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    Plan détaillé Texte intégral L’individu sous contrat Profil de formation et fonction Un appel des appels Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Le travail social entre résistance et innovation / Soziale Arbeit zwieschen Widerstand und Innovation

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Multiplicité des mandats et cohésion en travail social

    Olivier Grand

    p. 183-187

    Résumé

    Der hier vorgestellte Artikel ist die Zusammenfassung eines Kolloquiums Vortrages. Wie der Titel besagt, handelt das Thema von den zahlreichen Aufgaben des sozialen Handelns und dessen schwierigen Zusammenhang. Auch wenn das soziale Handeln während vier Jahrzehnten das Privileg der Sozialen Arbeit zu sein schien, so bevorzugt man heute von der sozialen Intervention zu sprechen, damit werden unzählige Zugangsmöglichkeiten, Qualifikationen und ein melting-pot der Werte verstanden. Hinter der Idee der Sozialen Arbeit konnte man ein Konzept über den Menschen und die Wahl von gewissen humanistischen Werten sehen. Unter dem Begriff der sozialen Intervention wird die Ausarbeitung von personenspezifischen Projekten, welche individualistischen Werten entsprechen, bevorzugt. Dies hinterfragt das Gemeinschaftshandeln, welches neu überdacht werden sollte.

    Texte intégral L’individu sous contrat Profil de formation et fonction L’action sociale à l’épreuve de sa multiculturalité ? Un appel des appels Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    L’individu sous contrat

    1Partant du constat que la société a vu de nombreuses mutations ces dernières années, on en retiendra principalement une, l’individualisation, qui influe sur l’action sociale, ses agents et ses bénéficiaires. Ce phénomène a fait l’objet de beaucoup de recherches, et nous ne reviendrons pas ici sur celles-ci : nous pensons par exemple à Castel (2003) ou à Beck (2001). Ce phénomène se répercute inévitablement sur l’action sociale, tant au niveau institutionnel (méso) que personnel (micro).

    2A titre d’illustration, il n’est qu’à citer la généralisation par plusieurs cantons suisses de l’introduction de contrats individualisés dans le domaine de l’aide sociale. Sur le principe, les services sociaux fixent un contrat avec les clients (des personnes qui ne peuvent subvenir, momentanément ou durablement, à leurs propres besoins). Ce contrat contient des objectifs et fera l’objet d’une négociation entre l’intervenant social et le client. Les objectifs seront ensuite évalués par les services sociaux qui se réservent le droit de sanctionner le client si les éléments contractualisés n’ont pas été atteints. Le client est ainsi responsabilisé par un renvoi au contrat qu’il a souscrit. Toujours à titre d’illustration, en Suisse, dans le secteur des institutions du domaine du handicap, avec la nouvelle répartition des tâches entre la Confédération et les Cantons (RPT) entrée en vigueur en 2008, certains de ces derniers ont repensé leur dispositif institutionnel, à partir du moment où ils devenaient les principaux subventionneurs. La plupart des Cantons romands sont en train d’instaurer des dispositifs d’indication de suivi. Le but étant, via ces dispositifs, de mettre en adéquation la demande (de la personne handicapée) avec l’offre (institutionnelle). On parle bien ici des besoins des personnes que l’on va identifier pour ensuite mettre ces besoins en adéquation avec des catalogues de prestations. Les institutions sont dès lors des prestataires de services liées à l’Etat par des contrats de prestations, lesquels contiennent des objectifs, des indicateurs de suivi et de contrôle. On parle de projet personnel pour les bénéficiaires, et on va travailler avec eux sur leur potentiel et personnaliser leur parcours.

    3Ces deux illustrations participent, à des niveaux différents, d’une logique proche et mettent en scène des mécanismes très similaires. Dans les deux cas, l’institution d’action sociale vise à identifier les besoins de l’individu. Le client n’est toutefois pas face à un choix réel, tel le client de biens de consommation. Quoi qu’il en soit, les systèmes le renvoient à sa responsabilité individuelle et à ses choix personnels.

    Profil de formation et fonction

    4On peut prendre les mutations citées ci-dessus sous un autre angle, celui des profils de formations des travailleurs sociaux et des fonctions qu’ils exercent. Il était courant, durant quelques décennies, de se former comme assistant social afin d’exercer la profession d’assistant social.

    5Aujourd’hui, il faut distinguer profil de formation et fonction. En effet, les titres des profils de formation que les travailleurs sociaux portent ne sont pas forcément identiques aux libellés des fonctions exercées. On trouve aujourd’hui pléthore de titres spécifiant des fonctions qu’exercent, entre autres, des travailleurs sociaux, par exemple : intervenant en protection de l’enfance, animateur psycho-social, job coach, TSHM, case manager. On peut compter dans la systématique fédérale de la formation professionnelle une bonne quinzaine de titres et, selon comment on compte, on pourrait retrouver ces titres sur sept échelons. Cela va du CFC d’assistant socioéducatif, au diplôme en Ecole supérieure d’éducateur social, au master HES en travail social.

    6Dans un article, Jacques Ion (1997) se penchait sur le changement de dénomination entre travailleur social et intervenant social. Si le travailleur social possède un statut de travailleur, l’intervenant, lui, est associé à la fonction qu’il va occuper et à la mission pour laquelle il est engagé : au sein d’un service de protection de l’enfance, là où l’on engageait des assistants sociaux, on engage aujourd’hui des intervenants en protection de l’enfance. Ce changement n’est pas anodin, car on légitime de la sorte l’engagement de personnes aux curriculums très divers, psychologues, sociologues. Je me réfère à un article de Marc Fourdrignier (2000), dans lequel ce dernier évoquait trois types de professionnalisation : par l’emploi, par le métier ou par la fonction. L’emploi correspond à l’intitulé du poste occupé, par exemple éducateur dans une institution pour personnes en situation de handicap, quelle que soit la formation. L’entrée dans le métier se fait par le biais d’une formation en travail social. Finalement, la fonction se construit autour des compétences requises et du contenu de l’activité. Il apparaît aujourd’hui que cette dernière entrée soit privilégiée. On peut identifier ici quelques facteurs à l’origine de cet effet. A cause de la complexification des missions des institutions, celles-ci, liées à leur(s) mandant(s) par des contrats de prestations, vont tenter de diminuer leurs risques en multipliant leurs sources de financements. De fait, elles élargissent leur palette de prestations. En offrant de plus vastes prestations, elles ont besoin d’augmenter le nombre des compétences en leur sein pour répondre à leurs missions. Comme aucune formation ne peut à elle seule former des individus à l’ensemble de ces compétences, moyennant une bonne connaissance des offres de formations, les responsables des ressources humaines peuvent puiser dans le creuset du marché de la qualification en sélectionnant et en engageant un personnel très diversifié qui, pris dans son ensemble, assurera toutes les tâches qu’il faut avec les compétences requises.

    L’action sociale à l’épreuve de sa multiculturalité ?

    7En résumé, notre société dispose d’outils toujours plus pointus pour établir les diagnostics sociaux. L’action sociale se complexifie corrélativement aux problématiques sociales : elle est donc découpée en problématiques, en connaissances requises et en tâches associées que l’on finit par relier à des catalogues de compétences. On a ainsi disséqué des processus et identifié les réponses à apporter. Pour remplir ces cahiers des charges, on aura besoin de personnes aux curriculums variés (parcours de vie et qualifications ; en faisant cela, on multiplie les référentiels de valeurs. Cette diversité, qui peut être vécue comme un morcellement, voit les objectifs de l’action sociale varier en fonction des problématiques qui se complexifient. On peine à ne pas songer au principe d’entropie si cher à la physique, selon lequel tout système croît vers davantage de chaos. Reste-t-il, à ce stade, une action sociale, une idée du travail social ?

    8L’action sociale nécessite une division du travail par des spécialisations toujours plus pointues, lesquelles se reflètent dans l’inventaire des nombreuses fonctions que l’on trouve aujourd’hui. Le risque est d’y voir une perte du sens critique inhérent à la perte de visions globales. Aucun acteur n’est à même d’ordonner l’ensemble des champs d’intervention et de définir des objectifs qui fassent sens, qui répondent à une vision commune. On risque donc de dériver vers un utilitarisme qui se déshumanise au fur et à mesure qu’il se perfectionne. Pensons à la sixième révision de la Loi fédérale sur l’assurance-invalidité1 : seuls des critères d’efficience économique justifient la suppression de prestations. Cette révision a été pensée en soi et non en interdépendance avec l’assurance chômage et l’aide sociale. Et au final, des populations déjà fragilisées se verront certainement, faute de réussir à se réinsérer dans le premier marché de l’emploi, dirigées vers l’assistance. Ce que des générations de bonnes volontés ont défendu et acquis durant la deuxième moitié du XXe siècle, à savoir des systèmes d’assurance, risque d’être peu à peu relégué dans les oubliettes de l’histoire.

    9C’est dans ce contexte qu’il serait important de trouver une certaine cohésion. Nous pourrions nous joindre à la définition du travail social donnée par la Fédération internationale du travail social (FITS) :

    La profession d’assistant social ou de travailleur social cherche à promouvoir le changement social, la résolution de problèmes dans le contexte des relations humaines et la capacité (empowerment) et la libération des personnes afin d’améliorer leur bien-être. Grâce à l’utilisation des théories du comportement et des systèmes sociaux, le travail social intervient au point de rencontre entre les personnes et leur environnement. Les principes des droits humains et de la justice sociale sont fondamentaux pour la profession.

    10Si nous nous attachons à cette définition, en tant que travailleurs sociaux, nous devons développer les interventions à un niveau macrosocial et être les auteurs de davantage d’initiatives politiques et publiques. Et pourtant, l’individualisme dont il est question touche aussi les travailleurs sociaux. Ceux-ci, pris dans la complexité de notre système, peinent à agir collectivement. Pour illustrer cette difficulté, je me référerai à un chiffre, soit le nombre de personnes, en Suisse, qui sont membres de syndicats. La Suisse présente l’un des taux de syndicalisation les plus bas d’Europe, soit 21.9 % des travailleurs2, et celui-ci baisse d’année en année. Il y a deux explications principales à cela : la modification des structures du travail (voir Castel 1995) et la modification du comportement des travailleurs. On ne défend plus aujourd’hui des causes, mais des intérêts ponctuels, en l’occurrence les siens, de préférence.

    11Si l’on peut s’alarmer de ces tendances générales, cela ne signifie par pour autant que les travailleurs sociaux ne sont pas réunis dans des collectifs, des associations ou des réseaux pour y mener des actions politiques. Il existe une bonne vingtaine d’associations en Suisse romande, qui réunissent des professionnels du travail social. Outre les sections d’AvenirSocial, on citera la Plateforme romande des travailleurs sociaux hors murs, l’Association valaisanne des travailleurs sociaux, l’Association genevoise des éducatrices du jeune enfant. On peut lire dans ces exemples de regroupements la préoccupation partagée par les travailleurs sociaux d’exercer leur profession d’une manière qu’ils estiment convenable. La question demeure de savoir si ces préoccupations sont propres à notre secteur d’activité ou encore à notre région ?

    Un appel des appels

    12L’affiliation à des collectifs participe à la construction de nos identités. Des identités partagées permettent la diffusion de valeurs communes ; une telle diffusion, si elle répondait à plus d’unité, pourrait poursuivre plus aisément les objectifs que l’on retrouve dans les positionnements de la FITS : ceux-ci seraient en mesure d’exercer un contre-pouvoir au Main Stream actuel. Nous souhaiterions – à l’image du Danemark – que 98 % des travailleurs sociaux fassent partie d’associations professionnelles, mais il faut bien reconnaître que notre situation helvétique est tout autre ; on ne peut comparer les moyens à disposition. Peut-être la prise de conscience n’est-elle pas encore mûre, notre confort encore trop important et nos lobbyistes trop institutionnalisés ? Peut-être faudrait-il maintenant chercher à fédérer les travailleurs sociaux dans un « appel des appels »3, à l’image de ce qui se fait en France ?

    Bibliographie

    Castel, R. (2003). L’insécurité sociale : qu’est-ce qu’être protégé ? Paris : Le Seuil.

    Castel, R. (1995). Les métamorphoses de la question sociale, une chronique du salariat. Paris : Fayard.

    Beck, U. (2001). La société du risque. Paris : Aubier.

    Fédération internationale du travail social (2012, 3 juillet). Définition du travail social récupérée de http://ifsw.org/policies/definition-of-social-work

    Fourdrignier, M. (2000). La professionnalisation, un mode d’accès aux métiers de l’intervention sociale. Les politiques sociales, 1-2.

    Ion, J. (1997). Des travailleurs sociaux aux intervenants sociaux. In M.-H. Soulet, Les transformations des métiers du social. Fribourg : Editions universitaires Fribourg.

    Notes de bas de page

    1 La situation financière de l’assurance-invalidité (AI) s’est dégradée depuis près de deux décennies. Le Conseil fédéral et le Parlement ont alors suivi un plan d’assainissement en plusieurs étapes, la sixième étant révision l’une d’elles.

    2 Evolution des effectifs des syndicats en 2008, dossier n° 67, USS, septembre 2009.

    3 www.appeldesappels.org, consulté le 3 juillet 2012.

    Auteur

    • Olivier Grand

      AvenirSocial - Secrétaire général jusqu’au 30 novembre 2013, o.grand@bluewin.ch, www.avenirsocial.ch

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    3 www.appeldesappels.org, consulté le 3 juillet 2012.

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    Grand, Olivier. « Multiplicité des mandats et cohésion en travail social ». Le travail social entre résistance et innovation / Soziale Arbeit zwieschen Widerstand und Innovation, édité par Sabine Voélin et al., Éditions ies, 2014, https://doi.org/10.4000/books.ies.1026.

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    Voélin, Sabine, Miryam Eser Davolio, et Mathias Lindenau, éd. Le travail social entre résistance et innovation / Soziale Arbeit zwieschen Widerstand und Innovation. Genève: Éditions ies, 2014. doi:10.4000/books.ies.985.
    Voélin, Sabine, et al., éditeurs. Le travail social entre résistance et innovation / Soziale Arbeit zwieschen Widerstand und Innovation. Éditions ies, 2014, https://doi.org/10.4000/books.ies.985.
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