Introduction

Gaël Simon, Élisabeth Lorans et Thomas Pouyet

p. 9-16


Texte intégral

L’eau, un enjeu de nos sociétés

1Été 2022 : une sécheresse extraordinaire touche l’Europe dont un tiers du territoire est exposé à des conditions de stress hydrique (GDO Analytical Report 2022). Cette situation est, selon les experts, amenée à se multiplier dans les années à venir et résulte du dérèglement climatique qui affecte de manière importante les précipitations. En devenant moins prévisibles et plus variables, elles provoquent des événements extrêmes tels que des inondations et des sécheresses qui rendent difficile la gestion efficace de la ressource hydrique. Ces conditions entraînent des conflits de toutes sortes qui deviennent de plus en plus prégnants dans l’actualité. Si nous n’en sommes pas encore à la « guerre de l’eau » (Tertrais 2016), la pression s’accentue autour de cet élément qui reste la base de la vie en fournissant l’essentiel de notre alimentation (irrigation, production massive de céréales destinées à l’élevage intensif, pêche) et participe abondamment à nos économies tant dans la production (production pétrolière, production d’électricité…) que dans les échanges. La gestion de cette ressource est donc l’un des enjeux les plus importants à résoudre pour nos sociétés du xxie s., aussi bien en milieux ruraux qu’urbains.

2L’adaptation du milieu urbain aux changements climatiques est donc une des problématiques du xxie s. Nous ne citerons ici que l’injonction qui est faite actuellement pour une densification urbaine afin de lutter contre l’étalement urbain et l’artificialisation des sols, ou encore la création d’îlots de fraîcheur dont l’eau est, avec le choix des matériaux et la végétation, l’une des trois composantes. Aussi des projets de réouvertures de certains cours d’eau couverts aux xixe ou xxe s. sont-ils envisagés dans plusieurs villes (Bascoul 2022) au même titre que la reconquête des berges des fleuves, souvent industrieuses. La relation entre une agglomération et son cours d’eau connaît ainsi un regain d’intérêt de la part des pouvoirs publics, après la prise de conscience « du potentiel que constitue la présence de l’eau dans la ville et du rôle important qu’elle joue dans la mémoire collective » et la constitution d’une « image de marque » (Lechner 2006 : 36). Il faut aussi mentionner les politiques de sauvegarde de la biodiversité et principalement la Directive Cadre européenne sur l’Eau du 23 octobre 2000 (DCE), qui cherche à atteindre le « bon état » des cours d’eau en supprimant les ouvrages transversaux (barrages, digues, seuils de moulins…) qui créent des ruptures et provoquent le ralentissement des vitesses d’écoulement et entraînent la dégradation de la qualité des milieux de vie des espèces aquatiques et l’appauvrissement de leur diversité (Serna 2014).

3Ainsi, d’un point de vue archéologique et de sauvegarde du patrimoine, ces situations et orientations ont deux conséquences : dévoiler et rendre accessibles plus de vestiges et conjointement les exposer et les mettre en danger. En effet, les niveaux très bas des étiages des fleuves et des rivières en période estivale offrent l’occasion aux archéologues de fouiller des espaces jusqu’ici difficilement accessibles si ce n’est à travers des fouilles subaquatiques qui ont connu un développement certain ces dernières décennies (Grandmaison 2022). Paradoxalement, le patrimoine archéologique de ces milieux n’a jamais été aussi en danger entre autres par les nombreux aménagements en lien avec la continuité écologique. De même, la réappropriation des fleuves par les sociétés urbaines qui en ont souvent été coupées depuis le xixe s. et la densification urbaine font peser sur l’espace urbain et son potentiel archéologique de vraies menaces alors que les rives des rivières et des fleuves sont porteuses de nombreuses informations sur la vie urbaine. Comme l’a montré depuis longtemps maintenant la Waterfront Archaeology, ces espaces sont riches et complexes et révèlent des aménagements liés au transport et à la circulation sur l’eau (ports, quais), ou à la traversée des cours d’eau (ponts, bacs) (Milne et Hobley 1981).

4C’est dans ce contexte que s’est tenu à l’université de Tours en octobre 2021 un colloque consacré à L’eau dans les villes d’Europe au Moyen Âge (ive-xve s.) : un vecteur de transformation de l’espace urbain.

L’eau, une longue tradition historiographique pour les médiévistes

5La thématique de l’eau au Moyen Âge a été explorée de longue date par les historiens médiévistes et il n’y a pas lieu ici de dresser l’ensemble de cette historiographie. Nous rappellerons seulement les grandes étapes de la prise en compte de l’eau dans les études médiévales. Jusque dans les années 1980, les médiévistes, à la suite de Marc Bloch et de son fameux article « Avènement et conquête du moulin à eau » (Bloch 1935), s’intéressent à l’eau principalement par l’intermédiaire des moulins et par le truchement de la mise en place du dominium seigneurial (Bloch 1931). Le moulin par le progrès technique qu’il apporte et par la maîtrise de l’espace qu’il engendre permet la concentration de la force motrice et l’avènement du système féodal. Marc Bloch et ses suiveurs ont posé un certain nombre de paradigmes en matière de périodisation : un haut Moyen Âge obscur, en opposition tant dans les aspects techniques qu’économiques avec la période antique pour la gestion de l’eau ; un âge féodal (xe-xiiie s.) entreprenant qui s’oppose au haut Moyen Âge et dans lequel le moulin à eau marque le renouement avec le progrès, la croissance et l’expression de la seigneurie qui ne cessa de croître jusqu’à la fin du Moyen Âge.

6Conjointement, les historiens des techniques, à la suite d’André Guillerme, proposent d’aborder l’eau et la science hydraulique comme objet technique à la croisée des savoirs et des pratiques sociales (Guillerme 1983). André Guillerme en arrive à proposer une chronologie des relations entre villes et eaux très proche de celle des historiens : après la longue crise du monde romain de la fin du iiie s. au ixe s., la féodalité, qui se met en place progressivement durant le xe s., utilise d’abord l’eau pour contrôler les populations (xe-xie s.) puis à des fins économiques (xiie s.) avec la construction de moulins suivie par l’installation des « métiers de la rivière ». À partir de la fin du xive s. et jusqu’au début du xviie s., l’eau, auparavant circulante, devient stagnante pour alimenter les fossés de défense de plus en plus larges pour contrer l’usage de l’artillerie.

7À partir des années 1990, plusieurs de ces paradigmes sont battus en brèche ou en tout cas nuancés. Ainsi, plusieurs études, dans lesquelles l’eau est toujours abordée par les moulins et les grands aménagements, relativisent le rôle des seigneurs et affirment celui des communautés rurales (Toubert 1973 ; Bonnassie 1975 ; Barthélemy 1984 ; Zadora-Rio 2004). Il en est de même de la stagnation technologique du haut Moyen Âge qui ne résiste pas au réexamen des textes et aux preuves archéologiques qui démontrent une continuité d’usage des moulins antiques durant une partie du haut Moyen Âge (Durand 2002). Dans ces perspectives, le moulin devient un « fait social total » (Mousnier 2002) et la gestion de l’eau et les conflits qui y sont liés deviennent sources d’histoire (enjeux de propriété, de droits d’eau, de réglementation, de politique et de gouvernance liées à l’eau… (Fournier et Lavaud 2012).

8Parallèlement, le développement des sciences paléo-environnementales et la montée en puissance de l’histoire environnementale à partir des années 1970 aux États-Unis d’abord, et en Europe vingt ans plus tard, régénèrent complètement les problématiques en s’intéressant à l’histoire des relations entre l’homme et la nature dans la longue durée (Worster 1989). C’est ainsi un renouvellement des approches relatives à l’anthropisation des fleuves et à la gestion des zones humides qui est proposé en étudiant sur le temps long les hydro-systèmes dans leur globalité. Néanmoins, ces sciences n’ont pris en compte le rôle de l’Homme et de la société que de manière négative et non comme une relation dialectique. L’inscription des historiens et archéologues dans ces disciplines a permis une prise de conscience de l’importance des sociétés dans la construction des paysages. En retour, la prise en compte de la longue durée et des données paléo-environnementales dans les études des médiévistes a définitivement mis fin au poncif d’un Moyen Âge qui aurait constitué une parenthèse dans l’évolution des savoirs et des savoir-faire. Ce qui intéresse dorénavant les chercheurs c’est moins les aménagements en tant que tels que l’exploitation de la ressource par des sociétés soumises à des contraintes et des risques auxquels elles doivent s’adapter. Le concept de résilience est ainsi proposé afin de rendre compte de la façon dont les systèmes sociaux assurent le maintien de leur organisation dans un écosystème en changement perpétuel. Ce tournant historiographique a aussi permis des avancées en matière d’histoire des techniques et de la culture matérielle révisée à l’aune de la notion de système technique, envisageant l’utilisation des ressources hydrauliques dans leur cadre socio-économique et politico-spatial. En France, trois ouvrages collectifs, issus du programme de recherche soutenu par le programme « Environnement, vie et société » du CNRS, ont marqué l’historiographie (Bravard et Magny 2002 ; Villalba et al. 2003, Burnouf et Leveau 2004). À la suite de ces travaux pionniers, les études mêlant paléo-environnement et études sociales se sont multipliées d’abord chez les ruralistes puis très rapidement chez les chercheurs s’intéressant au monde urbain.

L’eau, une thématique en devenir pour l’histoire et l’archéologie urbaine

9Longtemps, l’eau dans les villes médiévales a été traitée comme un isolat, un aspect du paysage urbain servant de cadre à l’évolution de la société ou comme élément révélateur des communautés urbaines et n’a que rarement été prise en compte comme un produit social. La bibliographie sur tel ou tel aspect de la gestion des eaux est pléthorique. En France l’ouvrage de Jean-Pierre Leguay (Leguay 2002) propose une importante synthèse qui pourrait aujourd’hui être enrichie de nouveaux dossiers (Ferber 2012 ; Wilmart 2013a et b ; Rivals 2015 ; Clavel 2016…). Cette tendance se retrouve partout en Europe, en Italie (Squatriti 1998, 2000 et 2008), en Scandinavie (Poulsen et Gundersen 2019), en Espagne chrétienne (Rafael et Herrer 2008) et musulmane (Madani 2008), en Belgique et aux Pays-Bas (Deligne 2008 ; Deligne et Soens 2012) et des approches comparatistes ont déjà été produites (Sowina et Del val valdivieso 2008 ; Magnusson 2001). Parmi ce nombre important de publications, on constate d’une part la faible mobilisation des sources archéologiques et d’autre part le déficit de publications sur le haut Moyen Âge (Lafon et Menjot 2008), à l’exception de quelques enquêtes dans lesquelles le rôle de l’eau est abordé de manière marginale (Hodges et Hobley 1988), même si certains exemples sont bien connus comme la ville portuaire de Dorestad (Van Es et Verwers 1980) ou encore Douai (Louis, Demolon et Louis-Vanbauce 1990).

10En matière d’histoire environnementale, malgré les travaux novateurs d’André Guillerme dans les années 1980 se réclamant de l’histoire des techniques (Guillerme 1983), il fallut attendre les années 2000 pour que le phénomène urbain entre dans ce champ historique. Geneviève Massard-Guilbaud met en évidence le manque de travaux sur l’environnement en milieu urbain en pointant la difficile adoption, par les tenants de cette histoire, de cet espace comme objet d’étude (Massard-Guilbaud 2007). Malgré les publications de Martin Melosi (Melosi 1993) ou de Joël Tarr et de Christine Rosen (Tarr et Rosen 1994), l’idée qu’il y avait une place pour la ville dans l’histoire de l’environnement  a été longuement débattue par les chercheurs anglo-saxons (Worster 1989).

11C’est paradoxalement en France, plutôt en retard, que s’est tenue en 2000 la première table ronde internationale sur l’histoire de l’environnement urbain. La revue Histoire urbaine est la première à proposer en France en 2007 un numéro sur le thème Ville et environnement et en 2011 paraît Zones humides et villes d’hier et d’aujourd’hui : des premières cités aux fronts d’eau contemporains (Beck et al. 2011) assurant l’intégration du fait urbain dans l’histoire environnementale.

12Là aussi, il faut le constater, le Moyen Âge n’est que très faiblement représenté – la majorité des publications portant sur les périodes Moderne et Contemporaine – et les données archéologiques sont peu voire pas mobilisées alors que le nombre de fouilles prenant en compte ces problématiques explose. En effet, les investigations archéologiques dans les zones humides urbaines, d’abord en Europe du Nord puis dans le reste du continent, ont souligné la valeur et la complexité de ces espaces de berges urbaines ou de milieux humides, par exemple à Londres (Milne 1978), Dorestad (O’Riordain 1971), Dublin (Stark 1988) ou Hedeby (Van Es et Verwers 1980). En France, les fouilles du début des années 2000, comme celles du parking de Bordeaux (Ayala 2009) et du parc Saint-Georges à Lyon (Gerber 2006), ont révélé l’évolution d’une berge urbaine sur près de 2 000 ans.

13Peut-être plus que n’importe quel type d’agglomération, la ville médiévale est fondamentalement liée à l’eau, dans laquelle elle est omniprésente. Dans la forme et l’origine des quartiers, dans l’emplacement de ses lieux de pouvoir, dans les noms de ses rues, l’eau et ses traces marquent la ville. Même recouvert, même oublié, le cours d’eau reste présent, malgré tout. L’archéologie urbaine ne peut aujourd’hui s’appréhender sans prendre en compte la coévolution des facteurs anthropiques et naturels nécessitant une approche interdisciplinaire (Dorier Apprill 2006 ; Foucher et al. 2019). Les exemples de travaux sur Rome (Campbell 2012) ou sur le Rhône (Rossiaud 2007) et la notion récente de paysages fluvio-urbains permettent de comprendre l’évolution des relations ville-fleuve (Desailly 2007 ; Valette et Carozza 2011). Si ces études ont été menées sur de grandes villes traversées par des fleuves, les petits hydro-systèmes et les villes moyennes sont encore peu étudiés, malgré leur plus grande sensibilité aux changements environnementaux (Lespez 2012 ; Serna et al. 2013).

14Une dernière approche, plus globale – dite archéogéographique – forgée sous l’impulsion de Gérard Chouquer, cherche à dépasser le dualisme nature-culture hérité de la pensée moderne pour s’engager dans l’étude des processus dynamiques où la question de la transmission est au cœur du propos (Chouquer 2012). L’eau jouant un rôle essentiel dans la structuration de l’espace urbain, c’est par exemple le processus de transmission de la forme d’un paléo-chenal sur le temps long qui est analysé en recherchant une cohérence morphologique entre tous les objets historiques qui se sont succédé dans cet espace. En d’autres termes, il s’agit de comprendre comment un paléochenal fut réactivé dans les fossés d’un castrum du haut Moyen Âge puis dans les égouts de la ville moderne (Noizet 2005 ; Noizet et al. 2013).

Objectifs de l’ouvrage

15Ce volume, loin de combler tous ces manques et d’aborder tous ces thèmes, cherche à prolonger et densifier les travaux déjà menés avec l’ambition de prendre en compte l’eau dans ces aspects matériels et spatiaux et en insistant sur le caractère multiforme du processus de constitution de l’hydrosystème variant en fonction des conditions géographiques, des ressources disponibles, des besoins locaux et des compétences techniques… L’archéologie est la seule discipline historique à pouvoir renouveler nos connaissances sur la matérialité et la spatialité de cette relation entre eaux et sociétés urbaines. Elle est aussi la seule à pouvoir nous renseigner sur les plus hautes époques du Moyen Âge pour lesquelles les sources écrites sont quasi absentes.

16En présentant des études de cas, des enquêtes, l’objectif était de proposer des matériaux inédits de recherche sur des problématiques variées pour une approche des hydrosystèmes urbains. Matérialité des structures hydrauliques (canaux, moulins…), occupation de l’espace autour des cours d’eau, rythme et origine de la mise en place des canaux sont autant de questions posées dans ce colloque.

17Cet ouvrage rend compte, à quelques exceptions près, des interventions présentées lors de cette manifestation. À l’issue du travail éditorial réalisé par le comité scientifique du colloque, qui a assuré la relecture de tous les articles, dix-neuf d’entre eux sont réunis : quinze consacrés à la France et quatre portant sur l’étranger (Espagne, Italie et Pologne) et le tout embrasse une longue période de l’Antiquité tardive à la fin du Moyen Âge.

18Les villes étudiées sont en majorité des villes d’origine antique, mais des fondations médiévales, comme Quentovic, seule ville côtière du corpus, Cluny ou Moissac, sont aussi abordées (Fig. 1). Toutes les contributions ou presque se concentrent sur une ville voire un quartier en abordant ces deux objets, ville et eau, de manière holistique. Chaque article aborde ainsi une multitude de problématiques indubitablement liées les unes aux autres (franchissement, approvisionnement, exploitation, protection…) pour former un hydro-système urbain. Nous avons donc choisi de répartir ces travaux en trois thématiques principales que semblaient avoir privilégiées les auteurs, même si la diversité des approches rend cette répartition contingente :

  1. l’eau comme facteur d’installation et de développement d’une ville (six articles) ;

  2. vivre avec l’eau : les usages multiples et simultanés des sociétés urbaines (six articles) ;

  3. transformation urbaine, rythmes urbains et fabrique urbaine (sept articles)1.

Fig. 1 - Localisation des villes étudiées dans ce volume à l’exception des villes de la vallée du Pô.

1. L’eau comme facteur d’installation et de développement d’une ville

19Dans les processus de formation des villes, de leur croissance, de leur fixation topographique, l’attraction exercée par l’eau est partout visible. La localisation géographique proche d’un rivage, d’un fleuve, d’une rivière ou d’un estuaire… et donc la possibilité d’un transport fluvial et/ou maritime aisé est souvent le facteur déterminant de la fondation d’une agglomération comme Quentovic (A. Leroy) ou de son transfert à l’instar du déplacement de Nerris à Montluçon (O. Troubat). Pour faciliter le transport et l’insertion de la ville dans les réseaux d’échanges, les élites ont décidé de la construction de réseaux de canaux permettant de relier des villes portuaires à celles de l’intérieur ou encore de dédoubler les grands fleuves (P. Peter).

20L’abondance de la ressource en eau est aussi l’un des marqueurs expliquant l’aménagement de nouveaux « bas quartier » ou quartier industrieux connaissant des réussites plus ou moins importantes comme à Troyes (V. Marchaisseau et al.), Bourges (S. Bourocher et al.), ou Cluny (C. Couderc).

2. Vivre avec l’eau : les usages multiples et simultanés des sociétés urbaines

21Dans une deuxième partie, les travaux interrogent préférentiellement les usages simultanés de l’eau à l’échelle de la ville en cherchant à comprendre comment l’eau, à la fois atout et contrainte, était gérée, appréhendée et utilisée par des acteurs multiples et comment elle pouvait être mise en scène par les sociétés urbaines.

22L’approvisionnement et l’évacuation de l’eau en ville constituent le premier de ces usages. Pour les besoins quotidiens, l’accès à l’eau s’effectuait de deux manières : soit par un approvisionnement sur place (pompage et prélèvement de l’eau des rivières, captage des eaux souterraines ou encore récupération des eaux de pluie dans des citernes), soit par acheminement de l’eau venant d’une source plus lointaine (maintien des aqueducs antiques ou nouveaux aménagements). À travers les exemples de Limoges et de Moissac, nous pouvons nous interroger sur la gestion de ces eaux et sur les choix opérés par les acteurs chargés de son administration (L. Leroux et al., A. Van de Luitgaarden). Cette problématique centrale de l’approvisionnement en eau est aussi abordée par deux communications appréhendant plus largement les usages de l’eau dans deux grandes villes européennes diamétralement opposées – au moins géographiquement – Wrocław (Pologne) (P. Duma et J. Piekalski) et Cordoue (C. Mazzoli-Guintard). Ces auteurs interrogent le rôle du fleuve dans les activités de production et de commerce, mais aussi comme obstacle à franchir : des questionnements aussi abordés, mais avec une plus fine temporalité, à Nevers (M. Foucher), avec en outre des aspects symboliques et identitaires dans les villes de la plaine du Pô (H. Vidon).

3. Transformation urbaine, rythmes urbains et fabrique de la ville

23Dans une dernière partie, nous avons regroupé les contributions cherchant à analyser à l’échelle de la ville d’une part les phases de transformation de l’espace urbain et le rôle joué par l’eau et d’autre part le rôle de l’eau dans la structuration de l’espace urbain sur la longue durée. L’une des questions posées actuellement est celle de la remise en cause ou non de la chronologie proposée par André Guillerme dans le rapport entre société urbaine et eau sur le temps long. Trois propositions sur Poitiers (F. Gerber et C. Gorin), Rennes (L. Beuchet et M. Millet) et Amiens (C. Cloquier et R. Jonvel) apportent des éclairages nouveaux sur cette question.

24Dans cette approche sur la longue durée, deux contributions sur Beauvais (S. Lefèvre) et Aoste (C. Tillier et al.) réinterrogent le poids des systèmes hydrauliques antiques dans le paysage des villes médiévales alors que les deux dernières essayent de mettre en évidence le poids des usages médiévaux de l’eau dans la structuration de la forme urbaine sur le temps long à travers l’exemple de deux villes proches, Blois (V. Aubourg et al.) et Vendôme (G. Simon).

25Pour achever cette brève introduction nous tenions à remercier vivement tous les collègues qui ont contribué à la publication de cet ouvrage :

  • les membres du comité scientifique qui ont relu les articles : Brigitte Boissavit-Camus, Luc Bourgeois, Aline Durand, Yves Henigfeld et Bastien Lefebvre ;

  • Edward Impey qui a révisé tous les résumés en anglais ;

  • Agnès Dobigny et Anne-Michèle Seigne qui nous ont aidés à préparer le manuscrit ;

  • sans oublier tous les auteurs et Boris Bove qui a accepté de rédiger les conclusions !

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Notes de bas de page

1Dans chacune des parties, le classement des articles suit l’ordre dans lequel ils sont analysés ci-dessous.


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