L’essor du marché de la soie orientale dans la Rome impériale
p. 283-298
Texte intégral
1Ce n’est sans doute pas une mince affaire que d’appréhender l’essor des nouveaux marchés dans les sociétés anciennes. En effet, dans la plupart des cas, la rareté des témoignages permet de retracer seulement dans l’arc de quelques générations, voire de siècles, le succès de nouveaux produits ou bien leur tombée en désuétude. Dans ce contexte, l’importation de la soie à Rome nous a paru comme l’une des rares exceptions, même si, là encore, les documents de première main sont pratiquement absents. Les reconstructions historiques se fondent en effet, pour la plupart, sur des textes éloignés du domaine économique : récits de voyage, curiosités anecdotiques, compositions littéraires et autres. Ces documents hétérogènes restituent néanmoins un cadre assez cohérent pour saisir l’introduction d’un nouvel objet de commerce et de convoitise dans la société romaine, telle la soie orientale.
2Avant de rentrer in medias res, nous souhaiterions préciser brièvement l’acception que nous donnons ici au terme « marché(s) », associé dans le cadre du présent volume à la notion de nouveauté, donc à une dynamique d’essor et de changement. Il n’est pas question d’aborder dans ce contexte un débat très ouvert pour l’Antiquité, qui porte non seulement sur la définition mais sur l’existence même d’un marché pour les sociétés antiques1. Dans le lexique ancien, le marché est plutôt le nom d’un lieu (agora, forum) qui désigne un espace défini et réglementé au sein de la cité, ou bien situé en bord de mer (emporion) ou encore aux limites du territoire, les marchés de frontière (agorai ephoriai) déjà connus par Démosthène au ive siècle av. J.-C.2. À juste titre, les recherches récentes considèrent l’étude de l’organisation des lieux de commerce et de stockage3 comme un outil de compréhension des dynamiques concrètes des échanges dans l’Antiquité. Toutefois, l’absence du terme n’implique pas inévitablement le manque d’une conception abstraite de la transaction qui est implicite dans les normes qui règlent ces espaces, dont nous retrouvons les traces déjà au début du vie siècle av. J.-C.4. Dans les pages qui suivent, nous allons considérer la notion de « nouveaux marchés » essentiellement comme l’affirmation de « nouveaux produits », qui témoignent de l’existence de réseaux d’échanges et d’espaces de vente : les marchés justement.
3Or c’est souvent dans le domaine des biens de luxe, et notamment des textiles, que l’on peut suivre ces processus, particulièrement visibles à Rome : pendant quatre siècles au moins, entre le milieu du iie siècle av. et la fin du iie siècle apr. J.-C., l’Urbs connaît une véritable explosion de la quantité de richesse disponible et du luxe5, dans une mesure inconnue aux époques antérieures et qui n’a été jamais atteinte par les cités grecques. La soie orientale rentre dans ce contexte.
I. D’où parvient la soie à Rome ?
4En 37 av. J.-C., quelques vers des Géorgiques de Virgile consacrés aux arbres rares et exotiques des pays lointains citent des plantes d’Éthiopie qui portent un « duvet moelleux », et desquelles une population locale, les Sères, ont l’usage de retirer délicatement des feuilles une « fine toison6 ».
5Ces vers attestent, pour la première fois, l’existence d’un peuple lointain et de leurs fins tissus. Dès lors, plusieurs éléments méritent d’être soulignés. Tout d’abord, la production de la matière textile, que Virgile ne nomme pas, est associée à un arbuste : en effet, comme plusieurs Romains de son époque, le poète était persuadé que le fil de soie était le produit d’une espèce d’arbre particulier, une erreur qui va persister longtemps. À l’époque flavienne, dans le livre XII de son Histoire naturelle consacré aux espèces végétales, l’érudit latin Pline mentionne lui aussi les « arbres à laine » des Sères7. Il faudra attendre le iie siècle pour qu’un passage de la Périégèse de Pausanias – sorte de guide de voyage de la Grèce – donne une version relativement correcte de l’origine de ce produit exotique, attribuée cette fois-ci à l’action d’une « petite bête » (zôufion), que – selon Pausanias – les Grecs appellent ser, mais que les Sères nomment différemment8. Certes, déjà au ive siècle avant notre ère, Aristote avait mentionné dans son Historia Animalium un « ver à soie », mais il employait alors le terme bombukia qui semble plutôt être associé à la soie d’origine végétale ; la distinction entre les deux origines, végétale et animale, n’était donc pas encore établie9.
6Mais revenons à Virgile : le poète latin attribue l’origine de la fine matière textile à l’Éthiopie et au savoir-faire des habiles Sères, nommés, sans ultérieures précisions, à côté d’autres peuples exotiques, les Éthiopiens, les Indiens et les Mèdes. En pleine époque augustéenne, d’autres auteurs situent plus explicitement l’emplacement des Sères vers l’Orient, parfois dans un espace extrême. Le poète Stace, à la fin du ier siècle, les cite avec les Indiens et les Arabes, deux peuples orientaux qui procurent à Rome plusieurs biens de luxe. Pour Horace, les Sères, tout comme les Indiens, se trouvent aux confins de l’Orient, Orientis orae10. Quelques décennies après, vers 50-60, Sénèque considère également les Sères comme un peuple « ultimus », qui se trouve donc aux limites du monde connu11. Le poète Martial, qui vécut entre la seconde moitié du ier siècle et le début du iie siècle, les évoque en Asie à côté des Parthes, les redoutables et éternels ennemis des Romains12.
7Qui sont donc ces Sères et où les situer dans la topographie des peuples anciens ? La question, posée au moins à partir du xixe siècle, est débattue dans une très vaste bibliographie13. Si l’on voulait résumer de manière schématique les indications des Anciens et le débat des Modernes, on pourrait affirmer que l’appartenance orientale de ce peuple ne fait pas de doute, mais que leur emplacement varie dans les sources et selon les interprétations. Si certains auteurs modernes n’hésitent guère à les placer dans la Chine actuelle, d’autres préfèrent les situer dans la région de l’Asie centrale correspondant au Tibet et à l’Himalaya, en suivant les indications du géographe alexandrin Ptolémée qui parle de la Sérique comme d’un ensemble de peuples et de villes, entourée de hautes montagnes14. Dans ce cadre, un témoignage ancien est tout particulièrement significatif. Il s’agit d’un passage du Périple de la mer Érythrée, traité en grec probablement rédigé par un marchand actif autour du milieu du ier siècle, qui semble avoir une connaissance directe – ou des informations fiables – sur les lieux, ports et comptoirs disposés sur l’itinéraire reliant Alexandrie à l’extrémité de la mer Rouge et, au-delà, à l’Arabie et à l’Inde15. Or l’auteur du Périple ne cite pas les Sères mais connaît le Serikon, un tissu provenant d’un pays appelé Thina (legomenē Thina) ; ce pays s’identifie à une très grande ville (mégistē), continentale (mesogaios), d’où arrivent les étoffes grèges, les fils et, enfin, les tissus (to Sērikon). Ces tissus sont acheminés vers les ports indiens par deux itinéraires, terrestre et fluvial, puisqu’ils arrivent à Barygaza par la Bactriane et à Limyriké à travers le Gange. L’auteur du périple ajoute que : « Ce n’est pas facile de rejoindre Thina et il est aussi rare que des gens en proviennent16. » Ce témoignage impressionne par sa richesse et ses suggestions, y compris par l’assonance entre le toponyme Thina, connu peut-être à travers le sanscrit, et le mot Ch’in, qui évoque le nom de la dynastie des Qin17.
8Les indices réunis jusqu’ici laissent le champ ouvert à plusieurs hypothèses, qui, malgré les nombreuses contradictions, n’excluent guère la possibilité de contacts avec la Chine. En effet, les incertitudes des auteurs anciens s’expliquent car ce commerce devait impliquer une longue série de passages et d’intermédiaires, et aucun de ces auteurs n’a eu connaissance directe de ces contrées orientales extrêmes. En l’absence de connaissances géographiques concrètes, ces textes confondent en outre les pays producteurs avec les pays de transit des biens, une erreur récurrente qui se manifeste également au sujet des épices et d’autres objets de luxe qui parviennent à Rome de l’Inde, attribués par erreur à la péninsule Arabe ou à l’Afrique18. En considération de tous ces aspects, on pourrait se rallier aux conclusions de Jean-Noël Robert : « Bien d’autres arguments pourraient être avancés pour remettre en cause une identification de la Sérique avec la Chine. Pour autant, il n’existe aucune autre hypothèse qui puisse être défendue avec autant de certitude19. »
9Dès lors, dans notre enquête sur l’essor des nouveaux marchés, deux éléments apparaissent particulièrement significatifs : d’une part, l’affinité évidente entre le mot serica, qui indique la soie en latin, et le mot « Sères » ; d’autre part, l’irruption de ces Sères et de leurs tissus à Rome sous la plume des écrivains de l’époque d’Auguste, ce qui laisse penser à une véritable explosion de la mode des serica dans cette période.
II. Nouveaux goûts, nouvelles demandes
10De manière certaine, on parle beaucoup dans les rues de Rome des Sères et de leurs somptueux tissus. Entre la fin du ier et le début du iie siècle, une satire du poète Juvénal tourne en dérision un type de femme effrontée qui déambule dans l’Urbs, n’hésitant pas à s’introduire dans les cercles des hommes et même des généraux (paludatis ducibus) pour se montrer informée sur tout, y compris sur les affaires des peuples étrangers, tels les Thraces et les Sères20.
11Les Romains admirent la brillance et la finesse du tissu. Horace reproche à un philosophe, Iccius, d’avoir cédé à la séduction des mollesses étrangères et d’accueillir un jeune habitué au luxe de la cour, qui possède des « flèches chinoises » (serica sagittae)21. Quelques générations plus tard, l’un des épigrammes de Martial cite les coussins de soie dans lesquels se vautre un riche parvenu, Zoïlus22. Le même poète ironise sur une prostituée du quartier populaire de la Suburra, Galla, qui ôte tous les soirs ses dents en même temps qu’elle enlève sa robe de soie23. Ces vêtements sont associés à des matières précieuses et exotiques, tels les parfums ; le même Martial imagine le parfum des robes de soie de l’impératrice, sorties des armoires du Palais24.
12Le commerce de la soie s’inscrit dans des lieux significatifs de Rome. La maîtresse de Martial lui demande en cadeau la soie de première qualité du « vicus Tuscus », littéralement la « voie des Étrusques25 ». Cette rue ancienne, située juste derrière le Forum républicain, était sans doute l’une des plus élégantes de Rome, où l’on pouvait trouver les marchandises les plus prisées et exotiques.
13À noter que l’emploi de ces tissus n’est nullement une question de genre. Certes, les femmes sont associées plus volontiers à l’usage de ces vestes, mais l’engouement pour la nouvelle mode n’épargne pas les hommes. Le poète Properce, à l’époque augustéenne, en s’interrogeant sur les pouvoirs redoutables de Vénus qui fait retourner dans son lit de pourpre un jeune homme malheureux, s’interroge ainsi : « Quel soulagement lui apporte la soie aux textures variées26 ? » Mais l’adoption masculine des vêtements en soie est notamment prouvée par un document historique, la loi somptuaire – restée au niveau de projet car rejetée par le Sénat – qui, dans les premières années du principat de Tibère (16 apr. J.-C.), visait, entre autres mesures, à interdire aux hommes l’usage de ces vestes transparentes27.
III. Un produit de luxe en chasse un autre ?
14Il est ainsi probable que dans les premières décennies de l’Empire, entre -20 et 20 environ, les serica, c’est-à-dire les soieries venues probablement de Chine, devancent largement l’usage d’autres soies de provenances diverses28. Un type de soie était en effet connu à partir au moins des dernières décennies du ive siècle av. J.-C., comme le prouve le traité d’Aristote sur l’Histoire des animaux29. Le bombyx sauvage de l’île de Cos, connu aussi en Assyrie, produisait des cocons que l’on ne pouvait pas dérouler ; en les cardant au peigne, on pouvait filer une soie appelée « bombycine30 ». Ce tissu était employé pour façonner des robes, appelées justement les vestes Coae (les « robes de Cos »), très réputées pour leur transparence et leur finesse. Or ces précieux vêtements sont bien connus des auteurs de l’époque d’Auguste. Horace remarque avec une certaine malice que la transparence des robes de Cos exige la perfection des corps qui les portent, car un seul regard suffit à démasquer les défauts31. Et Properce ajoute : « Si je l’avais vue avancer brillante dans un tissu de Cos, j’en tirerai tout un volume du tissu de Cos32. » Au iie siècle, Juvénal parle des jeunes femmes dont la beauté du corps semble même enflammer leurs vestes légères en soie (quarum delicias et panniculus bombycinus urit33).
15Mais entre les dernières décennies du ier siècle av. et le ier siècle apr. J.-C., il y a sans doute eu une explosion du goût pour ces tissus transparents, expressions de raffinement, moyens de séduction et symboles de l’excès. C’est probablement à ce moment que l’on assiste, à côté des tissus déjà connus à l’époque hellénistique – comme ceux de Cos –, à l’introduction d’un nouveau produit, la serica, dénommée par son lieu de provenance – un pays situé, comme on l’a vu, de façon approximative dans un Orient à moitié connu, à moitié inventé et fantasmé. C’est d’ailleurs aussi le moment où l’historien Florus, écrivant autour de 120 apr. J.-C., situe une ambassade en 20 av. J.-C. à l’empereur Auguste de la part de personnes venant de l’Inde et de la Serica, qui auraient employé quatre ans de voyage pour atteindre Rome34.
16On peut se demander si l’Égypte n’a pas joué un rôle fondamental dans ce changement, puisque les ports égyptiens sur la mer Rouge ainsi que le grand port d’Alexandrie ont été les véritables articulations entre l’Orient et l’Occident, à partir au moins de la constitution de la province romaine d’Égypte dans l’année 30 av. J.-C.35. Dans ce contexte, le poète Lucain écrit, quelques générations plus tard (39-65 environ), un passage particulièrement significatif dans lequel il décrit les habits portés par Cléopâtre ; le poète y cite en effet un voile « sidonien », donc teint de pourpre à la mode phénicienne, qui est « transparent, tissé par le peigne des Sères et desserré par une aiguille nilotique36 ». Tous les éléments significatifs sont donc ici présents.
17Au début du principat de Tibère, l’engouement des Romains pour ces tissus était déjà tellement puissant qu’en 16 apr. J.-C., deux magistrats, un consulaire et un ancien édile, proposèrent, parmi les mesures de restrictions du luxe, l’interdiction aux hommes de porter des vêtements en soie, en raison de leur transparence ; l’information vient, comme nous l’avons rappelé plus haut, d’un passage des Annales de Tacite, qui fait état du débat et du rejet de la proposition de loi par les sénateurs37. Ainsi, la demande pour le tissu exotique continua à augmenter, comme le fait comprendre ce vers du poète Stace, de la seconde moitié du ier siècle : « Je me plains que les Sères avares ne dépouillent plus qu’une forêt étroite38. »
IV. Le travail de la soie à Rome
18Comment cette matière exotique jusque-là inconnue a-t-elle été transformée en un produit fini ? Pline décrit ainsi les modifications de la matière pour laquelle les Sères sont célèbres : la laine de leur forêt (sic) est obtenue en arrosant les feuilles pour en détacher le duvet blanc, qui est à son tour travaillé pour en obtenir des robes transparentes39.
19Les soieries étaient probablement importées à Rome sous formes différentes, comme l’affirme l’auteur du Périple de la mer Érythrée40 : tout d’abord comme étoffes, prêtes pour la confection des vêtements, ensuite sous forme de fils, enfin comme soie grège, non encore préparée pour la teinture et le tissage. En effet, comme l’observe Yves Janvier :
« les pièces de soie “sérique” étaient si onéreuses qu’au début on les traitait comme une matière première : on en dissociait les fils (le “parfilage”) pour recomposer des tissus métis, avec trame de soie et chaîne de lin, ou de coton, ou de laine fine, plus légers que l’étoffe de soie pure […] : c’est à ce travail délicat, effectué par des femmes qu’a fait allusion Pline l’Ancien (VI, 54)41. »
20Par conséquent, une filière entière de l’artisanat spécialisé se développe à Rome autour de ces tissus, pour les travailler, les teindre ou bien pour les mélanger à d’autres matières. Ces mélanges de lin et de soie étaient appelés subserica ou transerica : l’usage du lin servait à alléger la soie et la rendait moins chère. Les vêtements entièrement en soie, plus rares, s’appelaient holoserica ; d’après l’Historia Augusta, qui rassemble au iiie siècle les biographies des empereurs, Élagabal, connu pour ses excès, aurait été le premier à porter une holoserica vestis à Rome42. Au tout début du ive siècle, une source très importante sur la manufacture de la soie se trouve dans l’Édit des prix de l’empereur Dioclétien, une liste de plafonds des prix de différents biens et services, publiée en grec et en latin, affichée dans plusieurs villes de l’Empire. Si le caractère imposé de ces estimations (qui d’ailleurs ne furent peut-être jamais pratiquées) ne reflète pas la réalité des prix courants, l’Édit reste un document extrêmement important et représentatif pour l’économie de l’Empire romain tardif. Il est ainsi significatif de constater que cinq chapitres y sont consacrés aux prix de la soie et des activités connexes43. Ces prix sont certes variables mais toujours élevés ; à titre d’exemple, une chemise réalisée entièrement en soie coûte entre 40 000 et 45 000 denarii (deniers), une dalmatica (sorte de tunique) à capuche en laine et soie avec des rayures de pourpre d’une livre coûte 44 000 denarii, mais le prix du même vêtement entièrement en soie avec des rayures de pourpre de deux livres s’élève à 135 000 denarii44. Quant aux tissus, la soie blanche coûte 12 000 denarii par livre, tandis que l’équivalent de soie brute, teintée de pourpre foncé, vaut 150 000 deniers45. Ces écarts entre les prix, parfois très sensibles comme on le constate, sont probablement dus non seulement à la composition du tissu (holosericae ou subsericae vestes), mais aussi à la teinture qui y était ajoutée, notamment la précieuse pourpre, dont on mesure précisément la quantité en onces et en livres. Pour donner une comparaison, dans le même Édit, le prix des bottes varie entre 120 et 75 denarii46. À noter que des oscillations sensibles se retrouvent aussi dans la Chine des Han, dans une période comprise entre 119 av. et 32 apr. J.-C. environ : une trentaine de kilogrammes (shi/dan) de fil de soie valent 8 326 sapèques, une pièce de soie écrue vaut entre 625 et 800 sapèques, les soieries très prisées pouvant attendre jusqu’à 20 000 sapèques la pièce47.
21La confection des vêtements en soie est également soumise à diverses estimations : la rémunération pour la coupe du décolleté et l’ourlet d’une veste en demi-soie est de 30 denarii, alors que l’ourlet pour une chemise dans un tissu ordinaire est payé seulement 4 denarii48 ; un travail de broderie peut-être payé entre 200 et 300 denarii par once selon la qualité du tissu (subserica et holoserica), mais le prix s’élève à 500 denarii par once pour une broderie en or sur un tissu entièrement en soie49. On pourrait se demander si, dans ce cas, le prix inclut aussi le coût du matériel. Les prix sont sensiblement plus bas pour les autres activités : pour le tissage de la soie, de toute qualité, les ouvriers (sericarii) touchent 25 denarii par jour en plus de la nourriture ; le salaire s’élève à 40 denarii par jour pour les tissus entièrement en soie, à carreaux50. Les salaires pour les ouvriers qui démêlent le fil de soie grège – le parfilage –, qu’il soit de couleur pourpre ou d’une autre couleur, sont de seulement 3 deniers par livre, alors que ceux qui filent la laine pour des vêtements mélangés en soie et en laine touchent 60 deniers par once ; il est plus difficile de comprendre la rémunération de 116 denarii par once attribuée à ceux qui filent la laine pour des vêtements entièrement en soie, ce qui apparaît contradictoire51. Enfin, le salaire donné aux ouvriers qui déroulent la soie est de 64 denarii par once et par jour, avec la nourriture52. La dynamique des différentes opérations nommées dans l’Édit est difficile à saisir : doit-on penser, dans ce dernier cas, au travail, délicat et pénible à la fois, qui consiste à défaire les cocons pour en retirer le précieux fil ? Ceci apparaît contradictoire avec le récit d’un auteur byzantin, Procope de Césarée, qui laisse penser qu’une véritable production de la soie ne s’installe en Occident qu’au vie siècle, via l’intermédiaire de Byzance. Selon l’historien byzantin, autour de 552, des moines venus de l’Inde avaient offert à l’empereur Justinien le moyen de ne plus passer par l’intermédiaire des Perses pour se procurer la soie. Pour ce faire, ils avaient importé depuis un pays appelé « Sérinde », qui se trouvait bien au-delà de l’Inde, des œufs de vers à soie qui, nourris sur les feuilles de mûrier, s’étaient reproduits, donnant ainsi naissance à la production de la soie dans l’Empire53. À ce moment-là, on aurait donc introduit en Occident le procédé de filature à partir des cocons des vers de l’espèce du bombyx mori, selon une technique provenant sans doute d’Orient, et qui sera utilisée ensuite pendant des siècles, dans laquelle le cocon est immergé dans l’eau chaude et le fil de soie est délicatement déroulé à la main54.
V. Les caractères du commerce
22Quoi qu’il en soit, l’irruption de ces nouveaux produits a engendré la mise en place d’un réseau et de formes d’échange extrêmement complexes. Du point de vue des biens échangés, quelle était la contrepartie donnée par les Romains pour la soie orientale55 ? Tout d’abord, les monnaies, qui ont été retrouvées à Ceylan, en Chine et aussi au Vietnam56, ont pu être l’un des moyens essentiels du paiement, à la fois pour la valeur intrinsèque du métal et pour la facilité du transport. Pline souligne à plusieurs reprises le fait qu’un énorme flux de pièces en métaux précieux – en or notamment, mais aussi en argent – se déversait de la Méditerranée en Orient57. Il s’agissait, aux dires de l’érudit latin, de plusieurs millions de sesterces qui partaient tous les ans vers l’Inde et le pays des Sères, vidant ainsi les patrimoines et provoquant la pénurie de monnaies, la caritas nummorum58, source de plusieurs crises financières à Rome59. L’exportation des monnaies romaines est bien connue aussi de l’auteur du Périple de la mer Érythrée, qui atteste ces paiements en monnaie à Barbarikē60 et dans plusieurs autres ports indiens, comme Adulis, Malao, Muza, Barygaza et Limyrike61. À Barygaza, on pouvait même trouver des monnaies hellénistiques, frappées par les successeurs d’Alexandre62. Au-delà des accents moralisants de Pline, on peut apercevoir ici l’amorce de cette « hémorragie » qui, pendant des siècles, a contribué à transporter les métaux précieux de la Méditerranée vers l’Orient63. Comme l’écrivait Fernand Braudel, « les siècles passent sans rien y changer […] d’où qu’ils viennent, les métaux précieux, une fois pris dans la voie méditerranéenne, alimentent une évasion pérenne en direction de l’Est64 », qui s’avère dans la plupart des cas déficitaire pour l’Occident. L’historien poursuit ainsi : « En gros, la Méditerranée apparaît comme une machine à collecter les métaux précieux qu’elle n’a jamais en suffisance d’ailleurs. Elle les épargne pour finalement s’en dépouiller au profit de l’Inde, de la Chine, de l’Insulinde65… »
23Mais souvent, ces échanges monétaires accompagnaient d’autres denrées. Selon l’auteur du Périple, à Ozène, ville située dans l’arrière-pays de Barygaza, les marchands occidentaux apportaient non seulement des monnaies en or et en argent, mais aussi des métaux et du verre brut, qu’ils échangeaient contre tous genres de tissus, y compris la soie66. Le change avec la monnaie locale était ici très favorable ; les marchands romains y gagnaient en échangeant de l’or contre l’argent, la proportion étant de 1 à 12 approximativement67.
24D’autres biens que les métaux précieux pouvaient être exportés de Rome vers l’Inde et probablement la Chine, dont des denrées périssables. Certains historiens contemporains ont pensé à un commerce de fourrures et chevaux prisés, peut-être aussi de pierres gravées68. Le commerce des hommes et des femmes est attesté aussi : à Barygaza, pour l’usage de la cour royale, arrivent des musiciens et de jeunes jolies filles destinées à être concubines, les uns et les autres sans doute esclaves69. À cette liste d’importations occidentales, nous proposerions d’ajouter une matière qui semble très appréciée en Orient : le verre. Bien que ses restes soient difficiles à retrouver en raison de sa fragilité, plusieurs indices, venant à la fois des textes et des documents archéologiques, pourraient confirmer cette hypothèse. Il faut d’abord rappeler l’insistance des chroniques chinoises sur l’omniprésence du verre dans le pays de Ta-Ch’in, qui est sans doute à identifier à l’Occident, peut-être à l’Empire romain70. Plus généralement, plusieurs sources chinoises considèrent Ta-Ch’in comme le royaume des bijoux et de l’or, et ses gouvernants comme les rois des bijoux71. Le verre fait partie de l’image de richesse fabuleuse que l’on attribue à ce pays étranger et à demi légendaire, dans lequel les fondations, les murs et les tuiles des bâtiments seraient faits de verre, et où même les toits seraient en cristal ! Quant aux témoignages archéologiques, il faut signaler la concentration de magnifiques objets en verre retrouvés dans des sites qui pourraient être des relais sur les routes du commerce transasiatiques. C’est le cas du célèbre trésor de Bégram, situé à 60 km de Kaboul, qui rassemble de précieux récipients – bouteilles, calices, plats – en verre moulé, peint et incisé, allant de l’époque hellénistique à l’époque romaine impériale72. Même si les études récentes arrivent à conclure qu’une production locale du verre est connue en Chine méridionale au ier siècle av. J.-C.73, des objets en verre continuent d’être importés d’Occident ou d’Asie centrale : ils ont été retrouvés en quantité réduite sous la dynastie Han, plus consistante aux ive et ve siècles de notre ère, parfois destinés aux mobiliers de la famille impériale74. Le verre reste ainsi un bien de prestige qui est à la fois importé et redistribué, par exemple au Japon et en Corée ; ces importations auraient ensuite donné lieu à des productions locales, surtout à partir du milieu du ier millénaire75.
25Du point de vue quantitatif, même si l’on ne dispose guère de données sur la soie elle-même, la comparaison avec d’autres marchandises précieuses qui ont voyagé sur la longue distance peut tout au moins suggérer des ordres de grandeur. Dans sa relecture récente du papyrus de Muziris, l’un des plus importants ports indiens, Federico De Romanis souligne l’existence de meghista ploia, très grands bateaux qui arrivaient à transporter quelque 400 tonnes de poivre, ce qui correspond à la charge maximale d’un bateau portugais au début du xvie siècle76.
26Comme c’est souvent le cas dans ce type de commerce lointain, la soie orientale arrive probablement à Rome dans des convois de produits mélangés, qui ont convergé dans les ports et se sont ajoutés chemin faisant. Le Périple de la mer Érythrée offre plusieurs exemples de cette pratique : à Barbarikè, port du delta de l’Indus, parviennent de la Sérique, outre les précieux fils et tissus, également des peaux ; les marchands romains y achètent aussi de l’encre indienne, contre du corail, de la vaisselle en verre, des monnaies (chrêma) et un peu de vin77. L’information coïncide avec le récit contemporain de Pline, qui écrit que les Sères n’exportaient pas uniquement leurs textiles, mais aussi des pelleteries et un fer d’excellente qualité78.
27Sur une si longue distance, il faut supposer l’intervention de plusieurs intermédiaires : il s’agit à la fois de particuliers, les marchands et leurs émissaires, et d’États, les puissants royaumes qui s’étendaient d’ouest en est. Cette chaîne d’intermédiaires est d’autant plus dense que les itinéraires de commerce sont nombreux79. Le Périple connaît au moins deux itinéraires qui acheminent la soie de Thina vers l’Inde : une voie de terre qui arrive à Barbariké via la Bactriane et une voie fluviale qui arrive à Limyriké par le Gange80.
28Ces intermédiaires constituent également de précieuses sources d’information : Pline a ainsi entendu parler des Sères directement par des marchands romains comme les Plocamii de Pompéi, qui ont envoyé leurs esclaves et affranchis faire le voyage jusqu’à l’île de Taprobane (l’actuelle Ceylan)81. Cette puissante famille de Campanie illustre bien les modalités de ces commerces lointains, leur réalisation, souvent confiée à des subalternes, et les implications avec le pouvoir politique.
29En effet, il est significatif de trouver dans une grotte du désert égyptien consacrée au dieu Pan près de Coptos, l’un des ports principaux de la mer Rouge, une inscription bilingue (grecque et latine) d’un certain Lysas, esclave d’Annius Plocamus, qui a gravé son nom et la date (2 juillet de l’an 6 de notre ère) de son voyage, accompli dans la saison favorable pour atteindre la péninsule indienne82. Or, aux dires de Pline, un Annius Plocamus avait été fermier de l’impôt de la mer Rouge sous l’empereur Claude. Plutôt qu’au même personnage, qui aurait ainsi eu une trop longue carrière, il faut sans doute penser à une dynastie marchande impliquée aux plus hauts niveaux dans le commerce avec l’océan Indien83.
30Dans un autre registre, touchant aux relations politiques et diplomatiques, il faut compter parmi ces intermédiaires aussi des royaumes, par exemple les puissants Parthes. Depuis le iie siècle av. J.-C., sous le règne de Mithridate Ier, l’Empire parthe s’était considérablement élargi et s’étendait à l’époque impériale romaine de l’Asie centrale (Bactriane) à la Syrie, de l’Euphrate à l’Inde et de la mer Caspienne jusqu’au golfe Persique : autant dire qu’il s’agissait d’un partenaire incontournable pour les commerces qui se déroulaient par les voies de terres. Ces passages obligés pouvaient donc constituer des obstacles sur les routes des échanges qui passaient par l’Asie centrale : les chroniques chinoises, telles les Annales des Hans, ne manquent pas de souligner ainsi le rôle encombrant des Parthes dans les relations entre Orient et Occident84. Il y a eu sans doute d’autres intermédiaires possibles : l’empire des Kouchans, situé en Inde du Nord et fondé vers le début de notre ère, avait conquis un espace important entre le royaume parthe et l’Extrême‑Orient85.
Conclusion
31Les relations marchandes que nous avons reconstituées sont loin d’être linéaires et continues : il s’agit, en réalité, d’une chaîne infinie de passages. La longue série d’intermédiaires qui ont permis à la soie orientale, indienne et sans doute chinoise, d’arriver à Rome explique aussi les incertitudes qui persistent longtemps sur la nature de ces tissus prisés et convoités, et également sur l’origine géographique de ces biens exotiques. Le résultat a été la création, d’un bout à l’autre de cette chaîne, de nouveaux goûts, de nouveaux besoins et même de représentations imaginaires des mondes lointains : en un mot, de nouveaux marchés. En Occident, la soie s’inscrit désormais durablement dans le cadre du luxe et des désirs, elle impose un nouveau savoir-faire technologique et de nouvelles formes d’estimation des prix. En Orient, une vision fabuleuse de Ta-Ch’in et de ses richesses s’affirme. À partir de ces échanges, ces mondes qui restent distants se scrutent toutefois réciproquement et amorcent des contacts à différentes échelles – locale, régionale, de longue distance86 – qui se superposent et coexistent dans la réalité des marchés antiques.
Notes de bas de page
1À titre d’exemple, voir les essais réunis par Yves Romain et Julie Dalaison (dir.), L’économie antique, une économie de marché ?, Paris, De Boccard, 2008 ; voir aussi Raymond Descat, « Le marché dans l’économie de la Grèce antique », Revue de synthèse, n° 2, 2006, dossier « Le marché dans son histoire », p. 253‑272.
2Démosthène, Contre Aristocrate, 39.
3Véronique Chankowski et Pavlos Karvonis (dir.), Tout vendre, tout acheter. Structures et équipements des marchés antiques. Actes du colloque d’Athènes, 16-19 juin 2009, Pessac, Ausonius Éd., 2012 ; V. Chankowski, Xavier Lafon et Catherine Virlouvet (dir.), « Entrepôts et circuits de distribution en Méditerranée antique », Bulletin de correspondance hellénique, supplément n° 58, 2018.
4R. Descat, « La loi de Solon sur l’interdiction d’exporter les produits attiques », dans Alain Bresson et Pierre Rouillard (dir.), L’emporion, Paris, De Boccard, 1993, p. 145‑161.
5Maria Cecilia D’Ercole, « Tenir l’Inde dans ses mains : afflux de richesses dans la Rome républicaine et impériale », dans Béatrice Delaurenti et Thomas Roux (dir.), Contagions. Regards pluriels sur un processus historique, Paris, Éd. Vendémiaire, 2020, p. 199‑205.
6Virgile, Géorgiques, II, v. 120-121 : Quid nemora Aethiopum molli canentia lana velleraque ut foliis depectant tenuia Seres, « Et que dire des buissons d’Éthiopie qui blanchissent sous un duvet moelleux et la façon dont les Sères détachent des feuilles, à coups de peigne, leur mince toison ? » (Eugène de Saint-Denis, Paris, Les Belles Lettres, 1956, p. 24, trad. légèrement modifiée).
7Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XII, 17 : Lanigeras Serum in mentione gentis eius narravimus […].
8Pausanias, Périégèse, II, 26, 5.
9Aristote, Historia Animalium, V, 19, 551b. Sur la variété des vers à soie (espèce bombyx mori), voir Flavio Crippa, « Dal baco al filo », dans Luca Molà, Reinhold C. Müller et Claudio Zanier (dir.), La seta in Italiadal Medioevo al Seicento, Venise, Marsilio Ed., 2000, p. 3-33, qui souligne toutefois (p. 5) que sur les 150 espèces de bombyx mori connues à présent, très peu sont aptes à être domestiquées et un nombre extrêmement réduit (« un paio ») donne des cocons qui peuvent être exploités pour la soie.
10Odes, I, 12, 55‑56.
11Ultimi Seres : Phèdre, 389 ; Hercule sur l’Oeta, 414.
12Martial, Épigrammes, XII, 8, 8‑10.
13On consultera avec profit Yves Janvier, « Rome et l’Orient lointain : le problème des Sères. Réexamen d’une question de géographie antique », Ktèma. Civilisations de l’Orient, de la Grèce et de Rome antiques, n° 9, 1984, p. 261-303 ; dans une plus large perspective, voir maintenant Jean-Noël Robert, De Rome à la Chine. Sur les routes de la soie aux temps des Césars, Paris, Les Belles Lettres, 2015.
14Ptolémée, Géographie, I, 11, 3-7 ; Y. Janvier, « Rome et l’Orient lointain… », art. cité, p. 269.
15Selon Stefano Belfiore (Il Periplo del Mare Eritreo di anonimo del i sec.d.C. e altri testi sul commercio fra Roma e l’Oriente attraverso l’Oceano Indiano e la Via della Seta, Rome, Società Geografica Italiana, 2004, p. 83-84), l’auteur du Périple serait un Grec égyptien, peut-être natif de Bérénikè où le Périple commence ; contra voir Pascal Arnaud, « Le Periplus Maris Erythraei : une œuvre de compilation aux préoccupations géographiques », Topoi. Orient-Occident, supplément n° 11, 2012, « Autour du Périple de la mer Érythrée », p. 27-61, qui rejette l’hypothèse d’un auteur unique. Sur l’importance de ce texte, voir aussi Didier Marcotte, « Le Périple de la mer Érythrée dans son genre et sa tradition textuelle », Topoi. Orient-Occident, supplément n° 11, 2012 « Autour du Périple de la mer Érythrée », p. 7‑25.
16Périple de la mer Érythrée, 64.
17S. Belfiore, Il Periplo del Mare Eritreo…, op. cit., p. 193 ; sur les dynasties de la Chine antique, voir Michèle Pirazzoli-T’Servestens et Marianne Bujard, Les dynasties Qin et Han. Histoire générale de la Chine, 221 av. J.-C.-220 apr. J.-C., Paris, Les Belles Lettres, 2017, notamment p. 15‑42.
18Comme il a été bien démontré par Pierre Schneider, L’Éthiopie et l’Inde. Interférences et confusions aux extrémités du monde antique, viiie siècle av. J.-C.-vie siècle apr. J.-C., Rome, Publications de l’École française de Rome, 2004, p. 400‑406.
19J.-N. Robert, De Rome à la Chine…, op. cit., p. 92.
20Juvénal, Satires, VI, 402‑403.
21Horace, Odes, I, 29, 7-10 : « puer quis ex aula capillis ad cyathum statuetur unctis, doctus sagittas tendere Sericas arcu paterno ? ».
22Martial, Épigrammes, III, 82, 5‑8.
23Ibid., IX, 38, 1‑3.
24Ibid., XI, 8, 5.
25Ibid., XI, 27, 11.
26Properce, Élégies, I, XIV, 22 : « quid relevant variis serica textilibus ? »
27Tacite, Annales, II, 33, dans un passage très significatif que nous évoquerons plus loin.
28John Thorley, « The Development of Trade between the Roman Empire and the East under Augustus », Greece and Rome, 2e série, vol. 16, n° 2, octobre 1969, p. 209‑223.
29Aristote, Historia Animalium, V, 19, 551, repris par Pline, Histoire naturelle, XI, 76-78 ; à ce sujet, voir Y. Janvier, « Rome et l’Orient lointain… », art. cité, p. 279.
30Maurice Besnier, « Sericum », dans Charles Daremberg et Edgar Saglio (dir.), Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, IV, 2e partie : R-S, Paris, Hachette, 1909, p. 1251-1255, spéc. p. 1252.
31Horace, Satires, I, 2, 101-102 : « Cois tibi paene videre est ut nudam, ne crure malo, ne sit pede turpi ; metiri possis oculo latus ». Voir aussi Odes, IV, 13, 10 : « nec Coae referunt iam tibi purpurae ».
32Properce, Élégies, II, 1,5 : « Sive illam Cois fulgentem incedere vidi, hoc totum e Coa veste volument erit ».
33Juvénal, Satires, VI, 259‑260.
34Florus, II, XXXIV (IV, 12, 61). Les informations de Florus sur la teinte foncée de ces « ambassadeurs » orientaux pourraient faire penser à des intermédiaires venant d’Asie centrale. À noter que des ambassades provenant de l’Inde sont signalées par Auguste même dans son testament politique, les Res Gestae Divi Augusti 31.
35Dans la vaste littérature sur le rôle clé d’Alexandrie dans ces commerces, nous nous bornerons à citer la synthèse récente de Melinda Székely, « Commercianti tra l’impero romano e l’India », Acta Classica, université de Debrecen, XLIV, 2008, p. 95-105, spéc. p. 96-99. Voir aussi, plus généralement : Roberta Levrero, Vie commerciali marittime e terrestri. Il commercio internazionale dei Romani, Rome, Ed. Quasar, 2014 ; J.-N. Robert, De Rome à la Chine…, op. cit., p. 190‑205.
36Lucain, Pharsalia, X, 141‑143.
37Tacite, Annales, II, 33 : « ne vestis Serica viros foedaret » (« que les hommes ne soient pas déshonorés par les robes en soie »).
38Stace, Silvae, I, II, 122 : « quaeritor iam Seras avaros angustum spoliare nemusî ». Sur l’augmentation de ce commerce entre la fin du ier et le iie siècle : J. Thorley, « The Silk Trade between China and the Roman Empire at its Height, circa AD 90-130 », Greece and Rome, 2e série, vol. 18, n° 1, avril 1971, p. 71‑80.
39Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VI, 54 ; voir aussi XII, 17 et 38 ; XIV, 22.
40Périple de la mer Érythrée, 64.
41Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VI, 54 ; Y. Janvier, « Rome et l’Orient lointain… », art. cité, p. 279.
42Helagabalus 26,1 ; M. Besnier, « Sericum », art. cité, p. 1254.
43Marta Giacchero, Edictum Diocletiani et collegarum de pretiis rerum venalium in integrum fere restitutum e Latinis Graecisque fragmentis, I-II, Gênes, Istituto di storia antica e scienze ausiliarie, 1974, I, p. 292.
44Ibid., I, p. 288.
45Ibid., I, p. 292.
46Ibid., I, p. 280.
47Ces mesures sont indiquées dans M. Pirazzoli-T’Servestens et M. Bujard (Les dynasties Qin et Han…, op. cit., p. 435) qui indiquent aussi quelques équivalences : 1 liang d’or est égal à 15,24 g d’or, équivalent à 625 sapèques ; une pièce de tissu mesure à cette époque 2,30 m de long sur 56 cm de large.
48Ibid., I, p. 278.
49Ibid., I, p. 290.
50Ibid., I, p. 290.
51Ibid., I, p. 292.
52Ibid., I, p. 292.
53Procope de Césarée, Guerre de Justinien IV.
54F. Crippa, « Dal baco al filo », art. cité, p. 3-33, spéc. p. 8-9. Sur l’industrie moderne de la soie, voir Pierre Vernus, Manuela Martini et Tomoko Hashino (dir.), A Global History of Silk: Production and Trade, 16th-20th Centuries, Springer, à paraître en octobre 2024.
55Plusieurs ouvrages sont consacrés au commerce sur la longue distance entre la Méditerranée et l’Asie : Andrew Sherratt, « The Trans-Eurasian Exchange: The Prehistory of Chinese Relations with the West », dans Victor H. Mair, Jerry H. Bentley et Anand A. Yang (dir.), Contacts and Exchanges in the Ancient World, Honolulu, University of Hawai Press, 2006, p. 30-61. Pour une perspective comparée entre Rome et la Chine : Walter Scheidel (dir.), Rome and China: Comparative Perspectives on Ancient World Empire, Oxford-New York, Oxford University Press, 2010.
56Paula J. Turner, Roman Coins from India, Londres, Royal Numismatic Society, 1989 ; S. Belfiore, Il Periplo del Mare Eritreo…, op. cit., p. 24.
57Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VI, 26, 101 ; XII, 84.
58Pour l’expression : Cicéron, Correspondances, Lettre à Atticus, IX, 9, 4 (17 mars 49).
59Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VI, 26, 101 (Paris, Les Belles Lettres 1980) ; XII, 41, 84 (Paris, Les Belles Lettres, 1949) : « selon l’évaluation la plus basse, c’est cent millions de sesterces par an que l’Inde, les Sères et cette péninsule soustraient à notre Empire : tant nous coûtent cher le luxe et les femmes (tanti nobis deliciae et feminae constant) ».
60Périple de la mer Érythrée, 39.
61Le mot grec employé par l’auteur du Périple est chrema (ou chremata au pluriel) : on le retrouve pour Adulis (Périple 6), Malao (Périple 8), Muza (Périple 24), Barbarikon (Périple 39), Barygaza (Périple 49), Limyrikè (Périple 56) et la côte de Coromandel (Périple 60). Voir aussi Federico De Romanis, The Indo-Roman Pepper Trade and the Muziris Papyrus, Oxford, Oxfor University Press, 2020, p. 327.
62Périple de la mer Érythrée, 47.
63Fernand Braudel, La Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II, Paris, Armand Colin, 1990 (1re éd. 1949), p. 422.
64Ibid.
65Ibid.
66Périple de la mer Érythrée, 49.
67F. De Romanis, The Indo-Roman Pepper Trade…, op. cit., p. 329. Une monnaie en argent (punch-marked coins) devait peser entre 3,2 et 3,5 g.
68John E. Hill, Through the Jade Gate – China to Rome: A Study of the Silk Routes during the Later Han Dinasty, 1st to 2nd Centuries CE, Scotts Valley, CreateSpace, 2015, spéc. p. xiv.
69Périple de la mer Érythrée, 49.
70Pour l’identification de Ta-Ch’in avec l’Empire romain : Donald D. Leslie et K. H. J. Gardiner, « The Roman Empire in Chinese Sources », Studi Orientali, vol. 15, 1996, p. XVII-XXI, p. 279 et passim. L’État de Ta-Ch’in se trouve à l’ouest de la grande mer située à l’ouest de An-hsi, la Parthie ; une fois passé la grande mer, on arrive à Ta-Ch’in après six jours de navigation (ibid., p. 66-67). Sur les fabuleuses richesses de ce pays, ibid., p. 223.
71J. E. Hill, Through the Jade Gate…, op. cit., p. 3-5 ; D. D. Leslie et K. H. J. Gardiner (« The Roman Empire in Chinese Sources », art. cité, p. 4) soulignent que les toutes premières mentions de Ta-Ch’in apparaissent dans les chroniques tardives de la période Han (de 25 à 220 de notre ère), Hou han shu, 88 et Hou-Han chi, 15. Sur ces sources historiques chinoises, voir Béatrice L’Haridon, « Histoire des Han (Hanshu) », dans Nathalie Kouamé, Éric P. Meyer et Anne Viguier (dir.), Encyclopédie des historiographies. Afriques, Amériques, Asies, vol. I, Sources et genres historiques, Paris, Presses de l’Inalco, 2020, p. 756-759 ; plus largement sur la culture lettrée et sur la production de traités sous les dynasties impériales chinoises de Qin et des Han : M. Pirazzoli-T’Servestens et M. Bujard, Les dynasties Qin et Han…, op. cit., p. 393‑423.
72Sur le site de Bégram, voir l’ouvrage désormais historique de Roman Ghirsman, Bêgrâm. Recherches archéologiques et historiques sur les Kouchans, Mémoires de l’Institut français d’archéologie orientale LXXIX, Mémoires de la Délégation archéologique française en Afghanistan XII, Le Caire, Impr. de l’Institut français d’archéologie orientale, 1946, spéc. p. 49-53 sur les mélanges stylistiques grecs et locaux dans les figurines en terre cuite et p. 84 sur les « mélanges indo-grecs » qui se produisent à partir du iie siècle av. J.-C., un siècle environ après l’occupation de la Bactriane de la part d’Alexandre ; p. 99-184 sur les dynasties kouchanes.
73Marta Zuchowska et Bartłomiej Sz. Szmoniewski, « Glass along the Silk Road in the First Millennium AD », Archaeologia Polona, vol. 55, 2017, p. 161-188 ; p. 164.
74Ibid., p. 166‑169.
75Ibid., p. 179‑183.
76F. De Romanis, The Indo-Roman Pepper Trade…, op. cit., p. 211‑274.
77Périple de la mer Érythrée, 39.
78Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XXXIV, 145.
79Ainsi, « the evidence for direct trade links between the Roman Empire and Han China is almost non-existent » (« la preuve de liens commerciaux directs entre l’Empire romain et la Chine des Han est presque inexistante ») : Ravi K. Mishra, « The “Silk Road”: Historical Perspectives and Modern Constructions », Indian Historical Review, vol. 47, n° 1, 2020, p. 21-39, p. 31. L’auteur insiste à juste titre sur la notion de « network ».
80Périple de la mer Érythrée, 64.
81Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VI, 84 ; 88.
82Sur cette inscription du sanctuaire de Wadi Menih : André Bernand, Pan du désert, Leyde, Brill, 1977, p. 162‑164.
83Pline l’Ancien, Histoire naturelle, VI, 24 ; voir André Tchernia, Les Romains et le commerce, Études VIII, Naples, Centre Jean Bérard, 2011, p. 62‑63.
84J.-N. Robert, De Rome à la Chine…, op. cit., p. 46‑47.
85Sur les Kouchans et leur rôle d’intermédiaires : J. Thorley, « The Roman Empire and the Kushans », Greece and Rome, 2e série, vol. 26, n° 2, octobre 1979, p. 181-190 ; Jan Van Alphen, « The Roots and Influence of Hellenism in Asia at the Beginning of the Common Era », dans J. Van Alphen (dir.), A Passage to Asia: 25 Centuries of Exchange between Asia and Europe, Bruxelles, Bozar, 2010, p. 93-106, spéc. p. 97.
86Comme il a bien été souligné par Léopold Migeotte, « Les cités grecques : une économie à plusieurs niveaux », dans Y. Romain et J. Dalaison (dir.), « L’économie antique, une économie de marché ? », op. cit., p. 69-86, spéc. p. 81. Si la réflexion fait référence aux cités grecques, elle convient aussi au monde romain, même si ce dernier a atteint un volume d’échanges bien plus considérable.
Auteur
-
Maria Cecilia D’Ercole
Directrice d’études à l’École des hautes études en sciences sociales et ancienne présidente de l’AFHE, spécialiste de l’histoire économique et culturelle de la Méditerranée antique, Maria Cecilia D’Ercole dirige depuis 2019 le centre Anthropologie et histoire des mondes antiques (UMR 8210). Elle a été visiting scholar au Getty Research Institut (2007), professeure invitée aux universités de Charlottesville, Virginie (2017), de Beijing (2018) et au Trinity College de Dublin (2023). Parmi ses publications récentes : avec Julien Zurbach, Naissance de la Grèce. De Minos à Solon, 3200-510 av. J.-C., 2e éd., Paris, Belin, 2023 (1re éd. 2019) ; Histoires méditerranéennes. Aspects de la colonisation grecque en Occident et dans la mer Noire, viiie-ive siècle av. J.-C., Paris, Errance, 2012. Elle a également coédité des ouvrages : avec Jean-Michel Minovez (dir.), Art et économie. Une histoire partagée. Actes du colloque international de l’AFHE, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2020 ; et avec Marina Romani, Moneta. Storia non lineare di un oggetto istituzionale, Milan, FrancoAngeli, « Cheiron », 1‑2, 2021.
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