Un pionnier de la culture arabe orientale en Espagne au xe siècle : Ṣâ‘id de Bagdad*
p. 443-465
Texte intégral
1Si le xe siècle marque pour le califat de Bagdad le début d’une irrémédiable décadence, il constitue au contraire pour l’Espagne musulmane une de ces périodes où la vie intellectuelle se trouve favorisée dans son essor par une série de hasards heureux : en politique, par l’accession au pouvoir d’hommes supérieurs, — dans le domaine de l’esprit, par l’apparition de précurseurs dont le travail, souvent méconnu, aboutit à un épanouissement quasi miraculeux des arts et des sciences. Au règne du Calife umayyade ‘Abd ar-Raḥmân III (350/960), avait succédé celui, plus brillant encore, de son fils al-Ḥakam. A la mort de ce dernier, en 366/976, le pouvoir, près de passer à un incapable, avait été ressaisi presque immédiatement par le ḥâğib Muḥammad ibn Abî ‘Âmir, une des plus remarquables figures de l’Espagne musulmane au Moyen Age.
2Durant tout ce brillant xe siècle et même pendant une partie du xie, l’Andalousie devait rester sous la tutelle intellectuelle de l’Orient. Tout contribuait d’ailleurs à l’y maintenir : la présence au pouvoir de califes d’origine syrienne ou d’hommes continuant leur tradition, le respect qu’inspirait aux Occidentaux tout ce qui leur venait du Levant, surtout les débuts encore fort récents de l’activité intellectuelle dans l’Espagne musulmane. Tout le xe siècle est marqué par des voyages d’Andalous qui vont faire le pèlerinage de la Mekke et chercher en Orient un complément à leur culture. Certains parmi eux se fixent même définitivement en Syrie ou en Égypte. La plupart, cependant, demeurent fidèles à leur patrie et, de retour chez eux, font profiter leurs compatriotes de ce qu’ils ont appris. Grâce à ces voyageurs, les Orientaux voient leur attention attirée par l’Espagne. À leur tour, ils se rendent en cette Andalousie, dont ils se font d’ailleurs une idée assez chimérique1. Ce mouvement, relativement lent sous le règne de ‘Abd ar-Raḥmân III, s’amplifie sous celui d’al-Ḥakam II et durant la régence de Muḥammad ibn Abî ‘Âmir. Pour certains de ces immigrants, remarquons-le, il ne s’agissait guère que de faire du négoce dans un pays nouveau et, accessoirement, d’apporter avec eux un peu de culture orientale2. Pour la majorité d’entre eux, toutefois, la diffusion de cette culture était le motif essentiel qui les amenait en Occident, non qu’ils y fussent poussés par l’amour de la science, mais, parce qu’à la faveur de cette diffusion, ils comptaient bien obtenir la protection des mécènes andalous. Ce calcul était d’ailleurs généralement juste. Certains de ces Orientaux, arrivés en Espagne, devenaient chefs d’écoles et enseignaient la tradition, la théologie et les sciences profanes3 ; d’autres étaient investis de fonctions officielles4. Presque tous s’introduisaient à la cour de Cordoue comme courtisans et poètes.
3Du point de vue littéraire, le seul qui nous occupe ici, l’influence de ces immigrants ne saurait être exagérée. Grâce à eux, dès la fin du xe siècle, l’Andalousie fut si bien imprégnée de culture littéraire orientale que certains poètes, sans risquer de s’y trouver dépaysés, pouvaient venir y terminer une carrière commencée à Bagdad ou au Caire. C’est notamment le cas d’un bohême d’allure assez pittoresque, connu en Occident sous le nom de Ṣâ’id le Philologue.
4Il s’appelait en fait Abû ’l-‘Alâ’ Ṣâ‘id ibn al-Ḥasan ibn ‘Isâ ar-Raba‘i. Sur sa famille nous ne savons rien, sinon qu’elle se disait de pure souche arabe5. Lui-même naquit à Mossoul ou dans la région6, à une date que nous ignorons, probablement vers 950 de notre ère7. Nous ne savons pas où il fit ses premières études. Son goût pour la littérature s’étant toutefois manifesté de bonne heure, il fit un séjour assez long à Bagdad pour y compléter ses connaissances.
5Bien que cette ville, au cours des guerres intestines du début du xe siècle, eût cessé d’être la capitale politique de l’Orient musulman, elle était encore le centre d’un mouvement artistique et scientifique exerçant une attraction puissante dans tout l’Iraq. Sous la protection des sultans bûyides, la poésie était l’objet d’un culte presque idolâtre. Beaux esprits, versificateurs de profession, pieux jurisconsultes, petits maîtres, érudits ou troubadours besogneux, tout le monde rimait avec rage. Les cénacles pullulaient. Et de tout cela naissait une production énorme, maniérée, presque toujours vide, où surnageaient quelques œuvres de poètes véritables comme celles d’Ibn al-Ḥağğâğ, d’al-Mutanabbi, de Sari ar-Raffâ’, du Chérif ar-Riḍâ. À côté de cette activité si souvent frivole, s’en exerçait une autre plus pondérée, il est vrai, mais tout aussi néfaste pour la culture d’une nation : celle des grammairiens et des philologues, pesantes gens, d’ailleurs fort érudits, qui composaient inlassablement des traités sur des raretés grammaticales ou des commentaires d’ouvrages connus.
6À Bagdad, Ṣâ’id suivit les leçons de savants de second ordre8 comme Abû Sulaymân al-Ḫaṭṭâbi9, auteur d’ouvrages philologiques sur les traditions du Prophète et poète à ses heures. Il se mêla aussi à l’auditoire nombreux qui se pressait autour d’Abû Sa‘îd as-Sîrâfi10 et d’Abû ‘Ali l-Fârisi11, deux professeurs fameux, plus particulièrement célèbres par leur travaux sur la grammaire et la lexicographie arabes.
7De la fréquentation de ces maîtres, Ṣâ‘id tira des connaissances littéraires très sérieuses. La grammaire, il est vrai, n’était pas sa partie la plus forte. Par contre, il avait été nourri de ce qui constitue pour un Arabe « la moelle du lion », à savoir des œuvres poétiques archaïques et modernes et, pour les bien comprendre, il avait été amené à étudier les généalogies, l’histoire légendaire, les chroniques arabes et même la musique12. Entre-temps, selon la mode universelle, il s’était essayé à rimer. Il y réussit mieux que la plupart de ceux qu’il voyait faire autour de lui. Deux vocations semblaient donc s’offrir à son choix : celle d’érudit et celle de poète, chacune ayant ses mécènes. Ṣâ‘id se crut assez de talent pour les suivre toutes les deux ensemble.
8À tout le moins, il avait assez de dons pour réussir dans un cercle mondain réclamant plutôt de brillantes apparences que de sérieuses qualités. « Il était prompt à la riposte, nous disent en effet ses biographes13, de bonne compagnie, d’un commerce agréable et plein de profits. » À ces qualités d’homme du monde, il ajoutait d’ailleurs des mérites d’un ordre plus positif, inséparables de tout bon courtisan, en général, et de tout courtisan oriental, en particulier. « Il savait gentiment solliciter les dons, nous disent ces mêmes biographes. Il était expert à se faire accorder de l’argent et rompu à l’art de tourner des remerciements gracieux, quand on avait satisfait à ses demandes. »
9Les qualités de cet habile homme, il est vrai, étaient malheureusement éclipsées par quelques défauts. Ce Panurge à cervelle scientifique était un bohême débraillé, sans cesse à court d’argent. C’était aussi un ivrogne fieffé, un débauché cynique, constamment occupé à s’amuser, n’aimant rien plus qu’à lâcher de grasses plaisanteries. De méchants bruits couraient sur son compte et on le disait assez mauvais musulman14. Tous ces vices, néanmoins, n’eussent pu suffire à l’empêcher de se pousser dans le monde, et nous savons que le scandale des mœurs était monnaie courante dans les milieux bûyides de Bagdad15. Il faut chercher ailleurs la cause qui fit obstacle à la carrière de Ṣâ‘id en Iraq. En dernière analyse, il semble bien que nous la trouvions dans la suspicion qui pesait sur lui en tant que savant.
10Dans un monde, en effet, où la tradition orale était à la base de toute la culture, on devait se montrer d’une impitoyable sévérité vis-à-vis des farceurs et des faussaires. Or Ṣâ‘id, dont l’érudition, nous l’avons dit, était cependant très vaste, ne savait pas résister au plaisir d’étonner son auditoire et surtout ne pouvait se résigner à ne point faire de réponse à une question embarrassante. Son imagination trop féconde, dans l’un et l’autre cas, lui suggérait des trouvailles philologiques qui n’étaient pas toujours du goût de ses contemporains. « Si Ṣâ‘id, dit un biographe16, avait moins sacrifié à sa légèreté d’esprit, il eût inspiré beaucoup plus de confiance. » À la vérité, il semble bien que le poète philologue, au bout d’un certain temps, ne fut plus l’objet d’aucune créance dans les milieux bagdadiens17. Il dut finalement renoncer à se faire un nom dans l’Iraq. Il décida de s’exiler d’une patrie ingrate, mais à laquelle il songea toujours avec un regret mêlé de tendresse18. Selon toute vraisemblance, il fut attiré tout d’abord par l’Égypte et le Caire, que venaient de fonder les califes fâṭimides. Peut-être songea-t-il un instant à se fixer à la cour de ces derniers. Mais là encore les érudits, les poètes et les beaux esprits pullulaient et rendaient difficile l’accès à la gloire littéraire. Combien plus tentante dut alors lui paraître l’Espagne si accueillante à la culture orientale, où, selon les rapports qui lui en étaient faits, « la langue arabe était étudiée et les belles lettres cultivées aussi bien par les grands que par le peuple »19. D’Égypte, il poursuivit donc son voyage jusqu’en Andalousie, où il arriva dans le courant de l’année 380/99020. Il vint se fixer à Cordoue, dans le voisinage du hâgib Muḥammad ibn Abî ‘Âmir.
11Depuis quatorze ans celui-ci était au pouvoir. En 374/984, il s’était fait décerner le titre d’al-Manṣûr (Almanzor). Le vrai Calife n’était plus le prince umayyade Hišâm, mais cet Arabe de basse extraction, en passe de fonder une nouvelle dynastie héréditaire. Par sa ténacité, la logique de ses desseins, la volonté irréductible avec laquelle il les réalisait, par ses talents militaires aussi, mutatis mutandis, ce personnage ne serait pas sans faire songer à notre Richelieu. Comme tous les parvenus, il était d’ailleurs possédé du désir de perpétuer son nom dans l’avenir et d’égaler son œuvre à celle des califes umayyades ‘Abd ar-Raḥmân III et al-Ḥakam II. Dans la ville d’az-Zâhira, construite par lui21, tout près de Cordoue, il avait réuni des poètes, des artistes, des érudits, au grand émoi des pieuses gens qui, par la bouche des faqîh, s’élevaient avec colère contre cette agitation profane. Il est vrai que la vie menée à cette cour d’az-Zâhira n’était rien moins qu’édifiante. Au retour de ses campagnes en Castille et en Léon, al-Manṣûr aimait à venir se reposer dans son palais d’al-‘Âmiriya, entouré de jardins frais, empli du murmure des vasques, embaumé du parfum des fleurs22. Autour de lui, rien que des courtisans spirituels, de plaisants compagnons ou des bouffons facétieux. Il n’avait plus du tout alors l’apparence d’un potentat redoutable. Il devenait un amphitryon plein de bonhomie qui autorisait tout parmi ses invités, en sa présence. Parfois, dans l’intimité, c’étaient de longs banquets où l’on mangeait bien ; où l’on buvait mieux encore. On récitait des vers, on en improvisait. Dans l’ivresse grandissante, les plaisanteries s’enhardissaient. On voyait alors de hauts dignitaires se mettre à danser en chantant des chansons bachiques23. Parfois, devant un public plus élargi, on tenait au contraire de véritables séances académiques. Le ḥâğib mettait aux prises des grammairiens et des philologues qui luttaient d’érudition, s’assommaient à coup de citations et, finalement, en venaient à des propos aigres-doux. Avec son calme un peu méprisant d’homme supérieur, al-Manṣûr souriait et calmait tout d’un mot24.
12Ṣâ‘id ne parvint pas immédiatement à se faire admettre à la cour d’az-Zâhira. Il dut manœuvrer plusieurs mois, peut-être même plusieurs années avant d’y réussir25. Quand enfin il fut arrivé à se faire remarquer du premier ministre, celui-ci se montra tout disposé à bien accueillir cet oriental, ce « bagdadien », comme on l’appelait. Il lui semblait même de sa dignité de suivre sur ce point l’exemple des califes umayyades, qui avaient eu le bonheur de retenir auprès d’eux le célèbre al-Qâli26. La seule question était de savoir ce que valait le nouveau venu. Il convoqua donc les grammairiens, les philologues et les lettrés de son entourage et leur demanda de faire subir un examen à Ṣâ‘id. Inutile de dire qu’il n’eut pas à enflammer leur zèle. Tous considéraient d’un trop mauvais œil cet intrus venu d’Orient leur ravir une part de leurs faveurs, pour ne point chercher dans leur sac à diableries philologiques les questions les plus capables de le réduire au silence et de le discréditer aux yeux de leur protecteur. Au jour convenu, un auditoire nombreux, composé de hauts dignitaires, de secrétaires de chancellerie, de littérateurs, de poètes, se réunit dans une des salles du palais d’al-‘Âmiriya. Le grammairien al-‘Âṣimi27, le précepteur des fils d’al-Manṣûr, Ibn al-‘Arîf, qui avait fait un voyage en Orient28, et beaucoup d’autres, constituaient, si l’on peut dire, la commission d’examen. Quand Ṣâ‘id fut introduit, il perdit tout d’abord contenance. Ce que voyant, al-Manṣûr, pour lui témoigner sa bienveillance, le fit asseoir tout près de lui et se mit à l’interroger lui-même sur un de ses maîtres en Orient. Ce fut le signal et les grammairiens présents commencèrent leurs questions. D’abord ils triomphèrent. Ṣâ‘id se troublait, éludait les points difficiles, finit par avouer que la grammaire n’était pas son fort, mais qu’en lexicologie il ne craignait personne. Sur l’ordre d’al-Manṣûr29, on se transporta sur le terrain philologique. Alors tout changea. Ṣâ‘id, avec complaisance, se mit à étaler une érudition étourdissante, à déployer toutes les ressources de sa mémoire qu’il savait infaillible30. Bientôt même, il passa à l’offensive, se prit à interroger ses propres examinateurs, leur proposa de telles questions qu’à leur tour ils furent réduits au silence. L’épreuve était concluante et Ṣâ‘id fut admis à la cour du hâgib.
13La cabale ne désarma cependant point. Ibn al-‘Arîf, surtout, enrageait de voir le crédit acquis par ce bagdadien hâbleur, rendu insolent par son succès, occupé sans cesse à chanter la supériorité de sa patrie31. Il mettait tout en œuvre pour perdre ce rival. Peu de temps après l’introduction de Ṣâ‘id à la cour, il fut sur le point d’y parvenir.
14On venait d’apporter à al-Manṣûr une des premières roses qu’eut produites la saison32. Cela inspira aussitôt à Ṣâ‘id un impromptu dont al-Manṣûr fut charmé. Mais Ibn al-‘Arîf veillait. « Ces vers sont d’al-‘Abbâs ibn al-Aḥnaf33, dit-il, je les ai entendu réciter en Orient », et il s’offrit à en fournir la preuve. Il alla trouver, séance tenante, un rimeur à gages célèbre pour la facilité avec laquelle il produisait, lui commanda immédiatement une pièce d’allure archaïque où il glissa l’impromptu de Ṣâ‘id, la fit copier sur du parchemin, en caractères orientaux, puis revint montrer ce beau travail de perfidie à al-Manṣûr. Ṣâ‘id eut beau se défendre, jurer de sa sincérité, le hâgib entra dans une violente colère contre lui ; il l’avisa que, dès le lendemain, ses qualités d’improvisateur seraient mises à l’épreuve et que, s’il en allait à sa honte, il le ferait chasser d’Espagne. Le lendemain, la scène que nous avons déjà décrite se renouvela. Un seul changement au décor : devant l’assemblée composée du meilleur monde d’az-Zâhira, al-Manṣûr avait fait placer une immense corbeille où des fleurs de toute espèce étaient disposées en portiques ; au pied de ceux-ci, un bassin empli d’eau figurait un lac où, sur des perles jetées en guise de cailloux, nageait un serpent. Ça et là, des figurines représentaient des jeunes filles ; l’une d’elles ramait dans une barque d’or. Dès que Ṣâ‘id fut entré, al-Manṣûr lui répéta ses menaces de la veille et ajouta : « Les personnes que tu vois prétendent que tout ce que tu dis est mensonge et que tu ne sais pas improviser... Détrompe-les en décrivant cette corbeille. » Ṣâ‘id se recueillit alors un instant, puis commença à réciter l’impromptu suivant34 :
- Abû ‘Âmir35, existe-il une autre faveur que la vôtre ? Seuls vos ennemis n’ont-ils pas lieu de craindre ?
- Le Destin vous suggère ce qui confond d’étonnement ; les objets les plus merveilleux qu’on puisse trouver sont chez vous.
- Voici des gerbes de fleurs que la ruisselante pluie a fait naître, parfum exquis et corolles diaprées.
- Si grande en est la beauté que les jeunes filles se livrent à mille jeux parmi elles,
- semblables à des gazelles cachées dans des retraites que des dômes de jasmin couvriraient.
- Cependant plus merveilleux que ces fleurs est ce lac, agrémenté de choses rares offertes aux yeux de ces belles.
- Les graviers en sont des perles ; un serpent tacheté, d’une dangereuse espèce, nage en ses eaux ;
- l’œil, sur ses bords, distingue des bêtes sauvages et jusqu’à des tortues.
- Toutefois, plus merveilleuse encore est cette jeune fille qui, dans sa nacelle, le diadème au front, ferait soupirer d’amour les beaux éphèbes.
- Quand des vagues l’effraient, contre les aquilons, elle cherche refuge auprès de ses compagnes.
- La belle est maîtresse de sa nacelle et rame de la main droite.
- Certes, en aucun lieu je n’ai vu un jardin que les esclaves peuvent porter à deux mains.
- Il n’est pas surprenant toutefois que votre grandeur, ô Prince, ait créé un jardin paré des fleurs des monts et des plaines.
- Vous êtes, en effet, si puissant que, si vous vouliez transporter les cimes du Matâli’ et du Radwâ, les vents, craignant votre colère, y suffiraient à eux seuls.
- Si vous désirez des vers ou quelque impromptu, chargez-moi de les composer ! je suffirai à chanter votre gloire !
15Le spectacle de la difficulté vaincue, l’union si heureuse du badinage et de la déférence, du genre descriptif pur et du panégyrique, firent sur al-Manṣûr l’impression la plus favorable. Il ordonna immédiatement de copier les vers de Ṣâ‘id, de remettre à celui-ci mille dînâr d’or et cent robes d’honneur. Il lui assigna en outre une pension mensuelle de trente dînâr et l’admit définitivement dans son entourage.
16Les grammairiens et les philologues, bons amis de Ṣâ‘id, ne se tinrent cependant pas encore pour battus. S’ils avaient, en effet, essuyé un échec complet sur le terrain poétique, du moins ils pouvaient espérer une revanche dans le domaine de l’érudition pure. Ṣâ‘id leur en offrit lui-même bientôt l’occasion.
17En rabî’ I 385/mars 995, peu de temps, sinon immédiatement après les événements que nous venons de rapporter36, al-Manṣûr aurait montré à Ṣâ‘id un exemplaire des Nawâdir ou Raretés philologiques du grammairien et philologue al-Qâli37. Avec la suffisance et la vantardise qui lui étaient coutumières, le bagdadien se fit fort de composer un traité de ce genre qui n’aurait rien contenu qui figurât déjà dans celui d’al-Qâli. La gageure fut incontinent relevée et Ṣâ‘id se mit au travail. Chaque jour, dans la mosquée d’az-Zâhira, il allait dicter une partie de son livre à des secrétaires commis à cet effet par le hâgib. Six mois plus tard, en ramadân, le livre était achevé, recevait le titre de Kitâb al-fusûs — le Livre des Joyaux — et était remis solennellement par Ṣâ‘id à son mécène. Celui-ci, en récompense, lui fit donner 5 000 dînar d’or et lui prescrivit d’en faire lui-même le commentaire public dans la mosquée cathédrale de la ville.
18Cet ouvrage, qui contenait sans ordre une foule de détails concernant les mœurs, l’histoire, la grammaire, la philologie arabes, méritait-il ou non cet accueil flatteur ? Nous ne pouvons le savoir puisqu’il est perdu. La plupart des contemporains, toutefois, ne partagèrent pas l’opinion d’al-Manṣûr ; beaucoup notamment y auraient découvert des passages où l’imagination avait plus de place que les recherches érudites. Ibn al-‘Arîf et sa coterie, uniquement poussés par l’amour de la vérité, comme bien on pense, se firent auprès d’al-Manṣûr les interprètes de la rumeur publique. Pour les besoins de la cause, ils grossirent aussi peut-être le nombre des passages jaillis, à ce qu’on disait, de l’imagination de Ṣâ‘id et laissèrent entendre que tout l’ouvrage n’était qu’une énorme farce38. Al-Manṣûr fut naturellement fort irrité du rôle que le bagdadien lui avait fait jouer. Puis, comme toujours dans les cas difficiles, il ordonna de mettre l’impudent à l’épreuve. Cette fois, d’ailleurs, il ne s’agissait plus de mesurer les connaissances littéraires ou grammaticales de son indigne protégé, mais d’estimer sa puissance d’invention, ou, si l’on aime mieux, son effronterie dans le mensonge. On prit de vieux parchemins blancs patinés par le temps39, on les relia en un volume auquel on donna le titre d’un livre qui n’avait jamais existé, on mit le tout bien en évidence et l’on fit venir Ṣâ‘id. Celui-ci, qui se donnait parfois des allures de bibliophile, ne se tint pas en voyant ce vieux bouquin. « C’est le Livre des Anecdotes d’Abû l-Ġawṯ aṣ-Ṣan‘âni, dit al-Manṣûr. L’as-tu déjà lu ? » — « Certes, répondit effrontément Ṣâ‘id, qui ne se doutait pas de la supercherie. C’est un recueil de prose. Aucun vers ne s’y trouve. » — La preuve était faite. Al-Manṣûr fit chasser l’impudent et ordonna de jeter dans le Guadalquivir l’exemplaire du Livre des Joyaux qu’il lui avait remis40. Ṣâ‘id, personneliement, avait sans doute mérité cette rigueur. Son livre, par contre, ne justifiait peut-être pas tant de sévérité. Certains contemporains, en particulier, ne partagèrent pas une aversion qui, il faut le remarquer, était surtout le propre des ennemis personnels de l’auteur. Jusqu’à la fin de son séjour à Cordoue, Ṣâ‘id, en effet, parvint toujours à réunir des auditeurs à qui il faisait un commentaire oral de son livre. Certains étaient des élèves d’un grand avenir comme Ibn Ḥayyân41, l’historien de l’Espagne, et l’érudit valencien ‘Abd al-‘Azîz ibn as-Sîd42. Le Livre des Joyaux, après la mort de Ṣâ‘id et même pendant deux siècles, continua à être étudié à Cordoue43. Toutefois les controverses qu’il avait soulevées à son apparition furent pour lui funestes, et le fait qu’il soit aujourd’hui perdu montre qu’il ne connut jamais une grande vogue dans le public44.
19La disgrâce de Ṣâ‘id ne fut vraisemblablement que d’une courte durée. Sans doute l’habile bagdadien trouva-t-il l’occasion de rentrer en faveur auprès du tout-puissant al-Manṣûr. Celui-ci, d’ailleurs, parut désormais décidé à toujours fermer les yeux sur les mensonges de son protégé. Il semble même qu’au lieu de s’en irriter, il y trouvât des occasions de rire. Parfois, en effet, pour avoir le plaisir de le confondre, pour se divertir des « gasconnades » débitées d’un ton imperturbable par Ṣâ‘id, il lui posait les plus invraisemblables questions, forgeait des mots absolument baroques dont il lui demandait le sens45, imaginait des livres et des auteurs, soi-disant fort connus en Iraq46.
20L’attitude de Ṣâ‘id vis-à-vis de ses ennemis était pour lui un autre sujet de divertissement. Ibn al-‘Arîf et sa coterie avaient fini par prendre leur parti de la présence de cet intrus. La lutte ouverte était finie. On s’en tenait maintenant, de part et d’autre, à une guerre d’épigrammes où le bagdadien rendait coup pour coup. Al-Manṣûr se faisait l’arbitre de ces joutes et applaudissait au succès de son protégé47. Parfois, enfin, pour amuser al-Manṣûr, Ṣâ‘id imaginait des tours, évidemment d’un goût douteux à nos yeux, mais fort propre à divertir le ḥâğib, beaucoup moins difficile que nous sur ce point. Un jour48, par exemple, qu’il était, selon son habitude, sans argent, Ṣâ‘id imagina de se faire confectionner une tunique avec l’étoffe des bourses dans lesquelles al-Manṣûr lui avait envoyé ses dons. Il revêtit cette tunique sous ses vêtements, se rendit chez son mécène et, quand il fut seul avec lui, il ôta ses habits et ne garda que sa tunique. Au ḥâğib, qui s’étonnait de le voir en cet habit d’arlequin, Ṣâ‘id répliqua en soupirant que c’était là tout ce qui subsistait de ses dons. Al-Manṣûr rit beaucoup de cette gaminerie et, comprenant ce qu’elle voulait dire, fit, en réponse, un riche présent49.
21Il nous faut reconnaître, d’ailleurs, que Ṣâ‘id savait se faire bien venir de son protecteur, par d’autres qualités que ces dons d’amuseur bénévole ou involontaire. Il sentait bien surtout que, si le ḥâğib ne voulait plus le prendre au sérieux en tant qu’érudit, du moins il continuait à faire grand cas de lui comme écrivain et comme poète. D’ailleurs, Ṣâ‘id eût-il voulu cesser de produire, qu’il ne l’aurait pu. Ses détracteurs, à la cour, étaient là, guettant ses moindres défaillances, sa fatigue, lui offrant des occasions de se mesurer avec eux, de déployer la supériorité de son talent. De même que le Livre des Joyaux avait été composé pour rivaliser avec le Livre des raretés philologiques d’al-Qâli, de même, presque tout ce qu’écrivit Ṣâ‘id, soit en prose, soit en vers, fut également inspiré par des motifs de rivalité littéraire. Deux romans qu’il composa notamment et qui sont aujourd’hui perdus, n’eurent point d’autre origine. Tous deux s’apparentaient à des œuvres du même genre, fort prisées en Orient, une cinquantaine d’années plus tôt, et dont les Mille et Une Nuits nous offrent encore quelques spécimens.
22Nous savons que, sous les premiers califes ‘abbâsides, des érudits s’étaient mis à recueillir des anecdotes sur des amants fameux dans l’Arabie, et, naturellement, à rassembler tous les fragments poétiques inspirés par ces amours. On avait eu ainsi une foule de monographies, comme La Vie de Gamîl et de Butayna, celle de Kutayyir et de ‘Azzâ, de Mağnûn et de Laylâ50. Ces productions érudites n’avaient pas tardé à donner naissance à des œuvres dont les thèmes étaient fournis par des contes populaires, mais où l’imagination de chacun se donnait libre cours. On eut alors de petits écrits mêlés de prose et de vers, dans le genre d’Aucassin et Nicolette, comme L’Égyptien et la Mekkoise, La Jeune Esclave, son Maître et ’Ubayd Allâh ibn Mu’ammar51, ou des élucubrations rapportant les amours d’un mortel avec une fée52. Sous le règne du Calife Hârûn ar-Rašîd, un certain Abû s-Sari ibn Abî (?) Ġâlib al-Ḥazraği53 avait écrit un de ces romans (nous en ignorons le titre) qui jouit d’une grande vogue et eut des lecteurs jusqu’en Espagne54. Un jour, dit-on55, un bel esprit de la cour d’az-Zâhira, Ḥassân ibn Mâlik ibn Abî ‘Abada56 — un ennemi de Ṣâ‘id — trouva al-Manṣûr occupé à lire ce roman oriental. Il se mit incontinent à en composer un semblable, et, huit jours après, il offrait au ḥâğib un conte intitulé Rabî‘a et ‘Uqayl, un chef-d’œuvre du genre, paraît-il. Autant par besoin de déplaire à un rival que pour flatter les goûts de son protecteur, Ṣâ‘id entreprit lui aussi d’écrire un roman. Ce fut l’Histoire d’al-Hağafğaf fils de ‘Udqân ibn Yaṯribâ (sic) et d’al-Ḫinnawṯ fille de Mahrima ibn Anîk. Les héros en étaient absolument fictifs. L’imagination féconde de Ṣâ‘id put donc se déployer sans entraves. Le livre eut du succès et, encouragé par l’accueil que lui réserva al-Manṣûr, le bagdadien écrivit un second roman, al-Ğawwâs fils d’al-Qa‘tal al-Maḏḥiği et sa cousine ‘Afrâ57, dont le personnage masculin, poète connu de l’époque umayyade58, était devenu dans l’imagination de Ṣâ‘id un céladon soupirant d’amour pour la belle ‘Afrâ. Prose et vers y alternaient en un ensemble qui, au jugement d’un contemporain, Ibn Ḥazm, était des plus agréables et des plus délicats59. Al-Manṣûr en fut si charmé qu’il prit un lecteur à gages pour l’en régaler chaque soir60. Quelque grande toutefois que fût l’estime attachée par le hâgib à ses romans, il faut bien reconnaître cependant que c’était surtout le poète qui, en Ṣâ‘id, lui plaisait.
23Le bagdadien était devenu le commensal obligé de son mécène, en tout temps et en tout lieu. Suivant une coutume qui se retrouve à l’époque dans toutes les cours musulmanes, il l’accompagnait dans ses expéditions contre les Chrétiens. Après la victoire il composait des panégyriques à la gloire du vainqueur. Seuls quelques fragments de ces poèmes nous sont parvenus. Bien que courts, ils nous permettent cependant de nous faire une idée de l’ensemble. C’étaient de ces pièces dithyrambiques analogues à toutes celles qui s’écrivaient en Orient, des poèmes conventionnels où le vainqueur était représenté invariablement sous les traits d’un héros redoutable à ses ennemis, magnanime et généreux envers ses amis ; c’étaient des morceaux d’une forme très travaillée, trop travaillée même, parée de tous les artifices de la rhétorique arabe, de toutes ses grâces maniérées et, pour nous, insaisissables. Très caractéristique est le panégyrique écrit par Ṣâ‘id en 385/995 en l’honneur du ḥâğib, qui conduisait alors une expédition contre Garcia Fernandez, comte de Castille61. La veille de la bataille de Langa, où le comte devait tomber, mortellement blessé, aux mains des Musulmans, Ṣâ‘id avait capturé un cerf, à la chasse, l’avait appelé Garcia, pour augurer que son homonyme humain serait lui aussi fait prisonnier le lendemain, et l’avait envoyé à son protecteur, accompagné du panégyrique suivant62 :
1. Refuge de l’homme craintif, sauvegarde du fuyard, vous qui relevez l’humilié !
2. Vos dons vont uniquement à ceux qui en sont dignes ; vous étendez vos bienfaits à tous ceux qui les souhaitent,
3. comme le nuage ruisselant sous la pluie duquel la terre abandonnée devient aussi riante que le champ cultivé.
4. Qu’Allâh vous soit en aide ! vous à qui Il a si bien enseigné la voie droite, vous qu’il assiste avec tant de fermeté contre les impies incendiaires !
4 (bis)63. O collier de toute vertu, de toute magnificence, de tout bienfait envers le malheureux !
5. Mes yeux jamais n’ont vu, je vous en prends à témoin, un homme de meilleure extraction que vous,
6. plus magnifique envers ceux qui l’entourent, plus prompt à attaquer, tel un loup dévorant, plus intrépide dans la poursuite durant le combat.
7. Seigneur ! vous qui réjouissez mon exil, vous qui m’avez arraché des griffes du malheur, vous qui protégez le lieu où j’ai cherché refuge,
8. moi, l’esclave que vous avez tiré de l’obscurité, moi à qui vous avez procuré le bonheur, je vous donne un cerf
9. que j’ai nommé Garcia et que je vous envoie dans ses liens, en signe de bon augure.
10. Si vous l’acceptez, ce sera la plus haute faveur qui aura été faite à un homme depuis longtemps votre obligé.
11. Que la pluie de l’allégresse vous rafraîchisse au matin et que votre demeure entière reçoive l’eau du nuage fécondant !
24À ces pièces d’un tour si guindé, il faut évidemment préférer celles d’une allure beaucoup plus libre que Ṣâ‘id improvisait dans le séjour délicieux d’az-Zâhira. Parfois c’était une aventure avec une belle esclave qu’en audacieux vaurien il avait lutinée64 :
- Une svelte jeune fille, plus belle que la lune, a ravi mon cœur de son doux regard.
- Alors j’ai baisé sa joue, tendre fruit que j’ai dérobé à l’improviste.
- Certains m’ont fait peur, mais je leur ai dit : « Quoi ! je cueille des fruits. Je ne fais point mal ! »
25Plus souvent c’étaient des descriptions d’az-Zâhira, sujet qui naturellement n’était point pour déplaire au hâgib, d’autant que cela s’accompagnait toujours de louanges bien troussées. Un jour qu’à grand-peine Ibn al-‘Arîf avait composé quelques vers sur le palais d’al-Manṣûr, Ṣâ‘id, pour confondre son ennemi, improvisa les vers suivants65 :
- O Seigneur très auguste66,
- Vous en qui la gloire de tout Arabe yéménite67 se trouve portée à son apogée,
- Votre palais d’al-‘Âmiriya est comme le Paradis de Ridwân.
- C’est un séjour unique pour un homme unique entre tous ceux de ce temps.
- Voyez là-bas ce fleuve qui serpente comme un python,
- ces oiseaux qui gazouillent, en action de grâce, à la cime des arbres,
- ces roseaux, comme ivres, qui enchevêtrent leurs tiges frêles ;
- sentez ce parterre qui sourit dans sa fraîcheur, découvrant les lèvres des camomilles,
- ces narcisses aux paupières closes qui fixent les joues des anémones,
- l’aile du vent qui emporte la senteur du basilic !
- Seigneur, vivez éternellement en ce lieu, dans le bonheur et la paix !
26Ce thème descriptif se prêtait d’ailleurs admirablement à des variations. Une autre fois, au retour d’une campagne victorieuse, Ṣâ‘id adressa un autre panégyrique dans le même goût à son protecteur68 :
- Prince victorieux69, issu des Arabes du Yémen, vous qui ajoutez une gloire nouvelle à celle que vous tenez de vos aïeux,
- par une guerre qui glace d’effroi les cœurs des Infidèles, et des combats où vous affrontez les lames et les sabres.
- Ne voyez-vous pas cette source qui coule, impétueuse, sur le marbre et porte la fraîcheur en tous lieux !
- Vous avez ordonné son cours et la fleur épanouie s’est redressée dans son onde, comme vous qui dominez et commandez à l’Univers !
- On croirait voir dans son cours des soldats pleins d’ardeur et en armes, étincelants sous leurs cuirasses et leurs boucliers.
- De toutes parts l’entourent mille massifs luxuriants qui poussent un feuillage d’argent et portent des fruits d’or.
- Celui qui considère cette merveille royale, ne cesse de faire entendre des cris d’admiration à sa vue.
27Tout le temps que Ṣâ‘id passa auprès d’al-Manṣûr fut à coup sûr un des plus heureux de sa vie. Le bagdadien s’était attaché sincèrement à son mécène. Son crédit se maintenait égal à lui-même, les faveurs lui arrivaient sans interruption70. Les meilleures choses ont malheureusement une fin. Le 27 ramadân 992/10 août 1002, le hâgib Muḥammad ibn Abî ‘Âmir al-Manṣûr s’éteignait au cours d’une expédition. Cette mort devait amener quelques années plus tard une guerre civile où s’écroula le Califat de Cordoue. En ce jour, les Musulmans d’Espagne auraient pu dire comme Leconte de Lisle, à qui le grand Almanzor a inspiré un de ses Poèmes tragiques :
Nos temps sont clos, voici les jours expiatoires !
O race d’Ummyah, ton trône est chancelant
et la plaie incurable est ouverte à ton flanc,
puisque l’homme invincible est couché tout sanglant
dans la cendre de ses victoires !
28La disparition d’al-Manṣûr ne marqua cependant point immédiatement la fin des beaux jours pour Ṣâ‘id et le crédit dont il avait joui précédemment se continua sous le fils d’al-Manṣur, ‘Abd al-Malik al-Muẓaffar. Ce dernier suivait en tout point la tradition de son père qu’il rappelait par son énergie et ses qualités politiques71. Le bagdadien, toutefois, commençait à vieillir et aspirait à une existence paisible. Souvent il prétextait une infirmité dont il était atteint et qui l’empêchait de marcher, pour ne point paraître à la cour d’az-Zâhira72. Il continuait néanmoins à composer des poèmes en l’honneur de ‘Abd al-Malik.
29Parfois c’étaient des panégyriques analogues à ceux qu’il avait dédiés à al-Manṣûr, en des circonstances solennelles. Nous en possédons deux fragments : l’un, écrit à l’occasion de la fête de la Rupture du Jeûne, en l’année 396/1006, ne présente aucun intérêt littéraire ou historique73. L’autre contient des félicitations à l’adresse d’al-Muẓaffar ‘Abd al-Malik à l’occasion de la venue d’une ambassade castillane74 :
- Vous avez fait trembler par vos armes le comte de Castille qui vous a demandé protection dans des missives
- où, avec insistance, il implore [votre bienveillance] avant de chercher le salut dans la fuite.
- Mais vous n’êtes pas de ceux qui échouent et qu’abandonne Allâh quand vous songez à punir.
30Parfois aussi le panégyrique prenait un tour encore plus précieux et plus maniéré dans une sorte de poème de quelques vers auquel on donnait le nom de nûriya « poème floral ». L’Orient musulman, — il faut toujours revenir à lui — à mesure que la poésie arabe s’éloignait de ses sources d’inspiration bédouines, s’était mis avec fureur à décrire en vers tous les aspects de la vie citadine. Au xe siècle, cette attention des poètes pour le monde extérieur s’était encore accrue et s’était particulièrement portée sur ces beaux jardins où se complaisaient leurs indolents et voluptueux mécènes. Ce goût pour les « poèmes floraux », pour les nûriyât, était passé en Occident. Nous avons vu que Ṣâ‘id en avait composés pour al-Manṣûr et que dans ce genre le poète avait grand soin de mêler la peinture du monde extérieur au panégyrique. Sous le successeur d’al-Manṣûr, ‘Abd al-Malik al-Muẓaffar, le grand art, le « fin du fin », était de juxtaposer constamment les deux genres, autrement dit de donner au panégyrique un cadre différent de celui où il s’exprimait d’ordinaire. ‘Abd al-Malik était d’ailleurs entiché de ces « poèmes floraux ». Il en commandait à ses poètes. Il en faisait mettre en musique75. Tous, pour lui complaire, en composaient76. Ṣâ‘id, comme tout le monde, écrivit des nûriyât. Nous possédons de lui six petites pièces de ce genre77 ; elles seraient de l’année 396/1006 ou 397/100778 ; elles prouvent que le bagdadien savait se mettre à la mode du jour et qu’il réussissait mieux que personne dans ce genre hybride et faux, exigeant seulement beaucoup d’adresse et de « métier ». Parfois le poète se montre d’une simplicité relative comme dans ces vers :
- Vous qu’on soupçonne de ne pas aimer le myrte, sachez que j’ai pour lui une dilection.
- Quel doux ami ! Sa couleur n’a rien à redouter de la succession du matin aux ténèbres.
- Ses feuilles sont semblables aux oreilles des coursiers lorsque, sur le champ de bataille, ils aperçoivent les Barbares chrétiens.
- Quand Abû Marwân79 voit cette plante, elle lui rappelle le tourbillonnement des escadrons dans les ravins et sur les collines.
- Toute la beauté, sans conteste, revient à la jonquille. Depuis longtemps la jonquille a surpassé le narcisse.
- Sa beauté, son parfum l’ont éclipsé ; celui-ci pourtant étend plus loin ses effluves.
- Ainsi notre victorieux hâgib est comparable par la gloire à son père, mais sa conduite est plus noble encore.
31Le plus souvent toutefois, ces petits poèmes devaient être d’un gongorisme exaspéré. Quelques-uns de ceux qui nous ont été conservés le démontrent par l’abus de la rhétorique, des pointes, des jeux de mots et des calembours qu’on y trouve. Voici à cet égard deux pièces assez significatives80 :
- Nous goûtons le bonheur sous le règne de la giroflée81, les humbles par elle sont les égaux des grands.
- Pourquoi répands-tu tes effluves la nuit, lui avons-nous demandé ? — Pour les héros morts, couchés dans les ténèbres, répondit-elle.
- Nous avons vu à la fois ses nuances rouges et jaunes, et nous nous sommes émerveillés de l’art charmant du Créateur.
- Nous ne pensions point que l’émeraude fût destinée à l’odorat jusqu’au jour où nous eûmes senti les parfums de la verte giroflée.
- O Chambellan du Prince ! puissiez-vous ne jamais manquer d’émissaires annonçant victoires et félicités.
32En voici un autre plus caractéristique encore :
- Que le général des giroflées renvoie ses troupes ou les disperse. L’armée des roses est arrivée82.
- Au cours d’une revue, tout le jardin diapré s’est prosterné devant elle, alors qu’elle ne se serait point inclinée même devant le musc odorant.
- Au moment où les vents font tomber les gouttes de rosée et la touchent de leur aile, je la comparais
- à la joue d’une belle que la pudeur ferait pleurer et dont les larmes couleraient, dispersées.
- En d’autres saisons l’ivresse est haïssable, mais, au temps des roses, que l’ivresse de l’amour soit la loi83.
33Ces vers sont les derniers qui nous aient été conservés.
34À la mort de ‘Abd al-Malik al-Muẓaffar, en 399/1009, la guerre civile éclata entre les compétiteurs au califat. Ṣâ‘id fut sans doute au nombre de ceux qui s’enfuirent lorsqu’à la faveur des troubles, la ville d’az-Zâhira fut mise à sac et rasée84. C’était le temps où les gouverneurs provinciaux fondaient sur les ruines du califat une foule de principautés dont la faiblesse s’accroissait de leur rivalité. Ṣâ‘id alla chercher refuge en Espagne orientale et se fixa auprès de l’émir Muğâhid al-Muwaffaq85, un Slave86, affranchi d’al-Manṣûr, qui régnait sur la province de Dénia, sur les Baléares, et faisait la guerre de course jusqu’en Sardaigne. Ce principicule suivait la tradition des califes de Cordoue et des hâgib, leurs successeurs. De sa capitale Dénia, il avait fait un centre de culture intellectuelle, reproduction réduite mais fidèle de la cour d’az-Zâhira. Lui-même joignait à ses talents militaires une culture vaste et solide qui lui permettait d’apprécier exactement la valeur des savants, des lettrés et des poètes venus solliciter sa protection et quémander ses faveurs. Ṣâ‘id, à ce qu’il semble, jouit tout d’abord, auprès de lui, d’un assez grand crédit87. Son esprit caustique, par ailleurs, l’imposait au respect de tous88. Il se peut toutefois qu’après un certain temps une brouille se soit produite entre le bagdadien et son mécène. Celui-ci, en effet, se rendait vite insupportable aux poètes par sa manie d’« éplucher » sans cesse tout ce qu’ils écrivaient89. Ṣâ‘id, comme beaucoup d’autres, se sera peut-être lassé de ses irritantes critiques. Nous ne savons pas, en tout cas, à quelle date il quitta Dénia. Où alla-t-il alors ? Nous l’ignorons. Peut-être essaya-t-il de se fixer dans une de ces cours provinciales comme il y en avait tant alors en Espagne. Peut-être, au contraire, possédé du désir de revoir sa patrie, reprit-il de Dénia le chemin de l’Orient. Tout ce que nous savons, c’est qu’à la fin de sa vie, il passa en Sicile et y mourut, à une date incertaine, probablement en 417/102690.
35La vie seule de Ṣâ‘id ne saurait justifier une étude sur ce personnage. L’existence de ce poète-philologue, en effet, ne comporte rien de tragique ni d’exceptionnel, nous venons de le voir. Ce fut celle d’un bohème et d’un courtisan, et elle n’offre rien de plus que la moyenne des agitations et des souffrances inhérentes à la condition d’un courtisan et d’un bohème. L’œuvre de Ṣâ‘id ne saurait non plus suffire, en soi, à fixer notre attention. Tout ce que le bagdadien écrivit comme romancier ou comme érudit, né des circonstances, ne leur a pour ainsi dire pas survécu ; des vers qui charmèrent les ḥâğib d’az-Zâhira, une centaine à peine subsistent dispersés dans des ouvrages biographiques.
36Ce qui donc, en dernière analyse, confère un intérêt à la personne de Ṣâ‘id, est que ce bagdadien, avec ses défauts et ses qualités, représente admirablement tout un groupe d’individus dont le rôle ne saurait être exagéré dans l’étude du développement de la littérature andalouse en arabe classique. Ṣâ‘id peut être considéré comme le type du pionnier de la culture littéraire orientale en Espagne, dans la seconde moitié du xe siècle, et, en le suivant à la cour d’al-Manṣûr, nous saisissons sur le vif comment s’était transmise et continuait à se transmettre cette culture. Ces pionniers, par leur enseignement, par leurs œuvres personnelles calquées sur celles que produisaient l’Iraq et la Syrie, grâce aussi, très souvent, à leur propre crédit, finirent par « orientaliser » profondément, sinon complètement, les cours andalouses. À Ṣâ‘id et à ses émules revient le mérite d’avoir fait connaître très vite, en Occident, des œuvres dont les auteurs venaient à peine de disparaître en Orient. Par eux s’explique que tout ce qui s’écrit en Espagne à ce moment ressemble d’une manière étonnante à ce que voient apparaître l’Égypte, la Syrie et l’Iraq, vers la même époque. Sur eux aussi retombe la responsabilité d’avoir communiqué à la littérature andalouse certains défauts dont sont en général exemptes les littératures jeunes. Esprits de second ordre, écrivains sans originalité, poètes faciles mais sans grandeur, ils surent seulement importer en Occident ce que la littérature arabe orientale avait, non de perfectible, de sain et de vivant, mais, au contraire, d’immuable, de décadent et de stérile : la poésie de cour et de salon, le maniérisme de la pensée et de l’expression, le goût des études grammaticales et philologiques.
Notes de bas de page
1 À ces Orientaux, il faudrait d’ailleurs ajouter de nombreux Nord-Africains et des Siciliens. Cf. Ibn Baškuwâl, no 179, 184, 185, 186.
2 Cf. Ibn Baškuwâl, no 243, 265, 649, 1195, 1196, 1197, 1205.
3 Cf. Ibn Baškuwâl, no 650, 709, 1191.
4 Cf. Ibn Baškuwâl, no 182, 1188.
5 Ce qui l’indique est l’ethnique d’ar-Raba‘i porté par Ṣâ‘id, dérivé de Rabî‘a, nom d’un certain nombre de tribus arabes du Nord. Cf. Qâmûs, III, 25, en bas ; Ibn Ḫallikân, I, 344, lig. 5-7.
6 Ibn an-Nağğar apud as-Suyûti, op. cit.
7 Ibn Baškuwâl dit en effet qu’il mourut vers 410/1019 « à un âge avancé ». En le faisant naître vers 950, il serait donc mort septuagénaire.
8 Ibn an-Nağğâr, dans as-Suyûṭi, les mentionne sans citer leurs noms.
9 Abû Sulaymân Ḥamd ibn Muḥammad al-Ḫaṭṭâbi, né à Bust, dans la province de Kâbul, mort dans cette ville en 388/998. Cf. Ibn Ḫallikân, I, 166 ; as-Suyûṭi, 239.
10 Mort à Bagdad en 368/978. Cf. Brockelmann, Gesch. der ar. Litt., I, 113.
11 Mort à Bagdad en 377/987. Cf. Brockelmann, op. cit., I, 113.
12 Ibn Baškuwâl ; aḍ-Ḍabbi, 306 ; as-Suyûṭi ; al-Maqqari, II, 53 ; aḏ-Ḏahabi.
13 Ibn Baškuwâl ; aḍ-Ḍabbi, 306.
14 Al-Maqqari, II, 52.
15 Cf. Mez, Die Renaissance des Islams, 291.
16 Aḍ-Ḍabbi, 308.
17 Ibn al-Qifṭi, dans aḏ-Ḏahabi, dans Amari, Bibl. arabo-sicula, texte, 644, trad., II, 542.
18 Al-Maqqari, II, 176.
19 Ibn al-Qifti, op. cit.
20 Aḍ-Ḍabbi, 306 ; Ibn Baškuwâl.
21 De 368/978 à 370/980. Cf. Ibn ‘Idari, Bayano, trad. Fagnan, 457-460.
22 Voir la description d’az-Zâhira dans Al-Fath ibn Ḫâqân, Matmah, 12.
23 Al-Maqqari, II, 177. Cette vie à la cour d’al-Manṣûr est, somme toute, exactement semblable à celle des califes orientaux, telle que Gaudefroy-Demombynes l’a si joliment décrite dans ses Institutions musulmanes, p. 25.
24 Al-Maqqari, I, 384, lig, 13.
25 Ce qui le prouve, c’est que Ṣa‘id, arrivé en Espagne en 380/990, écrivit seulement en 385/995, pour al-Manṣûr, son Livre des Joyaux. Or la composition de cet ouvrage se place immédiatement après l’admission de Ṣâ‘id à la cour.
26 Al-Maqqari, II, 52.
27 J’ignore quel est ce personnage. Cf. aḍ-Ḍabbi, 308 en bas.
28 Il s’agit ici d’al-Ḥusayn ibn al-Walîd, qui séjourna plusieurs années en Égypte, devint précepteur des fils d’al-Manṣûr à son retour en Espagne, se distingua comme grammairien et comme bel esprit et mourut à Tolède en 390/1000. Cf. aḍ-Ḍabbi, no 653 ; Ibn al-Faradi, no 354 ; as-Suyûti, op. cit., 237.
29 Aḍ-Ḍabbi, 308 ; al-Maqqari, II, 53.
30 Aḍ-Ḍabbi, 309 en bas ; al-Maqqari, II, 53.
31 Al-Maqqari, II, 176.
32 Sur cette anecdote, voir aḍ-Ḍabbi, 258 ; as-Suyûṭi, 237 ; al-Maqqari, II, 54-55.
33 Mort à Bagdad, sous le règne du calife al-Ma’mûn. Cf. Brockelmann, Gesch. der ar. Litt., I, 74.
34 Texte de ces vers dans al-Maqqari, II, 55-56.
35 Kunya d’al-Mansûr.
36 Al-Maqqari, II, 53 en bas. Ibn Baškuwâl (d’après Ibn Ḥayyân), aḍ-Ḍabbi, 306 en bas, et Ibn Ḫallikân donnent de ces faits une version un peu différente de celle d’al-Maqqari ; les deux se complètent.
37 Ce grammairien, de son nom Abû ‘Ali Ismâ‘îl ibn al-Qâsim, connu en Espagne sous le nom d’Abû ‘Ali al-Baġdâdi et célèbre sous le sobriquet d’al-Qâli, était également venu d’Orient en Espagne, où il mourut en 379/989, un an avant l’arrivée de Ṣâ‘id. Cf. Encycl. de I’LL, II, 1150.
38 Al-Maqqari, II, 53.
39 Sur cette anecdote, voir al-Maqqari, II, 54.
40 Ibn Ḫallikân ; as-Suyûṭi (d’après aṣ-Ṣafadi), 278. Selon al-Maqqari, II, 52, ce serait le public qui aurait jeté le livre dans le Guadalquivir, ce qui est bien invraisemblable. Selon al-Marrâkuši, Hist, des Almohades, trad. Fagnan, 25, ce serait l’esclave de Ṣâ‘id qui, portant le livre, tomba dans le fleuve, au moment où il le traversait pour se rendre auprès d’al-Manṣûr. Il se pourrait bien que cette dernière version soit une invention postérieure de Ṣâ‘id pour se procurer l’occasion de placer un bon mot.
41 Ḥayyân ibn Ḫalaf ibn Ḥayyân, mort en 409/1075. Cf. Brockelmann, op. cit., I, 338.
42 Mort en Égypte en 427/1037. Cf. al-Maqqari, I, 547 ; aḍ-Ḍabbi, no 1088 ; Ibn Baškuwâl, no 783.
43 Abû Bakr ibn al-Ḫayr, mort en 575/1179, le mentionne parmi les livres qu’il a étudiés. Cf. Index Librorum, 326. Le Livre des Joyaux aurait même été l’objet d’un commentaire écrit par le médecin égyptien Ibn an-Nafîs. Cf. Ḥağği Ḫalîfa, IV, 424 ; Cheikho, Mağânî, VII, 426.
44 Cf. al-Maqqari, II, 52.
45 Aḍ-Ḍabbi, 308, lig. 13 et sv. ; al-Maqqari, II, 56 ; al-Marrâkûši, Hist, des Almohades, 28.
46 Aḍ-Ḍabbi, 308.
47 Al-Maqqari, I, 384 ; II, 176.
48 Ibn Baškuwâl ; aḍ-Ḍabbi, 306 ; al-Marrâkuši, Almohades, 28.
49 Voir dans al-Maqqari, II, 589, une version un peu différente.
50 Ibn an-Nadîm, Fihrist, 306.
51 Ibn an-Nadîm, Fihrist, 307.
52 Ibn an-Nadîm, Fihrist, 308.
53 Le Fihrist, 163, lig. 25, mentionne, mais, sans donner de détails, un poétereau du nom de Sahl ibn Gâlib (sic) al-Ḫazraği. C’est très vraisemblablement le même que notre auteur.
54 Aḍ-Ḍabbi, 255, 306 en bas ; Yâqût, Mu‘ğam al-udabâ, III, 5.
55 Aḍ-Ḍabbi, 255 ; Yâqût, op. cit. ; al-Maqqari, II, 369.
56 Abû ‘Abada Ḥassân ibn Mâlik ibn Abî ‘Abada, connu comme grammairien et poète, devint vizir d’al-Mustaẓhir ‘Abd ar-Raḥmân ibn Hišâm et mourut vers 420/1030. Cf. aḍ-Ḍabbi, no 662 ; Ibn Baškuwâl, no 346 ; as-Suyûṭi, 238 ; Yâqût, III, 5 ; al-Maqqari, II, 369-370.
57 Aḍ-Ḍabbi, 306 en bas.
58 Voir Qâmûs, IV, 39 ; al-Mas‘ûdi, Tanbîh, 310 ; al-Buhturi, Ḥamâsa, nos 376, 377, 378, 547.
59 Comme dans le roman de Rabî‘a et ‘Uqayl. Cf. aḍ-Ḍabbi, 255 ; al-Maqqari, II, 369.
60 Aḍ-Ḍabbi, 307.
61 Ibn al-Atîr, Annales du Maghrib, 400, et al-Marrâkuši, Almohades, 30, le nomment par erreur Garcia, fils de Sanche (mort vers 1000). Mais il s’agit de Garcia Ier de Castille, mort en 385/995.
62 Ce fragment se trouve dans aḍ-Ḍabbi, 310 ; al-Maqqari, II, 57 ; Cheikho, Mağânî, VII, 426 (qui ne donne que les vers 1, 7-11) ; Ibn al-Atîr, op. cit., 400-1, al-Marrâkuši, Hist, des Almohades, 30.
63 Ce vers n’est donné que par al-Maqqari.
64 As-Suyûṭi, 268 ; al-Maqqari, II, 52.
65 Al-Maqqari, I, 383-384.
66 Textuellement : « O chambellan plus auguste que Saturne ! »
67 Al-Manṣûr s’était forgé une généalogie arabe yéménite.
68 Al-Maqqari, I, 382 ; Ibn ‘Idari, al-Bayano l-Mogrib, trad. Fagnan, I, 460-461.
69 En arabe : al-Manṣûr. Cela constitue un jeu de mots avec le titre du ḥâğib.
70 Aḍ-Ḍabbi, 306 ; Ibn Baškuwâl, 235.
71 Voir Ibn ‘Idâri, Bayân, éd. Lévi-Provençal, 1-37.
72 Aḍ-Ḍabbi, 307 ; al-Maqqari, II, 52. Il y a contradiction dans ce récit, car celui-ci, au début, affirme que Ṣâ‘id ne venait plus à la cour, alors que, plus loin, nous voyons Ṣâ‘id réciter lui-même un panégyrique à al-Muẓaffar.
73 Aḍ-Ḍabbi, 307, al-Maqqari, II, 52. Ce fragment compte six vers.
74 Ibn Bassâm, Ḏaḫîra, mss. Lévi-Provençal. Le texte porte « l’envoyé de Constantin », et il s’agirait ici de Constantin IX, qui régnait à Byzance depuis 976. Mais on peut se demander toutefois s’il ne faut pas lire « le prince de Castille », qui concorde beaucoup mieux avec le sens des vers. D’autant que, selon Ibn ‘Idâri, Bayân, éd. Lévi-Provençal, 10, souvent, à partir de 394/1004, les princes chrétiens recoururent à la médiation de ‘Abd al-Malik.
75 Ibn ‘Idâri, op. cit., 18.
76 Le célèbre Ibn Darrâğ, vers 420/1030, en alaissés. Cf. Ibn ‘Idâri, op. cit., 20-21.
77 Ibn ‘Idâri, éd. Lévi-Provençal, 18 (en bas)-20.
78 Elles sont du moins citées à cette date par Ibn ’Iḏâri.
79 Kunya de ’Abd al-Malik al-Muzaffar.
80 Ibn ‘Idari, op. cit., 20.
81 Il y a ici un calembour sur les mots mantûr « giroflée » et mansûr « victorieux », qui sont voisins dans la prononciation.
82 Jeu de mots sur ward « roses » et warada « arriver ».
83 La pièce s’arrête court et le panégyrique manque. Peut-être le morceau est-il incomplet. A ces fragments on peut comparer celui-ci, d’Ibn Darrâğ :
- La saison nous sourit. La voici. Reçois-la. Ne vois-tu pas les roses parmi les frondaisons ?
- À l’oranger, ces roses ont pris leur rameaux et à la rougeur de l’amante leurs pétales.
- Notre Maître les a revêtues des tuniques de soie teintes, un jour, du sang de ses ennemis.
84 Cf. Ibn ‘Idâri, op. cit., 63-65.
85 Sur ce personnage, voir id., 155-156.
86 Sur le sens de ce mot, voir Encyclopédie de l’Islam, art. Ṣaqâliba.
87 Ibn Ḫallikân ; as-Suyûṭi ; al-Maqqari, II, 58.
88 Ibn ‘Idâri, op. cit., 156.
89 Ibn ‘Idâri, op. cit., 156.
90 Aḍ-Ḍabbi, 311 ; Ibn Ḫallikân ; as-Suyûṭi ; Ibn Baškuwâl (qui donne d’abord l’année 410/1020 comme date de la mort de Ṣâ‘id, puis l’année 417/1026-27, d’après Ibn Ḥazm).
Notes de fin
* Dans Hespéris, X, 1930, 15-36.
Bibliographie. — Ad-Dabbi, Buġyat al-multamis (Madrid, 1885), no 852 (cite des sources orales s’appuyant sur Ibn Ḥazm) ; Ibn Baškuwal, aṣ-Ṣila (Madrid, 1883), no 536 (cite al-Ḥumaydi, Ibn Ḥayyân et Ibn Ḥazm) ; Ibn Ḫallikan, Wafayât al-a‘yân (Caire, 1310), I, 229 (reproduit le précédent) ; as-Suyûti, Buġyat al-wu‘ât (Caire, 1326), 267 (reproduit un passage du Ta’rih Baġdâd d’Ibn an-Nağğar, de la Bulġa d’al-Fîrûzâbâdi et du Wâfî bi’l-wafayât d’as-Ṣafadi qui cite Ibn Baškuwâl) ; al-Maqqari, Analectes (Leyde, 1855-1861), I, 382-384, 547, II, 52-58, 176 ; Abû Bakr ibn al-Ḫayr, Index librorum (Saragosse, 1895), 306 ; al-Marrâkusi, Histoire des Almohades, trad. Fagnan (Alger, 1893), 24-31 (reproduit aḍ-Ḍabbi) ; Ibn ‘Idari, al-Bayano l-Mogrib, trad. Fagnan (tomes I et II, Alger, 1901 -1904), 460 ; ibid, (tome III, éd. Lévi-Provençal, Paris, 1930), 18-20 ; Ibn Bassâm, aḏ-Ḏaḫîra, mss. Lévi-Provençal ; Hağği Ḫalîfa, Lexicon bibliographicum (Leipzig, 1835-1858), IV, 424 (reproduit Ibn Ḫallikân) ; Ibn al-Atir, Annales du Maghrib, trad. Fagnan (Alger, 1901), 400 ; Cheikho, Mağânî’l-adab (Beyrouth, 1913), III, 156 (citation d’un passage d’al-Marrâkuši), VII, 426 (abrégé de la notice d’aḍ-Ḍabbi) ; Dozy, Histoire des Musulmans d’Espagne (Leyde, 1861), 111, 247 ; Pons Boigues, Ensayo bio-bibliográfico (Madrid, 1898), no 79 ; Amari, Bibliotheca arabo-sicula, texte arabe (1855-1857), 625, 644, 659, 675, trad. (1880-1881), 428, 414-415, 542, 566, 603.
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