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  • Chapitre II. Libertinage et zandaqa
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    Plan détaillé Texte intégral I. LE PHÉNOMÈNE DU LIBERTINAGE II. LIBERTINAGE ET ZANDAQA III. LE COURANT LIBERTIN ET SES REPRÉSENTANTS ZINDIQS Notes de bas de page

    Zandaqa et Zindīqs en islam au second siècle de l’Hégire

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre II. Libertinage et zandaqa

    p. 241-250

    Texte intégral I. LE PHÉNOMÈNE DU LIBERTINAGE II. LIBERTINAGE ET ZANDAQA 1. La conduite immorale du libertin et son attitude à l'égard de la religion officielle 2. L'idéologie du libertin 3. La religion du libertin III. LE COURANT LIBERTIN ET SES REPRÉSENTANTS ZINDIQS Notes de bas de page

    Texte intégral

    I. LE PHÉNOMÈNE DU LIBERTINAGE

    1La littérature arabe connut, presque exclusivement au iie/viiie siècle, un courant hédoniste, bachique, satirique et humoristique appelé le courant du muğūn ou de ḫalā‘a. C'était un phénomène social qui reflétait d'un côté la vie ludique (lahw, qaṣf) de la cité musulmane, et de l'autre, l'état spirituel d'une certaine classe sociale de la communauté musulmane de l'époque. Ses représentants constituaient cette frange chargée de divertir la haute société : des chanteurs et des musiciens des deux sexes, des marchands-éducateurs (qayyān-s) des esclaves chanteuses (qayna-s), des efféminés (muḫannaṯ-s) excentriques, et des poètes bachiques et satiriques qui jouaient le rôle de bouffons ou de compagnons de plaisir (nadīm-s)1. Le courant apparut à la fin du ier/viie siècle ; tandis qu'une tradition ludique faisait son apparition dans les villes du Ḥiğāz au sein d'une jeunesse riche et désœuvrée, une solide tradition bachique et satirique s'était élaborée en Irak, terre célèbre par ses vignes, ses couvents hospitaliers et ses tavernes tenues par des non-musulmans que leur statut social inférieur rendait fort complaisants. Avec le déplacement du centre économique et politique de l'empire en Irak au iie/viie siècle, les deux affluents se rencontrèrent. Entretenu par une classe aristocratique, le courant trouva alors son plein épanouissement. Les circonstances étaient favorables : l'affaiblissement de l'autorité politique dans la première moitié du iie/viie siècle affaiblissait l'autorité de la religion, laquelle était encore mal enracinée parmi les clients et même parmi les Arabes ; l'instruction religieuse si nécessaire était élémentaire et même, comme la Loi dans certains milieux, pratiquement négligée. Par la suite, avec la montée du conformisme religieux à partir du règne d'al-Mahdī, le courant disparut à la fin du iie/viiie siècle.

    II. LIBERTINAGE ET ZANDAQA

    2À parcourir les Aġānī, notre source principale sur les ḫalī‘-s du milieu du iie/viiie siècle, couramment qualifiés de "zindiqs", on ne manque pas de constater que, dans ce cas, "zandaqa" est une notion à trois dimensions, qui correspond à la conduite immorale du libertin et à son attitude à l'égard de la religion officielle ; à une idéologie athéiste déduite de sa conduite immorale ; et enfin à une religion secrète et opposée au tawḥīd, la religion scandaleuse de Marri et de Daysan, censée être au fond la sienne.

    1. La conduite immorale du libertin et son attitude à l'égard de la religion officielle

    3Le libertin, pour qui le but normal de la vie est la jouissance, et qui ressent les préceptes de la religion comme des obstacles, ne recule devant aucun interdit : il est adultère-, pédéraste, complètement adonné au vin, calomniateur ordurier. Par rapport à la Loi et à l'ordre moral établi, c'est un hors-la-Loi, un aliéné (ḫalī‘), pécheur (fāsiq), vaurien (baṭṭāl), dénué de sérieux (māğin), calomniateur impudent (hağğā' ḫabīt), quelqu'un dont la religion est corrompue (ḫabīt al-dīn). Pour décrire sa conduite, on dit : irtakaba al-maḥārim : commettre les actes prohibés par la religion, hataka et tahattaka : déshonorer, se déshonorer, déchirer sa propre dignité, fataka : attaquer, agresser avec insistance l'ordre moral, ḫala‘a al-‘iḏār : laisser toute honte. Bref, c'est un débauché insolent qui viole assidûment et volontairement la Loi religieuse.

    4S'il est un expert en vin, une autorité en poésie ancienne, cultivé et critique littéraire, en revanche, il connaît très mal le Coran et est incapable de réciter correctement une seule sourate.

    5Les devoirs religieux : les prières quotidiennes, le jeûne, le pèlerinage, lui sont pénibles ; il les néglige, s'en moque, et il lui arrive de les décrier et d'insulter les prophètes qui les avaient établis. À la fin de sa vie, au lieu de réciter des versets coraniques ou de répéter la sahāda, il murmure des expressions indignes de cette halte aux portes de l'au-delà, ou des poèmes profanes. Il lui arrive de faire la prière, mais quand l'imām qui la dirige est une qayna à moitié nue ; il fait le pèlerinage mais aux tavernes où il s'acquitte également du devoir du ğihād.

    6C'est un prophète de Satan, d'Iblīs. Car Iblīs, qui symbolisait à l'origine l'orgueil de la noblesse mecquoise et son refus de se plier devant Muhammad, le nouvel Adam, change de rôle dans la cité musulmane pour symboliser le monde ludique producteur des plaisirs et des péchés. Il est l'inventeur des instruments de musique, l'inspirateur des chanteurs et des musiciens surdoués, le patron protecteur des libertins à qui il sert d'entremetteur et qui forment son armée (ğund Iblīs). De son côté, le libertin se fait son avocat, le défend contre Adam, embellit son image, reçoit ses révélations, l'adore dans les tavernes, et pour lui faire plaisir, vend le Coran pour acheter avec son prix un tambour.

    7Le libertin est enfin un blasphémateur. Le blasphème est son art. En sa qualité de compagnon de plaisir (nadīm) qui vit en groupe, il est un fatā ẓarīf, c'est-à-dire un homme de savoir-vivre qui est, d'une part, propre, élégant et parfumé, et d'autre part, généreux, sensible à l'amitié, courtois, discret, complaisant, et surtout spirituel connaisseur de belles histoires et d'anecdotes plaisantes. Pour charmer la compagnie, et provoquer le rire, il emploie une technique humoristique qui consiste en un renversement, un déplacement ou une profanation des valeurs. Dans la séance de ṭarab, lorsque le chanteur ou la chanteuse arrive à la fin d'une phrase ou d'une chanson, et qu'un vague d'intense émotion s'empare de lui, étant déjà sous l'empire de la boisson, il pleure, il déchire ses habits, il fait des gestes lisibles, et surtout il profère des blasphèmes quelque peu semblables aux šaṭḥ des soufis en extase. Dans sa poésie comique, il satirise les Arabes et leurs coutumes barbares, et surtout ces métèques qui singent les Arabes ; il prend le contrepied des valeurs sociales en ridiculisant ce que les autres vantent dans les poèmes panégyriques. Dans des parodies des hadiths, il annonce une anti-Loi. Dans sa poésie bachique et érotique, il fait du vin ou de la femme, en jouant sur le vocabulaire sacré de la religion, l'objet de sa vénération. Et suivant une tradition anachronique destinée à parfaire la ḫalā‘a, il prétend surpasser dans sa poésie le Coran en beauté. En résumé, c'est un artiste qui, à la recherche d'une source originale d'inspiration, brave avec désinvolture, dans un éclat de rire, la religion officielle, l'ordre moral et les valeurs établies, et ce, en faisant des clins d'œil aux spectateurs dont la présence constitue la première règle du jeu. Et les spectateurs, voyeurs hypocrites mais tenus de se scandaliser, de crier : « Il est charmant (ẓarīf) le maudit zindiq », d'où vient la locution répandue : "plus spirituel qu'un zindiq".

    8En résumé, la conduite du libertin est une abolition spectaculaire de la Loi religieuse (ibṭāl al-šarī‘a), une zandaqa caractérisée.

    2. L'idéologie du libertin

    9L'idéologie du libertin apparaît soit dans les satires échangées entre libertins, soit dans des poèmes où le libertin lui-même la crie pour justifier sa moralité ; elle est déduite aussi par ses adversaires de sa conduite : de l'abolition pratique de la Loi religieuse découle nécessairement une abolition théorique du principe de cette Loi. Cette idéologie comprend essentiellement deux thèses ou plutôt deux anti-thèses : le rejet de la croyance à la vie future, et le rejet de la croyance à l'existence de Dieu.

    10La première est répandue dans la poésie bachique surtout. Le poète annonce qu'il renonce au vin promis dans le Paradis pour le vin de ce monde-ci, ou, estimant que la vie après la mort est une chimère, il conclut qu'il n'y a aucune raison de se priver des plaisirs interdits par la religion, qu'au contraire, il convient d'en profiter le plus intensément possible ; « mangeons et buvons, demain nous serons anéantis pour jamais », ainsi se résume sa philosophie. Un certain Rawḥ dit2 :

    « Donne-moi à boire ô Usāma... je ne crois pas à la résurrection » !

    11Abū Nuwās revient plusieurs fois sur cette idée. Il interpelle le théologien3 :

    « Qu'as-tu constaté, toi qui étudies la religion ?
    Ni la croyance au qadar ni la croyance au ğabr ne sont fondées.
    Dans tout ce que tu soutiens, seule la mort me semble être la vérité. »

    12Autrement dit4 :

    « J'avoue enfin ma conviction intime : je suis dahrite ;
    Pas de vie après la mort, la mort est le point final. »

    13Par conséquent5 :

    « M'adonner aux plaisirs de ce monde-ci
    Vaut mieux à mon sens que d'attendre un au-delà
    Dont la réalité est fondée sur des conjectures ;
    Personne n'est revenu nous assurer
    Que les morts sont au Paradis ou en Enfer ».

    14Cette idée est souvent exprimée au moyen d'une image poétique qui consiste à comparer la vie de l'homme à celle d'une plante, sans lendemain. Cette comparaison est empruntée au discours ascétique où elle évoque la vanité de l'existence humaine6, mais chez les libertins, elle exprime la négation de toute forme de vie après la mort, comme le dit le libertin basrien ‘Amr al- Ḫāraki7 :

    « Buvez ô mes deux amis, notre nadīm est obéissant et complaisant.
    Dépêchez-vous avant que la mort ne vienne,
    Ce monde-ci sème (les humains) et sitôt les moissonne ».

    15Son scepticisme est clair8 :

    « ... Je serais alors comme un homme crédule qui croit à la vie après la mort ».

    16Dans une satire, le grand maître Ḥammād ‘Ağrad attribue à son adversaire cette idée ainsi que d'autres qui constituent l'idéologie des libertins9 :

    « Si j'étais zindiq ou adorais un autre dieu que celui de Muhammad,
    Tu m'aurais comblé de présents, ô ‘Umāra (...)
    Mais parce que je crois sincèrement au Dieu unique,
    Tu t'es désintéressé de moi par haine des muwaḥḥid-s ;
    Par contre, tu as comblé celui qui prétend que le ciel s'est créé (de lui-même : takawwanat)
    Et que la terre n'a pas été étendue par son créateur,
    Et que les humains sont semblables aux plantes,
    Une partie est moissonnée et l'autre non ».

    17L'incroyance à la vie future est parfois déduite du comportement de l'individu, débauché ou non. La phrase par laquelle Yazīd III condamna la conduite de son cousin Walīd b. Yazīd : "Il ne croit ni à la Récompense ni au Châtiment", sou s-entend : "Il se comporte comme si l'idée d'être jugé un jour ne lui était pas connue ou si elle n'avait pour lui aucune importance"10. Parce qu'il était sans scrupules et empoisonnait les adversaires de son maître, le médecin chrétien d'al-Manṣūr, Abū 1-Ḫaṣīb, était qualifié de "zindiq mu‘aṭṭil", dans le sens d'athée ne croyant pas au principe religieux du Jugement dernier11. De même, parmi les raisons pour lesquelles on soupçonna ‘Abd Allāh b. Mu‘āwiya de zandaqa, se trouvait la cruauté dont il fit preuve pendant son éphémère règne : il tuait avec un sadisme effrayant12.

    18D'autre part, le libertin ne croit qu'aux choses sensibles, par conséquent, il nie l'existence de Dieu, inaccessible aux sens. On fait dire à Baššār : « Je ne crois qu'à ce que je vois ou ce qui lui est semblable »13. On nous montre également Abū l-‘Atāhiya en train de réciter ce vers en désignant le ciel14 :

    « Si tu te permets de douter de l'existence d'une partie de ce que tu peux voir,
    Le doute à l'égard de ce qui ne tombe jamais sous les sens est encore plus justifié »

    19Dans sa satire contre Abān al-Lāḥiqī et, à travers ce dernier, contre tous les membres de la société des libertins, Abū Nuwās attribue à son adversaire, entre autres idées de zandaqa, cette idée-ci15 :

    « J'ai un jour tenu compagnie à Abān ;
    Que Dieu ne multiplie pas ses bienfaits à Abān !
    Alors que nous étions réunis chez l'Emir à al-Nahrawān,
    Comme l'heure de la Prière était arrivée,
    (Un muezzin), plein d'éloquence et de faconde,
    Accomplit l'appel à la prière,
    Et tout ce qu'il dit, nous le répétâmes jusqu'à la fin,
    (Abān) dit alors : Comment pouvez-vous attester cela sans avoir vu ?
    Je n'atteste jamais sans que mes yeux aient vu.
    Louange à Dieu !, dis-je. — Louange à Mani !, répondit-il.
    Jésus est un Envoyé. - De Satan !
    Moïse est l'interlocuteur de Dieu le Bienfaisant !
    — Ton Dieu a donc des yeux et une langue ?
    C'est lui-même qui s'est créé ou bien qui ?
    Je partis aussitôt
    Pour m'éloigner d'un impie qui doute de Dieu,
    Et veut se mettre au niveau de la bande des libertins,
    De ‘Ağrad, de ‘Ubāda, d'al-Wālibi, ces êtres vils,
    De Qāsim et de Muṭī', le myrte des nadīm-s ».

    20« Comment pouvez-vous attester cela sans avoir vu ? je n'atteste (ašhadu) jamais sans que mes yeux aient vu » dit Abān selon Abu Nuwās ; dans l'esprit de ce dernier, cette doctrine d'Abān est une réplique à la šahāda prononcée dans l'appel à la prière : « J'atteste (ašhadu) qu'il n'y a de dieu que Dieu ». D'après Abū Nuwās, Abān doute de l'existence de Dieu parce qu'il ne peut pas Le voir de ses propres yeux.

    21Nous avons vu que cette doctrine était répandue au iie/viiie siècle et était attribuée aux Sumaniyya.

    22À côté de ces deux thèses, la zandaqa, en tant qu'idéologie des libertins, comprend, d'après la satire de Ḥammād ‘Ağrad, l'idée selon laquelle le ciel et la terre ne sont pas créés, autrement dit, le monde est étemel.

    23En résumé, le libertin est un matérialiste, dahrite, qui ne croit ni à la vie future ni à l'existence de Dieu ni au dogme de la création du monde ; cela constitue le ta‘ṭīl, c'est-à-dire l'abolition, non pas cette fois des attributs de Dieu, mais des principes du tawḥīd.

    3. La religion du libertin

    24Nous venons de voir que le libertin est un être irréligieux ou plutôt un fidèle de Satan comme il se définit lui-même ; il ne rejette pas la religion à l'amiable, bi l-latī hiya aḥsan, mais la provoque. C'est l'essence même du muğūn qui ne se conçoit pas en dehors de l'Islam auquel le libertin appartient du point de vue sociologique. C'est un musulman à l'envers.

    25Cependant, pour ses contemporains et ses camarades qui le satirisent, son idéologie, déduite de sa conduite, implique un contenu religieux qui justifie son attitude négatrice et de la Loi et des principes du tawhīd, une religion scandaleuse, embrassée en secret, et surtout située à l'opposé de la religion officielle. Cette religion, qui aurait pu être la religion de Jésus si le christianisme avait été interdit en terre d'Islam, ne pouvait être à l'époque que celle de Mani et de Daysan. Le libertin était donc accusé de cryptomanichéisme.

    26Mais puisqu'il s'agit d'un thème satirique, cette religion de Mani et de Daysan, à laquelle le libertin était censé appartenir, était conçue sous cette forme scandaleuse, nous l'avons vu, dénoncée par l'Islam officiel, et comprenait des doctrines hétérogènes. À cet égard, les remarques de Ǧāḥiẓ sur les satires d'Abū Nuwās et de Ḥammād ‘Ağrad sont éclairantes : « Je m'étonne bien plus vivement d'Abū Nuwās qui avait fréquenté les mutakallim-s que de Ḥammād, quand il attribue à quelques membres de cette société (des libertins) des idées que personne ne soutient ; c'est une consolation pour la victime de la satire », dit Ǧāḥiẓ, et d'expliquer que celui qui dit : « Louange à Mani ! » a pour Jésus une profonde vénération et ne dit pas qu'il est envoyé de Satan ; quant à dire : "C'est lui-même qui s'est créé ou bien qui ?", c'est une question posée souvent par le vulgaire, mais les mutakallim-s ne prêtent à personne un tel propos. Il en va de même, continue Ǧāḥiẓ, de la doctrine selon laquelle le ciel s'est créé de lui-même et la terre n'a pas été étendue par le créateur ; cette doctrine, attribuée par ‘Ağrad à son adversaire, n'est soutenue par personne16. En fait, l'étonnement de (Ǧāḥiẓ est déplacé ; Abū Nuwās et ‘Ağrad ne sont point des hérésiographes mais des calomniateurs. Le second attribue à son adversaire qu'il accuse d'être un fidèle de la religion des zindiqs, des manichéens sans doute, les croyances que le mot zandaqa évoque, dont le fait de penser que le monde existe par lui-même. Le premier regroupe sous le nom détestable de Mani les thèses condamnées à l'époque par la religion officielle, et le fait qu'il oppose la prétendue confession d'Abān au credo musulman, résumé dans l'appel à la prière, est très significatif à cet égard. Lorsqu'il fait dire à Abān : « Ton Dieu a donc des yeux et une langue ? », question opposée à la phrase : "Moïse est l'interlocuteur de Dieu le Bienfaisant", Abū Nuwās, "qui avait fréquenté les mutakallim-s", fait en réalité allusion à la thèse ğahmite selon laquelle Dieu n'a ni yeux ni langue, soutenue nous l'avons vu par Ǧa‘d b. Dirham qui fut exécuté et baptisé zindiq précisément parce qu'il prétendait que Dieu n'avait pas parlé à Moïse. De même, la question prêtée à Abān : "C'est lui-même qui s'est créé ou bien qui ?" est une question d'Iblīs, nous l'avons vu, qui cherche à entraîner l'homme à la zandaqa.

    27En résumé, nous devons nous attendre à trouver dans la biographie de tout libertin une inévitable accusation de cryptomanichéisme où la religion de Mani et de Daysan signifie simplement la religion du diable.

    28En conclusion, dans le cas des libertins, la notion de zandaqa est constituée de trois aspects imbriqués les uns dans les autres. Le premier est pratique et se traduit par la violation des préceptes de la Loi musulmane, la négligence des devoirs religieux, l'ignorance du Coran et les blasphèmes. Cet aspect pratique implique un autre dogmatique ; le rejet de la religion comme culte et comme morale suppose le rejet de la religion comme doctrine théologique ; aussi le libertin est censé abandonner le tawḥīd et nier la vie future, l'existence de Dieu et la création du monde. Enfin, l'aspect dogmatique implique à son tour une initiation secrète à une religion apposée au tawḥīd et interdite, en l'occurrence, la religion de Mani et de Daysan.

    III. LE COURANT LIBERTIN ET SES REPRÉSENTANTS ZINDIQS

    29Le iie/viiie siècle connut successivement trois générations de libertins. La première, qui alliait le courant ḥiğāzien à la tradition irakienne, était représentée par des cercles d'épicuriens qui entourèrent Walīd b. Yazīd (calife de 125/743 à 126/744) et ‘Abd Allāh b. Mu‘āwiya (anti-calife de 127/745 à 129/747). La deuxième génération, disparue entre 160/776 et 170/786, était représentée par une société dont les membres étaient principalement de Kūfa. Les libertins de la troisième génération, éteinte avec Abū Nuwās à la fin du iie/viiie siècles, étaient concentrés à Bagdad.

    30L'école du lahw ḥiğāzien était une école de ṭarab (musique et chanson), d'aventures galantes et d'humour (ẓarf). Ce furent les descendants des Compagnons, des aristocrates qui se civilisaient délicieusement en rendant grâce à Dieu ; ils prenaient la période du pèlerinage pour un grand carnaval ; et leur vie se déroulait dans une atmosphère de fête éternelle. Ils étaient certes légers, mais ils étaient en règle avec la religion. Le muğūn ḥiğāzien, auquel ne convient pas le terme de libertinage, se caractérise par son innocence, si le lahw peut être innocent.

    31La ḫalā‘a au sens propre est née avec Walīd b. Yazīd, qui s'entoura d'artistes ḥiğāziens et de poètes bachiques irakiens. Le fatā marwānide lui-même était un poète bachique qui annonçait Abū Nuwās. Tous les aspects caractéristiques du libertinage sont présents dans sa sīra.

    32L'apport personnel de son contemporain ‘Abd Allāh b. Mu‘āwiya au courant libertin n'est pas important. Ce fatā ḥiğāzien n'était pas un poète bachique et un libertin au sens technique, mais un homme du monde d'une moralité douteuse qui, pendant son éphémère règne, s'entoura de nadīm-s libertins.

    33Les libertins de cette génération, ainsi que certains ḥiğāziens de la fin du ier/viie siècle, étaient qualifiés de fāsiq-s. En leur temps, ce terme, conjugué souvent avec kāfir, avait le même sens que le mot "zindiq", inconnu alors, allait prendre. De ce fait, les grands maîtres parmi eux, notamment Wālid et les membres de son entourage, allaient être baptisés, mais par projection, "zindiqs".

    34Les grands maîtres du libertinage, la quasi-totalité des libertins connus dans la tradition musulmane, appartenaient à la deuxième génération, laquelle vécut une période troublée. Ils étaient pour la plupart de Kūfa, qui était à l'époque le foyer principal du šī‘isme extrémiste dont l'idéologie favorisait, comme nous l'avons noté, le laxisme moral et la négligence du culte, et où une tradition bachique et satirique existait déjà au ier/viie siècle17. À Basra, où les mu‘tazilites, en l'absence des autorités, pratiquaient, suivant leur doctrine, "le commandement du bien et l'interdiction du mal", et s'alarmaient chaque fois que la morale publique et la religion étaient à leurs yeux troublées, les libertins étaient moins nombreux qu'à Kūfa. À son tour, Bagdad, bien que poussiéreuse, dépourvue de centres de loisir et avare sous al-Manṣūr, attira quelques libertins qui fréquentaient les membres de la famille régnante et les collaborateurs du calife. Mais kūfites, basriens et bagdadiens vivaient en groupes, se fréquentaient et s'affrontaient comme dans des combats de coqs.

    35À Kūfa, on trouve la célèbre "bande" animée par le trio : Ḥammād ‘Ağrad, Yaḥya b. Ziyād et Muṭi' b. Iyās ; elle comprenait principalement Wāliba b. al-Hubāb, Surā'a b. al-Zandabūd, les deux autres Ḥammād : al-Zibriqān et al-Rāwiya, et le jeune ‘Ali b. al-Ḫalīl ; ses principaux "correspondants" à Basra, où le grand Baššār jouait l'adversaire, étaient Munqiḏ al-Hilālī et Ǧamil b. Maḥfūẓ, et à Bagdad, Yūnus b. Farwa et Yazīd b. al-Fayḍ. À Bagdad, on trouve aussi Abū Dulāma le bouffon d'al-Manṣūr, et Ādam b. ‘Abd al-‘Azīz, le fils d'un membre de la ṣaḥāba.

    36Ces personnages étaient dans l'ensemble des secrétaires, des précepteurs parfois, et des poètes panégyristes qui erraient çà et là à la recherche d'un wālī ou d'un prince auprès de qui ils espéraient faire l'entremetteur, le nadīm et l'amuseur. Avant de fréquenter les premiers abbasides et leurs collaborateurs, ils avaient fréquenté les derniers umayyades et leurs collaborateurs.

    37Le libertinage irakien de cette génération se caractérise par un aspect canaille. Certains libertins étaient d'origine aristocratique, mais la plupart étaient de condition très modeste ; certains étaient des vagabonds ou des voyous (šātir-s, ṣu‘lūk-s) ; pour les uns, la chose semble avoir été un métier ; pour d'autres, elle était le résultat d'une déchéance sociale ou d'une passion malheureuse. Leur moralité était authentiquement immonde, mais il y avait quelque chose de profondément tragique dans le cœur de ces bouffons qui incarnaient les vices de la haute société. Dans des conditions matérielles difficiles, ces pauvres diables, à défaut de se faire ascètes, cherchaient la liberté dans le libertinage ; certains parmi eux oscillaient d'ailleurs entre ces deux pôles de la vie spirituelle, séparés parfois par une distance aussi mince que le sirāṭ.

    38Ce sont les libertins de cette génération qui furent à l'origine de la confusion entre ḫalā‘a et zandaqa, et furent presque systématiquement qualifiés de zindiqs. Incarnant la -zandaqa sous sa forme la plus accomplie, ils furent également à l'origine du portrait-type du libertin zindiq, ajusté sur eux et étendu par la suite à leurs prédécesseurs et à leurs successeurs.

    39Les membres de la troisième génération étaient des poètes et des secrétaires venus à Bagdad sous al-Mahdī, puis sous al-Rašīd et les Barmakides, chercher dans la capitale, brillante, prospère et généreuse, renommée et fortune : Ibrāhim b. Sayāba du Hiğāz, ‘Ali b. al- Ḥalīl et Abū l-'Atāhiya de Kūfa, Salm dit al-Ḫāsir, puis Abān b. ‘Abd al-Ḥamīd, Abū Nuwās et ses amis de Basra. Dans cette dernière ville, on trouve à l'époque Muhammad b. Munāḏir qui, poussé à l'exil par les enfants de Wāṣil, choisit plutôt la Mecque.

    40Mais à la troisième génération, les deux notions : ḫalā‘a et zandaqa tendirent à se détacher l'une de l'autre. D'une part, le muğūn changea de visage ; il était devenu vogue et convention et même affaire de snobs ; ses représentants, contrairement à leurs maîtres, avaient souvent une solide formation religieuse, et étaient à l'heure du conformisme religieux, moins agressifs à l'égard de la religion. D'autre part, les théologiens réhabilitèrent la religion de Mani du point de vue moral et même, nous avons vu les remarques de Ǧāḥiẓ, du point de vue dogmatique ; ils donnèrent à la zandaqa un caractère de plus en plus intellectualiste. De ce fait, le muğūn attirait de moins en moins à ses pratiquants une accusation de zandaqa ; au contraire, on les accusait parfois d'être en réalité de bons musulmans qui affectaient la zandaqa pour avoir une réputation de ẓarf. Abū Nuwās, provocateur, devait déployer des efforts très particuliers pour séjourner un certain temps dans la prison des zindiqs, bien qu'il ne fût jamais pris au sérieux18. À part Abū l-‘Atāhiya, qui fut accusé de zandaqa justement après avoir changé de conviction, et Abān al-Lāḥiqī et Muḥammad b. Munāḏir, qualifiés de zindiqs dans les satires, on ne trouve pas de libertins zindiqs à la fin du iie/viiie siècle. Seul l'auteur du Fihrist range parmi ses zindiqs Salm al-Ḫāsir et Isḥāq b. Ḫalaf qui fut un šāṭir, tambourinaire et "porteur de couteau" du début du iiie/ixe siècle19.

    41Jusqu'à la mort de Hišām b. ‘Abd al-Malik, les califes de Damas — Yazīd II excepté —, qui ne toléraient dans leur capitale ni le chant ni le vin20, reprochaient aux Ḥiğāziens leur légèreté21 ; ils essayaient de "purifier" Médine de la corruption, et on raconte que Sulaymān b. ‘Abd al-Malik (calife de 96/715 à 99/717) ou son frère Hišām ordonna de castrer les efféminés qui y semaient le fisq22. Depuis la mort de Hišām jusqu'à l'avènement d'al-Mahdī, ce fut l'anarchie complète et l'âge d'or de la ḫalā‘a ; à part Baššār qui fut expulsé de Basra par Wāṣil , aucun libertin ne fut inquiété pendant toute cette période. Avec le retour à la sunna sous al-Mahdī qui fit étendre la campagne contre la zandaqa aux libertins, et sous al-Rašid qui était aussi strict que son père, un coup de frein fut donné au libertinage ; un coup qui allait être mortel, car le règne de l'efféminé, léger et incapable fils de Zubayda, où la ḫalā‘a aurait pu reprendre vie, fut très court, et sous le grand al-Ma'mūn, personne n'osa badiner avec la religion. Par la suite, sous l'obscène et dissolu "vivificateur de la sunna", al-Mutawakkil, on voit apparaître, à la faveur d'une crise économique, une autre espèce d'aliénation dite raqā‘a (idiotie) ; mais les raqī‘-s étaient — en apparence — de bons sunnites car leur art consistait à tourner en dérision la raison. En résumé, al-Amīn, Abu Nuwās et le libertinage sont morts ensemble vers 200/815.

    42Dans les chapitres suivants, suivant un ordre chronologique qui coïncide souvent avec un ordre géographique, nous consacrerons des notices biographiques aux libertins zindiqs.

    Notes de bas de page

    1 Sur les représentants bachiques de ce courant, voir : J.E. Bencheikh, « Khamriyya », EJ.2, IV, 1030-1041.

    2 Cité par Ǧāḥiẓ, Ḥayawān, VI, 279. Ce Rawḥ b. Abī Hammām est inconnu par ailleurs. Selon Ǧāḥiẓ, ce vers a causé la mort de son auteur.

    3 Cité par Marzubāni, Muwaššaḥ, 276.

    4 Ibid, 277.

    5 Ibid, 278 ; dénoncé à al-Rašīd, Abū Nuwās fut jeté en prison en raison de ces vers ; voir plus loin, n. 16.

    6 Elle évoque ce sens chez al-Ṭirrimāh b. Ḥakīm, cité par Buḥturī, Ḥamāsa, 85.

    7 ‘Amr al-Ḫāraki (de Ḫārak sur le Golfe, appelé aujourd'hui Ḫarğ) dit le borgne, de la fin du iie/viiie siècle ; d'aprèsle Fihrist, 188, son Dīwān était de 70 feuillets. A ne pas confondre avec un autre Ḫārakī, Aḥmad b. Isḥāq, libertin et maître d'Abū Nuwās, sur lequel voir Ibn al-Mu‘tazz, Ṭabdqāt, 306-307 ; Fihrist, 187 où il faut lire al- Ḫāraki au lieu de "al-Ḥāriṯī". Sur le premier, voir Ibn al-Ǧarrāḥ, K. al-waraqa, éd. ‘Azzām et Farrāğ, Caire, 1953, p. 56.

    8 Ibid, 56.

    9 D'après Ǧāḥiẓ, Ḥayawān, IV, 443.

    10 Voir plus loin, p. 253.

    11 Ṭabarī, Tāriḫ, ΠΙ1, 422-423.

    12 Voir plus loin, p. 257.

    13 Voir plus loin, p. 286.

    14 Voir plus loin, p. 303.

    15 D'après Ǧāḥiẓ, Ḥayawān, IV, 448-450 ; Abū Nuwās, Dīwān (Ġaz.), 543-544 ; la traduction, légèrement remaniée, est de Pellat, d'après la version de Ǧāḥiẓ, Milieu, 220.

    16 Ǧāḥiẓ, Ḥayawān, IV, 450 ; Pellat, Milieu, 220-221.

    17 Sur cette tradition, voir : C.A. Nallino, La littérature arabe des origines à l'époque de la dynastie umayyade, traduit de l'italien par Ch. Pellat, Paris, 1950, p. 224-230.

    18 Sur les poèmes blasphématoires d'Abū Nuwās, ses démêlés avec le Ṣāḥib al-zanādiqa et son séjour dans la prison des zindiqs sous al-Rašid puis sous al-Amīn, voir : Ḥayawān, IV, 454-456 ; Abū Hiffān (m. vers 255/870), Aḫbār Abī Nuwās, éd. Ά.-S. Farrāğ, Caire, s.d., p. 21,91, 107, 122-123 ; Ibn al-Mu‘tazz, Ṭabaqāt, 213 ; Ibn Qutayba, Ši‘r, II, 685-691 ; Ṭabarī, Tārīḫ, III2, 962-964, 974 ; Tārīḫ Baġdād, III, 340 ; V, 439-442 ; Marzubānī, Muwaššaḥ, 276-278.

    19 Sur Isḥāq b. Ḫalaf qui commit un crime et finit sa vie en prison, voir : Ibn al-Mu‘tazz, Ṭabaqāt, 292-293 ; Ṣafadī, Wāfī, VIII, 411.

    20 C. Nallino, La littérature arabe, 244, 245, 247.

    21 Ǧāḥiẓ, R. fī l-qiyān, éd. Finkel, Caire, 1926, p. 62.

    22 Idem, Ḥayawān, V, 55 ; Aġānī, IV, 223, 270 ; cet ordre est célèbre en raison de la confusion faite par le destinataire entre iḥṣī (dénombre) et iḫṣī (castre). رحمإ / وخص

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    1 Sur les représentants bachiques de ce courant, voir : J.E. Bencheikh, « Khamriyya », EJ.2, IV, 1030-1041.

    2 Cité par Ǧāḥiẓ, Ḥayawān, VI, 279. Ce Rawḥ b. Abī Hammām est inconnu par ailleurs. Selon Ǧāḥiẓ, ce vers a causé la mort de son auteur.

    3 Cité par Marzubāni, Muwaššaḥ, 276.

    4 Ibid, 277.

    5 Ibid, 278 ; dénoncé à al-Rašīd, Abū Nuwās fut jeté en prison en raison de ces vers ; voir plus loin, n. 16.

    6 Elle évoque ce sens chez al-Ṭirrimāh b. Ḥakīm, cité par Buḥturī, Ḥamāsa, 85.

    7 ‘Amr al-Ḫāraki (de Ḫārak sur le Golfe, appelé aujourd'hui Ḫarğ) dit le borgne, de la fin du iie/viiie siècle ; d'aprèsle Fihrist, 188, son Dīwān était de 70 feuillets. A ne pas confondre avec un autre Ḫārakī, Aḥmad b. Isḥāq, libertin et maître d'Abū Nuwās, sur lequel voir Ibn al-Mu‘tazz, Ṭabdqāt, 306-307 ; Fihrist, 187 où il faut lire al- Ḫāraki au lieu de "al-Ḥāriṯī". Sur le premier, voir Ibn al-Ǧarrāḥ, K. al-waraqa, éd. ‘Azzām et Farrāğ, Caire, 1953, p. 56.

    8 Ibid, 56.

    9 D'après Ǧāḥiẓ, Ḥayawān, IV, 443.

    10 Voir plus loin, p. 253.

    11 Ṭabarī, Tāriḫ, ΠΙ1, 422-423.

    12 Voir plus loin, p. 257.

    13 Voir plus loin, p. 286.

    14 Voir plus loin, p. 303.

    15 D'après Ǧāḥiẓ, Ḥayawān, IV, 448-450 ; Abū Nuwās, Dīwān (Ġaz.), 543-544 ; la traduction, légèrement remaniée, est de Pellat, d'après la version de Ǧāḥiẓ, Milieu, 220.

    16 Ǧāḥiẓ, Ḥayawān, IV, 450 ; Pellat, Milieu, 220-221.

    17 Sur cette tradition, voir : C.A. Nallino, La littérature arabe des origines à l'époque de la dynastie umayyade, traduit de l'italien par Ch. Pellat, Paris, 1950, p. 224-230.

    18 Sur les poèmes blasphématoires d'Abū Nuwās, ses démêlés avec le Ṣāḥib al-zanādiqa et son séjour dans la prison des zindiqs sous al-Rašid puis sous al-Amīn, voir : Ḥayawān, IV, 454-456 ; Abū Hiffān (m. vers 255/870), Aḫbār Abī Nuwās, éd. Ά.-S. Farrāğ, Caire, s.d., p. 21,91, 107, 122-123 ; Ibn al-Mu‘tazz, Ṭabaqāt, 213 ; Ibn Qutayba, Ši‘r, II, 685-691 ; Ṭabarī, Tārīḫ, III2, 962-964, 974 ; Tārīḫ Baġdād, III, 340 ; V, 439-442 ; Marzubānī, Muwaššaḥ, 276-278.

    19 Sur Isḥāq b. Ḫalaf qui commit un crime et finit sa vie en prison, voir : Ibn al-Mu‘tazz, Ṭabaqāt, 292-293 ; Ṣafadī, Wāfī, VIII, 411.

    20 C. Nallino, La littérature arabe, 244, 245, 247.

    21 Ǧāḥiẓ, R. fī l-qiyān, éd. Finkel, Caire, 1926, p. 62.

    22 Idem, Ḥayawān, V, 55 ; Aġānī, IV, 223, 270 ; cet ordre est célèbre en raison de la confusion faite par le destinataire entre iḥṣī (dénombre) et iḫṣī (castre). رحمإ / وخص

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    Chokr, Melhem. « Chapitre II. Libertinage et zandaqa ». In Zandaqa et Zindīqs en islam au second siècle de l’Hégire. Beyrouth: Presses de l’Ifpo, 1993. doi:10.4000/books.ifpo.5372.
    Chokr, Melhem. « Chapitre II. Libertinage et zandaqa ». Zandaqa et Zindīqs en islam au second siècle de l’Hégire, Presses de l’Ifpo, 1993, https://doi.org/10.4000/books.ifpo.5372.

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    Chokr, Melhem. Zandaqa et Zindīqs en islam au second siècle de l’Hégire. Presses de l’Ifpo, 1993, https://doi.org/10.4000/books.ifpo.5349.
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