1 A.-L. de Saint-Just, Institutions républicaines, in Œuvres complètes, Paris, Gallimard, 2004, p. 1138.
2 L’indifférence de Deleuze à la distinction du singulier et du pluriel du mot « institution », et l’introduction de la figure de la « figure », posent déjà un problème supplémentaire. Cf. G. Deleuze, Empirisme et subjectivité, Paris, PUF, 1953, p. 37, et 39 : « L’institution […] est un système préfiguré » ; « L’institution, c’est le figuré ». En anglais, « figuré » est traduit par « figure » (« The institution is the figure »). G. Deleuze, Empiricism and Subjectivity, tr. C. V. Boundas, New York, Columbia University Press, 1991, p. 49. L’institution est le figuré, le transféré, ou l’institution marque le transfert (ce qui existe se transfère autre part et devient quelque chose d’autre, quelque chose de transformé. Le transfert représente l’institutionnalisation, tandis que l’institution est le résultat de ce processus.
3 G. Deleuze, F. Guattari, L’Anti-Œdipe, Paris, Minuit, 1972, p. 38.
4 G. Deleuze, Empirisme et subjectivité, op. cit., p. 42.
5 G. Deleuze, F. Guattari, L’Anti-Œdipe, op. cit., p. 74.
6 Deleuze la mentionne dans une interview de 1972, d’abord publiée en italien, dans le contexte de mai 68 : G. Deleuze, « Capitalisme et schizophrénie », in L’île déserte (1953-1974), Paris, Minuit, 2002, p. 329.
7 G. Deleuze, Empirisme et subjectivité, op. cit., p. 38.
8 G. Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch. Le Froid et le Cruel, Paris, Minuit, 1967, p. 80.
9 Ibid., p. 79.
10 G. Deleuze, Instincts et institutions (textes choisis et présentés par G. Deleuze), Paris, Hachette, 1953.
11 J. Searle, « What is an institution? », Journal of Institutional Economics, 2005, Année I, n° 1, p. 22. Hugh Heclo a soulevé ce problème en analysant les vingt-et-unes définitions de l’institution (il y en a largement plus) qui sont aujourd’hui en circulation. Cf. H. Heclo, On Thinking Institutionally, Boulder-London, Paradigm Publishers, 2008, p. 48-51.
12 « La terreur peut nous débarrasser de la monarchie et de l’aristocratie ; mais qui nous délivrera de la corruption ? Des institutions. On ne s’en doute pas ; on croit avoir tout fait quand on a une machine à gouvernement » (G. Deleuze, Instincts et institutions, op. cit., p. 35 ; A.-L. de Saint-Just, Institutions républicaines, op. cit., p. 1135).
13 L’engagement de Deleuze est différent de celui de Merleau-Ponty qui reconstruit la Stiftung husserlienne et la réinstitutionnalisation. La révolution est pour Merleau-Ponty quelque chose qui est déjà présent dans la fondation, dans la première violence : « la révolution est réinstitution, aboutissant à renversement d’institution précédente » (M. Merleau-Ponty, L’institution. La passivité. Notes de cours au Collège de France (1954-1955), Paris, Belin, 2003, p. 42).
14 Etienne Balibar a récemment publié un grand texte sur la violence, qui fournit une longue explication du processus de conversion et de non-conversion de la violence en institution : E. Balibar, Violence et civilité, Paris, Galilée, 2010, p. 48, 66, etc.
15 Deleuze a assemblé différents extraits de textes sur l’instinct et l’institution. Dans le livre sont convoqués Malinowski, Alain, Hume, Lévi-Strauss, Kant, Frazer, Freud, Eliade, Plekhanov, Bergson, Goldstein, Saint-Just, Renard, Bachofen, Comte, Marx et de nombreux autres. Il semble que Deleuze ait lui-même traduit de l’anglais seulement quatre textes (par exemple ceux de Malinowski et de Frazer), tandis que les autres extraits sont repris dans des traductions françaises existantes. Sur les textes et intentions du jeune Deleuze, Guillaume Sibertin-Blanc écrit de manière toujours très inspirée dans sa Thèse de Doctorat, Politique et clinique. Recherche sur la philosophie pratique de Gilles Deleuze, soutenu à l'Université de Lille 3 en décembre 2006, p. 48-74 sq. (URL : http://www.fichier-pdf.fr/2011/11/29/sibertin-blanc-guillaume/sibertin-blanc-guillaume.pdf).
16 La courte « Introduction » (p. viii-xi) a été à nouveau publiée dans la revue Philosophie (n° 65, 2000, p. 23-26) puis reprise dans L’île déserte, op. cit., p. 24-27.
17 G. Deleuze, Instincts et institutions, op. cit., p. 4-5. La phrase de Deleuze dans l’introduction (« L’institution se présente toujours comme un système organisé de moyens ») est en réalité une phrase de Malinowski (« The institution as the organized means of realizing the values... ») que Deleuze n’a pas traduite (cf. B. Malinowski, Freedom and Civilization, London, Allan Wigate, 1947, p. 157). Deux extraits de Malinowski qui se trouvent au tout début du recueil expliquent le moment socio-psychologique dans les thèses deleuziennes sur l’institution. Les institutions sociales existent pour « rencontrer » ou « répondre » (meet) à des besoins psychologiques, tandis que chaque institution possède a charter, a set of norms, activities, apparatus, functions, etc. La notion de charte (Deleuze a pu aussi la trouver chez Renard dans La philosophie de l’institution de 1939), qui confère une universalité à une structure institutionnelle, est plus tard à nouveau employée par Deleuze dans son livre consacré à Foucault : « Une institution comporte elle-même des énoncés, par exemple une constitution, une charte, des contrats, des inscriptions et enregistrements » (G. Deleuze, Foucault, Paris, Minuit, 1986, p. 19).
18 G. Deleuze, L’île déserte, op. cit., p. 24.
19 G. Deleuze, Empirisme et subjectivité, op. cit., p. 38.
20 Cf. F. Rangeon, « Approche de l’institution dans la pensée de Hobbes », in L’institution, Paris, PUF, 1981, p. 92-93.
21 L’usage par Hobbes de to institute correspond à la signification médiévale du terme institutio (commandement, commande). On remarquera que Pufendorf, dans De iure naturali et gentium, emploie dans le même sens le mot impositionis que le traducteur français, Barbeyrac, traduit par institution. Puisqu’il ne trouve pas de mot adéquat en français pour l’imposition, il est contraint de justifier sa traduction : « (…) institution se dit le plus souvent de tout ce qui est inventé et établi, par opposition à ce qui vient de nature. (…) notre Auteur (Pufendorf) veut dire lorsqu’il pose en fait que les choses Morales sont telles par imposition, et non pas d’elle-même ou par leur nature ». Cf. R. Orestano, « “Institution”. Barbeyrac e l’anagrafe di un signifato », Quaderni Fiorentini, Année 1, n° 11-12, 1982, p. 175-176.
22 Cf. G. Deleuze, « Trois problèmes de groupe », in L’île déserte, op. cit., p. 274.
23 D. Hume, A Treatise of Human Nature (1739), III, 2, 10 « Of the objects of allegiance ».
24 D. Hume, « Of the Original Contract » (1752), in Essays Moral, Political, and Literary. Les deux dernières phrases sont ainsi traduites en français : « C’est la violence qui a fondé l’institution originelle, et la nécessité qui a produit la soumission. L’administration qui en découle est aussi soutenue par la force, et si le peuple s’y soumet, ce n’est pas choix, mais obligation ».
25 G. Deleuze, « Instincts et institutions », in L’île déserte, op. cit., p. 24.
26 Cf. G. Deleuze, Empirisme et subjectivité, op. cit., p. 37.
27 G. Deleuze, Mille plateaux, Paris, Minuit, 1980, p. 592.
28 G. Deleuze, Foucault, op. cit., p. 82.
29 Cf. G. Deleuze, « Pensée nomade », in L’île déserte, op. cit., p. 353-354. « Trois principaux moyens de codage : la loi, le codage et l’institution. […] Et puis il y a une troisième sorte de livres, le livre politique, de préférence révolutionnaire, qui se présente comme un livre d’institutions, soit d’institutions présentes, soit d’institutions à venir ».
30 G. Deleuze, Présentation de Sacher-Masoch. Le Froid et le Cruel, op. cit., p. 78.
31 Ibid., p. 77-78. Cette légère correction de l’interprétation que Renard fait de la différence entre institution et contrat est marquée par les tentatives précoces et plus tardives de construire une distinction implicite chez Hume entre les deux. Cf. G. Deleuze, Empirisme et subjectivité, op. cit., p. 35-37 ; G. Deleuze, « Hume » (1972), in L’île déserte, op. cit., p. 232.
32 A.-L. de Saint-Just, Institutions républicaines, op. cit., p. 1091.
33 « Si un homme n’a point d’amis, il est banni » ; « Celui qui dit qu’il ne croit pas à l’amitié est banni » ; « Si un homme commet un crime, ses amis sont bannis ». Ibid., p. 1102-1103.
34 Au moment crucial de sa thématisation de l’institution dans Empirisme et subjectivité, Deleuze laisse d’abord de côté un passage important de l’Enquête sur les principes de la morale de Hume, puis il cite le Hume du Traité (p. 620, dans la traduction française) : « Bien que l’institution de la règle sur la stabilité de la possession soit non seulement utile… » (p. 37), tandis que l’original énonce : « Tho’the establishment of the rule… ».
35 Hume lui-même emploie le terme pervert. Cf. D. Hume, A Treatise of Human Nature (1739), III, 2, 9, « Of the mesures of allegiance ».
36 L’institution de la propriété intéresse par exemple beaucoup Hume, et Deleuze commente en détail les thèses sur la propriété et l’obéissance dans le Traité de la nature humaine et dans l’Enquête sur les principes de la morale.
37 A.-L. de Saint-Just, Institutions républicaines, op. cit., p. 1091.
38 G. Deleuze, Empirisme et subjectivité, op. cit., p. 27 et 29.
39 E. Balibar, Violence et civilité, Paris, Galilée, 2010, p. 48.