Introduction du chapitre III
p. 224
Texte intégral
1L’attribution des juridictions iraqiennes résultait d’une double sélection, d’abord par les populations locales puis par le délégant. Chacune de ces deux entités mettait en avant ses critères de prédilection, notamment l’affiliation juridique et tribale. Désirant un cadi issu de la tradition juridique locale, les élites civiles proposaient essentiellement des candidats de leur ville. Les choix successifs conduisant à la décision finale influençaient probablement la façon dont le cadi était investi : aussi les modes de désignation doivent-ils être étudiés. Le délégant se fiait-il aux propositions qui lui étaient adressées, se contentant des renseignements qu’on pouvait lui transmettre sur les candidats ? Quelle était la place respective de l’écrit et de l’oral dans l’investiture d’un cadi ? La désignation et la révocation constituaient par ailleurs les deux piliers de la relation entre le cadi et son délégant. Par la première, un savant entrait au service du pouvoir et, par la seconde, il retournait à sa condition originelle. La révocation était en cela caractéristique d’une soumission statutaire au délégant : contrairement aux fonctionnaires et magistrats du service public français contemporain, le cadi risquait à tout moment de perdre le bénéfice d’une position souvent conquise avec peine. Entre ces deux moments clés de la carrière judiciaire, la relation du cadi à son délégant était avant tout de nature économique : elle passait par le traitement qu’il percevait pour prix de son travail, et le statut de cadi n’en était que plus vulnérable.
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