L’hyperrécit : forme hétérogène, forme altérée ?
p. 83-92
Texte intégral
1Les hypertextes sont une des formes de la littérature électronique, mais ils ne sont, à l’origine, pas littéraires : Vannevar Bush (MEMEX), puis Ted Nelson (XANADU) les conçoivent comme une technique documentaire de mise en réseau1. On précise donc en général « hypertexte littéraire » pour désigner des œuvres qui fonctionnent sur le principe du réseau, c’est-à-dire de manière non linéaire. L’hyperrécit (ou hyperfiction, terme moins marqué génériquement2) en est un cas particulier que l’on peut définir comme « fiction non linéaire fondée sur la notion de liens ». Cette structure semble prédisposer l’hypertexte à l’hétérogénéité, et a pu être analysée comme une transformation – ou faudrait-il parler d’altération ? – des principes du récit.
2L’hypertexte, et particulièrement l’hyperrécit, n’ont pas attendu l’informatique pour être envisagés et réalisés. Ils s’inscrivent dans la tradition de l’expérimentation narrative, dont les grands ancêtres seraient Diderot et Sterne, et les modèles classiques Proust, Joyce ou Kafka. La forme connaît un nouvel essor dans les années 1950-1960, avec Borges, Cortazar, les membres de l’Oulipo (Calvino, Queneau ou Roubaud), tout comme le Nouveau Roman. Italo Calvino définit la notion d’« hyper-roman » en 1967, à partir du récit qui clôt Temps zéro, comme un récit, éventuellement virtuel, comprenant toutes les possibilités d’une histoire, parmi lesquelles l’écrivain ou le lecteur choisirait un parcours (une réalisation). L’hyper-roman calvinien est donc une « méta-forme » qui se réalise sur un mode combinatoire. Mais la machine n’y est pas qu’une métaphore, car les théoriciens de la littérature des années 1960 sont très au fait des pistes ouvertes par les « calculateurs », et Calvino considère que les « cerveaux électroniques » sont « en mesure de nous fournir un modèle théorique convaincant des processus les plus complexes de notre mémoire, de nos associations mentales, de notre imagination, de notre conscience »3. La machine permet, mieux que l’écrivain, de réaliser ces modèles, parce qu’elle peut suivre « un chemin à la fois systématique et consciencieux, instantané et simultanément multiple »4. La question de l’hétérogénéité se déplace ici, on le voit, du côté de l’œuvre virtuelle, de la « macro-forme ».
3La littérature électronique ne prend véritablement essor que dans les années 1980, quand la popularisation des micro-ordinateurs rend possible leur appropriation comme nouveaux outils d’écriture. La première fiction hypertextuelle électronique date de 1985 et a nécessité la mise en place d’un logiciel spécial, qui sera commercialisé sous le titre de « storyspace »5. Moins de dix ans plus tard, cette recherche est déjà amplement théorisée aux États-Unis6, alors qu’elle arrive tout juste en France7. Couramment présenté comme un genre8, l’hypertexte – qu’il vaudrait sans doute mieux dans ce sens restreint appeler « hyperrécit » – est avant tout un procédé, et comme tel plutôt une forme, et une forme transgénérique au sens où le principe du lien et du nœud peut être utilisé dans tous les genres de la littérature électronique, y compris en s’intégrant à un dispositif plus largement multimédial9.
4Deux modélisations sont prééminentes, végétale (l’arbre ou le rhizome10) ou spatiale (le labyrinthe, voire le paysage, la carte11). Elles mettent pareillement en évidence la rupture de la linéarité qui fonde (imaginairement ou idéalement) le récit (linéarité temporelle, linéarité de l’action, linéarité de la lecture), remplacée par une pluralité de choix et de présentations, de réseaux, la dispersion de la / des structure(s).
5Mettre cela en place sur papier est possible, mais complexe, et met en cause le fonctionnement traditionnel du livre, même s’il en exploite des possibilités connues, en particulier tout ce que Gérard Genette envisage comme « péritexte »12 : un hyperrécit « papier » se construit a priori en plusieurs parties parallèles articulées entre elles par des renvois, éventuellement une numérotation des fragments, voire des encres différentes. L’informatique se prête évidemment plus « naturellement » à ce mode de fonctionnement non linéaire, et plus encore la toile, précisément fondée sur la notion de liens13.
6L’apparence comme le fonctionnement de l’hypertexte semblent aller dans le sens de l’hétérogénéité, si l’on entend par là une composition qui fonctionne sur le collage et / ou le montage d’éléments et / ou de médiums différents. Parmi les facteurs d’hétérogénéité, le multimédia, qui peut superposer des textes (dits et / ou écrits, en mouvement ou stables), de l’image (mise en forme du texte, image statique – photographie, dessin – ou animée) et du son (musique, bruit ou parole), renvoie à la question de l’interaction entre les arts. Autre forme d’hétérogénéité, l’intertextualité, entendue ici moins comme pratique de la citation que comme travail de mise en relation (le réseau) ou de recomposition (le « sampling »), n’est pas imposée par l’hypertexte (même si elle peut sans doute être considérée comme une caractéristique du cybertexte), mais relève d’un choix d’auteur.
7La structuration spécifique de l’hypertexte impose un fonctionnement « hétérogène », puisque interactif14, qui s’est accompagné d’une redéfinition du lecteur, de l’auteur et de l’œuvre. Le lecteur, malgré une appropriation par nature incomplète (il ne peut avoir aucune appréhension globale de l’œuvre), devient celui qui intervient pour provoquer / achever une version du texte, d’où l’idée qu’il en serait co-créateur (Pedro Barbosa parle alors d’« écrilecture »15) ; l’œuvre, forcément « potentielle »16, se déploie de manière partielle en fonction des choix (le lecteur réalise une des versions de l’œuvre) ; l’auteur devient celui qui propose un projet et / ou un procédé, et qui le « gère ».
8L’« hétérogénéité » fondamentale de l’hypertexte tient donc d’une part au fait que le lecteur est conduit à s’y éprouver « hétérogène », à prendre conscience de sa triple nature de « liseur », « lu » et « lectant », pour reprendre la terminologie proposée par Michel Picard17. Tous les théoriciens de la littérature électronique sont sensibles au fait qu’elle crée un lien de réflexivité du lecteur sur son acte de lecture18, ce que Jean-Pierre Balpe théorise avec le concept de « méta-lecteur »19. Ceci tient pour partie aux contraintes d’un support qui est – pour l’instant encore – étranger à nos habitudes de lecture : fatigue due à l’écran ou à une assise peu adaptée à l’acte de lecture, gestes spécifiques inconnus de l’acte de lecture traditionnel, problèmes de saturation nés de la superposition des perceptions pour les œuvres multimédiales empêchent le lecteur de « s’oublier » dans sa lecture. Mais la difficulté peut aussi être orchestrée par l’œuvre elle-même : mouvements, altérations, ou encore surabondance des choix éveillent chez le lecteur la conscience d’une illisibilité qui met en péril son effort de lecture, situation inédite où il n’est pas confronté à une œuvre ordonnée (ou dont l’ordre lui est immédiatement perceptible) et se sait dans l’impossibilité d’en saisir la totalité20. Si le lecteur semble devenir acteur (sinon dans la création de l’œuvre, du moins dans son mode de réalisation), son choix est donc en fait illusoire, puisqu’il ne sait en général pas ce qu’il choisit, et que ce choix est, au moins partiellement, contraint par une intention de l’auteur (qui se manifeste sous la forme des liens proposés).
9Pour une autre part, peut-être plus spécifique, c’est pourtant l’auteur lui-même qui semble devenir « hétérogène », non seulement parce que l’œuvre est parfois le produit d’un écrivain et d’un informaticien ou d’un groupe d’artistes, mais aussi en raison de cette fonction nouvelle prêtée au lecteur, surtout depuis que la toile a rendu possible un travail d’écriture collective. L’image de l’œuvre ouverte semble donc s’imposer. Le concept proposé par Umberto Eco trouve avec l’hypertexte – dont il connaissait le principe – un terrain d’expérimentation idéal, puisque celui-ci permet un nombre infini de variantes, se veut le plus souvent « sans incipit ni clôture »21 et joue parfois de la polysémie et de l’indéfinition22.
10Face à l’hypertexte, plusieurs attitudes de lecture sont donc possibles, selon que l’on accepte les contraintes, qu’on tente de les contourner ou de les ignorer. Une première attitude consiste à tenter de créer du sens : le lecteur choisit parce qu’il suppose un rapport entre l’ancre et le nœud auquel le lien conduit23 (par exemple, un nom de personnage fait attendre un portrait). Un travail analogue peut se faire face à une œuvre multimédiale, pour laquelle le lecteur-spectateur est tenté de supposer / analyser un rapport de sens entre les médiums. Il serait sans doute intéressant d’étudier la place que tient l’intuition (vertu importante pour les avant-gardes historiques) dans la perception que les lecteurs se font des œuvres hypertextuelles, et dans le projet qui mène l’auteur.
11Une seconde attitude consiste à tenter de comprendre le mécanisme de composition du texte. Contrairement à l’attitude « intuitive », celle-ci repose sur une démarche analytique, qui se propose d’épuiser les possibilités (même si ce n’est qu’à un micro-niveau du texte). Même si le travail de mémorisation touche vite ses limites (sauf quand le texte est court ou qu’il pratique la répétition), l’attitude analytique consistera plutôt à pratiquer un va et vient, à revenir en arrière pour essayer d’explorer complètement au moins une page.
12La troisième attitude, enfin, consiste à abandonner la possibilité de choisir. Un des cas de figure consiste à procéder au hasard, sous la forme d’un « zapping » (en apparence) aléatoire. Mais il est également possible de dénier le principe hypertextuel en refusant le principe du lien (par exemple, en choisissant systématiquement le premier lien, pour reconstruire une sorte de lecture « linéaire »).
13Quelle que soit l’attitude qu’il adopte finalement, le lecteur est tenu de construire sa propre stratégie de lecture. La mise en cause de l’approche linéaire traditionnelle au profit d’une approche spatialisée se perçoit dans les nombreuses métaphores renvoyant la lecture à un cheminement, une déambulation. Le texte devient un « espace géographique » dans lequel le lecteur construit sa propre intrigue24, tandis que l’auteur se définit à présent comme « le concepteur d’un monde dans lequel des narrations sont possibles, narrations réalisées par la navigation du lecteur »25. Les réalisations de l’œuvre sont en nombre peut-être infini et la navigation repose dès lors plus sur l’intuition ou le hasard que sur un montage. La lecture devient une exploration (une « lect-acture ») et une expérience (puisque c’est la fin de la lecture qui devient la clôture du texte26).
14L’acte de lecture se trouve ainsi redéfini en profondeur et le lecteur confronté à l’invalidation de « l’image-du-lecteur » traditionnelle : alors qu’il a l’habitude de se penser comme celui qui suit un sens construit au préalable par l’auteur et qu’il aborde progressivement (linéairement), il devient acteur d’un cheminement et doit accepter sa liberté, ou plutôt sa « responsabilité »27 dans sa lecture. Mais son indépendance est en même temps niée par l’ignorance où il est de ce que cette stratégie peut / doit produire : c’est, en somme, une stratégie inutile qui ne renvoie qu’à la conscience de l’acte de lecture. Là est peut-être la véritable « altération » de l’acte de lecture.
15Cette spécificité du récit hypertextuel est souvent redoublée par une tactique du piège. Le principe de la fausse piste est largement utilisé : lien se révélant une impasse (ou conduisant à la case départ), sémantisme du lien trompeur, polysémie du fragment dont le sens peut varier selon le contexte immédiat de lecture. Contre la tentation d’une « mise en ordre » de la lecture, certains auteurs interdisent même la relecture en empêchant les retours en arrière ou en créant des liens « intelligents » qui tiennent compte des lectures précédentes (le texte devient, de fait, à lecture unique et interdit tout contrôle). Cette logique du piège est théorisée par certains comme une des caractéristiques de la littérature électronique. C’est par exemple le principe de la « frustration » développé par Philippe Bootz, avec l’objectif explicite de faire prendre conscience au lecteur de son acte de lecture et du caractère illusoire de sa maîtrise28. C’est aussi un moyen de faire apparaître le caractère spécifique de chaque lecture. Mais c’est surtout une manière de faire « revenir » l’auteur, puisque ces tactiques mettent en évidence une intentionnalité ludique, voire ironique : si l’intentionnalité ne garantit pas la maîtrise de l’œuvre, du moins permet-elle de distinguer à nouveau l’auteur du lecteur « co-producteur ».
16L’hypertexte soulève ainsi les questions que rencontre en général la littérature électronique, s’attache même à les rendre plus manifestes : que devient le texte quand il est perçu morcelé, inachevé ou évanescent, inconnaissable dans son ensemble ? Il faut pourtant se demander si cette interrogation sur l’objet, ou sur le genre, est inhérente à la pratique électronique. Elle pourrait, aussi bien, être la manifestation d’une certaine approche de la littérature : les caractéristiques principales de l’hypertexte ont souvent été rapprochées des mécanismes associés au récit postmoderne (mise en question de l’intrigue et de l’auteur ; pratique du collage et du montage théorisée en termes de dialogisme et de déconstruction ; principe du « work in progress » et de « l’œuvre ouverte »)29. Faut-il y voir une forme « altérée » du roman, ou même un « non roman », si l’on en croit le titre de l’œuvre de Lucie de Boutiny30 ? Cette approche semble aujourd’hui mise en cause. Il est certain que l’hypertexte, par son caractère multilinéaire, fragmenté et détemporalisé31 peut tendre vers le texte poétique et que cet effacement de la temporalité, garante de l’homogénéité déjà mise à mal par le récit simultanéiste et par le Nouveau Roman, met sans doute le récit en péril. Pour autant, les auteurs d’hyperrécits réaffirment en général leur ancrage dans l’histoire du genre romanesque, et le titre d’une œuvre récente de Jean-Pierre Balpe, La Disparition du Général Proust32, laisse entendre qu’il s’agit moins de sortir d’un genre, que d’en contester un modèle devenu hégémonique. Pour Philippe Bootz, la fiction hypertextuelle n’est pas en soi un roman, mais « ne le devient qu’une fois lue33 ». De fait, si le caractère hétérogène du contenu peut être considéré comme une altération du récit, il revient à la lecture de le mettre en forme.
17C’est peut-être pourquoi le concept d’hétérogénéité est peu utilisé par les théoriciens de la littérature électronique, qui préfèrent les notions de « fragmentation » ou de « multilinéarité ». Il y a lieu en effet de se demander si le terme ne déplace pas l’hypertexte vers un propos qui n’est pas (ou plus) le sien. L’hétérogène, même s’il oblige à réfléchir sur l’assemblage, dissimule l’effort de structuration en quelque sorte toujours renouvelé de l’œuvre : si la structure est dispersée et peut sembler relever d’une esthétique du fragment (parfois clairement visible, comme lorsque l’écran est subdivisé en plusieurs cadres ou zones), le principe fondamental du lien, qui permet le passage d’un morceau de l’œuvre à l’autre, va plus dans le sens du puzzle que dans celui du patchwork, dans le sens de l’œuvre à construire plutôt que déconstruite. Le lien constitue donc la base de composition de l’œuvre, ce qui lui permet d’intégrer les fragments pour construire un tout, au lieu de mettre en évidence un caractère fragmentaire. Le lien renvoie finalement en permanence à l’ensemble de l’œuvre, vers la totalité de laquelle tout ramène, même si elle n’est pas totalement appréhendable. Il est aussi le lieu où se reconstitue l’instance auctoriale :
… le lien qui était censé par sa vacuité sémantique autoriser une plus grande coopération du lecteur, peut s’avérer impuissant à générer des effets narratifs. Pour retenir leur lecteur et produire un univers de fiction, les auteurs doivent réinvestir le lien, le charger sémantiquement, narrativement, le typer, le programmer, le cartographier, l’exhiber, reprendre leur rôle enfin et offrir aux lecteurs de reprendre le leur.34
18Serge Bouchardon parle de la « rhétorique du lien hypertexte » comme d’un fonctionnement elliptique sur le mode de la métaphore, de la métonymie ou de la synecdoque35. Ana Pano Alamán insiste quant à elle sur la « non-explicitation » et sur les figures de la disjonction36. Les liens peuvent fonctionner comme du péritexte (note ou commentaire), comme un approfondissement (précisions), comme un parallélisme (en particulier pour indiquer des événements simultanés) ; selon les cas, ils apparaissent comme des ajouts (donc comme des éléments non essentiels) ou comme une substitution (ils remplacent ou amorcent autre chose) ; ils peuvent ainsi engager les choix de lecture (le cheminement) : mouvement double, à la fois centrifuge (expansion) et centripète (mise en rapport)37.
19L’hétérogénéité de l’hypertexte n’est sans doute pas un leurre : on pourra, selon le cas, considérer qu’elle est un état de fait à l’ère du « village global » de l’information, ou qu’elle est un procédé de mise en cause des genres. Mais la présence constante d’un « méta-niveau » (méta-lecteur, méta-auteur, méta-œuvre) invite à penser que l’objet de l’hypertexte est moins de souligner une hétérogénéité (essentielle ou « moderne ») du monde, que de se donner une forme pour la gérer.
Annexe
ANNEXE : liens vers quelques hypertextes littéraires
Hypertextes en langue anglaise
Victory Garden, Stuart Moulthrop : http://www.eastgate.com/catalog/VictoryGarden.html - http://www.eastgate.com/VG/VGStart.html
Portail d’œuvre sur eastgate : http://www.eastgate.com/ReadingRoom.html
Dont :
Twelve Blue, Michael Joyce http://www.eastgate.com/TwelveBlue/Welcome.html
L0ve 0ne, Judy Malloy (1994?) http://www.eastgate.com/malloy/welcome.html
Judy Malloy : plusieurs titres accessibles sur http://www.well.com/user/jmalloy/res.html#web
Grammatron, Mark America http://www.grammatron.com/index2.html
The Unknown http://www.unknownhypertext.com/
Hypertextes en langue française
Portail d’œuvres du laboratoire NT2 (Montréal) http://www.labo-nt2.org/archives2/hypertextes/index.html dont : Les polars gessiens (2005), Le voisin de Monsieur Séguin Désirs (1998) de Luc Dall’armellina, Les Récits voisins (1997) du collectif Ovosite, Onze tables épaisses et lisses (2004-2005) de Guillaume Fayard, NON (1997-2001) de Lucie de Boutiny, Apparitions inquiétantes de Anne-Cécile Brandenbourger
Vaisseaux brûlés, Renaud Camus http://pagesperso-orange.fr/renaud.camus/vaisseaux/1.html
NON_roman multimédia, Lucie de Boutiny (1997-2000) http://www.synesthesie.com/boutiny/index.htm
Le Nœud, Jean-François Verreault http://home.total.net/~amnesie/
La Disparition du Général Proust / Marc Hodges, Jean-Pierre Balpe http://generalproust.oldiblog.com/
Notes de bas de page
1 Voir Vannevar Bush, « As we may think », The Atlantic Monthly, July 1945. Theodor H. Nelson invente le concept d’hypertexte en 1965, à partir du projet « Xanadu » qu’il essaie de mettre en place depuis 1960. Il le précise dans Literary machines (1981), où « literary » doit s’entendre pour toute forme de textes et de données. Dans le même ordre d’idée, voir Text, ConText and HyperText, Edward Barrett (dir.), Cambridge, The MIT Press, 1988.
2 La question reste ouverte de savoir si l’hypertexte s’inscrit dans une remise en cause des genres : l’hyperrécit est considéré comme une forme romanesque et il existe une hyperpoésie.
3 Italo Calvino, « Cybernétique et fantasmes, ou de la littérature comme processus combinatoire » [conférence, 1967], repris dans La Machine littérature, Paris, Le Seuil, 1984, rééd. 1993, p. 13, puis 10 (ce n’est pas sous ce titre collectif que Calvino a édité ce texte, mais dans Una pietra sopra (Discorsi di letteratura e società, Torino, Einaudi, 1980).
4 Id., p. 15.
5 En même temps qu’un logiciel, c’est aussi la fondation d’une maison d’édition spécialisée. Le second logiciel est « Hypercard », commercialisé en 1987.
6 Pour Jean Clément, ce succès américain s’explique par les échanges entre chercheurs et écrivains, en particulier dans le cadre d’ateliers, et par la diffusion rapide des théoriciens européens de la postmodernité (Jean Clément, « Hypertexte et contrainte », Formules. Le goût de la forme en littérature, Noésis, 2004, p. 83). Pour Philippe Bootz, un attachement moindre au « fantasme de la mémoire » pourrait aussi en être une explication (Philippe Bootz, « Que sont les hypertextes et les hypermédias de fiction », p. 4. Les Basiques : la littérature numérique, consultable à l’adresse :
http://archive.olats.org/livresetudes/basiques/litteraturenumerique/8_basiquesLN.php
7 La première hyperfiction française, 20 % d’amour en plus de François Coulon, date de 1996. Les maisons d’édition spécialisées n’apparaissent que vers 2000.
8 Voir George P. Landow, Hypertext: The Convergence of Contemporary Critical Theory and Technology, Baltimore, The John Hopkins University Press, 1992 (cet ouvrage a fait l’objet d’une mise à jour sous le titre Hypertext 2.0 en 1997 et d’un prolongement s’intéressant à la globalisation sous le titre Hypertext 3.0 en 2006) ; Espen Aarseth, Cybertext. Perspectives on Ergodic Literature, The John Hopkins UP, 1997.
9 Le terme « hypermédia » qualifie des œuvres associant, via des liens, des documents visuels, sonores ou animés. Mais un hypertexte peut fonctionner sur un mode multimédial, et tout ce qui fonctionne en multimédia fait aussi appel à de l’hypertexte.
10 C’est le modèle proposé par Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille Plateaux. Capitalisme et Schizophrénie 2 (Paris, Minuit, 1980) : ils rejettent comme usé le modèle de l’arbre ou de la racine et suggèrent le rhizome, qui comporte une tige souterraine et une racine aérienne.
11 C’est l’image adoptée par Jacques Roubaud : « La nature même de ce que je raconte […] la nature même de l’opération de récit rendent inévitables en fait de tels carrefours, de tels embranchements multiples sur la carte… » (Jacques Roubaud, Le Grand Incendie de Londres, Paris, Le Seuil, 1989, p. 34).
12 Gérard Genette, Seuils, Paris, Le Seuil, 1987.
13 « World Wide Web » (WWW) est un système concurrent de celui proposé par T. Nelson (dont il est aussi une application technologique) ; élaboré par Tim Berners-Lee (1989), rejoint par Roger Cailliau (1990), il se développe dès les années 1994-1995.
14 L’interactivité n’est pas propre à l’hypertexte et peut concerner la littérature combinatoire ou le texte cinétique, mais elle est la condition sine qua non du seul hypertexte. On notera cependant que l’interactivité a longtemps été considérée comme l’élément spécifique de la littérature électronique ; il apparaît clairement aujourd’hui que ce n’en est qu’une des pratiques possibles.
15 Pedro Barbosa, A literatura cibernetica, Porto, Arvore, 1977 et 1980, cité par Alain Vuillemin, « Poésies, informatique et création : les approches nouvelles », Textualités & nouvelles technologies, n° spécial de la revue éc/arts, n° 2, 00-01, p. 364. Sur cette question, il renvoie à Arnaud Gillot, La Notion d’« écrilecture » à travers les revues de poésie électronique et KAOS (1989-1995), Timisoara (Roumanie), Certel-Hestia, 2000.
16 L’expression a d’abord été proposée par Raymond Queneau, « Littérature potentielle », [1964], repris dans Bâtons, chiffres et lettres, Paris, Gallimard, 1950, édition augmentée, 1965, rééd. coll. « Idées », 1980, p. 317-345.
17 Michel Picard, La Lecture comme jeu, Paris, Minuit, 1986, p. 214.
18 Voir par exemple Serge Bouchardon, « Les Récits littéraires interactifs », in Littérature numérique et cætera, Formules, Noesis, n° 10, 2006.
19 Jean-Pierre Balpe définit le « méta-lecteur » comme la réunion du lecteur-acteur (qui manipule l’œuvre et produit une lecture analytique, réflexive) et du lecteur-spectateur (qui ne peut appréhender l’œuvre que de manière affective).
20 Sur ces questions, voir Isabelle Krzywkowski, « Lire la e-poésie : nouveau support, nouveaux modes de lecture ? », in Sébastien Hubier et Alain Trouvé (dir.), « Lecteurs et lectrices, théories et fictions », Revue d’études culturelles, n° 3, Dijon, Abell, 2007.
21 Jean-Pierre Balpe, « Pour une littérature informatique : un manifeste… », in Alain Vuillemin et Michel Lenoble (dir.), Littérature et informatique. La littérature générée par ordinateur, Arras, Artois Presses Université, 1995.
22 Voir par exemple Anne-Cécile Brandebourg, Apparitions inquiétantes, 1998 (l’œuvre n’est pour l’instant plus accessible sur l’internet).
23 Pour mémoire, rappelons qu’il faut distinguer le « nœud », bloc d’informations textuelles, du « lien », qui lie les nœuds et de « l’ancre du lien », qui les rend visibles dans le texte. Le principe peut être transcrit sous la forme d’un graphe, où les nœuds sont des rectangles (ou sommets), les liens des flèches (ou arcs) directionnels. Sur leur fonction dans la littérature hypertextuelle, on pourra entre autres consulter l’article de Ana Pano Alamán, « Le Lien dans l’hypertexte de fiction : ouverture et clôture dans un récit multiple ». Lexicometrica, n° 5, 2004.
24 Jean Clément, « Hypertexte. Naissance d’un nouveau genre ? », (1994). Consultable à l’adresse : http://vadeker.net/essais/hypertexte_fiction.htm
25 Philippe Bootz, « Que sont les hypertextes et les hypermédias de fiction », art. cit., p. 10, Voir aussi Jean Clément, « afternoon a story : du narratif au poétique dans l’œuvre hypertextuelle », in Bootz, Philippe. A:\ LITTERATURE, Villeneuve d’Ascq, Mots-Voir, 1994, p. 61-73.
26 Pour Joyce Michael, « quand l’histoire cesse de progresser, quand elle tourne en rond ou quand ses cheminements vous fatiguent, c’est la fin de votre expérience de lecture. » (cité dans Jean Clément, « afternoon a story : du narratif au poétique dans l’œuvre hypertextuelle », art. cit, p. 64). Le fait qu’il soit à tout moment possible d’arrêter la lecture est, selon Jean Clément, non seulement prévu par l’auteur, mais constituerait la caractéristique de l’hypertexte (Jean Clément, « L’hypertexte de fiction : Naissance d’un nouveau genre ? », art. cit.)
27 Philippe Bootz, « Que sont les hypertextes et les hypermédias de fiction », Les Basiques : la littérature numérique, op. cit. p. 12. Le passage consacré au lecteur souligne le fait que le lecteur d’une œuvre électronique est en fait moins libre que devant un support papier.
28 Philippe Bootz, « Esthétique de la frustration / frustration », MIM, avril 2002, p. 18 ; voir aussi « Vers un multimédia contraint et a-média » (juin 2002), téléchargeable sur le site : http://www.mots-voir.com/. C’est aussi ce qu’indique J.-F. Verreault en introduction de son récit Nœud (1998) : il propose une aide qui commence par ces mots : « personne ne peut t’aider » (pour l’adresse, voir annexe).
29 Voir par exemple Jean Clément, « L’hypertexte de fiction : naissance d’un nouveau genre ? », art. cit.
30 Lucie de Boutiny, NON_roman multimédia, 1997-2000. https://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/nonroman-multimedia
31 Cela impose un mode de travail particulier du texte, que Jean Clément analyse comme le retour de la contrainte : l’auteur ne pouvant anticiper quelle sera la lecture de son œuvre, il doit veiller à gommer tout repère temporel et prêter une attention particulière aux liens sémantiques qu’il va proposer au lecteur (Jean Clément, « Hypertexte et contrainte », art. cit.).
32 Jean-Pierre Balpe, La Disparition du Général Proust (2005-2006) : « récit de récits en expansion perpétuelle », « soumis à des changements permanents » et sans « version définitive », constitué de treize blogs à ce jour ; https://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/la-disparition-du-general-proust
33 Philippe Bootz, « Que sont les hypertextes et les hypermédias de fiction », art. cit., p. 11.
34 Jean Clément, « Hypertexte et fiction : une affaire de liens ». Téléchargeable à l’adresse : https://elmcip.net/critical-writing/hypertexte-et-fiction-la-question-du-lien
35 Serge Bouchardon, « Les Récits littéraires interactifs », art. cit., p. 9 de la version électronique.
36 Ana Pano Alamán, « Le Lien dans l’hypertexte de fiction : … », art. cit., p. 2.
37 Id., p. 5.
Auteur
-
Isabelle Krzywkowski
Université de Reims Champagne-Ardenne, CRIMEL92
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