URL originale : https://books.openedition.org/enseditions/4404
Le couvent du plaisir
The convent of pleasure (dans plays, never before printed, 1666)
p. 129-130
Texte intégral
1Dans la pièce The Convent of Pleasure, jamais représentée de son vivant, Margaret Cavendish explore l’idée d’une communauté féminine, sorte de couvent laïc dont l’inspiration semble être l’éthique épicurienne. Elle avait déjà abordé ce thème dans une pièce de 1662, The Female Academy (Playes, 1662). À l’acte I, Lady Heureuse, jeune héritière fortunée, crée la stupéfaction en annonçant sa décision de se retirer du monde et de créer une communauté laïque fondée sur la recherche du bonheur, au lieu de chercher un époux. Madame Médiatrice essaie de la faire changer d’avis. La communauté sera bien créée et un jeune prince en forcera l’entrée sous un habit féminin, pour séduire Lady Heureuse, et au dénouement, dissoudre ce trop subversif « Couvent du plaisir ».
Acte I, scène 2
2Madame Médiatrice – Vous avez l’intention de vous retirer du monde et de vivre cloîtrée !
3Lady Heureuse – Il est vrai, mais pas de renoncer aux agréments de la vie ; car j’entends me retirer du monde pour jouir d’eux et non pour m’enterrer dans l’austérité ; je veux seulement me soustraire à tous ces tracas, ces embarras, ces vexations et cette agitation qui règnent dans le monde.
4Madame Médiatrice – Mais si vous vous cloîtrez, comment ferez-vous pour jouir de la compagnie des hommes, eux dont la conversation est considérée comme le plus grand des plaisirs ?
5Lady Heureuse – Les hommes sont la cause de tous les maux pour les femmes ; ils n’ont de cesse de contrarier leurs divertissements innocents et leur tranquillité, et de s’y opposer. Ils leur sont nuisibles et ne pensent jamais à leur bonheur. C’est pourquoi seules les femmes pauvres, qui n’ont pas de revenus suffisants pour pouvoir s’offrir ces divertissements et financer ces agréments au quotidien, sont destinées aux hommes ; car sans les moyens de contribuer à leur bonheur, elles n’ont d’autre solution que de servir celui des autres – tandis que celles qui sont bénies conjointement par la fortune, la nature et les dieux seraient bien folles de vivre avec les hommes, qui font des femmes leurs esclaves. Pour ma part, je répugne à être ainsi asservie et j’entends vivre loin de leur société. C’est pourquoi je vais prendre avec moi autant de personnes de mon sexe que ma fortune me permet d’entretenir avec faste, des femmes dont la naissance est supérieure à la fortune et qui sont résolues à vivre une vie de célibat et à faire vœu de chasteté. C’est avec celles-là que j’entends me retirer pour profiter de tous les plaisirs et des agréments licites et autorisés. Mon couvent ne sera pas un couvent de contrainte, mais un lieu de liberté, il n’aura pas pour but de contrarier les sens, mais de les satisfaire.
[…]
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Mary Astell et le féminisme en Angleterre au xviie siècle
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