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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Introduction 1. Présentation du corpus et des séquences des densités de probabilité 2. Analyse des séquences chronologiques 3. Discussion autour des variables sélectionnées et de leur sériation Conclusion Bibliographie Auteurs

    Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Pour l’ébauche d’une typo-chronologie de la pratique de l’inhumation en Champagne-Ardenne

    Stéphanie Desbrosse-Degobertière, Cécile Paresys et Isabelle Le Goff

    p. 69-80

    Résumés

    Le développement de l’archéologie préventive a permis la fouille de plusieurs milliers de tombes à inhumation primaire. Leurs analyses et les comparaisons sont souvent réalisées à l’aune du site. L’enjeu de cette étude est d’expérimenter l’apport d’un outil statistique pour le traitement de leurs nombreuses caractéristiques. Plutôt que d’établir une typo-chronologie établie sur la seule forme des tombes, il s’agit de tester les possibilités d’identifier les spécificités de la pratique de l’inhumation selon les époques. Ce choix implique de considérer des variables documentant différents aspects des pratiques funéraires. Pour cela, plus de 1 400 sépultures issues du corpus régional ont été intégrées dans un programme statistique commun à trois régions. Ce travail expose les caractéristiques champenoises obtenues par les premières sériations, suivies d’une discussion critique des résultats obtenus.

    The development of preventive archaeology has led to the excavation of several thousand graves. They are often analysed and compared at the site level. This study aims to test a statistical tool to analyse the many characteristics of these tombs. Rather than establishing a typochronology based only on the form of the tombs, it involves testing the possibility of identifying the transchronological specificities of the burial practices. This entails considering the variables that document the social and economic context of these practices. To this end, over 1,400 graves were integrated into a joint statistical program covering three regions. This work presents the initial characteristics obtained from the first Champagne series followed by a critical discussion of the results obtained.

    Entrées d’index

    Mots-clés : typo-chronologie, sépulture, inhumation, statistiques, Champagne-Ardenne

    Keywords : typo-chronology, grave, burial, statistics, Champagne-Ardenne

    Remerciements

    Nous tenons à remercier chaleureusement nos collègues qui ont participé activement à la création de la base de données initiale : Christèle Baillif-Ducros (Inrap), Isabelle Richard (Inrap), Sandrine Thiol (Inrap).

    Texte intégral Introduction 1. Présentation du corpus et des séquences des densités de probabilité 1.1. Corpus et objectifs 1.2. Les séquences chronologiques 2. Analyse des séquences chronologiques 2.1. Séquence 1 (de -5300 à -2100) 2.1.1. Présentation du corpus 2.1.2. Caractéristiques générales 2.1.3. Variables récurrentes et discriminantes 2.2. Séquence 2 (de -2100 à -1150) 2.2.1. Présentation du corpus 2.2.2. Caractéristiques générales 2.2.3. Variables récurrentes et discriminantes 2.3. Séquence 3 (de -1150 à -450) 2.3.1. Présentation du corpus 2.3.2. Caractéristiques générales 2.3.3. Variables récurrentes et discriminantes 2.4. Séquence 4 (de -450 à -50) 2.4.1. Présentation du corpus 2.4.2. Caractéristiques générales 2.4.3. Variables récurrentes et discriminantes 2.5. Séquence 5 (de -50 à 300) 2.5.1. Présentation du corpus 2.5.2. Caractéristiques générales 2.5.3. Variables récurrentes et discriminantes 2.6. Séquence 6 (de 300 à 450) 2.6.1. Présentation du corpus 2.6.2. Caractéristiques générales 2.6.3. Variables récurrentes et discriminantes 2.7. Séquence 7 (de 450 à 700) 2.7.1. Présentation du corpus 2.7.2. Caractéristiques générales 2.7.3. Variables récurrentes et discriminantes 2.8. Séquence 8 (de 700 à 1000) 2.8.1. Présentation du corpus 2.8.2. Caractéristiques générales 2.8.3. Variables récurrentes et discriminantes 2.9. Séquence 9 (de 1000 à 1450) 2.9.1. Présentation du corpus 2.9.2. Caractéristiques générales 2.9.3. Variables récurrentes et discriminantes 3. Discussion autour des variables sélectionnées et de leur sériation Conclusion Bibliographie Auteurs

    Texte intégral

    Introduction

    1Dans le cadre du colloque sur la typo-chronologie, la création d’un référentiel de tombes pour la Champagne-Ardenne était un exercice tentant et stimulant. La proposition de nos collègues lorrains et bourguignons d’avoir une grille commune d’analyse et surtout d’introduire un outil statistique à des fins de test nous a convaincues de nous lancer dans l’aventure. Ce travail est une partie d’un projet collectif dédié à l’utilisation de l’outil statistique appliqué à la typo-chronologie. C’est pourquoi cet article n’a pas la prétention de proposer une typo-chronologie finalisée mais plutôt un test d’une méthode de travail encore peu répandue qui facilite l’identification des variables discriminantes susceptibles de déterminer un type de tombe et les comportements qui s’y rattachent. En effet, ces outils permettent de classer de grandes séries de tombes, avec des critères variables et ce, de façon systématique. La méthodologie générale repose sur le couple sériation en présence-absence (Desachy 2004 : 48-50) pour la définition des types d’une part, et d’autre part, sur la méthode des sommes de densités de probabilité pour le séquençage chronologique. Elle est détaillée dans ce volume, dans un article dédié tout particulièrement à cette approche méthodologique (Burgevin et al. dans ce volume). Après présentation du corpus de la région Champagne-Ardenne qui couvre le Néolithique jusqu’à la période médiévale, nous discuterons des variables, de leur valeur discriminante et des possibilités qu’elles offrent d’identifier un type de tombe.

    1. Présentation du corpus et des séquences des densités de probabilité

    1.1. Corpus et objectifs

    2L’analyse repose sur un corpus composé actuellement de 1 440 sépultures principalement issues des fouilles préventives réalisées ces 20 dernières années (Fig. 1). Ne sont pas intégrées les sépultures à crémation ni les tombes collectives selon le cahier des charges des organisateurs du colloque. Le corpus est donc non exhaustif d’autant que la pertinence de l’étude nécessite des données de terrain fiables et la disponibilité des différentes variables sélectionnées ; l’étude biologique par exemple fait souvent défaut. Enfin, il est nécessaire que ces tombes soient précisément datées soit par le mobilier soit par datation radiocarbone, ce qui limite grandement le nombre de sépultures retenues. De ce fait, sont intégrées les tombes même incomplètes (pillées, arasées…) du moment que leur attribution chronologique soit possible. Le corpus présente donc un premier biais documentaire, concernant notamment les périodes sans dépôt de mobilier. Le second porte sur la répartition géographique hétérogène des sites qui reflète l’activité de l’archéologie préventive plutôt que l’implantation des occupations funéraires et des aires culturelles.

    Fig. 1 - Répartition du corpus après séquençage chronologique en Champagne Ardenne.

    C. Paresys.

    3Pour l’analyse des données, est pris le parti de croiser un grand nombre de critères touchant à différents aspects de la pratique funéraire. Ainsi, les 60 variables quantitatives et qualitatives sélectionnées couvrent sept grands thèmes : identification administrative de la tombe (commune, lieu-dit, année…), description de la fosse sépulcrale (dimensions, orientation…), description du ou des contenants (contenant rigide, couverture…), identification de l’inhumé (sexe, âge), traitement du corps (position d’inhumation…), mobilier associé (présence absence - qualitatif), méthode de datation (radiocarbone ou mobilier) et entité paysagère. L’originalité de la grille de lecture des faits funéraires porte donc sur la variété des critères retenus relevant d’aspects de la pratique funéraire aussi différents que la forme de la tombe, l’expression du cycle de vie ou encore, le statut social du défunt.

    4De ce fait, l’objectif de ce travail porte plutôt sur les possibilités d’élaboration d’une typo-chronologie des comportements et non pas de la forme des tombes (Blaizot 2008 : 3-5). Nous utiliserons les premières sériations effectuées avec le corpus actuel pour tester les possibilités d’identification des assemblages pertinents, le sens à leur donner (Fig. 2). Nous nous interrogerons également sur la pertinence des variables retenues pour identifier les phénomènes chronologiques.

    Fig. 2 - Matrice brute après application de la sériation par permutation matricielle (exemple de la séquence 2).

    D’après l’outil développé par B. Desachy.

    1.2. Les séquences chronologiques

    5Après avoir appliqué la méthode des densités de probabilité (Perrin 2014 : 16-19) aux données chronologiques de notre corpus, neuf séquences sont définies (Fig. 3). L’examen des valeurs de la courbe des datations consiste à isoler les phénomènes de rupture et de continuité cohérents de sorte que se découpent des séquences définies par une hausse suivie d’une baisse des valeurs. Ce séquençage chronologique ne correspond pas strictement à un découpage chronologique traditionnel, mais bien à un découpage lié aux données de notre corpus. Si l’exercice est particulièrement sensible aux effectifs et à la précision des datations, malgré tout, nous retrouverons les grandes périodes communément utilisées. Les seules différences qui existent concernent certaines transitions entre deux séquences.

    Fig. 3 - Courbe des densités de probabilité permettant d’identifier les séquences chronologiques.

    Script R J. Maestracci.

    2. Analyse des séquences chronologiques

    6Pour chaque séquence chronologique, sont présentées les caractéristiques générales du corpus. Ensuite, le séquençage des données conduit à proposer des regroupements de variables par sériation.

    7Dans chaque séquence, la matrice a permis d’identifier un socle de variables communes à tous les défunts. Présenté en premier, il est suivi des critères discriminants qui ont conduit à distinguer des sous-groupes.

    2.1. Séquence 1 (de -5300 à -2100)

    2.1.1. Présentation du corpus

    8La séquence 1 couvre 3 200 ans et regroupe 75 inhumations. Sa durée est proportionnellement inverse au nombre de structures fouillées ; il y a peu de tombes pour une très longue durée. De plus, les effectifs sont déséquilibrés, avec 80 % des tombes du début (jusqu’à -4990 av. J.-C.) et au milieu de la séquence (à partir de -4990 av. J.-C.), la fin n’en regroupant que 16 % (après -3700 av. J.-C.).

    2.1.2. Caractéristiques générales

    9La variable recrutement indique une forte présence d’adultes (N=58), sans prépondérance numérique d’un sexe sur l’autre, mais le taux d’indéterminé est important (50 %, N=29) (Fig. 4). Les immatures représentent 20 % du corpus (N=18), deux ont moins de 5 ans (Fig. 5).

    Fig. 4 - Proportion des sexes selon les séquences chronologiques.

    Fig. 5 - Proportion des classes d’âge au décès selon les séquences chronologiques.

    10Concernant les adultes, la variable dimensions des fosses signale un regroupement de 80 % des valeurs autour de la moyenne, que ce soit pour les longueurs (moyenne 1,60 m) ou pour les largeurs (moyenne 0,86 m), avec quelques valeurs extrêmes (longueurs de 0,6 m à 2,7 m ; largeurs de 0,3 m à 1,50 m) (Fig. 6). En revanche, les rapports longueur/largeur sont relativement dispersés, avec une prédominance des fosses courtes et ovales ou circulaires, dont la longueur est plus petite que celle d’un corps adulte étendu.

    Fig. 6 - Longueurs des fosses sépulcrales des sujets adultes (moyenne, écart-type, valeurs extrêmes).

    Longueur (m) séquence 1 séquence 2 séquence 3 séquence 4 séquence 5 séquence 6 séquence 7 séquence 8 séquence 9
    Nb. obs 42 20 50 241 85 90 101 124 14
    Minimum 0,620 0,600 0,800 0,460 0,570 0,800 1,550 1 1,600
    Maximum 2,700 4 3,600 5,500 3,500 2,900 3,150 2,910 2,500
    Médiane 1,605 1,880 2,200 2,200 2,200 2,200 2,120 1,925 2,040
    Moyenne 1,637 1,877 2,221 2,252 2,177 2,153 2,111 1,966 2,010
    Ecart-type 0,461 0,888 0,525 0,472 0,449 0,391 0,281 0,317 0,28

    11La variable dispositif sépulcral montre une prédominance de la fosse simple (creusement sans aménagement spécifique), suivie de la fosse à niche dans laquelle est aménagée latéralement une cavité où on dépose le défunt. L’identification d’une banquette dans les fosses est liée le plus souvent à la présence d’une niche, mais deux fosses simples en possèdent également (Fig. 7).

    Fig. 7 - Proportion des différents dispositifs sépulcraux selon les séquences chronologiques.

    12La variable orientation indique une préférence pour l’inhumation des défunts tête à l’est ou au sud-est et dans une moindre mesure, au nord-est. Cette orientation correspond également à celles des unités d’habitation pour le début de la période (Néolithique ancien et début du Néolithique moyen). Les autres orientations sont anecdotiques (Fig. 8).

    Fig. 8 - Proportion des différentes orientations des défunts selon les séquences chronologiques.

    2.1.3. Variables récurrentes et discriminantes

    13Dans cette séquence, les variables récurrentes ou transchronologiques sont l’inhumation en position fléchie dans une fosse ovale ou circulaire. Les critères discriminants sont la présence ou non d’une couverture, celle d’un élément d’enveloppement du cadavre, l’aménagement d’une niche dans la fosse sépulcrale et le dépôt de mobilier associé au défunt. La céramique et la parure, portée par des hommes ou des femmes, se trouvent plus souvent dans les fosses à niches.

    2.2. Séquence 2 (de -2100 à -1150)

    2.2.1. Présentation du corpus

    14La séquence 2 couvre 950 ans ce qui correspond à une période allant des prémices du Bronze ancien au début de la deuxième étape du Bronze final. Le corpus documenté pour l’heure par 34 sépultures, se caractérise par un déséquilibre en défaveur du Bronze ancien alors que le nombre de tombes disponibles augmente progressivement à partir du Bronze moyen. Par ailleurs, pour le début du Bronze final, les sources documentaires concernent surtout l’Aube, région qui concentre les nécropoles à inhumation alors qu’ailleurs, se développe l’usage de la crémation. La zone d’observation s’en trouve, de fait, réduite.

    2.2.2. Caractéristiques générales

    15Cette première analyse des variables exclut temporairement la partie aérienne des tombes (tumulus, fossé d’enclos…) ainsi que les individus inhumés dans le fossé des monuments funéraires.

    16La variable recrutement indique la présence de grands adolescents (N=4) et surtout d’adultes (N=21) ; mais les sujets immatures sont tout de même représentés (N=3). Parmi les individus sexués (19 sur 25), le nombre d’hommes (N=14) est prépondérant (cf. Fig. 4 et 5).

    17La variable situation géographique montre une découverte prédominante de tombes en Champagne humide et dans une mesure moindre, dans le Perthois.

    18Quant à la variable dimension, notamment la longueur des fosses sépulcrales, elle révèle une forte variance autour de la moyenne avec des valeurs extrêmes allant de 0,6 à 4 m (cf. Fig. 6). Coexistent dans la matrice, des fosses cylindriques ou carrées, courtes – c’est-à-dire de taille inférieure aux dimensions d’un corps adulte étendu – avec des fosses longues à très longues, de taille supérieure au besoin d’un corps adulte étendu. Les fosses courtes recouvrent deux réalités ; un traitement probablement hérité du Néolithique (fosses courtes adaptées à la posture contractée) et l’augmentation du nombre de défunts inhumés assis. Quant aux fosses longues à très longues, elles sont employées pour enterrer certains des corps assis ou fléchis mais surtout les défunts étendus, posture qui va devenir prédominante au cours de la séquence. Quant au surplus d’espace dans les tombes surdimensionnées, il sert aux dispositifs de calage d’un contenant (pierres), au dépôt d’objets. En d’autres termes, la dimension de la tombe est en rapport avec l’investissement consenti pour inhumer le corps.

    19La variable orientation ne dégage pas de tendance générale mais elle trouve une cohérence étudiée dans le contexte spécifique d’un site ; l’implantation des tombes s’effectue par noyau, en périphérie ou le long de monuments funéraires circulaires (cf. Fig. 8).

    2.2.3. Variables récurrentes et discriminantes

    20Les variables communes à la plupart des tombes formant le “socle” des pratiques de cette séquence, sont au nombre de quatre : inhumation, tombe primaire, individuelle et en fosse simple.

    21Le critère de l’aménagement ou non de la fosse constitue une première possibilité de segmentation au même titre que le critère de la posture d’inhumation. Nous avons donné priorité à la variable forme des tombes ce qui met en relief l’adaptation de l’architecture sépulcrale à l’évolution des postures du corps.

    22Se distinguent ainsi deux groupes : celui de l’inhumation assise, en position contractée ou fléchie, en fosse simple ovalaire ou oblongue, dotée d’une couverture ou d’indices d’enveloppe souple ou rigide. L’autre groupe comprend des tombes de différentes formes, parementées de façon à caler un contenant (coffre) ou à recevoir une couverture. La fosse est adaptée aux dimensions du corps assis ou étendu.

    23Si le port de parures et d’accessoires d’habillement se retrouve dans les deux groupes, la présence de la vaisselle dans les tombes en coffre en matériau composite, semble également une valeur discriminante.

    2.3. Séquence 3 (de -1150 à -450)

    2.3.1. Présentation du corpus

    24Ce corpus enregistre 81 tombes. La séquence de 800 ans couvre une période allant approximativement la fin du Bronze final jusqu’à l’aube du second âge du Fer.

    2.3.2. Caractéristiques générales

    25Le corpus documente principalement des tombes d’adultes (N=59) avec néanmoins une représentation des moins de 1 an (N=2) et des adolescents (N=7) (cf. Fig. 5). La détermination sexuelle concerne la moitié des individus (N=32) (cf. Fig. 4). Le ratio longueur/largeur s’avère moins dispersé que pour la séquence 2. S’il reste encore quelques fosses courtes, la plupart des creusements sont prévus pour un corps étendu. La tendance demeure toujours aux tombes surdimensionnées en longueur (souvent entre 2 et 3,6 m) (cf. Fig. 6). Pour le Hallstatt D, ce phénomène a un lien avec le volume de mobilier céramique contenu. Les valeurs de la variable orientation s’avèrent trop dispersées pour segmenter le corpus (cf. Fig. 8). Plus encore que pour la séquence précédente, l’importance de l’orientation n’est pas mise en relief par la sériation, alors qu’à l’échelle des nécropoles, les groupes d’orientations et l’attraction des monuments circulaires ou des enclos quadrangulaires peuvent structurer l’organisation des tombes.

    2.3.3. Variables récurrentes et discriminantes

    26Le socle commun à la plupart des tombes comprend quatre variables : tombe individuelle, inhumation primaire, fosse simple, absence d’inhumation en pleine terre.

    27L’appareil funéraire figure parmi les variables les plus discriminantes distinguant deux groupes : les inhumations en fosse sub-rectangulaire dotée d’un dispositif de couverture et régulièrement, d’un voire deux contenants, souvent rigides et celles en fosse simple, allongée ou ovalaire. Les coffrages et couvertures n’y apparaissent pas, alors que prévaut l’enveloppement du corps par des matériaux souples, associés à des éléments d’habillement.

    28La variable mobilier va dans le sens de cette segmentation ; de la vaisselle et du petit mobilier figurent régulièrement dans les tombes avec couverture ou contenant rigide.

    29La variable position indique en revanche une tendance générale à l’extension du corps, placé sur le dos, mais les variations, représentées par peu de cas à chaque fois, sont nombreuses : étendu sur le côté, fléchi, assis, sur le ventre. L’implication chronologique de certaines nécessiterait de nouvelles segmentations.

    2.4. Séquence 4 (de -450 à -50)

    2.4.1. Présentation du corpus

    30La séquence 4 couvre le second âge du Fer (400 ans) et regroupe 338 inhumations localisées en Champagne crayeuse et autour de Reims. Il s’agit d’une des séquences totalisant un grand nombre de sépultures. Les effectifs sont fortement déséquilibrés, la première moitié de la séquence (jusqu’à -275 av. J.-C.) totalisant à elle seule 89 % du corpus.

    2.4.2. Caractéristiques générales

    31La variable recrutement indique là aussi une prédominance des adultes (N=272), les femmes étant légèrement plus nombreuses (un tiers/deux tiers), mais le taux important d’indéterminés (15 %, N=101) ne permet pas d’affirmer une sélection des inhumés selon le sexe (cf. Fig. 4). Les immatures représentent 13 % du corpus (N=46) (cf. Fig. 5).

    32La variable entité paysagère dévoile un fort lien avec la variable mobilier. Une abondance d’accessoires vestimentaires et de parures caractérise les tombes de la vallée de la Seine, du Perthois et de la Champagne humide alors que la vaisselle et les offrandes animales en sont absentes (Fig. 9). En revanche, la présence de vaisselle est fréquente dans le Tardenois, le pays rémois et le Barrois. Les offrandes fauniques se trouvent surtout autour de Reims et, dans une moindre mesure, dans la région pré ardennaise.

    Fig. 9 - Catégories de mobilier déposé selon l’entité paysagère pour la séquence 4.

    33Les dimensions des fosses des adultes sont regroupées à 80 % autour de la moyenne (longueur moyenne 2,20 m, largeur moyenne 0,90 m), avec quelques fosses aux valeurs extrêmes qui sont deux à trois fois plus grandes (cf. Fig. 6). Ces valeurs extrêmes sont apparues corrélées aux différents dispositifs sépulcraux. Leur forte valeur discriminante distingue comme attendu, silo, tombe simple et tombe à char. Ces dernières ont généralement des dimensions plus importantes que les fosses simples, en longueur comme en largeur (Fig. 10). En revanche, les profondeurs de certaines fosses simples sont équivalentes voire plus importantes que celles de certaines tombes à char. Quant aux silos, plus petits, ils sont souvent plus profonds que les fosses sépulcrales. On observe une standardisation des pratiques avec un ratio longueur/largeur des fosses simples qui se resserre durant La Tène ancienne.

    Fig. 10 - Tableau récapitulatif des dimensions minimales, maximales et moyennes des différents dispositifs sépulcraux de la séquence 4.

    dispositif sépulcral longueur min. (m) longueur max. (m) longueur moyenne (m) largeur min. (m) largeur max. (m) largeur moyenne (m) profondeur min. (m) profondeur max. (m) profondeur moyenne (m)
    fosse simple 0,46 3,43 2,18 0,30 2,40 0,88 0,05 1,60 0,33
    silo 0,80 2,10 1,55 0,66 0,66 0,66 1,05 2,40 1,76
    tombe à char 1,96 5,50 3,66 1,20 3,40 2,41 0,16 1,10 0,84

    34Ces fosses représentent 90 % des dispositifs sépulcraux, dont certaines avec des aménagements particuliers (encoches dans les angles, trous de poteau ou banquette latérale, voire parfois un aménagement céphalique). Ensuite, on trouve les silos à vocation funéraire secondaire (4 %) et enfin les tombes à char de grandes dimensions (2 %) cf. Fig. 7.

    35Les trois-quarts des défunts sont déposés tête à l’ouest ou au nord-ouest (N=254). Cette orientation devient dominante à La Tène ancienne, participant à l’homogénéisation des pratiques à cette période. Les autres orientations des défunts semblent anecdotiques, malgré une petite concentration des défunts tête à l’est (N=29) cf. Fig. 8.

    2.4.3. Variables récurrentes et discriminantes

    36Les variables récurrentes de cette séquence sont l’inhumation en fosse couverte. Les critères discriminants forts portent sur le dispositif sépulcral (tombes, silo), entraînant des variations de la posture du corps (étendu sauf dans les silos) et du sexe du défunt (homme majoritaire dans les silos). Puis vient la présence d’un contenant, d’aménagement interne ou externe (double contenant, enclos), d’un élément enveloppant le cadavre. Une limite géographique entre le nord et le sud de la région est également perceptible, discriminant la catégorie de mobilier déposée avec le défunt.

    2.5. Séquence 5 (de -50 à 300)

    2.5.1. Présentation du corpus

    37La séquence 5 couvre la fin de La Tène jusqu’à la fin du Haut-Empire (350 ans) et regroupe 194 inhumations, localisées en Champagne crayeuse et dans le pays rémois. La répartition de l’effectif s’équilibre au sein de la séquence. Malgré une pratique de l’incinération de plus en plus généralisée au Haut-Empire, l’inhumation reste de mise pour certaines catégories de défunts (très jeunes enfants, défunts à statut privilégié).

    2.5.2. Caractéristiques générales

    38La variable recrutement révèle la présence d’adultes (N=84) et d’immatures (N=102) et huit défunts dont l’âge est indéterminé. Les femmes sont un peu moins nombreuses que les hommes (respectivement N=23 et N=31) mais le taux important de sujets indéterminés (40 %, N=36) limite toute hypothèse de sélection des défunts selon le sexe (cf. Fig. 4). Les immatures représentent une part importante du corpus (52 %), dont 30 % (N=31) de sujets périnataux et de moins de 1 an (cf. Fig. 5).

    39La variable dimensions montre une tendance générale à la standardisation de la taille des fosses, malgré la présence de chambres funéraires et de vases-cercueil (cf. Fig. 6). Ce sont les dimensions des fosses simples qui s’homogénéisent (ratio longueur/largeur regroupé entre 1,5 et 2,5). Les fosses très larges ou très longues correspondent aux chambres funéraires (longueur variant de 2,35 à 2,60 m) et les fosses très courtes ou circulaires aux vases cercueil (diamètre de 0,20 à 1,40 m).

    40La variable dispositif sépulcral indique une prédominance des fosses simples (75 %), puis viennent les inhumations en vase cercueil (22 %). Ces dispositifs sont associés à des contenants distincts, révélateurs de statut social différent (coffre en bois, cercueil cloué pour les fosses simples ou chambre funéraire pour les fosses quadrangulaires), voire même sont réservés à des tranches d’âge particulières (enchytrismos pour les tout-petits) (cf. Fig. 7).

    41La variable orientation signale une certaine diversité, avec une prédominance des défunts tête à l’est (N=64) (cf. Fig. 8).

    2.5.3. Variables récurrentes et discriminantes

    42Les variables récurrentes de cette séquence sont l’inhumation individuelle souvent associée à un contenant. La discrimination se fait sur l’âge au décès (adulte/tout-petit) dont dépend le dispositif sépulcral (cercueil cloué, enveloppe souple, vase cercueil, présence d’un ou de deux contenants, d’une couverture de la fosse). La présence généralisée de petit mobilier s’élargit à la vaisselle dans les tombes avec cercueil. L’apparition de fosse surdimensionnée (N=2) pour les défunts à statut social favorisé entraîne également le dépôt d’un abondant mobilier souvent de qualité.

    2.6. Séquence 6 (de 300 à 450)

    2.6.1. Présentation du corpus

    43La séquence 6 couvre tout le Bas-Empire (150 ans) et regroupe 136 inhumations, sur la même aire géographique que la séquence 5 (Champagne crayeuse et pays rémois).

    2.6.2. Caractéristiques générales

    44L’analyse du recrutement indique une forte présence d’adultes (70 %), parfois âgés, avec deux tiers d’hommes pour un tiers de femmes (N=96), et un taux d’indéterminés important (41 %, N=4). Les immatures représentent 39 % du corpus (N=38), dont cinq sujets de moins de 1 an. (cf. Fig. 4 et 5).

    45Les dimensions des fosses indiquent une concentration des longueurs et des largeurs autour de la moyenne, plus ou moins équivalente à la séquence précédente, avec une concentration entre 1,5 et 2,5 m (cf. Fig. 6). Les valeurs extrêmes se raréfient et sont toujours liées aux architectures. Les fosses aménagées (niche latérale) sont plus longues (moyenne de 2,54 m) et plus profondes que les fosses simples (longueur moyenne 2 m). Quant aux fosses des vases-cercueil, elles conservent un diamètre moyen de 0,43 m.

    46Il existe toujours une relative diversité dans les dispositifs sépulcraux : fosse simple, enchytrismos (toujours associé aux très jeunes défunts) et l’apparition de fosses à niche latérale (N=3) (cf. Fig. 7).

    47La variable orientation signale une grande diversité, avec toutefois une légère prédominance des inhumés tête à l’est (47 %, N=59) (cf. Fig. 8).

    2.6.3. Variables récurrentes et discriminantes

    48Dans cette séquence, les pratiques funéraires différentes entre les adultes et les tout-petits obligent à distinguer deux socles. Pour les adultes, les variables récurrentes sont l’inhumation sur le dos, dans une fosse rectangulaire et dans un cercueil cloué. Les plus jeunes défunts sont inhumés en vase cercueil (enchytrismos).

    49Les autres critères discriminants sont la (ou les) catégorie(s) de mobilier déposé, elle(s)-même(s) liées au statut du défunt. Se distinguent les nombreuses tombes d’adulte associées à de la vaisselle et des offrandes fauniques et parfois à des accessoires vestimentaires (chaussures) de celles plus larges, à l’architecture funéraire complexe, accueillant des assemblages d’objets en plus grande quantité, de meilleure qualité (verreries, vaisselle fine).

    2.7. Séquence 7 (de 450 à 700)

    2.7.1. Présentation du corpus

    50Le corpus de la séquence 7 comprend 223 inhumations pour 250 ans, ce qui le classe parmi les plus importants effectifs de l’étude. Pour cette période, les sites étudiés sont principalement situés en Champagne crayeuse et dans le Tardenois.

    2.7.2. Caractéristiques générales

    51Les inhumés sont adultes (N=176) ou immatures (N=36). Dans onze cas, il n’a pas été possible de préciser des classes d’âge (cf. Fig. 5). Les femmes sont moins nombreuses que les hommes (un tiers/deux tiers) mais il y a un taux important d’indéterminés (45 %, N=80) (cf. Fig. 4). Une diversité est relevée dans les dispositifs sépulcraux inventoriés qui peuvent être de forme rectangulaire, quadrangulaire, oblongue ou trapézoïdale. Ces dispositifs différents sont associés à des contenants variés comme des coffres en bois, des cercueils monoxyles, des sarcophages ou des tombes maçonnées (cf. Fig. 7).

    52Les fosses simples (N=154) ont une longueur oscillant entre 1,35 m et 3,15 m (moyenne à 2,07 m), une largeur entre 0,31 m et 1,30 m (moyenne 0,70 m). Trois chambres funéraires sont traitées à part en raison de leurs dimensions atypiques : longueur moyenne 2,31 m, largeur moyenne à 1,51 m (cf. Fig. 6).

    53Hormis ces quelques tombes, les dimensions des fosses affichent un ratio longueur/largeur homogène avec un nuage de points regroupés ascendant qui montre une augmentation de la longueur en corrélation avec celle de la largeur.

    54En ce qui concerne les orientations, elles connaissent un resserrement entre 220° et 300°, soit une inhumation du défunt la tête située entre l’ouest et le nord (cf. Fig. 8).

    2.7.3. Variables récurrentes et discriminantes

    55Dans cette séquence, les variables récurrentes sont l’inhumation primaire individuelle sur le dos, les membres inférieurs en extension dans un contenant rigide. L’âge est le premier critère discriminant car il s’agit principalement d’adultes. Par ailleurs, l’assemblage mobilier, qui dépend en grande partie du sexe du défunt, participe à la segmentation. Ainsi les éléments de parure se retrouvent-ils dans les tombes féminines tandis que les tombes masculines renferment des armes. Les accessoires vestimentaires et les dépôts de vaisselle sont, quant à eux, communs aux deux mais leurs présences et leurs assemblages évoluent dans le temps. De plus, les dispositifs sépulcraux marquent eux aussi des ruptures (présence de sarcophage en plâtre, contenant rigide, aménagement de pierre…).

    2.8. Séquence 8 (de 700 à 1000)

    2.8.1. Présentation du corpus

    56Le corpus de la séquence 8 s’élève à 305 inhumations pour une durée de 300 ans. C’est l’effectif le plus important de l’étude. Les sites sont répartis de façon homogène sur l’ensemble des entités paysagères, à l’exception des Crêtes ardennaises.

    2.8.2. Caractéristiques générales

    57Les inhumés sont adultes (N=206) et immatures (N=89). Dans dix cas, il n’a pas été possible de préciser des classes d’âge (cf. Fig. 5). Les femmes sont légèrement plus nombreuses (55 % des adultes sexués) que les hommes. Seuls 13 % des adultes restent de sexe indéterminé (N=27) (cf. Fig. 4). Les individus immatures représentent 30 % du corpus. Les dispositifs sépulcraux, peu variés, sont principalement de forme rectangulaire ou quadrangulaire et rarement oblong. La séquence voit l’apparition des tombes de forme anthropomorphe. Ces dispositifs sont associés à des contenants différents comme des coffres en bois, des cercueils (dont certains sont monoxyles), des contenants rigides ou des couvertures (cf. Fig. 7).

    58Les fosses simples (N=128) ont une longueur s’étalant entre 1 m et 2,91 m (moyenne à 2,07 m), une largeur entre 0,34 m et 1 m (moyenne 0,64 m) (cf. Fig. 6).

    59Leurs dimensions présentent plus d’hétérogénéité quant au ratio longueur-largeur. Le nuage de points apparaît plus éclaté, signe qu’il n’y a pas de corrélation entre la longueur et la largeur des fosses.

    60En ce qui concerne les orientations, on relève deux faits opposés. D’une part, il est noté une tendance à une plus grande dispersion (entre 0° et 360°) et parallèlement, on observe une normalisation pour le plus grand nombre à 220° et à 270° (cf. Fig. 8).

    2.8.3. Variables récurrentes et discriminantes

    61Dans cette séquence, les variables récurrentes sont l’inhumation primaire individuelle sur le dos, les membres inférieurs en extension dans une fosse simple, sans distinction de sexe. En l’absence de mobilier, les critères discriminants se fondent sur des variations dans le dispositif sépulcral tels que la forme de la fosse (rectangulaire, oblongue...), la présence de couvercle, l’aménagement de coffrage et la présence d’enveloppe souple. L’orientation, bien que s’homogénéisant vers l’ouest, est un critère discriminant important à l’échelle du site.

    2.9. Séquence 9 (de 1000 à 1450)

    2.9.1. Présentation du corpus

    62La séquence 9 ne comprend que 53 inhumations pour une durée de 400 ans, soit un effectif assez restreint. Elle se rattache uniquement à un site dans le Perthois.

    2.9.2. Caractéristiques générales

    63Les inhumés sont adultes (N=37) et immatures (N=16) (cf. Fig. 5). La répartition hommes/ femmes est équilibrée et 27 % des adultes ne sont pas sexués (N=10) (cf. Fig. 4). Les individus immatures représentent 30 % du corpus. La forme de la fosse est homogène et les contenants diversifiés (coffrages, cercueils, contenants rigides, couvertures...) (cf. Fig. 7).

    64Les fosses simples (N=17) ont une longueur comprise entre 1,6 m et 2,50 m (moyenne à 2,01 m), une largeur entre 0,40 m et 0,86 m (moyenne 0,64 m) (cf. Fig. 6).

    65Leurs dimensions ne présentent aucune cohérence. Le nuage de points apparaît éclaté, mais l’effectif est assez restreint.

    66En ce qui concerne les orientations, leur variété relevée lors de la séquence précédente disparaît au profit d’un regroupement autour des valeurs comprises entre 210° et 260°, avec un très net pic à 230° et 240° (tête à l’ouest) (cf. Fig. 8).

    2.9.3. Variables récurrentes et discriminantes

    67Cette séquence a la particularité d’être caractérisée uniquement par des variables récurrentes, à savoir la présence d’un unique contenant, rigide, déposé dans une fosse simple de forme rectangulaire, avec des parois verticales et un fond plat. Enfin, les tombes sont uniquement situées dans le Perthois. Il n’y a aucun critère discriminant.

    3. Discussion autour des variables sélectionnées et de leur sériation

    68Le premier constat porte sur l’invisibilité de certaines variables. Ainsi, la variable âge n’est pas apparue comme pertinente dans certaines séquences faiblement dotées en tombes d’enfants. Ces tombes, rarement dotées de mobilier, déséquilibrent d’autant plus leurs représentations dans les sériations. Une exception notable, la séquence 5. En effet, les tout-petits connaissent à cette période un traitement funéraire spécifique, plus favorable à leur détection. Le dépôt en vase cercueil (enchytrismos) plutôt systématique et bien daté du fait de la présence du vase, permet de les distinguer lors de la sériation.

    69Il en va de même pour d’autres phénomènes représentés par un faible effectif ; les tombes élitaires sont invisibles alors qu’elles affichent généralement un ensemble de critères funéraires bien marqués (architecture originale, fosse surdimensionnée, mobilier en qualité ou en quantité…). La sériation conduit à segmenter les variables qui, assemblées, font la spécificité de ces sépultures. Or, leur faible effectif n’autorise pas l’émergence d’un type (par exemple, tombe à char laténienne ou tombe à niche gallo-romaine). En synthèse, les variables représentées par peu de cas sont défavorisées lors de la sériation de sorte qu’elles nécessitent de reprendre manuellement la matrice pour vérifier à quels phénomènes correspondent ces variables mineures du point de vue qualitatif. Cette pondération des classements à l’aune du connu introduit assurément une part de subjectivité.

    70Quant à l’interprétation des regroupements de variables, elle est compliquée par le choix de mêler des critères issus de domaines très différents allant de la position du corps, au contenant, en passant par le dépôt de mobilier. Ces regroupements rendent compte en fait autant de la chronologie que de pratiques liées à l’âge, au genre ou à la culture, voire à la taphonomie. Dans la séquence 4, par exemple, la situation géographique, et donc les influences culturelles, affecte les catégories de mobilier déposé. Autre exemple, la prédominance des hommes en armes à la séquence 7 et la quasi-absence des femmes est un biais qui relève probablement d’un pillage plus important des parures féminines les faisant ainsi disparaître du corpus. Il apparaît que l’application d’une étude statistique en série nécessite une connaissance au préalable du corpus et de la culture funéraire sous-jacente afin de distinguer des phénomènes sociaux ou culturels de ce qui relève uniquement de la chronologie et de l’évolution des pratiques.

    71Par ailleurs, l’analyse par sériation conduit à l’émergence d’un socle de pratiques communes interne à chaque séquence chronologique et dont la nature varie selon les séquences. Ainsi pour la séquence 2, le  socle de variables est l’inhumation primaire individuelle en fosse simple. Pour la séquence 7, ce socle commun implique plus de variables et, de ce fait homogénéise les pratiques funéraires (présence d’un unique individu sur le dos en extension, en dépôt primaire dans un contenant rigide). Par effet de contraste, la nature du socle apporte des informations chronologiques sur les spécificités funéraires des différentes séquences.

    72La sériation de la séquence 2 fut l’occasion de se confronter à la hiérarchisation des variables et au choix de la variable discriminante ; deux critères sont tout aussi envisageables l’un que l’autre (posture du corps ou aménagement sépulcral). En choisissant le critère architectural, est mis en relief l’usage d’une même architecture quelle que soit la posture du défunt. En privilégiant le critère postural, l’éclairage porte alors sur la diversité des positions d’inhumation et le phénomène d’adaptation des tombes aux dimensions du cadavre.

    73Parmi les autres biais constatés, figure encore le cas des variables qui n’ont pas de pertinence transchronologique alors qu’elles prennent sens à une échelle de lecture plus petite (séquence ou site). La variable orientation illustre parfaitement le risque de sous-estimer l'apport des données dispersées. Ainsi, elle a un sens chronologique à la séquence 9, à l’inverse des séquences 2, 3, 5 et 6. Effectivement au Moyen Âge, les orientations sont resserrées autour de 230° et 250°, les corps s’alignant sur l’église. Pour la Protohistoire, elles paraissent très dispersées alors qu’à l’échelle du site, elles sont liées à une contrainte environnementale mais polymorphe (chemin, attraction de plusieurs monuments funéraires). La solution réside sans doute dans la formulation de la variable ; à l’énoncé des points cardinaux, il est utile d’ajouter la référence spatiale qui conditionne les orientations.

    Conclusion

    74La mise en place d’un outil statistique nous a incitées à tester la sériation avec des critères funéraires touchant à des domaines très différents, aussi l’approche typochronologique de la tombe développée à l’occasion du colloque porte-t-elle en fait sur la pratique de l’inhumation.

    75Il a permis le traitement et la comparaison de 1 440 tombes réparties sur 7 millénaires. Comme présenté en introduction, les assemblages de variables issues des sériations relèvent encore de l’exercice et non d’une typo-chronologie opérationnelle dans le sens où on l’entend habituellement. Il s’agit d’une première étape d’appropriation de la méthode et des outils, avant de continuer notamment en réabondant le corpus avec de nouveaux sites et en intégrant les sépultures moins bien datées.

    76L’exercice a révélé en effet un certain nombre de limites et de biais. La connaissance que nous avions des périodes et des sites nous a permis d’interpréter certains regroupements mis en avant lors de la sériation, et de remarquer des associations pour le moins singulières.

    77C’est un outil intéressant pour regrouper et faire émerger les variables dites socles de chaque séquence qui identifiées, permettent ensuite de mettre en relief les variables discriminantes en procédant à de nouvelles sériations. Cela nécessitera à l’avenir une procédure en deux temps : construire une première matrice en vue d’élaborer le socle commun et ensuite, affiner l’observation des autres variables à l’aide d’une seconde sériation permettant de mettre en évidence les critères discriminants.

    78La démarche s’inscrit dans un projet commun mené avec les régions limitrophes (Lorraine, Bourgogne-Franche-Comté, Île-de-France…), dans le cadre d’un PCR car à terme, l’objectif est de travailler sur un corpus élargi à ces trois régions.

    Bibliographie

    Blaizot 2008. Blaizot F. - Réflexions sur la typologie des tombes à inhumation : restitution des dispositifs et interprétations chrono-culturelles, Archéologie Médiévale, 38 : 1‑30.

    Burgevin et al. à paraître. Burgevin A. Cocquerelle S., Desbrosse-Degobertière S., Dohr M., Ducreux F., Emam-Barrand H., Fossurier C., Guicheteau A., Labeaune R., Latron A., Le Goff I., Lecornué J., Lefebvre A., Lenda S., Maestracci J., Mauduit A., Meunier K., Paresys C., Richard I., Sanson L., Staniaszek L., Taillandier V. et Thevenet C. - Typo-chronologie des sépultures à inhumation dans le quart nord-est : méthodes pour la modélisation du temps et l’élaboration d’une classification, in : Actes de la 11e rencontre du Gaaf, Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation, avancées de la recherche autour des pratiques de l’inhumation depuis le Préhistoire, de nouvelles données pour de nouveaux référentiels, Tours, 3-5 juin 2019.

    Desachy 2004. Desachy B. - Le sériographe EPPM : un outil informatisé de sériation graphique pour tableaux de comptages, Revue Archéologique de Picardie, 3, 1 : 39‑56.

    Perrin 2014. Perrin T. - Méthodes pour l’appréhension raisonnée d’une série de dates radiocarbone : de l’histogramme cumulatif à la modélisation bayésienne, in : Sénépart I., Leandri F., Cauliez J., Perrin T. et Thirault E. (dir.), Chronologie de la Préhistoire Récente dans le Sud de la France. Acquis 1992-2012, Actes des 10es Rencontres Méridionales de Préhistoire Récente, Ajaccio-Porticcio Corse 18-20 Octobre 2012, Archives d’Écologie Préhistorique, Toulouse : 11‑22.

    Auteurs

    • Stéphanie Desbrosse-Degobertière

      Inrap, Centre Michel de Boüard, CRAHAM UMR 6273

    • Cécile Paresys

      Inrap, UMR 7274 CEPAM

    • Isabelle Le Goff

      Inrap, Éco-anthropologie, UMR 7206

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      Desbrosse-Degobertière, S., Paresys, C., & Le Goff, I. (2022). Pour l’ébauche d’une typo-chronologie de la pratique de l’inhumation en Champagne-Ardenne. In P. Blanchard, J.-P. Chimier, M. Gaultier, & C. Verjux (éds.), Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation. Tours: Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France. https://doi.org/10.4000/12pgn
      Desbrosse-Degobertière, Stéphanie, Cécile Paresys, et Isabelle Le Goff. « Pour l’ébauche d’une typo-chronologie de la pratique de l’inhumation en Champagne-Ardenne ». In Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation, édité par Philippe Blanchard, Jean-Philippe Chimier, Matthieu Gaultier, et Christian Verjux. Tours: Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France, 2022. doi:10.4000/12pgn.
      Desbrosse-Degobertière, Stéphanie, et al. « Pour l’ébauche d’une typo-chronologie de la pratique de l’inhumation en Champagne-Ardenne ». Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation, édité par Philippe Blanchard et al., Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France, 2022, https://doi.org/10.4000/12pgn.

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      Blanchard, P., Chimier, J.-P., Gaultier, M., & Verjux, C. (éds.). (2022). Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation. Tours: Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France. https://doi.org/10.4000/12pig
      Blanchard, Philippe, Jean-Philippe Chimier, Matthieu Gaultier, et Christian Verjux, éd. Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation. Tours: Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France, 2022. doi:10.4000/12pig.
      Blanchard, Philippe, et al., éditeurs. Rencontre autour des typo-chronologies des tombes à inhumation. Fédération pour l’édition de la Revue archéologique du Centre de la France, 2022, https://doi.org/10.4000/12pig.
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