manifestations d’appui aux familles d’Ayotzinapa pour légiférer sur la question. Le projet de loi vient modifier les articles 11 et 73 de la Constitution mexicaine, relatifs à la garantie du droit de mobilité universelle à travers le pays. L’État est affirmé comme garant de ce droit, et le Congrès peut légiférer en la matière. Pour l’opposition dorénavant « les mobilisations et les actes légitimes de protestation peuvent être freinés par voie de justice33 », le droit de manifester pouvant s’opposer au droit à la libre circulation. La multiplication de ces lois qui permettent à l’État de faire usage de ses facultés dans le but de limiter les manifestations est un coût supplémentaire pour les personnes qui veulent exprimer leurs opinions publiquement.

    23Ainsi, bien que le régime de parti unique n’existe plus et que le système électoral se soit démocratisé, on retrouve toujours au Mexique des caractéristiques de l’ancien régime autoritaire. C’est notamment contre cela et dans le but d’aller vers une véritable démocratisation que les étudiants se mobilisent depuis de nombreuses années.

    Les mouvements étudiants au Mexique

    24Le Mexique a été la scène de plusieurs mouvements étudiants de grande ampleur ces soixante dernières années. Les établissements d’études supérieures mexicains ne partagent pas tous la même histoire, mais en 1968, ils vont marcher côte à côte avec le même objectif. Les mouvements suivants vont être différents sur de nombreux points, bien que soient toujours présentes les mêmes revendications démocratiques et de justice sociale.

    Les écoles normales rurales : défense des acquis de la révolution

    25La première école normale rurale est créée en 1922 et a pour objectif de former des professeurs pour enseigner dans les écoles rurales. Sous Lázaro Cárdenas, président de 1934 à 1940, les professeurs ont le devoir de transmettre le projet révolutionnaire [Lerner Sigal, 1979]. « Les écoles rurales ont été persécutées depuis leur création. Les premières furent disqualifiées par les secteurs conservateurs du Mexique, à cause de l’exclusion de la religion de ce système éducatif34. » Plus tard, elles ont été cataloguées comme foyers de guérilla. En effet, le caractère révolutionnaire de ces écoles se traduit par les nombreuses batailles que vont mener les étudiants contre les différents gouvernements mexicains : pour des avancées sociales, un meilleur budget alloué à leurs écoles, etc. Suite à l’abandon de l’éducation socialiste dans les années 1940, les gouvernements étatiques et fédéraux délaissent petit à petit les écoles normales rurales. Aujourd’hui, dix-sept sont encore en activité. Certains y voient l’abandon du projet de l’école pour tous. En effet, la majorité des écoles normales rurales profitent aux paysans pauvres, vivant dans des zones reculées. L’organisation étudiante représentative des écoles normales rurales, la Federación de Estudiantes Campesinos Socialistas de México (FECSM), a été fondée en 1935 et suit une ligne marxiste-léniniste. La fédération se dit « semi-clandestine » : le nom des différents leaders n’est pas connu et les informations sont rares en ce qui concerne son organisation. Cette prudence est, d’après les étudiants, justifiée par les risques d’infiltration et de répression. Les « dirigeants doivent être des étudiants réguliers, avoir une bonne conduite et une moyenne supérieure à 8/1035 » [Hernández Navarro, 2015, p. 10].

    26Les écoles normales rurales sont organisées en comité, et élisent un délégué national et local. Lors des congrès nationaux, seuls ces délégués et les dirigeants de la fédération sont informés du lieu du congrès36. L’organisation de la FECSM est assez verticale et ne semble pas entièrement transparente, ce qui entre en contradiction avec les différents mouvements étudiants qui se développeront ultérieurement, par exemple à l’UNAM. La différence de tradition militante se fera d’ailleurs sentir lors d’une assemblée interuniversitaire durant le mouvement pour Ayotzinapa. En effet, des étudiants de l’école normale rurale vont se plaindre du « désordre » des assemblées.

    27Si aujourd’hui les universités luttent au côté et en soutien aux écoles normales rurales, les étudiants des différentes écoles étaient en opposition dans les années 1930. En effet, l’instauration de l’éducation socialiste divise fortement : les étudiants et professeurs des universités, telles que l’UNAM, prônent la liberté d’enseignement, alors que dans les écoles normales rurales et momentanément à l’Instituto Politécnico Nacional (IPN), écoles issues de la révolution, ils défendent ardemment l’éducation socialiste. C’est seulement à partir du milieu des années 1950, en particulier avec le « mouvement des autobus37 », que vont s’unir les étudiants de l’École polytechnique et de l’UNAM, autrefois rivaux. Mais c’est réellement en 1968 que les différentes écoles vont lutter ensemble au sein d’un même mouvement.

    1966-2000 : positionnement à gauche des mouvements étudiants

    28Les années 1960 sont marquées par de nombreuses révoltes syndicales (enseignants, cheminots, travailleurs de l’industrie pétrolière), la réapparition du mouvement paysan, mais aussi au niveau international, par le triomphe de la révolution cubaine. Après différentes manifestations de moins grande ampleur dans les années 1960, le mouvement étudiant prend une dimension nationale en 1968. Il débute en réaction à la brutalité des forces de l’ordre et à l’occupation d’un lycée de l’UNAM. En effet, le régime autoritaire avait été capable de contenir le mal-être social durant des années, mais le recours à l’armée est de plus en plus fréquent [Ordorika, 2006]. La demande principale du mouvement étudiant de 1968 n’est pas la modernisation de l’université, mais bien la démocratisation du pays. Plusieurs luttes atomisées se réunissent fin juin 1968 et forment le Consejo Nacional de Huelga (CNH) qui devient l’organe directeur du mouvement. La suspicion qui règne alors envers toute forme d’organisation permanente justifie la création d’un organe conjoncturel (le CNH), adapté aux spécificités de la lutte, et qui n’est pas pensé pour durer [Guevara Niebla, 2008, p. 168].

    29Les étudiants souhaitent l’obtention de libertés civiles et démocratiques, et exigent des négociations transparentes et publiques. Pour Guevara Niebla [2008, p. 23], 1968 a été une « école de la démocratie ». C’est aussi en 1968 que sont organisés les Jeux olympiques au Mexique. Le gouvernement doit projeter une image d’ordre et de stabilité sociale. Un fort contrôle s’exerce sur les médias. Le régime craint par ailleurs que se développent d’autres manifestations (des ouvriers par exemple). Ceci, ajouté à l’importance de l’UNAM dans le processus de modernisation de l’État mexicain, explique en partie la forte répression mise en place par le pouvoir cette année-là. La mobilisation étudiante s’achève en effet avec le massacre de Tlatelolco qui fait 300 morts38. D’après Hélène Combes [2011, p. 64], 1968 n’est pas un événement exceptionnel ni du point de vue de la répression ni de celui de la mobilisation. Ce qui est nouveau, c’est que celle-ci passe de la marge au centre. Elle a lieu dans la capitale et touche la population étudiante amenée à être l’élite du pays. « Pour la première fois, le régime s’en prend aux enfants de la classe moyenne. » La mobilisation de 1968 est « perçue comme un point de non-retour par de nombreux acteurs. En cela, elle serait un déterminant important de l’engagement dans l’action protestataire, voire dans la clandestinité et la guérilla, de toute une génération étudiante » [Combes, 2011, p. 68]. La violence de la répression a de graves conséquences sur le mouvement étudiant. Elle « a mené à la décomposition, la division, la perte de confiance, le sectarisme, la prise de distance entre l’avant-garde et les masses, la dépolitisation des uns et la radicalisation des autres39 » [Guevara Niebla, 2008, p. 33].

    30L’héritage du mouvement étudiant de 1968 se ressent dans les luttes postérieures. Toutes ont choisi un mode de délibération en assemblée. Le concept a été adopté en 1968 pour éviter que les autorités profitent de négociations privées pour user de corruption ou de menaces [Guevara Niebla, 2008, p. 83]. Malgré la lenteur dans les prises de décision, ce système a depuis toujours été privilégié par les étudiants. Les efforts faits pour réorganiser le mouvement après la libération des leaders de 1968 ont été mis en échec par la répression violente du mouvement étudiant de 1970 pour l’autonomie de l’université du Nuevo León, qui a fait 30 morts. De nombreux étudiants se retirent alors du mouvement, tandis qu’une autre partie se radicalise. Certains rallient des groupes révolutionnaires armés [Ordorika, 2006]. Tout ce qui est officiel, institutionnel, devient méprisable. Jusqu’au milieu des années 1980, le mouvement étudiant est éclaté en de nombreux groupes avec des orientations politiques différentes. Pourtant, le repositionnement idéologique à gauche est incontestable. La radicalisation et la violence de certains groupes entraînent l’éloignement de beaucoup d’étudiants.

    31Dans les années 1980, plusieurs événements affaiblissent l’État et motivent la réaction organisée de la société civile. L’UNAM a été le cœur des deux grands mouvements étudiants de la fin du xxe siècle. Dans un premier temps, le CEU s’oppose en 1986 à l’augmentation des frais d’inscription et à la suppression du passe automatique40. Le thème du pouvoir est central : les étudiants estiment que la distance entre le pouvoir et la société est reproduite au sein de l’université [Muñoz Tamayo, 2011]. Les demandes des grévistes pour l’université sont un reflet de leurs peurs par rapport à ce qui se passe au niveau national, c’est-à-dire au désengagement de l’État dans l’économie. Les étudiants sentent qu’ils parlent au nom de la justice et du droit, pour la société mexicaine. Ils sortent victorieux du conflit.

    32Une dizaine d’années plus tard, en 1999, le projet d’augmentation des frais d’inscription refait surface. Cette défaite a posteriori est importante pour comprendre le déroulement de la grève de 1999 et l’état d’esprit des étudiants d’alors. Ces derniers se sentent trahis, car la réforme de 1999 revient sur les victoires de 1986. Ils n’ont plus confiance dans les autorités universitaires. Les étudiants cherchent à construire une histoire neuve, différente de l’ancien mouvement. En ce sens, ils exigent un fonctionnement horizontal, avec des dirigeants révocables, n’acceptent les propositions de l’adversaire qu’avec des garanties, et le dialogue seulement s’il est public. Cela renvoie aussi à une expérience historique de la tromperie des politiques et au contexte national : la confiance dans l’État baisse alors que ce dernier rend publiques les dettes des banques tout en baissant le budget de l’éducation. Le gouvernement n’a pas respecté les accords de San Andrés signés avec les zapatistes, alors que ces derniers sont un modèle et une inspiration pour de nombreux étudiants41. Le CGH va mener la grève la plus longue de l’histoire de l’UNAM pour garantir à tous l’accès à l’éducation et démocratiser l’université. La démocratisation est, comme en 1986, et comme on le verra plus tard en 2012, le maître mot du mouvement. D’une part, les demandes universitaires portent une vision plus globale qui vise à la démocratisation du pays. De l’autre, l’organisation interne du mouvement se cherche une identité démocratique : les décisions se prennent en assemblée, il n’existe a priori aucun leader. Or des dissensions internes vont rapidement apparaître, notamment sur la gestion des négociations avec le rectorat et le gouvernement. Celles-ci sont bloquées, car une grande partie des étudiants ne fait plus confiance aux autorités. Les divisions internes entraînent la radicalisation du mouvement et son affaiblissement. Face au blocage des négociations et avec le soutien des médias, hostiles à la grève, les autorités font finalement appel à la police pour déloger les grévistes. La répression du CGH va mettre un terme à un cycle de mouvement étudiant qui avait commencé en 1968.

    Mouvements étudiants contemporains

    33Ce n’est que douze ans plus tard, mi-mai 2012, que les étudiants mexicains s’organisent de nouveau en un mouvement de grande ampleur, #YoSoy132, et bousculent la campagne présidentielle. Face au risque du retour au pouvoir du PRI, les étudiants mexicains réclament entre autres une démocratisation des moyens de communication, une véritable liberté d’expression, la fin de la corruption, une plus grande justice sociale et le développement de la participation citoyenne. Ils cherchent à « réveiller » la société mexicaine, comme le clament plusieurs pancartes lors des manifestations. Ils sont très critiques par rapport aux grandes chaînes télévisées du pays, qui « endorment » les habitants. Leur mot d’ordre, « de las redes a las calles » (des réseaux sociaux à la rue) résume bien leur mode d’organisation. Leurs armes sont Facebook, Twitter, les téléphones portables, mais aussi les plus traditionnelles manifestations et assemblées. Cette forme d’organisation en réseau a trait à une demande démocratique en lien avec leurs objectifs : le mouvement refuse tout leader, souhaite que tous les militants soient au même niveau et puissent participer.

    34Si cette demande n’est pas nouvelle, Internet en a changé les modalités. Les militants de #YoSoy132 sont attachés aux mêmes principes que les étudiants du siècle dernier. Ils défendent une organisation en assemblée, qui permet aux militants d’apprendre, d’analyser et de critiquer, à l’opposé de l’apprentissage qui se fait dans les partis politiques, où les décisions sont prises d’en haut. Par ailleurs, la critique qu’ils font du système politique mexicain implique une prise de distance par rapport aux partis traditionnels. Plus qu’« a-partisan », le mouvement est anti-PRI. Il s’est en effet formé en opposition à « l’imposition » du candidat du parti tricolore à la présidence de la République, comme le montrent les slogans « México sin PRI » (le Mexique sans PRI) ou « Enrique entiende, la prole no te quiere » (Enrique, comprends, la plèbe ne t’aime pas/ne veut pas de toi) scandés durant les manifestations. En effet, #YoSoy132 représente la jeunesse qui a vécu la démocratisation du pays, mais qui voit ses attentes déçues, alors que les mouvements étudiants du siècle dernier profitent de revendications universitaires pour faire passer un message à un État toujours dirigé par un parti hégémonique. Les mobilisations étudiantes de ces dernières années sont marquées par un désenchantement par rapport à la « démocratie réellement existante ». Les étudiants sont déçus des limites de la transition démocratique et ne croient plus en une transformation de la société venant de l’État [Alonso, 2013]. Beaucoup considèrent encore le pays comme autoritaire :

    « On est dans un pays qui se dit démocratique, un pays dans lequel le gouvernement a peur du mot dictature. Mais n’est-ce pas cela qu’est le Mexique ? Si on ne vit pas sous une dictature… alors je pense qu’on devrait réfléchir et comparer ce qu’il se passe dans une dictature et ce qu’il se passe au Mexique, qu’on dit démocratique, non42 ?  »

    35Cela explique pourquoi les demandes démocratiques et de justice sont les principales revendications des militants. #YoSoy132 s’ancre dans une série de mouvement sociaux « post-2010 » qui lient les revendications de démocratie, justice sociale et dignité. Ces valeurs sont aussi des pratiques qui sont appliquées à l’intérieur des mouvements, dans lesquels une place importante est accordée aux dimensions subjectives et culturelles [Pleyers & Glasius, 2013].

    36C’est également pour la défense de valeurs démocratiques que vont se mobiliser les étudiants de l’Instituto Politécnico Nacional (IPN) en 2014. Pourtant, comme lors des grèves du siècle dernier, c’est un problème interne à l’institut qui déclenche le conflit. Les étudiants protestent contre une réforme du règlement intérieur et des programmes scolaires, qui a entre autres pour but d’adapter les normes de l’IPN aux normes fédérales, récemment modifiées par la réforme éducative controversée d’Enrique Peña Nieto. Selon les grévistes, elle n’a pas été suffisamment débattue au sein de la communauté polytechnique. À partir du 17 septembre, plusieurs écoles de l’IPN se mettent en grève, et quelques semaines plus tard, c’est l’institut tout entier qui entre en lutte. Pour les étudiants, la réforme va abaisser le niveau de la formation (suppression de certains cours…). Ils ne seront plus, par exemple, des « ingénieurs », mais des « techniciens supérieurs », ce qui est pour eux synonyme de « main-d’œuvre bon marché ». Ils rejettent aussi les possibilités de privatisation qui se détachent de cette réforme et ce qu’ils perçoivent comme une ingérence du néolibéralisme mondial, ce qui explique le fait que leurs revendications s’étendent à des demandes d’autonomie et de démocratisation de l’institut.

    37Par ailleurs, l’IPN a été créé par Lázaro Cárdenas, peu après la Révolution mexicaine. L’objectif était de dispenser une éducation de qualité aux fils d’ouvriers et de paysans. Les étudiants de l’IPN cherchent à renouer avec cet idéal, ainsi l’une de leurs demandes consiste à rendre publique toute forme d’ingérence privée à l’IPN : la technique doit être au service de la patrie et non au service des intérêts privés et transnationaux. L’IPN est « la seule institution éducative publique du Mexique à ne pas être autonome, bien qu’elle soit l’une des plus importantes43 ». C’est un « organe décentralisé du ministère de l’Éducation, et il ne dispose d’autonomie ni dans son gouvernement ni dans sa liberté d’enseignement et de recherche44 ». Les grévistes de l’IPN demandent donc une démocratisation des élections des autorités et la réalisation d’un Congrès national polytechnique (CNP) pour revoir les normes de l’institution et aller vers son autonomie. Même au sein des universités autonomes telles que l’UNAM, le système d’élection passant par un conseil universitaire est controversé et a été l’un des enjeux de la grève de 1999, dans laquelle la démocratisation de l’université avait une place importante. De plus, « la conception démocratique des jeunes se fonde sur la nécessité d’être des agents actifs lors des processus de prise de décision et de suivi des actions publiques45 » [Aguilera Ruiz, 2010, p. 95], ce qui explique que l’on retrouve au sein même du mouvement étudiant, les principes démocratiques défendus par ces derniers. Les grévistes de l’IPN se sont organisés en assemblées. Quarante-quatre représentants des assemblées des différentes écoles se réunissent au sein de l’Assemblée générale polytechnique (AGP) (deux représentants par école). Le terme de représentant est très important, comme le précise un gréviste : « Il n’y a pas de leader, c’est une direction collective46 », « Ce sont des porte-parole, des représentants47. » Lors de la manifestation du 30 septembre qui se termine devant le ministère de l’Intérieur, le ministre, Miguel Ángel Osorio Chong sort de son bureau pour dialoguer avec les étudiants et reconnaît leurs demandes : « Nous reconnaissons formellement votre mouvement, nous connaissons les raisons qui vous poussent à être ici présents, nous savons quelles sont vos insatisfactions et voulons y répondre immédiatement48. » C’est un fait inédit qui peut s’expliquer par la clarté des demandes des étudiants et par la force de leur mouvement. Mais c’est surtout le contexte politique national qui a bénéficié aux polytechniciens. En effet, le mécontentement est grandissant chez les jeunes depuis quelques années et a atteint son paroxysme suite aux événements du 26 septembre à Iguala. Les manifestations de soutien aux familles des étudiants d’Ayotzinapa prennent une ampleur internationale et le gouvernement est accusé, nous le verrons plus loin. La tragédie d’Ayotzinapa a lieu durant le premier mois de la grève à l’IPN. Elle touche aussi des étudiants et un acquis des projets éducatifs de la révolution et de Lázaro Cárdenas : les écoles normales rurales. Le gouvernement ne peut donc pas ignorer les revendications démocratiques et d’autonomie des polytechniciens. Par ailleurs, en accédant aux demandes des étudiants, le gouvernement défend une image positive de négociateur, tout en disqualifiant les manifestants pour Ayotzinapa en les montrant comme fermés au dialogue. Au vu de l’histoire nationale, les étudiants restent méfiants49 et refusent de lever la grève tant que des accords clairs ne sont pas signés et que des garanties ne sont pas données quant au respect de leurs revendications, le tout en présence d’un nouveau directeur général.

    38Le gouvernement accède finalement à quasiment toutes les demandes des étudiants : pas de représailles ; l’IPN ne sera pas intégré au « sistema nacional de bachillerato » ni à la réforme de l’éducation moyenne et supérieure ; mise en place d’un congrès national polytechnique pour décider des normes de l’IPN ; non-ingérence du Tecnológico Nacional de México ; suppression des pensions des anciens directeurs ; enquête des autorités sur les groupes « porriles50 » ; et augmentation du budget de l’éducation51.

    39Les mouvements étudiants mexicains partagent les mêmes revendications démocratiques et de justice sociale, qu’ils soient nationaux ou plus ancrés dans une université. La démocratisation du Mexique a entraîné une déception des étudiants face à la démocratie réellement existante, ce qui explique que les mouvements récents tels que #YoSoy132 n’aient pas renoncé à cette bataille. La mémoire des luttes passées et de ce que les étudiants appellent les trahisons du gouvernement a aussi un fort impact, et implique une grande méfiance envers les autorités. Ces différentes caractéristiques vont également se retrouver dans le mouvement de soutien à Ayotzinapa.

    Notes de bas de page

    1 Citation originale : « Se profundizó el decrédito de la política formal, los partidos políticos de todos los signos, dejaron de aparecer como opciones confiables para transformar la realidad y la política devino “mala palabra”, cargada de presagios y de corrupción. »

    2 Forum « La imposibilidad de la cremación de los 43 estudiantes en el basurero de Iguala », faculté de sciences de l’UNAM, 4 février 2015.

    3 Assemblée générale de la composante des études de master et de doctorat – Asamblea General de Posgrado, « La lucha sigue », Entre Compas. Periódico de la Asamblea General de Posgrado de l’Unam, no 1, janvier 2015, p. 1. Citations originales : « la criminalidad de todo el sistema político » ; « fiel a su costumbre […] ignoró el mensaje de la ciudadanía ».

    4 Citation originale : « […] “una tensión creciente entre la inclusión política que traen consigo las democracias y la exclusión social de la nueva fase de modernización capitalista.” »

    5 Citation originale : « […] Comparten una crítica profunda a los modos de organización de la sociedad, a las tradicionales formas de participación […] y proponen una redefinición de las relaciones políticas y los mecanismos institucionales que las regulan. »

    6 Citation originale : « […] Se le cataloga como un “tiempo de lo extraordinario” que no tiene que ver con el tiempo de la vida cotidiana que sería un tiempo común. »

    7 Citation originale : « La concepción democrática de los jóvenes se fundamenta en la necesidad de ser agentes activos en los procesos de toma de decisiones y monitoreo de las acciones públicas. »

    8 Citation originale : « […] Los jóvenes se “sienten” ciudadanos al hacer cosas; al decidir cuáles son las “causas” en las que quieren involucrarse; al expresarse con libertad a través de distintos lenguajes; al juntarse con otros en una lógica de redes y de flujos cambiantes más que a través de organizaciones […]. »

    9 Citation originale : « […] estética de la ética, y una ética de la estética que constituyen lo político. »

    10 Citation originale : « […] acciones tamizadas de aspectos lúdicos, con un componente expresivo-comunicativo […]. »

    11 Citation originale : « […] tras una generación hay siempre un acontecimiento común que se convierte en el referente de su constitución, generalmente una situación o suceso que los afecta en su condición o los impacta culturalmente. »

    12 Citation originale : « […] Cada alumno es un sujeto pensante y cuestionador, que ya no se conforma con los discursos ideológicos sino que se prepara para descubrir la verdad y a la vez construyendo su propia certeza para avanzar en su desarrollo. »

    13 Citation originale : « […] De masas de jóvenes en su mayoría pertenecientes a las clases medias depauperadas que participan esporádicamente, y grupos de activistas que continuamente están llevando a cabo acciones diversas […]. »

    14 Citation originale : « […] La identidad se define en la lucha, en el conjunto de acciones y movilizaciones, a través de las cuales se logra la integración social, la cohesión y la resistencia, por lo que aparecen diversas y novedosas formas de solidaridad y actitudes asociativas acordes a las condiciones de la lucha. »

    15 Citation originale : « […] un detonador del descontento y multiplicador de otros movimientos […], y se va dando un acercamiento con el pueblo y sus luchas, así que contribuye a la politización de la sociedad. »

    16 Citation originale: « […] sentimiento de constituir una élite ubicada en un sitio privilegiado que la posibilita para dirigir la “liberación de los oprimidos” […]. »

    17 Citation originale : « […] dos dimensiones de la lucha estudiantil siempre presentes, aunque no propiamente en una relación de complementación sino más bien en una convivencia tensa […]. »

    18 Citation originale : « […] gracias a un prolongado proceso de cambios en el sistema electoral que paulatinamente creó condiciones de competencia más equitativas […]. »

    19 Citation originale : «[…] El mexicano tiene una visión ideal de la democracia, donde valores como la justicia, la libertad y la igualdad son centrales […]. »

    20 Citation originale : « Estas organizaciones funcionaban como cadenas de transmisión de las decisiones del gobierno hacia la población […]. »

    21 Citation originale : « […] la estructura política cerrada transformaba incluso las demandas más banales en una crítica a la estructura entera del régimen, enfatizando el sentido radical de la protesta. »

    22 Cette période de répression violente des mouvements sociaux, armés ou non, durant les années 1970 et 1980 au Mexique, est connue sous le nom de Guerre sale. Les techniques de contre-insurrection mises en œuvre par le gouvernement mexicain étaient aussi sévères que celles mises en œuvre dans le Cône Sud, bien que le Mexique ne fût pas vu comme une dictature. C’est à cette période que la disparition des personnes devient l’une des techniques de répression des opposants politiques. [N. d. E.]

    23 Citation originale : « […] las organizaciones existentes no logran canalizar los conflictos, porque tienen escasa legitimidad o porque no logran traducir los proyectos y las necesidades de la población. »

    24 Citation originale : « La razón por la cual la protesta es más pronunciada en sistemas en transición (o mixtos), es que la velocidad del cambio institucional no iguala las expectativas de los pobladores. »

    25 Obtenue suite à la grève de la faim d’un comité de familles de victimes de la guerre sale (prisonniers et disparus), le comité Eureka.

    26 Citation originale : « […] la tipificación de ciertas formas de acción colectiva como delitos del orden común y la elevación desproporcionada de las penas asociadas con ellas, así como la agudización incontestable de prácticas flagrantemente violatorias de los derechos humanos: procesos judiciales amañados, encarcelamientos injustificados, desapariciones forzadas, torturas, asesinatos, etc., todos enmarcados en la continuación de la absoluta impunidad que disfrutan las autoridades políticas y policiacas […]. »

    27 « Urge Amnistía Internacional a retirar “acusaciones desproporcionadas” a detenidos del #20NovMx », Aristegui Noticias, 29 novembre 2014. [En ligne] https://aristeguinoticias.com/2911/mexico/urge-amnistia-internacional-a-retirar-acusaciones-desproporcionadas-a-detenidos-del-20novmx/ [Dernière consultation le 28 mars 2023]

    28 Frente por la libertad de expresión y la protesta social en México, « Audiencia temática, Comisión interamericana de derechos humanos, Derechos Humanos y Protesta Social en México », Mexico, 30 octobre 2014. [En ligne] https://www.fundar.org.mx/mexico/pdf/CIDH_Informe_Final_Protesta30Octubre2014.pdf. Citation originale : « Desde el 1 de diciembre de 2012 y hasta por lo menos el 9 de julio de 2014, hemos observado en México un proceso sistemático de violaciones al derecho a la protesta social, a la libertad de expresión y a la seguridad e integridad de las personas que se manifiestan. »

    29 Ibid. Citation originale : « Detenciones arbitrarias, procesamientos injustos, falseamiento de pruebas, uso excesivo de la fuerza por parte de las autoridades e incluso, casos de tortura. »

    30 Citation originale : « Vemos, entonces, cómo en el periodo reciente la respuesta del régimen “plural” reconoce a los sujetos como interlocutores, pero los golpea con la aplicación de la “ley” de una manera que busca imponer un castigo ejemplar a los transgresores y retorna al esquema de tratamiento de la mobilización social que caracterizó al régimen autoritario. »

    31 Frente por la libertad de expresión y la protesta social en México, « Audiencia temática, Comisión interamericana de derechos humanos, Derechos Humanos y Protesta Social en México », Mexico, 30 octobre 2014. [En ligne] https://www.fundar.org.mx/mexico/pdf/CIDH_Informe_Final_Protesta30Octubre2014.pdf. Citation originale : « Cuando así lo instruya la autoridad competente para hacer cesar la comisión de delitos. »

    32 Ibid. Citation originale : « Sivieron de pretexto para elaborar el Protocolo de Control de Multitudes, presentado en marzo de 2013, y cuyas directrices han generado más encuentros violentos entre policías y manifestantes en la capital del país. »

    33 Jesusa Cervantes, « Aprueban diputados ley antimarchas en medio de protestas por Ayotzinapa », Proceso, 2 décembre 2014. [En ligne] https://www.proceso.com.mx/nacional/2014/12/2/aprueban-diputados-ley-antimarchas-en-medio-de-protestas-por-ayotzinapa-140572.html [Dernière consultation le 28 mars 2023]. Citation originale : « Por la vía de la justicia se pueden frenar las movilizaciones, los actos legítimos de protesta. »

    34 Simón Vargas Aguilar, « Escuelas normales rurales : agentes de cambio y desarrollo », La Jornada, 8 novembre 2014. Citation originale : « Las escuelas rurales han sido perseguidas desde su creación, las primeras fueron descalificadas por los sectores conservadores de México debido a la inconformidad de la exclusión en la religión en este sistema educativo. »

    35 Citation originale : « [Los] dirigentes deben ser alumnos regulares, tener buena conducta y un promedio escolar no menor de ocho. »

    36 Zósimo Camacho, « La resistencia de las normales rurales », Contralinea, 1 avril 2008.

    37 Les étudiants séquestrent des centaines de bus pour protester entre autres contre une hausse des tarifs des transports en commun.

    38 Une trentaine selon le gouvernement.

    39 Citation originale : « [La represión] produjo descomposición, divisionismo, desconfianza, sectarismo, distancia entre las vanguardias y las masas, la despolitización de unos y la radicalización de otros. »

    40 Les étudiants ayant validé leurs études secondaires dans un lycée de l’UNAM peuvent passer sans concours à l’université.

    41 Le zapatisme est un mouvement social et politique de défense des droits des indigènes, porté par l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), dès 1994. Les zapatistes signent avec le gouvernement mexicain les accords de San Andrés (Chiapas) en 1996. Ces accords concluent à la reconnaissance des droits politiques des populations indigènes et de leur autonomie. [N. d. E.]

    42 Entretien avec Martín, étudiant à la faculté des sciences politiques et sociales de l’UNAM, 2015.

    43 Érika Celestino & Vianey Ramírez, « La autonomía politécnica y el efecto espantapájaros », La Jornada, 15 novembre 2014. [En ligne] https://www.jornada.com.mx/2014/11/15/opinion/036a1soc [Dernière consultation le 28 mars 2023] Citation originale: « [L]a única institución educativa pública de México que, pese a ser una de las más importantes de nuestra historia, no es autónoma. »

    44 Octavio Rodríguez Araujo, « Recorrido de la UNAM por su autonomía », La Jornada, 23 octobre 2014. [En ligne] https://www.jornada.com.mx/2014/10/23/opinion/026a2pol [Dernière consultation le 28 mars 2023] Citation originale : « órgano desconcentrado de la Secretaría de Educación, y no tiene autonomía ni en su gobierno ni en las libertadas de cátedra e investigación. »

    45 Citation originale : « La concepción democrática de los jóvenes se fundamenta en la necesidad de ser agentes activos en los procesos de toma de decisiones y monitoreo de las acciones públicas. »

    46 « Ponte al día », Radio MVS, 6 octobre 2014.

    47 Ibid.

    48 Emir Olivares & Fabiola Martínez, « Resolveremos el problema juntos, dice Osorio a estudiantes en plena calle », La Jornada, 1 octobre 2014. [En ligne] https://www.jornada.com.mx/2014/10/01/politica/003n1pol [Dernière consultation le 28 mars 2023] Citation originale : « Reconocemos formalmente su movimiento, conocemos las causas por las que están aquí presentes, sabemos de sus inconformidades y queremos atenderlas de inmediato. »

    49 Fabiola Martínez, Arturo Sánchez & Emir Olivares, « Y los alumnos dieron un no a los diálogos al vapor », La Jornada, 4 octobre 2014. [En ligne] https://www.jornada.com.mx/2014/10/04/politica/003n1pol [Dernière consultation le 28 mars 2023]

    50 Les groupes « porriles » sont mobilisés par les instances de décision de l’université pour saboter et réprimer les grèves étudiantes par l’usage de la violence. [N. d. E.]

    51 Pourtant, un an plus tard, le plan budgétaire de l’année 2016 annonce des coupes dans le budget des trois principales écoles publiques du pays. « Recortará Hacienda presupuesto a l’UNAM, IPN y UAM en 2016 », Proceso, 22 août 2015. [En ligne] https://www.proceso.com.mx/nacional/2015/8/22/recortara-hacienda-presupuesto-la-unam-ipn-uam-en-2016-151229.html [Dernière consultation le 28 mars 2023]

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    1 Citation originale : « Se profundizó el decrédito de la política formal, los partidos políticos de todos los signos, dejaron de aparecer como opciones confiables para transformar la realidad y la política devino “mala palabra”, cargada de presagios y de corrupción. »

    2 Forum « La imposibilidad de la cremación de los 43 estudiantes en el basurero de Iguala », faculté de sciences de l’UNAM, 4 février 2015.

    3 Assemblée générale de la composante des études de master et de doctorat – Asamblea General de Posgrado, « La lucha sigue », Entre Compas. Periódico de la Asamblea General de Posgrado de l’Unam, no 1, janvier 2015, p. 1. Citations originales : « la criminalidad de todo el sistema político » ; « fiel a su costumbre […] ignoró el mensaje de la ciudadanía ».

    4 Citation originale : « […] “una tensión creciente entre la inclusión política que traen consigo las democracias y la exclusión social de la nueva fase de modernización capitalista.” »

    5 Citation originale : « […] Comparten una crítica profunda a los modos de organización de la sociedad, a las tradicionales formas de participación […] y proponen una redefinición de las relaciones políticas y los mecanismos institucionales que las regulan. »

    6 Citation originale : « […] Se le cataloga como un “tiempo de lo extraordinario” que no tiene que ver con el tiempo de la vida cotidiana que sería un tiempo común. »

    7 Citation originale : « La concepción democrática de los jóvenes se fundamenta en la necesidad de ser agentes activos en los procesos de toma de decisiones y monitoreo de las acciones públicas. »

    8 Citation originale : « […] Los jóvenes se “sienten” ciudadanos al hacer cosas; al decidir cuáles son las “causas” en las que quieren involucrarse; al expresarse con libertad a través de distintos lenguajes; al juntarse con otros en una lógica de redes y de flujos cambiantes más que a través de organizaciones […]. »

    9 Citation originale : « […] estética de la ética, y una ética de la estética que constituyen lo político. »

    10 Citation originale : « […] acciones tamizadas de aspectos lúdicos, con un componente expresivo-comunicativo […]. »

    11 Citation originale : « […] tras una generación hay siempre un acontecimiento común que se convierte en el referente de su constitución, generalmente una situación o suceso que los afecta en su condición o los impacta culturalmente. »

    12 Citation originale : « […] Cada alumno es un sujeto pensante y cuestionador, que ya no se conforma con los discursos ideológicos sino que se prepara para descubrir la verdad y a la vez construyendo su propia certeza para avanzar en su desarrollo. »

    13 Citation originale : « […] De masas de jóvenes en su mayoría pertenecientes a las clases medias depauperadas que participan esporádicamente, y grupos de activistas que continuamente están llevando a cabo acciones diversas […]. »

    14 Citation originale : « […] La identidad se define en la lucha, en el conjunto de acciones y movilizaciones, a través de las cuales se logra la integración social, la cohesión y la resistencia, por lo que aparecen diversas y novedosas formas de solidaridad y actitudes asociativas acordes a las condiciones de la lucha. »

    15 Citation originale : « […] un detonador del descontento y multiplicador de otros movimientos […], y se va dando un acercamiento con el pueblo y sus luchas, así que contribuye a la politización de la sociedad. »

    16 Citation originale: « […] sentimiento de constituir una élite ubicada en un sitio privilegiado que la posibilita para dirigir la “liberación de los oprimidos” […]. »

    17 Citation originale : « […] dos dimensiones de la lucha estudiantil siempre presentes, aunque no propiamente en una relación de complementación sino más bien en una convivencia tensa […]. »

    18 Citation originale : « […] gracias a un prolongado proceso de cambios en el sistema electoral que paulatinamente creó condiciones de competencia más equitativas […]. »

    19 Citation originale : «[…] El mexicano tiene una visión ideal de la democracia, donde valores como la justicia, la libertad y la igualdad son centrales […]. »

    20 Citation originale : « Estas organizaciones funcionaban como cadenas de transmisión de las decisiones del gobierno hacia la población […]. »

    21 Citation originale : « […] la estructura política cerrada transformaba incluso las demandas más banales en una crítica a la estructura entera del régimen, enfatizando el sentido radical de la protesta. »

    22 Cette période de répression violente des mouvements sociaux, armés ou non, durant les années 1970 et 1980 au Mexique, est connue sous le nom de Guerre sale. Les techniques de contre-insurrection mises en œuvre par le gouvernement mexicain étaient aussi sévères que celles mises en œuvre dans le Cône Sud, bien que le Mexique ne fût pas vu comme une dictature. C’est à cette période que la disparition des personnes devient l’une des techniques de répression des opposants politiques. [N. d. E.]

    23 Citation originale : « […] las organizaciones existentes no logran canalizar los conflictos, porque tienen escasa legitimidad o porque no logran traducir los proyectos y las necesidades de la población. »

    24 Citation originale : « La razón por la cual la protesta es más pronunciada en sistemas en transición (o mixtos), es que la velocidad del cambio institucional no iguala las expectativas de los pobladores. »

    25 Obtenue suite à la grève de la faim d’un comité de familles de victimes de la guerre sale (prisonniers et disparus), le comité Eureka.

    26 Citation originale : « […] la tipificación de ciertas formas de acción colectiva como delitos del orden común y la elevación desproporcionada de las penas asociadas con ellas, así como la agudización incontestable de prácticas flagrantemente violatorias de los derechos humanos: procesos judiciales amañados, encarcelamientos injustificados, desapariciones forzadas, torturas, asesinatos, etc., todos enmarcados en la continuación de la absoluta impunidad que disfrutan las autoridades políticas y policiacas […]. »

    27 « Urge Amnistía Internacional a retirar “acusaciones desproporcionadas” a detenidos del #20NovMx », Aristegui Noticias, 29 novembre 2014. [En ligne] https://aristeguinoticias.com/2911/mexico/urge-amnistia-internacional-a-retirar-acusaciones-desproporcionadas-a-detenidos-del-20novmx/ [Dernière consultation le 28 mars 2023]

    28 Frente por la libertad de expresión y la protesta social en México, « Audiencia temática, Comisión interamericana de derechos humanos, Derechos Humanos y Protesta Social en México », Mexico, 30 octobre 2014. [En ligne] https://www.fundar.org.mx/mexico/pdf/CIDH_Informe_Final_Protesta30Octubre2014.pdf. Citation originale : « Desde el 1 de diciembre de 2012 y hasta por lo menos el 9 de julio de 2014, hemos observado en México un proceso sistemático de violaciones al derecho a la protesta social, a la libertad de expresión y a la seguridad e integridad de las personas que se manifiestan. »

    29 Ibid. Citation originale : « Detenciones arbitrarias, procesamientos injustos, falseamiento de pruebas, uso excesivo de la fuerza por parte de las autoridades e incluso, casos de tortura. »

    30 Citation originale : « Vemos, entonces, cómo en el periodo reciente la respuesta del régimen “plural” reconoce a los sujetos como interlocutores, pero los golpea con la aplicación de la “ley” de una manera que busca imponer un castigo ejemplar a los transgresores y retorna al esquema de tratamiento de la mobilización social que caracterizó al régimen autoritario. »

    31 Frente por la libertad de expresión y la protesta social en México, « Audiencia temática, Comisión interamericana de derechos humanos, Derechos Humanos y Protesta Social en México », Mexico, 30 octobre 2014. [En ligne] https://www.fundar.org.mx/mexico/pdf/CIDH_Informe_Final_Protesta30Octubre2014.pdf. Citation originale : « Cuando así lo instruya la autoridad competente para hacer cesar la comisión de delitos. »

    32 Ibid. Citation originale : « Sivieron de pretexto para elaborar el Protocolo de Control de Multitudes, presentado en marzo de 2013, y cuyas directrices han generado más encuentros violentos entre policías y manifestantes en la capital del país. »

    33 Jesusa Cervantes, « Aprueban diputados ley antimarchas en medio de protestas por Ayotzinapa », Proceso, 2 décembre 2014. [En ligne] https://www.proceso.com.mx/nacional/2014/12/2/aprueban-diputados-ley-antimarchas-en-medio-de-protestas-por-ayotzinapa-140572.html [Dernière consultation le 28 mars 2023]. Citation originale : « Por la vía de la justicia se pueden frenar las movilizaciones, los actos legítimos de protesta. »

    34 Simón Vargas Aguilar, « Escuelas normales rurales : agentes de cambio y desarrollo », La Jornada, 8 novembre 2014. Citation originale : « Las escuelas rurales han sido perseguidas desde su creación, las primeras fueron descalificadas por los sectores conservadores de México debido a la inconformidad de la exclusión en la religión en este sistema educativo. »

    35 Citation originale : « [Los] dirigentes deben ser alumnos regulares, tener buena conducta y un promedio escolar no menor de ocho. »

    36 Zósimo Camacho, « La resistencia de las normales rurales », Contralinea, 1 avril 2008.

    37 Les étudiants séquestrent des centaines de bus pour protester entre autres contre une hausse des tarifs des transports en commun.

    38 Une trentaine selon le gouvernement.

    39 Citation originale : « [La represión] produjo descomposición, divisionismo, desconfianza, sectarismo, distancia entre las vanguardias y las masas, la despolitización de unos y la radicalización de otros. »

    40 Les étudiants ayant validé leurs études secondaires dans un lycée de l’UNAM peuvent passer sans concours à l’université.

    41 Le zapatisme est un mouvement social et politique de défense des droits des indigènes, porté par l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), dès 1994. Les zapatistes signent avec le gouvernement mexicain les accords de San Andrés (Chiapas) en 1996. Ces accords concluent à la reconnaissance des droits politiques des populations indigènes et de leur autonomie. [N. d. E.]

    42 Entretien avec Martín, étudiant à la faculté des sciences politiques et sociales de l’UNAM, 2015.

    43 Érika Celestino & Vianey Ramírez, « La autonomía politécnica y el efecto espantapájaros », La Jornada, 15 novembre 2014. [En ligne] https://www.jornada.com.mx/2014/11/15/opinion/036a1soc [Dernière consultation le 28 mars 2023] Citation originale: « [L]a única institución educativa pública de México que, pese a ser una de las más importantes de nuestra historia, no es autónoma. »

    44 Octavio Rodríguez Araujo, « Recorrido de la UNAM por su autonomía », La Jornada, 23 octobre 2014. [En ligne] https://www.jornada.com.mx/2014/10/23/opinion/026a2pol [Dernière consultation le 28 mars 2023] Citation originale : « órgano desconcentrado de la Secretaría de Educación, y no tiene autonomía ni en su gobierno ni en las libertadas de cátedra e investigación. »

    45 Citation originale : « La concepción democrática de los jóvenes se fundamenta en la necesidad de ser agentes activos en los procesos de toma de decisiones y monitoreo de las acciones públicas. »

    46 « Ponte al día », Radio MVS, 6 octobre 2014.

    47 Ibid.

    48 Emir Olivares & Fabiola Martínez, « Resolveremos el problema juntos, dice Osorio a estudiantes en plena calle », La Jornada, 1 octobre 2014. [En ligne] https://www.jornada.com.mx/2014/10/01/politica/003n1pol [Dernière consultation le 28 mars 2023] Citation originale : « Reconocemos formalmente su movimiento, conocemos las causas por las que están aquí presentes, sabemos de sus inconformidades y queremos atenderlas de inmediato. »

    49 Fabiola Martínez, Arturo Sánchez & Emir Olivares, « Y los alumnos dieron un no a los diálogos al vapor », La Jornada, 4 octobre 2014. [En ligne] https://www.jornada.com.mx/2014/10/04/politica/003n1pol [Dernière consultation le 28 mars 2023]

    50 Les groupes « porriles » sont mobilisés par les instances de décision de l’université pour saboter et réprimer les grèves étudiantes par l’usage de la violence. [N. d. E.]

    51 Pourtant, un an plus tard, le plan budgétaire de l’année 2016 annonce des coupes dans le budget des trois principales écoles publiques du pays. « Recortará Hacienda presupuesto a l’UNAM, IPN y UAM en 2016 », Proceso, 22 août 2015. [En ligne] https://www.proceso.com.mx/nacional/2015/8/22/recortara-hacienda-presupuesto-la-unam-ipn-uam-en-2016-151229.html [Dernière consultation le 28 mars 2023]

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    Achard, M. (2023). Chapitre 1. Mouvements étudiants et mouvements sociaux au Mexique. In Les étudiants disparus d’Ayotzinapa. Paris: Éditions de l’IHEAL. https://doi.org/10.4000/books.iheal.11363
    Achard, Margot. « Chapitre 1. Mouvements étudiants et mouvements sociaux au Mexique ». In Les étudiants disparus d’Ayotzinapa. Paris: Éditions de l’IHEAL, 2023. doi:10.4000/books.iheal.11363.
    Achard, Margot. « Chapitre 1. Mouvements étudiants et mouvements sociaux au Mexique ». Les étudiants disparus d’Ayotzinapa, Éditions de l’IHEAL, 2023, https://doi.org/10.4000/books.iheal.11363.

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    Achard, Margot. Les étudiants disparus d’Ayotzinapa. Éditions de l’IHEAL, 2023, https://doi.org/10.4000/books.iheal.11063.
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