Le marché du Céramique de l’Athènes classique : étudier l’émergence d’un marché face aux sources ruinées de l’Antiquité grecque
p. 261-281
Texte intégral
1Les études portant sur les marchés dans le monde grec ancien ont donné lieu à de riches productions scientifiques ces quinze dernières années, concernant tant leurs aspects matériels et institutionnels que leurs aspects plus abstraits, centrés sur les produits et les circuits commerciaux1. Cet intérêt récent porté aux marchés s’inscrit dans le cadre d’un renouveau des études sur l’économie antique engagé depuis la fin du xxe siècle2. La question de l’apparition de ces marchés a toutefois fait l’objet de peu d’études3. Il est en effet difficile de saisir finement le moment d’émergence d’un marché – comme espace géographique ou comme produit –, tant la documentation à laquelle nous avons affaire est ruinée et discontinue et tant les biais interprétatifs peuvent être importants. Ce sont ces sources et ces méthodes que nous souhaitons interroger à partir de la question de l’essor de la place de marché du Céramique à Athènes, un espace bien documenté et dont l’évolution peut être suivie sur une longue période. Depuis 1931, le site (d’une superficie de 12 ha), situé au nord-ouest de l’Acropole, fait l’objet de fouilles archéologiques continues par l’école américaine d’Athènes, l’American School of Classical Studies at Athens (ASCSA), donnant lieu à des publications régulières4. Le secteur a ainsi livré une quantité exceptionnelle de matériel permettant d’appréhender l’évolution de l’espace et de ses fonctions depuis la fin du Néolithique (vers 3000 av. J.‑C.) jusqu’au début du xxe siècle5. Cet espace a été identifié comme étant l’agora de la cité à l’époque classique (ve-ive siècle av. J.‑C.) grâce à trois bornes (horoi) datées du tout début de la période (vers 500 av. J.‑C.), indiquant « Je suis la borne de l’agora », dont deux ont été retrouvées in situ à l’ouest de la place6. Il s’agit d’un espace relativement plat, délimité au nord par la rivière Eridanos (approximativement), à l’ouest par la colline du Colonos Agoraios et au sud par celle de l’Aréopage et par l’Acropole. À l’est s’ouvre une vaste esplanade traversée par la voie panathénaïque (dromos) – permettant de joindre la porte du Dipylon et la porte sacrée au nord à l’Acropole au sud. Cette voie vient probablement limiter l’agora dans sa partie orientale, mais cela reste incertain7. Ces limites topographiques créent un espace de forme trapézoïdale dont les abords sont progressivement structurés par des bâtiments au cours des périodes classique et hellénistique (cf. ci-dessous la figure 1).
2Nous savons, par l’archéologie et par les sources écrites, que cette place publique constitue au ve siècle av. J.‑C. le centre civique de la cité concentrant des activités politiques, religieuses et économiques. C’est en ce lieu que se tient le principal marché de la cité, centre de redistribution des produits de l’Attique et des produits étrangers provenant en particulier du port du Pirée. Si cette fonction de l’agora comme centre du commerce de la cité est indubitable dans la seconde moitié du ve siècle et dans les siècles qui suivent, la documentation est avant cela assez disparate. La fonction marchande comme la fonction civique de cet espace sont plus difficiles à envisager pour l’époque tardoarchaïque (vie siècle av. J.‑C.). Dans ce contexte, l’émergence du marché a pu être mise en lien avec l’installation du centre civique au Céramique – souvent associée au développement de la démocratie à l’époque des législateurs Solon ou Clisthène8. Pour notre propos, questionner l’émergence du marché du Céramique nous conduit d’abord à dresser un bilan des sources disponibles. Cette enquête nous conduit ensuite à interroger, pour l’époque tardoarchaïque, le lien entre marché, lieu de rencontre entre acheteurs et vendeurs, et agora, espace civique délimité par des bornes.
I. L’agora du Céramique : en quête d’activités marchandes
3Si nous trouvons plusieurs indices archéologiques d’activités artisanales dans ce secteur entre les xe et vie siècles av. J.‑C., c’est à partir de la fin du vie siècle et dans les premières décennies du ve siècle que la documentation devient plus riche et diversifiée9.
A. Des indices d’activités artisanales entre le xe siècle et le vie siècle av. J.‑C.
4Les activités économiques identifiables sur la place et dans ses environs immédiats avant l’époque classique concernent essentiellement la fabrication de céramiques. Dès le début de l’époque protogéometrique (ca. 1000 av. J.‑C.), nous trouvons la plus ancienne trace d’une activité de potier (sous l’odéon d’Agrippa, au centre de la place)10. Il faut ensuite attendre le début de l’époque archaïque (ca. viie siècle av. J.‑C.) pour trouver davantage d’indices d’activités artisanales (au moins six dépôts, dont cinq de potiers). Ainsi, à l’ouest de l’agora, le bâtiment A (découvert sous la Tholos classique), daté de la fin du viiie ou du début du viie siècle av. J.‑C., contenait le fond d’un petit four et un bassin de préparation de l’argile attestant de la présence d’un atelier de potier11. Pour le viie siècle, plusieurs dépotoirs d’ateliers de potier ont également été découverts : à l’angle sud-est de l’agora12, au sud-ouest (nord de l’Aréopage)13, peut-être également au nord-est de l’Héphaïsteion14 ou encore sous la stoa d’Attale à l’est de la place15. Certains semblent avoir été fermés au vie siècle – tel le puits du nord de l’Aréopage –, tandis que d’autres ont continué à fonctionner jusque vers 480 – comme la fosse du nord-est de l’Héphaïsteion. Ces activités étaient probablement liées à la présence de cimetières, attestés depuis l’époque préhistorique, de petits sanctuaires et de résidences dans cette zone. Les artisans pouvaient ainsi répondre à une demande locale16.
5À côté de la fabrication de céramiques, au sud du temple d’Apollon Patrôos, dans la zone ouest de l’agora, T. Leslie Shear et Homer A. Thompson ont découvert les vestiges d’une fosse de fusion destinée à la fonte d’une statue de bronze. L’assemblage des fragments a permis d’obtenir la forme d’un kouros datant de la première moitié ou du milieu du vie siècle av. J.‑C.17.
B. Fin du vie siècle-début du ve siècle av. J.‑C. : une documentation archéologique plus riche
6Un tournant semble s’opérer dans la documentation entre les deux dernières décennies du vie siècle et le début du ve siècle av. J.‑C. Le matériel découvert suggère des activités marchandes et artisanales plus diversifiées18.
1. Des artefacts associés à des opérations marchandes et artisanales plus nombreuses : assemblages, inscriptions commerciales, métrologie
7À partir des deux dernières décennies du vie siècle av. J.‑C., nous trouvons des artefacts associés à des opérations marchandes et artisanales plus nombreuses et diversifiées.
8Alors que des vases et des amphores étaient trouvés de manière assez disparate dans des contextes préclassiques (dans des tombes, des puits et des dépotoirs), d’importants assemblages de matériels datés du tournant du ve siècle sont mis au jour, permettant de mieux appréhender la diversité des activités économiques se déroulant dans le secteur durant cette période. Les fouilles des 22 dépôts (17 puits et 5 fosses) datant de la réfection de la place consécutive au sac perse de 480 ont ainsi livré des assemblages attestant d’activités marchandes dans ce secteur pour la période 520-48019. Le matériel contenu dans deux dépôts pourrait notamment provenir de boutiques de céramiques. Ils ont livré chacun plus d’une centaine de lécythes à figures noires (petits vases à parfums) complets ou quasi complets20. Le premier dépôt est situé à l’est de l’agora. Il s’agit du puits de la « stoa Gutter » (Q 12:3). Plus de 300 objets ont été inventoriés, dont 155 lécythes pratiquement intacts, ainsi que de nombreux vases à boire, suggérant la proximité d’un établissement commercial vendant entre autres des vases à parfums et de la vaisselle de table produits par un ou plusieurs ateliers21. Le second dépôt, « The Rectangular Rock-Cut Shaft », se situe dans une cavité rectangulaire taillée dans la roche au nord-ouest de l’agora (G 6:3). Cette cavité fut utilisée comme dépotoir durant les guerres médiques (entre 490 et 479 av. J.‑C.), et encore par la suite. Le puits contenait plus de 200 objets inventoriés, dont 104 lécythes à figures noires complets ou presque et des centaines d’autres fragments de poteries non inventoriés. De nombreux lécythes portaient une iconographie identique. Certains semblent avoir été peints par une même main ou d’autres mains. Ces céramiques étaient donc probablement vendues dans les abords de l’agora, voire sur l’agora même. En revanche, rien dans les dépôts ne suggère la fabrication de ces poteries (aucun test ou raté de cuisson)22. Ce sont également ces puits de nettoyage de l’agora qui ont livré les premiers gros assemblages d’amphores de transport révélant, pour des périodes relativement courtes, la nature cosmopolite des importations, probablement de vin surtout, dominées par Chios et par les régions du nord de la Grèce incluant Thasos et Chalcidique23. Le puits Q 12:3 de la stoa Gutter a ainsi livré une quarantaine d’amphores. Si les amphores de transport attestaient déjà de pratiques d’échange à l’époque préclassique, le phénomène s’intensifie à partir du tournant du ve siècle24. Mark Lawall a bien montré le saut dans la diversité et les quantités d’amphores importées observées sur l’agora dans les premières décennies du ve siècle av. J.‑C.25.
9Par ailleurs, à partir de cette période, des inscriptions commerciales émergent de la documentation. En effet, c’est à partir du début du ve siècle que nous commençons à trouver sur l’agora de la céramique et surtout des amphores présentant des notations commerciales (prix, tares, mesures, etc.)26. Elles peuvent, dans certains cas, être associées aux activités de la place. Près d’une centaine ont été identifiées pour le ve siècle (à partir de 500)27. Des spécialistes comme Mark Lawall, Gerald Finkielsztejn et Chavdar Tzochev ont ainsi pu étudier certaines variations (et évolutions) des importations athéniennes depuis le tournant du ve siècle jusqu’à la fin de l’époque hellénistique en raison des quantités importantes de matériel et des timbres amphoriques28 – dont les premiers remontent en effet à cette période. Datés de la fin vie-début ve siècle, il s’agit d’une dizaine de « proto-timbres » provenant peut-être de Thasos, présentant une estampille sur les anses d’amphores encore sommaire et peu éloquente29.
10Finalement, les poids et les mesures (sèches et liquides) les plus anciens que l’on puisse identifier, trouvés sur l’agora, remonteraient au tournant du ve siècle (ca. 500 av. J.‑C.). Certains poids portent des contremarques de la cité : trois poids en bronze portant des contre marques civiques (B 492, 495, 497) ; un poids en pierre portant la mention ΔΙΣΤΑ (pour deux statères) (SW 16)30. La découverte de ce matériel suggère une localisation ou une relocalisation des spécimens métrologiques officiels de la cité à la fin du vie siècle sur cette place dont la fonction civique émerge à ce moment31. De tels spécimens ont pu, entre autres, avoir un rôle d’instruments de vérification dans les activités commerciales. L’usage des poids et des mesures est toutefois loin de se limiter au commerce.
2. Des indices croissants d’installations commerciales et artisanales permanentes et temporaires
11D’un point de vue architectural, après la restructuration de la place consécutive au sac des Perses de 480, la fonction marchande du lieu devient plus évidente. Pavlos Karvonis note ainsi que c’est à partir de ce moment que nous trouvons les premiers bâtiments commerciaux clairement identifiés autour de la place – la place elle-même est laissée libre de toute construction32. Il s’agit de deux bâtiments ayant contenu des boutiques, situés au nord de l’agora et construits peu après 48033. La structure située la plus à l’ouest, datant de la fin du vie siècle et ayant été réparée, avait peut-être déjà une fonction commerciale dans son état antérieur. La maison-atelier d’un marbrier (la « Maison de Mikiôn et Ménôn ») fut érigée au même moment, juste après 480, au sud-ouest de l’agora34. La South Stoa I, construite dans la partie sud de l’agora vers 430-420, a souvent été associée à des activités commerciales, sans qu’un tel lien puisse être confirmé35.
12Dans la seconde moitié du ve siècle, les installations commerciales et artisanales se multiplient. On trouve près d’une dizaine de maisons-ateliers au sud-ouest de la place, entre la seconde moitié du ve et le début ive siècle, portant des traces de travail du marbre essentiellement, mais aussi de métal, d’os et d’ivoire, d’or, de pierre, de plomb et de bois36. Dans le dernier tiers du ve siècle et le début du ive siècle, d’autres bâtiments sont encore construits au sud-est de la place : des commerces pratiquant la vente de vin et offrant des services de restauration37, ainsi qu’un atelier d’un coroplathe d’après la découverte de fragments de figurines en terre cuite et de moules de fabrication. La nature florissante des activités marchandes dans la région est attestée par la manière dont les puits ont été remplis sur une courte période. Les nombreux graffitis commerciaux mis au jour récemment au sud-ouest de l’agora suggèrent d’autres points d’échange marchands sur l’agora classique.
13Ces installations marchandes étaient érigées dans les environs immédiats de la place38 : des ateliers de marbriers et de sculpteurs au sud-ouest de la place, des ateliers de métallurgie, surtout à l’ouest dans le secteur de l’Héphaïsteion, ainsi que des services de vente de vin, de taverne et peut-être de boucherie au sud-est de la place. Le centre de la place était quant à lui dévolu au marché qui, pour sa part, n’a pas laissé de traces archéologiques. Les seuls indices éventuels sont constitués de trous de poteaux découverts le long de la voie panathénaïque sur l’agora et au niveau de la porte du Dipylon (dont la datation n’est pas antérieure à la seconde moitié du ve siècle av. J.‑C.). Certains de ces trous ont pu servir pour les installations commerciales temporaires (skenai, tentes), mais ils devaient surtout servir à l’installation de gradins durant les festivités des Panathénées39.
C. Des témoignages littéraires plus tardifs
14À partir des années 420, des témoignages littéraires des activités marchandes conduites sur la place et dans ses abords émergent de la documentation40. C’est surtout grâce à la littérature comique, aux plaidoyers des orateurs du ive siècle et à certains écrits historiques et philosophiques que nous avons connaissance de l’importance commerciale de cet espace et des pratiques marchandes s’y déroulant entre les ve et iiie siècles av. J.‑C.41.
15C’est sur la place même que se tenait le marché. Les vendeurs, occasionnels ou professionnels, y exerçaient un commerce de détail et de gros, pratiquant la vente à l’étal et probablement des ventes par enchères dans le cadre de kukloi (cercles)42. Le marché, qui battait semble-t-il son plein entre neuf heures et midi43, était lui-même organisé selon les catégories de produits vendus. Plusieurs auteurs indiquent en effet que les Athéniens nommaient ces marchés d’après le nom des marchandises qui étaient vendues. Les clients allaient ainsi « à l’huile d’olive44 », « au poisson (opson)45 », « au fromage frais46 », etc. Xénophon, dans son Économique, rédigé vers 370 av. J.‑C., indique – non sans une certaine exagération – que le marché était organisé de sorte que les gens pouvaient trouver facilement ce qu’ils cherchaient47. Certains de ces marchés ne se tenaient pas tous les jours, tel le marché aux fromages frais qui était mensuel48. Il est probable que la cité veillait au respect de cette organisation – lors du paiement des taxes et des emplacements notamment. Si certains spécialistes suggèrent que le marché se tenait plutôt à l’est à de la place49, les activités pouvaient toutefois se tenir un peu partout et même déborder les limites de l’agora. Il pouvait alors y avoir une continuité entre le marché et les commerces du bord de la place.
16Les marchandises qui y étaient vendues étaient diverses, d’après les témoignages littéraires et épigraphiques : du vin, de nombreux produits alimentaires – poisson frais ou salé, viande, saucisses, légumes et herbes, fruits, farine, blé, olives, huile d’olive, fromage, miel, lait, fruits secs et noix, etc. –, des animaux vivants ou morts – comme des oiseaux ou des cochons –, des biens de toutes sortes – fleurs, couronnes de fleurs, pelotes de laine, vêtements, céramiques, esclaves. Certaines sources précisent le lieu où les marchandises étaient vendues : les livres (rouleaux de papyrus) étaient ainsi vendus dans l’orchestra50 (au milieu de la place), la farine pouvait être vendue au sud de l’agora51, tandis que des tables de changeurs (banquiers) étaient situées au nord de la place52. En ce qui concerne les commerces des abords de la place, la littérature complète l’archéologie. Les orateurs du ive siècle en particulier évoquent cette présence de boutiques et d’ateliers divers et très fréquentés autour de la place : parfumeurs, barbiers, fabricants de chaussures et cordonniers53, selliers54, orfèvres55, forgerons56, etc.
17Nous trouvons ainsi des traces d’activités artisanales dans le secteur de l’agora dès 1000 av. J.‑C. et surtout à l’époque archaïque avec les ateliers de potiers. Mais ce n’est qu’au tournant du ve siècle que le matériel permet d’envisager une diversité et une concentration d’activités marchandes dans le secteur, comprenant notamment les premiers assemblages importants de matériel amphorique, les plus anciens poids et mesures identifiés sur la place, les premiers bâtiments commerciaux datant peut-être de la fin du vie siècle ou plus certainement du début des années 470 av. J.‑C. Ce changement dans la nature du matériel suggère un développement des activités commerciales sur la place et dans ses environs immédiats57. Les traces archéologiques de structures et d’activités marchandes se diversifient et se multiplient ensuite au cours du ve siècle (commerce de vin, de bouche, travail du marbre, de l’os, coroplathie, etc.), tandis que la littérature témoigne de la tenue d’un important marché à partir du dernier tiers du ve siècle. En l’état actuel de nos connaissances, il est difficile de déterminer si cet espace pourrait avoir accueilli un marché dès l’époque préclassique, avant la fin du vie siècle av. J.‑C. La raison principale étant que les activités de vente ne laissent pas nécessairement de traces matérielles, a fortiori les marchés avec leurs installations temporaires. Par ailleurs, il faut peu de choses pour faire un marché : une place dégagée, la proximité des habitations, l’intersection de plusieurs routes constituent autant de facteurs favorables à l’établissement de ce type d’activités. Or, à l’époque archaïque, ce lieu réunit ces conditions58. Dès lors, certains spécialistes, à l’instar de Frank Börner et Pavlos Karvonis, n’excluent pas une continuité des activités de marché entre les époques archaïque et classique sur la place59. Pour d’autres, si nous trouvons peu de traces d’activités marchandes sur l’agora du Céramique antérieures au tournant du ve siècle, c’est parce qu’à l’époque archaïque les échanges se déroulaient ailleurs60. Il semble en effet y avoir une certaine corrélation entre l’établissement de l’« agora » au Céramique et le développement des activités marchandes sur la place vers 500 av. J.‑C. Nous pouvons alors nous demander si l’installation du marché au Céramique pourrait être contemporaine de l’instauration de l’agora.
II. Une installation du marché à l’agora du Céramique ca. 500 av. J.‑C. ?
18La question de l’installation du marché sur l’agora du Céramique implique elle-même deux interrogations. D’une part celle de l’existence d’une agora antérieure à celle du Céramique – qui a donné lieu à de nombreux débats depuis le xixe siècle – et d’autre part celle du lien entre agora et marché, qui est en fait celle de la naissance du marché comme espace contrôlé par la cité.
A. Agora archaïque et agora classique
19Les débats concernant l’existence d’une agora archaïque à Athènes, antérieure à l’agora classique du Céramique, ont une longue histoire61. Aujourd’hui, peu de spécialistes remettent en question l’idée qu’il existait un centre civique, politique et religieux, antérieur à celui du Céramique62. Plusieurs lieux ont été suggérés : l’ouest de l’Acropole (aux pieds des Propylées), sur l’Acropole même, ou sur le flanc est de l’Acropole à environ 500 mètres de l’agora du Céramique (dans le secteur de l’actuel quartier de Plaka)63. Actuellement, un grand nombre de spécialistes se sont rangés derrière cette dernière hypothèse, convaincus par des indices littéraires tardifs – en particulier Pausanias – ainsi que par l’identification du sanctuaire d’Aglauros près duquel l’agora aurait été située64. Le secteur aurait ainsi été un lieu d’assemblée des citoyens, abritant le Théseion et le Prytanée de la cité. Certains spécialistes se montrent toutefois sceptiques en l’absence de fouilles archéologiques65.
Figure 1. Plan de l’agora du Céramique, vers 500 av. J.‑C.

Source : American School of Classical Studies at Athens, Agora Excavations, n° 2011.04.0037.
20La date de déplacement de l’agora a également fait l’objet de débats, souvent marqués par une volonté de faire correspondre le développement de la place publique du Céramique à l’histoire politique de la cité. De nombreux spécialistes ont suggéré – et certains suggèrent encore – que l’installation du nouveau centre civique au Céramique serait à peu près contemporaine des réformes du législateur Solon, vers le début du vie siècle av. J.‑C.66. D’autres supposent un développement de la place comme centre civique à partir de la seconde moitié du vie siècle, et même probablement vers la toute fin du vie siècle (ca. 500 av. J.‑C.), peut-être en liaison avec les réformes du législateur Clisthène, c’est-à-dire avec l’instauration de la démocratie consécutive à la tyrannie des Pisistratides67. Ces dernières positions se sont affirmées depuis la fin du xxe siècle, les spécialistes suggérant un aménagement progressif de la place au cours du vie siècle sous les tyrans – marqué par l’abandon des habitats et un nivellement de la place qui acquiert une fonction religieuse en lien avec l’instauration ou la restauration des Panathénées –, avant de devenir l’agora de la cité vers 500 av. J.‑C.68. Les Pisistratides auraient ainsi fait de la place du Céramique un centre et une vitrine de leur pouvoir personnel, en concurrence avec le centre civique traditionnel (agora archaïque). Une fois les tyrans chassés (ca. 510 av. J.‑C.), le peuple (dèmos) se serait approprié l’espace en en faisant ainsi le nouveau centre civique de la cité : l’agora69. Pour d’autres chercheurs encore, l’instauration de l’agora du Céramique serait plus récente : elle serait consécutive au sac perse de 48070. S’il existe autant de débats concernant le moment de l’installation du centre civique, c’est parce que le développement historique de la place au vie siècle est complexe à saisir, la fonction et/ou la datation de certains bâtiments et monuments ayant été discutées. Des datations, parfois canoniques, sont encore questionnées. Ainsi, la fontaine sud-est et l’Autel des Douze Dieux, peut-être les plus anciennes constructions publiques, traditionnellement datées de l’époque des tyrans, pourraient en fait remonter seulement au ve siècle71. Par ailleurs, l’ancien bouleutérion, bâtiment civique par excellence où se réunissent les conseillers de la cité, souvent daté vers 500 av. J.‑C. au cours du xxe siècle, pourrait dater plutôt des années 46072.
21Il semble ainsi que les premiers bâtiments et monuments publics – selon des critères archéologiques fiables – ne sont pas antérieurs à la toute fin du vie siècle. Par ailleurs, les deux bornes de l’agora retrouvées in situ à l’ouest de la place, attestant formellement la fonction de l’espace, ont été datées vers 500, au maximum 48073, fournissant un terminus ante quem. C’est également vers 500 que l’on trouve les premières inscriptions « demosion » sur des poids et des céramiques (propriété publique). Cet espace devient donc vraisemblablement le centre civique de la cité entre la toute fin du vie siècle et le tout début du ve siècle, sans pouvoir préciser davantage la chronologie. La fonction civique de la place paraît se développer surtout après sa restructuration consécutive au sac perse de 480, marquée par le développement de bâtiments et de monuments publics, une chronologie qui semble suivre celle du développement des structures et des activités marchandes se déroulant sur la place.
B. D’un espace d’échanges informel au marché contrôlé par la cité (agora)
22De nombreux chercheurs supposent que le marché se situait originellement sur l’agora archaïque avant d’être déplacé, avec le centre civique, au Céramique vers 500, peu ou prou au moment des réformes de Clisthène74. Cette hypothèse – qui n’est appuyée par aucune source – tient probablement au fait qu’une association quasi naturelle est faite entre agora et marché. En effet, à partir du ve siècle, on sait que les Grecs n’ont qu’un terme pour désigner le marché : « agora ». Hérodote est le premier auteur à associer « agora » et espace de vente dans ses Histoires (rédigées entre 440 et 420)75. Selon Hérodote, le grand roi Cyrus, après la prise de Sardes (vers 546), laissant craindre aux Grecs d’Ionie une offensive, aurait répondu à un émissaire spartiate (Histoires, I, 153) :
« “je n’ai jamais eu peur jusqu’à présent d’hommes de cette espèce qui ont au milieu de leur ville un endroit désigné pour s’y réunir et se tromper les uns les autres par des serments. […]” Cyrus lança ces sarcasmes contre l’ensemble des Grecs parce qu’ils tiennent des marchés (agorai) pour acheter et vendre : les Perses, chez eux, ignorent complètement l’usage des marchés, et ils n’ont pas du tout de place à cet usage76. »
23Dans ce fameux passage, l’historien fait des marchés (agorai) une spécificité grecque77. D’après Roland Martin, cette évolution sémantique renvoie à une réalité : à partir des viie et vie siècles, après l’installation de grands courants d’échanges, le commerce s’établit dans la cité et notamment sur l’agora. Le développement du vocabulaire associé au petit négoce (kapèlos, kapèleuein) à partir du vie siècle attesterait également de ces transformations et d’une certaine structuration des échanges au sein de la cité78. D’autre part, l’installation des échanges sur l’agora ne s’inscrit peut-être pas seulement dans le cadre de mutations économiques, mais pourrait répondre à des transformations institutionnelles. Ainsi, selon Raymond Descat, ce qui pour Hérodote distingue les Grecs des Perses n’est probablement pas le fait de vendre et d’acheter, car cela se pratique partout, mais plutôt le fait d’avoir un lieu spécifiquement dédié à cela et encadré par la cité. En somme, l’agora n’est pas simplement un lieu où l’on commerce de manière informelle mais bien un « marché » réglementé par la cité. Selon le spécialiste, la mise en place de ces marchés contrôlés (agorai) pourrait remonter à l’époque du législateur Solon (vers 594) à Athènes. Il serait en effet l’instigateur d’une réglementation visant à contrôler les exportations de la cité. Il s’agit d’une loi interdisant d’exporter les produits de l’Attique, excepté l’huile d’olive79. Cette surveillance des exportations suppose l’instauration d’espaces contrôlés où citoyens et étrangers peuvent (et doivent) conduire leurs affaires et par lesquels les marchandises doivent impérativement transiter80. Désormais, la cité définit les règles de l’échange et peut à tout moment les modifier dans l’intérêt de la communauté. D’autres initiatives du législateur nourrissent l’hypothèse d’une naissance de l’agora comme « espace institutionnel d’échanges » sous Solon. Ce dernier serait ainsi à l’origine d’une loi interdisant aux étrangers de travailler sur l’agora – probablement sans s’acquitter d’une taxe81 – ainsi que d’une importante réforme métrologique82. Avant cela, les échanges entre citoyens et étrangers pouvaient avoir lieu dans des espaces qui devaient être considérés comme « neutres » et peu voire non contrôlés par la cité. Il s’agit des « marchés de frontières » (agorai ephoriai), situés sur les marges du territoire, connus par une loi de Dracon (datant de 621) évoquée par Démosthène83.
24L’hypothèse proposée par Raymond Descat est séduisante et la démonstration de cet éminent chercheur remarquable. Dans cette perspective, le marché aurait pu être installé sur l’agora archaïque en activité à l’époque de Solon, avant d’être transféré, avec le centre civique, au Céramique vers 500, comme plusieurs chercheurs l’ont supposé84. Nous ne pouvons toutefois dépasser le stade de la conjecture. Nous ne trouvons pas de traces formelles d’un contrôle des activités d’échange pour une période aussi ancienne85. Plus généralement, les données relatives à la structure et aux espaces de l’échange manquent pour l’Athènes archaïque. Il est toutefois certain que l’époque tardoarchaïque constitue, dans le monde grec, un moment de développement commercial et de structuration des échanges, attestés notamment par une diversification du lexique associé aux échanges marchands, comme nous l’avons entr’aperçu, ou encore, à partir du début du ve siècle, par les plus anciens règlements commerciaux – relatifs à la vente de vin et de vinaigre de Thasos86 – et règlements de police et de voirie connus – avec la stèle du port de Thasos (règlement de voirie)87. La naissance du marché comme espace contrôlé par la cité (agora) se situe probablement dans ce mouvement.
Conclusion
25En l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons déterminer le moment d’émergence du marché sur la place du Céramique. D’un côté, on ne peut exclure l’hypothèse d’une continuité des activités marchandes dans cet espace entre les époques archaïque et classique, le lieu réunissant des conditions favorables à la tenue d’un marché dès le début de l’époque archaïque (voire antérieurement). La tradition d’échanges associée au lieu pourrait alors être ancienne, répondant à des dynamiques spatiales et sociales particulières. D’un autre côté, nous avons peu de traces d’activités marchandes sur l’agora et dans ses environs avant le début du ve siècle, laissant suggérer qu’avant cette période les échanges se déroulaient principalement ailleurs. Le marché, lieu d’échanges contrôlé par la cité, aurait alors pu être déplacé au moment de l’établissement de la nouvelle agora du Céramique vers 500 av. J.‑C. Nous pouvons alors difficilement dépasser le stade de la conjecture – d’autant que rien n’exclut a priori l’existence simultanée de plusieurs marchés urbains à l’époque tardoarchaïque. D’un point de vue documentaire, il semble bien y avoir une corrélation entre le développement de l’agora du Céramique comme centre civique et comme centre des échanges entre la fin du vie siècle et le moment de la réorganisation de la place vers 480. Au cours du ve siècle, la monumentalisation de la place se caractérise par la construction d’infrastructures à la fois civiques et marchandes. L’essor de ce centre civique et commercial est contemporain du développement de l’archè athénienne, l’agora devenant un centre de redistribution des biens en lien avec l’essor du port marchand, l’emporion. Si l’émergence du marché du Céramique d’Athènes, comme lieu d’échanges informel ou contrôlé par la cité, reste floue, les sources postérieures fournissent d’autres indices. Des témoignages de la fin du ve siècle et du ive siècle suggèrent que quelles que soient les raisons qui motivent l’instauration d’un marché dans la cité – un traité de paix fictif entre l’Athénien Dicéopolis, héros de la comédie Les Acharniens d’Aristophane, et la ligue du Péloponnèse88, ou bien encore l’encombrement bien réel d’une agora de dème (avec le décret de Sounion)89 –, son établissement doit passer par le bornage d’une agora, nouvel espace réglementé par la cité, contrôlé et placé sous la supervision de magistrats.
Notes de bas de page
1Voir en particulier les travaux issus du groupement de recherches internationales (GDRI) du CNRS « Les marchés antiques. Espaces, pratiques, institutions », né à la suite des Rencontres de Saint-Bertrand-de-Comminges sur l’économie antique (1994-2004), et codirigé par Véronique Chankowski et Raymond Descat (2009-2012) : Laurent Capdetrey et Claire Hasenohr, Agoranomes et édiles. Institutions des marchés antiques, Pessac, Ausonius Éd., 2012 ; V. Chankowski et Pavlos Karvonis (dir.), Tout vendre, tout acheter. Structures et équipements des marchés antiques. Actes du colloque d’Athènes, 16-19 juin 2009, Pessac, Ausonius Éd., 2012 ; Athena Tsingarida et Didier Viviers, Pottery Markets in the Ancient Greek World, Bruxelles-Paris, CReA-Patrimoine-De Boccard, 2013. Voir également les travaux portant sur les espaces de stockage dans le cadre du projet ANR « Entrepôts et lieux de stockage du monde gréco-romain antique » (2009-2012) qui ont donné lieu à une base de données collaborative en ligne, www.entrepots-anr.efa.gr/p-bdd_fr.htm, ainsi qu’à une publication : V. Chankowski, Xavier Lafon et Catherine Virlouvet, Entrepôts et circuits de distribution en Méditerranée antique, Athènes, Éd. de l’École française d’Athènes, 2018.
2R. Descat notait en 2006 avec un certain paradoxe que « si le marché est sans aucun doute au cœur du débat sur l’économie antique, il n’en est pas pour autant au cœur de sa réflexion. Le marché antique, au fond, n’a pas ou très peu été un objet d’étude […] » : R. Descat, « Le marché dans l’économie de la Grèce antique », Revue de synthèse, n° 127, 2006, p. 257.
3Sur la naissance du marché comme espace institutionnalisé, voir R. Descat, « La loi de Solon sur l’interdiction d’exporter les produits attiques », dans Alain Bresson et Pierre Rouillard (dir.), L’emporion, Paris, De Boccard, 1993, p. 145-161 ; R. Descat, « Le marché dans l’économie de la Grèce antique », art. cité. Voir infra, partie II.
4Voir en particulier les publications de la revue trimestrielle Hesperia éditée par l’ASCSA depuis 1932 ainsi que les 38 volumes de The Athenian Agora édités par l’ASCSA depuis 1953.
5À titre d’exemple, on comptait en 2006 plus de 70 000 pièces de monnaie, 35 000 pièces de poterie, 7 600 inscriptions, 3 500 morceaux de sculptures, 6 000 lampes, 5 000 fragments architecturaux, 15 000 timbres amphoriques, découverts sur l’Agora même (Craig A. Mauzy et John McK. Camp, Agora Excavations, 1931-2006: A Pictorial History, Athens, The American School of Classical Studies at Athens, 2006, p. 72-73). Sur l’histoire du site, voir J. McK. Camp, The Athenian Agora: Excavations in the Heart of Classical Athens, New York, Thames and Hudson, 1986 (et les rééditions successives).
6Agora I 5510 = IG I3 1087 = Agora XIX: H25, pl. 2 (in situ) ; Agora I 7039 = IG I3 1088 = Agora XIX: H26, pl. 2 (in situ) ; Agora I 5675 = IG I3 1089 = Agora XIX: H27. Sur ces horoi, voir Homer A. Thompson et Richard E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. XIV, The Agora of Athens: The History, Shape and Uses of Ancient City Center, Princeton, The American School of Classical Studies at Athens, 1972, p. 117-118 ; J. McK. Camp, The Athenian Agora: Excavations…, op. cit., p. 48. Ces horoi étaient probablement installés des deux côtés des rues qui bordaient la place.
7Contrairement à la partie ouest, le bornage de la partie située à l’est de la voie panathénaïque de la place est difficile à saisir. Pour certains spécialistes, à l’époque classique, l’est de la place n’appartenait pas à l’agora (Clare F. Kelly-Blazeby, « Tavernas in Ancient Greece c. 475-146 BC: An Archaeological Perspective », Assemblage, vol. 6, 2001 ; Jessica Paga, Building Democracy in Late Archaic Athens, New York, Oxford University Press, 2021). Contra : H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. XIV…, op. cit., p. 170 ; P. Karvonis, « The Athenian Agora as a Commercial Centre: Archaeological and Literary Evidence », dans Attika. Archäologie einer « zentralen » Kulturlandschaft, Akten der internationalen Tagung vom 18.-20. Mai 2007 in Marburg, Wiesbaden, Harrassowitz, 2010, p. 137-150. Plus généralement, les limites légales et juridiques de l’agora, circonscrites par les horoi, restent incertaines et objet de débats. Voir notamment les discussions dans Gerald V. Lalonde, Merle K. Langdon et Michael B. Walbank, The Athenian Agora, vol. XIX, Inscriptions: Horoi, Poletai Records, Leases of Public Lands, Princeton, The American School of Classical Studies at Athens, 1991, p. 10‑11.
8Voir par ex. : Sviatoslav Dmitriev, The Birth of the Athenian Community: From Solon to Cleisthenes, Londres, New York, Routledge, 2018, p. 5-9, 110-111 ; J. Paga, Building Democracy in Late Archaic Athens, New York, Oxford University Press, 2021. Voir également infra, partie II.
9Sur cette question, voir en particulier P. Karvonis, « The Athenian Agora as a Commercial Centre… », art. cité.
10Découverte de fragments de poterie probablement utilisés comme tests de cuisson : H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. XIV…, op. cit., p. 186.
11H. A. Thompson, The Tholos at Athens and its Predecessors, Baltimore, The American School of Classical Studies at Athens, 1940, p. 5 et s. ; H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. XIV…, op. cit., p. 186 ; Frank Börner, Die bauliche Entwicklung Athens als Handelsplatz in archaischer und klassischer Zeit, Munich, Tuduv, 1996, p. 25, n° 1.
12H. A. Thompson, « Activities in the Athenian Agora: 1959 », Hesperia, vol. 29, n° 4, 1960, p. 332. En analysant le remplissage d’un puits (dont le contenu a été daté du viie siècle av. J.‑C.), le spécialiste identifie des tests de cuisson, suggérant le fonctionnement d’un atelier de potier à proximité. Voir également H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. XIV…, op. cit., p. 186 et F. Börner, Die bauliche Entwicklung Athens, op. cit., p. 25, n° 2.
13T. Leslie Shear a découvert, dans un puits fermé au milieu du vie siècle av. J.‑C., de grandes quantités d’argile purifiée : T. L. Shear, « The Campaign of 1932 », Hesperia, vol. 2, n° 4, 1933, p. 472 et s. Pour H. A. Thompson, il est possible qu’il s’agisse de restes d’un atelier de potier : H. A. Thompson, « Buildings on the West Side of the Agora », Hesperia, vol. 6, n° 1, 1937, p. 3 et s. et « Activities in the Athenian Agora: 1958 », Hesperia, vol. 28, n° 1, 1959, p. 99. Voir également H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. XIV…, op. cit., p. 186 et F. Börner, Die bauliche Entwicklung Athens, op. cit., p. 25, n° 3.
14T. L. Shear a identifié une fosse avec des restes de poterie suggérant une utilisation entre le troisième quart du vie siècle et les années 480 av. J.‑C. : T. L. Shear, « The Campaign of 1932 », art. cité, p. 456 et s. Selon H. A. Thompson, les restes de poterie indiquent des ateliers de poterie à proximité : H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. XIV…, op. cit., p. 186 ; F. Börner, Die bauliche Entwicklung Athens, op. cit., p. 26, n° 5.
15Mabel Lang conclut du remplissage en céramique d’un puits, daté de l’époque archaïque par Thompson, découvert juste en dessous de l’extrémité sud de la stoa d’Attale, qu’il y avait à proximité immédiate un atelier de potier utilisé au moins jusqu’à la fin du ve siècle : voir H. A. Thompson, « Activities in the Athenian Agora, 1954 », Hesperia, vol. 24, n° 1, 1955, p. 62 et s. ; « Activities in the Athenian Agora: 1955 », Hesperia, vol. 25, n° 1, 1956, p. 57 ; Mabel Lang et Margaret Crosby, The Athenian Agora, vol. X, Weights, Measures, and Tokens, Princeton, American School of Classical Studies at Athens, 1964, p. 56 et s. Voir aussi F. Börner, Die bauliche Entwicklung Athens, op. cit., p. 26, n° 6.
16P. Karvonis, « The Athenian Agora as a Commercial Centre… », art. cité, p. 139.
17Voir notamment H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. XIV…, op. cit., p. 137 et 189, fig. 47 ; F. Börner, Die bauliche Entwicklung Athens, op. cit., p. 25, n° 4.
18Voir en particulier Mark Lawall, « The Archaeology of Markets and Trade », The Cambridge Companion to Ancient Athens, Cambridge, Cambridge University Press, 2021, p. 244‑256.
19Sur ces dépôts, voir en particulier Kathleen M. Lynch, « The Persian Destruction Deposits and the Development of Pottery. Research at the Agora Excavations », dans J. McK. Camp et C. A. Mauzy, The Athenian Agora: New Perspectives on Ancient Site, Mayence, Philip von Zabern, 2009, p. 69-76 ; idem, « Depositional Patterns and Behavior in the Athenian Agora: When Disaster Strikes », dans Pottery in the Archaeological Record: Greece and Beyond. Acts of the International Colloquium Held at the Danish and Canadian Institutes in Athens, June 20-22 2008, Aarhus, Aarhus University Press, 2011, p. 68‑74.
20Contrairement aux dépotoirs communs, ces 22 dépôts contiennent des objets complets et à peine utilisés : K. M. Lynch, « Depositional Patterns and Behavior… », art. cité.
21Ibid.
22Ibid.
23Voir : M. Lawall, « Amphoras and Hellenistic Economies: Addressing the (Over) Emphasis on Stamped Amphora Handles », Making, Moving and Managing: The New World of Ancient Economies, 323-31 BC, Oxford, Oxbow Books, 2005, p. 188-232 ; idem, « Greek Amphorae in the Archaeological Record », dans Pottery in the Archaeological Record…, op. cit., p. 38-50 ; idem, « The Archaeology of Markets and Trade », art. cité.
24Ibid.
25M. Lawall, « Amphoras and Hellenistic Economies… », art. cité ; idem, « Greek Amphorae in the Archaeological Record », art. cité.
26Voir M. Lang, The Athenian Agora, vol. XXI, Graffiti and Dipinti, Princeton, American School of Classical Studies at Athens, 1988. Cela ne signifie pas qu’il n’existait aucune marque associée à la production ou à la vente avant cela, mais elles restent rares et plus difficiles à interpréter. À Athènes, on rencontre dès l’Âge du fer, sur de la céramique athénienne, des marques de potiers et des graffitis, pouvant comprendre des notations numériques et symboles dont l’interprétation reste toutefois incertaine, notamment sur des amphores et des hydries. En dehors d’Athènes (mais toujours sur de la céramique athénienne), nous trouvons des marques de propriété sur des amphores de type SOS, ainsi que des marques commerciales sur la céramique fine de l’époque archaïque (voir Alan W. Johnston, Trademarks on Greek Vases, Warminster, Aris & Philips, 1979). Voir M. Lawall, « The Archaeology of Markets and Trade », art. cité, p. 246.
27La plupart, datant du dernier tiers du ve siècle, ont été trouvés au sud-est de la place : M. Lawall, « Graffiti, Wine Selling, and the Reuse of Amphoras in the Athenian Agora, CA. 430 to 400 B.C. », Hesperia, 69, 2000, p. 3-90. Récemment, de nombreuses notations commerciales ont été identifiées au sud-ouest : M. Lawall, « The Archaeology of Markets and Trade », art. cité.
28Chavdar Tzochev, The Athenian Agora, vol. XXXVII, Amphora Stamps from Thasos, Princeton, American School of Classical Studies at Athens, 2016. Voir aussi les volumes en préparation de Gerald Finkielsztejn sur les timbres des amphores rhodiennes ainsi que de Mark Lawall sur les amphores de transport.
29C. Tzochev, The Athenian Agora…, op. cit.
30Voir M. Lang et M. Crosby, The Athenian Agora…, op. cit.
31Cf. infra, II.
32P. Karvonis, « The Athenian Agora as a Commercial Centre… », art. cité, p. 140. Avant cela, nous pouvons évoquer le bâtiment F, situé au sud-ouest de la place, daté du dernier tiers du vie siècle. Sa nature reste très incertaine, mais une vocation commerciale a été proposée (cf. infra, partie II).
33T. L. Shear, « The Athenian Agora: Excavations of 1970 », Hesperia, vol. 40, n° 3, 1971, p. 265 et idem, « The Athenian Agora: Excavations of 1971 », Hesperia, vol. 42, n° 2, 1973, p. 140. Voir aussi F. Börner, Die bauliche Entwicklung Athens…, op. cit., p. 80-81 ; P. Karvonis, « The Athenian Agora as a Commercial Centre… », art. cité, p. 140.
34Située dans le quartier dit « des Marbriers », la maison abritait un atelier de marbrier dès le début de son occupation en 475 (découverte de poussière et d’éclats de marbre, de sculptures inachevées et d’outils). Voir F. Börner, Die bauliche Entwicklung Athens…, op. cit., p. 26-27, n° 7 ; P. Karvonis, « The Athenian Agora as a Commercial Centre… », art. cité, p. 140. Young suppose que des tailleurs de pierre y étaient déjà actifs au vie siècle av. J.‑C. : R. S. Young, « An Industrial District of Ancient Athens », Hesperia, vol. 20, n° 3, 1951, p. 146. Voir aussi T. L. Shear, « The Athenian Agora: Excavations of 1968 », Hesperia, vol. 38, n° 3, 1969, p. 385.
35Elle a pu être associée notamment à la stoa Alphitopolis, bâtiment dans lequel la farine était vendue. Voir sur ce point Riccardo Di Cesare, « Studio storico-topografico di un brano aristofaneo (Ecclesiazuse, vv. 681-686) », ASAtene, n° 90, 2012, p. 137-166. Par ailleurs, une dédicace de métronomes, magistrats chargés de la surveillance des poids et des mesures, datée de la fin du iiie siècle av. J.‑C. et retrouvée dans l’une des pièces, a fait suggérer un lien entre le bâtiment et les activités commerciales (SEG 24, 157).
36P. Karvonis, « Lieux et locaux de vente dans la Grèce égéenne du ive au début du ier siècle av. J.‑C. », thèse de doctorat, université Paris Nanterre, 2004 ; P. Karvonis, « The Athenian Agora as a Commercial Centre… », art. cité, p. 140 et n° 25 pour les références bibliographiques.
37Des activités identifiées grâce à la découverte de grands ensembles de matériel dans deux puits (plus de 200 amphores dont un grand nombre portant des graffitis, de la céramique de table et vaisselle culinaire). On aurait ainsi un kapèleion dont l’activité se situerait entre le milieu du ve siècle jusque dans les années 430 (dépôt R 13:4) ; un peu plus à l’est, un autre kapèleion et éventuellement une boutique de vin auraient fonctionné au début du ive siècle (dépôt U 13:1). Dans ce dernier dépôt, on a encore découvert de grandes quantités de fragments d’os de divers animaux (comprenant des bovins, des moutons, des chèvres, des porcs, des équidés, des chiens, des tortues), suggérant qu’il y avait peut-être une boucherie à proximité (T. L. Shear), ou qu’ils étaient simplement liés au service de nourriture dans la taverne (notamment car ont aussi été découverts des arêtes de poissons et des restes de coquillages [murex, huîtres, moules]). Sur les activités commerciales du sud-est de la place, voir notamment T. L. Shear, « The Athenian Agora: Excavations of 1973-1974 », Hesperia, vol. 44, n° 4, 1975, p. 357-359 ; F. Börner, Die bauliche Entwicklung Athens…, op. cit., p. 122 ; M. Lawall, « Graffiti, Wine Selling… », art. cité, et C. F. Kelly-Blazeby, « Tavernas in Ancient Greece… », art. cité.
38Les auteurs anciens semblent confirmer cela, voir infra.
39Sur ces trous de poteaux, voir : Wolfram Hoepfner, Kerameikos X. Das Pompeion und seine Nachfolgerbauten, Berlin, De Gruyter, 1976, p. 16-22 ; T. L. Shear, « The Athenian Agora: Excavations… », art. cité, p. 362-363 ; J. McK. Camp, The Athenian Agora: Excavations…, op. cit., p. 45 ; P. Karvonis, « The Athenian Agora as a Commercial Centre… », art. cité, p. 141.
40Nous n’allons pas développer cet aspect déjà bien traité par plusieurs spécialistes, en particulier P. Karvonis, « The Athenian Agora as a Commercial Centre… », art. cité. Voir également : R. E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. III, Literary and Epigraphical Testimonia, Princeton, The American School of Classical Studies at Athens, 1957 ; H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. XIV…, op. cit., p. 170-191 ; F. Börner, Die bauliche Entwicklung Athens…, op. cit.
41Voir en particulier : Aristophane (comédie ancienne) ; Alexis, Antiphane, Ménandre (comédies moyenne et nouvelle) ; Xénophon (l’Économique, les Revenus, les Mémorables) (écrits historiques) ; Platon (le Politique, les Lois) et Aristote (la Politique, la Constitution des Athéniens) (traités politico-philosophiques) ; Théophraste (les Caractères).
42Sur les ventes aux enchères en kukloi, voir Jean-Charles Moretti, Myriam Fincker et V. Chankowski, « Les cercles de Sôkratès. Un édifice commercial sur l’agora de Théophrastos à Délos », dans Tout vendre, tout acheter. Structures et équipements des marchés antiques. Actes du colloque d’Athènes, 16-19 juin 2009, Pessac, Ausonius Éd., 2012, p. 225‑246.
43Sur le moment où l’agora est pleine, voir notamment Hérodote, Histoires, II, 173 ; IV, 181, 14 ; Xénophon, Anabase, 1, 8, 1 ; 2, 1,7 et Mémorables, I, 1, 10 ; Thucydide, Guerre du Péloponnèse, VIII, 92, 2 ; Platon, Gorgias, 469d ; Théophraste, Caractères, XI, 4‑5.
44Ménandre, fr. 666 K-A.
45Eschine, I, Contre Timarque, 65, 1.
46Lysias, XXIII, Contre Pancléon, 6‑7.
47Xénophon, Économique, VIII, 22.
48Lysias, XXIII, Contre Pancléon, 6‑7.
49Selon plusieurs spécialistes, c’est probablement à l’est de la voie des Panathénées que le marché devait principalement se tenir (la partie ouest étant occupée par des bâtiments civiques et des temples, l’est offrait davantage d’espace. C’est par ailleurs dans cette partie qu’est construite à l’époque hellénistique la stoa d’Attale, grand bâtiment commercial) : R. E. Wycherley, « The Market of Athens: Topography and Monuments », Greece & Rome, vol. 3, n° 1, p. 10 ; H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. XIV…, op. cit., p. 170 ; R. Di Cesare, « A Short History of the Athenian Agorai », Αρχιτέκτων: Honorary volume for Professor Manolis Korres, Athènes, Ekdotikós Oíkos Mélissa, 2016, p. 163-174 ; M. Lawall, « The Archaeology of Markets and Trade », art. cité, p. 247.
50Plation, Apologie de Socrate, 26d-e. Voir Menico Caroli, « Gli scribi del tiranno, i librai del demos », ASAtene, n° 89, 2011, p. 9‑24.
51Situé au sud de la place, l’Aiakeion était utilisé comme grenier à blé à la fin du ive siècle au moins tandis que la South Stoa I a pu être identifiée à la stoa Alphitopolis (où la farine était vendue), cf. supra, note 35.
52Voir notamment : H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora, vol. XIV…, op. cit., p. 171 ; Ronald S. Stroud, « An Athenian Law on Silver Coinage », Hesperia, vol. 43, n° 2, 1974, p. 167 et n° 30.
53Pour ces boutiques et ateliers-boutiques : Lysias, Pour l’Invalide, 24, 20. Il y avait par ailleurs, près des hermès situés au nord de la place, un fameux barbier au début du ive siècle (Lysias, Contre Pancléon, 23, 3).
54Xénophon, Mémorables, IV, 2, 1.
55Démosthène, Contre Midias, 21, 22.
56Andocide, Sur les Mystères, 1, 40.
57Le changement ne semble pas brutal, ni d’un point de vue chronologique ni d’un point de vue quantitatif.
58La place a été progressivement dégagée au cours du viie siècle et surtout au vie siècle tandis que plusieurs des routes qui mènent à l’agora sont anciennes (certaines remontant à la préhistoire), pouvant faire de cet espace un lieu stratégique pour des activités commerciales. Voir F. Börner, Die bauliche Entwicklung Athens…, op. cit., p. 30-31 et Emanuele Greco, Topografia di Atene: Sviluppo urbano e monumenti dalle origini al iii secolo d.C., t. 3, Quartieri a nord e a nord-est dell’Acropoli e Agora del Ceramico, Athènes, Scuola Archaeologica Italiana di Atene, 2014.
59Voir F. Börner, Die bauliche Entwicklung Athens…, op. cit., p. 30-31 et P. Karvonis, « The Athenian Agora as a Commercial Centre… », art. cité, p. 140.
60M. Lawall, « The Archaeology of Markets and Trade », art. cité, p. 247.
61Sur l’ancienne et la nouvelle agora, voir notamment Roland Martin, Recherches sur l’Agora grecque. Études d’histoire et d’architecture urbaines, Paris, De Boccard, 1951, p. 256-257 ; E. Greco, Topografia di Atene…, op. cit., p. 895-917 ; E. Greco, « Athènes : histoire archéologique des espaces publics à l’époque archaïque jusqu’à la chute des tyrans », dans En Grèce et en Grande Grèce. Archéologie, espace et sociétés : quatre conférences au Collège de France (Paris, 2014), Naples, Publications du Centre Jean Bérard, 2020, p. 11-40 ; Christopher Dickenson, « Pausanias and the “Archaic Agora” at Athens », Hesperia, vol. 84, n° 4, 2015, p. 723-770 ; R. Di Cesare, « A Short History of the Athenian Agorai », art. cité.
62Parmi ceux qui doutent de l’existence d’une agora archaïque antérieure à celle du Céramique, nous trouvons Frank Kolb (par ex. F. Kolb, « Bemerkungen zur archaischen Geschichte Athens: Peisistratos und Dionysos, das Heiligtum des Dionysos Lenaios, und das Problem der “Alten Agora” in Athen », dans Ronald Mellor et Lawrence Tritle (dir.), Text and Tradition: Studies in Greek History and Historiography in Honor of Mortimer Chambers, Claremont, Regina Books, 1999, p. 203-218) et Patrick Marchetti, « Métamorphoses de l’agora d’Athènes à l’époque augustéenne », dans Laurence Cavalier, R. Descat, Jacques des Courtils (dir.), Basiliques et agoras de Grèce et d’Asie Mineure, Pessac, Ausonius Éd., 2012, p. 214-216. Parmi ceux qui soutiennent son existence, nous pouvons mentionner, parmi les spécialistes déjà cités, J. McK. Camp, The Archaeology of Athens, New Haven, Yale University Press, 2001, p. 32-34 ; E. Greco, Topografia di Atene…, op. cit. ; R. Di Cesare, « A Short history of the Athenian Agorai », art. cité ; M. Lawall, « The Archaeology of Markets and Trade », art. cité. Pour d’autres références, voir notamment C. Dickenson, « Pausanias and the “Archaic Agora” at Athens », art. cité, p. 724, n° 5.
63Pour les différents débats, nous renvoyons à E. Greco, Topografia di Atene…, op. cit., p. 895-917 et C. Dickenson, « Pausanias and the “Archaic Agora” at Athens », art. cité, p. 723‑725.
64Voir en particulier : E. Greco, Topografia di Atene…, op. cit., p. 895-917 ; E. Greco, « Athènes : histoire archéologique… », art. cité ; R. Di Cesare, « A Short History of the Athenian Agorai », art. cité ; M. Lawall, « The Archaeology of Markets and Trade », art. cité. Pour une remise en question du témoignage de Pausanias : C. Dickenson, « Pausanias and the “Archaic Agora” at Athens », art. cité.
65Voir notamment P. Marchetti, « Les prytanées d’Athènes », Archimède, n° 4, 2017, p. 94‑109.
66Voir en particulier R. Martin, Recherches sur l’agora…, op. cit., p. 256, 261 ; H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora…, op. cit., p. 19-20 ; J. McK. Camp, The Athenian Agora: Excavations…, op. cit., p. 37-38 ; J. McK. Camp, The Athenian Agora: A Guide to the Excavation and Museum, Athens, American School of Classical Studies at Athens, 1990, p. 19-22 ; Noel Robertson, Festivals and Legends: The Formation of Greek Cities in the Light of Public Ritual, Toronto, University of Toronto Press, 1992, p. 95 ; P. Karvonis, « The Athenian Agora as a Commercial Centre… », art. cité ; S. Dmitriev, The Birth of the Athenian Community…, op. cit., p. 5.
67De nombreux spécialistes ont admis que les constructions publiques les plus anciennes de la place ne sont pas antérieures à la seconde moitié du vie siècle av. J.‑C. et même au tournant du ve siècle. Voir en particulier E. Greco, « Su alcuni studi di topografia ateniese alla SAIA: Vecchie ipotesi e nuove prospettive », ASAtene, n° 87, 2009, p. 217-233 ; E. Greco, Topografia di Atene…, op. cit. L’idée que l’espace devient l’agora de la cité seulement au tournant du ve siècle avait déjà été proposée par T. L. Shear, « Ἰσονόμους τ ̓ Ἀθήνας ἐποιησάτην: The Agora and the Democracy », dans The Archaeology of Athens and Attica under the Democracy: Proceedings of an International Conference Celebrating 2500 Years since the Birth of Democracy in Greece, Held at the American School of Classical Studies at Athens, Dec. 4-6 1992, Oxford, Oxbow Books, 1994, p. 225-248, suivi par N. Roberston, « The City Center of Archaic Athens », Hesperia, vol. 67, n° 3, 1998, p. 283-302 ; Robin Osborne, « Did Democracy Transform Athenian Space? », dans Building Communities: House, Settlement and Society in the Aegean and Beyond, Londres, British School at Athens, 2007, p. 195-199. Voir plus récemment E. Greco, Topografia di Atene…, op. cit., p. 895-917 et id., « Athènes : histoire archéologique… », art. cité ; R. Di Cesare, « A Short History of the Athenian Agorai », art. cité et tout récemment J. Paga, Building Democracy in Late Archaic Athens, op. cit., p. 77‑126.
68La place aurait amorcé une transformation dès le début du vie siècle, cessant d’abord d’être un lieu d’inhumation (vers 600) puis d’habitation (marqué par la fermeture de nombreux puits domestiques, d’abord au viie siècle puis au milieu du vie siècle).
69Voir E. Greco, « Su alcuni studi… », art. cité, p. 226-228 ; E. Greco, Topografia di Atene…, op. cit., p. 911-916 ; R. Di Cesare, « A Short History of the Athenian Agorai », art. cité, p. 169. Pour une autre vision, voir R. Osborne, « Did Democracy Transform Athenian Space? », art. cité, p. 198-199. Ce dernier suggère qu’avec les réformes de Clisthènes, les dèmes risquaient de désolidariser la communauté. L’agora serait alors devenue un espace neutre pour les différents groupes.
70Stephen G. Miller, « Architecture as Evidence for the Identity of the Early Polis », dans Sources for the Ancient Greek City-State: Symposium August 24-27, 1994, Acts of the Copenhagen Polis Centre 2, Copenhague, Munksgaard, 1995, p. 220, 224, n° 4 ; Samantha Martin-McAuliffe et John K. Papadopoulos, « Framing Victory: Salamis, the Athenian Acropolis, and the Agora », Journal of the Society of Architectural Historians, vol. 71, n° 3, 2012, p. 332‑361.
71Pour ces révisions de datations, voir notamment la bibliographie présentée par C. Dickenson, « Pausanias and the “Archaic Agora” at Athens », art. cité, p. 724, n° 4.
72D’abord daté entre la fin du vie et le tout début du ve siècle par H. A. Thompson (H. A. Thompson, The Tholos at Athens…, op. cit. ; voir aussi H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora…, op. cit., p. 29 ; J. McK. Camp, The Athenian Agora: Excavation…, op. cit., p. 52). Thompson, après réexamen, suggère une datation plus basse, compatible avec celle de la Tholos, vers 460 : H. A. Thompson, « Athens Faces Adversity », Hesperia, vol. 50, n° 4, 1981, p. 345‑346.
73Voir H. A. Thompson et R. E. Wycherley, The Athenian Agora…, op. cit., p. 117-118 (entre ca. la fin du vie et 480) ; G. V. Lalonde, M. K. Langdon et M. B. Walbank, The Athenian Agora…, op. cit., p. 27-28, nos H25-H28 (vers 500) ; J. McK. Camp, The Athenian Agora: Excavation…, op. cit., p. 48 (vers 500).
74Voir notamment : S. Dmitriev, The Birth of the Athenian Community…, op. cit., p. 5 ; M. Lawall, « The Archaeology of Markets and Trade », art. cité, p. 247 ; voir aussi J. Paga, Building Democracy…, op. cit., p. 78-126, spéc. p. 81. Contra, voir supra, notes 70-72. Voir également les conclusions de I. Fr. Börner, suggérant une continuité des activités marchandes sur la place du Céramique, passant d’un marché « primitif » informel à un marché contrôlé par la cité à l’époque de Solon. Le spécialiste suppose toutefois que l’agora du Céramique a été instituée par Solon, une hypothèse aujourd’hui invalidée ; cf. supra, la partie A « Agora archaïque et agora classique ».
75Peut-être déjà un tel emploi dans l’épigramme homérique XIV (5) où agora désigne le marché des potiers. La date reste toutefois incertaine. Voir R. Martin, Recherches sur l’Agora grecque…, op. cit., p. 279 et s. ; Corinne Coulet, Communiquer en Grèce ancienne. Écrits, discours, information, voyages, Paris, Les Belles Lettres, 1996, p. 55, n° 1 ; R. Descat, « Le marché dans l’économie de la Grèce antique », art. cité, p. 259.
76Trad. Philippe-Ernest Legrand, 1932.
77L’importance de ce passage a été soulignée à maintes reprises ; voir notamment : R. Martin, Recherches sur l’agora grecque…, op. cit., p. 281 ; Mogens Hansen et Tobias Fischer-Hansen, « Monumental Political Architecture in Archaic and Classical Greek Poleis: Evidence and Historical Significance », From Political Architecture to Stephanus Byzantius: Sources for the Ancient Greek Polis, Stuttgart, F. Steiner, 1994, p. 46 ; Paul Millett, « Encounters in the Agora », Kosmos: Essays in Order, Conflict and Community in Classical Athens, Cambridge, Cambridge University Press, 1998, p. 203-228. L’anecdote des Grecs se trompant les uns les autres sur l’agora semble avoir été un lieu commun dans la littérature grecque ; voir Alain Bresson, L’économie de la Grèce des cités, fin vie-ier siècle av. J.‑C., t. 2, Les espaces de l’échange, Paris, Armand Colin, 2008, p. 17‑18.
78Sur le développement du lexique de l’échange à partir du vie siècle, voir également Mario Lombardo, « Circolazione monetaria e attività commerciali tra vi e iv secolo », dans Salvatore Settis (dir.), I Greci. Storia, Cultura, Arte, Società, 2. Una storia greca, II, Definizione, Turin, Einaudi, 1997, p. 681‑706.
79Plutarque, Vie de Solon, 24.
80R. Descat, « La loi de Solon sur l’interdiction d’exporter les produits attiques », L’emporion, op. cit., p. 145-161 ; idem, « Le marché dans l’économie de la Grèce antique », art. cité, p. 261 : « La loi solonienne publiée vers 594 avant Jésus-Christ, n’a pas, comme on l’a souvent pensé, une signification anecdotique. Elle marque l’acte de naissance du marché à Athènes. »
81Connu par un passage de Démosthène : Démosthène, Contre Euboulidès, 57, 30.
82Sur la réforme métrologique de Solon et les discussions afférentes, nous pouvons consulter Véronique Van Driessche, Études de métrologie grecque, vol. I, Louvain-la-Neuve, Association de numismatique Professeur Marcel Hoc, 2009, p. 72 ; Delfim F. Leão et Peter J. Rhodes, The Laws of Solon: A New Edition with Introduction, Translation and Commentary, Londres-New York, I. B. Tauris, 2015, p. 183 et s.
83Démosthène, Contre Aristocrate, 23, 39.
84Cf. note 74, supra.
85Les premiers témoignages attestant l’existence de magistrats du marché remontent aux années 420 (voir la référence à Aristophane infra).
86SEG 36, 790. Vers 480 av. J.‑C.
87Stèle datée vers 470-460. Voir H. Duchêne, La stèle du port. Fouilles du port 1. Recherches sur une nouvelle inscription thasienne, Athènes, EFA, 1993.
88Aristophane, Acharniens (425 av. J.‑C.) : vers 719‑728.
89IG, II, 1180 (mi-ive siècle av. J.‑C.) : décret en l’honneur de Lykios prévoyant l’installation d’une nouvelle agora à Sounion. Stèle de marbre pentélique.
Auteur
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Louise Fauchier
Spécialiste de l’histoire économique et sociale de la Grèce ancienne, Louise Fauchier est actuellement chercheuse associée au laboratoire Histoire et sources des mondes antiques (UMR 5189). Elle a soutenu en 2023 une thèse sur « Les formes de sociabilité sur les marchés athéniens : une étude sur les comportements et les relations interpersonnelles en contexte marchand aux époques classique et hellénistique » sous la direction de Véronique Chankowski, université Lumière Lyon 2, et a notamment publié : « Les espaces marchands dans l’Athènes classique. Des lieux de mobilisation et d’acquisition de savoirs politiques », dans Marco Virgilio García Quintela, Étienne Helmer, Arnaud Macé et Noémie Villacèque (dir.), Les lieux du savoir dans l’Athènes démocratique, Besançon, Presses universitaires de Franche-Comté, DHA suppl. n° 27, 2023, p. 167-190 ; et « Kapèleia et vente à crédit dans l’Athènes classique », Revue des études anciennes, vol. 122, n° 1, 2020, p. 29‑53.
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