Maisons mixtes
p. 246-257
Texte intégral
Maison 12
1C’est une petite maison située à l’arrière de l’hôtel de ville sur la rue joignant les rues Paul VI et Najâjra. Le rez-de-chaussée comporte une grande pièce en fond de parcelle et deux petites pièces sur rue. Une des deux petites pièces, associée à la pièce du fond, est un commerce, l’autre est l’entrée des pièces d’habitation des étages. Au premier étage, une galerie centrale dessert deux pièces en fond de parcelle et une pièce sur rue. La superposition du plan du rez-de-chaussée et de celui de l’étage révèle la liberté de composition que s’autorisaient les maçons de Bethléem ; les murs porteurs, sans remettre en cause la solidité de l’ouvrage, ne se superposent pas : division du plan en deux parties au rez-de-chaussée et en trois parties à l’étage. En revanche, le deuxième étage reproduit la structure du plan du premier, galerie et pièces du fond se superposant, la pièce sur rue devenant une terrasse. Ces deux niveaux relèvent donc d’une pensée rationnelle en plan de l’édifice, alors que les escaliers menant au premier et au deuxième étage ne dérogent pas à la règle de non-composition des ahwâsh de Bethléem : ils cherchent leur place, se glissent le long des parois, s’enfoncent dans l’épaisseur des murs, se tordent et se retournent afin de desservir les pièces de la maison. En analysant plus précisément le plan du rez-de-chaussée, on note que la petite pièce sur rue dans laquelle se trouve l’escalier était une cour partiellement couverte par une voûte d’arêtes, l’escalier se trouvant à l’air libre.
2On peut alors tenter de décrire les différents moments de l’édification du hosh : construction du rez-de-chaussée comportant la pièce du fond, puis construction d’une pièce sur rue et de la cour avec ou sans escalier ; extension du premier et du deuxième étage dont les structures se superposent, ce temps pouvant aussi se décliner en deux moments, premier puis deuxième étage ; ultimes transformations consistant en la couverture de la cour et la clôture des galeries du premier et du deuxième étage.
Figure 39 – Maison 12, échelle 1/250.

Maison 13
3Cette maison est située rue ʿAnâtra, au sud de l’église de la Nativité. Le rez-de-chaussée de la parcelle est totalement construit en périphérie, libérant dans sa partie centrale une cour de distribution. L’escalier cantonné dans un angle de la cour associe à quelques volées simples superposées des paliers et des emmarchements nécessaires à la desserte des étages. Au premier étage, on trouve deux pièces en fond de parcelle, et côté rue, deux pièces distribuées par une galerie qui a été fermée et récupérée pour des pièces d’habitation. Le deuxième étage reproduit les deux pièces sur rue précédées d’une terrasse. Au-delà des derniers bricolages, consistant notamment dans l’adjonction de pièces de service sur la terrasse du deuxième étage, cette maison présente une structure cohérente composée de deux corps de bâtiment situés de part et d’autre de la cour, l’un sur rue, de trois niveaux, et l’autre en fond de parcelle, de deux niveaux.
4C’est un mode de composition inédit à Bethléem que l’on a plutôt l’habitude de croiser dans les quartiers de Damas. Mais ici, le rez-de-chaussée est essentiellement occupé par les pièces de service, un élément caractéristique des maisons de Bethléem et plus largement palestiniennes, quand les pièces principales des maisons damascènes occupent le rez-de-chaussée et entretiennent une relation privilégiée à la cour.
Figure 40 – Maison 13, façade sur rue, coupe transversale et plans, échelle 1/250.

Maison 14 « Suore del Sacro Cuore del Verbo Incarnato »
5La maison, installée à l’angle de la rue Wâd Maʾâli et d’un escalier descendant la colline, comporte un rez-de-chaussée sur rue et, en contrebas, deux étages. Les trois niveaux sont indépendants et possèdent chacun leur entrée, sur rue pour le rez-de-chaussée, depuis l’escalier pour le niveau intermédiaire et depuis le jardin pour le niveau bas.
6Seuls le rez-de-chaussée et le niveau intermédiaire ont pu être relevés. Au rez-de-chaussée, un vaste hall central, perpendiculaire à la rue, dessert de part et d’autre trois pièces. Au niveau intermédiaire, le hall, situé côté vallée, est parallèle à la rue ; il distribue et éclaire trois pièces. La figure de composition du rez-de-chaussée est différente de celle de l’étage intermédiaire et chaque niveau est donc indépendant, aussi bien au niveau de la distribution que de la composition. La façade sur rue est symétrique et axée sur la porte d’entrée, celle donnant sur le jardin est aussi symétrique, l’axe étant marqué par un traitement différencié des fenêtres de la travée centrale.
7Cette maison (au niveau intermédiaire) ou ce monastère (au rez-de-chaussée), qu’importe, puisque le type de composition est le même : un hall distribuant des pièces d’habitation ou les cellules d’un carmel. La maison revendique son autonomie en se libérant de toute mitoyenneté et en affirmant la composition de sa façade. L’indépendance de la composition en plan de chaque niveau de cette maison garde cependant le souvenir du hosh et en rappelle partiellement la structure.
Figure 41 – Maison 14, façade sur rue, plans et façade sur cour, échelle 1/250.

Maison 15 (ill. 12)
8Posté à l’angle de la rue Najâjra et d’un escalier dévalant la colline vers la rue Wâd Maʾâli, ce bâtiment de quatre travées est constitué de deux parties formant un léger angle accompagnant le tracé courbe de la voie. Sur rue on trouve quatre commerces, deux travées occupent la profondeur de la parcelle, les deux autres plus courtes ménagent une petite cour partiellement couverte à laquelle on accède depuis l’escalier menant à la rue Wâd Maʾâli.
9Il y a dans la cour une pièce réservée aux animaux, qui est située sous les commerces, et un escalier extérieur permettant d’accéder directement au niveau des commerces et à celui de l’habitation. De plus, au fond d’une des travées de commerce, une petite pièce reçoit un escalier intérieur menant à l’étage d’habitation. À noter ce cas rare de double distribution dans les maisons bethléemitaines.
10La relative simplicité et la rationalité de ce bâtiment, l’aspect répétitif des travées et le système de distribution intérieure définissent un ensemble qui s’apparente à un petit lotissement de souks venant conforter la vocation marchande de la rue. Ce bâtiment garde cependant la mémoire des étages indépendants et de la complexité distributive des escaliers qui sont caractéristiques des ahwâsh.
Figure 42 – Maison 15, façade sur rue, coupe transversale, plan du rez-de-chaussée niveau cour, plan du rez-de-chaussée niveau rue et plan de l’étage, échelle 1/250.

Maison 16 (ill. 17)
11La maison est située entre deux escaliers joignant les rues Najâjra et Wâd Maʾâli. Elle est mitoyenne, au nord, du jardin du musée al-Badd. Épousant la pente du terrain, la construction s’articule sur deux niveaux. La maison a deux entrées : on peut accéder au rez-de-chaussée depuis la cour basse de la maison ou bien depuis l’étage, en empruntant l’escalier reliant les deux niveaux.
12Au rez-de-chaussée, un vaste hall dessert une double pièce d’un côté et une simple de l’autre ; dans le prolongement de cette dernière, on trouve une pièce qui n’est accessible que par la cour. À l’étage, la maison se fonde sur la structure du rez-de-chaussée, dont elle conserve le plan, et elle s’étend vers le nord d’un autre hall et de deux pièces, dont une très petite. Le hall dessert aussi une pièce qui se superpose à la pièce indépendante du rez-de-chaussée. L’étage résulte de l’addition, sans articulation, de deux plans à hall central non finis et perturbés par la distribution. Une pièce, appartenant structurellement à un hall, est distribuée par l’autre. Les façades sont caractéristiques des ahwâsh : mur de pierre massif sans ornement et fenêtres géminées pour éclairer les pièces.
Figure 43a – Maison 16, échelle 1/250.

Figure 43b – Maison16, plan du rez-de-chaussée, plan du premier étage, échelle 1/250 et axonométrie, échelle1/200.

Illustration17 – Vue sur le hall central de la maison 16 (voir figure 43a et 43b).

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