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    Plan détaillé Texte intégral Présentation générale des ahwâsh à partir d’un hosh du quartier Shaykh ʿAlî Bakka CATALOGUE RAISONNÉ DES AHWÂSH RELEVÉS À HÉBRON Notes de bas de page

    Villes et architectures de Palestine

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Ahwâsh

    p. 80-125

    Texte intégral Présentation générale des ahwâsh à partir d’un hosh du quartier Shaykh ʿAlî Bakka Description Le rez-de-chaussée L’entresol et le système de distribution de l’étage Escalier A Escalier B Les ensembles de pièces d’habitation de l’étage Ensemble 1 Ensemble 2 Ensemble 3 Ensemble 4 Les pièces de la terrasse Les façades L’unité de base : la pièce La pièce d’angle de l’ensemble 1 (fig. 14b) Une pièce à deux niveaux Une réalité plus complexe CATALOGUE RAISONNÉ DES AHWÂSH RELEVÉS À HÉBRON Hosh 1 Hosh 2 Hosh 3 Hosh 4 (hosh Shâhîn) (ill. 13) Hosh 5 Hosh 6 (ill. 14) Hosh 7 (ill. 11 et 15) Hosh 8 Hosh 9 Hosh 10 (ill. 17) Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Le terme de hosh désigne, selon les pays ou les régions, différents types d’habitats collectifs regroupant différents types de populations. Il est notamment employé en Palestine, en Égypte ou en Syrie. À Damas, il est lié à l’exploitation des terres de la Ghouta, c’est un bâtiment habité par des ouvriers agricoles qui n’appartiennent pas à une même famille. Le type architectural du hosh damascène est ainsi constitué par la répétition d’unités identiques regroupées dans une cour. Alors qu’à Hébron, les ahwâsh sont des habitations collectives pour une famille élargie, ils sont de dimensions variables, comportent souvent plus d’une vingtaine de pièces et sont constitutifs du tissu urbain, étant l’unité de base qui forme la ville.

    2La structure du hosh est donc essentielle à la compréhension de la forme urbaine. La ville possède peu de rues, et se caractérise par les additions de ahwâsh formant des ensembles de grandes profondeurs difficilement pénétrables.

    Présentation générale des ahwâsh à partir d’un hosh du quartier Shaykh ʿAlî Bakka

    3Ce hosh inhabité et non réhabilité, donc exempt de transformations récentes, a été relevé à Hébron en avril 2011. Le relevé habité autorise une incursion dans les pratiques spatiales et les usages. Ce n’est pas ici le cas, c’est uniquement la structure spatiale qui sera décrite. Autre point : c’est un hosh ordinaire représentatif de la majorité des ahwâsh de la ville.

    4Le hosh est situé au nord-ouest de la ville ancienne dans le quartier Shaykh ʿAlî Bakka qui s’est développé à partir du xiiie siècle autour d’une zâwiya 1 (fig. 24). Le terrain présente une forte déclivité, les façades nord et sud, suivant les courbes de niveau, sont approximativement horizontales alors que la façade est présente un dénivelé de plus de 5 m, soit une pente irrégulière d’environ 20 %. Ce hosh est bordé par des voies sur trois côtés, il n’entretient des relations de mitoyenneté que dans sa partie nord-ouest. Il est donc facilement identifiable, même si certaines pièces semblent plus ou moins autonomes. La situation en centre-ville est beaucoup plus complexe. La complexité, venant de l’histoire de la transformation récurrente des ahwâsh et des récents travaux de réhabilitation, rend difficile leur délimitation, si ce n’est par un travail historique sur les propriétés bâties que nous n’avons pas mené.

    Description

    5À travers la description du hosh, on tentera de dégager quelques principes de composition ou plutôt d’organisation, tant la complexité résultant d’une addition d’éléments – les pièces – dans l’espace et dans le temps, ajouts successifs et usages changeants, rend problématique la définition d’une forme arrêtée. Il s’agit d’une structure en évolution rendant peu opératoire la notion de type architectural 2.

    6Le hosh que nous avons relevé possède donc 9 pièces au rez-de-chaussée, 11 pièces à l’étage et 2 pièces au niveau de la terrasse, soit 22 pièces au total (fig. 17-20).

    Figure 17 – Hosh ʿAlî Bakka, échelle 1/250.

    Figure 18 – Hosh ʿAlî Bakka, échelle 1/250.

    Figure 19 – Hosh ʿAlî Bakka, schémas d’analyse.

    Figure 20 – Hosh ʿAlî Bakka, schémas d’analyse.

    Le rez-de-chaussée

    7Le rez-de-chaussée est composé d’un commerce situé sur la voie principale, de 2 pièces d’habitation indépendantes situées au nord de la parcelle et d’un ensemble de salles, entrepôts, étables, bergeries, desservies par un vaste hall voûté d’environ 3 m de largeur côté rue et s’évasant jusqu’à 4 m en s’avançant à l’intérieur du hosh.

    8Ce hall donne sur la façade est, et non sur la voie principale du quartier. Il comporte deux demi‑voûtes d’arêtes sur la partie gauche et sur la partie droite, on trouve un escalier menant à l’étage. Le fond du hall contient, derrière l’escalier, une petite pièce et ouvre sur une grande salle voûtée dans laquelle se trouve un second escalier. Cette dernière dessert à gauche une grande salle et à droite un ensemble de trois salles faiblement éclairées en second jour.

    9Le rez-de-chaussée est donc composé de quatre travées de largeur variable, de 5 à 7 m. La travée nord est indépendante tandis que les trois autres forment un ensemble desservi par la travée centrale. Celle‑ci, pourvue des deux escaliers distribuant les pièces de l’étage, joue le rôle d’une travée de distribution, mais ces escaliers ne participent pas à la composition architecturale du rez-de-chaussée en jouant un rôle de pivot et d’articulation spatiale. Ils se contentent de longer les murs des salles pour se glisser à l’étage. La coupe sur ces trois travées montre une adaptation à la topographie, travées en escalier, qui se répercute partiellement à l’étage, les pièces étant de différentes hauteurs et les voûtes d’épaisseurs variables.

    L’entresol et le système de distribution de l’étage

    10Le dessin de l’entresol permet de représenter les chemins empruntés par les escaliers dans l’épaisseur des murs et dans celle construite entre les plafonds des voûtes du rez-de-chaussée et les sols de l’étage. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un entresol, même si ce niveau de coupe permet de représenter deux petites pièces.

    Escalier A

    11Venant du hall, une première volée mène à un palier d’où partent deux volées perpendiculaires ; à gauche on accède à une cour d’environ 3 × 7 m (ensemble 1), et en face à une courette carrée de 2,5 m de côté (ensemble 2).

    Escalier B

    12Venant de la salle voûtée du rez-de-chaussée, une première volée mène aussi, comme dans l’escalier A, à un palier desservant deux volées perpendiculaires. Celle de gauche permet d’accéder à une courette/escalier desservant les pièces de l’étage (ensemble 3), et se poursuit pour arriver au niveau des terrasses. Celle qui prolonge en face la première volée conduit à une courette en long de 1,5 m de large (ensemble 4).

    13Le système de distribution du hosh est donc constitué de trois parties : l’ensemble hall/salle voûtée du rez-de-chaussée, que l’on peut assimiler au tronc d’un arbre ; les deux premières volées des escaliers, qui s’apparentent à deux branches maîtresses partant du tronc ; les dernières volées des escaliers, qui sont les branches de l’arbre issues des deux branches maîtresses.

    14Ce système de distribution s’apparente à un système viaire linéaire hiérarchisé, un arbre, qui reprend et poursuit dans l’espace le système de desserte des voies de la ville ancienne. Cet arbre mène aux cours et aux courettes qui elles-mêmes distribuent les différentes pièces d’habitations du hosh.

    Les ensembles de pièces d’habitation de l’étage

    15L’étage du hosh est donc constitué de quatre ensembles indépendants, de différentes tailles, regroupant de une à quatre pièces d’habitation. Il ne constitue pas un plan horizontal, est morcelé et s’adapte aux différents niveaux du rez-de-chaussée.

    Ensemble 1

    16Une cour centrale distribue symétriquement deux pièces de part et d’autre de son axe longitudinal. Dans la partie gauche on trouve au même niveau que la cour deux pièces rectangulaires, une grande de 4 × 5 m à laquelle est associée une alcôve et une plus petite de 2,80 × 4 m, et dans la partie droite deux pièces approximativement carrées de 4 m de côté, qui sont surélevées par rapport au niveau de la cour. Ces deux dernières pièces comportent deux niveaux, le niveau haut est la partie habitable et la partie basse d’environ 1 m à 1,5 m de haut sert d’espace de réserves ou de logement des animaux.

    17Dans cet ensemble, la cour est le système distributif des différentes pièces, elle n’est cependant pas l’élément central de la composition mais l’espace permettant l’autonomisation des pièces. Il n’y a pas de façades composées sur cour, les pièces prenant majoritairement leur jour sur les rues. La cour n’est pas l’extérieur des pièces qu’elle distribue. C’est une fausse composition axée, le centre est un vide, même si certaines activités pouvaient s’y dérouler.

    Figure 21 – Hosh ʿAlî Bakka.

    Plan et coupes de la pièce d’angle, ensemble 1, échelle 1/250 (en frise divers motifs ornant les voûtes de la pièce).

    Figure 22 – Hosh ʿAlî Bakka.

    Plan et coupes de la pièce d’angle, ensemble 1, échelle 1/250.

    Ensemble 2

    18La petite cour carrée distribue deux pièces en vis-à-vis ; chaque pièce possède une alcôve qui vient refermer le troisième côté de la cour. Les deux pièces sont surélevées par rapport à la cour. Pour la pièce de gauche, qui est couverte d’une voûte à pénétration, l’escalier est intérieur tandis qu’il est extérieur pour la pièce de droite dont le plafond plat trahit une modification ou une construction plus tardive. Comme dans l’ensemble 1, cette petite cour n’a qu’un rôle distributif.

    Ensemble 3

    19Une courette escalier distribue trois pièces sur trois de ses côtés. Les pièces sont toutes différentes. Au premier palier on trouve une petite pièce de 3,20 × 2,60 m et une grande de 4 × 6 m, et au second palier une pièce de 3,60 × 4,40 m qui possède une grande cheminée et semble réservée à la cuisson et à la préparation des aliments. Cet ensemble illustre de façon radicale le rôle distributif de cette courette qui n’est au final qu’un escalier ouvert sur le ciel dont les paliers permettent d’accéder aux pièces.

    Ensemble 4

    20Il comporte une pièce d’habitation à deux niveaux, comme dans l’ensemble 1, de 3,80 × 5 m, et une pièce qui n’a pu être relevée ni entraperçue, car ne possédant pas de fenêtres, elle devait être réservée au logement des animaux. Ici, il n’y a pas de cour, il s’agit simplement d’un passage à ciel ouvert.

    21Ces quatre ensembles de pièces se différencient par l’autonomie de leur distribution, ils n’appartiennent pas à un système de composition spatiale articulé dans un plan général. Ces ensembles de pièces, qui s’installent dans une trame orthogonale approximative, sont au final les dernières ramifications du système en arbre décrit plus haut.

    22On doit aussi noter une relative indépendance des plans de rez-de-chaussée et d’étage, dont les murs ne se superposent pas totalement, la dimension des pièces et les nécessités de la distribution l’emportant sur la logique constructive. L’épaisseur des murs et des voûtes, la massivité du type constructif autorisent de fait ces décalages dans la superposition des niveaux.

    Les pièces de la terrasse

    23On accède à la terrasse par l’escalier desservant l’ensemble 3. Deux pièces indépendantes, ne formant pas un ensemble, sont installées sur la terrasse. Cette disposition montre l’importance de l’unité, la pièce, sur la création d’un ensemble par addition. Comme pour le plan du premier étage, la terrasse ne forme pas un plan horizontal, elle est morcelée et révèle la hauteur des pièces ou des ensembles de pièces de l’étage.

    Les façades

    24Sur rue, la façade du hosh est un mur de pierres, ponctué de quelques portes et fenêtres. Les fenêtres, le plus souvent délimitées par un encadrement de pierres taillées, ont été percées en fonction de l’aménagement intérieur des pièces. Il n’y a donc pas de façade au sens d’une composition dessinée et ordonnée soulignant les différents niveaux, une symétrie, un rythme de travées…, mais au contraire la présence forte d’un mur massif de pierres, juste émaillé de percements divers. Ce mur assume avec force la limite entre l’espace privé, le hosh, et l’espace public, la rue.

    25Les nombreuses petites façades intérieures des cours ne sont pas plus l’objet d’ordonnancement et de composition, certains éléments pouvant cependant être plus travaillés, comme un encadrement de porte, pour signifier le statut et l’importance de la pièce.

    L’unité de base : la pièce

    26Les pièces d’habitation sont de forme carrée ou rectangulaire, dont les côtés varient de 3 à 7 m, les dimensions les plus courantes allant de 4 à 5 m. Les angles des pièces sont renforcés par des piliers engagés de 30 à 40 cm de côté. La pièce est couverte, à une hauteur de 3 à 4 m, d’une voûte d’arêtes dont les intersections prolongent les arêtes des poteaux d’angle.

    27Les voûtes ne sont pas horizontales, mais inclinées d’une trentaine de centimètres, la partie haute étant au centre de la pièce à l’intersection des voûtes. Elles sont en pierres non taillées, travaillent en compression, et reportent donc l’essentiel des efforts horizontalement sur les piliers et les murs (d’où l’inclinaison des voûtes qui atténuent les efforts horizontaux). Certaines pièces possèdent au centre une petite coupole plate d’environ un mètre de diamètre. Dans ce cas, les intersections de voûtes se dédoublent à partir des poteaux d’angle pour venir « tangenter » la base de la coupole.

    28Les murs sont en pierres d’appareil rustique, de module d’environ 30 cm de haut et 50 cm de large. Les encadrements des portes et des fenêtres sont en pierres soigneusement taillées, tranchant fortement sur l’appareil rustique du mur. On trouve également des maisons dont les murs sont en pierres taillées, l’opposition entre le mur et les encadrements des fenêtres se faisant alors par une différence de nus.

    29L’épaisseur des murs est variable de 60 cm à 1 m ou plus ; ils sont recouverts intérieurement ainsi que les voûtes d’un enduit fin qui est peint. Dans l’épaisseur des murs, on trouve de nombreuses niches dans lesquelles sont placées les fenêtres ou qui servent de rangements. Les voûtes et les coupoles peuvent être décorées de motifs creusés dans l’épaisseur de l’enduit.

    La pièce d’angle de l’ensemble 1 (fig. 14b)

    30C’est une pièce quadrangulaire dont les côtés opposés n’ont pas la même dimension, et mesurent respectivement 4,30 m / 4,05 m et 4,90 m / 5,10 m. Elle dessert une alcôve de 1,50 m de côté, possédant sa propre fenêtre.

    31L’angle de la pièce situé à l’intersection des deux rues n’est pas orthogonal, et aucun mur n’est parallèle ou perpendiculaire à un autre. La pièce relève donc d’une géométrie approximative qui ne se soucie pas d’orthogonalité. Il en est de même pour la cour distributive qui possède les mêmes caractéristiques. La pièce est couverte d’une voûte d’arêtes décorée dont la partie haute est à 3,90 m, et possède au centre une coupole plate (voir description ci-dessus). Les murs sont d’épaisseur variable, 70 cm pour le mur donnant sur la cour, 80 cm pour le mur à gauche en entrant, 95 cm pour le mur en face de l’entrée et 80 cm pour le mur de droite.

    32On pénètre dans la pièce par une petite porte rectangulaire d’environ 80 cm de large et de 1,80 m de haut. Le mur se décompose en deux parties, celle extérieure de 20 cm d’épaisseur dans laquelle est aménagée la porte et la partie intérieure de 50 cm d’épaisseur, plus large que la porte et surmontée d’un arc de décharge en plein cintre.

    33Au niveau de la porte, une pierre de seuil, installée dans la continuité de l’encadrement, marque très clairement la limite entre l’intérieur et l’extérieur. Cette limite est renforcée par un espace (ataba 3) correspondant au minimum au débattement de la porte, dans lequel on se déchausse, avant d’accéder en montant d’une marche au sol de la pièce que l’on peut imaginer recouvert de tapis.

    34Les murs de la pièce sont creusés de niches dont la profondeur de 40 cm à 75 cm varie avec l’usage mais aussi avec l’épaisseur des murs.

    35On distingue trois types de niches.

    • Les niches dans lesquelles sont percées les fenêtres possèdent un arc en plein cintre pour les petites largeurs correspondant à une fenêtre et un arc brisé pour les plus grandes largeurs où l’on trouve deux fenêtres jumelées. La partie basse de la niche est à 60 cm ou 80 cm du sol. Le principe décrit pour la porte, installée dans une épaisseur de mur de 20 cm, vaut pour les fenêtres ;
    • Les grandes niches servant de rangements sont surmontées d’un arc brisé surbaissé ou en plein cintre, et descendent jusqu’au sol. Elles sont ensuite meublées par un placard ou un coffre dans leurs parties basses, et d’étagères dans la partie haute ;
    • Les petites niches de différentes formes et dimensions sont d’usage varié, elles n’ont pas de places privilégiées dans les murs sauf celles possédant de petites fenêtres d’aération situées en partie haute.

    36La disposition des différentes niches dans les murs est indépendante de la structure spatiale de la pièce, constituée par deux axes de symétrie perpendiculaires marquant l’intersection des deux voûtes au centre.

    37La pièce se définit donc et trouve sa spécificité et son charme dans cette opposition entre une structure centrée et symétrique du volume, qui ne s’encombre pas d’une géométrie rigoureuse, et la disposition aléatoire, clairement choisie, des éléments architecturaux secondaires, les niches mais aussi la porte et la cheminée lorsqu’il en existe une.

    38C’est une opposition, dans un même lieu, entre une architecture savante, celle de la structure spatiale du volume, et une architecture domestique, celle des éléments architecturaux secondaires, liée aux usages et aux pratiques de l’habité.

    Une pièce à deux niveaux

    39Il y a trois pièces de ce type dans le hosh qui possèdent les mêmes caractéristiques. Cette pièce-ci appartient à l’ensemble 1.

    40C’est une pièce de 4,20 × 4,40 m, donc presque carrée, mais qui ne possède pas d’angle droit, la géométrie reste aléatoire. Tous les éléments de description de la pièce d’angle, structure spatiale, qualités géométriques, éléments secondaires d’architecture, sont ici validés. La seule différence réside dans la présence, sous la pièce d’habitation proprement dite, ayant 3,25 m de hauteur, d’une pièce basse pour les animaux ou les réserves, d’environ 1 m de hauteur. La distribution des deux niveaux se fait à partir de l’ataba que l’on atteint après avoir monté deux marches à l’extérieur de la pièce et franchi la porte. Puis de l’ataba on monte trois marches pour accéder à la partie habitation ou l’on descend une marche haute d’une quarantaine de centimètres vers la partie basse. Les deux espaces sont en communication directe par l’intermédiaire d’un trou pratiqué dans le plancher et ne peuvent être isolés. À noter au fond de la pièce la présence d’un autre trou (lumière pour la partie basse, chaleur des animaux pour l’habitation ?).

    Une réalité plus complexe

    41Ces deux archétypes ne recouvrent pas, tant s’en faut, l’ensemble des pièces de la ville d’Hébron. En dehors des maisons de la fin de la période ottomane, qui ne produisent pas de hosh, les pièces des ahwâsh peuvent être de formes différentes (fig. 23) : pièces en longueur qui, dans ce cas, sont couvertes par des voûtes à pénétration (voir pièce de l’ensemble 2 du hosh ʿAlî Bakka, celle-ci possédant en plus une alcôve dans la continuité d’une voûte perpendiculaire à l’axe longitudinal) ; pièces doubles ou triples, petits appartements ; pièce où l’ataba ne se limite pas à un espace réduit au niveau de l’entrée, mais se déploie sur la profondeur de la pièce, l’ataba étant voûté, et la pièce couverte d’une coupole sur pendentifs (voir hosh Shâhîn) ; pièces de service, cuisine, à l’architecture rudimentaire, pas de poteau d’angle, peu de niches…

    Figure 23 – Planche comparative de différents types et groupements de pièces d’ahwâsh d’Hébron.

    CATALOGUE RAISONNÉ DES AHWÂSH RELEVÉS À HÉBRON

    42Les ahwâsh hébronites possèdent de nombreux points communs avec les maisons du Proche-Orient (Syrie, Égypte, Liban). On peut citer la fermeture des maisons sur l’extérieur et la protection de la vie familiale, la non-fonctionnalité et la polyvalence des pièces, la présence d’un mobilier « volant » et de rangements muraux, l’importance des seuils, entre l’intérieur et l’extérieur et entre ataba et tazar 4… Il n’en reste pas moins que les types de pièces, leur association et leur système distributif définissent spécifiquement les ahwâsh hébronites et leur confèrent des caractéristiques inédites au regard des typologies résidentielles communément rencontrées dans la région.

    Figure 24 – Plan de localisation des ahwâsh relevés.

    Illustration 10 – Rue du quartier Sawâkna.

    Hosh 1

    43Il est situé à l’ouest de la vieille ville dans le quartier al-Sawâkna et se déploie sur quatre niveaux au-dessus du rez-de-chaussée qui n’est que le point de départ des trois escaliers principaux du hosh : le premier escalier dessert une seule pièce au niveau 3 ; le deuxième escalier distribue deux groupes de pièces au niveau 2, d’où partent deux escaliers, l’un conduisant à un ensemble de trois pièces au niveau 3, et l’autre à un ensemble de trois pièces au niveau 4 ; le troisième escalier dessert deux pièces isolées et un ensemble de trois pièces au niveau 1, d’où partent trois escaliers desservant d’autres groupes de pièces aux niveaux 2 et 3.

    44C’est donc un système de distribution complexe, un arbre, comparable à celui du hosh de Shaykh ʿAlî Bakka. Les pièces sont elles aussi du même type que celles décrites. Seules différences : la présence d’espaces couverts non clos au niveau 2 et une forme générale très découpée témoignant de la complexité du tissu urbain du centre-ville.

    45Cette forme très découpée de la parcelle se différencie de celle du hosh du quartier Shaykh ʿAlî Bakka, qui s’apparente à un rectangle. La forme de la parcelle ne semble donc pas être un élément clivant dans la définition des ahwâsh et dans celle du tissu urbain.

    Figure 25a – Hosh 1, échelle 1/250.

    Figure 25b – Hosh 1, échelle. 1/250.

    Illustration 11 – Cuisine d’un hosh quartier nord de la vieille ville.

    Hosh 2

    46C’est un petit hosh de deux niveaux, situé au-dessus de la rue du souk. On y accède directement par un escalier menant à l’étage au-dessus des boutiques. À ce niveau, on trouve trois pièces dont une qantara (pièce située au-dessus de la rue) et deux escaliers menant au deuxième étage, l’un distribuant une pièce et l’autre, trois pièces dont l’une est installée sur une maison mitoyenne. Le nombre réduit de pièces de ce hosh ne modifie pas le système de distribution, un système linéaire hiérarchisé, un arbre, individualisant au maximum les différentes pièces d’habitation.

    Figure 26 – Hosh 2, échelle 1/250.

    Hosh 3

    47On accède à ce hosh de 13 pièces, situé derrière la place du café Badran, par une petite impasse conduisant à une première cour, après avoir abandonné sur la gauche un escalier menant à un autre hosh ou à une partie de ce hosh qui n’a pu être relevée.

    48Au rez-de-chaussée, cette première cour dessert quatre salles, dont une double en profondeur : ce sont des entrepôts, des pièces sans fenêtre pour les animaux et les réserves. Un escalier situé à l’ouest traverse un corps de bâtiment pour arriver à l’étage sur une terrasse partiellement couverte. Elle est divisée en deux parties par un mur, une partie dessert une pièce à ce niveau et deux pièces et une petite réserve au deuxième étage. Sur le même principe d’organisation, l’autre partie comprend deux pièces dont une double en enfilade et une réserve au niveau de la terrasse et une pièce au dernier niveau.

    49Les espaces extérieurs sont des espaces de distribution, couverts ou non couverts, ils occupent l’espace vacant entre les pièces. Le système de distribution, en arbre, dont le tronc prend naissance au niveau de la rue, détermine l’organisation de cet ensemble.

    Figure 27a – Hosh 3, échelle 1/250.

    Figure 27b – Hosh 3, échelle 1/250.

    Illustration 12 – Ruelle privative de hosh.

    Hosh 4 (hosh Shâhîn) (ill. 13)

    50Ce hosh se situe au cœur du centre ancien sur la rue du souk. La partie que nous avons relevée est au troisième et dernier étage du hosh. Les six pièces principales sont distribuées par une terrasse divisée en deux parties. Actuellement, quatre pièces en enfilade, couvertes de voûtes d’arrêtes, bordent au sud la rue du souk, mais trois d’entre elles ont une entrée indépendante donnant sur la terrasse, illustration d’une modification de la conception d’origine pour communiquer entre les pièces sans passer par la cour.

    51Les deux pièces, au sud et à l’ouest de la parcelle, présentent une organisation en plan plus riche, séparant l’espace d’entrée, l’ataba, couvert d’une voûte d’arêtes, de la pièce proprement dite, le tazar, surmonté d’une coupole sur pendentifs. Cette structure spatiale s’applique ici à deux pièces dont les dimensions sont dans un rapport de un à deux, elle n’est donc pas seulement réservée aux grandes salles d’apparat. La plus grande de ces deux pièces possède un remarquable ensemble décoratif de boiseries raffinées utilisé pour l’aménagement des niches, l’occultation des fenêtres, ou pour instaurer une division entre ataba et tazar.

    52À noter, aussi, une géométrie plus rigoureuse du volume et une construction soignée (murs en pierres taillées, encadrement de porte souligné…), les niches et les fenêtres conservant la disposition aléatoire décrite plus haut. En revanche, le dessin des menuiseries est fait d’éléments répétitifs identiques, composés dans une parfaite symétrie.

    Figure 28 – Hosh 4 (hosh Shâhîn), échelle 1/250

    Illustration 13 – Intérieur du hosh Shâhîn (hosh n° 4).

    Hosh 5

    53Situé dans un îlot rectangulaire bordant au sud la rue du souk, le hosh, comportant 14 pièces, s’étend d’est en ouest sur la largeur de l’îlot et prend le jour sur les deux rues perpendiculaires au souk. Le rez‑de‑chaussée est indépendant, un escalier extérieur, profitant de l’élargissement de la voie ou l’ayant provoqué, longe la rue et donne accès au premier étage. À ce niveau, la porte d’entrée ouvre sur une cour couverte ; celle‑ci dessert une pièce et donne sur une petite cour distribuant deux pièces et un escalier menant à l’étage. La première volée de l’escalier aboutit à un palier d’où partent deux volées desservant deux ensembles indépendants au deuxième étage.

    54Le premier ensemble est constitué d’une pièce récente couverte de voûtains de briques qui a été divisée en deux par un mur en biais. Cette pièce, probablement une ancienne terrasse, dessert de part et d’autre, une pièce à coupole et une pièce en long couverte de deux voûtes d’arêtes et deux très petites pièces superposées qui prennent place au-dessus du palier d’entrée.

    55Le deuxième ensemble se décompose en deux parties, une cour dessert trois pièces, et à l’arrière de cette première partie, une petite pièce précède une double pièce voûtée d’arêtes au niveau de l’entrée puis couverte d’une coupole sur pendentifs.

    56La distribution, caractéristique de celle des ahwâsh, autorise l’autonomie des pièces ou des petits ensembles de pièces. Celles-ci, de formes carrées ou rectangulaires, pièces en longueur ou pièces doubles séparées par un arc, sont de dimensions variées, et sont couvertes de coupoles ou de voûtes d’arêtes avec ou sans coupoles plates.

    Figure 29 – Hosh 5, échelle 1/250.

    Hosh 6 (ill. 14)

    57Le hosh se trouve à l’angle d’une rue et d’une impasse, en limite nord-ouest de la ville ancienne. Côté impasse, des ateliers (anciennement des tanneries) prennent place, côté rue, une cour au rez-de-chaussée dessert une étable, toujours utilisée. Un escalier permet d’accéder à une terrasse à l’étage sur laquelle donnent deux portes. Une seule s’est ouverte et nous a permis de relever ce petit ensemble de neuf pièces.

    58Toutes les pièces s’ouvrent sur trois des quatre côtés d’une grande cour régulière d’environ 5 × 13 m. Deux pièces occupent le côté sud dont une grande qui a été divisée pour créer deux pièces et une entrée. Au nord, se trouve un ensemble de trois pièces en enfilade, la pièce centrale faisant office d’entrée et de distribution, et à l’ouest deux pièces indépendantes dont une à double niveau.

    59Ce plan de type maison à cour est très rare à Hébron, on ne trouve cependant aucun aménagement extérieur caractéristique des maisons à cour, bassins, plantations, mastabas, qui indiquerait un usage particulier de la cour autre que celui de desservir les différentes pièces.

    60On peut émettre l’hypothèse que ce hosh en se densifiant au premier étage et en s’agrandissant au deuxième étage retrouverait les caractéristiques des autres ahwâsh de la ville. Sa situation en limite du centre ancien tend à accréditer cette hypothèse.

    Figure 30a – Hosh 6, échelle 1/250.

    Illustration 14 – Pièce à deux niveaux du hosh n° 6.

    Figure 30b – Hosh 6, échelle 1/250.

    Illustration 15 – Pièce à deux niveaux du hosh n°7.

    Hosh 7 (ill. 11 et 15)

    61Situé en fond d’impasse, ce hosh, dont neuf pièces ont été relevées, comporte au rez-de-chaussée une salle qui est actuellement l’entrée des locaux de l’association France-Hébron, et une alcôve d’où part l’escalier menant à l’étage.

    62À ce niveau, on trouve un appartement constitué de trois pièces en enfilade. Les niveaux des pièces sont différents, atténuant l’idée de pièces en enfilade, deux ou trois marches placées dans l’épaisseur des murs les séparant les unes des autres. La pièce d’entrée est à double niveau dont la partie basse sert de rangement et de réserves.

    63Le deuxième étage est constitué d’une double pièce indépendante et d’un ensemble de trois pièces, la travée centrale est divisée en deux parties individualisant une petite pièce et l’espace d’entrée et de distribution.

    64Dans ce hosh il n’y a pas d’espaces extérieurs, la distribution des différentes pièces ou ensembles de pièces se fait directement à partir des paliers d’escaliers dont les volées se déploient dans l’espace sans nécessairement se superposer. Ce hosh associe deux logements de même type, appartement à trois travées, les pièces étant situées à des hauteurs différentes. Cette organisation qui diffère des autres ahwâsh relève de nouveaux aménagements liés à la réhabilitation du centre ancien.

    Figure 31 – Hosh 7, échelle 1/250.

    Hosh 8

    65Au nord du quartier Qaytoun, ce hosh tient du petit immeuble à trois travées. De faible épaisseur, il prend son jour sur les deux rues qu’il borde. Il possède deux niveaux au-dessus du rez-de-chaussée.

    66Le rez-de-chaussée n’occupe que la travée centrale, l’escalier étant installé côté façade. Les deux travées latérales sont occupées par des ateliers directement accessibles depuis les rues. Au premier étage, la pièce de la travée centrale dessert d’un côté une salle en longueur couverte de deux voûtes d’arêtes, et de l’autre une pièce s’ouvrant par une loggia sur la rue. Le second étage reproduit le même principe d’organisation de l’espace, mais il n’y a plus de loggia. À ce niveau, la travée centrale est divisée en deux parties, l’espace de distribution, côté façade, dessert les deux travées latérales et laisse en fond de travée l’espace pour une pièce autonome.

    67La superposition des trois travées, qui trahit une construction datant de la fin du xixe ou du début du xxe siècle, n’implique donc pas une reproduction des plans à l’identique à chaque niveau. La spécificité des pièces et les nécessités dues à l’usage l’emportent aussi bien dans la composition du plan que dans celle de la façade qui ne cherche pas à rendre apparente l’axialité et la symétrie du plan.

    Figure 32 – Hosh 8, échelle 1/250.

    Hosh 9

    68Ce hosh est au centre du faubourg de Qaytoun. Le rez‑de‑chaussée comprend sur rue deux ateliers indépendants, et à l’arrière une cour couverte aux trois quarts par des voûtes d’arêtes. De la cour, un escalier permet d’accéder à la partie habitation du hosh qui fonctionne par demi-niveaux.

    69On monte une première volée d’escaliers pour accéder à une petite terrasse couverte qui dessert deux pièces. De ce palier, partent de chaque côté deux escaliers menant à deux parties distinctes de la maison. À gauche, l’escalier conduit à une terrasse bordée de deux grandes pièces à double voûte d’arêtes et coupole plate, et à droite, à une petite cour desservant quatre pièces indépendantes. Une dernière volée d’escaliers montant d’un demi-niveau permet d’atteindre une cinquième pièce.

    70Le système de distribution est représentatif des ahwâsh hébronites où les volées d’escaliers se dédoublent à partir d’un palier pour desservir des pièces indépendantes ou de petits ensembles de pièces. On peut noter que, dans ce hosh, les espaces de distribution sont assez vastes et de formes régulières. Cette situation peut refléter une densification à venir ou résulter d’une dé-densification liée à la politique de réhabilitation menée dans ce faubourg.

    Figure 33 – Hosh 9, échelle 1/250.

    Hosh 10 (ill. 17)

    71Ce hosh de trente pièces, situé à l’est du faubourg de Qaytoun, occupe une parcelle d’environ 18 × 29 m. Il s’installe dans la pente face au centre ancien et à la mosquée d’Abraham, et présente six niveaux différents de cours et de terrasses. Les plans représentent, pour ne pas multiplier leur nombre, différents niveaux de sol à la fois.

    72Dans la largeur de la parcelle, il y a trois pièces ou deux pièces et une cour, la distribution en longueur de la parcelle se faisant dans la partie centrale. Cette description relativement simple du hosh n’interdit pas au final une complexité liée à la disposition des escaliers et des accès indépendants des pièces ou des groupes de pièces caractéristiques des ahwâsh.

    73On peut noter au premier étage la présence de deux très belles pièces, telles celles du hosh Shâhîn, possédant un ataba couvert d’une voûte d’arêtes, ouvrant sur un tazar (lieu où l’on s’installe) de plan carré couvert d’une coupole sur pendentifs. Autre singularité de ce hosh, une pièce, toujours située au premier étage, au nord de la parcelle, entièrement ouverte au sud sur la terrasse et qui possède au nord une grande double-fenêtre cadrant le centre ancien et la mosquée d’Abraham, une sorte d’iwân ou de grande loggia donnant sur la ville.

    Figure 34a – Hosh 10, échelle 1/250.

    Figure 34b – Hosh 10, plan des terrasses, coupe transversale, coupe longitudinale, échelle 1/250 et axonométrie, échelle 1/200.

    Notes de bas de page

    1Al-Jubeh 2009.

    2 À Damas, les maisons aussi se sont densifiées, ont évolué, mais la structure spatiale définie par les relations qu’entretiennent les pièces et la cour n’est pas modifiée, et lorsque la cour est « finie », on s’étend en créant une nouvelle cour.

    3 L’ataba est la partie basse d’une pièce d’habitation, faisant seuil, située au niveau de l’entrée. On s’y déchausse avant d’accéder à la partie principale, le tazar.

    4 Le tazar est la partie haute et principale d’une pièce d’habitation ; le plus souvent recouverte de tapis.

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