Évolution de la construction en milieu urbain durant l’Antiquité tardive : l’exemple d’Orléans (Loiret)
Evolution of urban construction during Late Antiquity: the example of Orléans (Loiret)
p. 115-122
Résumés
Alors qu’Orléans accède au statut de chef-lieu de cité à la fin du iiie ou au début du ive s., on pourrait s’attendre à voir ce nouvel état se traduire dans l’architecture, notamment publique. Or, il semble au contraire que, si l’on excepte la construction de l’enceinte, l’architecture monumentale publique tend à disparaître (abandon et début de la récupération du théâtre dès le milieu du iiie s., transformation du forum au ve s.). Pour ce qui est de l’architecture civile, on peine à distinguer des caractéristiques nouvelles, que ce soit dans les matériaux utilisés, leur mise en œuvre, la forme des structures et l’urbanisme en général. Les modifications les plus importantes (disparition des caves et structures excavées, utilisation de matériaux de remploi aux côtés des moellons et tuiles…) sont effectuées dès les ii e-iii e s. L’impression est que les changements de cette période sont surtout d’ordre politique, administratif et religieux, et qu’ils n’ont pas encore de traduction perceptible dans l’urbanisme ou la construction. Les effets de ces modifications ne seront pleinement visibles que vers le vie-viie s. (même si on les soupçonne à partir du ive s.).
When Orléans became the capital of the city at the end of the 3rd or the beginning of the 4th century, one might expect to see this new state reflected in the architecture, especially the public architecture. However, it seems on the contrary that, apart from the construction of the enclosure, monumental public architecture tended to disappear (the theatre was abandoned and began to be reclaimed in the mid 3rd century, and the forum was transformed in the 5th century). As far as civil architecture is concerned, it is difficult to distinguish new features, whether in the materials used, their implementation, the form of the structures and town planning in general. The most important changes (disappearance of cellars and excavated structures, use of reused materials alongside rubble and tiles, etc.) were made from the 2nd-3rd c. onwards. The impression is that the changes of this period were mainly political, administrative and religious, and that they did not (yet) have any perceptible translation in town planning or construction. The effects of these changes will not become fully visible (even if they are suspected from the 4th century onwards) until the 6th-7th century.
Entrées d’index
Mots-clés : Orléans, urbanisme, constructions civiles, voiries
Keywords : Orléans, town planning, civil construction, roads
Texte intégral
Introduction
1Les nombreuses opérations d’archéologie préventive réalisées à Orléans depuis une vingtaine d’années ont permis de renouveler nos connaissances sur l’urbanisation ancienne de la ville et de ses abords. À ce titre, notre vision de l’agglomération d’Orléans durant l’Antiquité tardive a évolué bien au-delà des axes de recherche habituels sur cette période, comme les thématiques des enceintes ou de la rétraction urbaine par exemple.
2Les traces de structures bâties de l’Antiquité tardive, en dehors de celles protégées par l’enceinte, demeurent assez rares et on peine à brosser un aperçu de l’évolution des constructions entre le début et la fin de l’Antiquité. Cette présentation tentera, néanmoins, d’apporter un bilan d’étape sur nos connaissances de vestiges de construction tardo-antique à Orléans.
3La ville de Cenabum/Orléans au Haut-Empire occupe une surface approximative de 120 ha, occupation plus ou moins dense et progressive selon les secteurs et la vitesse d’urbanisation.
4Avec la construction de l’enceinte urbaine probablement au cours du troisième quart du ive s., seul le centre urbain, d’une surface d’environ 25 ha, est clos (Joyeux et Courtois 2019). Toutefois, il a déjà été démontré que l’habitat périphérique connaissait une désaffection ancienne et qu’il faut chercher dès la fin du iie s. les prémices du repli de la ville sur son cœur ancien (Joyeux et al. 2016). Ce repli ne présage pas de l’abandon complet de l’habitat hors de l’enceinte durant l’Antiquité tardive. L’occupation extra muros reste néanmoins difficilement caractérisable, devant l’indigence des vestiges mis au jour. Cette fortification d’une partie de l’espace urbain (lieux de pouvoir public principalement) s’effectue à une période charnière de l’histoire de la ville, avec la première attestation de la présence d’un évêque au cours du ive s. et une élévation au rang de capitale de cité après scission de la cité des Carnutes à la fin du iiie ou au début du ive s.
5La présentation qui suit rend compte d’un travail en cours, loin d’être achevé. Il se résume encore à un inventaire non finalisé des vestiges1. Elle s’intéressera à quelques aspects de la construction à Orléans durant l’Antiquité tardive, sans prétendre épuiser le sujet. L’enceinte urbaine, déjà largement étudiée (Courtois et Joyeux 2019) et constituant un cas tout à fait particulier, ne sera pas détaillée ici.
1. Voirie
6Une grande partie de la voirie du Haut-Empire semble perdurer durant l’Antiquité tardive, même si la construction de l’enceinte bouleverse en partie le réseau viaire, en coupant la plupart des axes secondaires (Fig. 1). Les axes de circulation principaux de l’agglomération du Haut-Empire sont intégrés à l’enceinte par le biais d’au moins trois portes (la porte Bourgogne à l’est, la porte Dunois à l’ouest, la porte Parisie au nord). Il est possible qu’une autre porte ait été aménagée dès l’origine entre la porte Dunois et la Loire, la porte du Châtelet, dans l’angle sud-ouest de l’enceinte. Enfin, une ou plusieurs poternes permettent d’accéder au pont sur la Loire ou aux quais et berges du fleuve. Toutes ces ouvertures sont logiquement desservies par des rues, mais les découvertes archéologiques correspondantes n’ont pas encore été réalisées. Signalons également que ni les quais de cette époque, ni le pont (identique au pont du Haut-Empire encore existant à l’époque ?) ne sont connus.
Fig. 1 – Localisation des traces de constructions tardo-antiques dans et à proximité de l’enceinte urbaine.

J. Courtois, Pôle d’archéologie d’Orléans 2018.
7Au 20 rue Saint-Marc (Jesset et Ziegler et al. 2014), à presque 1 km à l’est de la ville et à proximité d’une nécropole tardo-antique et de l’église Saint-Marc attestée au vie s. par Grégoire de Tours (Histoire des Francs), quelques espaces de circulation matérialisés par deux niveaux de cailloux calcaires et terres cuites architecturales ainsi que des ornières attestent la présence et l’entretien de la voie, au moins à partir de l’Antiquité tardive. Il est toutefois très probable que cette voie est d’origine plus ancienne, même si les vestiges ne permettent pas de le démontrer. Il s’agit en tout cas d’une des rares voies fouillées récemment pour lesquelles un état est assurément daté de l’Antiquité tardive.
8Le cardo a été repéré dans plusieurs sondages durant les fouilles préventives précédant la construction de la seconde ligne de tramway (Fig. 1 : Pt 6), notamment lors des fouilles de la Place Sainte-Croix (Joyeux et al. 2012). Il fait l’objet d’un traitement particulier de la surface de circulation au niveau du passage de la porte Parisie, aménagement d’ordre monumental. Ce sont ainsi plusieurs blocs de grand appareil en remploi reposant sur trois piles maçonnées qui marquent le passage de l’enceinte. La pile septentrionale offre de surcroit un appui à un éventuel passage au-dessus du fossé, faisant office de culée.
9En dehors de cette mise en valeur au droit du passage de la porte, le mode de construction du cardo reste conforme à celui observé pour les rues tardives d’Orléans, à savoir un mélange de fragments de terres cuites architecturales en remploi et de fragments de calcaire.
10Enfin, sur l’îlot Saint-Flou (Josset et al. 2011), à quelques mètres à l’intérieur de l’enceinte tardo-antique, une voie est-ouest longeant un mur de terrasse antérieur est créée au ive s. (Fig. 1 : Pt 9). La rue est large de 4 à 5 m et bordée au sud par un fossé. Elle est construite en galets de silex de Loire avec quelques éléments calcaires, et installée après enlèvement des niveaux antérieurs et mise à nu du calcaire naturel. Ce mode de construction ressemble fortement à celui utilisé pour les voies du ier s.
11Les différentes recharges sont constituées de tout venant (les petits galets de Loire constituant traditionnellement les revêtements sont mêlés d’éclats calcaires, de fragments de terres cuites architecturales, de torchis brûlé, de céramique, de restes alimentaires, etc.). Quelques recharges sont également constituées de chapes de mortier. Les derniers niveaux sont datés du ve s.
12Au final, si l’on excepte le cas du cardo, bien spécifique, la forme des voies tardo-antiques est la même que celles de la période précédente. L’adjonction de matériaux de récupération (éléments de démolition et rejets domestiques) débute dès les premières réfections de rues au Haut-Empire. Tout au plus peut-on observer une proportion de plus en plus importante de ces nouveaux matériaux, au détriment des galets de Loire originels.
2. Constructions civiles
13Les traces d’habitat de l’Antiquité tardive à Orléans sont rares et encore bien mal connues (Fig. 1).
14On peut distinguer deux cas distincts dans le corpus actuellement disponible : des constructions du Haut-Empire qui perdurent pendant une partie de l’Antiquité tardive et des constructions édifiées au cours de l’Antiquité tardive.
2.1. Constructions du Haut-Empire encore présentes à l’Antiquité tardive
15La fouille de l’îlot Nazareth en 1994-1995 (Dupont 1996) a livré plusieurs entrepôts semi excavés dont un, situé au sud-ouest, est abandonné et comblé dans la seconde moitié du iv e ou au début du ve s. (Fig. 1 : Pt 1). Les maçonneries sont construites en pierres calcaires avec des assises de briques régulières, des piliers en briques et des sols en calcaire damé. On ignore toutefois la date précise de construction de ces entrepôts.
16Rue Jeanne d’Arc (Fig. 1 : Pt 2), un mur est-ouest construit au iiie s. au plus tard reste en élévation alors que les espaces voisins font l’objet de remblayages à la fin du iiie s. puis (en un unique point d’observation dans un sondage à l’est du mur) au ive-début du ve s. (Joyeux et al. 2012 : 367-368). Ce mur (peut-être un simple mur de clôture ?) n’est totalement abandonné et récupéré qu’au ix-xe s.
17On peut également mentionner un des hypocaustes (zone 7) de Saint-Pierre-Lentin (Fig. 1 : Pt 3), daté du iie s. mais qui ne disparaît qu’à la période carolingienne (Guyot 2017 : 61).
2.2. Constructions datées de l’Antiquité tardive
18Pour ce qui est des structures construites pendant l’Antiquité tardive, rares sont celles situées en dehors de l’enceinte.
19Ainsi, la place De Gaulle fait pour le moment figure d’exception (Fig. 1 : Pt 4 ; Joyeux, Guillemard et al. 2012). Quelques fosses et un puits attestent une occupation encore sporadique du secteur à la suite de l’abandon des domus. La présence d’une plaque foyère (Fig. 2), empiétant en partie sur l’emprise de la rue du Haut-Empire confirme une restructuration partielle, avec l’abandon et la récupération des aménagements antérieurs au profit d’une occupation que l’on a bien du mal à identifier et caractériser.
Fig. 2 – Foyer place De Gaulle, foyer du Bas-Empire.

M. Guérit, Inrap 2010.
20Les autres vestiges sont tous situés intra muros.
21Place du Châtelet (Fig. 1 : Pt 5 ; Massat, Josset et al. 2002), un angle de mur construit au plus tôt milieu iiie s. abrite un puits qui sera comblé à la fin de la première moitié du ive s. Un autre angle de mur contemporain accueille, au ive ou au début du ve s., un autre puits comblé à une date mal définie, peut-être au cours du Bas-Empire (Fig. 3).
Fig. 3 – Puits place du Châtelet.

Juge, Afan 2001.
22Un troisième puits, construit au ive s. ou au début du ve s., est comblé à une date inconnue.
23Un autre mur et un autre puits, très mal datés mais au plus tôt du iiie s., pourraient également appartenir à cette période.
24La fouille de la Place Sainte-Croix a permis d’identifier quelques constructions nouvelles (Fig. 1 : Pt 6 ; Joyeux et al. 2012 : 593-668).
25Ainsi, sur le flanc occidental du cardo, des sols ou radiers de sols constitués de cailloux calcaires et de fragments de terre cuite architecturale en remploi noyés dans un sédiment argilo-sableux ont été observés en coupe sur une superficie de 15 m2. Mal datés, ils semblent être en usage vers le milieu du ive s. Observés en fond de sondage, on ignore à quel type d’occupation ils succèdent.
26Ces sols sont recouverts dans la seconde moitié du ive s. par les restes d’un bâtiment dont la surface est au minimum de 17,5 m2. Un mur nord-sud, observé sur une hauteur de 0,30 m en fond de sondages et sur 3,50 de long, est associé à des sols qui se développent vers l’ouest. Épais de 0,60 m, il est construit en blocs calcaires (25 cm de côté) et mortier de chaux jaune. Les sols sont constitués de radiers de blocs calcaires et terres cuites architecturales en remploi surmontés d’une chape de mortier de chaux variant du blanc au jaune-verdâtre.
27Pour le ve s., seuls des sols constitués de matériaux de récupération (calcaire et terres cuites architecturales) noyés dans des sédiments de composition variable sont connus dans l’emprise de la construction précédente.
28Au ve ou au début du vie s., un nouveau bâtiment est observé. Il est constitué d’un mur nord-sud à double ou triple épaisseur, à savoir un parement observé à l’ouest, une fourrure, et peut-être un second parement à l’est, mais la présence d’un réseau d’époque contemporaine a détruit cette extrémité de la maçonnerie.
29Le registre inférieur du parement ouest (Fig. 4) est assez grossier et présente en partie supérieure une assise de briques posées obliquement. Le registre supérieur (séparé par un ressaut) présente un appareil presque réglé en moellons calcaires liés par un mortier de chaux gris-blanc. Les sols associés sont composés de grands fragments de tuiles ou de briques en remploi, noyés dans un sédiment argileux ou une chape de mortier de chaux blanc.
Fig. 4 – Vue du parement occidental du mur longeant le cardo à l’ouest. ve ou au début du vie s.

Photographie : M. Simard, Inrap 2010.
30La mise en œuvre de cette maçonnerie reste en tout cas très proche du type de construction observé sur Orléans durant le Haut-Empire. Cette maçonnerie pourrait appartenir à un bâtiment privé, une habitation au caractère plutôt noble, installée le long du cardo à proximité d’une des portes principales de la ville. Ce bâtiment sera remplacé vers le viie s. par un nouvel édifice de surface plus importante, très bien construit et ayant livré un mobilier varié et relativement raffiné, confirmant l’implantation le long d’un des axes principaux de demeures appartenant à une élite.
31La fouille du 8-10 rue des Halles (Fig. 1 : Pt 7 ; Serre et al. 2010 : 101-123) a livré au moins un conduit d’évacuation intégré dans la fondation d’un épais mur, orienté nord-sud et se dirigeant vers la Loire (Fig. 5). Ce conduit, de 0,35 m de large pour 0,34 m de hauteur, ainsi que le reste du mur sont bâtis à l’aide de briques liées par un mortier de tuileau. À proximité, cinq autres murs ont été mis au jour, correspondant probablement à l’emprise d’un bâtiment ou à des limites parcellaires dont le plan nous échappe largement. Le mobilier associé à ces structures permet de les dater du ive s. sans davantage de précision. Au siècle suivant, ce ou ces bâtiments sont dotés de sols maçonnés de mortier de chaux lissé et servent pour partie d’ateliers de travail du métal.
Fig. 5 – 8-10 rue des Halles, vue d’ensemble du mur avec conduit M39.

Inrap 2009.
32La fouille de la Charpenterie (Fig. 1 : Pt 8 ; Massat, Blanchard, Fay et al. 2002 : 128-132) a livré quatre bâtiments excavés, situés en partie sud de la zone de fouille et à une cinquantaine de mètres au nord du mur d’enceinte (Fig. 6). Ils bordent probablement un axe de circulation est-ouest. Une de ces structures est interprétée comme possible entrepôt, dont trois côtés ont été repérés. La fondation du mur sud est plus large que l’élévation, présentant un léger ressaut. Celle-ci est construite en petit appareil de blocs calcaires noyés dans un mortier beige, avec joints tirés au fer en partie supérieure. Le mur ouest ne présente pas de ressaut de fondation, avec une élévation construite en opus mixtum alliant assises de briques et petit appareil de pierres calcaires noyé dans du mortier beige. Le mur nord possède un arc de décharge construit au moyen de briques, lié à la présence d’une cave antérieure. Cet arc reposait sur une pièce de bois qui a été laissée en place une fois la construction achevée. Construit au iiie ou ive s., il est abandonné au plus tard dans la deuxième moitié du vie ou au début du viie s.
Fig. 6 – Îlot de la Charpenterie, entrepôt (?) de l’Antiquité tardive.

Afan 1998.
33Une autre structure sur le même site, située à quelques mètres à l’ouest, est tapissée d’un épais enduit hydraulique et pourrait avoir une fonction de bac ou de citerne. Les maçonneries de cette structure sont larges de 0,40 à 0,50 m et sont composées d’une succession d’assises en petit appareil calcaire et de lits traversant de briques, le tout enduit au mortier de tuileau. Enfin, la structure la plus occidentale est utilisée comme latrine, probablement d’usage public. Postérieure au iie ou iiie s., elle est abandonnée au plus tard dans le courant du ve ou au début du vie s.
2.3. Observations indirectes
34Sur de nombreuses opérations ont été mis au jour les témoins indirects de la présence de constructions.
35Ainsi, rue Jeanne d’Arc (Joyeux et al. 2012 : 353-358), un remblai daté du début du ve s. présente à son sommet un tas de tuiles antiques non usées, de pierre et de fragments de mortier, qui forment une surface non plane. Il s’agit très probablement de la dépose d’une toiture et d’une partie des maçonneries d’un bâtiment proche. Sa localisation, ses caractéristiques et sa fonction sont inconnues. Toujours est-il qu’il est, sinon édifié, tout au moins encore en élévation durant l’Antiquité tardive.
36Sur la 8-10 rue des Halles (Serre, Mataouchek et al. 2010 : 105-106), le ive s. voit la démolition d’une construction maçonnée comprenant des placages de marbres.
37Sur l’îlot Saint-Flou (Fig. 1 : Pt 9 ; Josset 2011 : 343-409), en plus des quelques sols et poteaux épars, ce sont les matériaux de démolition inclus dans les recharges de voie au iv-ve s. (pierres calcaires, terres cuites architecturales, mortier, torchis brûlé), accompagnés de rejets domestiques (céramique et de grandes quantités de restes fauniques) qui attestent la proximité d’habitats, particulièrement dans les niveaux les plus récents.
2.4. Le devenir du forum
38La fouille du 191 rue de Bourgogne (Massat 1997 : 60-64) a permis d’observer un sol dallé composé (de bas en haut) d’un hérisson de petits moellons calcaires, recouvert d’un radier de mortier de tuileau supportant les dalles calcaires constituant l’espace de circulation. Il s’agit vraisemblablement d’un espace extérieur lié à l’extension d’une terrasse antérieure destinée à compenser la déclivité du coteau. Cet aménagement, qui pourrait appartenir au forum, reste cependant mal daté et est dans tous les cas antérieurs à un incendie qui intervient au plus tôt en 312 de notre ère.
3. Édifices religieux
39Les plus anciennes mentions d’édifices chrétiens (Fig. 7) sur Orléans remontent au vie s. Toutes proviennent du texte de Grégoire de Tours, notamment d’un passage du récit mentionnant la venue à Orléans du roi Gontran et des visites de lieux de culte effectuées à cette occasion : ce sont ainsi les églises Saint-Aignan, Saint-Avit et Saint-Marc qui sont mentionnés. Signalons qu’aucun vestige de ces édifices primitifs n’a été mis au jour. Il faut ajouter à cette liste Saint-Euverte et la cathédrale. Dans le premier cas, il est dit dans l’hagiographie d’Euverte, que le saint aurait vécu au ive s. et aurait été inhumé dans un champ à l’extérieur de la ville, probablement à proximité d’une nécropole païenne qui évolue rapidement en cimetière chrétien avec la proximité de la tombe du saint. Dans la vita de Saint-Aignan, il est mentionné que la population se réfugie avec son évêque dans la cathédrale au moment du siège de la ville par les Huns. L’édifice est donc vraisemblablement situé à l’intérieur de l’enceinte tardo-antique, possiblement déjà dans le quart nord-est.
Fig. 7 – Localisation des édifices religieux de l’Antiquité tardive.

J. Courtois, Pôle d’archéologie d’Orléans 2018.
4. Approvisionnement et production
40On l’a vu, la construction de l’Antiquité tardive use largement du remploi de matériaux provenant d’édifices plus anciens. Toutefois, il est assuré qu’il y a aussi des matériaux nouveaux.
41Tout comme pour le Haut-Empire, les carrières d’approvisionnement en calcaire, qu’il s’agisse de pierre de construction ou pour la production de chaux pour le mortier, ne sont pas localisées.
42L’utilisation massive de la brique dans la construction de l’Antiquité tardive (aussi bien dans l’enceinte que dans la construction civile) implique un approvisionnement en grande quantité. On ignore si les ateliers identifiés au sud d’Orléans (autour de la rue Tudelle) sont toujours en activité, ou s’il faut chercher au nord, à Saran, les structures de production de cette époque.
Conclusion
43D’un point de vue purement technique et concernant la mise en œuvre des matériaux, on observe finalement assez peu d’évolution entre le Haut-Empire et l’Antiquité tardive, voire même le haut Moyen Âge dans certains cas. À tel point que, lorsqu’on essaye de se représenter la ville mérovingienne, il faut regarder attentivement pour ne pas confondre l’image qu’on en donne avec celle de la ville antique.
44Seule une douzaine d’opérations a pour le moment livré des traces de constructions de cette période. Cela est probablement dû au fait que les niveaux et vestiges de l’Antiquité tardive ne sont pas conservés ou demeurent très fragmentaires en raison des occupations postérieures. Mais il faut aussi probablement envisager l’emploi de techniques de construction ne laissant que peu de traces matérielles, ce qui, combiné avec un taux de destruction élevé, rend assez improbable la mise au jour de restes identifiables et interprétables.
45Il faut aussi reconnaître que depuis fort longtemps, l’habitude de considérer que les villes de l’Antiquité tardive et du début du premier Moyen Âge sont construites en bois et ne laissent pas de traces a conduit à ne pas chercher les vestiges correspondants. Si l’on ajoute l’extrême difficulté à dater les vestiges en raison des faibles quantités de mobilier recueillies et de la méconnaissance des éléments datants, il n’est pas étonnant que les traces des villes postérieures au iii e s. soient si peu nombreuses.
46Pourtant, si l’on se réfère aux informations recueillies depuis une vingtaine d’années sur les sites orléanais et qui sont présentées ici, il est évident que nous avons beaucoup à gagner à nous pencher sur les traces tenues, mais pourtant bien réelles, de ces “ville(s) introuvable(s)”, comme le titrait encore une publication de 2014 (Regards… 2014 : 58-69).
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Notes de bas de page
1Les données récemment issues de la reprise des fouilles de Saint-Pierre-Lentin (Guyot 2017), celles de la place de la république ou celles du quartier Saint-Euverte notamment n’ont pas encore été intégrées.
Auteurs
-
Julien Courtois
Pôle d’Archéologie de la ville d’Orléans, LAT, UMR 7324 CITERES-LAT
-
Pascal Joyeux
Inrap Centre-Île-de-France
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Les modes de construction privée de l’Antiquité tardive en région Centre-Val de Loire
Actes de la table-ronde d’Orléans, 20 octobre 2017
Laurent Fournier (dir.)
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L’Antiquité tardive dans le centre et le centre-ouest de la Gaule (IIIe-VIIe siècles)
Tours 6-8 décembre 2018
Marie-Pierre Chambon, Sylvie Crogiez-Pétrequin, Alain Ferdière et al. (dir.)
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Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation
Actes de la 11e Rencontre du Gaaf du 3 au 5 juin 2019 à Tours
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Le prieuré Saint-Cosme près de Tours (La Riche, Indre-et-Loire)
Histoire et archéologie d’un monastère satellite de Saint-Martin de Tours
Bruno Dufaÿ
2022
L’eau dans les villes d’Europe au Moyen Âge (IVe-XVe siècle) : un vecteur de transformation de l’espace urbain
Actes du colloque, université de Tours, 21-23 octobre 2021
Élisabeth Lorans, Thomas Pouyet et Gaël Simon (dir.)
2023
Se vêtir au premier Moyen Âge
Actes des 41es Journées internationales de l’AFAM. Chartres (Eure-et-Loir) – 29 septembre au 2 octobre 2021. Vol. 1
Bruno Bazin, François Capron, Alexis Corrochano et al. (dir.)
2024
L’archéologie des ve-xiie siècles en région Centre-Val de Loire
Actes des 41es Journées internationales de l’AFAM. Chartres (Eure-et-Loir) – 29 septembre au 2 octobre 2021. Vol. 2
Bruno Bazin, François Capron, Alexis Corrochano et al. (dir.)
2024
Marmoutier (Tours). De l’oratoire Notre-Dame au prieuré des Sept-Dormants
Recherches sur Tours volume 13
Daniel Morleghem, Élisabeth Lorans et Jean-Hervé Foulon
2024
Le site des Petits Jardins à Isle-et-Bardais (Forêt domaniale de Tronçais, Allier)
Du sanctuaire antique à la tuilerie du haut Moyen Âge
Laure Laüt (dir.)
2025
La ville de Blois et le fleuve Loire. Volume I
Deux millénaires d’histoire
Viviane Aubourg et Didier Josset (dir.)
2026
La ville de Blois et le fleuve Loire. Volume II
Deux millénaires d’histoire
Viviane Aubourg et Didier Josset (dir.)
2026
