Le Lorrain (Metz), entre politique particulariste et culture transnationale (1883-1914)
Le Lorrain, zwischen politischem Partikularismus und transnationaler Kultur (1883-1914)
Le Lorrain, between political particularism and transnational culture (1883-1914)
p. 157-170
Résumés
Créé en 1883, par des membres du clergé de l’évêché de Metz, Le Lorrain fut marqué par la personnalité du chanoine Henri-Dominique Collin, directeur du quotidien depuis 1887. Tout en se plaçant du côté des annexés pour la défense de leur culture, Le Lorrain ne mit jamais en cause l’appartenance de la Lorraine septentrionale à l’Empire allemand, résultat de la guerre de 1870-1871. Cependant, la gazette messine s’opposa fermement à la germanisation de la région, en défendant la langue et la culture françaises. On se pose la question de savoir si ce journal, très attaché aux traditions, fut aussi en mesure de développer un concept d’avenir pour la région bilingue, située au carrefour des cultures française et allemande.
Im Jahr 1883 von Angehörigen des Klerus im Bistum Metz ins Leben gerufen, wurde die Zeitung Lorrain von der Persönlichkeit des Domherrn Henri-Dominique Collin geprägt, der die Redaktion des Blattes ab 1887 leitete. Während der Lorrain entschieden die Kultur des annektierten Landes zu wahren suchte, stellte er doch niemals die Zugehörigkeit der Region zum Deutschen Reich in Frage, die ein Ergebnis des Krieges von 1870/71 war. Allerdings wandte sich die Metzer Gazette gegen alle Versuche der Germanisierung in Lothringen, indem sie die französische Sprache und Kultur verteidigte. In dem Aufsatz geht es um die Frage, ob eine so traditionsverbundene Zeitung auch schlüssige Konzepte für die Zukunft der zweisprachigen und am Übergang zwischen deutscher und französischer Kultur gelegenen Region entwickeln konnte.
Founded in 1883 by members of the clergy in the bishopric of Metz, Le Lorrain was marked by the personality of the Canon Henri-Dominique Collin, editor-in-chief of the newspaper since 1887. Defending the culture of the annexed country, Le Lorrain did never question the fact that Lorraine belonged to Germany, resulting from the war in 1870/71. But the Metz based newspaper opposed fiercely to all forms of germanization, defending firmly the French language and culture. We will try to understand if a paper so attached to traditions was also able to develop a concept for the future of a bilingual region, situated on the crossroads of German and French culture.
Entrées d’index
Mots-clés : Alsace-Lorraine 1871-1914, régionalisme, catholicisme politique, stratégies mémorielles, fédéralisme
Keywords : Alsace-Lorraine 1871-1914, Regionalism, Political Catholicism, Politics of the Past, Federalism
Schlüsselwörter : Elsass-Lothringen 1871-1914, Regionalismus, politischer Katholizismus, Geschichtspolitik, Föderalismus
Texte intégral
1En 1907, les débats sur les questions d’identité et d’appartenance des Alsaciens-Lorrains firent rage parmi les élites de la région. Plus de trente-cinq ans après l’annexion des trois départements (actuels) français à l’Empire allemand, par le biais du traité de Francfort, une nouvelle génération fut amenée à se positionner par rapport à ces enjeux identitaires. Un jeune avocat francophile de la Cour d’appel (Oberlandesgericht) de Colmar, Joseph Fleurent (1878-1952), déplora dans un article publié dans la Revue politique et parlementaire « l’absence de grande patrie1 » qui hantait les habitants de l’Alsace-Lorraine, l’unité administrative montée de toutes pièces par les vainqueurs de 1870, en rattachant des morceaux de Lorraine aux deux départements alsaciens. Certes, l’Alsace pouvait être une « petite patrie2 », ainsi que la Lorraine (allemande), mais était-ce suffisant pour permettre à ces provinciaux repliés derrière leurs identités locales et régionales de participer aux grands mouvements de la culture ? Curieux destin de ces contrées arrachées contre leur gré à la France vaincue, pour être intégrées malgré elles dans l’Empire victorieux forgé par le chancelier Bismarck ! L’Alsace-Lorraine fut-elle une « petite patrie », capable de prendre la place d’une plus grande entité, étant donné que les populations ne voulaient pas de l’Allemagne, en 1871, et qu’elles ne pouvaient plus appartenir à la France car le sort des armées et des armes en avait décidé autrement3 ? Ce problème d’un particularisme transnational dans la Terre d’Empire (Reichsland) allemande fut le thème vital d’un journal messin de langue française et d’obédience catholique, Le Lorrain, qui paraissait dans la « capitale » de la Lorraine allemande, entre 1883 et 1914, l’année de son interdiction par les autorités allemandes, au moment où toute l’Europe s’embrasait4. Depuis sa création, dans les années 1880, Le Lorrain, organe inofficiel de l’évêché de Metz, fut contraint de mettre sur pied un hebdomadaire de langue allemande, le Metzer Katholisches Volksblatt, afin de couvrir la zone germanophone au nord de la Lorraine allemande5, tendant vers le bassin de la Sarre. Ceci permit à la gazette lorraine d’assumer son rôle de porte-parole des catholiques de langue française dans la partie septentrionale de la Lorraine qui fut rattachée à l’Empire allemand, en 1871. Ville de taille moyenne (60 000 habitants à la fin du xixe siècle), Metz fit l’objet d’une germanisation rapide, par le biais d’une forte immigration en provenance d’autres États fédérés de l’Empire6, ce qui singularisa d’autant plus la position du Lorrain, organe transculturel, nourri de civilisation française, et partisan farouche d’un particularisme lorrain mettant en avant les particularités culturelles de la région, son héritage historique, dans les domaines de la langue, de la confession et des dispositifs mémoriels (guerre de 1870). Avocat d’une exception lorraine au sein de l’Empire allemand, Le Lorrain accepta toutefois d’emblée les faits politiques créés dès 1871 et évita de se heurter de front aux autorités de l’Empire wilhelmien. Il ménagea les figures de proue du régime, l’empereur allemand et le statthalter d’Alsace-Lorraine en tête, pour se consacrer à la défense de ses valeurs culturelles, désignées sous le vocable de « notre patrimoine lorrain et religieux ». Il s’agira de mieux déterminer la transnationalité et la transculturalité d’un journal qui sut habilement échapper à l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de lui, la menace d’une interdiction par les autorités, verdict sans appel qui frappa de nombreuses gazettes en Alsace-Lorraine, surtout pendant l’ère bismarckienne (1871-1890).
Y penser toujours, en parler aussi : la politique du Lorrain
2Créé en 1883, par des collaborateurs de monseigneur Dupont des Loges qui exerçait comme évêque de Metz depuis 1842, Le Lorrain fut marqué par la personnalité d’un membre du clergé lorrain, le chanoine (depuis 1903) Henri-Dominique Collin (1853-1921), directeur du quotidien à partir de 18877. Tout en se plaçant du côté des annexés pour la défense de leur culture, Le Lorrain ne mit jamais en cause l’appartenance de la Lorraine septentrionale à l’Empire allemand. Cependant, il s’opposa avec vigueur à toute forme de germanisation de la région. « Faiseur de candidatures8 » en amont des élections parlementaires, le prêtre-journaliste Collin exerça sa grande influence politique en faveur de l’« Union Lorraine » (ou « Bloc Lorrain »), c’est-à-dire l’association électorale des indigènes, quelle que fût leur obédience partisane, pour conserver les mandats politiques contre les immigrés allemands qui s’étaient installés dans la région après 1871. Pour légitimer cette exclusivité des autochtones, Le Lorrain développa et théorisa le concept du particularisme, avec ses nuances catholiques et françaises, pour assurer à ses compatriotes lorrains un maximum de sièges et donc d’influence au Reichstag à Berlin et au sein de la Délégation (Landesausschuss) alsacienne-lorraine à Strasbourg. Au tournant du siècle, cette politique de l’abbé Collin se heurta pourtant à des obstacles se dressant dans son propre camp. Par la force des choses, ou l’« usure inexorable du temps9 » selon les propres termes de Collin, la germanisation de la Terre d’Empire progressait, un quart de siècle après l’annexion, et les partis allemands gagnaient des adhérents et des électeurs en Alsace-Lorraine et cela devait aller au détriment des particularistes lorrains. Le Parti du Centre catholique (Zentrumspartei) attira à lui beaucoup de catholiques, des immigrés et des indigènes. Grâce à une stratégie bien réfléchie, ce parti occupa des postes clé au Reichstag, dont la présidence de la Chambre (dès 1895), et devint ainsi indispensable au gouvernement pour tenter de construire une majorité stable autour des chanceliers Hohenlohe-Schillingsfürst (1894-1900) et Bülow (1900-1909). On reprocha, à juste titre, à l’équipe du Lorrain de freiner l’avancée du Centre en Alsace-Lorraine, avec sa politique électorale particulariste. Le vent tourna en sa défaveur, même à l’évêché de Metz, où le Westphalien Willibrord Benzler (1853-1921), très apprécié par l’empereur Guillaume II lui-même, fut nommé évêque, en 1901, à la suite de longues tractations entre les autorités politiques et ecclésiastiques10. Sincèrement disposé à rendre justice aux deux groupes linguistiques, le nouvel évêque soutint cependant les sympathisants du Centre, partisans d’un grand quotidien messin de langue allemande qui ferait contrepoids au Lorrain, tout en se plaçant résolument dans le cadre du statu quo établi dès 1871. On assista donc, en mars 1902, à la parution du premier numéro de la Lothringer Volksstimme, l’organe régional du Parti du Centre et le principal vecteur de la germanisation du catholicisme lorrain11.
3La campagne électorale allemande de 1907 fut une rude épreuve pour le chanoine Collin et l’équipe du Lorrain. À la suite d’âpres débats sur la politique coloniale, Guillaume II prononça la dissolution du Reichstag et la campagne pour les élections anticipées fut placée par le « Bloc Bülow » (libéraux, conservateurs) sous le signe de la lutte contre les partis dits « antinationaux », dont les sociaux-démocrates internationalistes et le parti catholique « ultramontain ». Malgré la forte pression des adversaires, le Centre maintint sa position (avec une légère progression de 100 à 105 sièges), mais ses résultats en Lorraine furent très mitigés et franchement mauvais en zone francophone12. Les dirigeants du parti indiquèrent le chanoine Collin comme responsable du mauvais score, demandant à l’évêque Benzler qu’il fût éliminé de la direction du Lorrain. Face à l’intimation épiscopale, Collin donna sa démission, mais celle-ci fut refusée par le conseil de surveillance du journal, organisé sous forme de société anonyme, où les représentants des vieilles familles de notables catholiques lorrains avaient leur mot décisif à dire13. Cette prise de position explicite des propriétaires du journal impressionna beaucoup l’évêque Benzler et il n’était plus question de démission pour Collin. Finalement, on se dirigea vers un compromis fragile entre le Centre et les particularistes. Lors des élections régionales (octobre 1911) et nationales (janvier 1912) suivantes, les deux groupes procédèrent, non sans difficultés, à un partage des circonscriptions, pour améliorer leurs chances respectives14. Après ses mésaventures électorales, le rédacteur en chef-gérant du Lorrain, Collin, transféra l’essentiel de ses activités sur le terrain de la politique mémorielle. Un ouvrier lithographe de Metz, Jean-Pierre Jean (1872-1942), avait créé un comité du Souvenir français pour faire ériger à Noisseville, village situé au nord-est de Metz (sur le territoire allemand), un monument en l’honneur des soldats français morts là en 187015. Personnalité tenace, J.-P. Jean parvint à ses fins et le monument fut inauguré, en présence d’une foule immense, le 4 octobre 1908. La couverture médiatique du projet par Le Lorrain, évidemment très favorable à cette initiative, contribua à transformer la cérémonie officielle en manifestation profrançaise, au nez et à la barbe des autorités allemandes. Dans un sermon prononcé à la cathédrale, le chanoine Collin évoqua les événements de 1870 d’une manière apparemment détachée et apaisée, mais qui laissa transpercer ses vrais sentiments16. Désormais, la politique mémorielle fut l’un des champs d’activité préférés du Lorrain, mais le débat lancé dès 1910 sur une constitution pour l’Alsace-Lorraine provoqua d’autres prises de position de ce journal francophone de la Lorraine allemande.
La Constitution de 1911 : Le Lorrain, pris en tenaille entre particularisme républicain et particularisme tout court
4À Noël 1910, le gouvernement à Berlin présenta son projet d’une constitution pour l’Alsace-Lorraine afin d’entamer un processus de normalisation, par rapport à d’autres États fédérés de l’Empire allemand17. Le Parti du Centre s’y rallia, dès février 1911, de sorte qu’une majorité parlementaire fût assurée au projet constitutionnel. Les administrés alsaciens et lorrains comprirent vite qu’il n’était pas question d’accorder à la région une autonomie plus importante. La principale innovation fut toutefois l’introduction du suffrage universel pour l’élection d’un parlement alsacien-lorrain (Landtag). La mise en place de cette nouvelle constitution déclencha un autre vif débat sur l’identité et l’avenir de la Terre d’Empire. L’équipe du Lorrain profita de l’opportunité pour relancer les idées mises en avant par le quotidien sur la particularité de la Lorraine (allemande), avec sa composante catholique et francophone. Dans son éditorial du 12 novembre 1910, intitulé « Nationalisme et particularisme », le rédacteur en chef Collin alla jusqu’à se réclamer d’un nouveau nationalisme lorrain, de culture française : « […] nous sommes et nous resterons politiquement allemands, sans nous tourner du tout vers la France, mais le regard fixé sur nous-mêmes pour voir ce que nous sommes et pour le conserver18 ». Revendiquant une notion « allemande », herdérienne, de la nation (« c’est l’unité de culture »), le directeur du journal messin choisit le terme « notre nationalisme » pour désigner « la préférence marquée et très légitime que nous avons pour notre éducation latine19 ». D’après lui, « le souvenir et la langue constituent la base de la nation20 ». Étant un « groupement spécial », l’Alsace-Lorraine fut à même de déduire de sa culture « nationale » dans différents domaines (religion, langue, droit, sciences, arts, littérature) une prétention « particulariste » à l’indépendance politique, comprise ici comme la « mise sur un pied d’égalité complète avec les autres États constituants de l’Empire21 ». L’enjeu de ce débat sur l’autonomie culturelle des États fédérés de l’Empire fut bien réel, il s’agissait en vérité de la compétence des Länder de fixer l’emploi des langues dans l’administration et l’éducation. Pour les autorités du Reich, il importait de couper court à toute tentative de régionaliser la législation en matière de la langue, en Terre d’Empire. Numéro deux du gouvernement allemand, le secrétaire d’État de l’intérieur Clemens von Delbrück (1856-1921) démontra dans un mémoire officiel destiné au chancelier qu’il n’était pas envisageable d’accorder à la législation « peu fiable » (unzuverlässig) d’Alsace-Lorraine le droit de fixer le statut linguistique du pays, ce qui pouvait faire préjudice à la langue allemande22. Pour ces autorités, le particularisme lorrain dont se réclamait le quotidien de Metz prépara le terrain à la germanophobie et à la séparation culturelle des communautés ethnolinguistiques en Alsace-Lorraine23.
5On peut aisément constater la convergence de vues des deux grands journaux catholiques de la Lorraine allemande, Lorrain et Lothringer Volksstimme, au sujet de l’autonomie culturelle réclamée pour la région, les deux organes y étant unanimement favorables. Dans le débat sur la Constitution de 1911, le journal lorrain germanophone déplora que Berlin fût toujours le vrai siège du gouvernement alsacien-lorrain, fait discriminatoire à l’égard des habitants du pays24. Depuis 1871, les États fédérés de l’Empire assumèrent la fonction de souverain corporatif de la Terre d’Empire, selon la logique constitutionnelle voulue par Bismarck, mais il eût été normal que la population alsacienne-lorraine prît leur place, une fois la phase de transition après l’annexion terminée ! Journal circonspect, la Volksstimme resta pourtant sur ses gardes, lorsque des « têtes brûlées » parmi les députés des Conseils généraux alsaciens (Bezirkstage) lancèrent une motion, vouée à l’échec dès le début, en faveur de la proclamation d’une République d’Alsace-Lorraine, fin 1910, tout en louant la « sagesse » des représentants lorrains qui n’étaient jamais allés aussi loin25. Non sans quelques réserves, le journal germanophone de Metz donna pourtant un droit à la parole au député Anselme Laugel (1851-1928), un républicain alsacien et représentant de l’aile gauche du Centre, qui plaidait la cause d’un particularisme républicain alsacien-lorrain, sur la base d’une unité politique entre les deux composantes, Alsace et Lorraine. Laugel mit implicitement en question l’idée d’un « nationalisme lorrain », proclamé par la feuille sœur de la Volksstimme, à savoir Le Lorrain : « le nationalisme n’est rien d’autre qu’un particularisme radical » (entschiedener Partikularismus) et « les militants du Parti du Centre alsacien-lorrain sont des particularistes radicaux, tout comme ceux du Centre badois ou bavarois26 ». D’après Laugel, les revendications particularistes du Lorrain étaient sans doute justifiées, puisque conformes à l’esprit du fédéralisme que les centristes sud-allemands défendaient avec ardeur, notamment ceux du Bade et de la Bavière, contre toute tendance à la centralisation émanant des autorités berlinoises. Cependant, Laugel apporta des nuances, en mettant en garde ses lecteurs contre le risque d’un éparpillement des militants anti-centralistes. À ses yeux, il fallait unir les forces des particularistes en Alsace ET en Lorraine pour barrer la route à tout accroissement du pouvoir de la bureaucratie berlinoise : « Wenn wir von Partikularismus reden, können wir nur elsaß-lothringischen Partikularismus verstehen27. » N’en déplaise à l’abbé Collin et aux siens, mais la Lorraine francophone n’était pas suffisamment forte pour contrebalancer les tendances à la mise au pas culturelle et politique en Terre d’Empire, conclut le député Laugel, lequel avait déjà plaidé la cause d’une Alsace-Lorraine indépendante, protégée à la fois par l’Allemagne et la France, en 190828. Même vu d’Alsace, Le Lorrain n’échappa pas aux reproches l’accusant de séparatisme. Or le rédacteur en chef de la feuille messine persista et signa dans un éditorial du 14 janvier 1911, en soulignant sa volonté d’indépendance culturelle par rapport à l’Allemagne… et à l’Alsace : « Le loyalisme reconnu de la Lorraine est une gêne pour ceux qui veulent nous absorber et nous annihiler : notre volonté de rester nous-mêmes et d’affirmer toujours notre particularisme prouve chez nous une mentalité et une vitalité qui les contrecarrent29. » Campé sur sa vision d’un passé idéalisé, le directeur du Lorrain, fidèle aux thèmes du traditionalisme français30, se montra récalcitrant aux idées du particulariste alsacien Laugel, partisan d’une République alsacienne-lorraine indépendante, imaginée comme un futur lien politique et culturel entre l’Allemagne et la France. Les yeux tournés vers l’histoire, celle d’avant 1870, la rédaction du Lorrain avait du mal à imaginer de nouvelles solutions pour la région qui cherchait son avenir, entre les deux puissances, dont une guerre pouvait seulement modifier les rapports de force.
Transnational ou simplement anachronique ? Les pratiques discursives du Lorrain face aux enjeux culturels et mémoriels
6Pour l’argumentation du Lorrain, le fait linguistique se trouve au cœur de toutes les réflexions. Substrat culturel véhiculant les souvenirs historiques qui fondent une communauté, la langue française maintint pour le quotidien confessionnel le lien avec la France passée et présente. Ces présupposés permirent au journal de développer le thème du particularisme lorrain dans l’esprit de l’adage, très répandu à l’époque : « Français ne puis, Allemand ne veux, Lorrain je suis. » Ses repères sont la France d’avant la guerre de 1870-71, non pas celle des politiciens anticléricaux Combes et Clemenceau et des lois de séparation entre l’État et l’Église de 1905, ainsi que le catholicisme romain, dont la transnationalité déplut tant aux nationalistes allemands, tenants d’un « protestantisme culturel31 », lequel visait à réconcilier le christianisme évangélique et la modernité marquée par les États-nations. L’arrivée à Metz, en 1901, d’un nouvel évêque « allemand », l’ancien abbé bénédictin de Maria Laach, aurait pu plonger le Lorrain dans un conflit de loyauté entre son orientation transculturelle (insidieusement antiallemande) et son respect pour la hiérarchie ecclésiastique. Il n’en fut rien. Le tact et l’estime du nouveau prélat, Willibrord Benzler, pour les fidèles francophones de son diocèse arrangèrent bien les choses. Et le Lorrain de noter que le nouvel évêque « parle le français […] clairement, distinctement, et sans accentuation prononcée32. » Ce passage revêtit une importance centrale dans l’article traitant de l’ordination du nouveau prélat qui, avant d’arriver à Metz, avait refondé l’abbaye bénédictine de Maria Laach dans l’Eifel, et qui tint à faire son discours inaugural en même temps en français et en allemand33. Le positionnement linguistique des personnalités éminentes fut crucial dans une région biculturelle comme la Lorraine. Notre journal avec son respect profond pour les hiérarchies établies ne s’opposait pas systématiquement à toute mesure prise par l’administration allemande, même dans le domaine sensible de l’architecture et des monuments historiques. Il couvrit d’une manière bienveillante l’inauguration du nouveau portique néogothique de la cathédrale de Metz, en 1903, malgré le fait que celui-ci remplaça le portail classique datant de 1764 de l’architecte français Jacques-François Blondel (1705-1774)34. La presse parisienne, Le Figaro en tête, avait vivement critiqué ce projet de restauration de l’ancien portique gothique, après la démolition de son prédécesseur, et le parti pris de Guillaume II en faveur du projet qui fut réalisé par l’architecte Paul Tornow (1848-1921) déplut beaucoup aux journalistes de la capitale française35. Contrairement à leurs prises de position, l’équipe du Lorrain s’estima heureuse de pouvoir annoncer à ses lecteurs la présence de l’empereur et de son épouse lors de l’inauguration imminente du nouveau portail de la cathédrale : « La cérémonie à laquelle va assister le couple impérial est d’ordre essentiellement religieux. L’Empereur rend par là un hommage éclatant à l’Église catholique36. » Cependant, le discours d’inauguration de Guillaume II ne satisfit pas tout à fait les lecteurs du Lorrain, surtout lorsque sa Majesté allemande et prussienne s’exclamait : « Dieu veuille que ce portail ne donne passage qu’à de pieux chrétiens et de fidèles sujets allemands37 ». L’année suivante, en 1904, lors de l’inauguration du Temple Neuf, l’édifice de culte réformé à Metz, l’empereur de nouveau présent ne fit pas de discours et le Lorrain apprécia beaucoup cette abstinence oratoire du Hohenzollern de Berlin : « Parler est d’argent, le silence est d’or38 ».
7Un terrain particulièrement miné fut la commémoration des événements militaires de 1870 qui s’étaient soldés, pour le pays messin, par la défaite des troupes françaises et le début de l’occupation militaire prusso-allemande. Il était déjà question de l’érection du monument de Noisseville par le Souvenir français, dont l’inauguration, en 1908, donna lieu à d’importantes manifestations pro-françaises d’une foule très nombreuse. Une autre bataille sanglante avait eu lieu, les 16-18 août 1870, dans une vaste zone autour du village de Gravelotte. Depuis la fin de la guerre, de nombreux monuments y avaient été édifiés et les terres abreuvées de sang de Gravelotte s’étaient successivement transformées en territoire mémoriel dont le principal ensemble était la Halle du Souvenir, inaugurée par l’empereur Guillaume II, en 1905. Cet édifice néo-roman fut dédié à la mémoire des armées allemandes qui avaient combattu autour de Metz. Sur des plaques de marbre étaient gravées les listes de pertes, régiment par régiment39. Pour Le Lorrain, il importait de donner une autre signification au nouveau monument qui venait d’être inauguré : « Encadré d’une multitude de petites croix blanches, abris des restes glorieux des héros, tombés sur l’autel de la patrie, à l’extrémité d’une allée de cyprès, s’élève morne et silencieux, imposant par sa simplicité, le mausolée de Gravelotte40. » Ce monument dont le style digne et simple du Campo Santo militaire trouva grâce aux yeux des journalistes de la gazette messine, fut en même temps réinterprété par eux : « Le monument est fait de la pierre extraite du sol même où il y a trente-cinq ans tant de braves tombèrent pour la patrie et leur empereur41. » Comme le roi de Prusse, Guillaume Ier, n’avait pas encore été proclamé empereur, au moment des événements d’août 1870, il fallait que le monarque en question fût Napoléon III. Et la patrie n’était autre que la France (impériale). Muré dans son anachronisme assumé, Le Lorrain subit l’ostracisme des autorités du Reich, tout comme l’autre journal catholique lorrain, Lothringer Volksstimme. Lors de l’inauguration de la Halle du Souvenir à Gravelotte, le 11 mai 1905, les journalistes de ces deux gazettes n’avaient pas obtenu l’autorisation du président de Lorraine (Bezirkspräsident) pour assister à la cérémonie, en présence de l’empereur Guillaume II, à l’intérieur du bâtiment. Ils étaient obligés de suivre la solennité depuis l’extérieur de l’édifice42. Ces deux organes du catholicisme lorrain n’étaient pas dignes de confiance, selon les critères de l’administration, pour faire partie du cercle rapproché autour du monarque prussien.
Conclusion : le Lorrain dans son univers mental
8Si les fonctionnaires allemands (et très majoritairement protestants) de la Présidence de Lorraine se méfièrent du Lorrain et même de sa feuille sœur Lothringer Volksstimme, c’était bien lié au fait que ces deux journaux, et a fortiori la gazette francophone, cultivaient un univers mental et culturel restant inaccessible à ces administratifs formés à l’école prussienne. Leurs systèmes de références catholiques (français et germanique), autrement dit leur côté clérical, n’arrêtèrent pas d’irriter les serviteurs de l’État, imbus des principes du protestantisme culturel. Qui plus est, Le Lorrain aggrava son cas, aux yeux des fonctionnaires, par l’utilisation exclusive du français et le particularisme transnational, dont se réclamait son directeur Collin, et qui prenait même les allures d’un « nationalisme lorrain » au moment des débats sur la Constitution de 1910-1911, afin de se démarquer de la majorité germanophone de la Terre d’Empire. Notons pourtant que le journal de Collin n’avait pas l’exclusivité de l’emploi de la langue française dans le paysage de la presse messine d’avant 1914, loin de là. Il coexistait dans ce secteur avec Le Messin, anticlérical et libéral, ainsi qu’avec Le Courrier de Metz, feuille qui refusait de se réclamer d’une orientation politique ou idéologique43. Toutefois, Le Lorrain avait l’exclusivité du concept de particularisme politique qui consistait à monopoliser les voix d’indigènes pour des candidats autochtones lorrains, lors des élections régionales ou nationales. Au niveau culturel et sociétal, le particularisme véhiculait la revendication de « rester ce que nous sommes » et de cultiver « l’éducation latine44 » qui singularisait les Lorrains mosellans de langue française, ressortissants de l’Empire allemand bien malgré eux. Tout comme en Irlande, en Pologne ou au Québec, le clergé défendait les traits distinctifs de la société minoritaire des périphéries contre le centre du pouvoir, par exemple, en mobilisant la presse en leur faveur. Particularistes politiques, dressés contre toute forme de germanisation, les journalistes et les lecteurs du Lorrain furent les militants d’une culture transnationale, avec des repères diachroniques (pour ne pas dire anachroniques). En Lorraine, pays de guerres et de cimetières militaires, le journal messin professait la contre-histoire, faisant des vaincus de 1870 les vrais vainqueurs. Et pourtant, comme la plupart des habitants de la ville, l’équipe du Lorrain se sentait flattée par les visites à répétition du couple impérial allemand à Metz, mettant en lumière cette petite « capitale » devant un public international. Résistance culturelle contre la germanisation et fierté locale d’accueillir le monarque Hohenzollern dans toute sa splendeur allaient de pair dans les colonnes du Lorrain.
Notes de bas de page
1Fleurent, Joseph, « L’Idée de Patrie en Alsace », Revue politique et parlementaire, n° 14, 1907, p. 324-345 (ici p. 344).
2Ibid., p. 326.
3Roth, François, Alsace-Lorraine. Histoire d’un « pays perdu ». De 1870 à nos jours, Paris, Tallandier, 2016, p. 118-121 ; voir aussi : Vaillot, Benoît, L’invention d’une frontière : entre France et Allemagne, 1871-1914, Paris, CNRS Éditions, 2023 ; Le problème d’Alsace-Lorraine vu par les périodiques (1871-1914)/ Die elsass-lothringische Frage im Spiegel der Zeitschriften (1871-1914), études réunies par Michel Grunewald, Berne, Peter Lang, 1998.
4Roth, François, Le Temps des Journaux. Presse et cultures nationales en Lorraine mosellane 1860-1940, Nancy, Éditions Serpenoise, 1983, p. 95-117.
5Ibid., p. 96. Selon les listes communales de 1875 la population de la Lorraine allemande (environ 500 000 habitants) se répartissait ainsi : 53,25 % de germanophones, 30,37 % de francophones, 16,38 % de bilingues : Rimmele, Eva, Sprachenpolitik im Deutschen Kaiserreich vor 1914. Regierungspolitik und veröffentlichte Meinung in Elsaß-Lothringen und in den östlichen Provinzen Preußens, Francfort, Peter Lang, 1996, p. 18.
6Roth, François, La Lorraine annexée. Étude sur la Présidence de Lorraine dans l’Empire allemand (1870-1918), Nancy, Éditions Serpenoise, 2011, p. 116-121 ; Metzler, Lionel, La politique de germanisation en Lorraine annexée (1870-1914) : cultures et enjeux identitaires, thèse, université de Metz, 2007.
7Roth, François, « Henri-Dominique Collin. Catholicisme messin et vie politique durant l’annexion allemande », Annales de l’Est, t. 31, 1979, p. 271-284.
8Ibid., p. 277-279.
9Roth, François, Alsace-Lorraine. Histoire d’un « pays perdu », op. cit., p. 62 (commentaire de Collin sur un discours tenu par l’empereur Guillaume II à Strasbourg, en septembre 1899).
10Guillaume II avait rencontré l’abbé de Marie Laach en Rhénanie et ce à plusieurs reprises : Kienle, Adalbert, Der Grenzgänger von Beuron. Willibrord Benzler (1853-1921) OSB, Prior von Beuron, Abt von Maria Laach, Bischof von Metz, Beuron, Beuroner Kunstverlag, 2019, p. 43-48.
11Ritter, G. Erwin, Die Elsass-Lothringische Presse im letzten Drittel des 19. Jahrhunderts, Strasbourg, Selbstverlag der Elsass-Lothringischen Wissenschaftlichen Gesellschaft, 1934, p. 302-303 ; Roth, François, Le Temps des Journaux, op. cit., p. 161-169.
12Winfried Becker, « Kulturkampf als Vorwand: Die Kolonialwahlen von 1907 und das Problem der Parlamentarisierung des Reiches », in Horstmann, Johannes, Die Verschränkung von Innen-, Konfessions- und Kolonialpolitik im Deutschen Reich vor 1914, Schwerte, Katholische Akademie, 1987, p. 85-109.
13Roth, François, « Le chanoine Henri-Dominique Collin, le mainteneur de l’idée française en Lorraine », in Les Lorrains entre la France et l’Allemagne : itinéraires d’annexés, Metz, Éditions Serpenoise, 1981, p. 115-154 (ici 132-133).
14Ibid., p. 133-134.
15Roth, François, « Le Souvenir Français en Lorraine annexée (1907-1914) », Mémoires de l’Académie nationale de Metz 1973, p. 53-69 ; Oberlé, Céline, « Le Souvenir français et l’Alsace-Lorraine (1870-1914) », in D’une guerre à l’autre : Que reste-t-il de 1870-1871 en 1914 ?, Paris, Riveneuve éditions, 2016, p. 415-425 (ici 420-421).
16Collin, Henri, Inauguration du monument de Noisseville élevé aux Soldats français tombés en 1870 sur les champs de bataille à l’Est de Metz, Metz, Imprimerie lorraine, 1908.
17Mayeur, Jean-Marie, Autonomie et politique en Alsace : la Constitution de 1911, Paris, Colin, 1970 ; Preibusch, Sophie Charlotte, Verfassungsentwicklungen im Reichsland Elsaß-Lothringen 1871-1918. Integration durch Verfassungsrecht ?, Berlin, Berliner Wissenschaftsverlag, 2006.
18Le Lorrain, 12/11/1910, p. 1.
19Ibid., 22/10/1910, p. 2.
20Ibid., 24/10/1910, p. 1.
21Ibid., 21/10/1910, p. 1.
22Wolfram, Georg (éd.), Verfassung und Verwaltung in Elsass-Lothringen, vol. II, Berlin, Verlag für Sozialpolitik, 1937, p. 83. Voir aussi : Hartweg, Frédéric, « Sprachenpolitik im Elsass : Die ‘Germanisierung‘ einer weitgehend deutschsprachigen Provinz », in Rainer Wimmer (dir.), Das 19. Jahrhundert. Sprachgeschichtliche Wurzeln des heutigen Deutsch, Berlin, De Gruyter, 1991, p. 136-163.
23Voir la note du statthalter Karl von Wedel, adressée à Guillaume II (avril 1908) : « il existe une tendance à lier le particularisme à la germanophobie, et à s’opposer à l’assimilation entre immigrés et indigènes » : Encyclopédie de l’Alsace, vol. XII, Strasbourg, Éditions Publitotal, 1986, p. 7468.
24Lothringer Volksstimme, 24/09/1910, p. 1 (« Autonomie oder Machtzuwachs des Kaisers im Reiche? »)
25Ibid., 25/11/1910, p. 1 (« Verfassungsfrage in Elsass-Lothringen ») : « … wie ja überhaupt der Lothringer gegenüber dem Elsässer sich in der Behandlung politischer Fragen in der Regel viel nüchterner und leidenschaftsloser erweist. » Pour le contexte de cette motion lancée par des sociaux-démocrates (avec l’aval de quelques centristes) : Bontet-Klee, Adeline, « L’identité républicaine en Alsace entre 1908 et 1911 : un enjeu de relations internationales à la veille de la Première Guerre mondiale », Matériaux pour l’histoire de notre temps n° 119/120, 2016, p. 24-30.
26Ibid., 02/12/1910, p. 1 (« Nochmals Republikanismus und Liberalismus »): « […] und entschiedene Partikularisten sind die Anhänger der elsaß-lothringischen Zentrumspartei sowohl wie die der badischen oder der bayerischen. »
27Idem.
28Encyclopédie de l’Alsace, vol. VIII, Strasbourg, Publitotal, 1984, p. 4664-4665.
29Le Lorrain, 14/01/1911, p. 1 : « Donner le Change ».
30Pour ses idées politiques voir : Roth, François, « Le chanoine Henri-Dominique Collin, le mainteneur de l’idée française en Lorraine », art. cit., p. 119-121.
31Hübinger, Gangolf, Kulturprotestantismus und Politik. Zum Verhältnis von Liberalismus und Protestantismus im wilhelminischen Deutschland, Tübingen, Mohr, 1994.
32Le Lorrain, 30/10/1901, p. 2.
33Benzler, Willibrord, Erinnerungen aus meinem Leben, Beuron, Beuroner Kunstverlag, 1922, p. 93.
34Le Lorrain, 14-16/05/1903 (nombreux articles).
35Davrius, Aurélien, Metz royale et impériale. La cathédrale, la mémoire et l’amnésie, Bordeaux, William Blake & Co., 2020, p. 79-87.
36Le Lorrain, 15/05/1903, p. 1. Notons que lors de l’inauguration de la cathédrale désormais achevée de Cologne, en octobre 1880, le clergé fut totalement absent, en raison du Kulturkampf. Pour le journal, il s’agissait donc de mettre en avant l’entente entre les autorités ecclésiastiques et séculières.
37Davrius, Metz royale et impériale, loc. cit., p. 80-81.
38Le Lorrain, 17/05/1904, p. 1.
39Musée départemental de la guerre de 1870 et de l’annexion : Gravelotte, Ars-sur-Moselle, Serge Domini Éditeur, 2015, p. 24.
40Le Lorrain, 13/05/1905, p. 1.
41Ibid., p. 2.
42Et le représentant de la Volksstimme s’en plaint dans son article rendant compte de la cérémonie : « Aus der Ansprache sowohl des Statthalters wie auch des Militäroberpfarrers Friedrichs können wir unsern Lesern leider nichts verraten, da unser Berichterstatter nicht zu den vom Bezirkspräsidium vorgeschlagenen Preßvertretern gehörte, welche das Innere der Halle betreten durften, doch mit noch einigen anderen Journalisten bescheiden draußen bleiben mußte », Lothringer Volksstimme, 13/05/1905, p. 1.
43Roth, François, Le temps des journaux, op. cit., p. 118-133.
44Le Lorrain, 22/10/1910, p. 2.
Auteur
-
Thomas Nicklas
Université de Reims Champagne-Ardenne, CIRLEP, Reims, France
ORCID : 0000-0003-1486-3774
IdRef : 077047133
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