URL originale : https://books.openedition.org/feracf/1409
L’eau, marqueur d’affirmation identitaire des villes dans la plaine du Pô (ixe-xiie s.)
Water, a sign of identity among the towns of the Po plain in the 9th and 12th c.
p. 167-176
Résumés
Les cités du centre de la plaine du Pô connaissent à la fin du premier Moyen Âge un essor économique et territorial important, ainsi que de profondes transformations politiques et sociales. Ces changements s’expliquent en partie par les divers usages de la ressource en eau par les acteurs majeurs de la période, les grandes familles aristocratiques et les monastères puis les communes, auxquels elle permet d’imposer leur souveraineté territoriale. L’eau est également un support essentiel aux activités économiques que sont le commerce et la transformation des ressources, dont les infrastructures bouleversent l’espace à l’échelle urbaine comme régionale. Mais elle est surtout mobilisée lors de la construction de récits identitaires et mémoriels par ces différents acteurs qui cherchent à se légitimer par leur origine ou par leur capacité d’action face à la nature. Ces changements politiques, sociaux et économiques sont cependant toujours à nuancer selon les acteurs et les conflits qui les opposent, ou selon la situation de chaque ville, qui conduit à s’interroger sur l’existence d’un réseau urbain structuré par les usages hydrauliques dans la plaine padane.
Towards the end of the early Middle Ages, the cities of the central Po plain enjoyed economic growth and territorial expansion, associated with far-reaching sociopolitical changes. Those changes are linked to the various uses of the water resource by the main protagonists of the era, aristocratic families, monasteries and then city states for whom this was a way of enforcing their territorial sovereignty. Water was also an essential basis for economic activities such as trade and manufacturing, whose infrastructures transformed urban and regional environments. But it is mostly in the creation of identity and memorialisation that water was specifically used by those in power as a marker of legitimacy, according to their origin or their ability to control and transform the natural world. However, understanding these social, political and economic changes must always be nuanced in consideration of those involved, the conflicts between them, and the circumstances of each city. This leads us to consider the impact of water use on the urban structure of the cities of the Po plain.
Entrées d’index
Mots-clés : souveraineté, commune, conflits d’usage, construction identitaire, réseau, hydraulique
Keywords : sovereignty, communes, water use conflicts, identity affirmation, network, hydraulic
Texte intégral
1L’étude de la plaine du Pô central au Moyen Âge se trouve prise dans une contradiction. Faut-il voir dans cet espace un territoire cohérent, marqué par un mode d’exploitation économique commun et une succession de systèmes politiques partagés (la soumission au royaume d’Italie au ixe s., puis à l’empire germanique, avant de conquérir aux xie-xiie s. une autonomie contrôlée) ? Ou plutôt une collection de cités rivales (Plaisance, Crémone, Parme, Reggio Emilia, Modène, Mantoue, pour celles évoquées dans cet article), qui s’enorgueillissent de leurs spécificités et mettent en avant leurs privilèges et leurs différences (Fig. 1) ? D’un point de vue hydrographique, les deux approches sont également cohérentes : on peut voir un espace unifié par son fleuve, artère de circulation principale des personnes et des biens, ou un ensemble de territoires adjacents divisés entre chaque affluent, la haute et la basse plaine du Pô, ou chacune de ses rives. Afin de sortir des visions monolithiques de la ville et de la plaine du Pô, il faut revenir aux acteurs et notamment aux détenteurs du pouvoir politique et économique sur lesquels la documentation nous renseigne principalement. Celle-ci provient des fonds d’archives des cités déjà énumérées, édités ou consultés directement sur place, qui rassemblent des actes de la pratique (contrats économiques, donations, investitures féodales) réalisés par des acteurs publics ou privés dont le sujet concerne le territoire contrôlé par la cité. Je m’appuie également sur certains documents narratifs, qu’il s’agisse de chroniques ou de vies de personnages importants (saints ou souverains).
Fig. 1 - Le réseau urbain et hydraulique de la plaine du Pô.

H. Vidon.
2Je vais m’intéresser ici aux différents usages de l’eau dans le processus de construction spatiale, économique et identitaire des villes. C’est en comparant les évolutions entre les différentes villes et en variant les échelles d’analyse, qu’on peut au mieux percevoir les points communs et les nuances au sein de ce réseau de villes. Loin de l’idée de la naissance cohérente d’un système communal de la plaine du Pô, on est ici face à un processus de construction progressif et parfois inconscient, même pour ses acteurs principaux (Wickham 2021 : 198-200).
1. L’affirmation de la souveraineté sur et par l’eau
3L’eau est un support important de souveraineté : prendre le contrôle de son acheminement et de sa distribution, ainsi que des infrastructures qui lui sont associées est un moyen pour un acteur de se garantir un rôle politique et économique majeur, au sein du quartier comme du diocèse, structurant pour l’économie et la société médiévale. Les institutions communales s’en emparent d’ailleurs rapidement pour assurer leur pouvoir et leur reconnaissance.
1.1. Dominer la ville, contrôler ses eaux
4Le contrôle de l’approvisionnement en eau permet aux dominants, aristocrates laïcs comme institutions ecclésiastiques, d’affirmer leur pouvoir dans leur voisinage. L’arrêt de l’entretien du réseau hydraulique public romain au cours du vie s., renforcé par la guerre gothique puis l’invasion lombarde, ainsi que la modification de la forme des villes et de l’habitat, ont rendu caduque la majeure partie des circuits d’adduction publics d’eau préexistants dans les cités d’Italie du nord. Pour continuer à avoir accès à cette ressource essentielle, il est fréquent que les familles aristocratiques fassent creuser des puits ou plus fréquemment des citernes dans leurs demeures urbaines fortifiées. Elles peuvent ainsi distribuer l’eau à leur convenance dans leur voisinage, ce qui leur permet de créer ou d’affirmer des liens de clientèle. D’autres, comme les abbesses de la fondation royale lombarde de Santa Giulia de Brescia, font creuser des dérivations depuis le réseau d’aqueducs romains pour desservir directement le monastère, ce qui est visible sur les plans présentés dans le musée situé sur le site. Cette captation tant matérielle que juridique d’un bien public illustre la patrimonialisation progressive de l’eau, y compris en ville (Thomas 2002 : 1449-1450) : un phénomène qui continue à prendre de l’ampleur avec l’autonomisation croissante des cités.
5Afin d’éclairer le contexte de la prise de contrôle des élites aristocratiques sur les cités italiennes, par la maîtrise de l’eau mais pas seulement, il faut rappeler que la période qui s’étend du milieu du xie s. jusqu’à la reconnaissance de leur autonomie en 1183 par l’empereur germanique lors de la paix de Constance correspond au premier âge communal. Il est marqué par la constitution progressive d’un pouvoir local qui ne répond plus nécessairement aux ordres de l’empereur ou des grands seigneurs locaux, comtes ou évêques. On observe dans ces années la naissance d’institutions, telles que le conseil de la commune ou le consulat, qui perdurent et se renforcent au fil des siècles (Menant 2005 : 7-22). Nombre des acteurs aristocratiques, grandes familles laïques ou évêques notamment, participent à l’apparition progressive de ces communes et voient leurs biens (y compris hydrauliques) rejoindre plus ou moins volontairement les possessions communales. Il ne faut pas voir ce transfert de biens comme le signe d’un changement radical de classe dirigeante des cités, mais plutôt comme une nouvelle manière de maintenir et d’étendre leur contrôle sur toute la ville, certains de ces anciens possesseurs participant même directement aux instances communales. Ainsi de la famille de Magreta à Reggio Emilia, dont un des membres, Raymundinus, donne en 1184 des moulins à eau à la commune, dont il est vassal depuis 11792. Il devient plus intéressant pour les aristocrates urbains qui participent au jeu politique et institutionnel de la commune de lui céder une part de leurs biens. Ils peuvent ainsi, collectivement, dominer la cité en tant que telle, et non plus simplement en posséder une parcelle : on assiste à un changement de l’échelle du pouvoir.
1.2. L’eau, élément essentiel de la projection de la puissance des autres acteurs urbains ou ruraux
6Une fois leur autorité affirmée sur l’espace urbain, le contrôle des cours d’eau du contado apparaît aussi comme un enjeu essentiel pour les institutions communales, à la fin du xiie et au début du xiiie s. La commune change d’échelle, passant de la ville-centre à l’ensemble du diocèse, et se retrouve en conflit avec les autres autorités politiques qui y sont établies, notamment les communes rurales, les communautés d’habitants et les nombreux seigneurs (principalement laïcs). Ces conflits prennent place dans un monde féodal où s’imposer sur ses concurrents, c’est bien souvent les vassaliser. On l’observe à Reggio Emilia dont la commune, en 1179 comme en 1198, devient seigneure respectivement de Magreta et Castellarano, situées toutes deux dans son contado et au bord de la Secchia. Ces investitures peuvent se passer avec des individus possesseurs de biens, seuls ou en groupes, ou directement avec des communes rurales déjà structurées. Elles s’appuient souvent sur l’obligation qu’ont les nouveaux vassaux d’entretenir et de défendre les biens ou les infrastructures dont ils sont directement investis, comme les canaux sur lesquels sont situés les moulins qui sont donnés dans les deux cas cités précédemment3. L’eau est parfois la cause même de la vassalisation : en 1204, le conseil de la commune de Reggio investit sept hommes pour le creusement de canaux depuis la Secchia, et la construction et l’exploitation de moulins4. L’affirmation de la commune comme seigneur sur ses environs par le contrôle des ressources, notamment l’eau, est bien réelle et concrète, et participe de son projet de domination territoriale. Cette autorité qu’exercent les communes urbaines à une nouvelle échelle n’est cependant pas uniquement surplombante. Les populations intégrées au projet communal y occupent une place importante, celle d’assurer la protection d’infrastructures essentielles à la ville, qui est liée à leur implantation près de ces infrastructures qu’ils connaissent pour les avoir construites, et parfois même gérées avant leur captation par la commune. L’investiture en fief de ces hommes leur garantit une place reconnue dans le nouvel ordre spatial qui structure la plaine du Pô à partir de la fin du xiie s., l’ordre communal. Ces nouveaux vassaux sont aussi des acteurs du contrôle communal sur leur terre, en servant d’agents au service de la commune.
7Mais d’autres pouvoirs développent une politique d’implantation territoriale structurée par le contrôle sur l’eau. Les monastères, notamment les créations royales (Santa Giulia de Brescia) ou impériales (San Sisto de Plaisance), sont massivement possessionnées dans la basse vallée du Pô central par leurs fondatrices et fondateurs, les souverains lombards et carolingiens ou leurs conjointes, ce qui leur donne une puissance économique et politique majeure dans la région. San Sisto conserve ainsi longtemps le pouvoir sur les pêcheries du Pô (Zaninoni 2001 : 253-276) ou sur les rives autour de Pavie, tandis que Santa Giulia joue jusqu’au xiie s. un rôle majeur dans les conflits autour des ports de Plaisance (Racine 1968 : 26-37). Ces possessions, issues de cessions anciennes de biens publics par les souverains, sont en effet pourvoyeuses de nombreux revenus en numéraire (taxes sur les marchandises, sur les pèlerins, etc.) comme en nature (les poissons qui sont l’un des plats essentiels des moines ou le sel des lagunes de Comacchio). Elles peuvent également jouer un rôle important à l’échelle régionale en influant selon leurs besoins sur la circulation fluviale par l’imposition de taxes. La famille comtale de Canossa développe également autour de l’an mille une stratégie organisée autour du Pô et de ses principaux affluents, dont témoignent la fondation du monastère de San Benedetto Polirone dans une zone marécageuse du Pô en 1007, ainsi que la soumission de villes (Parme, Reggio Emilia, Mantoue) situées sur différents affluents du fleuve (Rombaldi 1994 : 279-308). Les enjeux sont ici à la fois économiques, stratégiques et militaires : la possession de la forteresse de Brescello à partir des années 960 assure aux Canossa un contrôle du trafic fluvial commercial comme militaire, et lui permet de peser dans le jeu diplomatique régional, jeu qui prit une autre ampleur à partir de la reconnaissance institutionnelle des communes en 1183.
1.3. La construction d’un système diplomatique intercommunal dans la plaine du Pô
8La signature de la paix de Constance entre l’empereur germanique et les communes italiennes membres de la Ligue Lombarde en 1183 conduit à leur reconnaissance officielle comme des actrices politiques autonomes au sein de l’empire. Elles sont alors légitimes à mener leur propre politique interne et externe sans l’accord de l’empereur, concrétisant ainsi un état de fait, marquant la fin des tentatives de l’empereur Frédéric Ier Barberousse de les soumettre par la force durant les années 1160-1170. L’eau occupe très tôt une place fondamentale dans ce nouvel ordre diplomatique. Dans le contexte des guerres de Barberousse déjà, on pouvait voir des alliances se nouer autour des cours d’eau : à Reggio Emilia, un accord de 1174 signé notamment par l’évêque garantit ainsi la protection de l’accès à Ferrare « par terre et par eau » ; idem en 1181 entre Plaisance et Ferrare5. Cette activité s’intensifie dès la fin du xiie s., avec de nombreux traités de paix et de commerce incluant la réduction des taxes douanières ou l’amélioration conjointe des infrastructures commerciales dont les canaux. Ainsi des pactes signés entre Vérone et Mantoue en 1191 ; Parme, Crémone, Reggio Emilia et Modène en 1202 ; Crémone et Reggio Emilia en 12036. On voit ici la cohérence de l’espace de la plaine du Pô central, les communes concernées s’étalant de Plaisance à Ferrare, sans remonter vers l’espace polarisé par Milan et l’ancienne capitale Pavie, ou descendre jusqu’à la zone du delta, contrôlée par la ville côtière de Comacchio. Ces traités permettent également de dessiner des réseaux régionaux déjà bien construits, comme entre Vérone et Mantoue, qui partagent des confins sur l’Oglio. En creux, on note que certaines communes de la région sont absentes de ce jeu : c’est le cas de Plaisance, peut-être considérée trop proche de Milan, et en tout cas exclue des réseaux d’alliances de ses rivales Crémone et Parme.
9Ces tensions témoignent que la diplomatie dans la plaine du Pô n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Ainsi, un document de 1198 garde la trace d’un procès entre Ferrare et Mantoue qui concerne notamment les eaux du Pô, et dont le règlement fixe les taxes (leur tarif, mais aussi le lieu de leur règlement, qui permet d’observer les zones d’influence de chaque commune) et garantit la liberté de circulation sur le fleuve7. Les enjeux commerciaux et politiques entre les communes sont là encore imbriqués, notamment car les taxes sont une ressource financière importante pour leurs trésoreries. Mais tous les conflits ne se terminent pas aussi bien, et ces communes entrent parfois en guerre. Si on n’a que peu de traces d’affrontements navals, une fresque du Palazzo della Ragione de Mantoue datant de la fin du xiie s. représente un navire, et les rares explications données par le cartel dans ledit palais le décrivent comme un vaisseau de guerre lors de l’invasion de la commune de Ripalta, en amont sur le Mincio, par les troupes de Mantoue (Fig. 2). On peut avoir des doutes sur cette représentation, le navire ne figurant aucun homme en armes, mais on sait par ailleurs qu’il y a eu du brigandage et des batailles navales sur le Pô : une des principales chroniques de l’époque, le Chronicon Parmense, mentionne d’ailleurs les cours d’eau comme des zones de guerre (Bordini 2010 : 275-293). La fresque témoigne en tout cas de la place croissante prise par le fleuve pour la commune. En s’emparant des fonctions traditionnellement associées au pouvoir public que sont la diplomatie, la guerre ou le commerce, les cités italiennes réussissent à la fin du xiie s. à se faire reconnaître comme des interlocutrices légitimes, entre elles comme par l’empereur. Il faut rappeler que les cours d’eau navigables sont associés au pouvoir public dans le droit romain, alors en pleine redécouverte par les juristes de Bologne ; se les approprier, c’est revendiquer un élément majeur de la souveraineté politique, dont l’empereur Frédéric Barberousse cherche à s’emparer à la même époque. Les contrôler leur permet d’asseoir leur rôle comme actrices majeures dans le champ politique régional, tout en étant une des bases de leur essor économique.
Fig. 2 - Fresque du Palazzo della Raggione, Mantoue, xiie s.

Cliché H. Vidon.
2. Les aménagements hydrauliques au service du rayonnement économique des villes
10En prenant le contrôle progressif de la ressource en eau dans les villes et autour, les pouvoirs urbains ne font pas qu’affirmer leur souveraineté à gouverner : ils assurent aussi une des bases matérielles majeures de leur richesse. Les activités économiques urbaines s’appuient massivement sur les infrastructures hydrauliques, et ces dernières sont un point d’appui dans la soumission économique du contado aux intérêts et aux besoins de l’espace urbain.
2.1. L’eau au cœur du système productif des villes padanes
11Dans la plaine du Pô comme ailleurs en Europe, l’économie urbaine du premier Moyen Âge est principalement centrée sur deux activités : la transformation de matières premières en produits manufacturés et le commerce. Ces deux secteurs économiques profitent fortement de la présence de l’eau au sein de la ville.
12D’une part, car les infrastructures productrices les plus importantes dépendent de l’eau sous tous ses usages. Elle sert principalement comme source d’énergie pour les moulins à céréale, textile ou minerai, nombreux dans les villes ou dans les bourgs suburbains. Mais elle est également utilisée pour le lavage des produits, l’élimination des déchets, la pêche ou l’approvisionnement des établissements tels que les bains ou les auberges. Ces usages, en plus des besoins quotidiens de la population, requièrent énormément d’eau, et entraînent une organisation de l’espace permettant de la distribuer au mieux. C’est ainsi que le territoire de la ville se structure en grande partie autour des infrastructures d’adduction d’eau que sont les canaux, qu’ils traversent ou entourent les villes. Certains quartiers, notamment ceux des tanneurs, des bouchers ou des brasseurs, se développent même autour de ces canaux afin d’être à proximité de cette ressource essentielle à leur activité. Cette organisation de l’espace entraîne des réglementations et une négociation constante entre les acteurs pour éviter les conflits d’usage.
13D’autre part, le commerce passe massivement par ces cours d’eau, plus sécurisés et plus efficaces car permettant de transporter plus de marchandises. Le Pô, navigable sur la portion que l’on étudie ici (il l’est au moins jusqu’à Pavie, probablement jusqu’à Turin), rassemble la majorité de ces flux, comme en témoignent les accords commerciaux déjà évoqués. Mais c’est tout le réseau hydraulique du Pô qui est en fait utilisé comme un réseau commercial, ses affluents permettant de transporter les ressources des contado en amont vers les villes et de les relier au fleuve en aval : hormis Plaisance et Crémone, aucune cité d’ampleur n’est installée à proximité du fleuve et le Crostolo à Reggio, le Mincio à Mantoue, ou le Parma dans la ville éponyme permettent d’intégrer ces cités au réseau régional padan. Ces cours d’eau urbains accueillent l’activité portuaire de la ville, mais aussi les pêcheries ou les moulins.
14Leur importance économique leur donne une place prépondérante dans les préoccupations politiques des autorités urbaines. La succession autour des conflits concernant les ports de Plaisance en témoigne. Dès la fin du ixe s., des diplômes impériaux témoignent de la présence d’un port important à Plaisance, qui semble appartenir à Santa Giulia de Brescia8. À partir de l’an mille, d’autres acteurs seigneuriaux apparaissent dans la documentation : le monastère San Sisto de Plaisance, l’évêché de la ville, puis progressivement ses vassaux laïcs parmi lesquels la famille Speroni. C’est en 1136 que la commune est mentionnée pour la première fois, associée à la clientèle de l’évêque pour s’emparer du port jusque-là contrôlé par Santa Giulia. Jusqu’aux années 1200, on observe ainsi jusqu’à trois ports qui coexistent plus ou moins pacifiquement, certains installés sur un canal dérivatif du Pô, d’autres sur la Trebbia. Il est intéressant de noter que, malgré la proximité du fleuve, une partie des activités portuaires est installée sur l’affluent proche de la ville, plus facile à aménager et moins sensible aux crues. Celle du Pô en 1085 un peu en amont de la cité est d’ailleurs cause de nombreux conflits, l’ancien port étant situé sur un bras désormais asséché du fleuve. Preuve encore des enjeux majeurs que représente le droit de faire un port (et ceux qui y sont associés, comme la traversée du cours d’eau ou le péage), son contrôle est une des causes de la révolte de Plaisance en 1162 contre l’empereur, et l’article 19 de la paix de Constance y est consacré pour régler la question du partage des droits entre les monastères, l’évêque et la commune de la ville. Durant près de deux siècles, la répartition des droits portuaires entre les acteurs majeurs de la région a engendré une succession de procès et de conflits, majeurs dans la constitution de la commune en tant qu’institution, mais aussi de son patrimoine économique, et même de son identité politique face au pouvoir impérial.
2.2. La mise sous tutelle du contado et de ses eaux
15L’eau permet donc de relier les villes avec le reste du réseau commercial régional padan, mais aussi avec leur propre arrière-pays. Reggio Emilia est un bon exemple de cette mise sous tutelle de la campagne par la ville-centre. Durant toute la fin du xiie et le début du xiiie s., la commune de Reggio investit des communes rurales (comme celle de Castellarano et de Carpineti9), des aristocrates laïcs10, ou des possesseurs de terres au sud-est de Reggio (à Magreta en 1179, Dinazzano en 1184, et à des hommes de Cerreto et Monticello en 120411), pour qu’ils creusent, entretiennent et protègent les canaux qu’ils tirent de la Secchia. Située entre Reggio et Modène, cette vallée est disputée et il est donc important pour les autorités communales de s’y imposer (Fig. 3).
Fig. 3 - L’extension de la commune de Reggio Emilia dans l’est de son contado au xiie s.

H. Vidon.
16C’est une triple œuvre de domination que mènent les communes dans leurs environs. Affirmation politique de la commune urbaine désormais souveraine sur les différents pouvoirs ruraux, qui témoigne de son nouveau statut dominant à l’échelle régionale. Affirmation territoriale de l’entité urbaine sur l’espace qui l’entoure et qu’elle s’approprie en tant que son contado au service de ses propres intérêts, productifs et défensifs notamment. Affirmation des sociétés sur la ressource en eau, qui renforce le phénomène d’aménagement du territoire au service des intérêts des populations, en suivant principalement les stratégies des élites politico-économiques. En plus d’affirmer leur centralité, les communes sécurisent également leurs apports essentiels en eau. Si les communes peuvent s’imposer, c’est qu’elles sont les seules à pouvoir construire ces aménagements grâce aux moyens financiers investis par les seigneurs urbains (notamment les évêques et leurs vassaux laïcs) et aux nombreux hommes que peuvent engager les communes pour réaliser ces travaux. Le début de l’ère communale marque un changement d’échelle dans l’aménagement des cours d’eau, et plus généralement du territoire. Les communes, uniquement égalées par les capacités financières et techniques des plus grands monastères, se rendent indispensables pour cette mise en valeur qui profite également aux populations locales : les contrats ou les investitures les autorisent régulièrement à utiliser une partie de l’eau ou des infrastructures hydrauliques pour leurs propres besoins. Cette expansion du pouvoir urbain s’appuie aussi sur les élites locales, qui servent d’intermédiaires avec les populations pour faciliter l’acceptation de ce nouveau cadre et afin d’apaiser les tensions qui surgissent des différents usages de l’eau.
2.3. Face aux conflits d’usages, de nouveaux régulateurs
17La soumission progressive au pouvoir communal n’a pas permis de régler toutes les tensions entre les différents utilisateurs de l’eau. Au sein même des villes, la commune n’est jamais hégémonique et on continue à observer des infrastructures possédées par des acteurs privés. La conquête du contado ne se fait pas sans négociations, comme en témoigne l’accord évoqué précédemment entre la commune de Reggio et le seigneur de Gonzaga, ce dernier réussissant à conserver le droit d’utiliser l’eau des canaux qu’il doit faire creuser pour Reggio sur son territoire, ainsi qu’une part des rentes des moulins qui y sont installés. Mais plus généralement, les conflits demeurent récurrents entre les usagers d’un même cours d’eau. Ils peuvent être causés par des infrastructures qui nuisent à d’autres activités économiques, comme des pêcheries qui obstruent un cours d’eau utilisé pour la navigation ou pour faire fonctionner un moulin12, différents moulins situés sur un même cours d’eau qui se font concurrence, le percement de nouveaux canaux dérivatifs qui réduisent la quantité d’eau sur un fossé principal ou des moulins situés sur un canal normalement dédié à la défense de la ville.
18Ces différents conflits invitent les pouvoirs urbains à se présenter comme régulateurs des usages. Ce sont généralement des juges ou des notaires urbains, parfois à la suite d’enquêtes menées par la commune, qui rendent les verdicts et départagent les adversaires. Dans certaines villes comme à Reggio, on voit même apparaître un magister aquarum, le maître des eaux Lanfrancus, qui semble au moins en fonction en 1184 et en 1188 et qui est chargé de rendre un avis préalable au jugement13. Mais les communes, on l’a dit, ne sont pas les seules actrices institutionnelles présentes en ville : il faut ici rappeler le rôle des métiers, comme celui des meuniers de Plaisance, dont un règlement établi à la fin du xiie s. évoque la fonction d’« archimeunier », soumise aux consuls du métier, en charge de l’entretien des cours d’eau et des berges (écluses, arbres le long des canaux), notamment afin de s’assurer qu’aucune initiative individuelle ne nuise aux eaux et donc au métier. Ce statut fait lui aussi mention d’un magister aquarum qui, s’il ne semble pas appartenir au métier directement (il ne doit pas intervenir lors de conflits entre meuniers), est néanmoins rémunéré pour surveiller les rives des deux principales rivières du contado de Plaisance, la Trebbia et la Nure (Pancotti 1925)14.
19Les villes padanes dépendent ainsi de la présence de l’eau et des activités qui en découlent, positivement (développement économique, polarisation spatiale) mais aussi négativement. La hausse des conflits d’usage autour des infrastructures toujours plus nombreuses et des usages diversifiés, mais également les risques posés par certaines activités comme les tanneries ou les boucheries, dont les rejets ont des conséquences hygiéniques néfastes déjà établies à l’époque, deviennent des éléments constitutifs du fait urbain (Leguay 2002 : 117-141). En conséquence, les nouvelles institutions, communes, métiers ou autres, cherchent à réguler ces tensions et à minimiser ces risques par la coopération et l’établissement de règles collectives. Ces nouveaux acteurs collectifs, aux fonctions régulatrices, contribuent à former la ville comme espace cohérent, qui réussit à être plus qu’une somme d’acteurs. En cela, ces institutions sont aussi constitutives de l’identité urbaine qui se construit progressivement autour de l’eau.
3. L’eau, support des identités urbaines en construction
20Au-delà des avantages économiques ou politiques du contrôle par les institutions urbaines de la ressource hydraulique, les politiques menées par les différents acteurs au long du premier Moyen Âge associent étroitement les discours sur l’eau et ceux sur les villes, la première servant à définir, délimiter ou légitimer les secondes.
3.1. Des villes identifiées à leurs cours d’eau
21Comme ailleurs, les principales villes de la plaine du Pô sont situées sur ou à proximité de cours d’eau. Ce lien est si important que certaines villes ont pris le nom des rivières au bord desquelles elles ont été fondées, comme Parme, ou Pavie dont le nom latin est Ticina, à l’instar de son torrent15. D’autres, comme Pontenure ou Pontetaro, portent leur fonction originelle dans leur nom : des villes fondées autour de ponts sur des affluents du Pô. Le nom de Mantoue (Mantova en italien) dérive également d’une origine aquatique, issue d’un récit d’origine antique de la ville remontant au moins à l’Énéide de Virgile et qu’on retrouve dans la Divine Comédie de Dante Aligheri16. La cité aurait été fondée par Ocno, fils de la devineresse Manto et de Tosco, la personnification du fleuve Tibre, et nommée d’après la mère de son fondateur. Le site même de la ville est également expliqué dans cette légende : le lac au bord duquel elle est bâtie aurait été constitué par les pleurs de Manto. En faisant de Mantoue la descendante du Tibre, le fleuve qui nourrit Rome, Virgile donne ainsi à sa ville une proximité avec la capitale impériale, la même eau coulant dans les deux cités. Comme dans de nombreux autres récits d’origine datant du Moyen Âge, ou chez Isidore de Séville, l’étymologie du nom lui donne son identité et en l’occurrence une légitimité.
22Mais ce n’est pas le seul récit qui renforce les liens entre Mantoue et l’élément aquatique. Dans la Vita Mathildis (un ouvrage biographique rédigé entre 1111 et 1116 et dédié à la comtesse Mathilde de Canossa), l’abbé Donizone de Sant’Apollinare de Canossa rédige une joute verbale entre la cité de Mantoue et la forteresse d’origine de la famille comtale17, qui mettent chacune en avant leurs qualités essentielles. Mantoue se vante avec orgueil d’être entourée de toute part par des eaux pleines de navires, ce qui reprend l’image d’une ville très commerçante grâce à son accessibilité fluviale, ce qu’évoque également la fresque du Palazzo della Ragione sous laquelle se réunit, au siècle suivant, l’assemblée du peuple. Canossa lui répond que cette ouverture n’est qu’un moyen supplémentaire de l’attaquer lorsqu’elle se révolte. Forteresse d’origine de la famille dans l’Apennin, elle a perdu de son poids stratégique et apparaît comme le vestige d’un ethos militaire aristocratique que l’auteur semble regretter. À l’inverse, Mantoue, ville soumise depuis la fin du ixe s. au règne des Canossa, a pris une importance croissante pour eux, Boniface III y installant même sa cour. Cet exemple caractérise la politique menée par la famille à partir du marquisat de Tebaldo autour de l’an mille : conquérir et développer des points de contrôle le long du Pô, que ce soit des villes (Mantoue, Parme), des forteresses (Guastalla) ou des monastères (San Benedetto Polirone), afin de contrôler le passage des personnes, des troupes et des biens sur le fleuve. Pour opposer deux mondes et surtout deux visions du monde, celle de l’aristocratie militaire des confins montagneux et celle des villes enrichies par le commerce mais politiquement instables, Donizone choisit l’eau comme identification identitaire de la ville. Cette vision recoupe également la caractérisation culturelle médiévale de l’élément hydraulique symbole du mouvement mais aussi de l’inconnu (Perreaux 2012 : 365-374).
3.2. Contrôler les crues pour unifier la population urbaine
23Cette vision symbolique de l’eau se retrouve également dans un autre type de document, l’hagiographie. Les vies qui nous intéressent concernent des saints ayant vécu aux xe-xiie s., comme l’évêque de Parme Bernard degli Uberti (v. 1060-1133) et Siméon, le fondateur de l’abbaye de San Benedetto Polirone (mort en 1016), ou des actions ayant trait à leur culte durant cette période, comme la translation des reliques de saint Prosper de Reggio dans les années 96018. Ces trois récits ont en commun de contenir des scènes très similaires. Une crue menace l’église ou le monastère placé sous la protection (réelle ou spirituelle) du saint ; ce dernier, par son action ou par l’intercession de ses reliques, ordonne à l’eau d’épargner le lieu sacré ; les flots, domptés, reculent. Cette répétition d’un même schéma dans des textes de la même époque n’est pas un simple hasard : il est repris, à l’identique pour Bernard, imparfaitement pour les autres, des Dialogues de Grégoire le Grand rédigés en 593-594, qui racontent la protection contre une crue par l’évêque Sabin de Plaisance (330-420), déjà dans la plaine du Pô, en proposant le schéma déjà évoqué19. Ces Dialogues ayant eu un énorme retentissement dans la chrétienté, cette histoire devient un exemplum, motif récurrent des vies de saints dans la culture commune des clercs médiévaux.
24Sa redécouverte dans l’espace padan aux xe-xiie s. s’inscrit dans la réforme de l’Église dite grégorienne menée alors par les papes pour renforcer leur contrôle sur la hiérarchie de l’Église et la domination de cette dernière sur la société. En Italie du nord, elle est au cœur de l’affrontement des communes entre elles et avec l’empereur, mais aussi en leur sein, entre les factions conservatrices et réformatrices : certaines villes voient se succéder des évêques des deux partis selon la situation politique, voire une cohabitation entre deux clergés rivaux (Plaisance). Ces vies de saints prennent résolument le parti réformateur, en valorisant une forme de récit qui fait référence à Grégoire, mais également en mettant en avant des acteurs appartenant au camp réformiste, et plus encore, liés à la famille de Canossa, soutien indéfectible des papes durant toute la Querelle des Investitures. Bernard degli Uberti, conseiller de Mathilde de Canossa, fut exilé à plusieurs reprises par le parti impérial pour son soutien aux papes réformateurs. Siméon a lui fondé le monastère de San Benedetto Polirone en 1007, sur une terre accordée par le comte Tebald de Canossa. Quant aux miracles de Prosper de Reggio, ils prennent place dans une ville où l’évêque joue un rôle majeur et où les Canossa tentent de renforcer leur emprise : la valorisation du saint local, et par là de la cathédrale où viennent d’être transférées ses reliques, permet de mettre en avant l’unité urbaine autour de l’évêque contre les divisions de la guerre. Se présenter comme un acteur capable de contrôler l’eau, et donc de maîtriser la nature, est considéré comme un élément efficace dans la communication politique des évêques du temps, et même comme un topos suffisamment important pour être revitalisé en période de crise.
25Cette importance du discours sur le contrôle de l’eau dans la plaine du Pô répond à une réalité hydrologique : le fleuve comme ses affluents connaissent des crues nombreuses et récurrentes, notamment au printemps et à l’automne (du fait de la fonte des neiges qui gonfle les torrents issus des Alpes et de l’Apennin ligure). Ces inondations, suffisamment régulières pour être présentes dans l’esprit des populations, sont assez dévastatrices pour être craintes, et donc pour valoriser toute protection qui peut y être apportée. Dans ce contexte, où contrôler l’eau est crucial pour affirmer son contrôle de l’espace, c’est l’Église et particulièrement les évêques qui se présente comme la seule autorité capable de réagir à ces crises et donc la plus légitime vers laquelle se tourner en cas de conflit ou de difficultés. Il faut d’ailleurs noter que ce n’est jamais la ville ou la campagne environnante qui est sauvée de l’inondation, mais uniquement l’église ou le monastère, rappelant ainsi la supériorité que se donne l’Église sur le reste des acteurs de l’époque. L’identification à un cours d’eau ou la capacité à le contrôler témoigne, pour l’acteur qui s’en réclame, d’une situation hydraulique régionale mais aussi du contexte politique du temps et de la culture chrétienne commune aux auteurs, des clercs pour la plupart. L’identité qui se constitue par ces textes est donc à la fois urbaine, puisqu’elle affirme la spécificité de chaque ville, mais aussi construite dans un contexte régional cohérent pour toute la plaine du Pô. Comme toute politique de gestion des ressources, elle s’explique à la fois par des raisons matérielles et culturelles (Devroey 2019 : 107).
4. L’eau dans la plaine padane, support d’identités à plusieurs échelles
26Les eaux du Pô et de ses affluents constituent un réseau hydrographique qui permet des échanges régionaux : circulation des personnes et des biens régie par des accords diplomatiques et commerciaux, gestion institutionnelle par différents acteurs des rives des cours d’eau et des infrastructures qui y sont installées. Mais, localement, la multiplicité des cours d’eau permet aussi d’affirmer une identité autonome de chaque commune, tant dans son histoire (ou le récit qu’elle en fait) que dans son essor économique, sa construction institutionnelle ou sa maîtrise territoriale. Cette tension entre identité locale et similarités régionales est fondamentale dans la compréhension de la ressource en eau, mouvante et difficilement appropriable, mais aussi quotidienne et omniprésente, en tout cas dans la vallée du Pô. Mais, au-delà de cette dualité entre le local et le régional, on peut parler d’une culture commune de l’eau qui se développe au long du premier Moyen Âge, entre les différents acteurs des politiques urbaines. Les usages communs de la ressource, la synchronicité de certains développements institutionnels entre les cités, le partage de discours portés sur ou par l’eau, sont autant de preuves du rôle majeur de l’eau dans la construction de l’identité de chaque ville dans la plaine du Pô. Néanmoins, l’étude des politiques de l’eau menées dans ce cadre révèle surtout l’existence, dans toute l’Italie du nord, de phénomènes plus généraux qui s’imposent aux acteurs, que ce soit la réforme grégorienne ou la domination durant le long ixe s. de la famille de Canossa.
Bibliographie
Sources imprimées
Acta Sanctorum : Miraculi Beati Prosperi XI 215 – XII 216 ; Vita Bernardi Episcopi parmensis II – 10 ; Vita Symeonis – XXIII 333.
Dialogues, III-7, Grégoire le Grand.
Il « Registrum magnum » del comune di Piacenza, Racine P., Falconi E. et Peveri R. (dir.), A. Giuffrè, Milan, 1 996 p.
I Paratici Piacentini e i loro statuti, Biblioteca storia piacentina no 12, Pancotti V., A del Maino, Plaisance, 1925, 324 p.
La Divine Comédie, Dante, Acte sud, Paris, 2016, 544 p.
Rerum Italicarum Scriptores, Muratori L., A. Forni, Milan, V, 1723, 669 p.
L’Énéide, Virgile, Librairie générale française, Paris, 2016, 572 p.
Bibliographie
Bordini 2010. Bordini S. - La percezione del paesaggio in età medievale : acque e corsi d’acqua nei testi cronachistici dell’Italia padana, in : Calzona A. et Lamberini D., La civiltà delle acque tra Medioevo e Rinascimento : atti del Convegno internazionale, Mantova, 1-4 ottobre 2008, L. S. Olschki, Florence : 275-293.
Devroey 2019. Devroey J.-P. - La Nature et le roi. Environnement, pouvoir et société à l’âge de Charlemagne (740-820), Albin Michel, Paris, 588 p.
Dussaix 1979. Dussaix C. - Les moulins à Reggio d’Émilie aux xiie et xiiie siècles, Mélanges de l’École Française de Rome. Moyen Âge, Temps modernes, 91, 1 : 113-147.
Leguay 2002. Leguay J.-P. - L’eau dans la ville au Moyen Âge, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 493 p.
Menant 2005. Menant F. - L’Italie des communes, 1100-1350, Belin, Paris, 398 p.
Perreaux 2012. Perreaux N. - Mesurer un système de représentation ? Approche statistique du champ lexical de l’eau dans la Patrologie Latine, in : Mesure et histoire médiévale, XLIIIe congrès de la SHMESP (Tours, 31 mai-2 juin 2012), Éditions de la Sorbonne, Paris : 365-374.
Racine 1968. Racine P. - Il Po e Piacenza nel Medioevo. Per una storia economica e sociale della navigazione padana, Bolletino Storico Piacentino, 63 : 26-37.
Rombaldi 1994. Rombaldi O. - I monasteri canossani in Emilia e Lombardia, in : Golinelli P., I poteri dei Canossa : da Reggio Emilia all’Europa. Atti del convegno internazionale di studi (Reggio Emilia-Carpineti, 29-31 ottobre 1992), Il mondo medievale no 5, Pàtron, Bologne : 279-308.
Thomas 2002. Thomas Y. - La valeur des choses. Le droit romain hors la religion, Annales. Histoire, Sciences Sociales, 57, 6 : 1431-1462.
Wickham 2021. Wickham C. - Somnambules d’un nouveau monde : l’émergence des communes italiennes au xiie siècle, Zones sensibles, Bruxelles, 261 p.
Zaninoni 2001. Zaninoni A. - Ponti, guadi, porti. I diritti d’acqua del monastero di san Sisto di Piacenza tra xii e xvi secolo, in: Greci R., Studi sull’Emilia occidentale nel Medioevo: società e istituzioni, Itinerari medievali no 4, Clueb, Bologne: 253-276.
Notes de bas de page
2Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 229 – CCCLXXXII.
3Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 18-19 – XXIX: « nostros homines ad defenssionem predicte aque », Magreta; Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 221-222 – CCCLXXV: « cluxam Situle facere et guardare et manutenere », Castellarano.
4Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 250 – CDIII : « cedit et investivit […] uno canale quod ipsi debeant extrahere de Sytula et eum debeant cavare et retinere aquam in eo canale ».
5Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 70-71 – CXXXIX ; Il « Registrum magnum » del comune di Piacenza, no 215, 448.
6Archivio di Stato di Mantova – Archivio Gonzaga – Busta 82 – Privilegia communis Mantue ab anno 1014 ad annum 1419 – 26 – 1191 – 7/12 (concorde entre Vérone et Mantoue) ; Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 71 – CXLI (protection du commerce entre Reggio et Crémone) ; Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 172 – CCLXII (paix entre Reggio, Parme, Crémone, Modène).
7Archivio di Stato di Mantova – Archivio Gonzaga – Busta 82 – Privilegia communis Mantue ab anno 1014 ad annum 1419 – 169 – 1198.
8Archivio Capitolare di Piacenza – Diplomatico – Pergamene – cantonale I – 46.
9Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 221-222 – CCCLXXV (Castellarano); Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 11-12 – XI – 1 (Carpineto).
10Comme le seigneur de Gonzaga, au nord-est de la ville : Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – Copie ed estratti di documente compresi in diverse serie dell’archivio – sd – 306.
11Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 13-14 – XIII – 1 (Dinazzano); Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 18-19 – XXIX – 1 (Magnete); Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 250 – CDIII (Monticello).
12Archivio di Stato di Mantova – Archivio Gonzaga – Busta L – Sententiae – 1196.
13Archivio di Stato di Reggio Emilia – Fondo I – Capitoli – CD1 – 229 – CCCLXXXII; DUSSAIX 1979: 113-147.
14Pour les archimeuniers, se référer aux articles 36-46-80 (233, 236, 247), et aux articles 84-85 (249) pour le magister aquarum.
15Archivio di Stato di Mantova – Archivio Gonzaga – Busta 13 – XIV – Ragioni diverse in Marcaria, e nel fiume Oglio – Donazione di esse al monastero di santa Maria di Castiglione di Parma fatta dalli marchesi Adalberto, e Adelaide coniugali – 1033 « in comitatibus Ticinensis ».
16L’Énéide : 198 ; La Divine Comédie : 257.
17Rerum Italicarum Scriptores, 1723 : V, 387, Vita Mathildis.
18Miraculi Beati Prosperi XI 215 – XII 216 ; Vita Bernardi Episcopi parmensis II – 10 ; Vita Symeonis – XXIII 333.
19Dialogues, III-7.
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L’eau dans les villes d’Europe au Moyen Âge (IVe-XVe siècle) : un vecteur de transformation de l’espace urbain
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