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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral I. L’ALUMINIUM, UN MERVEILLEUX MARCHÉ OÙ LES CONCURRENCES S’AIGUISENT II. LES OBJECTIFS ET LES RÉSULTATS DES REPRÉSENTANTS FRANÇAIS LORS DES GRANDES NÉGOCIATIONS TARIFAIRES III. LES ANTICIPATIONS STRATÉGIQUES DES GROUPES DE L’ALUMINIUM EN EUROPE Notes de bas de page Auteur

    Le rôle des ministères des Finances et de l’Economie dans la construction européenne (1957-1978)

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    La CEE, le TEC, les négociations du GATT et les marchés de l’aluminium en Europe

    Philippe Mioche

    p. 489-506

    Texte intégral I. L’ALUMINIUM, UN MERVEILLEUX MARCHÉ OÙ LES CONCURRENCES S’AIGUISENT II. LES OBJECTIFS ET LES RÉSULTATS DES REPRÉSENTANTS FRANÇAIS LORS DES GRANDES NÉGOCIATIONS TARIFAIRES III. LES ANTICIPATIONS STRATÉGIQUES DES GROUPES DE L’ALUMINIUM EN EUROPE Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’objectif de cette communication est de proposer une évaluation de l’impact des mesures tarifaires de la CEE (tarif intra européen et tarif extérieur commun, Tec par la suite) et du GATT sur l’évolution des marchés et des stratégies des entreprises de production d’aluminium en Europe.

    2Dans cette industrie, la France occupe des positions particulièrement fortes et a donc des intérêts spécifiques parmi les Six. Cette situation n’a pas échappé à la direction des Relations économiques extérieures du ministère des Finances et des affaires économiques qui plaide dans le cadre du Dillon round (1961-1962) et du Kennedy round (1964-1967) en faveur d’une exception tarifaire de l’aluminium.

    3Plutôt que de s’en tenir à une appréciation globale des positions des États membres et de la CEE dans les négociations tarifaires, il s’agit de proposer ici un exemple précis portant sur un produit essentiel. Le croisement des sources provenant des archives des Finances et des entreprises permet d’approcher le degré de concordance de leurs objectifs et apporte une illustration de certains moteurs du processus de la construction européenne. Il apparaît que le seuil du Tec, supportable ou souhaitable, par les entreprises françaises en 1964 est de 9 %. Or il s’établit à 7 % en 1971. Qui a voulu cette évolution ?

    4Simultanément, les étapes de la construction européenne pendant cette période ont participé aux anticipations des stratégies d’entreprise sur le marché européen. Quelques exemples visent à éclairer l’impact des mesures tarifaires. Quelles sont les conséquences de cette évolution ?

    I. L’ALUMINIUM, UN MERVEILLEUX MARCHÉ OÙ LES CONCURRENCES S’AIGUISENT

    5De 1958 à 1971, le marché de l’aluminium reste dominé par la croissance. La production a triplé de 1950 à 1960, elle est multipliée par 2,2 de 1960 à 19701. La règle est celle du doublement tous les dix ans, c’est-à-dire qu’il faut chaque année produire et vendre 8 % de plus pour conserver les parts de marché. Six grands producteurs dominent 54 % de la production mondiale et 69 % de la production hors pays communistes en 1969.

    Tableau 1 Production consolidée des groupes (prorata des participations des filiales)

    Alcoa (USA) = 13,5 %
    Alcan (Canada) = 12,6 %
    Reynolds (USA) = 10,16 %
    Kaiser (USA) = 8,39 %
    Pechiney (France) = 5,26 %
    Alusuisse (Suisse) = 4,22 %

    Source : Messud (G.), De la suite dans les idées, Pechiney 1945-1970, non publié, 1972, 2 volumes : fonds documentaire de l’Institut pour l’histoire de l’aluminium, p. 187 et suiv.

    6La production nord-américaine représente donc 36 % de la production mondiale en 1969. La situation n’a guère changé en 1979 car les six majeurs contrôlent 54 % de la production mondiale hors pays communistes2.

    7La comparaison entre 1957 et 1978, terme du présent colloque, montre cependant une évolution de la part relative des pays producteurs à la différence du classement par entreprises3. Par ailleurs, l’année 1978 marque un tournant car le London Metal Exchange inaugure les opérations à terme et les prix de ce marché dominent les anciens « prix producteurs »4.

    Tableau 2 Les productions d’aluminium primaire : comparaison de la situation en 1957 et en 1978

    1957 (va) 1957(%) 1978 (va) 1978(%)
    Monde 3 397 100 14 769 100
    États-Unis 1 495 44 4 358 29,5
    France 160 4,7 391 2,65
    Allemagne (RFA) 154 4,5 740 4,81
    Italie 66 1,9 271 1,8
    Pays-Bas – – 259 1,7
    Royaume-Uni 30 0,88 346 2,3
    Grèce – – 144 0,98
    CEE (6 et 9) 380 11,19 2 007 13,59
    CEE + Grèce 380 11,19 2 151 14,56

    Source : Grinberg (Ivan), Hachez-Leroy (Florence), Industrialisation et sociétés en Europe occidentale de la fin du XIXe siècle à nos jours. L’Age de l’aluminium, Paris, Armand Colin, 1997. Grinberg (Ivan) et Mioche (Philippe), Aluminium de Grèce, l’usine aux trois rivages, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1996.

    8La production mondiale a été multipliée par 4, la prépondérance du territoire américain recule, passant de 44 % à moins de 30 %. L’Italie et la RFA se maintiennent. La production de la France diminue relativement, celle du Royaume-Uni progresse. Au total, la position des pays du Marché commun se maintient et même elle se renforce avec l’entrée du Royaume-Uni et la prise en compte du nouveau producteur grec, associé à la CEE à partir de 1961. Elle passe de 11 à plus de 14 % de la production mondiale.

    9Il faut préciser que le marché européen est structurellement déficitaire. De 1957 à 1978, la consommation des Six puis des Neuf est toujours supérieure à la production cumulée et ce, de façon croissante, car le déficit est multiplié par dix. Mais la situation varie grandement selon les pays. L’Italie est autosuffisante jusqu’en 1966, légèrement déficitaire ensuite. La France est nettement excédentaire jusqu’en 1973. L’Allemagne fédérale dispose de grands transformateurs, mais ses producteurs sont en permanence dépassés par la demande5. De ce fait, le déficit allemand est constant et croissant. C’est aussi le cas de l’Union économique belgo-luxembourgeoise (UEBL) car elle n’a pas de production, mais une transformation non négligeable6. Il faut placer à part le cas néerlandais qui passe du déficit à la capacité d’exporter après 1968, du fait de la création de Pechiney Nederland. Dans ces conditions de différence de structures entre les Six, les disparités tarifaires en 1957 ne sont pas surprenantes.

    Tableau 3 Évolution des tarifs douaniers sur l’aluminium brut 1957-1971

    Image

    Source : Messud (G.), De la suite dans les idées, Pechiney 1945-1970, non publié, 1972, 2 volumes : fonds documentaire de l’Institut pour l’histoire de l’aluminium. Otte (Henning), VAW versus Pechiney : les premiers producteurs d’aluminium en France et en Alle magne dans l’âge d’or de l’industrie de l’aluminium (1945-1970), Maîtrise d’histoire contempo raine, Université de Provence, 1998.

    10En 1957, les Six comptent deux camps : les pays protégés, France et Italie, et les pays offerts ou exposés. Le tarif allemand, qui semble élevé, ne doit pas faire illusion car il comporte de nombreuses exceptions et dispositions qui ramènent la protection réelle nettement en deçà des 12 %. Cependant, c’est bien les 12 % qui sont pris en compte pour le calcul du Tec fondé sur la moyenne arithmétique des droits préexistants. Le Tec atteint 9 % en 1968 puis 7 % en 1971. Le premier chiffre est le résultat du Dillon round, le second, celui du Kennedy round. Le tarif intra-CEE s’établit à 0 en 1968. Chacun sait que c’est là un grand succès de la construction européenne. On observe que le marché du Benelux qui n’était pas protégé en 1957, l’est ensuite à l’égard des pays tiers et que le marché allemand, qui avait une protection théorique de 12 %, se retrouve avec une protection effective de 9, puis de 7 % à l’égard des pays tiers.

    11En quoi ces évolutions tarifaires ont-elles contribué à modifier les flux commerciaux ? Faute de proposer une réponse multilatérale globale, nous présentons l’exemple français.

    Tableau 4 Évolution des échanges d’aluminium primaire de la France 1957-1978 (% des quantités)

    Exportation
    1957
    Importation
    1957
    Exportation
    1977
    Importation
    1977
    uebl 38 % 0 9,28 % 0,1 %
    Pays-Bas 0 0 0,4 % 10,32 %
    rfa 1,2 % 5,46 % 16,51 % 11 %
    Italie 0 0 22 % 0,8 %
    Royaume-Uni 0 0 3 % 1,14 %
    Danemark 0 0 0,8 % 0,1 %
    Grèce 0 0 0 8,26 %
    cee 39,12 % 5,46 % 52 % 23,64 %
    États-Unis 1,2 % 7 % 0 8,64 %
    Total 100 % 100 % 100 % 100 %

    Source : Tableau du commerce extérieur de la France 1957 et 1977.

    12Aux exportations, l’UEBL est en 1957 la première destination, suivie du Brésil et de l’Argentine ; aux importations la principale provenance est le Cameroun où Pechiney a construit l’usine d’Edéa, suivi par la Norvège. La future CEE représente 39 % des exportations et environ 5 % des importations.

    13En 1977, le marché de la CEE représente 52 % des exportations et près de 24 % des importations. L’UEBL a nettement diminué dans les exportations françaises car c’est à présent l’usine Pechiney de PNL Nerderland qui alimente le marché de l’UEBL et en particulier son transformateur Sidal.

    14Pour l’aluminium, comme pour la plupart des produits d’exportation, le marché communautaire est devenu prépondérant. Du fait des stratégies d’implantation de Pechiney, les exportations françaises croissent surtout sur les marchés allemand et italien. Dans le premier cas, le tarif extérieur commun a rendu les exportations françaises compétitives sur ce marché peu protégé auparavant. Inversement, sur le marché italien fortement protégé, le désarmement douanier intra CEE a ouvert la porte de l’Italie à l’aluminium fabriqué en France. Le poids de la Grèce dans les importations françaises s’explique par la création par Pechiney et quelques partenaires d’Aluminium de Grèce qui exporte une partie de sa production en France.

    15Il semble donc, en première analyse, que les intérêts nationaux – en tout cas les intérêts français – ont été bien défendus au cours des négociations tarifaires. À l’examen, la réalité est plus complexe.

    II. LES OBJECTIFS ET LES RÉSULTATS DES REPRÉSENTANTS FRANÇAIS LORS DES GRANDES NÉGOCIATIONS TARIFAIRES

    16La période est marquée par trois grandes négociations tarifaires. La première est intercommunautaire et repose sur le double calendrier de mise en place du Marché commun avec le désarmement douanier inter-CEE et la définition du Tec. Le désarmement douanier à raison de 10 % l’an est entrepris à partir du 1er janvier 1959, et à l’issue de l’accélération de 1960, il est achevé le 1er juillet 1968. Simultanément, l’évolution vers le Tec est entreprise : les pays les moins protégés comme ceux du Benelux créent ou augmentent leurs tarifs à l’égard des pays tiers, les pays les plus protégés comme l’Italie et la France diminuent les leurs et le tarif extérieur devient commun en 1968.

    17Les annexes du traité de Rome comportent une liste de A à G des produits soumis à disposition tarifaires. La ligne de nomenclature 76 01 (aluminium brut, déchets et débris d’aluminium) est dans la liste G, correspondant aux positions tarifaires pour lesquelles « les droits du tarif douanier commun doivent faire l’objet d’une négociation entre les États membres »7. L’aluminium y figure parmi d’autres produits divers, y compris les non-ferreux, mais le métal blanc est l’élément de cette liste qui pèse le plus lourd pour l’économie française.

    18En 1957-1958, les perspectives ouvertes par le Marché commun suscitent confiance et espoir chez Pechiney : « L’économie belge est actuellement peu « protégée » par des tarifs douaniers. Si bien que, du fait du rejet au pourtour des six pays d’un tarif moyen (ou grossièrement tel), les importations en provenance des pays tiers vont se heurter à une imposition qu’elles ne rencontraient pas jusqu’à présent »8.

    19« Pour la quasi-totalité de nos produits, nous avons des prix de revient compétitifs avec ceux de nos confrères allemands et italiens. Comme nous allons être protégés pendant quelques années encore par un droit de douane non négligeable, nous ne devons pas avoir d’inquiétudes pour nos ventes sur le marché intérieur. De plus, nous avons pour les produits les plus importants des ententes avec nos confrères allemands et italiens visant à sauvegarder chaque marché intérieur. Pour les produits pour lesquels ces ententes n’existent pas, nous sommes déjà exportateurs dans les pays du Marché commun et notre position d’exportateurs devrait être renforcée du fait de l’abaissement de 10 % du tarif douanier. Par ailleurs la récente dévaluation renforce singulièrement notre position à la fois sur le marché intérieur et sur celui des autres membres de la Communauté »9. Ces documents permettent en outre de nuancer sérieusement la thèse, maintes fois affirmée, d’un malthusianisme généralisé du patronat français à l’égard du Marché commun.

    20Après les négociations de Genève (1955-1956), Douglas Dillon, sous-secrétaire d’État aux affaires économiques, demande en novembre 1958 l’ouverture d’un nouveau round du GATT. En 1960, la CEE se présente au GATT comme une union douanière et donc une partie contractante au nom des Six. Mais pour être acceptée comme telle, la CEE doit prouver (article XXIV) qu’elle n’est pas protectionniste, c’est-à-dire que les droits qu’elle applique ne sont pas plus restrictifs que ceux utilisés auparavant par les États membres. De septembre 1960 à mai 1961, la CEE tente de faire accepter le Tec et d’autre part, la PAC (Politique agricole commune) par le GATT. Concernant le Tec, la France et l’Italie les deux pays les plus protégés peuvent compter sur le soutien des représentants de la Commission pour qui c’est la première négociation multilatérale, et doivent prendre en compte les réticences du Benelux et de l’Allemagne. Le principe de la moyenne arithmétique des droits antérieurs peut avoir des effets contradictoires. Ainsi, le droit du Benelux sur la vaisselle était de 16 %, celui de l’Italie de 31 %, la moyenne s’établit à 24 %, mais comme le Benelux représente 31,3 % des importations du Marché commun et l’Italie seulement 14,2 %, les pays tiers sont deux fois plus nombreux à souffrir de la hausse du Benelux que ceux qui bénéficient de la baisse de l’Italie10. Pour autant, la « méthode des bilans » qui permet d’appliquer la moyenne arithmétique est juridiquement conforme aux accords du GATT, ce qui place les partisans du Tec en position confortable :

    « La Commission estimait, en se basant sur le texte du GATT, qu’elle avait rempli ses obligations en remplaçant les consolidations des tarifs de ses membres par une consolidation du Tec égale à la moyenne arithmétique des dites consolidations nationales. Si le droit du Tec était supérieur à la moyenne, la CEE reconnaissait l’existence d’un crédit en faveur du pays avec lequel elle négociait ; si au contraire, le Tec était inférieur à la moyenne, c’était pour elle que la CEE revendiquait un crédit. Elle avait repris tous ces calculs dans un « bilan ». Dans l’ensemble, les « bilans » étaient positifs, c’est-à-dire que la CEE estimait ne rien devoir aux autres membres du GATT »11.

    21Les Britanniques et l’AELE sont les principaux adversaires de cette méthode :

    « La thèse britannique, elle, consistait en une appréciation qualitative du commerce par pays et par variétés de produits. À la moyenne arithmétique, elle opposait l’intérêt commercial variable que présentait chacun des marchés composant la CEE. Précisément, exposait la délégation britannique, les marchés où nous avions les meilleurs débouchés, à savoir l’Allemagne et le Benelux, sont ceux dont la muraille douanière va s’élever par suite du traité de Rome. Cette perte pour le commerce britannique, ne sera pas compensée par la réduction des tarifs de la France et de l’Italie qui sont de moins bons clients. À la méthode des bilans globaux, les Anglais reprochaient de ne pas s’adapter à la réalité commerciale ; ils demandaient, à la place, des compensations dans la même famille de produits ou la réduction du Tec, aucune compensation globale ne leur paraissant adéquate. Enfin, ils ne voulaient pas admettre que, pour le calcul des compensations entre les tarifs des Six la CEE prît les droits légaux, et demandaient, toujours dans un souci de réalisme, l’emploi, dans les calculs, des droits effectivement appliqués souvent très inférieurs aux droits légaux »12.

    22Le cas de l’aluminium illustre parfaitement cette discussion. La mise en place du Tec fait baisser les droits en France et en Italie, mais ces pays n’importent pas d’aluminium anglais. Simultanément, le Tec fait augmenter la protection du Benelux qui importait du Royaume-Uni. De plus, le niveau du Tec est calculé en prenant en compte les droits légaux allemands alors que dans les faits, les importations d’aluminium brut ne sont pas protégées en RFA.

    23Pendant le Dillon round, la direction des Relations économiques extérieures (DREE) est en phase avec les objectifs de la Commission qui sont aussi ceux des industriels français, c’est-à-dire l’évolution progressive vers un Tec situé entre 9 et 10 %.

    24Les choses changent lors de la préparation du Kennedy round au cours de l’été 196313. Ces négociations sont marquées par une agressivité commerciale croissante des Américains. Dans le cadre du « grand dessein », il s’agit de créer une zone atlantique de libre-échange. L’objectif majeur des Américains est l’ouverture des marchés européens à leurs productions agricoles. Mais l’objectif vaut aussi pour un produit comme l’aluminium car le potentiel d’exportation du métal américain est fortement augmenté du fait de la diminution des stocks stratégiques aux États-Unis14. La discussion passe par différentes phases ponctuées par des menaces explicites des représentants américains. « Ou bien le gouvernement français accepterait d’ouvrir à très brefs délais les négociations, ou bien le gouvernement américain annoncerait au gouvernement français les mesures de rétorsion qu’il avait l’intention de prendre (en particulier les taxes draconiennes sur les vins et les alcools français). »15

    25Concernant les produits industriels, il est déterminant d’apprécier le seuil en deçà duquel la protection perd son efficacité. Ce seuil est évidemment variable selon les produits, leur valeur ajoutée et leur prix de vente. Pour des produits à faible valeur ajoutée et à bas prix de vente, une protection même très limitée peut influencer les marchés. Concernant l’ensemble des produits manufacturés, la direction des Relations économiques extérieures, qui s’exprime ici par la plume de Bernard Clappier, fixe très clairement le seuil ultime de cette négociation à 10 % en juillet 1963 : « De l’avis général des professionnels et des experts, les droits de douanes sur les produits manufacturés inférieurs à 10 % devraient être considérés comme n’ayant pas d’effet protecteur. Il faut en déduire qu’une diminution de 50 % supprimerait en pratique la protection moyenne dont bénéficie l’industrie française par rapport aux productions américaines »16. Comme en écho à cette affirmation, un des dirigeants de Pechiney, Jacques Marchandise, indique en mars 1964 qu’il est pour le maintien du Tec à 9 % et il précise : « Un tarif de cette nature ne constitue nullement un obstacle aux exportations américaines qui d’ailleurs se développent régulièrement, mais il oppose une barrière raisonnable aux tentatives de dumping et, plus généralement, aux manœuvres illicites tendant au contrôle du marché »17. On n’épiloguera pas ici sur la condamnation des ententes illicites dans une industrie marquée par une forte tradition d’entente, le document cité est une conférence de presse18. Pour les industriels français, le seuil de 9 % est celui par lequel passaient leurs espoirs au moment de la constitution du Marché commun.

    26Mais la confiance cède le pas à l’inquiétude. Ils craignent désormais que les dispositions agricoles ne soient adoptées au détriment des industries. En interne, J. Marchandise considère que si Maurice Couve de Murville (ministre des Affaires étrangères) défend les positions françaises, Valéry Giscard d’Estaing (ministre des Finances et des Affaires économiques) est lui « absent » de Bruxelles. Il affirme que les Allemands sont « totalement entre les mains des Américains », la Belgique fait de « l’anti-gaullisme systématique », les Hollandais veulent la libre circulation des matières premières en particulier depuis la découverte du gaz, les Italiens sont « inexistants ». Paradoxalement, seul le président de la Commission européenne trouve grâce à ses yeux. « La Commission Hallstein est pratiquement le point de résistance efficace dans les négociations et ses fonctionnaires sont plus confiants que les fonctionnaires français... »19 Selon l’industriel, la Commission est « très consciente » de la gravité de la négociation Kennedy. « En ce qui concerne l’aluminium, sa conviction n’est pas encore faite. Si certains des membres de la Commission sont partisans de l’inscription de l’aluminium sur la liste négative, d’autres au contraire croient que l’aluminium européen est capable de se défendre, même avec un droit de douane très faible. »20

    27Le dernier espoir des producteurs français d’aluminium cède en novembre 1964 quand la Commission prend position en faveur du Tec à 7 %.

    28À l’issue de ces négociations, l’unité de vue des États membres pendant le Kennedy round semble bien être un mythe. Contrairement à ce que suggèrent certains travaux, la Commission n’a pas choisi de façon unie la libéralisation des échanges internationaux, elle a subi dans la désunion les pressions américaines21. Le bilan des négociations s’inscrit dans l’histoire générale de la construction européenne marquée par les péripéties et les tensions au début des années soixante22. On n’imagine pas Walter Hallstein, même très attaché au principe du Tec23, se battre en novembre 1964 pour des positions qui ne sont plus soutenues que par les représentants du gouvernement français. Le Tec à 7 % apparaît comme une défaite pour l’industrie française. Pour autant, les perspectives créées par le Marché commun et sa mise en œuvre provoquent un véritable chassé-croisé des structures industrielles de l’aluminium. Et les conséquences finales sont contradictoires, loin d’être marquées par le sceau de l’échec.

    III. LES ANTICIPATIONS STRATÉGIQUES DES GROUPES DE L’ALUMINIUM EN EUROPE

    29L’influence indirecte de la construction européenne et de ses conséquences tarifaires sur la stratégie des groupes d’aluminium entre 1957 et 1971 est loin d’être négligeable et nous souhaitons en donner quatre exemples.

    30Créée en 1894, la British Aluminium Company était un des fleurons de l’industrie européenne de l’aluminium jusqu’à la première guerre mondiale24. Son déclin est net ensuite en dépit des investissements réalisés en Norvège. BACo produisait 20 % de la production mondiale en 1914 et seulement 5 % en 1940. Pendant l’entre-deux-guerres, le Canadien Alcan s’est implanté au Royaume-Uni et il devient même fournisseur du gouvernement. Après la guerre de Corée, les Nord Américains cherchent à se développer sur les marchés européens et les producteurs du continent réalisent de nouveaux investissements. BACo reste à l’écart25. Depuis 1952, BACo est dirigée par l’ancien chef d’état-major de la RAF, un militaire prestigieux sans expérience industrielle. Au printemps 1958, Reynolds Metals Cy, allié à un transformateur anglais, Tubes investment Ltd, commence à acheter les actions BACo, à l’automne, il détient 10 %. Les dirigeants de BACo cherchent l’alliance avec Alcoa pour contrer Reynolds et « garder le caractère britannique » (sic) de l’entreprise. L’un d’entre eux déclare : « qu’il avait sous-estimé le fait qu’il existait dans chaque entreprise cotée une cinquième colonne : les actionnaires ». En janvier 1959, Reynolds détient 80 % de BACo. Assez rapidement, Reynolds considère qu’il a payé BACo trop cher et ne réalise pas d’investissement dans sa filiale britannique.

    31En 1967, la conjonction de la politique industrielle impulsée par le travailliste Harold Wilson et la perspective d’entrée du Royaume-Uni dans un marché commun où le Tec sur l’aluminium serait de 9 % incite les investisseurs nord-américains à prendre de nouvelles initiatives. Alcan, Rio Tinto Zinc Company et BACo/Reynolds construisent trois usines d’électrolyse en Écosse et au Pays de Galles. Il s’agit explicitement d’être présent dans la « forteresse Europe », tout en bénéficiant du soutien gouvernemental au développement régional26.

    32Tant en 1958-1959, lors de l’achat de BACo par Reynolds, qu’en 1967 lors de la vague d’investissements, les stratégies des entreprises nord-américaines reposent pour partie sur des anticipations à l’égard de la politique tarifaire du Marché commun. Au total, la présence nord-américaine qui était très faible avant 1950 (sauf Alcan au Royaume-Uni) s’est considérablement élargie en 1967.

    Tableau 5 Les concurrents de Pechiney en Europe

    Image

    Tableau synoptique de la concurrence étrangère dans le secteur aluminium en Europe

    Source : in Cailluet (Ludovic), Stratégies, structures d’organisation et pratiques de gestion de Pechiney des années 1880 à 1971, Thèse de l’Université de Lyon III, 1995, p. 603.

    33La création d’Aluminium de Grèce relève aussi de l’histoire du Marché commun27. Les discussions entre la Grèce et Pechiney pour une usine d’aluminium et les négociations pour l’adhésion de la Grèce à la Communauté économique européenne sont concomitantes. Le 8 juin 1959, Théodore Christidis, représentant de la Grèce auprès de la CEE, demande au nom de son gouvernement l’association de son pays à la Communauté au titre de l’article 238 du traité de Rome28. Isolée géographiquement, la Grèce tient avant tout à ne pas être laissée à l’écart de la construction économique de l’Europe. Elle n’est pas invitée aux négociations préparatoires de l’AELE. Les négociations, conduites du côté grec par M. Protopapadakis, ministre de la Coordination, durent deux ans. Elles aboutissent le 9 juillet 1961 à la signature du traité d’Athènes qui entre en vigueur en novembre 196229. Bien plus qu’un simple accord commercial, il s’agit d’un accord douanier30. L’aboutissement de la négociation était vivement souhaité par la Commission. « Si les milieux communautaires ne manquaient pas de souligner unanimement l’importance politique de l’association de la Grèce au Marché commun, certains commentateurs ont vu dans ce projet une réplique au dessein qui élaborait une zone de libre-échange sélectionnant parmi les membres de l’ancienne OECE les pays riches »31. Le 15 décembre 1959, le ministre grec de l’Industrie, N. Martis, se rend au siège de Pechiney à Paris. Il vient exposer aux dirigeants de la Compagnie son souhait de voir s’implanter une usine d’alumine et d’aluminium pour mettre en valeur d’importantes ressources en énergie et en bauxite. Le complexe de Saint Nicolas démarre en 1966.

    34L’association de la Grèce et ses conséquences tarifaires comptent parmi les motifs de cet investissement. Lors de l’inauguration de l’usine, le secrétaire d’État français au Commerce extérieur, souligne ce lien : « L’outil de production, qui a été ainsi réalisé, aura un intérêt certain pour la Communauté, à laquelle la Grèce est associée, puisqu’il permettra de contribuer notablement à l’approvisionnement du Marché commun en aluminium »32. Du côté de Pechiney, l’argument européen est aussi développé à usage des pouvoirs publics : « C’est la perspective de l’association de la Grèce au Marché commun que les producteurs français d’aluminium ont été amenés à considérer comme le fait déterminant dans leur décision compte tenu du potentiel que représente ce pays dans le domaine du métal léger »33. Quant au Premier ministre grec, Constantin Karamanlis, il est très sensible à cet aspect selon la diplomatie française : « Il est certain que la question de l’association de la Grèce au Marché commun est actuellement au centre de toutes les préoccupations du gouvernement Karamanlis. [...] »34.

    35Au total, la Grèce ainsi que la Turquie, État associé en 1963, bénéficient, comme les pays signataires de la convention de Lomé d’une exemption complète des protections sur les marchés de la CEE. Ainsi, l’alumine et l’aluminium fabriqués par ADG, entrent en franchise dans la CEE dès le démarrage de l’usine. L’accord d’association à des conséquences plus importantes pour les importations en Grèce. En 1962, les droits d’entrée sont de 0,36 dollar la tonne d’aluminium brut pour les pays de la CEE. La réduction tarifaire par tranches de 10 % conduit à un droit zéro en 197435. Par contre, l’aluminium brut importé des pays tiers verra son tarif passer de 0,74 % ad valorem en 1962 à 9 % en 1974. Autrement dit l’aluminium britannique jusqu’en 197736 et l’aluminium américain bien au delà sont lourdement handicapés sur le marché grec. C’est là un des éléments qui ont contribué à faire du marché grec une chasse gardée pour ADG.

    36Le troisième exemple est celui de la Hollande. En 1958, Pechiney vend à Alcoa/Alcan sa participation norvégienne dans Det Norske Nitridakie-selskap (DNN) (33 % des parts). Le principal client de DNN était la Belgique où le Tec devait passer de 0 à 9 %37. Ce retrait norvégien précède par ailleurs la prise d’intérêts dans Howe sound aux États-Unis (1962)38. À ce moment, Pechiney désire construire une nouvelle usine en Europe du Nord pour alimenter le marché allemand « qui représente à lui seul, près de la moitié du Marché commun tout entier »39, ainsi que l’entreprise de transformation belge Sidal40 et la grande unité de transformation de Rhénalu dont l’usine de Neuf-Brisach a démarré en 196641. De plus, Pechiney craint une alliance Alcan/VAW.

    37Dès 1962, Pechiney a présenté en vain un projet au gouvernement hollandais, mais celui-ci a préféré une alliance Hoogovens/Alusuisse. En 1967, 1968 la conjoncture est excellente, les prix montent, les prévisions de croissance du marché sont estimées à 25 %. La concurrence va être vive, surtout avec les Norvégiens. « Pour résister, l’espoir est implicitement placé dans le Tec »42. L’implantation à Flessingue bénéficie du démarrage de la production d’électricité nucléaire aux Pays-Bas (Provinciale Zeeuwse Electricitteis Maarschappij, société anonyme appartenant à des collectivités) et du soutien du gouvernement hollandais. L’usine dispose d’une capacité de 166 000 tonnes par an et la production commence en 1972. Au contraire des affaires de Grèce et d’Espagne qui constituent des secteurs géographiques particuliers dans l’organigramme du groupe, PNL est rattachée à la division « Aluminium », au même titre que les usines françaises, ce fait « témoigne de l’unité du marché commun aux yeux de la Compagnie »43.

    38L’intensification de la concurrence suscitée par le Marché commun concerne aussi le marché français. Ainsi Tréfimétaux, le grand transformateur français, annonce en juin 1965 qu’il est en passe de conclure un accord avec Kaiser Aluminium. Cet accord lui fournirait du métal brut fabriqué dans l’île de Curaçao, dans les Antilles hollandaises. « L’ouverture des frontières douanières, qui résulte du traité de Rome et des mesures diverses de libération des échanges et qui sera peut-être accentuée à la suite des négociations de Genève, souvent appelées le “Kennedy round”, nous soumet auprès de nos clients à une concurrence qui s’accroît. Elle nous oblige à faire jouer également la concurrence auprès de nos fournisseurs, sous peine de voir s’amenuiser notre marge de transformation. »44 II ajoute : « Nous nous attachons à expliquer à l’Administration que l’opération Curaçao, bien loin de nuire à l’industrie de notre pays, serait au contraire de nature à la renforcer en lui assurant dans un pays ayant accès au Marché commun une nouvelle source de métal dont la production en France ne peut être largement accrue faute de moyens énergétiques à bon marché ». Cette menace conduit les pouvoirs publics alliés à Pechiney à promouvoir la fusion Pechiney Tréfimétaux qui est effective en juin 1967. La stratégie d’intégration de la transformation est la réponse de Pechiney aux « nouvelles normes imposées par le Marché commun » et la pression des firmes étrangères45.

    39Il ne semble donc pas exagéré d’affirmer que les dispositions tarifaires, Tec et GATT, ont été des éléments constituants de la stratégie des groupes de l’aluminium sur les marchés européens. Devant l’assemblée générale des actionnaires de Pechiney, le président Raoul de Vitry a déclaré le 27 mai 1963 : « Nous avons de nouveau augmenté notre production d’aluminium. L’industrie de l’aluminium est l’une des industries européennes de l’avenir, et notre Compagnie, principal producteur européen, doit trouver dans cet avenir de très intéressantes perspectives. Ces possibilités mêmes offertes par le Marché commun attirent bien entendu les producteurs extérieurs [...]. Mais pour fondamental qu’il soit, le Marché commun ne constitue qu’un aspect de la tendance générale à l’internationalisation des activités économiques. Il nous appartient, non seulement de concourir à l’expansion qui se développe dans le cadre européen, mais aussi de ne pas demeurer à l’écart de ce mouvement de coopération internationale... »46. Pechiney entend se battre en particulier sur deux fronts : en Europe « considérée désormais par les firmes françaises comme un marché domestique » et aux États-Unis47. Les dispositions prises par les uns et par les autres en vue d’un Tec à 10 % sont devenues en partie caduques quand la protection européenne s’établit à 7 %. Mais les décisions d’investissements ou d’acquisition sont prises et les usines restent quand les tarifs changent.

    *
    * *

    40Dans l’ensemble de ces négociations, il convient de souligner combien la tâche de la DREE a été difficile. Ses représentants sont pris en tenaille entre la Commission et la politique européenne du général de Gaulle. Il faut dire que les objectifs poursuivis sont disparates, sinon contradictoires : préserver les industries clés pour la France et donc maintenir un Tec fort, mais aussi moderniser l’économie française en faisant le Marché commun. Réaliser la PAC et participer au Kennedy round. Il est intéressant de constater que B. Clappier, acteur majeur de ces négociations tarifaires, préside en janvier 1965 le groupe de travail sur les industries exposées dans le cadre du Commissariat général du Plan. Tout se passe comme s’il était chargé de reconstruire ce qu’il avait été contraint de défaire. La grande politique industrielle de Georges Pompidou apparaît ici comme le contrepoint du Kennedy round dont les concessions ont été in fine le prix à payer pour obtenir la PAC.

    41Mais le paradoxe est que le tout a été un facteur de dynamisme pour le groupe Pechiney et accessoirement pour les groupes américains implantés en Europe. La perspective d’un Tec fort les a mis en mouvement ; la réalité d’un Tec faible les a plongés dans une mondialisation précoce.

    Notes de bas de page

    1 Messud (G.), De la suite dans les idées, Pechiney 1945-1970, non publié, 1972, 2 volumes – source : fonds documentaire de l’Institut pour l’histoire de l’aluminium, p. 187 et suiv.

    2 United nations, Centre of Transnational Corporations, Transnational corporations in the bauxite/aluminium industry, New York, United nations, 1981.

    3 Toutes les données présentées portent sur la production et les échanges d’aluminium primaire non alliée et non pas sur les produits alliés et transformés. L’étude de l’aluminium brut reste pertinente jusqu’au premier choc pétrolier, ensuite le rôle de l’aluminium secondaire (de seconde fusion) est croissant car il est beaucoup moins coûteux en énergie.
    Dourille (Évelyne), « Sidérurgie et aluminium : la crise et son issue », in Industrie mondiale la compétitivité à tout prix, M. Fouquin (dir.), Paris, CEPII, Economica, 1986, p. 171-246.

    4 Roume (Jean), « Le London Metal Exchange gagne son bras de fer contre les grands producteurs », Usine nouvelle, 29 avril 1984.

    5 Otte (Henning), VAW versus Pechiney : les premiers producteurs d’aluminium en France et en Allemagne dans l’âge d’or de l’industrie de l’aluminium (1945-1970), Maîtrise d’histoire contemporaine, Université de Provence, 1998.

    6 Fonteyne (André), Historique de la Société Industrielle de l’ Aluminium (SIDAL) de 1945 à 1971, Mémoire de Licence, Université Libre de Bruxelles, 1996.

    7 Traités instituant les communautés européennes, Luxembourg, Office des publications officielles, 1973, p. 388.

    8 « Marché commun », note G. Le Noan à P. Jouven, le 22 novembre 1957, SCA Pechiney 001/9/19183.

    9 Note de M. Le Noan, « Marché commun et zone de libre échange », le 7 janvier 1959, SCA Pechiney 001/9/19183.

    10 Costa (Laurence), Les négociations commerciales multilatérales du GATT, Dillon round et Kennedy round (1960-1967), d’après une études des archives du Ministère des Finances et des Affaires économiques, Maîtrise de l’Université de Provence, 1998.

    11 DREE, note de juillet 1962, in Costa, op. cit. p. 7.

    12 DREE, note de juillet 1962, in Costa, op. cit, p. 10.

    13 Le Trade Expansion Act du 28 juin 1962 lance le Kennedy round, l’objectif est de réduire les droits de 50 à 100 %, une première négociation a lieu du 16 au 21 mai 1963 et elle prépare le Kennedy round de mai 1964 à juin 1967.

    14 Cailluet, op. cit, p. 601, La politique de stock pile a été engagée en 1939. En principe, une année de production devait être stockée.

    15 DREE, note de Balensi du 30 janvier 1963, entretien avec le secrétaire exécutif du GATT, M. Wydham White.

    16 DREE, note de Clappier au ministre, le 15 juillet 1963, in Costa, op. cit, p. 64.

    17 Conférence de presse de J. Marchandise, le 20 mars 1964.

    18 Sur les ententes, cf. Hachez-Leroy (Florence), L’Aluminium français. L’invention d’un marché. 1911-1983, Paris, CNRS Éditions, 1999.

    19 Note « Négociations Kennedy », J. Marchandise, le 7 décembre 1963. SCA Pechiney 001/ 5/49172.

    20 Note : « Négociations tarifaires avec les États-Unis », le 14 janvier 1964, SCA Pechiney 001/5/49172.

    21 Gerbet (Pierre), La construction de l’Europe, Paris, Imprimerie Nationale, 2e édition 1994, p. 269. « Malgré la divergence des intérêts économiques, malgré la crise constitutionnelle de 1965, La Communauté économique européenne s’est comporté comme une entité unique. Elle a parlé d’une seule voix, celle du représentant de la Commission, Jean Rey, qui négociait au nom des Six ».

    22 Vaïsse (Maurice), La grandeur. Politique étrangère du général de Gaulle. 1958-1969, Paris, Fayard, 1998. En particulier le lumineux chapitre 12.

    23 « Nous n’avons pas de drapeau, pas de langue commune, pas d’emblème commun, rien pour établir notre identité, si ce n’est notre tarif extérieur commun ». Cité par Taber (Georges), J.F Kennedy and a Uniting Europe, Collège de Bruges, 1969, p. 69.

    24 Cailluet (Ludovic), « British Aluminium Company Ltd : Échecs de gestion ou “fatalité économique ?”, Actes des journées de l’association française de l’histoire de la comptabilité », mars 1999, à paraître. Manuscrit très aimablement communiqué par l’auteur que je remercie ici.

    25 Sauf en 1955-1956 où il construit une électrolyse au Québec. Si l’appartenance au Commonwealth est un avantage, la fiscalité canadienne est lourde et la décision de BACo « intervient sans doute trop tard ». Par ailleurs, BACo prend d’importants engagements miniers an Australie ce qui l’affaiblit fincancièrement. Cailluet, op. cit.

    26 L’usine d’Invergordon de BACo aura des difficultés d’approvisionnement en énergie et sera fermée en 1981.

    27 Grinberg (Ivan), Mioche (Philippe), Aluminium de Grèce, l’usine aux trois rivages, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1996.

    28 Lettre de Th. Christidis au président de la Commission de la CEE, le 8 juin 1959. Archives historiques de la Commission : documents sur l’association de la Grèce, préparation du traité d’Athènes. CEAB 5 n° 913.

    29 Rapport sur l’Association de la Grèce à la Communauté, le 26 janvier 1961. Archives historiques de la Commission : documents sur l’association de la Grèce, préparation du traité d’Athènes. CEAB 5 n° 910.

    30 Tsoukalis (Loukas), edited by, Greece and the European Community, Oxford, 1979. Zolotas (Xénophon), La Grèce dans la Communauté européenne, Banque de Grèce, essais et conférences, Athènes, 1976.

    31 Historique sommaire, p. 234. Archives historiques de la Commission : documents sur l’association de la Grèce, préparation du traité d’Athènes. CEAB 5 n° 910.

    32 Revue de l’Aluminium, n° 344, p. 842, juillet août 1966, allocution de M. de Chambrun.

    33 P. Jouven au président de la COFACE, le 30 novembre 1960. IND 830446/23.

    34 Télégramme à Athènes, pour L. Terrenoire et J.M. Jeanneney, le 22 septembre 1960. MAE/ Grèce 1956-1960, cote 178, document 232.

    35 Note de M. Mausset sur les taxations douanières de la production d’ADG, le 29 janvier 1965. Archives de Saint Nicolas (Archives d’Aluminium de Grèce).

    36 Suite à l’adhésion britannique de 1973, le terme de la période de transition pour l’harmonisation des droits est 1977.

    37 Messud, op. cit, p. 227.

    38 Rinde (Harald), « Global Mission an National Interest The business partenership of Alcan Aluminium Ltd and the Kingdom of Norway, 1966-1979 », Draft paper to be published.

    39 Pierre Jouven, janvier 1968, in Messud, op. cit p. 254.

    40 Fonteyne (André), Historique de la Société Industrielle de l’Aluminium (SIDAL) de 1945 à 1971, Mémoire de Licence, Université Libre de Bruxelles, 1996.

    41 Elle est reliée à la Hollande par des canaux.

    42 Lesclous (René), Genèse et évolution des sites producteurs d’aluminium. Essai d’interprétation des choix stratégiques de Pechiney et de leur mise en œuvre, 1893-1972, Thèse de doctorat de l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 1996 p. 374.

    43 Messud, op. cit, p. 256.

    44 Allocution de Desbrière, président de Tréfimétaux à l’assemblée générale, le 25 juin 1965, in Messud, op. cit., p. 212.

    45 Cailluet, op. cit. p. 586.

    46 In Messud (Gaston), De la suite dans les idées, Pechiney 1945-1970, non publié, 1972, 2 volumes – fonds documentaire de l’Institut pour l’histoire de l’aluminium, p. 225

    47 Cailluet (Ludovic), Stratégies, structures d’organisation et pratiques de gestion de Pechiney des années 1880 à 1971, Thèse de l’Université de Lyon III, 1995, 592.

    Auteur

    • Philippe Mioche

      Philippe Mioche est professeur à l’Université de Provence. Sa thèse portait sur « L’État et la sidérurgie, 1940-1970 ». Il a publié, entre autres, L’alumine à Gardanne de 1893 à nos jours. Une traversée industrielle en Provence, Presses Universitaires de Grenoble, Grenoble, 1994 ; Aluminium de Grèce, l’usine aux trois rivages, (en collaboration avec Ivan Grinberg), Presses universitaires de Grenoble, Grenoble, 1996 ; De l’idée européenne à l’Europe, XIXe-XXe, Hachette, Les fondamentaux, Paris, 1997.

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    1 Messud (G.), De la suite dans les idées, Pechiney 1945-1970, non publié, 1972, 2 volumes – source : fonds documentaire de l’Institut pour l’histoire de l’aluminium, p. 187 et suiv.

    2 United nations, Centre of Transnational Corporations, Transnational corporations in the bauxite/aluminium industry, New York, United nations, 1981.

    3 Toutes les données présentées portent sur la production et les échanges d’aluminium primaire non alliée et non pas sur les produits alliés et transformés. L’étude de l’aluminium brut reste pertinente jusqu’au premier choc pétrolier, ensuite le rôle de l’aluminium secondaire (de seconde fusion) est croissant car il est beaucoup moins coûteux en énergie.
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    4 Roume (Jean), « Le London Metal Exchange gagne son bras de fer contre les grands producteurs », Usine nouvelle, 29 avril 1984.

    5 Otte (Henning), VAW versus Pechiney : les premiers producteurs d’aluminium en France et en Allemagne dans l’âge d’or de l’industrie de l’aluminium (1945-1970), Maîtrise d’histoire contemporaine, Université de Provence, 1998.

    6 Fonteyne (André), Historique de la Société Industrielle de l’ Aluminium (SIDAL) de 1945 à 1971, Mémoire de Licence, Université Libre de Bruxelles, 1996.

    7 Traités instituant les communautés européennes, Luxembourg, Office des publications officielles, 1973, p. 388.

    8 « Marché commun », note G. Le Noan à P. Jouven, le 22 novembre 1957, SCA Pechiney 001/9/19183.

    9 Note de M. Le Noan, « Marché commun et zone de libre échange », le 7 janvier 1959, SCA Pechiney 001/9/19183.

    10 Costa (Laurence), Les négociations commerciales multilatérales du GATT, Dillon round et Kennedy round (1960-1967), d’après une études des archives du Ministère des Finances et des Affaires économiques, Maîtrise de l’Université de Provence, 1998.

    11 DREE, note de juillet 1962, in Costa, op. cit. p. 7.

    12 DREE, note de juillet 1962, in Costa, op. cit, p. 10.

    13 Le Trade Expansion Act du 28 juin 1962 lance le Kennedy round, l’objectif est de réduire les droits de 50 à 100 %, une première négociation a lieu du 16 au 21 mai 1963 et elle prépare le Kennedy round de mai 1964 à juin 1967.

    14 Cailluet, op. cit, p. 601, La politique de stock pile a été engagée en 1939. En principe, une année de production devait être stockée.

    15 DREE, note de Balensi du 30 janvier 1963, entretien avec le secrétaire exécutif du GATT, M. Wydham White.

    16 DREE, note de Clappier au ministre, le 15 juillet 1963, in Costa, op. cit, p. 64.

    17 Conférence de presse de J. Marchandise, le 20 mars 1964.

    18 Sur les ententes, cf. Hachez-Leroy (Florence), L’Aluminium français. L’invention d’un marché. 1911-1983, Paris, CNRS Éditions, 1999.

    19 Note « Négociations Kennedy », J. Marchandise, le 7 décembre 1963. SCA Pechiney 001/ 5/49172.

    20 Note : « Négociations tarifaires avec les États-Unis », le 14 janvier 1964, SCA Pechiney 001/5/49172.

    21 Gerbet (Pierre), La construction de l’Europe, Paris, Imprimerie Nationale, 2e édition 1994, p. 269. « Malgré la divergence des intérêts économiques, malgré la crise constitutionnelle de 1965, La Communauté économique européenne s’est comporté comme une entité unique. Elle a parlé d’une seule voix, celle du représentant de la Commission, Jean Rey, qui négociait au nom des Six ».

    22 Vaïsse (Maurice), La grandeur. Politique étrangère du général de Gaulle. 1958-1969, Paris, Fayard, 1998. En particulier le lumineux chapitre 12.

    23 « Nous n’avons pas de drapeau, pas de langue commune, pas d’emblème commun, rien pour établir notre identité, si ce n’est notre tarif extérieur commun ». Cité par Taber (Georges), J.F Kennedy and a Uniting Europe, Collège de Bruges, 1969, p. 69.

    24 Cailluet (Ludovic), « British Aluminium Company Ltd : Échecs de gestion ou “fatalité économique ?”, Actes des journées de l’association française de l’histoire de la comptabilité », mars 1999, à paraître. Manuscrit très aimablement communiqué par l’auteur que je remercie ici.

    25 Sauf en 1955-1956 où il construit une électrolyse au Québec. Si l’appartenance au Commonwealth est un avantage, la fiscalité canadienne est lourde et la décision de BACo « intervient sans doute trop tard ». Par ailleurs, BACo prend d’importants engagements miniers an Australie ce qui l’affaiblit fincancièrement. Cailluet, op. cit.

    26 L’usine d’Invergordon de BACo aura des difficultés d’approvisionnement en énergie et sera fermée en 1981.

    27 Grinberg (Ivan), Mioche (Philippe), Aluminium de Grèce, l’usine aux trois rivages, Grenoble, Presses Universitaires de Grenoble, 1996.

    28 Lettre de Th. Christidis au président de la Commission de la CEE, le 8 juin 1959. Archives historiques de la Commission : documents sur l’association de la Grèce, préparation du traité d’Athènes. CEAB 5 n° 913.

    29 Rapport sur l’Association de la Grèce à la Communauté, le 26 janvier 1961. Archives historiques de la Commission : documents sur l’association de la Grèce, préparation du traité d’Athènes. CEAB 5 n° 910.

    30 Tsoukalis (Loukas), edited by, Greece and the European Community, Oxford, 1979. Zolotas (Xénophon), La Grèce dans la Communauté européenne, Banque de Grèce, essais et conférences, Athènes, 1976.

    31 Historique sommaire, p. 234. Archives historiques de la Commission : documents sur l’association de la Grèce, préparation du traité d’Athènes. CEAB 5 n° 910.

    32 Revue de l’Aluminium, n° 344, p. 842, juillet août 1966, allocution de M. de Chambrun.

    33 P. Jouven au président de la COFACE, le 30 novembre 1960. IND 830446/23.

    34 Télégramme à Athènes, pour L. Terrenoire et J.M. Jeanneney, le 22 septembre 1960. MAE/ Grèce 1956-1960, cote 178, document 232.

    35 Note de M. Mausset sur les taxations douanières de la production d’ADG, le 29 janvier 1965. Archives de Saint Nicolas (Archives d’Aluminium de Grèce).

    36 Suite à l’adhésion britannique de 1973, le terme de la période de transition pour l’harmonisation des droits est 1977.

    37 Messud, op. cit, p. 227.

    38 Rinde (Harald), « Global Mission an National Interest The business partenership of Alcan Aluminium Ltd and the Kingdom of Norway, 1966-1979 », Draft paper to be published.

    39 Pierre Jouven, janvier 1968, in Messud, op. cit p. 254.

    40 Fonteyne (André), Historique de la Société Industrielle de l’Aluminium (SIDAL) de 1945 à 1971, Mémoire de Licence, Université Libre de Bruxelles, 1996.

    41 Elle est reliée à la Hollande par des canaux.

    42 Lesclous (René), Genèse et évolution des sites producteurs d’aluminium. Essai d’interprétation des choix stratégiques de Pechiney et de leur mise en œuvre, 1893-1972, Thèse de doctorat de l’École des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 1996 p. 374.

    43 Messud, op. cit, p. 256.

    44 Allocution de Desbrière, président de Tréfimétaux à l’assemblée générale, le 25 juin 1965, in Messud, op. cit., p. 212.

    45 Cailluet, op. cit. p. 586.

    46 In Messud (Gaston), De la suite dans les idées, Pechiney 1945-1970, non publié, 1972, 2 volumes – fonds documentaire de l’Institut pour l’histoire de l’aluminium, p. 225

    47 Cailluet (Ludovic), Stratégies, structures d’organisation et pratiques de gestion de Pechiney des années 1880 à 1971, Thèse de l’Université de Lyon III, 1995, 592.

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    Mioche, P. (2002). La CEE, le TEC, les négociations du GATT et les marchés de l’aluminium en Europe. In R. Girault & R. Poidevin (éds.), Le rôle des ministères des Finances et de l’Economie dans la construction européenne (1957-1978). Vincennes: Institut de la gestion publique et du développement économique. https://doi.org/10.4000/books.igpde.8013
    Mioche, Philippe. « La CEE, le TEC, les négociations du GATT et les marchés de l’aluminium en Europe ». In Le rôle des ministères des Finances et de l’Economie dans la construction européenne (1957-1978), édité par René Girault et Raymond Poidevin. Vincennes: Institut de la gestion publique et du développement économique, 2002. doi:10.4000/books.igpde.8013.
    Mioche, Philippe. « La CEE, le TEC, les négociations du GATT et les marchés de l’aluminium en Europe ». Le rôle des ministères des Finances et de l’Economie dans la construction européenne (1957-1978), édité par René Girault et Raymond Poidevin, Institut de la gestion publique et du développement économique, 2002, https://doi.org/10.4000/books.igpde.8013.

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    Girault, R., & Poidevin, R. (éds.). (2002). Le rôle des ministères des Finances et de l’Economie dans la construction européenne (1957-1978). Vincennes: Institut de la gestion publique et du développement économique, Comité pour l’histoire économique et financière de la France. https://doi.org/10.4000/books.igpde.7698
    Girault, René, et Raymond Poidevin, éd. Le rôle des ministères des Finances et de l’Economie dans la construction européenne (1957-1978). Vincennes: Institut de la gestion publique et du développement économique, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2002. doi:10.4000/books.igpde.7698.
    Girault, René, et Raymond Poidevin, éditeurs. Le rôle des ministères des Finances et de l’Economie dans la construction européenne (1957-1978). Institut de la gestion publique et du développement économique, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2002, https://doi.org/10.4000/books.igpde.7698.
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