n° 35 - La mosquée d’Omar (al-Jâmi‘ al-‘Umarî, Grande mosquée, mosquée du Vendredi)
p. 283-286
Texte intégral
1Datation : omeyyade/seldjoukide/ayyoubide.
2La grande mosquée du Vendredi, qui mesure 34 sur 36 m, est située sur un des axes majeurs de la ville, la rue-marché nord-sud (n° 20). Sa façade est donne sur cette rue et s’ouvre en face du hammam Manjak qui date de 773/1372. La dénomination de mosquée d’Omar (al-Jâmi‘ al-‘Umarî) se réfère sans doute à ‘Umar Ibn al-Khattâb (13/634-23/644), le deuxième calife, sous le règne duquel la Syrie a été conquise par l’Islam. L’attribution de monuments à des conquérants des débuts de l’Islam n’est pas rare en Syrie et en Égypte. Une inscription qui se trouvait gravée sur un pilier à l’intérieur de la mosquée, datée de 128/745-746 et nommant un commandant (émir) du nom de ‘Uthmân Ibn al-Hâkim, semble confirmer pour le moins sa fondation à l’époque omeyyade. S’ajoute une autre inscription de 102/720-721, mentionnant un certain al-Hârith, trouvée dans les déblais au moment des travaux de restauration. On a conclu de ces inscriptions que la mosquée a été construite, en même temps que son minaret, sous le calife omeyyade Yazîd II (101‑720/105-724) et a été restaurée sous le règne du dernier omeyyade Marwân II (127-132/744-750). Dans cette perspective, la tour de la grande mosquée de Bosra était considérée comme le minaret conservé le plus ancien du monde islamique.
3Cette opinion a été corrigée par des recherches récentes qui ont montré que les constructions existantes ont en grande partie été réalisées beaucoup plus tard. On peut distinguer au moins deux phases de construction, l’une du 6e/XIIe, l’autre du 7e/XIIIe s., auxquelles s’ajoutent encore des petites transformations dans d’autres périodes.
4La plus récente des deux grandes phases de construction est datée par une inscription au-dessus du portail central de la façade nord. Elle atteste dans une écriture cursive particulière la restauration de la cour de la mosquée par le pèlerin Yahya ibn ‘Alî ibn Hind (ou Himyan) en l’année 618/1221-1222. La technique de construction du mur nord confirme la datation. Par rapport aux autres murs extérieurs, son épaisseur est sensiblement plus forte et l’utilisation des tambours de colonnes comme boutisses semble inspirée par les tours qui flanquent l’entrée de la citadelle et qui ont été construites en 608/1211-1212 et en 609-10/1213. On peut donc supposer qu’un maître d’ouvrage local a copié une technique que des spécialistes des fortifications ont importée peu auparavant de Damas. En 618/1221-1222, on a agrandi l’espace intérieur de la mosquée de 7,50 m en direction du nord en ajoutant à la construction antérieure une nouvelle aile nord. Comme le minaret, qui à son tour est en saillie de 2,50 m vers le nord, est liaisonné avec le nouveau mur nord, il ne remonte pas à la période islamique ancienne ou omeyyade, mais a été construit en même temps que la façade nord en 618/1221-1222.
Plan de la mosquée d’Omar

D’après Meinecke, Aalund 2005, suppl. IV
5La plus grande partie des murs extérieurs est plus ancienne que cette extension d’époque ayyoubide. Il est certain que l’organisation interne, avec ses arcades, remonte elle aussi, en grande partie, à cette phase plus ancienne. Avant l’extension de 618/1221-1222, le bâtiment de la mosquée occupait une surface d’environ 29 sur 35 m et la cour était sensiblement plus petite que dans l’état actuel. La façade est de la mosquée était articulée, selon une symétrie axiale, par trois portails et cinq fenêtres. La salle de prière et le portique nord devaient être couverts par une charpente en bois à deux pentes, car les travées larges de presque 5 m ne pouvaient être couvertes par des poutres en pierre.
6Le plan de la mosquée du Vendredi à Bosra est inspiré par la mosquée des Omeyyades de Damas. Ce monument célèbre du début du 2e/VIIIe siècle, restauré en 475/1082-1083 et en 503/1109-1110, a servi de modèle pendant plusieurs siècles pour les mosquées du Vendredi édifiées en Syrie et dans le nord de la Mésopotamie, par exemple à Resafa, Harrân et Diyarbekir, dans le faubourg de Damas, Salihiya, et à Der‘â, ville voisine de Bosra, dans le Hauran. Tous ces monuments ont en commun la disposition des arcades de la salle de prière, parallèles au mur orienté vers la Mecque (qibla), l’accentuation de l’axe médian par un élargissement de l’entrecolonnement de l’arcade, où l’on voit un écho du « transept » du modèle omeyyade, et la disposition des entrées dans les murs latéraux immédiatement au nord de la salle de prière. La grande mosquée de Bosra s’intègre dans une série de mosquées édifiées à partir de la fin du 5e/XIe s. C’est aussi de cette période que date l’inscription commémorant la construction qui se trouvait autrefois au-dessus du portail est. Le texte atteste en l’an 506/1112-1113 la « rénovation » de la mosquée du Vendredi, sur l’initiative du général Abû Mansûr Kumushtakîn. Cette expression pourrait désigner, comme dans bien d’autres cas, une construction nouvelle. C’est pour ce programme que furent apportées du théâtre romain des colonnes en calcaire clair. Par ailleurs, les fenêtres couronnées par des arcs en plein cintre correspondent aux formes architecturales de l’époque omeyyade. On ne peut donc pas exclure qu’une partie des structures conservées aille avec les deux inscriptions du début du 2e/VIIIe s. qui ont été certainement déplacées dans les phases de construction ultérieures.
7L’intérieur de la salle de prière a été couvert d’un enduit blanc et le mur de la qibla décoré de reliefs en stuc. Des fragments de bandeaux inscrits et de l’encadrement de la niche de prière sont conservés. Le style de ces stucs n’a pas de parallèle en Syrie, mais dans le centre et l’est de l’Iran. Les parallèles de ces régions sont si proches qu’il ne peut s’agir d’une simple inspiration. C’est un atelier ayant ses racines en Iran qui a dû réaliser le décor stuqué à Bosra.
La mosquée d’Omar : section nord-sud (en haut) et section est-ouest (en bas, avec à l’est le hamman Manjak).

D’après Meinecke, Aalund 2005, suppl. IIIb, suppl. IIIa et fig. 42
8Dans le siècle qui sépare la construction de la mosquée du général Kumushtakîn en l’an 506/1112-1113 et la phase d’élargissement vers le nord, à laquelle se rattache également le minaret, ont été construites les arcades devant la façade est. Elles ne s’étendent à présent que jusqu’au joint vertical (« coup de sabre ») qui marque une rupture dans la construction et correspond à l’agrandissement de 618/1211-1222. Vraisemblablement dans la même période ont été aussi érigés les portiques des côtés est et ouest de la cour. Ils se distinguent des portiques de la salle de prière par leurs colonnes en basalte.
La mosquée d’Omar : vue de l’intérieur

Avec l’autorisation du Deutsches Archäologisches Institut, Berlin
9À une époque plus récente encore a été installée du côté est, devant le minaret, une fontaine avec plusieurs bassins. Peut-être cette installation est-elle liée à la construction, en 773/1372, du hamman Manjak (n° 36), qui a certainement exigé un meilleur approvisionnement en eau de ce quartier.
10Après leur effondrement, les toits à deux pentes qui couvraient la mosquée à l’origine ont été remplacés par des couvertures plates en poutres de basalte, selon la technique de construction la plus courante dans le Hauran. Il fallait donc diminuer les portées entre les arcades par des supports intermédiaires. Ce réaménagement de la grande mosquée date vraisemblablement de la période mamelouke. Une des dalles de pierre du plafond qui porte une inscription avec le nom de « Haydara » et la date 460/1067-1068 a été trouvée au cours de travaux de restauration dans les déblais ; cette inscription a certainement été réemployée et provient d’un autre bâtiment.
11Depuis l’époque mamelouke, la mosquée a été exposée pendant des siècles à la dégradation : elle n’était manifestement plus utilisée au XIXe siècle. Les travaux de restauration ont commencé en 1938-1939 par l’évacuation des décombres de la partie sud de la mosquée, le démontage des arcades rajoutées ultérieurement et la reconstruction de la façade de la salle de prière. En 1949-1950 ont été reconstruits les portiques latéraux (riwâqs) et le mur extérieur ouest. Dans la dernière phase de la restauration, en 1963-1965, les piliers du riwâq nord ont été reconstruits. Des dalles de béton au-dessus des arcades et une construction en acier au-dessus de la cour ont permis de réutiliser le bâtiment qui sert de nouveau de mosquée du Vendredi à Bosra. Depuis qu’en 1992-1993 le niveau de circulation ancien a été rétabli dans la rue qui la longe, la façade est de la mosquée, avec les arcades qui la précèdent, a repris sa valeur originelle. Elle constitue, avec le hamman Manjak, récemment restauré, un ensemble où s’exprime l’ampleur de l’évolution historique et stylistique de l’architecture islamique au centre Bosra.
Bibliographie
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Farioli Campanati, 1994, p. 97-99
Meinecke, Aalund 2005, p. 55-66
Auteur
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Bosra. Aux portes de l’Arabie
Jacqueline Dentzer-Feydy, Michèle Vallerin, Thibaud Fournet et al. (dir.) منار حمـّـــــاض (trad.)
2007
Glossaire technique trilingue de la pierre
L’exploitation en carrière
Jeanine Abdul Massih et Jean-Claude Bessac
2009
