Ahwâsh
p. 206-229
Texte intégral
Hosh 1
1On accède à ce hosh, situé rue Paul VI, par un passage voûté longeant la limite est de la parcelle.
2Il est constitué d’un rez-de-chaussée bas, desservant dans la cour les pièces destinées au rangement et aux animaux, et d’un rez-de-chaussée haut possédant trois boutiques ouvertes sur la rue et, côté cour, deux pièces d’habitation précédées d’une galerie. Les pièces de ces deux niveaux sont couvertes de voûtes d’arêtes.
3Le premier étage est un ensemble composite associant une grande pièce voûtée située dans l’angle du hosh, encadrée côté cour et côté rue de deux surélévations lisibles dans le changement du mode constructif, murs moins épais et structure de poutres métalliques pour les planchers. La façade sur rue rend compte de cet état, fenêtre géminée archétypique de la pièce voûtée et système composé des percements pour la partie plus récente. Le deuxième étage, partiellement construit, ne possède qu’une seule pièce et deux petites annexes, permettant une probable future extension. Trois escaliers indépendants distribuent les différentes pièces ou appartements de ce hosh, en occupant presque la totalité de la cour.
4Les pièces s’installent globalement sur deux côtés perpendiculaires de la parcelle, mais il n’y a pas de structure affirmée du plan, qui se modifie selon les niveaux. Cependant, la géométrie de la parcelle, qui s’apparente à un carré, détermine l’orthogonalité des différentes pièces, carrées ou rectangulaires, grandes et petites, de ce hosh.
Figure 25a – Hosh 1, plan du rez-de-chaussée bas, plan du rez-de-chaussée haut, plan du premier étage et plan du second étage, échelle 1/250.

Figure 25b – Hosh 1, échelle 1/200.

Illustration 12 – Entrée sur la cour de la maison 15 (voir figure 42).

Hosh 2
5Installé à l’angle d’un passage reliant la rue Paul VI et la rue de la Crèche, le hosh comporte quatre niveaux.
6Le rez-de-chaussée, accessible depuis l’impasse, est réservé aux animaux et au rangement ; les pièces sont situées sous le niveau de la rue et s’ouvrent sur une cour résiduelle qui assure la distribution du hosh. Au premier étage, celui de la rue, on trouve trois petites pièces sur cour et trois commerces ouverts sur la rue. Les troisième et quatrième niveaux sont ceux des pièces d’habitation. Cet ensemble est caractéristique d’une production s’étalant dans le temps ; les pièces de formes et de tailles variables ont été édifiées les unes après les autres selon des modes constructifs qui ont évolué. Le bâtiment ménage quelques terrasses dans les niveaux supérieurs qui renforcent la complexité volumétrique du hosh.
7De nombreux escaliers s’accrochent aux façades ou se déploient dans l’espace afin de desservir sur quatre niveaux les quatorze pièces du hosh. Cet ensemble quasi piranésien se révèle dans l’espace public, la cour s’ouvrant avec ses nombreux escaliers directement sur le passage. On peut aussi y voir la mise en scène d’un impossible espace que l’on rencontre dans les dessins de Maurits Cornelis Escher tant la représentation conventionnelle de l’architecture peine à figurer la complexité des dispositions rencontrées.
Figure 26a – Hosh 2, coupe transversale, façade sur rue et plans, échelle 1/250.

Figure 26b – Axonométrie du hosh 2, échelle 1/200.

Illustration 13 – Escalier public 6, ouvrant au sud-ouest et sur les collines en terrasse.

Hosh 3
8Il s’agit d’un hosh de la rue Paul VI dont seule une partie du rez-de-chaussée et une pièce de l’étage ont pu être relevées. On y accède par un passage voûté et l’on se trouve confronté à une assemblée d’escaliers desservant les pièces du rez-de-chaussée implantées à des hauteurs différentes pour s’adapter à la topographie du sol, et les pièces du premier et du deuxième étage. L’indépendance des pièces et l’autonomie des systèmes de distribution caractéristiques de cette maison demeurent une constante de la structure des ahwâsh. Le dessin de la façade sur rue, dont le deuxième étage ne comporte qu’une seule pièce, exprime aussi une des caractéristiques des ahwâsh comme structure ouverte à de nouvelles extensions.
Figure 27 – Hosh 3, échelle 1/250.

Illustration 14 – Impasse du hosh syriaque. Dans l’axe, entrée principale du hosh.

Hosh 4
9La maison est constituée de trois niveaux. Le rez-de-chaussée, donnant sur une impasse de la rue de l’Étoile, comporte deux pièces, dont l’une s’ouvre sur une cour arrière. De ce niveau, un escalier extérieur permet d’accéder directement au deuxième étage qui est celui de la terrasse de l’église syriaque orthodoxe. Les pièces de cet étage sont accessibles par une passerelle enjambant le vide entre la maison et la terrasse. Le niveau intermédiaire est aussi desservi depuis la terrasse, mais par un autre escalier. Chaque étage est donc indépendant, le niveau intermédiaire et le niveau haut sont constitués de deux travées comprenant deux pièces principales et deux alcôves situées au-dessus de l’impasse. Une petite terrasse se substitue à une alcôve au deuxième étage. Les deux pièces du niveau haut présentent deux modes constructifs distincts, voûte d’arêtes pour l’un et plafond pour l’autre, révélant deux temps de leur édification. La pièce plafonnée, la dernière construite, possède une façade symétrique composée d’une porte surmontée d’une imposte couverte par un arc, et encadrée de deux fenêtres identiques.
10L’unité de composition de ce petit hosh est l’étage et non la pièce, même si le mode constructif du niveau haut indique une réalisation échelonnée dans le temps. Cependant, le type de distribution reste caractéristique du hosh, chaque escalier ne desservant qu’un niveau, et l’on doit quand même depuis l’impasse monter au deuxième étage pour redescendre au premier.
Figure 28 – Hosh 4, coupe longitudinale, plans et façades, échelle 1/250.

Hosh 5
11Situé sur la rue Najâjra entre deux impasses en escaliers, ce hosh comprend deux commerces sur rue et une terrasse également accessible depuis une des deux impasses par un escalier et une passerelle située en dehors de la parcelle (plan de l’étage) et cinq pièces réunies par une cour couverte de voûtes d’arêtes (plans des rez-de-chaussée haut et bas). La cour est actuellement fermée, côté impasse, par un mur dans sa partie basse qui se prolonge dans sa partie haute par une imposte vitrée s’élevant jusqu’aux arcs des voûtes.
12On accède à la maison depuis une des impasses. On entre par la cour qui dessert une grande pièce d’angle, et de part et d’autre, deux groupes de deux pièces superposées de faible hauteur. Pour le premier groupe, les accès se font par des escaliers installés dans l’épaisseur des murs, et pour l’autre, la pièce basse est desservie depuis la cour tandis que la pièce haute n’est accessible que depuis l’impasse. Un jardin à deux niveaux prolonge ce bâti compact, mais reste extérieur à la structure du hosh.
13C’est le cas de la plupart des ahwâsh qui s’organisent quelquefois dans un rapport au paysage, vue panoramique sur les jardins en terrasse de la vallée, mais n’entretiennent que rarement des relations de composition avec un extérieur qu’il soit cour ou jardin.
14Le hosh fait office de mur de soutènement de la rue Najâjra par le truchement des deux pièces superposées situées sous le niveau de la rue. On rencontre à Bethléem deux types d’implantation des pièces des ahwâsh : 1) les pièces s’installent au plus près du relief pour éviter d’importants travaux de terrassement, cette disposition concerne principalement les maisons se développant vers le haut depuis la rue ; 2) les pièces sont construites sur un sous-sol afin d’assurer les fondations de la maison et faire office de mur de soutènement de la rue, pour les maisons se développant vers le bas depuis la rue.
Figure 29 – Hosh 5, coupe longitudinale et plans, échelle 1/250.

Hosh 6
15Ce hosh, situé en cœur d’îlot entre la rue Najâjra et la rue Paul VI, est desservi par une impasse de la rue Najâjra qui le borde sur deux côtés. Ici, aucun plan d’ensemble, aucune géométrie décelable, il ne s’agit au niveau du rez-de-chaussée que d’une addition de cinq pièces fermées, dont deux sont précédées d’un portique ou d’une pièce ouverte. Elles sont distribuées par une allée centrale, espace libre résiduel résultant de l’implantation des pièces du hosh. Le hosh possède un sous-sol partiel, disposition récurrente à Bethléem pour s’adapter à la forte déclivité du terrain. Plusieurs escaliers conduisent à l’étage à quatre pièces et aux terrasses cernées de murs d’environ un mètre de hauteur. Cette disposition intègre une surélévation à venir, autre structure caractéristique du hosh, en perpétuel devenir, ne présentant que rarement une forme achevée.
16En l’absence de données historiques précises, deux hypothèses opposées peuvent expliquer l’organisation spatiale du hosh et son insertion urbaine : soit l’urbanisation issue des rues Najâjra et Paul VI a laissé un vide en cœur d’îlot que le hosh a occupé ; soit la construction du hosh est antérieure, s’installant sur un terrain libre, à la manière d’une installation villageoise faite de proximité, de distance, et de simple adaptation au sol naturel ; l’impasse ayant alors été créée a posteriori pour permettre l’accès depuis la rue dont l’urbanisation serait plus tardive. L’impact d’une percée dans un tissu ancien produit un effet similaire, créant un nouveau tissu accompagnant la voie en rejetant en second plan l’ancienne urbanisation.
Figure 30a – Hosh 6, coupe transversale, plan du rez-de-chaussée et plan de l’étage, échelle 1/250.

Figure 30b – Axonométrie du hosh 6, échelle 1/200.

Illustration 15 – Vue intérieure de la maison d’angle de l’escalier 4 (voir figure 19).

Hosh 7. Musée al-Badd
17Le musée est aménagé dans une ancienne maison associée à un moulin. Il est situé à l’angle de la rue Najâjra en face du marché. La forme de la parcelle s’apparente à celle d’un trapèze dont les deux côtés non parallèles sont donnés pour l’un par l’orthogonalité aux courbes de niveau et pour l’autre par le tracé d’un escalier public prenant la pente par l’oblique. La construction ne se règle pas sur l’alignement courbe de la rue, elle s’installe en retrait et se développe dans la géométrie produite par le tracé de l’escalier. Le moulin, placé en mitoyenneté à l’est de la parcelle, comporte deux pièces : dans l’une est installé le pressoir, l’autre, servant de stockage, s’étend au-delà des limites de la parcelle en soubassement de la maison mitoyenne. La géométrie particulière de la pièce du pressoir provient du rachat entre la direction donnée par l’escalier et celle de la ligne de plus grande pente. On peut noter qu’il est assez fréquent de voir ces lieux de conflits géométriques se régler en y implantant des éléments singuliers, équipements, monuments ou places.
18L’implantation de la maison est en retrait d’alignement laissant un vide, traité à la manière d’une cour anglaise. Le sol de la cour se trouve à environ deux mètres sous le niveau de la rue. Cette cour constitue un palier haut de distribution du rez-de-chaussée qui s’étage selon la pente du terrain. Elle distribue directement à ce niveau le moulin et une pièce indépendante. Puis, on descend encore deux mètres pour arriver dans une cour de distribution de trois mètres de large et de dix mètres de long partiellement couverte d’une voûte d’arêtes. Les pièces donnant sur la cour sont les suivantes : au sud, une grande pièce de cinq mètres par onze, qui est située à un mètre cinquante sous le niveau de la cour ; à l’est, une petite pièce de deux mètres par trois ; et à l’ouest, deux pièces, l’une d’environ cinq mètres par six, l’autre de quatre mètres par cinq est à deux niveaux, le niveau haut étant réservé à l’habitation. L’étage, auquel on accède par un escalier venant de la cour, est desservi par une coursive en forme de L, il comporte trois pièces et un iwân ouvert au nord face à un mur aveugle. L’iwân est un espace extérieur couvert d’une voûte d’arêtes, qui ne joue aucun rôle structurant dans la composition et la distribution de ce niveau. L’iwân et les deux pièces qui l’encadrent s’orientent au sud par des fenêtres géminées cadrant le paysage de la vallée. Un dernier niveau ne comporte qu’une pièce précédée d’un porche voûté et un espace de rangement.
19Au-delà de sa fonction de moulin, cet ensemble est très représentatif de la structure des ahwâsh. À l’écart de la rue, il apparaît comme un groupement dense et solidaire de pièces indépendantes, n’entretenant aucune relation particulière avec le jardin situé au sud de la parcelle. De même, les façades, dans leur absence de composition, confirment l’appartenance de la maison aux ahwâsh de Bethléem, construction massive de pierre, aucune ornementation, si ce n’est dans le dessin raffiné de certaines fenêtres géminées.
20Cependant, cette description n’épuise pas la question du rapport singulier de cette maison/moulin à la rue. En effet, si l’on peut décrire la structure géométrique et spatiale de la maison dans ses rapports à la topographie et au tracé de l’escalier, sa relation à la rue Najâjra demeure problématique et peu compréhensible. Elle interroge aussi bien l’usage – accéder au moulin par une cour située deux mètres sous le niveau de la rue n’est pas la solution la plus évidente –, que le rapport inexistant du bâti à la rue, alors qu’ils entretiennent de fortes relations de proximité. À cet endroit, la rue semble n’avoir joué aucun rôle dans la structuration du tissu urbain, celui-ci s’organisant dans ses relations à la pente et à l’escalier. On pourrait émettre l’hypothèse que le moulin signale une limite de croissance de la ville (une porte ?), en installant une interruption dans la continuité du tissu urbain bordant la rue Najâjra. En effet, le moulin marque à l’est la fin d’une urbanisation continue de maisons et de commerces à l’alignement réglé par leur relation directe à la rue, un type d’urbanisation que l’on retrouve à l’ouest, au-delà de l’arrivée de l’escalier sur la rue Najâjra. Dans cette configuration, le moulin pourrait avoir été desservi, à niveau, par l’ouest, à partir de l’escalier venant des jardins, les maisons à l’alignement de la rue entre le moulin et l’angle de l’escalier ayant été réalisées postérieurement.
21On trouve de l’autre côté de la rue Najâjra une situation similaire, le marché étant en rupture totale avec les tissus urbains qui l’entourent. La lecture du parcellaire tendrait à valider ce fait urbain qui demanderait à être confirmé, ou infirmé, par des études historiques.
Figure 31a – Hosh 7, échelle 1/250.

Figure 31b – Axonométrie du hosh 7, échelle 1/200.

Figure 32 – Maquettes conceptuelles : le hosh comme addition de pièces.

Figure 33 – Maquettes conceptuelles : volume intérieur d'une pièce de hosh.

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