Maisons composées
p. 230-245
Texte intégral
Maison 8
1Petite maison de la rue Wâd Maʾâli dont seule la partie ancienne datant du début du vingtième siècle a été relevée. Elle est à l’alignement sur rue, sans entretenir de relation de mitoyenneté avec les maisons voisines. La forte déclivité du terrain permettait aux deux pièces du sous-sol de s’éclairer côté vallée, avant qu’une récente extension n’altère cette disposition. Ce niveau, indépendant des niveaux supérieurs, est accessible par un escalier extérieur longeant un des pignons de la maison. Au rez-de-chaussée, une pièce d’habitation se superpose à une pièce du sous-sol, un hall traversant, une petite pièce de service et l’escalier menant à l’étage s’installant sur l’autre pièce du sous-sol. Cette disposition trahit une rupture typologique, en abandonnant l’addition de pièces indépendantes au profit d’un plan d’ensemble composé, d’un hall traversant, distribuant les deux pièces et l’escalier. À l’étage, le changement de mode constructif, structure de poutres métalliques pour le plafond au lieu des voûtes d’arêtes des niveaux inférieurs, libère la construction des murs de refend intérieurs en déportant les charges sur les murs de façade, et autorise un cloisonnement intérieur, un couloir et trois pièces, indépendant de la structure. La façade révèle la différence de structure du rez-de-chaussée et de l’étage : au rez-de-chaussée, les ouvertures rendent compte de l’organisation dissymétrique de l’agencement intérieur, porte axée sur le hall, fenêtre centrée de la pièce d’habitation et petite fenêtre déportée latéralement et en hauteur du palier de l’escalier ; à l’étage, une composition symétrique ordonne la disposition des trois fenêtres des chambres, en occultant la présence de l’escalier conduisant à la terrasse. Le traitement différencié des éléments architecturaux secondaires, portes et fenêtres surmontées d’arcs en ogive au rez-de-chaussée et d’arcs surbaissés à l’étage, renforce l’indépendance de composition des deux niveaux.
2Cet exemple illustre une rupture dans la conception des maisons de Bethléem, abandon d’une addition de pièces pour un ensemble composé, tout en conservant certaines caractéristiques du hosh : accès indépendant du sous-sol et autonomie de composition des deux niveaux supérieurs. Dans les ahwâsh, l’unité est la pièce, ici c’est l’étage, mais ce n’est pas encore le bâtiment.
Figure 34 – Maison 8, échelle 1/250.

Maison 9
3Maison de la rue de l’Étoile située au-delà de la qantara connue sous le nom de la porte de Damas. En effet, cette porte ne présente aucun caractère défensif, elle se définit simplement par le bâti qui surplombe la rue, en marquant une étape dans la croissance urbaine accompagnant l’alignement progressif de la rue. La topographie du terrain détermine la coupe de cette maison qui possède deux niveaux au-dessus de la rue, le rez-de-chaussée et l’étage, et deux niveaux sous la rue, le sous-sol et un socle indépendant accessible depuis le jardin ; le sous-sol est relié au jardin par un escalier extérieur. Le plan de la maison s’organise en trois travées, une travée centrale et deux latérales, recoupées dans leurs profondeurs pour former deux pièces dans chaque travée. Au rez-de-chaussée, la travée centrale contient, côté rue, le hall et la distribution verticale et côté vallée, une grande loggia ouverte sur le paysage. Les travées latérales sont réservées aux ateliers et commerces. Le sous-sol, en partie relevé, reproduit en plan la structure du rez-de-chaussée. À l’étage, les pièces d’habitation donnent sur la rue et côté vallée les trois travées sont réunies pour former une galerie ouverte sur le paysage. Le plan de l’étage représente une version modifiée de cette structure, les travées de la galerie ayant été fermées pour créer de grandes loggias associées aux pièces donnant sur la rue.
4Le dessin des façades exprime la structure en travées du plan dans une composition axée et symétrique. Sur rue, un bandeau et une corniche viennent souligner le rez-de-chaussée et l’étage. Les encadrements des portes et des fenêtres font l’objet d’un traitement architectural raffiné. Oubliant les modénatures simples et structurelles caractéristiques des ahwâsh, un nouvel appareil décoratif sophistiqué se met en place et s’installe sur les façades des maisons. Côté vallée, la façade se structure dans la superposition sur trois niveaux de grandes loggias. Elles se concluent par la galerie de l’étage qui se déploie sur toute la largeur du bâtiment. La monumentalité exprimée dans le traitement de la façade répond à l’échelle du paysage de la vallée, alors que la façade sur rue se contente d’accompagner l’échelle urbaine.
5Dans cet exemple, un nouveau pas est franchi, l’unité n’est plus la pièce comme dans les ahwâsh ou l’étage (voir maison 8), mais le bâtiment dans sa totalité pensé et dessiné en plan, en coupe et en façade. C’est une composition finie, fermée, n’autorisant qu’une extension elle-même dessinée. Le bricolage y est malvenu, telle la création des deux pièces dans la galerie de l’étage, où de petites fenêtres ont été ajoutées au-dessus de la porte d’entrée pour éclairer une réserve située au niveau du palier de l’escalier menant à l’étage.
Figure 35a – Maison 9, façade sur rue, plans et façade sur cour, échelle 1/250.

Figure 35b – Axonométrie de la maison 9, échelle 1/200.

Illustration 16 – Figure architecturale caractéristique des grandes maisons bethléemitaines de la fin de l’époque ottomane, située au nord de la rue Paul VI.

Maison 10
6La maison est située sur la rue des Salésiens, qui est bordée dans sa partie ouest par le vaste ensemble des Salésiens renfermant une église, un couvent et une école. Le rez-de-chaussée de la maison est surélevé de quelques marches pour permettre d’éclairer un sous-sol à demi enterré. Cette disposition provient d’une faible déclivité du terrain à cet endroit. C’est un bâtiment à trois travées dont la travée centrale, celle de l’entrée, forme un vaste hall traversant. Elle distribue d’un côté deux grandes pièces et, de l’autre, deux pièces plus petites, une pièce de service et un escalier encloisonné permettant d’accéder au sous-sol et à la terrasse. On peut aussi accéder à cette travée par une entrée secondaire située dans l’espace résiduel existant entre la maison et sa limite parcellaire. La façade sur rue rend compte de la structure spatiale. Les pilastres d’angle, et ceux placés de part et d’autre de la porte d’entrée, divisent la façade selon les travées du plan. La composition n’est pas totalement symétrique, la travée de l’escalier étant moins large que l’autre travée latérale. La façade repose sur un socle réglé en hauteur sur la base des pilastres, et se termine par une corniche régnant avec les chapiteaux. Les fenêtres surmontées d’un arc brisé ne se répartissent pas uniformément sur la façade, elles se réunissent par deux, pour former un ensemble et garder peut-être le souvenir des fenêtres géminées des ahwâsh. Le meneau central des fenêtres géminées est devenu mur, mais il est interrompu en partie haute par le traitement décoratif reliant les deux fenêtres.
7La séquence d’entrée de la maison est particulièrement travaillée dans une succession de cadres, celui défini par les pilastres à l’intérieur duquel s’installent les quelques marches nécessaires pour parvenir au niveau du rez-de-chaussée, puis celui de l’arc brisé de l’imposte reposant sur des colonnes engagées dans un renfoncement du mur.
8La façade latérale, celle de l’entrée secondaire, reprend les éléments de composition de la façade sur rue, mais ici le traitement est purement décoratif, les pilastres ne correspondant pas à la structure en travées du plan. Cependant, la composition met en valeur ou signale la présence de l’escalier qui s’impose comme un élément significatif du bâtiment. La terrasse desservie par l’escalier n’est pas investie par les habitants, elle est le sol en attente d’une future extension de la maison.
Figure 36 – Maison 10, échelle 1/250.

Maison 11
9Cette maison donnant sur la rue Najâjra est bordée des deux côtés par des escaliers publics et s’ouvre à l’arrière sur un jardin. Le plan du rez-de-chaussée regroupe quatre ensembles de pièces, séparés par un système de distribution s’organisant selon deux axes perpendiculaires. Une première distribution, perpendiculaire à la rue, constitue le hall d’entrée principal de l’édifice. Elle traverse en son centre une rangée de boutiques, se poursuit par un vaste hall ouvert sur le jardin et la vallée, en desservant deux pièces de part et d’autre. L’autre distribution, parallèle à la rue, s’intercale entre l’ensemble des commerces et les pièces desservies par le hall. Elle possède une entrée secondaire et un escalier distribuant le sous-sol et l’étage, et permet un accès arrière aux commerces.
10L’étage est partiel, il reproduit fidèlement le plan du rez-de-chaussée, les commerces deviennent pièces d’habitation et les distributions restent identiques. La situation se complique au sous-sol, la superposition étant très aléatoire entre la géométrie des ensembles du rez-de-chaussée et celle des pièces voûtées d’arêtes formant l’infrastructure pour les niveaux supérieurs. Ce décalage dans la superposition peut s’expliquer si l’on admet que certaines pièces, notamment les deux situées côté jardin et les trois côté rue, préexistaient à la construction des étages supérieurs. Cette hypothèse s’appuie sur la différence d’épaisseur des murs, sur le type et l’emplacement des ouvertures, et sur des niveaux d’implantation dissemblables de ces pièces (voir coupe transversale).
11La façade sur rue présente une composition symétrique et axée sur l’entrée. Les différents niveaux de la maison sont soulignés par la présence d’un socle dans lequel se trouvent les marches d’accès au rez-de-chaussée, d’un bandeau délimitant les deux niveaux de l’édifice, et d’une corniche marquant le haut du mur de façade et son rapport au ciel. Dans la largeur, les pilastres divisent en trois parties la façade. Le travail ornemental de la travée centrale est riche – présence des pilastres, porte encadrée de colonnes et surmontée d’un balcon en encorbellement –, et s’oppose à la simple rigueur des encadrements des portes des commerces et des fenêtres de l’étage. Les façades latérales poursuivent la division horizontale de la façade principale, mais se libèrent de la présence des pilastres. Les fenêtres éclairent simplement les pièces, leur disposition n’obéit plus à une composition rigoureuse de la façade. La façade sur jardin se contente d’exprimer la spécificité de la travée centrale de distribution en s’ouvrant largement sur la vallée. La particularité de cette maison réside dans la structure de son plan ; encore un mode différent d’association des éléments, après l’addition de pièces des ahwâsh, la composition en travée créant l’unité du plan, le bâtiment pensé et édifié dans sa totalité, ici l’unité de composition parfaitement contrôlée, se fait par l’articulation d’ensembles associant les pièces et leur distribution.
Figure 37a – Maison 11, échelle 1/250.

Figure 37b – Maison 11, plan de l’étage, façade sur rue et façade latérale, échelle 1/250.

Figure 37c – Maison 11, façade sur cour, coupe longitudinale, échelle 1/250 et axonométrie, échelle 1/200.

Figure 38 – Maquettes conceptuelles : les systèmes distributifs des ahwâsh.

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