Ahwâsh
p. 367-387
Texte intégral
Les ahwâsh de Naplouse
1Les ahwâsh constituent la plus grande part des logements de la ville, ils peuvent ne regrouper que quelques logements, ou en posséder autour d’une vingtaine. C’est le cas des ahwâsh al‑Jitân, al‑ʿAtout et al‑Nasr. Ceux‑ci sont implantés dans la partie centrale de la vieille ville de part et d’autre de la rue al-Nasr. Ils se sont développés à l’intérieur des vastes îlots hérités du quadrillage romain et ne structurent donc pas directement la forme urbaine et le dessin de l’espace public. Alors qu’à Hébron, si les ahwâsh possèdent les mêmes principes d’organisation et de distribution des pièces que ceux de Naplouse, ils qualifient, en revanche, directement la forme de l’espace public en tant qu’éléments singuliers constitutifs du tissu urbain. Les ahwâsh de Naplouse s’organisent autour de grandes impasses mais aussi autour de cours collectives ou de placettes intérieures. On peut noter que ces espaces collectifs sont actuellement peu pratiqués, les enfants, par exemple, préférant ou devant plutôt jouer dans la rue qu’à l’intérieur du hosh, excepté le hosh al‑ʿAtout dont les espaces collectifs ont fait l’objet d’un investissement particulier.
Figure 30 – Schémas distributifs des ahwash.

Le hosh al‑Jitân
2On y accède depuis la rue al‑Nasr et il est situé dans un îlot en face du Nouveau Khan. Le hosh occupe le centre de l’îlot, la périphérie étant réservée aux commerces sur la rue al‑Nasr et sur les autres rues aux habitations et aux jardins ; à l’angle sud-ouest se trouve la mosquée al‑Tîna. L’opposition entre centre et périphérie est renforcée par un changement d’orientation parcellaire, les parcelles de périphérie sont perpendiculaires à trois rues de l’îlot, c’est-à-dire de direction principale nord-ouest - sud‑est, et celles du hosh ont une direction particulière, nord-sud, donnée par la rue al‑Tîna qui borde l’îlot à l’ouest.
Figure 31 – Hosh al‑Jitân, plan de situation, échelle 1/2000.

Figure 32 – Hosh al‑Jitân, axonométrie du système distributif.

3La structure du hosh s’apparente à celle d’un arbre dont le passage, de 18 m de longueur, constitue le tronc. Il mène à une cour approximativement carrée de 12 m de côté. Celle-ci dessert plusieurs logements à rez-de-chaussée. À partir de la cour, trois réseaux, assimilables aux branches maîtresses de l’arbre, s’installent. Au sud un premier système se déploie sur trois niveaux, il s’agit en fait d’une grande maison divisée en plusieurs appartements. Celle-ci, peu perceptible à l’intérieur du hosh qui est imbriqué avec les autres édifices leconstituant, s’impose depuis l’extérieur par la netteté et la simplicité de sa volumétrie, un parallélépipède rectangle d’une quinzaine de mètres de hauteur. Au sud-ouest le deuxième ensemble, empruntant un escalier depuis la cour, dessert des logements situés à l’étage, à la manière d’une petite impasse installée sur les maisons du rez‑de‑chaussée. Et à l’ouest, le dernier réseau est une impasse qui distribue des logements à partir du rez‑de‑chaussée.
Figure 33 – Hosh al-Jitân, plan du rez-de-chaussée, plan du premier étage et plan du deuxième étage, échelle 1/400. Plans schématiques.

4Le hosh comprend 21 logements. Certains se sont installés dans la structure existante, d’autres l’ont modifiée, aussi les schémas représentent différemment la structure initiale en noir et les modifications en traits rouges. Ces schémas empruntent les mêmes conventions graphiques que celles utilisées pour les palais, trait d’axe pour l’iwân, hachures pour les pièces qu’il dessert, et tireté pour indiquer les voûtes d’arêtes des pièces. On trouve deux types principaux de logements, le premier structure un ensemble de pièces articulées autour d’un iwân, et le second est constitué de pièces commandées en enfilades. Puis deux exceptions, une distribution caractéristique des ahwâsh, un passage distribue des pièces autonomes, et enfin un ensemble formé par le regroupement de pièces autour d’une cour couverte.
Figure 34 – Hosh al‑Jitân, plans schématiques de 9 logements.

Logement 1
5Surface : 60 m2 et cour de 15 m2
6Il est constitué de deux pièces en enfilade précédées d’une cour partiellement couverte d’une toiture de tuiles, sous laquelle est installé un petit salon extérieur. Ce logement est caractéristique des modifications réalisées pour installer des logements contemporains dans la structure ancienne. La première pièce résulte de la partition d’une pièce couverte d’une double voûte d’arêtes, tandis que la seconde (5,80 × 5,50 m) a conservé son intégrité, voûte d’arêtes, différents types de niches, fenêtres géminées, autant d’éléments caractéristiques des pièces de ahwâsh 1. Le logement rassemble dans la première pièce, la cuisine, la salle de bains et un séjour comportant coin repas et salon, et dans la deuxième pièce un dégagement et deux chambres. Cet ensemble de pièces, correspond aux critères d’un logement contemporain, il est cependant réalisé par des cloisons séparatives de 2,50 m de haut, alors que les pièces d’origine ont une hauteur d’environ 5 m.
Figure 35 – Logement 1, échelle 1/150.

Logement 2
7Surface : 50m2
8C’est un appartement de 3 pièces en enfilade dont le plan est en forme de L. Deux pièces jumelées, voûtées d’arêtes, constituent la partie ancienne du logement, on y trouve les chambres et le salon, une troisième pièce plafonnée a été réalisée postérieurement pour accueillir les services, la cuisine, la salle de bains et les toilettes.
Figure 36 – Logement 2, échelle 1/150.

Logement 3
9Surface totale : 105 m2
10On accède au logement à partir d’une terrasse située en façade. Il comprend deux pièces anciennes voûtées d’arêtes. La première a été divisée en deux dans la hauteur, la salle de bains et la cuisine se trouvent dans la partie basse et le salon dans la partie haute. La deuxième pièce a été conservée dans sa hauteur mais a été redécoupée pour créer deux chambres.
Figure 37 – Logement 3, échelle 1/150.

Logement 4
11Surface : 90 m2 et cour de 25 m2
12Après avoir franchi la cour, un escalier mène à un passage étroit et sinueux de plus de 20 m de longueur au bout duquel se trouve le logement. Celui-ci s’ordonne autour d’une distribution centrale. De part et d’autre de l’accès menant à une grande pièce de réception couverte d’une coupole, on trouve successivement d’un côté l’iwân, la cuisine et la salle de bains puis une chambre, et de l’autre, la cour située en face de l’iwân, un cabinet de toilette et une grande chambre. Les différentes pièces du logement forment un bâti composite, pièces couvertes d’une coupole ou voûtées d’arêtes, salles plafonnées, et révèlent les différents moments de leur édification. Cette composition est significative des logements de ahwâsh à savoir une addition de pièces réalisées à différentes époques et desservies le long d’un cheminement.
Figure 38 – Logement 4, échelle 1/150.

Logements 5 et 5bis
13Surfaces : 90 m2 et 110 m2
14Situé au deuxième étage, cet ensemble est une structure pure constituée d’un iwân et des deux pièces qu’il dessert. Une troisième pièce indépendante est distribuée directement depuis la cour. Cette structure ancienne est toujours présente mais elle a été profondément altérée afin d’y créer deux logements. La cour a été en grande partie construite et l’iwân a été redécoupé pour installer les services, cuisines, salles de bains et toilettes des deux logements. Les deux pièces desservies par l’iwân ont été redécoupées afin de créer quatre chambres, la pièce indépendante n’a pas été modifiée et sert de séjour à l’un des deux logements. Cette transformation profonde de la structure ancienne, suppression de la cour et de l’iwân a pu être réalisée grâce à la présence des nombreuses fenêtres ouvertes sur l’extérieur.
Figure 39 – Logement 5 et 5bis, échelle 1/150.

Logement 6 (fig. 33 plan de rez‑de‑chaussée à gauche de la cour et fig. 34)
15Surface : 85 m2 et cour de 18 m2
16Situé au rez-de-chaussée ce logement est un autre exemple archétypique constitué d’un iwân entouré de deux pièces. Cet ensemble comporte aussi deux pièces indépendantes et une annexe donnant sur la cour. Toutes les pièces prennent le jour sur l’iwân ou directement sur la cour. Cette disposition permet de conserver l’intimité du logement par rapport aux espaces collectifs du hosh. L’ensemble bien qu’actuellement inhabité est dans un bon état de conservation.
Logement 7
17Surface : 52 m2
18Situé en rez-de-chaussée, ce petit appartement est constitué de deux pièces en enfilade dont l’entrée en baïonnette assure l’intimité nécessaire. À noter aucune modification majeure de la structure ancienne.
Figure 40 – Logement 7, échelle 1/150.

Logement 8
19Surface : 110 m2
20C’est un ensemble constitué par une addition de pièces qui s’ouvrent et se regroupent autour d’une cour couverte donnant sur une petite cour. Celle‑ci a été couverte afin de constituer les entrées de deux logements, l’un à l’étage et l’autre au rez-de-chaussée, seul ce dernier a été relevé. Il comporte quatre pièces couvertes des différents types de voûtes que l’on rencontre dans les maisons de Palestine. Les pièces n’ont pas été transformées mais la couverture de la cour a totalement modifié leur relation à l’extérieur.
Figure 41 – Logement 8, échelle 1/150.

Logement 9 (fig. 33 plan de rez-de-chaussée à droite de la cour et fig. 34)
21Surface : 80 m2 et cour de 20 m2
22C’est un logement à rez-de-chaussée comportant un petit iwân desservant une pièce et une réserve. Une autre pièce est accessible directement depuis la cour. Le logement est inhabité parce qu’il est peu éclairé et surplombé par deux étages. Il se trouve aussi dans une situation généralement réservée pour les animaux, ou pour des réserves ou des ateliers.
Le hosh al‑Nasr
23Il occupe le centre d’un îlot carré de 65 m de côté situé entre le Khan al‑Toujjâr et la rue al-Nasr, grande rue est-ouest de la ville parallèle au souk. Il comprend une quinzaine de logements. Sa structure est une arborescence similaire à celle du hosh al‑Jitân.
24Pour accéder au hosh depuis la rue al-Nasr, il faut emprunter un passage très étroit d’environ 1,20 m de largeur, constitué de trois parties formant une baïonnette. La première partie du passage d’une longueur de 15 m est majoritairement couverte par une voûte d’arêtes, et est bordée d’édifices d’une douzaine de mètres de haut. La deuxième section est d’une dimension équivalente, et d’une hauteur de bâti identique, mais l’espace y est plus impressionnant, n’ayant aucune échappée car chaque extrémité est bornée par un mur. Dans la troisième partie, le passage s’élargit et s’ouvre sur une première cour.
25Bien que de faible largeur et fortement marqué par la verticalité des murs de pierre, le passage n’en présente pas moins un haut raffinement dans le traitement des détails architecturaux comme les corbeaux aux formes arrondies, les encorbellements aux géométries variées, biaises ou parallèles aux façades pour supporter un escalier, s’agrandir à l’étage en surplombant l’espace public ou rattraper la géométrie intérieure d’une pièce et la projeter sur l’extérieur en provoquant des pliures et ressauts baroques saillants du plan des murs. La cour principale du hosh est de forme irrégulière, l’addition des pièces qui le composent l’ayant emporté sur le dessin de l’espace libre. La cour distribue directement deux logements et deux petites impasses dans lesquelles se répartissent six logements. Le hosh se conclue au nord par une courette desservant trois appartements.
26Des relevés de logements réalisés dans le hosh, on retiendra les plans de deux appartements. Le premier, situé à l’étage, tient d’une recomposition de pièces réalisée lors de la réhabilitation du hosh. Sur un sol fragmenté révélant les différentes hauteurs des pièces du rez-de-chaussée, l’appartement regroupe une dizaine de pièces dont quatre sont voûtées d’arêtes, les autres plus récentes étant plafonnées. Ce logement est emblématique des ahwâsh, toujours en devenir, mais ici les dernières pièces sont réalisées en parpaing, provoquant une rupture dans la matérialité et l’architecture du hosh.
27Le second logement se trouve au deuxième étage. On y accède par un escalier menant à une terrasse, puis un autre escalier conduit à l’entrée du logement. De celle-ci, on atteint par un dernier escalier les quatre pièces de l’appartement. La pièce principale est voûtée d’arêtes, elle s’ouvre en façade sur une véranda, les autres pièces étant de construction récente. Ce logement est un exemple de l’adaptabilité du type aux nouvelles extensions, et d’un système de distribution complexe propre aux ahwâsh.
Figure 42 – Hosh al‑Nasr, échelle 1/2000. Plan de situation.

Figure 43 – Hosh al‑Nasr, axonométrie du système de distribution.

Figure 44 - Hosh al‑Nasr, Logement 1, échelle 1/250.

Figure 45 - Hosh al‑Nasr, Logement 2, échelle 1/250.

Le hosh al‑ʿAtout (ill. 19)
28Il se trouve dans le quartier al‑Yasmîna et occupe l’ouest d’un vaste îlot de 80 × 110 m. Il bute à l’est sur un grand jardin bordant la maison Agha Touqan avec lequel il n’entretient aucune relation. Il est constitué d’une impasse d’une cinquantaine de mètres menant à une cour de forme irrégulière proche d’un rectangle de 8 × 12 m. Après quelques emmarchements, l’impasse est immédiatement distributive des logements, soit par des portes donnant directement sur le passage, soit à partir de renfoncements ou de courettes regroupant deux ou trois entrées d’appartements. Au niveau de la cour, deux logements sont accessibles directement, deux autres le sont au fond d’une cour couverte, et sept logements sont distribués par une petite impasse. Au total le hosh comprend une vingtaine de logements.
29De la rue à la cour, l’impasse présente des ambiances variées et tranchées s’appuyant sur de nombreuses et courtes séquences. Celles-ci se constituent dans les différents déboîtements de la voie, dans son élargissement ou son rétrécissement, et dans la présence ou non de passages voûtés. Les différents dégagements ou les courettes qui la bordent, et les escaliers menant aux logements situés à l’étage contribuent aussi à la définition des différentes séquences. On peut ainsi décrire certaines situations particulières.
30Après un léger déboîtement, une cour couverte accessible par une porte, et se développant sur deux niveaux, ne s’ouvre largement sur le passage qu’à l’étage, par une grande imposte contenue dans un arc en plein cintre. Pareillement, les escaliers s’installent en longeant l’impasse dans les secteurs où elle est plus large, ou, plus certainement, la nécessité de desservir à l’étage des logements a demandé de l’élargir à cet endroit. L’impasse se termine face à un mur, elle est alors recouverte par une voûte d’arêtes qui l’assombrit, avant de desservir d’un côté la grande cour du hosh baignée de lumière et de l’autre une petite impasse bordée d’un côté par un escalier qui franchit le passage pour aller desservir un logement de l’autre côté.
Figure 46 – Hosh al‑ʿAtout, échelle 1/2000. Plan de situation.

Figure 47 – Hosh al‑ʿAtout, axonométrie du système distributif.

Figure 48 – Hosh al‑ʿAtout, échelle 1/333. Coupe sur la ruelle de distribution du hosh.

31L’édification progressive du hosh se lit dans cette succession de séquences, elle produit une architecture complexe, éclectique, créant du pittoresque que les qantaras réunifient en créant une théâtralité singulière du lieu par les effets d’ombre et de lumière qui se succèdent dans la perspective des passages ou à l’approche d’une cour.
Illustration 19 – Ruelle de distribution du Hosh al‑ʿAtout.

Le hosh 4
32Il est situé dans un îlot à l’ouest de la grande mosquée, entre le souk et la rue al‑Nasr. C’est un hosh ordinaire, pas de cour, pas de ramification complexe du système de distribution, juste une impasse.
33On y accède depuis la rue al-Nasr par un vaste porche de 4 à 4,50 m de large et de 18 m de longueur qui ne distribue aucun logement mais instaure de la distance entre l’espace public et le hosh.
34Puis l’impasse, dont la largeur varie entre 1,50 et 2,00 m, se développe à angle droit. Elle est constituée de quatre parties, deux de chaque côté de l’angle droit, repérables par les différences d’alignements. Celles-ci montrent des moments indépendants de réalisation du hosh révélateurs de son mode de croissance, à l’échelle d’un logement ou d’une pièce, il ne s’agit pas d’un petit lotissement à l’intérieur de l’îlot, mais d’une accumulation de logements réalisés par addition de pièces ou de petits ensembles en fonction des nécessités. Ce type de croissance est caractéristique de celle des ahwâsh. Les coupes et les façades indiquent les proportions de l’impasse, 1,50 m de large par 10 m de hauteur, et signalent la hiérarchie des relations entre parties privatives et espaces collectifs.
Figure 49 -– Hosh 4, échelle 1/2000. Plan de situation.

Figure 50 – Hosh 4, échelle 1/333. Coupe sur la ruelle de distribution du hosh et axonométrie du système distributif.

Notes de bas de page
1 Pour la description des pièces de hosh, voir celle du hosh ʿAlî Bakka, p. 89 à 94.
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