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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Scène observée dans le cadre de l’atelier de création de la Maison de l’Ancre Observation d’une des participantes de l’atelier de création de l’EMS Les Lauriers Observation d’un des participants de l’atelier de création de l’EMS Les Lauriers Observation du processus créatif mené par une participante de l’atelier de modelage des créAteliers Notes de bas de page

    La médiation artistique en travail social

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Annexe 6

    p. 259-267

    Texte intégral Scène observée dans le cadre de l’atelier de création de la Maison de l’Ancre Commentaires Observation d’une des participantes de l’atelier de création de l’EMS Les Lauriers Commentaires Observation d’un des participants de l’atelier de création de l’EMS Les Lauriers Commentaire Observation du processus créatif mené par une participante de l’atelier de modelage des créAteliers Soirée du 1er mars 2007 Soirée du 8 mars 2007 Soirée du 29 mars 2007 Soirée du 5 avril 2007 Soirée du 19 avril 2007 Soirée du 26 avril 2007 Soirée du 3 mai 2007 Soirée du 10 mai 2007 Notes de bas de page

    Texte intégral

    Scène observée dans le cadre de l’atelier de création de la Maison de l’Ancre

    1En fin de séance, alors que les différents membres du groupe se tenaient visiblement prêts à démarrer le tour de table final, Mario s’ingéniait encore à faire tenir à la verticale sa réalisation. La scène était intéressante à observer : on aurait dit un artiste en train de s’activer à une installation sous le regard curieux d’un public attentif.

    2Le tour de table final a donné lieu à un temps d’échange aussi étonnant qu’émouvant. De fait, lors de son tour de parole, Mario a renversé les règles du jeu. Plutôt que d’expliciter la démarche développée durant le temps d’atelier, il a interpellé le groupe. Placés face à une œuvre en terre aux contours équivoques et présentant des ajouts de ouate par-ci par-là, les uns et les autres, nous nous sommes hasardés à livrer nos clés de lecture. Parmi les divers thèmes évoqués, celui de la montagne s’est avéré en phase avec l’œuvre du jour de Mario, qui représentait ou plutôt « était » le Cervin. Après un court échange, nous avons tous appris que la réalisation n’avait pas été préméditée, mais qu’elle était le fruit d’un processus. Selon Mario, la montagne mythique a soudain trouvé naissance lors de l’installation finale, lorsque l’œuvre a été redressée. Tout au long du temps d’atelier, le participant dit avoir simplement suivi son inspiration tout en jouant librement avec la matière.

    3L’échange de groupe qui a suivi a été des plus saisissants. Après avoir annoncé que l’œuvre du jour était le Cervin, Mario a ajouté des commentaires étonnamment précis par rapport au relief réel de la montagne. Questionné à ce sujet par l’« animatrice » de l’atelier, Mario a alors évoqué son ancien métier, « métier que j’adorais », nous dira-t-il – le participant a été pendant de longues années chauffeur à la Télévision suisse romande.

    4A deux reprises au moins, il a eu l’occasion de mener une équipe de tournage au pied du Cervin, ce qui lui a permis de découvrir certaines particularités de cette montagne et d’y vivre des expériences intenses (balade en hélicoptère notamment). Lorsque j’ai demandé à Mario par quoi il avait remplacé l’exercice de son ancien métier (métier « adoré », je le rappelle), il a tout naturellement établi un lien avec ce qu’il vivait à l’atelier : « Ici, ça m’occupe l’esprit… Je suis mon imagination et pendant que je fais ça, je ne pense pas à prendre un verre… » Ces dernières paroles ne sont pas anodines lorsque l’on établit un rapprochement avec sa situation de vie. Ce participant, comme tous les autres d’ailleurs, suit un programme de réinsertion après avoir suivi un programme de sevrage à l’alcool.

    Commentaires

    5Le phénomène observé lors de ce tour de table m’amène à développer au moins deux questions fondamentales. La première touche à la notion de symbole. Le philosophe H. G. Gadamer note que le symbole ne constitue pas la métaphore d’une chose, mais constitue bel et bien la chose ellemême. Lors de ce tour de table, face à la sculpture, Mario semblait effectivement se trouver devant la montagne mythique. En portant son doigt sur différentes parties de l’objet, il emportait le groupe dans une véritable visite de terrain, comme si nous nous tenions tous réellement devant le Cervin.

    6Le deuxième point touche à la question du sens donné à l’activité. Etonnant d’entendre ce participant aborder spontanément l’importance que revêt pour lui la possibilité de laisser libre cours à ses doigts et à son imagination. Importance telle qu’elle lui permettait de retrouver l’intensité éprouvée dans l’exercice de son ancien métier. Cette quête d’intensité ne traduit-elle pas la passion de vivre, le besoin de donner de l’épaisseur à l’existence, ce que le participant recherche peut-être à travers la consommation d’alcool ?

    7Pour ce temps d’observation, un autre phénomène est intéressant à relever, à savoir le rôle d’observateur investi par un des autres participants. Depuis deux séances, Luis est très réticent à s’activer. Il dit ne pas être fait pour ce type d’activité et, de plus, il estime avoir terminé le cycle du programme imposé à chaque résident. En observant Luis à l’atelier, il apparaît toutefois qu’il ne demeure pas totalement inactif. Alors que Mario tentait avec peine de redresser son Cervin, Luis s’est empressé de lui donner un coup de main, notamment en fabriquant un ingénieux renfort. Se pose dès lors la question de la définition du verbe « participer »… Même si Luis aura mené à terme peu de réalisations au cours de sa participation à l’atelier, cela ne signifie pourtant pas que les moments d’activité et de partage n’ont laissé aucune trace chez lui. En fin d’atelier, j’ai entrepris Luis sur sa posture « d’observateur actif ». Il n’a pas été surpris par le fait que j’aborde ce point avec lui et a immédiatement reconnu son plaisir à observer les autres participants…

    Observation d’une des participantes de l’atelier de création de l’EMS Les Lauriers

    8Il est 9h50 et la vie de l’atelier change de climat. Le silence règne, il n’y a que le ventilateur du chauffage d’appoint qui se fasse entendre. A part Mme Vert, tout le monde s’active et le ballet des mains bat son plein. Les doigts de plusieurs participants pétrissent, modèlent et entaillent la terre. Quant à Mme Turquoise, elle s’est mise à tirer des lignes au crayon noir sur des feuilles blanches à l’aide d’une règle.

    9Comme lors de mes deux premiers temps d’observation, Mme Turquoise suit le même schéma de fonctionnement, fortement ritualisé. Dès son arrivée à l’atelier, elle a commencé à trier ses feuilles de papier, celles utilisées lors de la séance précédente, en a repéré une vierge et s’est mise à tracer des traits à la règle. Au bout d’un moment, Mme Turquoise interrompt son geste et dit à haute voix : « Je ne sais plus où j’en suis… » Toujours à la cantonade, elle demande ce qu’elle doit faire. Attend-elle une réponse ou bien s’agit-il d’un monologue ?

    10Claudia, l’« animatrice » du lieu, s’approche d’elle et lui propose de poursuivre un des dessins commencés. Mme Turquoise ne semble pas tenir compte de ce conseil et poursuit selon son mode de faire : tri de feuilles, traçage de lignes et formulation à haute voix de son malaise. Le mouvement incessant de Mme Turquoise ne vient-il pas illustrer la notion de jeu libre telle qu’elle est développée par Gadamer : une forme de mouvement qui s’engendre lui-même, caractéristique fondamentale du vivant (Gadamer, 1992, p. 44).

    Commentaires

    11Comme je l’ai déjà relevé dans de précédentes observations, le « je suis perdue » semble s’appliquer autant à ce que Mme Turquoise éprouve qu’à l’avancement de son dessin. C’est un peu comme si une symétrie existait entre l’organisation de ses feuilles et l’organisation de sa pensée. Cette hypothèse est fortement renforcée par le dialogue que j’ai eu l’occasion de surprendre entre Mme Turquoise et Claudia. En effet, le jeu de miroir entre l’œuvre et son créateur est clairement souligné par les propos suivants de Mme Turquoise : « C’est une étoile filante… J’aime bien car c’est bizarre… j’aime bien… c’est comme moi… » Le rapport que cette participante entretient avec ses œuvres semble même traduire le conflit qui l’anime quant à l’estime qu’elle a d’elle-même. D’une certaine façon, comme nous le montre l’extrait suivant, elle paraît tirer une certaine fierté d’être différente d’autrui :

    12– Mme Turquoise : « (…) J’aime bien car c’est bizarre (…) C’est comme moi… »

    13– Claudia : « Bizarre, c’est quoi, pour vous, bizarre ?… »

    14– Mme Turquoise : « C’est être pas comme les autres… »

    15En contrepoint à cette vision ouverte et positive, nous trouvons un autre discours, bien plus radical et pessimiste :

    16– Mme Turquoise : « (…) Il est bizarre… comme une femme… », et d’ajouter, quelques instants après : « (…) C’est une horreur comme moi !… »

    17En lien avec ces quelques extraits, il ne semble pas exagéré de formuler l’hypothèse que Mme Turquoise, au travers de son rituel graphique, met inconsciemment en scène ses tensions internes.

    Observation d’un des participants de l’atelier de création de l’EMS Les Lauriers

    18Alors que j’observe M. Brun prendre un crayon en main, l’envie de jouer avec les couleurs me prend. Sur une feuille blanche, je commence à étaler différentes nuances de bleu à l’aide d’une craie grasse, puis du jaune et de l’orange. Peu à peu, mes mouvements d’aller et retour font apparaître un jeu de dégradés autour d’une ligne d’horizon. Alors que je m’arrête pour sentir comment poursuivre mon expérimentation, je remarque que M. Brun m’observe du coin de l’œil. Des questions traversent mon esprit : Quel rôle suis-je en train de prendre dans cet atelier ? Ne suis-je pas en train de dévier complètement de ma ligne de départ ? En dépit de ces questions, auxquelles je ne trouve momentanément pas de réponse, je décide de poursuivre le processus entamé. Après une nouvelle série de tracés à la craie, pendant laquelle le blanc est venu compléter les autres couleurs déjà mentionnées, je parviens au terme de mon essai.

    19Je repousse ma feuille devant moi, afin de prendre un peu de recul et c’est alors que M. Brun s’exclame : « C’est bien !… C’est bien, c’est la mer… mais où est le père ?!… » Pour le coup, je suis estomaqué et j’éclate de rire. Non seulement M. Brun a guetté le moindre de mes gestes, mais de plus il m’interpelle avec humour. Cette remarque de M. Brun constitue l’amorce d’une interaction soutenue entre nous deux. Jusqu’ici, ce dernier était complètement absorbé dans son activité ou dans ses pensées et ne prêtait guère attention à moi. Soudain, il veut savoir quelles ont été mes branches préférées à l’école. Sans attendre (ou entendre ?) vraiment ma réponse, M. Brun déclare : « Vous avez dû être bon en dessin… C’est comme moi, j’aimais bien le dessin… avec le français, c’était ma branche préférée… ». Etonné par l’association de ces deux matières, je questionne M. Brun, qui précise sa pensée : « La composition, j’aimais bien… c’est l’imagination… on peut raconter des histoires… c’est bien d’imaginer… Sur votre dessin, vous pourriez rajouter des oiseaux, un bateau… ». Et M. Brun de poursuivre : « J’aime bien le cinéma… les films… j’aime bien le mouvement… J’aime bien aussi la danse artistique… des fois j’allais voir des ballets… c’est magnifique de voir des danseurs en mouvement… ». Ajoutant le geste à la parole, M. Brun mime des mouvements de bras et de mains de ballerines.

    Commentaire

    20Une fois encore, le thème du mouvement est à l’honneur. M. Brun l’associe ouvertement au monde des danseurs, mais également au dessin – autre forme de mouvement – qui permet d’ouvrir la fenêtre de son quotidien sur la fiction, l’imaginaire et le symbolique. Comme l’a noté le participant au cours d’une autre séance pendant laquelle il a dessiné un carrousel : « Ça nous occupe bien de dessiner… ça permet de s’émanciper un peu… » Et de préciser sa pensée en relevant que s’émanciper signifie :

    21« sortir de soi-même… de sortir des choses de soi, de s’exprimer, d’exprimer des sentiments… » Pour M. Brun, il devient clair que ses dessins ne se bornent pas à être de simples prouesses techniques, ils contiennent en eux un autre sens, qui relève de la sensibilité, de l’expression de son monde interne.

    22(…) Questionné sur le carrousel esquissé sur sa feuille, M. Brun évoque abondamment ses souvenirs d’enfance ainsi que son plaisir à contempler le mouvement qui émane de ces installations. Avec un brin de nostalgie, Mme Rouge note que le mouvement des carrousels appartient au monde de l’enfance, temps définitivement révolu… M. Brun ne partage pas son avis, car il sait que les crayons de couleur lui permettent de retrouver, chaque fois qu’il le désire, la saveur de ses anciens plaisirs. En agitant une boîte de crayons dans sa main, M. Brun affirme haut et fort : « Avec ça, on peut faire des choses qui bougent… »

    Observation du processus créatif mené par une participante de l’atelier de modelage des créAteliers

    23Où il apparaît que le modelage d’une tête humaine exige de la technique, mais aussi de la patience et de la ténacité…

    Soirée du 1er mars 2007

    24(…) Anouk annonce d’une voix clairement audible son envie de réaliser une tête de femme. Dans la foulée, elle se dirige vers la table où sont entreposés les différents blocs de terre. Apparemment bien déterminée dans son projet, Anouk jette son dévolu sur une terre chamottée, taille dans la masse et revient à sa place avec un cube dont les faces mesurent une vingtaine de centimètres. Sans transition, la participante place son bloc compact sur une girelle pour aussitôt l’entailler à l’aide d’une mirette.

    25 1

    26(…) Un moment plus tard, j’observe Anouk qui commence à donner une forme sphérique à son cube de terre. Elle travaille par gestes continus en alternant pressions sur la matière et lissage de la surface.

    27(…) Anouk, tout en poursuivant son inlassable façonnage, commence à cintrer son bloc de terre qui, de sphérique, devient ogival. Soudain, la participante interrompt son modelage et s’écrie « Ah, c’est dur à travailler !… » Elle reste immobile pendant plusieurs minutes tout en considérant son bloc de terre. Sa mine exprime autant le relâchement que la perplexité. Après ce temps d’arrêt, Anouk reprend sa lutte avec la matière, puis se lève. Elle se dirige vers l’endroit où sont entreposés les blocs de terre, en déballe un dans lequel elle entaille un morceau. Une fois revenue à sa place, par petits bouts, la participante intègre progressivement à la masse qui est posée sur sa girelle la glaise qu’elle est allée chercher.

    28(…) L’« animatrice » de l’atelier passe auprès d’Anouk, qui lui signifie son intention de vouloir réaliser une tête de femme qui sourit. Bien que décidée à se lancer dans son projet, la participante semble quelque peu empruntée au niveau technique et demande : « Comment dois-je m’y prendre ? » Pour répondre à cette question, l’« animatrice » se lance dans une démonstration des différentes caractéristiques qui traduisent le sourire en s’aidant des traits de son propre visage. Entre les deux femmes, une complicité amusée est clairement perceptible.

    29(…) Anouk interrompt son travail de modelage et s’éloigne de deux ou trois pas pour observer sa réalisation. « C’est pas ça ! » s’exclame-t-elle. Un éclat de rire vient ponctuer son propos.

    Soirée du 8 mars 2007

    30(…) Anouk, toujours affairée avec sa tête de femme, s’est attelée à la bouche. Pour elle, toutefois, c’est moins la configuration de la bouche qui l’intéresse que son expression (…) Anouk, qui éprouve de la difficulté à façonner une bouche souriante, sollicite une nouvelle fois l’aide de l’« animatrice de l’atelier ».

    Soirée du 29 mars 2007

    31(…) Anouk a repris le modelage de sa tête de femme. Elle a démarré la réalisation des oreilles. Je la vois qui dispose une ébauche sur un des côtés du crâne. La participante cherche visiblement à déterminer la grandeur des oreilles afin qu’elles soient proportionnées.

    32(…) Anouk semble avoir terminé la confection des oreilles. Elles sont surprenantes, car la partie supérieure est taillée en pointe. (…) Je vois qu’Anouk est maintenant en train d’affiner le visage.

    Soirée du 5 avril 2007

    33Anouk a aménagé sa place et installé la tête de femme au sourire sur une girelle (…) Elle aimerait s’atteler aux cheveux, mais ne sait pas trop comment s’y prendre (…) Finalement, la participante opte pour une approche mèche après mèche. Le crâne de sa femme se pare progressivement de la masse chevelue qui rappelle un peu la tête de punk qu’elle a précédemment réalisée avec, en prime, une sorte de corne sur le front (…) Sophie lève la tête de son modelage et considère pendant un instant l’ouvrage d’Anouk, qui se tient non loin d’elle. « C’est entre la licorne et le punk ! » commentet-elle. La formule fait mouche et des rires fusent à travers l’atelier.

    34(…) Anouk a apparemment terminé la réalisation de la chevelure de sa tête de femme et je la vois qui s’évertue à confectionner un buste pour compléter la partie inférieure de sa réalisation. Sa pièce commence à devenir volumineuse.

    Soirée du 19 avril 2007

    35Je salue l’« animatrice de l’atelier » et m’avance vers Anouk qui est en train de déballer sa « tête ». Ensemble, nous découvrons que la crête qui ornait le crâne de sa sculpture s’est en partie effondrée. La surprise d’Anouk sera de courte durée et, d’un geste de la main, elle donne un coup dans la masse de terre qui tient lieu de chevelure. Un éclat de rire accompagne son geste et, d’un ton philosophe, la participante dit : « Ça ne fait rien, je vais recommencer ! » (…) Anouk s’est mise à raser soigneusement la tête en terre qu’elle a préalablement placée sur une girelle (…) Progressivement, une nouvelle transformation de la femme au sourire prend forme.

    Soirée du 26 avril 2007

    36(…) Une fois sa « tête de femme » déballée, la participante la contemple un moment, puis l’interpelle : « Qu’est-ce que je vais faire avec toi aujourd’hui ? »

    37(…) Je vois qu’Anouk est en train de remodeler les épaules de sa réalisation. De la façon dont elle s’y prend, on croirait qu’elle procède à un massage de nuque. Impression d’autant plus troublante que la femme en terre arbore toujours son sourire.

    38(…) La participante poursuit son travail d’affinage des traits du visage. Alors que ses doigts modèlent la surface, elle ne quitte pas des yeux sa création. De temps à autre, elle suspend son modelage, esquisse deux pas en arrière pour pouvoir examiner la pièce dans son ensemble. Ensuite de quoi, Anouk regagne sa place et ses doigts reprennent leur mouvement de lissage.

    39(…) Soudain, la participante déclare forfait. Se tenant debout face à sa tête de femme, elle lui lance d’une voix un peu dépitée : « Je ne sais pas quoi te faire comme chevelure !… »

    Soirée du 3 mai 2007

    40(…) Anouk recouvre la partie centrale de sa tête avec de la barbotine2. Cette tâche achevée, sur une planchette posée à côté d’elle, elle réalise un colombin de forme conique qu’elle dispose aussitôt sur le crâne en terre. La dame au sourire prend une allure de licorne, ce qui me donne l’impression de revoir le film de la première tentative amorcée par Anouk. Comme la fois précédente, la tête de femme au sourire gagne en étrangeté. Cette impression est toutefois vite gommée par la succession de mèches qu’Anouk confectionne et place en rang d’oignons sur le sommet de sa sculpture.

    41(…) L’heure du rangement s’annonce et Anouk est la première participante à suspendre son activité : « J’abandonne, le reste peut attendre la semaine prochaine… »

    Soirée du 10 mai 2007

    42L’« animatrice », qui s’avance vers Anouk, demande si la crête a tenu. La réponse de la participante la renseigne aussitôt : « Ça a tenu, mais ça ne me plaît pas vraiment… je vais tout casser… je vais le refaire autrement… » L’« animatrice », de toute évidence étonnée par la réponse de la participante, tente d’intercéder pour sauver le travail déjà mené. Mais la décision d’Anouk est sans appel et, en deux ou trois coups de couteau, elle entaille sans plus attendre la crête.

    Notes de bas de page

    1 Il s’agit d’une poignée de bois dont dépassent des embouts métalliques en forme de boucles.

    2 Il s’agit en fait d’une mixture composée de terre à laquelle on ajoute une grande quantité d’eau.

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    Loser, F. (2010). Annexe 6. In La médiation artistique en travail social. Genève: Éditions ies. https://doi.org/10.4000/books.ies.182
    Loser, Francis. « Annexe 6 ». In La médiation artistique en travail social. Genève: Éditions ies, 2010. doi:10.4000/books.ies.182.
    Loser, Francis. « Annexe 6 ». La médiation artistique en travail social, Éditions ies, 2010, https://doi.org/10.4000/books.ies.182.

    Référence numérique du livre

    Format

    Loser, F. (2010). La médiation artistique en travail social. Genève: Éditions ies. https://doi.org/10.4000/books.ies.167
    Loser, Francis. La médiation artistique en travail social. Genève: Éditions ies, 2010. doi:10.4000/books.ies.167.
    Loser, Francis. La médiation artistique en travail social. Éditions ies, 2010, https://doi.org/10.4000/books.ies.167.
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