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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Introduction 1. Le corpus et ses limites 2. Chrono-typologies funéraires sur la longue durée Conclusion et perspectives Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Nouveaux éléments pour la chrono-typologie des tombes à inhumation en région Centre-Val de Loire et dans le département du Maine-et-Loire, de la Préhistoire à nos jours

    Jérôme Livet, Matthieu Gaultier, Philippe Salé et Sylvain Badey

    p. 301-314

    Résumés

    Le nombre d’architectures funéraires restituées et bien datées a notablement augmenté ces dernières années. Ce corpus permet d’enrichir la chrono-typologie des tombes à inhumation de la région Centre-Val de Loire et du département du Maine-et-Loire, de la Préhistoire jusqu’au xixe siècle. Les architectures sélectionnées ont été classées dans des catégories qui s’affranchissent de l’ambiguïté des appellations employées selon les époques, les régions et les chercheurs. Ces catégories facilitent, en outre, l’examen de grandes tendances évolutives et la reconnaissance de bons marqueurs chrono-typologiques. Les périodes anciennes restent encore trop peu documentées. Pour les temps historiques, les observations rappellent l’importance des aménagements en bois parmi les dispositifs funéraires.

    In recent years, the variety of restored and well-dated funerary architecture has increased significantly. This corpus makes it possible to enrich the chrono-typology of burial tombs in the Centre-Val de Loire region and the Maine-et-Loire department, from prehistory to the 19th century. The selected architecture has been classified into categories that avoid any ambiguity of the names used according to the periods, regions and researchers. These categories also facilitate the examination of major development trends and the recognition of suitable chrono-typological markers. The ancient periods remain poorly documented. For historical times, the observations indicate that wooden arrangements were important funerary devices.

    Entrées d’index

    Mots-clés : région Centre-Val de Loire, architecture funéraire, typo-chronologie, contenant funéraire, sépulture

    Keywords : Centre-Val de Loire, funerary architecture, typo-chronology, funeral chest, grave

    Texte intégral Introduction 1. Le corpus et ses limites 1.1. La construction de l’arbre typologique et la définition des combinaisons 1.2. Les lacunes géographiques de notre corpus 1.3. La datation des combinaisons et la question de leur quantification 1.4. La répartition chronologique des sépultures 2. Chrono-typologies funéraires sur la longue durée 2.1. Des périodes anciennes trop peu documentées en l’état 2.2. Chrono-typologie entre la fin de la Protohistoire et l’époque contemporaine : au-dessus de la tombe et autour du contenant 2.3. Chrono-typologie entre la fin de la Protohistoire et l’époque contemporaine : de l’absence, ou pas, de contenant 2.4. Chrono-typologie entre la fin de la Protohistoire et l’époque contemporaine : les matériaux et modalités d’assemblage des contenants 2.5. Chrono-typologie entre la fin de la Protohistoire et l’époque contemporaine : la morphologie des contenants Conclusion et perspectives Bibliographie Notes de bas de page Auteurs

    Texte intégral

    Introduction

    1La première classification de types d’inhumations pour le Centre-Ouest de la France (Anjou-Poitou-Touraine) a été publiée en 1996 dans les actes du colloque consacré à l’Archéologie du cimetière chrétien (Galinié et Zadora-Rio 1996). Construite à partir de données issues d’une dizaine de sites répartis sur quatre départements, elle comprend cinq formes principales déclinées en douze sous-ensembles. Tous illustrent les pratiques funéraires utilisées entre le Haut-Empire et le xixe s.

    2Comme le soulignent les auteurs, l’exercice souffre cependant de deux biais. En premier lieu, les restitutions architecturales prises en compte dans la classification ne s’appuient pas toujours sur les méthodes de l’anthropologie de terrain (Boissavit-Camus et al. 1996 : 258). La reconnaissance des dispositifs en seules matières périssables est alors plus difficile. Le traitement de ces derniers est d’ailleurs abordé dans une section distincte de l’étude et aucun n’est utilisé comme jalon.

    3Ensuite, l’attribution chronologique des tombes se fonde sur des relations stratigraphiques intra-site et le mobilier associé, “avec tous les risques de raisonnement circulaire que cela comporte” (Boissavit-Camus et al. 1996 : 258). Seul un petit nombre de datations par analyse radiocarbone sur ossement a été réalisé.

    4Vingt-cinq ans plus tard, parallèlement à l’augmentation du nombre d’opérations archéologiques, le corpus d’inhumations susceptible de pallier les biais de la réflexion de 1996 s’est étoffé et a gagné en qualité. Fort de ce constat, il semble possible, à l’occasion de la 11e Rencontre du Groupe d’Anthropologie et d’Archéologie funéraire, de repenser et d’enrichir la chrono-typologie des tombes à inhumation de la région Centre-Val de Loire et du département du Maine-et-Loire1, de la Préhistoire à nos jours.

    1. Le corpus et ses limites

    1.1. La construction de l’arbre typologique et la définition des combinaisons

    5La méthodologie suivie pour actualiser la typologie régionale se calque sur celle employée en 1996. À l’époque, la première étape a consisté à construire des chrono-typologies intra-site avant de les confronter les unes aux autres (Boissavit-Camus et al. 1996 : 258). Il s’avère qu’aujourd’hui, après chaque nouvelle découverte funéraire, dans les cas où l’état de conservation des tombes le permet, des restitutions architecturales sont proposées de façon quasi systématique dans les publications (rapports ou articles). Pour la présente étude, l’idée fut donc de collecter celles réalisées par des chercheurs rompus ou sensibilisés aux méthodes de l’archéothanatologie (Duday 2005) et privilégiant les datations absolues.

    6Cette méthode pour établir une chrono-typologie à plus grande échelle se distingue sensiblement de celle qui utilise directement l’analyse des sépultures, sans intermédiaire, comme si la zone d’étude correspondait à une unique entité archéologique homogène. Au-delà du parallèle avec le travail de 1996, notre choix de suivre la première approche s’explique principalement par le fait qu’il n’est pas nécessaire, pour celle-ci, de retourner aux données primaires de milliers de sépultures, entreprise trop chronophage. Cette absence de retour peut être considérée comme un handicap ; les données sur lesquelles nous pouvons nous appuyer, leur modalité de constitution contiennent une part de subjectivité intrinsèque. Toutefois, la limitation que cela entraîne est prise en compte dans notre réflexion. Par ailleurs, les chrono-typologies consultées ont été établies par les archéologues présents sur le terrain, c’est-à-dire peut-être par ceux les plus à même de percevoir les particularités du site qu’ils ont fouillé et étudié. En outre, cette méthode prend, à notre sens, également mieux en compte la variabilité géographique des architectures, de plus en plus importante à mesure que le cadre géographique de l’étude grandit.

    7Au mois de juin 2019, après le dépouillement de 117 chrono-typologies intra-sites2 (Fig. 1), une centaine de dispositifs architecturaux funéraires ont été retenus. Quelques difficultés d’accès à la documentation (manque de publications, rapports d’opération trop confidentiels) ont compliqué la collecte. Le temps de recensements, entre le premier appel à communication et le colloque, finalement relativement court pour les chercheurs déjà engagés sur d’autres projets n’a pas, non plus, facilité l’exercice. De fait, le corpus constitué, s’il n’est pas négligeable, est loin d’être exhaustif. D’autant que des variations du vocabulaire chrono-typologique utilisé au cours du temps ou d’un auteur à l’autre ont amené à lister un même type mais sous des dénominations différentes.

    Fig. 1 - Carte de répartition des sites concernés par l’étude.

    État août 2020, liste détaillée : https://archeomatic.shinyapps.io/gaaf2019/.

    S. Badey, Inrap.

    8Une simple homogénéisation du vocabulaire, si elle a un côté pratique, n’est pas suffisante pour construire une typologie générale. Pour réunir ou définitivement individualiser les architectures, il est essentiel de pouvoir les comparer au moyen de critères systémiques objectifs (seconde étape de la méthodologie, Boissavit- Camus et al. 1996 : 258). La grille d’analyse appliquée ici est constituée par la combinaison de huit composantes de la sépulture : quatre observations de type présence/absence intéressant la superstructure surmontant la tombe et la complexité du ou des premiers contenants du corps (fosse sépulcrale, chambre funéraire) auxquelles s’ajoutent quatre interrogations relatives au creusement de la sépulture et, surtout, au dernier contenant3 entourant le mort (matériaux, mode d’assemblage et nombre de côtés employés) (Fig. 2). Ces critères emboîtés, permettant de zoomer progressivement depuis l’extérieur du fait funéraire jusqu’au plus près du défunt, présentent l’avantage d’inclure toutes les architectures recensées, des tumuli néolithiques aux cercueils contemporains. Leur nature strictement descriptive offre également l’occasion de se détacher des appellations associées à chaque type qui sont bien souvent dépendantes des us et coutumes de chaque grande période chronologique. Ce système autorise donc une analyse sur la longue durée de l’évolution de certains choix guidant l’élaboration des architectures funéraires.

    Fig. 2 - Schéma de description typologique élémentaire de chaque entrée du corpus.

    M. Gaultier, Sadil.

    9Après appréciation des huit critères pour chacun des dispositifs répertoriés (Fig. 3), nous parvenons à distinguer 49 associations différentes dans notre corpus.

    Fig. 3 - Table de cotation des critères descriptifs.

    M. Gaultier, Sadil.

    1.2. Les lacunes géographiques de notre corpus

    10La distribution géographique est loin d’être homogène, que ce soit pour les sites présentant une chrono-typologie ou pour les combinaisons typologiques définies. Le Cher est le département le moins bien documenté, à l’inverse du Loiret et de l’Indre-et-Loire notamment (Fig. 4). Les positions du Maine-et-Loire et de l’Eure-et-Loir tranchent avec celles des autres départements puisque peu de sites de ces départements apparaissent dans le corpus (respectivement 8 et 9) mais qu’en revanche, la plupart d’entre eux ont livré un grand nombre de sépultures.

    Fig. 4 - Distribution du nombre de sépultures par site pour chaque département.

    M. Gaultier, Sadil.

    11Concernant les 49 combinaisons identifiées plus haut, 18 n’apparaissent que sur un seul site et 8 ne sont représentées que par une seule sépulture.

    1.3. La datation des combinaisons et la question de leur quantification

    12La datation des combinaisons identifiées se fonde bien évidemment sur celles des architectures funéraires reconnues sur les différents sites recensés, elles-mêmes basées sur l’analyse d’un petit nombre de sépultures voire d’une seule. Le nombre total de tombes liées aux chrono-typologies intra-sites retenues pour l’étude est de 2 952, un chiffre qui peut apparaître relativement important mais qui masque une répartition très inégale dans nos 49 catégories. En effet, un quart d’entre elles n’est représenté que par une à trois sépultures et les trois quarts comptent moins de 43 tombes (pour une médiane des effectifs par combinaison fixée à 11). Seules sept associations comprennent plus de 100 occurrences, avec un maximum de 617 inhumations ad hoc, de volume simple, sans espace intermédiaire aménagé entre le creusement de la fosse et le contenant en matériaux périssables, composé de quatre parois et une couverture calées dans la fosse (combinaison 01113aPC2).

    13La caractérisation chronologique de nos combinaisons bénéficie de près de 360 analyses radiocarbones complétées ou remplacées, dans le cas où, faute de moyens ou de collagène, une datation absolue ne fut pas possible, par les indications chronologiques fournies par le mobilier associé aux défunts, les données stratigraphiques, d’archives et/ou le contexte de découverte (Fig. 5 et 6). Finalement, sur les 49 combinaisons typologiques reconnues, la plupart sont datées par plusieurs méthodes mais 80 % s’appuient sur au moins une analyse radiocarbone.

    Fig. 5 - Fréquence du nombre de méthode de datation pour un même type funéraire.

    J. Livet, Inrap.

    Fig. 6 - Diagramme d’accord présentant la fréquence des méthodes de datation, utilisées seules ou par deux pour définir les attributions chronologiques des 296 types reconnus sur les 117 sites retenus pour l’étude.

    191 types identifiés sur les sites ont bénéficié d’au moins une datation radiocarbone (125 qui s’appuient uniquement sur ce type de datation auxquels s’ajoutent 37 pour lesquels les données radiocarbones sont complétées par des informations stratigraphiques, 19 qui associent les données radiocarbone à celles fournies par le mobilier accompagnant le défunt, 7 datés en combinant les données d’archives aux résultats radiocarbone et, enfin, 3 chronologiquement caractérisés en utilisant informations radiocarbone et contexte de découverte).

    S. Badey, Inrap.

    14En plus de permettre leur datation, l’association des tombes et des combinaisons typologiques peut servir à estimer la fréquence de chaque architecture au cours du temps. L’analyse de cette fréquence a été réalisée en calculant des densités de sépultures par “pas chronologique” de référence de 25 ans. La probabilité pour les inhumations de chaque combinaison d’appartenir à un de ces intervalles est alors fonction de leur datation connue et de leur nombre mis au jour. Lorsque la durée d’utilisation d’un type ne couvre que partiellement l’intervalle de 25 ans, le poids des tombes est rapporté à la durée de l’intersection des deux plages (Fig. 7). La méthode de calcul peut être appliquée pour des intervalles de temps plus grand (un siècle, un demi-millénaire…), certainement plus adaptées pour les périodes anciennes.

    Fig. 7 - Exemple de calcul de probabilités pour un groupe typologique de 10 sépultures datées entre 655 et 779 d’appartenir à chacun des “pas” chronologiques de 25 ans : la part pour chaque “pas” est de 10 (effectif) × 25 (“pas”) / 124 (intervalle d’utilisation) = 2,02.

    Entre 650 et 674 révolu, la durée d’utilisation du type ne couvre que 80 % de l’intervalle. La fréquence correspond donc à 80 % de celle observable pour un intervalle complètement couvert, soit 1,61. Idem entre 750 et 799, au cours duquel le type n’est potentiellement présent que 4 ans, soit 16 % de l’intervalle. La probabilité pour les 10 sépultures d’appartenir à cette plage chronologique alors de 0,32.

    M. Gaultier, Sadil.

    15Le croisement des données relatives aux datations des combinaisons avec les effectifs de tombes qui relèvent de celles-ci nous permet de construire une chrono-typologie générale (Fig. 8).

    Fig. 8 - Chrono-typologie des tombes à inhumation en région Centre-Val de Loire et dans le département du Maine-et-Loire.

    J. Livet, Inrap.

    16Les premiers essais pour tester cette approche quantitative (Khi-deux, AFC) amènent à retrouver des associations architecture/période chronologique déjà bien identifiées : les tumuli pour plage -3500 à -2500 ; les sarcophages pour le haut Moyen Âge et les cercueils cloués pour après le xve s.

    1.4. La répartition chronologique des sépultures

    17À l’instar de leur répartition géographique, les distributions chronologiques des sépultures et des combinaisons typologiques sont très hétérogènes. Le cadre de l’étude couvre un intervalle de temps de plus de 10000 ans, entre la fin du 9e millénaire avant et la fin du 2e millénaire ap. J.-C. Sur cette durée, on observe que les phases anciennes sont très peu représentées, au contraire des phases postérieures à la fin de la protohistoire (Fig. 9). De façon assez prévisible, l’augmentation du nombre de sépultures est, peu ou prou, corrélée à celle du nombre de sites mais avec quelques nuances selon les périodes.

    Fig. 9 - Polygones des fréquences figurant la distribution chronologique des 2 952 sépultures et des 117 sites du corpus.

    M. Gaultier, Sadil.

    18La distribution chronologique des sépultures peut être divisée en 4 grandes “Périodes” séparées chacune par un vide de sites et tombes. La première s’étend entre les années -8250 et -5450. Elle ne regroupe que quatre sépultures, toutes issues du même site : “le Parc du Château” à Auneau mais distantes les unes des autres de plusieurs centaines d’années d’après les datations radiocarbone.

    19Deux-cent-soixante-et-onze inhumations, soit un peu plus de 9 % du corpus, sont associées à la deuxième période qui s’échelonne entre -5000 à -2200 et qui correspond donc globalement au Néolithique. Elles ont été mises au jour sur 15 sites différents. La troisième période, comme la première, se caractérise par l’indigence du nombre de sépultures de notre inventaire qui y sont intégrées : 23 réparties sur 5 sites différents (dont 17 issues de la nécropole du “Vigneau” à Pussigny ; Coutelas et al. 2015) et datées entre -2025 et -700. Enfin, la dernière période concentre près de 90 % des inhumations de notre étude (N=2654) au sein de 99 sites distincts.

    20Au cours des 2 600 années que couvre la période 4 (entre -600 et 2000), la répartition des sites et sépultures est, là encore, inégale. La fin de la protohistoire est la phase la moins bien représentée, on y observe un déficit d’inhumation qui la coupe en deux. La période romaine regroupe un nombre plus important de tombes, en très forte augmentation (des sépultures comme des sites) vers la fin de l’antiquité et avant une chute brutale qui sépare cette séquence du début du Moyen Âge. Cette dernière phase chronologique est justement celle qui est le mieux documentée, notamment entre le viiie et le xiie s. Après cette date, la courbe du nombre de sépultures intégrées à notre corpus décroît, tendance qui se poursuit au cours de la période moderne puis contemporaine.

    2. Chrono-typologies funéraires sur la longue durée

    2.1. Des périodes anciennes trop peu documentées en l’état

    21L’essentiel du corpus de sépultures concerne donc la période chronologique comprise entre la fin de la protohistoire et l’époque contemporaine. Avant cela, les architectures funéraires bien identifiées et bien datées sont très peu nombreuses.

    22La première phase ne regroupe que quatre sépultures disséminées sur les près de 3 000 ans qu’elle couvre, entre le 9e et le 6e millénaire av. n. è. La plus ancienne, initialement datée entre 7500 et 7100 av. J.-C. (Verjux 1999), a récemment été réattribuée à la transition entre le Préboréal et le Boréal, entre 8242 et 8020 av. J.-C. (publication en cours). Les deux ou peut-être trois autres tombes4 mésolithiques plus récentes ont été installées entre 7100 et 5500 av. J.-C. (-7086/-6810, -6588/-6520, -5729/-5471). Par ailleurs, chaque inhumation se démarque des autres par ses caractéristiques propres : un individu est en position assise, l’autre en position fœtale-ventrale, le troisième reposant sur le dos et les jambes fléchies ; trois semblent inhumés en pleine terre, le dernier dans un coffre de pierres (Verjux 1999).

    23L’écart temporel entre ces sépultures comme la variété de forme, propre à cette période en Europe (Verjux 2007), interdisent de proposer une chrono-typologie funéraires ni même de raisonner en termes d’héritage ou de filiation des types identifiés.

    24Si les plages temporelles dans lesquels ont été aménagées les 270 sépultures de notre corpus que nous rattachons à une deuxième phase correspondent à toute la période du Néolithique, les sites sur lesquels elles ont été découvertes se rapportent, en réalité, en grande majorité au Néolithique moyen, voire à la première partie de celui-ci. Une césure est d’ailleurs visible sur la courbe de distribution des sépultures (Fig. 9) aux alentours de 4300/4200 av. J.-C. En outre, à l’exception d’un site, les sépultures recensées se répartissent en deux pôles géographiques opposés : une moitié des sites est localisée le long de la limite septentrionale de la région (Eure-et-Loir et Loiret), alors que le reste se disperse dans le quart sud-est du département d’Indre-et-Loire (Fig. 10).

    Fig. 10 - Localisation des tombes de la deuxième période (-5000/-2200 av. J.-C.).

    M. Gaultier, Sadil.

    25Dans notre documentation, les sites septentrionaux sont caractérisés par la fréquence des tombes présentant des dispositifs de protection/signalisation importants5 (sépultures sous dalle de type Malesherbes). Ces dernières semblent d’abord n’accueillir qu’un seul, voire un nombre réduit d’individus déposés en même temps (Simonin et al. 1997). Elles peuvent être environnées par d’autres d’inhumations individuelles, jusqu’à plusieurs dizaines, plus ou moins contemporaines, qui ne semblent pas être surmontées d’une superstructure mais qui affectent un volume creusé simple, dans lequel la position des corps, fléchie et sur le côté, est récurrente.

    26Pour le sud du cadre d’étude, notre corpus ne compte pas (ou quasiment pas)6 de tombes coiffées par une construction hors-sol de taille significative. Les sépultures sont regroupées en nécropole. La plus importante d’entre elles, celle du “Vigneau” à Pussigny, de découverte récente, regroupe 102 sépultures : 92 simples et 10 doubles (Coutelas et al. 2015 : 138‑156). Cette nécropole du Néolithique moyen I, dont la publication est attendue, se caractérise par la variété des dispositifs funéraires identifiés : fosse à volume simple sans contenant supplémentaire (33), contenant à cinq côtés en matériaux périssables (29), parfois cloués, contenant en matériaux mixtes, avec des planches calées (16), cistes en pierre (2)… Des combinaisons avec l’emploi d’enveloppes souples (16) existent également.

    27Enfin, la troisième phase identifiée lors de l’examen de la distribution des sépultures (Fig. 8) se rapporte à la protohistoire ancienne : âge du Bronze et premier âge du Fer. L’indigence du nombre d’inhumations composant cette partie de notre échantillon (Frénée et al. 2017 : 178), en partie liée à l’utilisation concurrentielle du rite de la crémation. En l’état, elle ne permet pas de se livrer à une analyse comparée des dispositifs funéraires et de leur évolution au sein de cet intervalle chronologique.

    2.2. Chrono-typologie entre la fin de la Protohistoire et l’époque contemporaine : au-dessus de la tombe et autour du contenant

    28Seules quelques tombes de l’antiquité témoignent d’un investissement supérieur à la normale dans leurs aménagements qui peut, par moments, aboutir à une forme de monumentalisation. On mentionnera en premier lieu les cas où le défunt est installé, avec ou sans contenant, dans une chambre funéraire. Ce type de volume intermédiaire ne se retrouve que dans les trois premiers siècles de notre ère et reste, en l’état, peu fréquent (8 cas).

    29À partir du milieu du ier s., apparaissent les premiers mausolées (Saint-Romain-sur-Cher, éventuellement Marcé-sur-Esves). Ils sont initialement construits en grand appareil avant d’être érigés en petit appareil, à partir de la seconde moitié du iie s. (Cinq-Mars-la-Pile et Mazangé).

    2.3. Chrono-typologie entre la fin de la Protohistoire et l’époque contemporaine : de l’absence, ou pas, de contenant

    30Sur les 2 654 sépultures rattachées à notre phase 4, 10,4 % (274) se présentent sans contenant funéraire, c’est-à-dire sans aménagement entre la fosse sépulcrale et les éléments au contact direct du défunt, sans dispositif de couverture particulier, en “pleine terre”7. Leur nombre varie d’une période à l’autre mais ces tombes sont signalées sur la quasi-totalité de la phase chronologique (Fig. 11) et dans presque tous les départements de la région (Fig. 12).

    Fig. 11 - Variation du nombre de sépultures avec ou sans contenant au cours de la période 4 (graphique à aires superposées centré autour d’un axe médian).

    S. Badey, Inrap.

    Fig. 12 - Évolutions comparées du nombre de sépulture sans contenant par rapport à l’ensemble des tombes de notre corpus pour la période 4 et par département.

    M. Gaultier, Sadil.

    31Dans notre corpus, les sépultures sans contenant restent en général minoritaires, l’exception des siècles de La Tène pouvant s’expliquer par la faible quantité d’inhumations datées de cette époque. Leur plus forte fréquence se situe en effet entre les ive et iie s. av. n. è. avant de décliner pendant deux siècles et de quasiment disparaître au cours des six cents ans suivants. Entre les viiie et xe s., la proportion de sépultures sans contenant est de nouveau importante puisqu’elle représente jusqu’à 20 % du total des inhumations. Toutefois, ce pourcentage semble, là encore, principalement lié à un effet de source et à la découverte d’un grand nombre de ces tombes dans l’église Saint-Denis à Pontigné (49). Après l’an mil et jusqu’à la fin du Moyen Âge, la part de sépultures sans contenant reste faible, aux alentours de 10 % des occurrences du corpus de la phase 4. Enfin, une grande quantité de ce type de tombes est reconnue à l’époque Moderne, aux xvie et xviie s., où la proportion paraît se stabiliser autour de 25 %. Mais une nouvelle fois, ce pic est à mettre en relation avec les découvertes de deux fouilles seulement, celles du site de “Saint-Libert” à Tours et des “Places Mitterrand et Hugo” à Joué-lès-Tours (cimetière paroissial).

    32L’époque contemporaine se caractérise par l’absence de sépultures sans contenant.

    33Sur ce critère typologique et en l’état de notre documentation, le Maine-et-Loire se distingue donc de ce que l’on observe pour la période médiévale et moderne en région Centre-Val de Loire. En effet, ce département n’a livré des sépultures sans contenant qu’antérieurement à l’an Mil alors que dans le reste des départements pris en compte dans notre étude (essentiellement le dans le Loiret, L’Indre et L’Eure-et-Loir), ces sépultures réapparaissent plutôt à partir xie s., voir à l’époque moderne (Indre-et-Loire).

    2.4. Chrono-typologie entre la fin de la Protohistoire et l’époque contemporaine : les matériaux et modalités d’assemblage des contenants

    34Les distinctions des matériaux utilisés dans la fabrication des contenants sont, assez classiquement, au nombre de trois : une pour répertorier les contenants en matériaux périssables (bois ou autres matières végétales), une pour les contenants en matériaux pérennes (pierre, céramique notamment) et une dernière pour les contenants présentant un mélange des deux, qualifiés dans ce cas de “mixtes”.

    35Entre le vie s. av. J.-C. et le xxe s. ap., seuls les contenants en matériaux périssables sont continuellement présents. Outre deux mentions isolées de, probables, contenants monoxyles du haut Moyen Âge à Déols (Gaultier 1998) et Vernou-sur-Brenne (Hirn et al. 2017), trois modes principaux d’assemblages de ces contenants peuvent être listés par ordre d’importance dans notre corpus. Les éléments du contenant peuvent ainsi être simplement calés dans la fosse sépulcrale (notamment par l’emploi de pierres), assemblés par clouage ou, enfin, liés par des éléments n’ayant pas laissé de traces (cheville de bois, cordes par exemple).

    36L’examen de la distribution chronologique des sépultures de notre corpus montre que le mode d’assemblage par calage dans la fosse est le plus fréquemment mis au jour. Il est identifié dès La Tène ancienne et reste en usage quasiment jusqu’à la fin de la période moderne (Fig. 13). Toutefois, il caractérise particulièrement la période médiévale.

    Fig. 13 - Variation du nombre de sépultures en fonction des matériaux et du mode d’assemblage des contenants au cours de la période 4, somme des probabilités par pas de 25 ans (graphique à aires superposées centré autour d’un axe médian).

    S. Badey, Inrap.

    37Plus largement, quel(s) que soi(en)t le ou les matériaux utilisés pour le contenant, ce type d’assemblage semble une pratique marquante du Moyen Âge : des viie-xe s. pour le calage de contenant en matériaux pérennes, plutôt après l’an Mil, pour ceux en matériaux mixtes. Deux périodes se distinguent par l’absence de contenants assemblés par calage, du milieu du ive s. à la fin du iiie s. av. J.-C. et du xviiie au xxe s. ap. J.-C. Dans le premier cas, cette absence est sans doute imputable à un manque de données. Dans l’autre, elle traduit une évolution des pratiques qui voit se généraliser, à la fin de la période moderne, l’emploi du cercueil cloué.

    38Des contenants en matériaux périssables assemblés par des agrafes métalliques8 sont identifiés dès le iiie s. av. n. è. en Région Centre-Val de Loire sur le site des “Pièces de Chameul” à Chevilly (Josset et al. 2019). L’emploi de clous pour maintenir les contenants funéraires réapparaît ensuite, dans notre corpus, après la conquête romaine. La pratique se développe alors tout au long de l’antiquité, jusqu’au ve s., avant de disparaître presque tout à fait jusqu’aux xiie et xiii s. À cette époque, elle reste minoritaire. Elle augmente à la fin de la période médiévale pour devenir majoritaire au cours de la période moderne puis exclusif après le milieu du xviiie s.

    39L’usage d’éléments en matériaux périssables pour l’assemblage des contenants est régulièrement signalé dans notre corpus bien que la caractérisation de tels types d’assemblages ne soit pas toujours aisée tant leur identification formelle est rare (Dietrich et Gallien 2012). On peut toutefois signaler la précocité de cette technique puisque l’assemblage de coffres en bois chevillés est signalé entre les vie et ive s. av. J.-C., en Eure-et-Loir, sur le site des “Hernies” à Poupry (David et al. 2018). Après cette première apparition dans notre échantillon, ces techniques d’assemblages sont apparemment délaissées pour ne réapparaître qu’au début de l’époque médiévale. Elles constituent alors, jusqu’au début de la période moderne, une alternative (minoritaire) à l’assemblage par calage ou clouage des planches des contenants.

    40Les contenants en matériaux pérennes ne sont attestés dans notre corpus qu’entre l’Antiquité et la fin de l’époque Moderne, avec une désaffection pour ces matériaux entre le milieu du ive et le milieu du ve s. de notre ère. La part massive de sépultures antiques rentrant dans cette catégorie, avec une concentration perceptible sur le iiie s. ap. J.-C. (Fig. 13), est due à la présence de nombreuses sépultures en vases qui ont été découvertes dans l’Indre-et-Loire, le Loir-et-Cher et l’Eure-et-Loir. On en dénombre ainsi 143, des dépôts de préférence dans des dolia et plus rarement dans des amphores, sur sept sites différents (Chartres “Reverdy”, Crouzilles “Rue de l’Ancienne église”, Langeais “les Béziaux”, Tavant “42 Rue Grande”, Averdon “Chemin 1”, Blois “Rue Albert 1er”, Suèvres “Les Châteliers”). Ces sépultures ne concernent que des sujets immatures, pour la quasi-totalité des périnatals et illustrent la pratique de l’enchytrisme, particulièrement bien mise en évidence dans la région (Baills-Talbi et Blanchard 2006 ; Fourré et Morisse 2011 ; Simon et al. 2011). L’enchytrisme caractérise principalement les iie et iiie s. mais est attestée dès le début de la période sur le site de Tavant où ont également été découvertes huit sépultures d’enfants en sarcophages du Haut-Empire. Pour cette période, sur ce site (et peut-être pour la partie sud-ouest du territoire étudié), les sarcophages semblent réservés aux immatures.

    41La mise en œuvre de coffrages en matériau pérenne (pierre et/ou tuile) paraît donc plus rare au Bas-Empire. Trente-neuf tombes en sarcophage semblent toutefois constituer des marqueurs de cette période, voire du ve s., pour trois sites (Orléans “Saint-Euverte”, Chartres “Saint-Martin”, Averdon “Saint-Lubin”).

    42Au Moyen Âge et à la période Moderne, l’usage de la pierre se caractérise dans notre corpus par la succession de trois modes d’assemblage des contenants. D’abord, les cuves monolithiques de la première partie du haut Moyen Âge forment un groupe assez important, surtout dans la vallée de la Loire (Anjou, Touraine, Orléanais). Sans doute cela s’explique-t-il par la présence des axes fluviaux, principaux vecteurs entre lieux de production en carrière et lieux de consommations, notamment urbains (Morleghem 2016).

    43Ils sont cependant aussi présents en dehors des vallées (Liégard et Fourvel 2015). Si la majorité des sarcophages sont en calcaire, il a été possible de mettre en évidence, l’emploi du plâtre sur le plateau beauceron. Les cuves sont alors moulées directement dans la fosse (Kacki et Capron 2017), comme sur de nombreux sites de la région parisienne voisine. Ces sarcophages monolithiques sont ensuite progressivement remplacés, avant l’an Mil, par des contenants constitués de blocs calés. Enfin, à partir du xiie s., les blocs de pierre sont principalement liés au mortier même si l’usage de contenants monolithiques9 ou constitués de blocs calés continue d’être attesté.

    44L’usage de contenant en matériaux mixtes, principalement calés dans la fosse, est observé de façon intermittente sur des sites antiques. Durant cette période, la catégorie “mixte-cuve monolithique” renvoie à la découverte “42 Rue Grande” à Tavant (37) d’un sarcophage surmonté d’un plateau de bois. Les contenants en matériaux mixtes sont ensuite régulièrement identifiés au cours de la période médiévale. Ils sont manifestement très utilisés au xie s., moment charnière qui voit succéder aux contenants en matériaux pérennes calés, ceux en pierres liées au mortier.

    2.5. Chrono-typologie entre la fin de la Protohistoire et l’époque contemporaine : la morphologie des contenants

    45Afin de caractériser la morphologie des contenants quels que soient les matériaux les composant, leur “complexité” a été qualifiée à partir du nombre de leurs côtés : présence ou non d’un fond, d’une couverture du corps, de planches latérales. En fonction des combinaisons possibles de ces trois caractéristiques, on a pu identifier dans notre corpus des cas (rares) où seul un fond est présent (dépôt du corps sur un brancard), des formes d’aménagement simples dans lesquelles le défunt n’est protégé que par une couverture, en général en bois, calée dans la fosse, des architectures plus complexes avec aménagements de parois latérales surmontées d’une couverture et, enfin, l’assemblage de caisses (coffrages, cercueil…) à six côtés, avec fond, parois et couverture10. La catégorie des sépultures antique d’immatures déposés dans des vases en céramique a été traitée à part.

    46Les cas de protection des corps ménagée par une simple couverture sont caractéristiques du Moyen Âge (Fig. 14). Ils peuvent correspondre à des fosses anthropomorphes creusées dans le calcaire et couvertes de dalles de pierre comme à Marmoutier au viie s. (cf. l’article de D. Morleghem dans le présent volume), à des espaces de décomposition fermés par des planches de bois soutenues par des blocs de pierres déposés dans les fosses comme au prieuré Saint-Cosme (Dufaÿ, Capron et Gaultier 2018) ou à des espaces toujours fermés par des planches mais celles-ci appuyées sur des banquettes aménagées dans le substrat comme dans le cimetière hospitalier de La Madeleine (Blanchard et al. 2010). Cette forme d’aménagement de l’architecture funéraire apparaît dans la littérature sous l’appellation de sépultures à banquettes (Blanchard et Poitevin 2012) ou de sépultures en fosse (Blaizot 2017 : 31-142).

    Fig. 14 - Variation du nombre de sépultures en fonction de la morphologie des contenants au cours de la période 4, somme des probabilités par pas de 25 ans (graphique à aires superposées centré autour d’un axe médian).

    S. Badey, Inrap.

    47Tout au long de notre Période 4, les contenants à six côtés et ceux composés de parois et d’une couverture sont quant à eux employés dans des proportions variables.

    48La confrontation des critères de classements des principales architectures funéraires selon les matériaux utilisés pour fabriquer un contenant, les modes d’assemblage des éléments de ces contenants et leurs morphologies finales permet de mettre en évidence que les contenants calés sont majoritairement composés soit de parois et d’une couverture, soit de couverture seule. Quels que soient les matériaux, le premier type semble progressivement supplanté par le second aux alentours de l’an Mil (Fig. 15).

    Fig. 15 - Évolution du nombre de sépultures en fonction des matériaux et du mode d’assemblage utilisés pour les contenants au cours de la Période 4.

    M. Gaultier, Sadil.

    Conclusion et perspectives

    49Le corpus de 117 sites et 2 952 sépultures rassemblé à l’issue de ce travail (état d’août 2021) est accessible en ligne (https://archeomatic.shinyapps.io/gaaf2019/). Il se présente sous la forme d’un tableau où chaque type de sépulture reconnu sur un site équivaut à une ligne et dans lequel sont fournies, en colonnes, des informations quant à leur datation, le contexte de découverte, le nombre de tombes correspondantes sur le site et, surtout, leurs caractéristiques typologiques. Ces dernières correspondent aux huit composantes de l’arbre typologique tel qu’il a été défini précédemment. La mise à disposition du corpus permet, dans un premier temps, à tout à chacun, la consultation et la manipulation (tris, filtres) de ces données. Par la suite, le tableau a vocation à être complété, à servir pour des études plus ciblées et, éventuellement, à orienter la programmation de certaines analyses présentant un intérêt à une autre échelle que celle du site.

    50L’échelle d’analyse régionale (soit une aire de 46 700 km²) laisse, en l’état, bien des zones d’ombre. Les périodes anciennes sont pour l’instant très peu documentées, mais on peut espérer que les travaux à venir viendront combler cette lacune, notamment pour la période Néolithique avec la publication de la nécropole du “Vigneau” à Pussigny (Coutelas et al. 2015) et celle de la sépulture collective récemment découverte à Saint-Doulchard, à côté de Bourges (18) (https://www.inrap.fr/une-sepulture-collective-saint-doulchard-cher-15469).

    51Les problématiques chrono-typologiques touchant à l’aménagement des superstructures construites au-dessus de la fosse sépulcrale (de type tumulaire par exemple) ou au sein des creusements (chambre funéraire) n’ont été qu’effleurées. Par ailleurs, nous avons choisi de laisser de côté celles concernant le dépôt de mobilier accompagnant les défunts dans la mesure où leurs spécificités chronologiques et géographiques ne permettent pas de mener des comparaisons à une si grande échelle sur plusieurs millénaires. Il nous semble préférable de réserver leurs traitements à des cadres d’étude qui leur sont adaptés, même si, dans certains cas, à l’image des mausolées de l’Antiquité, la rareté des découvertes oblige à élargir l’échelle d’analyse (Couvin et al. 2018). Enfin, faute de temps, les données concernant l’emmaillotement des corps n’ont pas encore été prises en compte.

    52Il ressort de l’observation des données collectées que les inhumations sans contenant se rencontrent sur de larges plages chronologiques. Leur nombre varie d’une époque à l’autre mais leur fréquence quoique toujours minoritaire n’est jamais nulle. Il y a là, probablement, un champ d’exploration pour notre discipline qu’il convient de creuser dans les années à venir. Malheureusement, plus encore que pour les autres types de tombes, l’attribution chronologique des sépultures est singulièrement délicate et ne peut reposer que sur des méthodes archéométriques. Il convient donc de les multiplier pour faire avancer la connaissance sur ces sujets.

    53L’étude de la chrono-typologie des contenants a été menée en fonction de leurs matériaux, modalités d’assemblage et morphologies telles qu’ils pouvaient être restitués à la lecture de notre documentation. Les descripteurs que nous avons sélectionnés permettent de s’affranchir de l’ambiguïté des appellations employées selon les époques, les régions et les chercheurs. En outre, ils facilitent l’examen des grandes tendances de l’évolution des architectures funéraires et la reconnaissance de bons marqueurs chrono-typologiques. C’est le cas par exemple des inhumations de nourrissons en vase à l’époque Antique. La méthodologie employée permet également de mettre en évidence la précocité de l’emploi de certaines techniques comme celle, entre autres, de l’assemblage des contenants funéraires par des éléments métalliques qui remonte, en région Centre-Val de Loire, à la fin de La Tène.

    54En revanche, la grille d’analyse utilisée n’offre pas la possibilité d’aborder dans le détail la chrono-typologie de certaines architectures funéraires tels les contenants en pierre du Moyen Âge, que ce soit pour les sarcophages du début de la période ou les coffrages maçonnés utilisés à partir du xie s. Il apparaît nécessaire d’intégrer d’autres données plus spécifiques aux dispositifs à notre arbre typologique ou dans de nouveaux arbres ciblant des architectures particulières. Les sarcophages en pierre font ainsi l’objet d’études plus détaillées dans d’autres contributions de ce volume auxquels le lecteur pourra se reporter (cf. les articles de D. Morleghem et de M. Gaultier). C’est le cas également des tombes ostentatoires à volume intermédiaire (chambre) du début de l’antiquité, dites du groupe de Fléré-la-Rivière, présentées plus en détail dans une autre contribution de ce volume (cf. l’article de J.-P. Chimier et al.).

    55L’observation des données rappelle enfin l’importante part des aménagements en bois dans les chrono-typologies funéraires. La reconnaissance des architectures en matières uniquement périssables sous toutes leurs formes (Treffort 1993 ; Blaizot 2008 ; Carré 2012) reste difficile, même avec l’aide des techniques de l’archéothanatologie ou de l’archéométrie, tant elle est dépendante de la qualité de conservation des vestiges décelables dans la tombe. Il semble donc plus que jamais nécessaire de “considérer la typologie des sépultures comme une problématique à part entière de l’archéologie funéraire” (Blaizot 2008 : 37). Pour cela, la méthode consiste à partir du général pour aller vers le particulier. Il s’agit en premier lieu de déterminer s’il y a présence d’un contenant funéraire et si oui, quelle est sa morphologie, c’est-à-dire combien de parois peut-on déceler, et la modalité d’assemblage de ces composants ? Ce n’est qu’après avoir répondu à ces questions que l’on peut aborder plus finement les évolutions de certains dispositifs architecturaux en se limitant alors, dans un cadre chronologique pertinent, à des échelles d’analyses micro-régionales voire intra-sites. Il faut souhaiter que la poursuite de la collecte d’informations pour la région Centre-Val de Loire permette de reconnaitre des sous-ensembles chrono-typologiques et offre l’occasion à des chercheurs de mener des analyses toujours plus fines.

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    Notes de bas de page

    1L’adjonction du département du Maine-et-Loire à l’étude des formes de l’inhumation en région Centre-Val de Loire est une conséquence des contraintes d’organisation du colloque mais aussi, puisque qu’elle ne concerne que la période médiévale, un clin d’œil au travail de 1996.

    2Les auteurs tiennent à remercier Philippe Blanchard, Agnès Couderc, Antoine David, Marielle Delémont, Magali Detante, Stéphane Joly, Sacha Kacki, Sophie Lardé, Aurélie Mayer, Michaël Montaudon, Daniel Morleghem, Émilie Portat, Yannick Prouin, Gwenaël Roy, Émilie Trébuchet, Céline Villenave, Christian Verjux et Laure Ziegler pour la constitution du corpus.

    3En l’état de notre recherche, ce “dernier contenant”, celui le plus proche du corps, correspond à un coffrage (Colardelle 1996 : 306). Cependant, l’objectif à plus long terme est de compléter l’analyse par l’ajout d’autres critères descriptifs, notamment ceux qui prennent en compte les enveloppes plus ou moins souples qui se trouvent au contact direct du ou des corps.

    4Le caractère primaire d’une des sépultures peut être discuté.

    5Premier critère de description de notre grille d’analyse (cf. Fig. 2.)

    6Trois tumuli découverts sur le site de “Grouet” à Pussigny sont en cours d’étude (Joly 2014 : 6).

    7Même si “de manière générale, le remblaiement direct de l’espace d’inhumation n’est que rarement rencontré dans les séries archéologiques, et sa lecture archéo-anthropologique [n’est] souvent que le résultat d’une faiblesse du système de couverture” (Blaizot 2017 : 141).

    8Ils ne sont donc pas à proprement parler “cloués”, mais ont tout de même été intégrés dans cette catégorie.

    9La découverte de sarcophages utilisés entre les xie et xve s. témoigne le plus souvent de la réutilisation de cuves du haut Moyen Âge.

    10Dans les cas spécifiques de sépulture couvertes en bâtière, parois et couverture ne font qu’une et sont notées présentes.

    Auteurs

    • Jérôme Livet

      Inrap, UMR 5199 PACEA

    • Matthieu Gaultier

      Service de l'archéologie du département d'indre-et-Loire, UMR 7324 CITERES-LAT

    • Philippe Salé

      Inrap, UMR 7324 CITERES-LAT

    • Sylvain Badey

      Inrap, UMR 7324 CITERES-LAT

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      1L’adjonction du département du Maine-et-Loire à l’étude des formes de l’inhumation en région Centre-Val de Loire est une conséquence des contraintes d’organisation du colloque mais aussi, puisque qu’elle ne concerne que la période médiévale, un clin d’œil au travail de 1996.

      2Les auteurs tiennent à remercier Philippe Blanchard, Agnès Couderc, Antoine David, Marielle Delémont, Magali Detante, Stéphane Joly, Sacha Kacki, Sophie Lardé, Aurélie Mayer, Michaël Montaudon, Daniel Morleghem, Émilie Portat, Yannick Prouin, Gwenaël Roy, Émilie Trébuchet, Céline Villenave, Christian Verjux et Laure Ziegler pour la constitution du corpus.

      3En l’état de notre recherche, ce “dernier contenant”, celui le plus proche du corps, correspond à un coffrage (Colardelle 1996 : 306). Cependant, l’objectif à plus long terme est de compléter l’analyse par l’ajout d’autres critères descriptifs, notamment ceux qui prennent en compte les enveloppes plus ou moins souples qui se trouvent au contact direct du ou des corps.

      4Le caractère primaire d’une des sépultures peut être discuté.

      5Premier critère de description de notre grille d’analyse (cf. Fig. 2.)

      6Trois tumuli découverts sur le site de “Grouet” à Pussigny sont en cours d’étude (Joly 2014 : 6).

      7Même si “de manière générale, le remblaiement direct de l’espace d’inhumation n’est que rarement rencontré dans les séries archéologiques, et sa lecture archéo-anthropologique [n’est] souvent que le résultat d’une faiblesse du système de couverture” (Blaizot 2017 : 141).

      8Ils ne sont donc pas à proprement parler “cloués”, mais ont tout de même été intégrés dans cette catégorie.

      9La découverte de sarcophages utilisés entre les xie et xve s. témoigne le plus souvent de la réutilisation de cuves du haut Moyen Âge.

      10Dans les cas spécifiques de sépulture couvertes en bâtière, parois et couverture ne font qu’une et sont notées présentes.

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      Livet, J., Gaultier, M., Salé, P., & Badey, S. (2022). Nouveaux éléments pour la chrono-typologie des tombes à inhumation en région Centre-Val de Loire et dans le département du Maine-et-Loire, de la Préhistoire à nos jours. In P. Blanchard, J.-P. Chimier, M. Gaultier, & C. Verjux (éds.), Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation. Tours: Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France. https://doi.org/10.4000/12pd7
      Livet, Jérôme, Matthieu Gaultier, Philippe Salé, et Sylvain Badey. « Nouveaux éléments pour la chrono-typologie des tombes à inhumation en région Centre-Val de Loire et dans le département du Maine-et-Loire, de la Préhistoire à nos jours ». In Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation, édité par Philippe Blanchard, Jean-Philippe Chimier, Matthieu Gaultier, et Christian Verjux. Tours: Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France, 2022. doi:10.4000/12pd7.
      Livet, Jérôme, et al. « Nouveaux éléments pour la chrono-typologie des tombes à inhumation en région Centre-Val de Loire et dans le département du Maine-et-Loire, de la Préhistoire à nos jours ». Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation, édité par Philippe Blanchard et al., Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France, 2022, https://doi.org/10.4000/12pd7.

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      Format

      Blanchard, P., Chimier, J.-P., Gaultier, M., & Verjux, C. (éds.). (2022). Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation. Tours: Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France. https://doi.org/10.4000/12pig
      Blanchard, Philippe, Jean-Philippe Chimier, Matthieu Gaultier, et Christian Verjux, éd. Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation. Tours: Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France, 2022. doi:10.4000/12pig.
      Blanchard, Philippe, et al., éditeurs. Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation. Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France, 2022, https://doi.org/10.4000/12pig.
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