Structure du plan et composition pittoresque
p. 343-344
Texte intégral
1La structure du plan de Chaghour développe une morphologie récurrente des quartiers de porte de ville. Après le passage du rempart, les voies se déploient en éventail (ou en patte d’oie) pour irriguer les différentes directions d’un territoire ouvert. Cette figure déjà rencontrée à la sortie de Bab al-‘Amara ou de Bab Srija est dirigée, ici, par le système d’irrigation du Qanawat et de deux de ses divisions.
2La rue principale de Chaghour, la rue al-Mazzaz, part du grand carrefour de Bab al-Saghir (p. 352, 353). Une fontaine publique (sabil), alimentée par le canal, en célèbre monumentalement l’entrée puis, avant de desservir l’importante mosquée du fond du quartier, la voie file en un long tracé courbe desservant tour à tour, le hammam Srouji, un grand khan partiellement conservé occupant une très grande parcelle au cœur du tissu urbain, une mosquée de quartier à mi-chemin de la voie, une série de fours à pain s’échelonnant le long de la rue (p. 378), pour finir, enfin, sur une fontaine bornant la rue. Là, l’équipement en point de mire, avec son arc décoré et le miroir de son eau, réfléchit la grande voie pour en signifier la fin. Une placette se forme distribuant trois rues de moindre importance (p. 373). Leurs perspectives sont bornées par les façades des rues perpendiculaires. C’est un dispositif géométrique sophistiqué, commandé par la fontaine, qui interdit toute continuité visuelle d’une rue à l’autre et renvoie au centre de l’espace public. La figure spatiale met les voies secondaires en retrait, comme dans une révérence à l’arrivée de la rue al-Mazzaz sur la fontaine. Sous le pittoresque du paysage, l’espace public est mis en valeur avec soin.
3Une nouvelle fois dans les faubourgs2, la configuration de l’espace urbain dépasse l’addition des édifices pour former son propre dessin. Les sabils de la rue al-Mazzaz dirigent le regard et organisent l’espace de manière si patente que l’on peut parler de composition urbaine. Une composition discrète et fragmentaire, certes, mais trop signifiante pour être laissée au hasard de la sédimentation historique, sur un tracé naturel ou pour n’être que l’empreinte sur l’espace public de la géométrie interne des édifices.
4Au-delà de la placette (p. 373), les trois rues qui en partent sont les voies maîtresses de la desserte du fond du quartier. La rue, à l’est avant la fontaine, est de toute première importance pour le quartier. Son caractère est monumental avant d’être résidentiel. Elle s’ouvre sur la placette par un sibat ; passé cet arc d’entrée, une mosquée, bâtie pratiquement aux limites extérieures du quartier, s’élève. Son minaret dressé en vis-à-vis est suivi de la longue façade d’un ensemble résidentiel vraisemblablement lié à la zawiya al-Housni dont l’accès principal se fait à partir de la rue al-Mazzaz. Au-delà de la mosquée, le canal réapparaît et, dans le plan de 1930, poursuit son chemin jusqu’aux jardins. La voie opposée à la rue al-Mazzaz dessert les habitations en un système de peigne, tandis que la voie de l’ouest amorce, jusqu’au cimetière Bab Saghir, une croissance linéaire.
5Deux rues parallèles (p. 357, 358), formées sur les rives de l’autre canal de dérivation du Qanawat, constituent le second axe structurant du quartier. Elles partent, de manière très discrète, presque fortuite, quelques boutiques de souk après le carrefour, et descendent en encadrant une rangée unique de maisons construites au-dessus du canal. Les voies se rejoignent après la mosquée du quartier sur une petite place rectangulaire où, comme à l’extrémité de la rue al-Mazzaz, un espace public marque l’aboutissement de la figure de distribution. Après la place, les voies continuent, indifférentes l’une à l’autre, et se ramifient dans les systèmes courants de distributions en cul-de-sac.
Plan du quartier en 1930

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