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    Plan

    Plan détaillé Texte intégral Les prisons de passage jusqu’à Breslau Les condamnations, puis les prisons, forteresses et camps en Allemagne jusqu’à l’hiver 1944‑1945 Les évacuations de René et de Blanche devant l’avancée des troupes russes Notes de bas de page

    Pionnier de la Résistance

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre 7. La déportation et les prisons en Allemagne de Blanche et René

    p. 149-175

    Texte intégral Les prisons de passage jusqu’à Breslau Les retrouvailles mère‑fils et la déportation en Allemagne Quatre mois à Hinzert, SS‑Sonderlager Wittlich, une prison presque « accueillante » Les multiples prisons de Blanche Grenier-Godard Les condamnations, puis les prisons, forteresses et camps en Allemagne jusqu’à l’hiver 1944‑1945 Le jugement au tribunal de Breslau Les prisons à Breslau après les condamnations Schweidnitz, prison pour René Jauer, prison pour femmes Les évacuations de René et de Blanche devant l’avancée des troupes russes Gross-Rosen Dora-Mittelbau Nordhausen et la Boelcke‑Kaserne L’évacuation de Jauer pour Blanche et ses compagnes Aichach, la dernière prison de Blanche Notes de bas de page

    Texte intégral

    1Le décret Keitel de décembre 1941 a institué la procédure « Nacht und Nebel (Nuit et Brouillard, NN)1 ». Elle est justifiée par la multiplication « des attaques contre le Reich ». Elle consiste à intensifier la répression en transférant en Allemagne les auteurs d’actes de résistance afin qu’ils y soient jugés. Un secret absolu doit entourer leur déportation et leur sort ultérieur. Des tribunaux spéciaux (Sondergericht) reçoivent la responsabilité des jugements. En février 1942, lors d’une réunion présidée par Roland Freisler, secrétaire d’État au ministère de la Justice du Reich, il est décidé que le Sondergericht de Kiel traite les affaires de Norvège, celui de Dortmund (remplacé par celui d’Essen) celles de Belgique, des Pays-Bas et des départements du Nord et du Pas-de-Calais et celui de Cologne, celles des autres départements français. Le tribunal du peuple (Volksgerichtshof) devient compétent pour les affaires NN à partir de septembre 1942. Blanche et René n’ont pas été jugés en France. Ils sont déportés dans le cadre de cette procédure spéciale qui illustre « l’immense désorganisation de la terreur nazie2 ».

    Les prisons de passage jusqu’à Breslau

    Les retrouvailles mère‑fils et la déportation en Allemagne

    2Le jeudi 4 mars 1943, le train Paris-Berlin quitte la gare de l’Est avec à son bord, dans des wagons de voyageurs aménagés en wagons cellulaires, des hommes et des femmes déportés en Allemagne. Ce sont des petites cellules d’environ 1 mètre carré, de part et d’autre d’un couloir étroit, prévues pour deux personnes. On y trouve un banc pour une personne, la seconde devant s’asseoir par terre entre les jambes du codétenu. Tôt ce matin-là à Fresnes, René Grenier-Godard, âgé de 17 ans, a été extrait de sa cellule et emmené dans une salle où il a retrouvé d’autres détenus, reçu sa ration du jour3, et récupéré ses affaires. Puis il a été emmené en fourgon cellulaire enchaîné par des menottes deux par deux et embarqué dans le train. Il s’agit du vingt-troisième transport d’hommes NN vers le SS-Sonderlager d’Hinzert.

    3Sur le quai, il croise des voyageurs pour qui la vie de tous les jours poursuit son cours. Peut-être prêtent-ils attention de façon fugace, par curiosité ou par sympathie, à ce groupe de personnes entravées et gardées par des soldats allemands en armes ? Dans le groupe, il y a des jeunes et des personnes plus âgées, certaines ayant plus de 60 ans. René a pu alors retrouver sa mère et a minima échanger avec elle par le regard. Dix femmes « NN » partent en effet ce même jour de Paris. Parmi celles-ci, on relève, avec Blanche Grenier-Godard, deux autres membres de son réseau : Raymonde Pierru et Marie Barré. Dénoncée par deux faux prisonniers infiltrés, Raymonde Pierru est arrêtée à son domicile le 28 avril 1942. Condamnée à mort par le Tribunal militaire allemand de Besançon (FK 560), elle est ensuite transférée à Fresnes où elle retrouve Blanche Grenier-Godard. Durant le transfert en Allemagne, elle côtoie René car, après-guerre, sa cheffe de réseau loue sa bonté et indique qu’elle a fourni à son fils un chandail et une écharpe. Blanche écrit alors : « Ce geste je ne puis l’oublier car pour une maman quel calvaire de voir son enfant dans un tel état et un tel dénuement4 ». Marie Barré est arrêtée en septembre 1942 et avant sa déportation, elle subit le même traitement que Blanche : 6 mois de cellule réclusionnaire à Fresnes.

    4Durant le trajet, il est possible de jeter des petits mots sur les rails par les fentes de ventilation, en espérant que des cheminots les récupèrent et les fassent parvenir à leurs destinataires. La destination du train est inconnue ce qui contribue à accentuer l’inquiétude. Pour tenter de l’apaiser, les prisonniers peuvent parler entre eux, tant que les gardiens allemands le leur permettent.

    5À l’arrivée à Trèves, les femmes descendent avec les hommes et sont conduites en prison. L’atmosphère a complètement changé. Les gardiens plutôt affables durant le trajet se métamorphosent « en hordes d’Attila le Hun » et hurlent : « Raus! Los! Maul zu! Ruhig! ». Blanche et René sont alors séparés. Ils ne se reverront qu’un an plus tard lors du jugement à Breslau. Les hommes sont pris en charge par des gendarmes allemands et dirigés vers la prison de la ville pour quelques heures seulement. Ils sont ensuite transférés dans un autre train pour le village de Reinsfeld, dernière étape avant la marche forcée vers le camp spécial d’Hinzert5. Le trajet dure environ une heure. Le train stoppe dans une petite gare en briques rouges. Ils doivent déposer leurs maigres bagages sur un chariot tiré par des détenus et sont convoyés par les Schupos jusqu’à l’orée du camp. Les nouveaux arrivés croisent des groupes de prisonniers émaciés, vêtus d’uniformes disparates de toutes les couleurs, noirs, verts, kaki. Guy Quintel, déporté NN, dans ses cahiers de souvenirs, relate le trajet de la gare au camp et les sentiments qui l’animent alors, en ces termes :

    « Nous nous mettons en colonne par quatre. […] Nous faisons 4 ou 5 kilomètres de montées et de descentes suivant une route étroite et pierreuse au milieu de la forêt de sapins. Enfin en haut d’une côte, nous sortons du bois et apercevons dans une petite vallée un joli camp avec ses baraquements, ses pelouses vertes que broutent trois chèvres et une dizaine de moutons blancs. Des hommes passent en courant sur la place centrale, d’autres portent des paillasses. Nous approchons et nous pouvons lire sur une grande pancarte : SS-Sonderlager Hinzert. Des murmures effrayés parcourent nos rangs. […] Nous entrons dans le camp et prenons position militaire. […] Je frissonne en voyant un SS qui porte sur sa casquette l’insigne de son grade de corps : une tête de mort et deux tibias6 ».

    6Peter Hassal rapporte, que pendant le trajet, ils ont traversé un petit village et croisé des femmes et des enfants allemands qui les ont à peine regardés.

    Embranchement menant au SS-Sonderlager d’Hinzert (1942)

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    © Gedenkstätte SS-Sonderlager/KZ Hinzert

    Quatre mois à Hinzert, SS‑Sonderlager

    7Le camp d’Hinzert est situé à une trentaine de kilomètres au sud-est de Trèves. En 1938, ce ne sont que des baraquements destinés aux ouvriers travaillant sur les chantiers autoroutiers et militaires de la région. Ils participent par exemple à la construction du Westwall, appelé ligne Siegfried par les Français. En octobre 1939 est construit sur le même emplacement un Polizeihaft und Erziehungslager des Reichsarbeitsdienstes, camp de police et de rééducation pour les ouvriers de l’Organisation Todt devant être rééduqués par le travail selon les normes sociales et morales du Troisième Reich7. Le camp est sous l’autorité de la SS qui interne des personnes accusées de « comportement antisocial », jugées « réfractaires au travail », « fainéants notoires » ou « ivrognes patentés ».

    8Le premier commandant du camp est alors Hermann Pister (1885-1948). Ancien vendeur de voitures, membre du Parti nazi depuis 1931, il a travaillé dans le département sécurité de l’Organisation Todt. Ayant le titre de « Chef des camps d’éducation pour les travailleurs de Westwall de l’Organisation Todt », il est responsable de l’organisation et de la supervision du « traitement disciplinaire » des personnes forcées de travailler sur le Westwall ou le Reichsautobahnen. En décembre 1941, il prend la direction du camp de Buchenwald8 et il est remplacé par Egon Zill (1906-1974). Ancien boulanger, c’est un Alter Kämpfer (ancien combattant), ayant rejoint le NSDAP (Parti nazi) dès 1923 et la SS dès 1926. L’expression Alter Kämpfer est un terme désignant les premiers membres du Parti nazi, ceux qui l’ont rejoint avant les élections de 1930, celles-ci marquant la première percée électorale du NSDAP au niveau national. Il s’agit de la « vieille garde » du parti, totalement engagée idéologiquement. Ce terme est utilisé par opposition au nom de Märzveilchen (« violette de mars ») qui désigne les membres du parti qui l’ont rejoint souvent par opportunisme après la nomination d’Hitler à la chancellerie le 30 janvier 1933. Zill ne demeure que 4 mois à ce poste avant son transfert au camp de concentration de Natzweiler en tant que commandant adjoint du camp9. Hinzert a été le camp où ils ont pu faire leurs preuves ! À partir de 1942, des prisonniers NN, résistants français, belges, néerlandais et luxembourgeois sont internés pour quelques semaines ou quelques mois. On peut considérer Hinzert alors comme camp de transit avant le transfert dans un autre lieu de détention allemand.

    Vue générale du camp d’Hinzert (1942)

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    © Gedenkstätte SS-Sonderlager/KZ Hinzert

    9On estime à environ 14 000 le nombre de détenus passés par ce Sonderlager durant sa période de fonctionnement. C’est un petit camp prévu pour 560 détenus mais qui a pu en compter parfois presque le double10. Le camp principal d’Hinzert se compose de huit grands baraquements au toit goudronné construits autour d’une place centrale. Il est entouré de barbelés et de miradors. Un portail en bois massif constitue l’entrée principale. À l’extérieur se trouve le casernement des gardes.

    10Après avoir connu le monde carcéral français depuis le 21 juillet 1942, René entre alors dans le monde concentrationnaire allemand. Sa maîtrise de la langue de Goethe a pu lui être utile pour tenter de comprendre les règles absurdes édictées par les gardiens et de survivre.

    11L’abbé de La Martinière, dans son travail sur les détenus NN, a recueilli plusieurs témoignages sur les conditions d’internement à Hinzert qui permettent de décrire les conditions auxquelles René a dû faire face durant le printemps et le début de l’été 194311.

    Camp d’Hinzert (1946)

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    © André Chauvenet, Une expérience de l’esclavage.

    12Dès l’arrivée au camp, la tension est extrême et les gardes SS les examinent comme un troupeau de bétail sur le point d’être abattu. L’entrée (Eingang) dans le camp a été détaillée par Peter Hassal12. Elle est délibérément planifiée et conçue pour intimider et montrer qui était le maître. C’est une véritable bouche de l’enfer ouvrant sur l’horreur, l’arbitraire et la soumission. Elle consiste déjà en un long appel, les prisonniers devant respecter un strict garde-à-vous. Si ce dernier est rompu un tant soit peu, les premiers coups de gourdin sont donnés par le Kapo Eugen Wipf qui vocifère : « Vous n’êtes plus à l’école ! Ce n’est pas un spa » ! L’appel achevé, les détenus sont avisés qu’ils vont recevoir un numéro qui va se substituer à leur nom. Puis le Kapo leur tient un court discours pour les briser :

    « Vous avez été amenés ici pour travailler ou mourir ! Faites votre choix ! Si vous voulez sortir d’ici vivants, votre attitude devra changer ! Vous êtes tous des saletés et des terroristes français, mais vous apprendrez le respect, ou vous partirez d’ici les pieds devant. »

    13Puis c’est au tour du troisième et dernier commandant du camp Paul Sporrenberg (1896-1961) de prendre la parole. Engagé volontaire lors de la Première Guerre mondiale, ancien représentant dans l’industrie textile, il a adhéré au NSDAP et rejoint la Sturmabteilung (Section d’assaut) dès 1922. C’est donc aussi un Alter Kämpfer. Il a intégré la SS en 1933. Celui-ci est surnommé « l’homme au chien », cette expression dans l’univers concentrationnaire se passant de tout commentaire. Il commande le camp depuis avril 1942. Il leur tient le discours suivant :

    « Vous avez été amenés ici pour être punis, parce que vous avez tous commis des crimes contre le Reich. Vous êtes tous terroristes, et je vous donne ma parole que vous paierez pour cela, mais avant de le faire, vous allez apprendre la discipline. Vous êtes ennemis du Reich, et si vous voulez partir d’ici, vous ferez ce qu’on vous dit et travaillerez très dur ! »

    14Après le départ du commandant, « l’intégration » se poursuit avec des exercices physiques destinés à briser les nouveaux arrivants : les détenus doivent former une longue file et courir autour de la place centrale du camp, de plus en plus vite. Ceux qui tombent sont battus à coup de bottes et de bâton. Puis ils doivent faire des pompes sous les coups et les bordées d’injures. Enfin, ils doivent sauter et coasser comme des grenouilles.

    15Ils sont ensuite tondus, rasés, désinfectés, douchés puis passent au Revier pour une pseudo visite médicale effectuée par deux médecins français, eux-mêmes détenus, et supervisée par un ancien maçon. Ils troquent alors leurs vêtements civils contre des vieux habits militaires devenus des guenilles. Ils vont alors dans un bureau où leur état civil est inscrit sur une fiche par des détenus luxembourgeois et on leur donne un matricule qu’ils doivent immédiatement mémoriser. S’ensuit la baraque de quarantaine pour une petite semaine. Les détenus sont ensuite affectés à une baraque (Stub). Ils sont en moyenne 80 par Stub. Ils sont affectés à un Kommando : « le Kommando de pierres » où les détenus travaillent dans une carrière ; celui « de bois » où certains déportés défrichent un espace boisé situé sur l’emplacement d’une future autoroute ; celui de « la piscine » où il s’agit de creuser un bassin dans la cour du camp ; celui de la « charrette » :

    « [C]’était une grande voiture avec une flèche pour timon. Le genre de voiture destinée à être tirée par deux chevaux côte à côte. À cette voiture les hommes étaient attelés, les uns tirant, les autres poussant. Le plus dangereux, c’était dans les descentes. Par son poids, la charrette gagnait de la vitesse sur les hommes qui ne pouvaient pas toujours la retenir. Si, par malheur, une des camarades devant tombait, la voiture lui passait sur le corps. »

    16La journée du déporté commence à 4 heures : c’est le réveil par les kapos « sifflet aux dents et trique à la main », puis un bref passage aux toilettes. C’est ensuite pendant 40 minutes la « séance de gymnastique », torse nu par n’importe quel temps, rythmée par un tambour. C’est le temps de la danse macabre du camp. Les kapos peuvent alors laisser libre cours à leur sadisme. Un de leurs exercices favoris consiste par exemple à obliger les détenus « à s’accroupir sur les talons et à sauter ainsi tout autour de la cour. Malheur à celui qui tombe exténué avant la fin du jeu13 ». Il n’est pas rare aussi que les détenus reçoivent des cruches d’eau sur le crâne, « le contenu et le contenant ». Ensuite, c’est l’appel, le nettoyage de la baraque et à 6 h 30, un petit-déjeuner frugal : une tartine avec un peu de margarine. Puis, jusqu’à 12 heures, c’est le temps du travail forcé accompli sous les coups de matraques dans les différents Kommandos. Le midi, rassemblement dans un réfectoire où leur est servie une soupe très chaude et liquide. Guy Faisant explique qu’ils doivent attendre l’ordre du SS de garde « Anfang » pour pouvoir manger, obligatoirement de la main gauche et en gardant le buste droit. À l’ordre « Fertig », ils doivent arrêter y compris les derniers servis qui n’ont pu avaler leur soupe trop chaude. Le travail reprend jusqu’à 19 heures. Le repas consiste alors en une nouvelle soupe claire avec quelques morceaux de pommes de terre et une feuille de chou mal cuite. À 22 heures, un dernier appel avant le temps du coucher immédiat.

    17Hinzert fait entrer les déportés dans la déshumanisation et la violence gratuite. Deux aspects essentiels reviennent souvent dans les témoignages des déportés : « Dans ce camp, nous n’avions pas le droit de marcher ; il fallait toujours courir pour se déplacer14 ».

    18Guy Marfort témoigne ainsi :

    « Je crois que c’est Hinzert qui a été le plus terrible. Ce qui était horrible à Hinzert, c’est qu’on vivait continuellement dans la terreur. On n’avait jamais une minute de répit. On était continuellement menacé des pires choses15 ».

    19Maurice Bredin écrit à sa mère : « Il n’y avait que les coups et le travail que l’on avait à volonté16 ». Ce régime de terreur est encouragé par Sporrenberg17.

    20René quitte cet enfer le 7 juillet 1943 pour la prison de Wittlich18. Il y a donc passé exactement 124 jours. Il a fait au début de son séjour la connaissance de Maxime Didiot. Celui-ci a été déporté à Hinzert en février 1943 et est transféré à la prison de Wolfenbüttel le 19 avril 1943. Après-guerre, il donne des détails à la famille de René, qui, sans nouvelles, essaie de connaître son sort. Il écrit alors :

    « J’ai connu votre fils à son arrivée en Allemagne au camp SS de Hinzert au début de mars 1943. Nous sommes restés ensemble jusqu’au 18 avril suivant. À cette période, il avait contracté une pleurésie par suite du froid, soignée mais non guérie. Il dut reprendre sa place dans une baraque pour recommencer à travailler19. »

    21René est donc sorti affaibli physiquement et moralement de cette première détention en Allemagne.

    22Sporrenberg supervise le départ de chaque groupe. Hassal rapporte certaines de ses paroles : « J’espère que vous avez été rééduqués ici, car cela vous servira bien ailleurs ». Le jour du départ pour Wittlich, le convoi compte 98 membres. René en est le plus jeune avec Pierre Colinchard né en avril 1926 à Rambervillers dans les Vosges20. Dans la marge est portée la mention UH, Untersuchungshaft (enquête en cours). Les deux membres les plus âgés, Louis Simonet et Auguste Berna, ont 69 ans. Des Schupos (agents de police) les escortent. Guy Quintel, né la même année que René, a fait le même voyage, fin octobre 1942. Il exprime ses sentiments au départ d’Hinzert21 :

    « Le 28 octobre, un départ. Je suis appelé ! Je pars. Je quitte l’enfer. Je préférerais attraper la peste que d’y retourner. J’y laisse ma santé, ma bonne humeur, mais j’en sors vivant. Tant d’autres y sont morts. De nouveau une nuit à Trèves. Puis, le 29 octobre, à 2 heures de l’après-midi, le train nous dépose dans une petite ville au nord de Trèves, Wittlich. »

    Wittlich, une prison presque « accueillante »

    23Guy Quintel poursuit son récit :

    « Tout est blanc, propre. J’oserais dire presque accueillant. On nous donne une tenue pénitentiaire bleue, drap-housse, couvertures, sabots, pantoufles, nécessaire complet de table ; tout ce qui est nécessaire à la propreté et à l’hygiène d’un détenu. Nous sommes interrogés POLIMENT. Nous recevons 2 litres de soupe au chou, puis conduits dans un bâtiment réservé aux détenus de moins de 21 ans. Nous sommes trois par cellule, et, après avoir reçu un morceau de pain, du fromage et du café, à 6 heures, nous pouvons enfin goûter une nuit de repos complet, sans avoir à redouter de recevoir quelques coups pendant notre sommeil. »

    24Gilbert Anquetil confirme et écrit : « À côté de ce qu’on venait de subir à Hinzert, cela nous paraissait le paradis. On n’était pas frappé, la nourriture était bien sûr rationnée mais acceptable22. » Roger Poncet témoigne aussi :

    « Les premiers jours furent pour moi un délice. Premièrement, je dormais sans cesse. Deuxièmement, je me trouvais au calme car j’étais en cellule avec deux camarades comme moi. Troisièmement, la nourriture était très bonne23. »

    25Peter Hassal a aussi fait état dans un témoignage ultérieur de la relative propreté de la prison mais aussi du choc des gardiens devant leur état physique déplorable :

    « On nous a ordonné de retirer nos vêtements civils et on nous a donné de grandes feuilles de papier brun et de la ficelle pour les emballer. Nous étions en civil depuis moins de trois heures ; il était temps de renoncer à nouveau aux objets précieux et réconfortants. Nus et dépouillés de nos vêtements civils froissés, nous avons dû ressembler à un groupe sauvage de criminels. Nos têtes étaient rasées et beaucoup d’hommes plus âgés avaient la barbe de plusieurs jours. Ce qui était pire, nous ressemblions à un tas de squelettes. Les gardiens ont été consternés quand ils nous ont regardés, mais ils n’ont rien dit et n’ont posé aucune question. Beaucoup d’entre nous, comme Maurice, portaient encore des ecchymoses suite à des passages à tabac récents, dont certains avaient été administrés il y a à peine quelques heures24. »

    26Le contraste est donc très fort avec la situation antérieure à Hinzert. Achevée en 1912, Wittlich est la première prison pour mineurs érigée en Allemagne. Toutefois ces témoignages positifs ne concernent que l’arrivée à Wittlich. La vie quotidienne y est aussi très rude.

    27Les jeunes prisonniers doivent effectuer des travaux forcés de 7 heures à 17 heures, sept jours sur sept. Une de leurs corvées consiste à réparer dans leur cellule des uniformes de l’armée allemande qui viennent du Front de l’Est. Certains ont apparemment été lavés et envoyés pour être réparés après que leurs porteurs ont été tués ou blessés, car les uniformes portaient des traces de balles et d’obus. Les détenus ont également été mis au travail pour la vannerie. L’atelier est une longue soupente mal éclairée et mal aérée. Ils réparent et fabriquent des paniers en osier qui étaient utilisés par l’armée allemande pour transporter des obus ainsi que des paniers à pommes de terre. D’autres travaillent l’osier fin, et fabriquent clandestinement, au profit des gardiens, des paniers à pain, des cache-pot, des paniers à linge.

    28Ils ont droit à une période d’exercice de 30 minutes dans la cour de la prison chaque jour, ont accès à quelques livres et assistent à la messe le dimanche. Cet « exercice physique » permet aux jeunes de moins de 20 ans de respirer en plein air. Il est organisé par l’abbé de La Martinière et par l’abbé Dellwall25.

    Fiche d’écrou à la prison de Wittlich de René Grenier‑Godard (juillet 1943)

    Image

    © Service historique de la Défense, Caen, AC 21 P 458546.

    29Parmi les témoins rencontrés par La Martinière, plusieurs brossent un tableau assez sombre des conditions de vie. Yves Lemoigne rapporte : « Pour les jeunes de moins de 20 ans, la prison de Wittlich a été quelque chose d’extrêmement dur à cause de conditions de travail inhumaines et de la méchanceté des gardiens26. » Il relate aussi des mauvais traitements. Guy Faisant est condamné à un mois de « mitard pour mauvais esprit ». Il explique ce qu’il a vécu :

    « Dans ce cachot, où l’on restait dans l’obscurité, on avait en tout et pour tout comme nourriture une tartine de pain et un peu de soupe chaque jour ; le matin, on versait un broc d’eau dans la cellule et il fallait l’éponger sans y voir clair. S’il restait un coin un peu mouillé, c’était prétexte pour supprimer le peu de nourriture à laquelle on avait droit. »

    30Guy Quintel qui utilisait le terme de « prison presque accueillante » évoque les conditions de travail dans l’atelier de vannerie et l’attitude du responsable Schuler :

    « Le chef de l’atelier est un vieux gardien chef âgé de 70 ans. Il exige de nous le maximum de travail, et distribue des coups de triques à ceux qui ne produisent pas assez. Il est aidé dans ses fonctions par un simple gardien, bête et méchant, qui, dans l’espoir de monter en grade, fait régner une discipline absurde. […] Les coups même nous laissent indifférents car si brutaux qu’ils soient, ils n’atteindront jamais le degré de férocité des gardiens SS du camp d’Hinzert, d’où il oublie que nous sortons27 ».

    31Les souvenirs d’Hinzert rendent la perception des conditions de vie beaucoup plus supportables et effectivement elles le sont.

    32Après-guerre, entre 1946 et 1949, pour les procès qui se sont tenus à Rastatt, petite ville située dans la zone d’occupation française en Allemagne28, l’abbé de La Martinière, qui fut à Wittlich de septembre 1942 à septembre 1943, couche son témoignage par écrit :

    « D’une façon générale la prison de Wittlich a été une bonne prison. Certains gardiens, par leur extrême modération, par leur cécité et leur surdité volontaires, par les multiples petits services qu’ils nous ont rendus, méritent notre reconnaissance29. »

    33L’abbé cite ensuite plusieurs gardiens par leur nom et leur surnom : « Paletot de cuir », « Bébé rose », « Bismarck ». Il fustige et demande une condamnation pour Weinsberg, « brutal et méchant pour les jeunes », Schuler, « haineux, brutal, [qui] a fait beaucoup souffrir les jeunes », Skillet, « une infâme brute » et Volhamm, « le marchand d’esclaves entrepreneur de la vannerie, un privilégié du parti ».

    34Wittlich a été sans conteste la période la moins douloureuse de la déportation de René. Il y a certainement rencontré Jacques Normand, médecin-capitaine en congé d’armistice à Vesoul, responsable du lazaret des NN-Gefangenen (prisonniers) de février à septembre 194330. Ce dernier témoigne de la vie à Wittlich en ces termes : « Wittlich était une bonne prison. Ce fut presque une oasis au milieu du désert, un abri au milieu de la tempête ». On connaît le nom de deux camarades dont René a été très proche : Jacques Can, jeune résistant né en 1926 de Rambervillers31, compagnon de Pierre Colinchard, et Henri Clerkx, résistant hollandais de 20 ans. Après-guerre, Can parle de René comme « d’un bon camarade32 ».

    35Le 10 février 1944, René est extrait de la prison de Wittlich et emmené à Breslau via Francfort-sur-le-Main, en vue d’y être jugé33.

    36Le parcours carcéral de sa mère est très différent. Mais ils ne sont jamais loin l’un de l’autre.

    Les multiples prisons de Blanche Grenier-Godard

    37Blanche Grenier-Godard reste détenue à Trèves une semaine, puis est transférée à la prison d’Aix-la-Chapelle. C’est le premier lieu de détention en Allemagne des femmes françaises NN, en attente de la mise en route de l’action judiciaire. Trois déportées qui étaient dans le train au départ de Paris l’accompagnent : Raymonde Pierru, Armande Gandon et Julie Romagon. Elles arrivent dans une ville qui a subi de multiples bombardements depuis juillet 1941. Dès leur entrée, elles passent devant une gardienne qui inspecte leurs bagages. Elles doivent remettre tous les objets qu’elles ont dans leurs poches ainsi que cigarettes, boîte à poudre et rouge à lèvres, si elles en ont, mais elles peuvent garder nourriture et nécessaire de toilette. Elles sont inscrites dans le registre du greffe puis conduites en cellule. Les détenues dorment sur de la paille humide34, certaines dans des « cages à poule », cellules étroites avec lit et seaux, le tout fermé devant par un grillage épais pour rendre la surveillance plus aisée. Ce système permet de communiquer plus facilement. La journée, les détenues travaillent. Certaines trient des boutons-pressions, d’autres fabriquent des baudriers.

    38Le transfert pour la prison de Flussbach a lieu probablement en juillet 1943. C’est un petit camp placé en pleine campagne, rattaché administrativement à Wittlich, distant de 9 kilomètres. C’est une prison de transit. Elle se compose de quatre baraquements et de deux bâtiments plus petits. À l’arrivée, les femmes sont fouillées puis mises à nu. Elles doivent ensuite revêtir une tenue de prisonnière, « chemise et culotte de grosse toile, robe et veste bleue35 ». Le travail consiste en du rapiéçage de chemises et caleçons de l’armée. Les promenades sont rares. Elles durent une quinzaine de minutes. Les détenues tournent en rond dans un pré jouxtant leur bloc, les unes derrière les autres, mains dans le dos, en ayant interdiction de parler. Le dimanche, l’aumônier de la prison de Wittlich vient parfois les entendre en confession et dire la messe après avoir officié à Wittlich. Il est porteur de messages et d’informations qui sont cachés dans les livres de messe. Les billets clandestins sont collés avec des hosties non consacrées. René étant à Wittlich, on peut penser que Blanche l’a appris. Peut-être a-t-elle découvert dans un livre de messe un message de René. À Flussbach, Blanche donne « ses soins plus moraux que physiques, n’ayant […] aucun médicament », à ses codétenues. Elle fait tout ce qu’elle peut « auprès des docteurs allemands pour obtenir les médicaments nécessaires aux soins de ses camarades de captivité malades36 ». Elle assiste notamment le docteur Allemand Hans de Saint-Paul « pour les soi-disant visites37 ».

    39Ensuite, elle est transférée à la prison de Lauban près de Breslau au début de l’automne. La chronologie est essentielle à la compréhension du choix des lieux d’internement en Allemagne pour les déportés NN destinés à être jugés. Ainsi, les transferts de compétence entre les tribunaux en Allemagne expliquent souvent les parcours de détention. La ville de Cologne, siège du tribunal chargé depuis 1942 de juger les affaires des NN venant de France, est bombardée à de multiples reprises au début de l’été 1943, avec un bombardement massif lors de la nuit du 28 au 29 juin 1943. Le siège des audiences à Cologne étant inutilisable, le Tribunal spécial est déplacé dans un premier temps à Wittlich, les premières audiences se tenant à partir du 18 juillet. Une conférence a lieu le 31 juillet. Les participants étudient le transfert massif des NN français vers la Basse-Silésie et le transfert des compétences du Sondergericht de Cologne à celui de Breslau. Les premiers transferts ont lieu fin septembre et le Tribunal spécial de Breslau est habilité à juger des affaires NN à compter du 15 novembre 1943.

    40Lauban était antérieurement une prison de travaux forcés pour les hommes. Le transfert a lieu dans des wagons de marchandise. Le trajet dure trois jours et demi, du 28 septembre au 1er octobre 1943. Si la prison est plutôt propre, les conditions de vie et de travail sont difficiles. Emma Lalevée, première femme condamnée à mort par le tribunal de Breslau, le 20 décembre 1943, future compagne de cellule de Blanche témoigne : « Lauban n’était pas une trop mauvaise prison. Il y faisait chaud. Mais, dans le hangar où nous travaillions le lin, nous avions très froid38 ». Thérèse Adloff39 confirme :

    « Nous avions un travail très dur et nous avons commencé très sérieusement à souffrir de la faim. Nous avons commencé à perdre là beaucoup de poids et quand nous sommes arrivées à Breslau, je me souviens que j’étais complètement vidée, pas seulement physiquement mais moralement et je ne savais plus où j’en étais. »

    41Blanche est transférée à Breslau pour être jugée avec René par le Sondergericht.

    Les condamnations, puis les prisons, forteresses et camps en Allemagne jusqu’à l’hiver 1944‑1945

    Le jugement au tribunal de Breslau

    42Le Tribunal spécial (Sondergericht) de Breslau a fonctionné du 15 novembre 1943 à juillet 1944.

    43L’audience des Grenier-Godard a lieu le 3 avril 1944. Sa date a été annoncée à l’avance. Une tradition est répandue parmi les femmes en attente de jugement, celle du « pain béni ». On peut penser que Blanche l’a pratiquée. Anne Marchal a expliqué en quoi cela consistait :

    « Les femmes de la même cellule se privaient chaque jour d’un petit morceau de pain sur leur maigre portion. La camarade qui devait être jugée mangeait ces petits bouts de pain, ce qui lui permettait d’économiser ses tartines qu’elle mettait de côté. Le jour où elle partait au jugement, elle emportait dans ses vêtements 4 ou 5 tartines qu’elle remettait subrepticement à son mari ou à son fils pendant les contacts à la dérobée que permettait une audience commune. »

    44Le jour de l’audience, les prévenus étaient extraits de leur cellule, devaient traverser une petite cour avant d’arriver au Tribunal. Ils marchaient les uns derrière les autres en silence. Ensuite, dans les couloirs, à l’abri des regards, les gardiens leur donnaient l’autorisation d’échanger. Cela pouvait durer une dizaine de minutes.

    45La salle est une salle d’audience ordinaire. Le déroulement et les acteurs du procès peuvent être reconstitués et identifiés grâce à plusieurs témoignages recueillis par l’abbé de La Martinière40. Il faut noter toutefois qu’ils sont parfois contradictoires. Ainsi, certains parlent de 6 ou de 3 juges habillés en rouge. Pour un autre témoin, ils sont vêtus de robes noires. Le plus souvent, il n’y a pas d’avocat. Il n’est présent que pour les affaires très graves. On relève la présence d’un ou exceptionnellement d’une interprète. Un juge lit l’acte d’accusation. Aucun témoin n’est entendu. La Cour parfois auditionne un médecin et pose quelques questions aux accusés. Les audiences sont très courtes : de 10 à 30 minutes, jugement compris. Un recours en grâce est ensuite possible.

    46Blanche Grenier-Godard est condamnée à mort pour avoir « aidé dans plus de 100 cas des prisonniers de guerre évadés et des juifs à passer la ligne de démarcation », selon le texte allemand du verdict41. Son fils est condamné à trois ans de détention « pour aide aux prisonniers de guerre évadés ». Sa mère rend compte en ces termes de l’attitude de René :

    « [A]u conseil de guerre de Breslau, a eu une attitude magnifique. Sa peine de mort ayant été commuée en trois ans de prison, […] pendant notre délibération au Conseil de guerre, il a refusé toutes circonstances atténuantes en offrant sa vie pour sauver la tête de sa petite maman42 ».

    47Plus tard, Blanche évoque de façon poignante cette dernière fois où elle a vu son fils aîné avant de franchir la section des condamnés à mort le 3 avril 1944 à 15 heures : « Dans sa tenue de prisonnier, il en imposait et gardait malgré tout une allure d’élégance. Son regard était le reflet de son âme ». Elle rapporte ses dernières paroles :

    « Je crois, ma chère petite maman que c’est un au revoir au ciel, mais il faut que tu saches une chose qui doit te consoler, c’est que dans n’importe quelle circonstance, jamais la mort ne m’aura fait peur. J’offre ma vie pour le salut de la France et des âmes et il n’est pas permis à tous d’en faire autant. Je prierai tant pour toi, ma chère petite maman que j’aime tellement. Je sais que tu rentreras, car papa et notre Jeannot ainsi que tous ont tant besoin de toi. Tu dois continuer l’œuvre que nous avions commencée43. »

    Les prisons à Breslau après les condamnations

    48René après le jugement est transféré dans une autre prison de Breslau, Kletschkaustrasse-Gefängnis44. Il y demeure trois mois avant le départ pour Schweidnitz. C’est une prison sale, infestée de punaises. Peter Hassal décrit dans ses mémoires sa première nuit à Kletschkaustrasse :

    « C’était une prison sombre, sale et sans âme. La première nuit, il était impossible de dormir, car de tous les coins de ma cellule, j’ai été attaqué par des punaises de lit suceuses de sang. Elles ont mordu chaque partie de mon corps, et après en avoir écrasé des dizaines, mes mains et ma cellule sentaient leur odeur aigre-douce. Parfois, l’un de nous était envoyé faire des petits travaux dans la prison : comme nettoyer une cellule, laver les toilettes et les couloirs. Notre plus grande préoccupation était de créer des menus, car nos esprits étaient totalement concentrés sur le manque de nourriture45 ».

    49Les prisonniers sont contraints de fabriquer des enveloppes.

    50Après sa condamnation, Blanche est ramenée dans une section spéciale de la prison, très isolée. On lui donne de nouveaux vêtements, sans ceinture et sans lacet. On la conduit dans une nouvelle cellule qu’elle partage avec deux autres condamnées à mort. On connaît leur identité : Maria Durivaux, sœur Eustache (Marie Wachs), la première nommée étant remplacée ultérieurement par Emma Lalevée. Maria Durivaux est exécutée le 24 août 1944. À son procès, un juge lui aurait dit : « Dans notre pays, les êtres nuisibles comme vous on les extermine ».

    51Avant 1939, elle était trésorière départementale du Secours populaire de Meurthe-et-Moselle, membre du PCF et du Comité des femmes contre la guerre et le fascisme. Elle s’était engagée très tôt dans la Résistance. Emma Lalevée et sœur Eustache ont tout comme Blanche aidé des prisonniers évadés à gagner la zone non occupée dès l’automne 1940. Leur réseau était en Meurthe-et-Moselle. La cellule des condamnées à mort comporte une porte vitrée afin de pouvoir les surveiller jour et nuit. L’éclairage électrique fonctionne en permanence. La pièce est exiguë et a un seul lit et deux paillasses. Les journées sont monotones. Les prisonnières sont affectées au travail de la plume. Elles doivent les trier. Par crainte qu’elles ne s’échappent, elles sont entravées à chaque alerte aérienne, parfois plusieurs fois par jour. Les détenues ont droit à une promenade de 15 minutes quotidiennes durant lesquelles elles sont séparées des autres prisonnières.

    52Les mardis et les jeudis sont les jours de départ ; les condamnées pensent que c’est pour leur exécution. On imagine leur angoisse lorsqu’elles sont extraites de leur cellule. Si leurs proches ignorent leur sort, les détenues sont aussi maintenues dans l’ignorance de leur destin. En réalité, la majorité des condamnées à mort sont conduites dans une cellule de départ. Lorsqu’elles comprennent que leur rendez-vous avec la mort est repoussé, le choc est grand. Emma Lalevée a expliqué qu’elle a été incapable de s’habiller elle-même, « assommée par la surprise et la joie de savoir qu’elle n’était pas exécutée mais qu’elle partait avec les autres ». Blanche quitte Breslau pour la forteresse de Jauer le 28 juillet 1944. Sept autres compagnes sont transférées avec elle dont sœur Eustache.

    Schweidnitz, prison pour René

    53Le 17 juillet 1944, René quitte la prison de Breslau à destination de Schweidnitz avec un groupe de 16 condamnés. Neuf déportés ont moins de 20 ans. On note la présence d’un Belge, François Pince et d’un Anglais, Peter Hassal, dont le témoignage a déjà été cité, tous deux âgés de 18 ans. Le trajet s’effectue en partie à pied puis en camion, les deux villes étant distantes d’une cinquantaine de kilomètres. Ils sont retardés par de nombreux véhicules militaires et par les premiers réfugiés.

    54Construite en 1882, Schweidnitz est une prison d’application de peine pour les NN condamnés à Breslau. Les conditions de détention sont déplorables : promiscuité, maladies non soignées dont la tuberculose, punaises de lit, nourriture insuffisante et de mauvaise qualité. Les corps éprouvés par déjà deux longues années de détention souffrent et s’affaiblissent. Le moral est peut-être meilleur car les détenus peuvent percevoir chez les gardiens allemands le syndrome « les Russes arrivent ». L’effectif est compris entre 150 et 200 détenus. Les prisonniers travaillent dans deux ateliers. L’un regroupe les spécialistes, mécaniciens et tourneurs. Ils font les deux/douze, une fois de jour, une fois de nuit. Les autres sont affectés dans le groupe des non-spécialistes. Ils travaillent pour Siemens. Ils font des travaux d’ajustage ou de tournage, découpent des matrices de pièces destinées à des appareils radios selon le contremaître civil allemand qui les encadre. D’autres détenus doivent peindre des coffrets pour des téléphones de campagne.

    55René demeure environ 6 mois dans cette prison. Il y côtoie à nouveau Jacques Can et Henri Clerkx.

    Jauer, prison pour femmes

    56Jauer est une petite ville de Basse-Silésie, située à 60 kilomètres au Sud-Ouest de Breslau et à moins de 10 kilomètres de Gross-Rosen. La prison est une Frauen- Zuchthaus (prison de travaux forcés pour femmes) installée dans un ancien château. En septembre 1945, l’effectif total de la prison est de 1 555 femmes dont environ 400 NN venant de France, Belgique, Norvège, et des Pays-Bas. Fernande Beaufays de Liège, qui y retrouve Blanche, en a fait une description crue :

    « La forteresse était un vieux château du xive siècle, des murs épais de 1 min 50 s, froid et triste. Dans la cour étaient enterrés les châtelains de l’époque ; les cachots genre oubliettes, les surveillantes d’une cruauté féroce46. »

    57Les condamnées travaillent 12 heures par jour. Elles sont réparties dans plusieurs ateliers en fonction de leur état physique : certaines font des duvets avec des plumes ; d’autres des pantoufles, des gants, des pièces pour masque à gaz, des cordages pour bateau, ou des filets à provision. Il y a « le prolétariat des boutons, la basse classe » où sont mises les détenues qui « n’étaient plus déjà en très bon état47 ». Certaines sont affectées à un Kommando extérieur à Schweidnitz qui travaille pour Siemens et fabriquent des pièces pour sous-marins ou pour V1. Elles sont vêtues d’une robe de coton noire et portent un brassard jaune.

    58Plusieurs éléments prouvent que l’engagement de toutes ces femmes dans la Résistance ne s’est pas arrêté le jour de leur arrestation. Elles ont initié des actions très diverses. Un groupe d’une douzaine de femmes communistes a lancé une grève en expliquant qu’elles refusaient de travailler pour l’armement allemand. Elles sont toutes emprisonnées en cellule disciplinaire et au bout de trois semaines reprennent leur place dans l’atelier. Marie-Louise Chatel porte un regard lucide sur cette action et la qualifie de « Don Quichottisme » car les militantes communistes n’ont pas réussi à persuader les autres femmes de les rejoindre dans cette lutte et elles ont dû rentrer dans le rang. Elles changent ensuite de stratégie et essaient de ralentir la production en passant de « la rébellion ouverte » à « la grève perlée » en ayant les rendements les plus bas possibles. Parfois leur sabotage n’a pas le résultat escompté. Thérèse Adloff travaille dans l’atelier qui fabrique des filets à provision et des pantoufles48. Elle raconte qu’une de ses camarades a volontairement « fait une pantoufle qui n’avait aucune allure ; elle était énorme ». Alors que Thérèse Adloff pense qu’elles vont se « faire attraper », elles sont complimentées par le directeur et l’industriel qui a donné le travail car ils considèrent que « cette pantoufle est admirable pour les blessés des pieds ». On leur demande d’en faire beaucoup de semblables. La résistante française conclut son anecdote : « Naturellement, nous nous sommes mises à faire des pantoufles minuscules. »

    59Les conditions de vie sont très rudes : froid, humidité, maladie, malnutrition, paillasses pleines de punaises, sentiment que la guerre ne se terminera jamais (certaines détenues, telles Agnès Gwose, ayant été arrêtées dès 1941)49. Elles dorment dans un dortoir situé sous les combles. Il y a des bidons d’eau pour la toilette et d’autres servent de tinette. Ces conditions affaiblissent des corps déjà malades. Françoise Michel décède le 20 janvier 1945. Blanche écrit un courrier à Simone Harrand. Elle lui explique les circonstances de la mort de Françoise Michel, une tuberculose très mal et trop tardivement soignée50. Blanche parle aussi de son moral :

    « Pour moi, mon moral est toujours très bon. Ce qui me tourmente le plus c’est mon cher grand. J’ai su qu’il était à Schweidnitz par le bureau, mais depuis, je n’ai aucune nouvelle ? Quel bonheur de le revoir ; je n’ose y penser. »

    60René occupe toutes ses pensées et l’espoir de le revoir est, pour Blanche, une des raisons de sa lutte pour la survie.

    Les évacuations de René et de Blanche devant l’avancée des troupes russes

    61« Comment un petit Français saura se taire, souffrir et mourir pour le salut de son pays. » Ces paroles auraient été prononcées par René un ou deux mois avant son arrestation à des amis intimes. Elles ont inspiré la devise brodée sur le drapeau du réseau après-guerre : « Prier, Souffrir, Se Taire ». René, durant l’hiver 1944-1945, a connu beaucoup de souffrances et il en est mort. Les événements qu’il a subis durant ces 4 mois sont connus grâce aux courriers écrits par Maxime Didiot en 1946 et 1947 à la famille de René et aux listes de transport, de recensement et d’infirmerie renseignées par la bureaucratie nazie.

    Gross-Rosen

    62Quelques jours avant Noël 1944, alors que le front se rapproche inexorablement, les autorités nazies décident de rassembler les détenus NN emprisonnés en Silésie à Breslau, puis de les évacuer au camp de concentration de Gross-Rosen. René a quitté Schweidnitz début janvier 1945 avec 80 camarades, soit une grosse moitié des détenus de Schweidnitz. 80 % n’ont pas survécu. Ceux qui sont restés à Schweidnitz sont évacués vers la prison d’Hirschberg le 17 février, les transports pour Gross-Rosen n’étant plus possibles en raison de la percée russe.

    63Maxime Didiot a décrit les conditions dantesques vécues par les déportés en janvier 1945 :

    « La vie y fut épouvantable, un vrai bagne d’extermination. […] Là y moururent un très grand nombre de nos camarades, de tuberculose, dysenterie, typhus, plaies infectées et d’épuisement. Nous ne travaillions pas, mais c’était la faim, le froid, les coups, la vermine, et les brutalités inimaginables des surveillants, des droits communs allemands ou polonais ; en plus une nourriture infecte et les tortures morales et physiques ».

    64Il ajoute : « René a supporté cette vie » mais son état de santé s’est encore dégradé. D’après le registre alphabétique, René est enregistré dans le camp avec le no 11094051. Les conditions sont dramatiques. Il retrouve Pierre Colinchard, (matricule 111 267) le jeune Vosgien, qui avait quitté Hinzert pour Wittlich en même temps que lui, et Jacques Can (matricule 116 848). Ils ne se quitteront plus. Jacques Normand, le médecin qui a côtoyé René à Wittlich, est arrivé à Gross- Rosen en septembre 1944. Il a décrit, après son retour en France, la sauvagerie quotidienne, le manque de soin, de nourriture et la promiscuité52. Il rapporte qu’après l’arrivée « en grande quantité des prisonniers des camps polonais » le nombre de détenus est passé d’environ 15 000 à presque 40 000. Ils doivent alors coucher à 3 ou 4 par lit et la ration de nourriture est encore plus faible, « une mauvaise soupe extrêmement claire et non salée de rutabagas avec un peu de mauvais pain sec ».

    Dora-Mittelbau Nordhausen et la Boelcke‑Kaserne

    65Début février 1945, les gardiens font évacuer le camp pour éviter que les prisonniers ne soient libérés par l’Armée rouge alors à quelques kilomètres du camp. Environ 40 000 prisonniers, dont la moitié de juifs, sont contraints de prendre part à des « marches de la mort » ou de monter dans des « trains de la mort ».

    66Maxime Didiot fait partie des premiers évacués, le 8 février. Son transport vers le camp de Dora-Mittelbau53, dans des wagons à charbon découverts, a duré quatre jours et trois nuits avec pour seule ration 900 grammes de pain. À l’arrivée, 600 de ses camarades sont morts d’épuisement et de faim, et les SS ont abattu une centaine de détenus jugés trop faibles pour survivre. Maxime pense que René a été dans le deuxième convoi et que ses conditions de transport ont été encore plus dures. La liste de transport mentionne la date du 11 février 194554. Le convoi s’est déplacé alors que les chutes de neige ont été abondantes. Le docteur Normand est dans le même train. Il donne une vision apocalyptique du voyage :

    « Je fis partie de la deuxième série de départ. On nous rassemble sur la place d’appel sans nous laisser le temps d’emporter quelque chose. […] En avant dans la direction de la gare qui était distante de 5 kilomètres environ. […] On nous fit monter dans des wagons découverts, 75 à 80 par wagons ; nous n’avions pas le droit de rester debout ; nous devions nous asseoir. Comme la place manquait, il fallait être accroupi dans une situation extrêmement inconfortable. Si quelqu’un se levait sans autorisation, une balle dans la tête l’asseyait définitivement. J’en ai été témoin personnellement. La nuit évidemment le manque de place nous empêchait de dormir. Il ne fallait pas d’ailleurs le faire car immédiatement un Ukrainien ou un Polonais, couteau à la main, venait vous dévaliser. Il m’a fallu à plusieurs reprises me défendre à coups de pied et à coups de poing. Pur comble de malheur, il neigeait. Nous fûmes ainsi 4 jours et 4 nuits, sans toucher le moindre ravitaillement. Bilan : j’eus les pieds gelés ainsi que les nombreux camarades et sans compter les malades qui devaient mourir quelques jours après, on débarqua à l’arrivée 300 morts de notre train qui contenait environ 2 500 prisonniers ».

    67Maxime Didiot est mis dans le bloc 135, celui de quarantaine. Il y retrouve René et le décrit comme étant à l’agonie : « René est venu nous retrouver, terriblement atteint déjà, tuberculose pulmonaire et dysenterie microbienne, squelettique et épuisé ; nos malades sans soin, pas d’hygiène et pas de médicament. ». Maxime explique ensuite qu’il est avec René dans la même aile de la baraque pendant environ 20 jours, du 15 février au 5 mars. Il poursuit son récit :

    « Il souffrit affreusement. Je ne peux vous dire son moral. Tel qu’il était à ce moment, il ne pouvait pas se rétablir ; un cadavre vivant. Il faut avoir vu cela pour le croire, la mort régner en maître. Comme tant d’autres, il dut se replier sur lui-même en dehors de la réalité. »

    68René est ensuite transféré dans « une infirmerie comme contagieux et inguérissable ». Il ajoute avec pudeur : « Vous ne saurez jamais comment il dut y mourir, je connais la manière allemande. »

    Carte d’identification de René à Dora-Mittelbau (1945)

    Image

    Archives Arolsen.

    69Les archives et en particulier le témoignage du docteur Normand permettent de connaître les derniers jours de René. Il est envoyé à la Boelcke-Kaserne le 17 mars 194555. Les SS décident à partir de mars 1945 de transférer dans ce camp satellite de Mittelbau les prisonniers en phase terminale qui ne pouvaient plus travailler. Ce sont les blocks 6 et 7 d’après le témoignage de Jacques Normand. Il nomme les détenus présents « les camarades atteints de Korperschwache » (corps faible) et décrit ainsi ce lieu :

    « Les blocks étaient d’anciens garages à tanks. Supposez une immense salle en ciment nue, sans un seul lit, seulement un peu de paille de bois et encore en très petite quantité. Là-dedans, un millier d’hommes et des cadavres dans les coins. Les chefs des blocks 6 et 7 étaient des brutes immondes et assommaient à la moindre occasion les pauvres malades. Combien sont morts sous leurs coups !! […] Les malades bien entendu ne travaillaient pas. Mais comme il fallait les occuper, sous le contrôle d’un SS, on organisait des visites de poux suivies d’arrosage copieux au liquide désinfectant qui laissait les hommes trempés et grelottants. Les cadavres comme je l’ai vu écrit par un camarade tombaient inaperçus. La mort était devenue une chose absolument sans intérêt, indifférente. On enlevait les cadavres et on les mettait dans un coin du garage56 ».

    70Dans la brochure Mémorial des camps de Dora-Ellrich, l’arrivée des détenus à la Boelcke-Kaserne est décrite avec précision. C’est un voyage presque toujours sans retour :

    « Le 18 mars, tous les exempts de travail […] sont rassemblés sur la place d’appel. […] La visite s’organise : les plus faibles sont mis de côté, leur liste s’établit et au bout de cinq heures, des camions viennent enlever ces débris humains, épuisés par ces appels et contre-appels sur cette place battue de vents glacials, se vidant de dysenterie sous les coups des kapos. Debout encore, serrés les uns contre les autres, au point de ne plus pouvoir respirer, ils roulent pendant trente minutes. Sous une grêle de coups de bâton, ils descendent dans une cour entourée de barbelés avec, à gauche, de grand hangars, anciens garages de tanks, et à droite de coquets pavillons entourés de jardinets où habitent des SS et leurs familles. C’est Boelke-Kaserne, à Nordhausen. […] Les appels et contre-appels se succèdent. Alors ils peuvent enfin entrer dans les garages, mais il faut encore décliner nom matricules et nationalités. Les rangs se reforment jusqu’à ce qu’un sous-officier SS vienne procéder à l’appel et au contre-appel. À bout de forces, beaucoup tombent et ne se relèvent pas malgré les coups du chef de block. Les formalités terminées, tous se laissent tomber sur le ciment dont ils ne sentent ni la dureté ni le froid tant ils sont épuisés. Mais le chef de block se jette sur eux en aboyant des “Aufstehen” et faisant tournoyer son bâton. Dix hommes restent étendus sur le ciment, sanglants, le crâne fendu. Les voilà à nouveau debout, dans un grand silence, frissonnant dans ce garage ouvert à tous les vents aigres du soir qui vient et qui fait monter la fièvre des tuberculeux et des dysentériques57 ».

    71Une mince couche de frison faisant office de paillasse a été répandue sur le sol des hangars. Les jours suivants, la violence est omniprésente. Les nuits sont aussi mauvaises que les jours sans eau pour se laver et sans place pour se reposer. Chaque matin, les morts de la nuit sont dépouillés de leurs haillons, jetés dans un appentis et ensuite transportés à Dora pour être incinérés. Les Français sont en butte quotidiennement à l’hostilité et à violence de détenus russes et polonais.

    72Ainsi, deux garages vides servaient de « logement » aux prisonniers. Il n’y avait ni lits ni installations pour se laver ; les détenus malades et mourants gisaient sur le sol en béton et étaient en grande partie livrés à eux-mêmes. De mars à début avril 1945, plus de 3 000 personnes sont décédées dans ce mouroir, presque un pourrissoir. René y meurt le 2 avril, à 19 ans et 9 mois58. La date est sujette à caution car on trouve parfois dans les documents celle du 25 mars. Ce qui est certain c’est qu’il est mort « en laissant un exemple admirable de courage, de résignation et de foi59 ».

    L’évacuation de Jauer pour Blanche et ses compagnes

    73Devant l’avancée des troupes soviétiques, les détenues NN de Jauer sont évacuées par deux transports. Le premier à destination de Ravensbrück quitte Jauer le 22 janvier 1945. Le transport emmène 113 prisonnières dont 93 Françaises. Le second est évacué de la forteresse le 28 janvier. Une poignée de femmes sont restées à Jauer, trop affaiblies pour prendre la route. Parmi elles se trouve Domenica Compagnoni, surnommée « la petite Alsacienne », arrêtée après dénonciation à Belfort en août 1942. Ces femmes sont libérées par l’Armée rouge le 13 février 1945.

    74Joseph de La Martinière a raconté en détail le périple qui conduit les femmes de Jauer à Aichach à partir d’une vingtaine de témoignages60.

    75Le samedi 27 janvier 1945 est consacré aux préparatifs de l’évacuation. Les détenues récupèrent leurs vêtements civils et leurs affaires, ce qui n’est pas sans poser de problèmes aux femmes qui ont été arrêtées l’été. Elles retrouvent pour certaines leur tenue légère du jour de leur arrestation. Grâce à des compagnes qui ont des surplus, elles sont toutes habillées plus chaudement. Sur les conseils de trois détenues norvégiennes, elles se confectionnent des bottes avec des bandes de couverture solidement enroulées.

    76Le lendemain, lever à 4 h 30, puis départ après 6 heures Les conditions climatiques sont extrêmes : neige et gel intense.

    77Marie Barré, Blanche Saillard, Fernande Beaufays, Agnès Gwose et Simone Harrand sont évacuées avec Blanche. Le groupe d’environ 1 200 femmes est escorté par des hommes du Volksturm, des anciens combattants de la Grande Guerre, des jeunes de 15 ans appartenant à cette milice militaire créée en 1944 par le Troisième Reich pour aider la Wehrmacht dans la défense de l’Allemagne, et par quelques gardiennes volontaires.

    78L’évacuation s’effectue dans un premier temps à pied, sur des chemins enneigés qui vont les conduire en plus de deux semaines à Lobau. La première partie est la plus difficile. Elles parcourent jusqu’à une trentaine de kilomètres par jour, dans la neige et le froid. Elles passent la nuit dans des lieux inadaptés pour prendre du repos : une briqueterie, une porcherie, une usine de lin. Les repas sont aléatoires et frugaux. Les gardiens étant peu nombreux, certaines en ont profité pour s’évader. C’est le cas de Simone Harrand le 29 janvier. Du 5 au 11 février, elles sont détenues à la prison de Görlitz. Les femmes les plus épuisées ne reprennent pas la route et restent au lazaret de la prison ; certaines ont les doigts et les pieds gelés. Une compagne de Blanche a rendu hommage à son abnégation et son dévouement dans ses mémoires : « Blanche Grenier-Godard s’était dévouée tant qu’elle avait pu pour les malades, mais sans disposer de remèdes61 ».

    79Puis, elles sont conduites à la gare de Lobau. Un train de marchandises avec des wagons de voyageurs accrochés doit les conduire à Aichach en Bavière. Leur convoi quitte la gare le 14 février. La progression est très lente, les gares traversées sont bondées de réfugiés qui fuient l’avancée des troupes soviétiques. Souvent, le train est immobilisé de longues heures car les voies sont encombrées de trains de troupes et de matériel de guerre. Le ravitaillement est de plus en plus réduit. Enfin, peu avant l’arrivée à Aichach, le convoi est mitraillé par des avions alliés. Aucune déportée n’est blessée. Elles entrent dans leur dernière prison, Aichach, le 22 février 1945.

    80Leur voyage a duré 28 jours. Toutes les femmes qui y ont participé en parlent comme « d’une marche de la mort ». En réalité, la plupart des femmes qui ont quitté la prison de Jauer le 28 janvier 1945 ont survécu. Leur périple a été très dur, et beaucoup en ont porté dans leur chair les séquelles physiques, mais il a été sans commune mesure avec les évacuations de Gross-Rosen, Dora ou Auschwitz. Les détenues qui ne pouvaient plus suivre n’ont pas été abattues. Sans conteste, ce sont des femmes épuisées, meurtries dans leur chair, malades, qui entrent dans la prison d’Aichach, mais ce sont aussi des femmes qui ont montré un courage, une solidarité et un instinct de survie hors du commun.

    Poème de Jane Darbois, annoté de la main de Blanche (1945)

    Image

    ADCO, 6 J 351.

    81Jane Darbois a rédigé un poème qui décrit les conditions inhumaines de cette évacuation : « Elles pleureront de froid, de faim et d’abandon » ; « la faim, le froid, la peur tracent sur leurs visages des masques effrayants de désespoir » ; « des jours encore sans pain, sans repos et sans eau useront la santé de nos pauvres compagnes ».

    Aichach, la dernière prison de Blanche

    82Aichach est une prison située près d’Augsbourg. Elle a été construite au début du xxe siècle et était destinée à la détention de femmes catholiques. Le directeur de la prison est un aristocrate, Hermann von Reitzenstein62. Il est à la tête d’une prison surpeuplée. L’effectif des détenues est passé de 681 détenues en octobre 1940 à plus de 3 300 en février 1945. L’arrivée des 222 détenues NN de Jauer s’effectue donc dans une prison surpeuplée.

    Fiche de santé de Blanche Grenier-Godard (14 mars 1945)

    Image

    Archives privées Grenier-Godard.

    83Les conditions de détention sont à nouveau effroyables : rations alimentaires de plus en plus réduites au fur et à mesure de l’avancée du front (« soupe liquide sans sel ») ; tension nerveuse face aux alertes aériennes quotidiennes ; hygiène déplorable. La situation sanitaire des détenues se dégrade.

    84La fiche de santé de Blanche Grenier-Godard fait le bilan de ses multiples affections. Elle ne pèse plus que 30 kilogrammes. Le médecin qui l’ausculte fait état d’une blessure au genou, de problèmes cardiaques et pulmonaires63.

    85Les détenues attendent avec impatience leur libération. Elles ont des informations sur la situation à l’extérieur par des gardiennes. Les combats se rapprochent. Le 25 avril 1945, Blanche écrit un poème intitulé « Délivrance64 ». En voici de larges extraits :

    Délivrance
     
    Un grand espoir se lève dans mon cœur tout ému
    Mystérieux signal jusqu’alors inconnu
    Présage merveilleux d’un grand événement
    Qui sera là demain tout mon être le sent […]
    Ecoutez dans le vent qui frémit et qui passe
    Tout nous parle déjà d’espace et de liberté
    D’où vient, mais d’où vient cette force inconnue
    Qui transporte mon âme au-delà de la rue
    Cela circule en moi jusqu’à la moindre fibre
    Et fait battre mon cœur et tourbillonne et vibre
    Je ne vis plus ici, tout mon être s’évade
    Court au foyer chéri après tant d’années d’angoisses et de larmes
    Que la maison soit prête et fleurie
    Nous arrivons demain avec mon cher fils bien-aimé […]
    Ecoutons la sonner, laissons battre nos cœurs
    Elle arrive, elle est là et voici nos chers vainqueurs
    Et toi ma belle patrie, écoutez les échos
    Qui viennent enfin mettre un terme à tous nos maux […]
    Fait en pleine zone de combats, en Bavière dans l’attente de notre libération
    Aichach, Bavière, le 25 avril 1945
    Minou

    86On perçoit, dans ses lignes, la soif de liberté, l’espérance et l’attente joyeuse. Blanche est déjà tournée vers l’avenir et s’imagine de retour chez elle avec « son cher fils bien-aimé ». Comme toute mère, elle n’imagine pas le pire pour lui. On perçoit aussi à nouveau clairement son patriotisme.

    87Aichach est libérée le lendemain par la 101e division aéroportée de l’armée américaine. Les femmes libérées demeurent toutefois dans la prison et les plus malades dont Blanche sont transférées dans l’hôpital civil de la ville.

    88La famille de Blanche reçoit les premières nouvelles fin avril. Un courrier du comité de Reims de la Croix-Rouge française rapporte le témoignage d’une déportée qui donne des signes de vie de Blanche datant de septembre 1943. Le comité souhaite de tout cœur que la famille de Blanche soit rassurée dans un avenir proche. L’Agence centrale des prisonniers de guerre du Comité international de la Croix-Rouge transmet un télégramme daté du 14 mai 1945 : « Famille Grenier-Godard 43, rue Saumaise Dijon Côte-d’Or vous informons Grenier-Goddard (sic) née 12 août 1900 actuellement soignée Lazaret à Aichach Bavière sous protection armée alliée ».

    Notes de bas de page

    1 La Martinière Joseph de, Les NN – Le décret et la procédure NN, 2e édition, Paris, FNDIRP, 1989.

    2 Chapoutot Johann, « Nacht und Nebel. Au cœur de la machine nazie », dans L’Histoire no 491, janvier 2022, p. 12-20.

    3 Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, Fonds Joseph de La Martinière (FJM), 614, témoignage de Raymond Cabadais : « 1/3 de boule de pain, 1 beau morceau de beurre, deux morceaux de pâté, 1 morceau de saucisson ». Archives de Jersey, témoignage de Peter Hassal : « une tranche de pain noir et des saucisses ».

    4 ADCO, 6 J 349, attestation établie par Blanche Grenier-Godard le 26 juin 1948.

    5 La Martinière Joseph (de), Mon témoignage de déporté NN, tome 2 : Hinzert, Paris, FNDIRP, 1989.

    6 FJM, 614, témoignage de Guy Quintel rédigé à la prison d’Hirschberg ; né le 5 août 1925 à Choisy-au-Bac (Oise), déporté le 18 juin 1942.

    7 Seidler Franz W., Die Organisation Todt. Bauen für Staat und Wehrmacht 1938-1945, Koblenz, Bernard & Graefe, 1987.

    8 Orth Karin, Das System der nationalsozialistischen Konzentrationslager, Pendo Verlag, Hamburg, 2002.

    9 Steegmann Robert, Le Camp de Natzweiler-Struthof, Paris, Éditions du Seuil, 2009.

    10 Chauvenet André, Une expérience de l’esclavage : prisons et camps de Fresnes, Hinzert, Wittlich, Treves, Tegel- Berlin, Bautzen, Dresde, Radeberg, Buchenwald (21 janvier 1942-23 avril 1945), Thouars, Imprimerie Nouvelle, 1947, p. 23‑53.

    11 AN, 72 AJ 328, Guerre de 1939-1945, archives du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale ; camps et prisons : Hinzert.

    12 Avec son ami Maurice Gould, ce sont les premiers Anglais internés dans ce camp.

    13 FJM, 614, témoignage de Guy Quintet.

    14 Témoignage de Guy Faisant, né le 23 octobre 1925 à Rennes, déporté le 4 juin 1942 ; élément confirmé par André Clisson et Guy Quintel.

    15 Témoignage d’Henri Marfort, né le 16 décembre 1921, Nancy, déporté le 26 juin 1942.

    16 FJM, 589506, lettre écrite par Maurice Bredin depuis la prison de Butzbach, située au nord de Francfort-sur-le-Main.

    17 Sporrenberg parvient à se cacher à la fin de la guerre et n’est arrêté qu’en 1960. Il décède avant l’ouverture de son procès en 1961.

    18 FJM, 5893, transports.

    19 ADCO, 6 J 350, courrier 7 juillet 1947.

    20 Il est arrivé à Hinzert le 13 février 1943. Après Breslau et plusieurs autres prisons, il meurt en même temps que René début avril 1945 à Dora.

    21 FJM, 5895, témoignages.

    22 FJM, 589504-05, témoignage de Gilbert Anquetil ; né à Rennes le 23 novembre 1926, déporté le 4 juin 1942.

    23 Témoignage de Roger Poncet.

    24 https://www.frankfallaarchive.org/prisons/wittlich-prison/#&gid=1&pid=1, (consulté le 20 juillet 2021), Frank Falla Archive, onglet Wittlich.

    25 FJM, 184005, témoignage de La Martinière.

    26 FJM, 589512, témoignage d’Yves Lemoigne.

    27 FJM, 589520-22, témoignage de Guy Quintel.

    28 Pendaries Yveline, Les procès de Rastatt : le jugement des crimes de guerre en zone française d’occupation en Allemagne de 1946 à 1954, thèse de doctorat d’État en langues et littératures germanique et scandinaves, dir. Anneliese Callède, université de Paris X, 1993.

    29 FJM, 589822-25, correspondance avec Dieter Burgard qui enquête sur le camp de Wittlich, 19 juin 1948.

    30 AN, F 9 5568, rapport écrit par Jacques Normand le 1er mai 1945 à son retour de déportation, p. 20.

    31 Thiery Laurent (dir.), Le livre des 9 000 déportés de France à Mittelbau-Dora, camp de concentration et d’extermination par le travail, Paris, le Cherche-midi, 2020, p. 371‑372.

    32 SHDC, AC 21 P 458546, copie d’un courrier de 1946 écrit par Jacques Can à Blanche.

    33 Archives Arolsen, 1.2.2.1 / 103886401.

    34 FJM, 503301, divers témoignages, après-guerre.

    35 Témoignage de Marie-Antoinette Marie.

    36 SHDV, GR 18 P 24, dossier d’homologation du réseau Grenier-Godard, attestation de Domenica Compagnoni, février 1947.

    37 ADCO, 6 J 348, lettre manuscrite de Domenica Compagnoni ; Chauvenet André, Une expérience de l’esclavage…, op. cit., p. 57‑58 ; description physique et morale de Saint-Paul faite par le docteur Chauvenet : « homme intelligent et à l’esprit critique assez développé pour qu’il fût antinazi. […] C’était un admirateur des cultures française et anglaise qu’il connaissait parfaitement ».

    38 FJM, 556, divers témoignages.

    39 Renaud-Adloff Louise, Thérèse Adloff, héroïne de la Résistance et de la déportation, Colmar, Jérôme Do Bentzinger éditeur, 2019.

    40 FJM, 323 201 à 323 217.

    41 FJM, 353 044 ; « die verurteilte hat über 100 Fällen entwischenen Kriegsgefangenen und Juden über die Dermarkationslinie verholfen ».

    42 ADCO, 6 J 350, attestation sans date établie par Blanche Grenier-Godard.

    43 Plaquette hagiographique en vue d’une messe de souvenir. Elle mentionne les différents lieux de détention de René ainsi que plusieurs paroles qu’il a prononcées, chacune délivrant un message moral et patriotique.

    44 FJM, 513 241.

    45 Hassal Peter D., Night and Fog Prisoners, self-published testimonial (témoignage autopublié) Canada, 1997.

    46 Archives privées Patricia Darcis, témoignage écrit de Fernande Beaufays servant de trame à un témoignage oral à Mons, sans date.

    47 FJM, 550301, témoignage de Marie-Louise Chatel.

    48 Témoignage de Thérèse Adloff.

    49 ADCO, 6 J 348, arrêtée le 9 octobre 1941.

    50 FJM, 550374, « lettre écrite par Blanche Grenier-Godard à la forteresse de Jauer et remise à Simone Harrand le matin de l’exode le 28 janvier 1945 ».

    51 Archives Arolsen, 1.1.11.1/143528, Alphabetisches Häftlingsverzeichnis des KZ Groß-Rosen, Nachkriegsaufstellung.

    52 AN, F 9 5568.

    53 Sellier André, Histoire du camp de Dora, Paris, La Découverte, coll. « La Découverte Poche/Sciences humaines et sociales », 2010.

    54 Archives Arolsen, 1.1.27.1/2541429, Zugangsliste des KZ Mittelbau.

    55 Archives Arolsen, 1.1.27.1 / 2536136, Aufnahmen und Entlassungen des Häftlingskrankenbaus Mittelbau I.

    56 AN, F 9 5568, témoignage de Jacques Normand.

    57 AN, 72 AJ 2062, brochure Mémorial des camps de Dora-Ellrich, Paris, 1949, p. 100‑101.

    58 Archives Arolsen, 1.1.27.1 / 2542467, Verstorbene Häftlinge des KZ Mittelbau (Dora), Außenlager Boelke- Kaserne, Nordhausen

    59 ADCO, 6 J 351, extrait du fascicule in Memoriam.

    60 FJM, 550.

    61 Témoignage d’Yvonne Petit, alias Pinsonnette.

    62 Wachsmann Nikolaus, Hitler’s Prisons: Legal Terror in Nazi Germany, New Haven, Yale University Press, 2004, p. 352‑353.

    63 FJM, 502, fiche de santé de Blanche Grenier-Godard, 14 mars 1945.

    64 ADCO, 6 J 351.

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    1 La Martinière Joseph de, Les NN – Le décret et la procédure NN, 2e édition, Paris, FNDIRP, 1989.

    2 Chapoutot Johann, « Nacht und Nebel. Au cœur de la machine nazie », dans L’Histoire no 491, janvier 2022, p. 12-20.

    3 Musée de la Résistance et de la Déportation de Besançon, Fonds Joseph de La Martinière (FJM), 614, témoignage de Raymond Cabadais : « 1/3 de boule de pain, 1 beau morceau de beurre, deux morceaux de pâté, 1 morceau de saucisson ». Archives de Jersey, témoignage de Peter Hassal : « une tranche de pain noir et des saucisses ».

    4 ADCO, 6 J 349, attestation établie par Blanche Grenier-Godard le 26 juin 1948.

    5 La Martinière Joseph (de), Mon témoignage de déporté NN, tome 2 : Hinzert, Paris, FNDIRP, 1989.

    6 FJM, 614, témoignage de Guy Quintel rédigé à la prison d’Hirschberg ; né le 5 août 1925 à Choisy-au-Bac (Oise), déporté le 18 juin 1942.

    7 Seidler Franz W., Die Organisation Todt. Bauen für Staat und Wehrmacht 1938-1945, Koblenz, Bernard & Graefe, 1987.

    8 Orth Karin, Das System der nationalsozialistischen Konzentrationslager, Pendo Verlag, Hamburg, 2002.

    9 Steegmann Robert, Le Camp de Natzweiler-Struthof, Paris, Éditions du Seuil, 2009.

    10 Chauvenet André, Une expérience de l’esclavage : prisons et camps de Fresnes, Hinzert, Wittlich, Treves, Tegel- Berlin, Bautzen, Dresde, Radeberg, Buchenwald (21 janvier 1942-23 avril 1945), Thouars, Imprimerie Nouvelle, 1947, p. 23‑53.

    11 AN, 72 AJ 328, Guerre de 1939-1945, archives du Comité d’histoire de la Deuxième Guerre mondiale ; camps et prisons : Hinzert.

    12 Avec son ami Maurice Gould, ce sont les premiers Anglais internés dans ce camp.

    13 FJM, 614, témoignage de Guy Quintet.

    14 Témoignage de Guy Faisant, né le 23 octobre 1925 à Rennes, déporté le 4 juin 1942 ; élément confirmé par André Clisson et Guy Quintel.

    15 Témoignage d’Henri Marfort, né le 16 décembre 1921, Nancy, déporté le 26 juin 1942.

    16 FJM, 589506, lettre écrite par Maurice Bredin depuis la prison de Butzbach, située au nord de Francfort-sur-le-Main.

    17 Sporrenberg parvient à se cacher à la fin de la guerre et n’est arrêté qu’en 1960. Il décède avant l’ouverture de son procès en 1961.

    18 FJM, 5893, transports.

    19 ADCO, 6 J 350, courrier 7 juillet 1947.

    20 Il est arrivé à Hinzert le 13 février 1943. Après Breslau et plusieurs autres prisons, il meurt en même temps que René début avril 1945 à Dora.

    21 FJM, 5895, témoignages.

    22 FJM, 589504-05, témoignage de Gilbert Anquetil ; né à Rennes le 23 novembre 1926, déporté le 4 juin 1942.

    23 Témoignage de Roger Poncet.

    24 https://www.frankfallaarchive.org/prisons/wittlich-prison/#&gid=1&pid=1, (consulté le 20 juillet 2021), Frank Falla Archive, onglet Wittlich.

    25 FJM, 184005, témoignage de La Martinière.

    26 FJM, 589512, témoignage d’Yves Lemoigne.

    27 FJM, 589520-22, témoignage de Guy Quintel.

    28 Pendaries Yveline, Les procès de Rastatt : le jugement des crimes de guerre en zone française d’occupation en Allemagne de 1946 à 1954, thèse de doctorat d’État en langues et littératures germanique et scandinaves, dir. Anneliese Callède, université de Paris X, 1993.

    29 FJM, 589822-25, correspondance avec Dieter Burgard qui enquête sur le camp de Wittlich, 19 juin 1948.

    30 AN, F 9 5568, rapport écrit par Jacques Normand le 1er mai 1945 à son retour de déportation, p. 20.

    31 Thiery Laurent (dir.), Le livre des 9 000 déportés de France à Mittelbau-Dora, camp de concentration et d’extermination par le travail, Paris, le Cherche-midi, 2020, p. 371‑372.

    32 SHDC, AC 21 P 458546, copie d’un courrier de 1946 écrit par Jacques Can à Blanche.

    33 Archives Arolsen, 1.2.2.1 / 103886401.

    34 FJM, 503301, divers témoignages, après-guerre.

    35 Témoignage de Marie-Antoinette Marie.

    36 SHDV, GR 18 P 24, dossier d’homologation du réseau Grenier-Godard, attestation de Domenica Compagnoni, février 1947.

    37 ADCO, 6 J 348, lettre manuscrite de Domenica Compagnoni ; Chauvenet André, Une expérience de l’esclavage…, op. cit., p. 57‑58 ; description physique et morale de Saint-Paul faite par le docteur Chauvenet : « homme intelligent et à l’esprit critique assez développé pour qu’il fût antinazi. […] C’était un admirateur des cultures française et anglaise qu’il connaissait parfaitement ».

    38 FJM, 556, divers témoignages.

    39 Renaud-Adloff Louise, Thérèse Adloff, héroïne de la Résistance et de la déportation, Colmar, Jérôme Do Bentzinger éditeur, 2019.

    40 FJM, 323 201 à 323 217.

    41 FJM, 353 044 ; « die verurteilte hat über 100 Fällen entwischenen Kriegsgefangenen und Juden über die Dermarkationslinie verholfen ».

    42 ADCO, 6 J 350, attestation sans date établie par Blanche Grenier-Godard.

    43 Plaquette hagiographique en vue d’une messe de souvenir. Elle mentionne les différents lieux de détention de René ainsi que plusieurs paroles qu’il a prononcées, chacune délivrant un message moral et patriotique.

    44 FJM, 513 241.

    45 Hassal Peter D., Night and Fog Prisoners, self-published testimonial (témoignage autopublié) Canada, 1997.

    46 Archives privées Patricia Darcis, témoignage écrit de Fernande Beaufays servant de trame à un témoignage oral à Mons, sans date.

    47 FJM, 550301, témoignage de Marie-Louise Chatel.

    48 Témoignage de Thérèse Adloff.

    49 ADCO, 6 J 348, arrêtée le 9 octobre 1941.

    50 FJM, 550374, « lettre écrite par Blanche Grenier-Godard à la forteresse de Jauer et remise à Simone Harrand le matin de l’exode le 28 janvier 1945 ».

    51 Archives Arolsen, 1.1.11.1/143528, Alphabetisches Häftlingsverzeichnis des KZ Groß-Rosen, Nachkriegsaufstellung.

    52 AN, F 9 5568.

    53 Sellier André, Histoire du camp de Dora, Paris, La Découverte, coll. « La Découverte Poche/Sciences humaines et sociales », 2010.

    54 Archives Arolsen, 1.1.27.1/2541429, Zugangsliste des KZ Mittelbau.

    55 Archives Arolsen, 1.1.27.1 / 2536136, Aufnahmen und Entlassungen des Häftlingskrankenbaus Mittelbau I.

    56 AN, F 9 5568, témoignage de Jacques Normand.

    57 AN, 72 AJ 2062, brochure Mémorial des camps de Dora-Ellrich, Paris, 1949, p. 100‑101.

    58 Archives Arolsen, 1.1.27.1 / 2542467, Verstorbene Häftlinge des KZ Mittelbau (Dora), Außenlager Boelke- Kaserne, Nordhausen

    59 ADCO, 6 J 351, extrait du fascicule in Memoriam.

    60 FJM, 550.

    61 Témoignage d’Yvonne Petit, alias Pinsonnette.

    62 Wachsmann Nikolaus, Hitler’s Prisons: Legal Terror in Nazi Germany, New Haven, Yale University Press, 2004, p. 352‑353.

    63 FJM, 502, fiche de santé de Blanche Grenier-Godard, 14 mars 1945.

    64 ADCO, 6 J 351.

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    Vouzelle, D. (2022). Chapitre 7. La déportation et les prisons en Allemagne de Blanche et René. In Pionnier de la Résistance. Dijon: Éditions universitaires de Dijon. https://doi.org/10.4000/books.eud.2411
    Vouzelle, Dimitri. « Chapitre 7. La déportation et les prisons en Allemagne de Blanche et René ». In Pionnier de la Résistance. Dijon: Éditions universitaires de Dijon, 2022. doi:10.4000/books.eud.2411.
    Vouzelle, Dimitri. « Chapitre 7. La déportation et les prisons en Allemagne de Blanche et René ». Pionnier de la Résistance, Éditions universitaires de Dijon, 2022, https://doi.org/10.4000/books.eud.2411.

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    Vouzelle, D. (2022). Pionnier de la Résistance. Dijon: Éditions universitaires de Dijon. https://doi.org/10.4000/books.eud.675
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    Vouzelle, Dimitri. Pionnier de la Résistance. Éditions universitaires de Dijon, 2022, https://doi.org/10.4000/books.eud.675.
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