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    Plan détaillé Texte intégral Les modes de constitution de Cincinnatus en figure de référence puis en modèle L’image de Cincinnatus : le contenu de cette figure de référence Les fonctions de cette figure et ses aspects identitaires Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Figures de l’identité

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    Table des matières

    La représentation de Cincinnatus chez Tite-Live : figure morale et mythe républicain

    Mathieu Jacotot

    p. 71-85

    Texte intégral Les modes de constitution de Cincinnatus en figure de référence puis en modèle L’image de Cincinnatus : le contenu de cette figure de référence Les fonctions de cette figure et ses aspects identitaires Bibliographie Sources antiques Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    1L’histoire des républiques modernes à travers le monde présente parfois des interférences intéressantes avec celle de la République romaine. Ainsi, aux États-Unis, la ville de Cincinnati, important centre industriel de l’Ohio, tire son nom, par un curieux détour, du célèbre Cincinnatus, l’homme des campagnes tiré de sa charrue pour devenir dictateur et sauver sa patrie et qui s’empressa, une fois la victoire acquise, de retourner à ses champs. La ville américaine a été ainsi nommée en l’honneur de la Société des Cincinnati, une association d’anciens officiers de l’armée dont l’origine remonte à la guerre d’Indépendance. La trace de Cincinnatus aux États-Unis ne s’arrête pas là : George Washington lui-même fut surnommé « le Cincinnatus du Nouveau Monde » pour avoir répondu à plusieurs reprises à l’appel de la patrie en danger, notamment lorsqu’il fut général de la guerre d’Indépendance, et pour être retourné, une fois sa mission accomplie, à ses plantations de Mount Vernon. Les révolutions semblent propices à l’évocation de Cincinnatus, puisque le personnage apparaît aussi en France, en 1792 : son buste était placé dans la salle de réunion de la Convention, à côté de ceux de Solon, Platon, Brutus et Camille, entre autres1 ; les discours des grands orateurs de la Révolution présentent quant à eux plus de cent soixante références à l’illustre dictateur2. Ces différentes réminiscences de Cincinnatus montrent qu’il est plus qu’un personnage historique ; c’est devenu une légende. C’est aussi un modèle, tant la volonté d’imiter ce grand personnage est récurrente. Modèle d’antique vertu et de rusticité, ainsi que modèle politique et républicain, comme l’indiquent les contextes où cette figure a été utilisée à l’époque moderne, ceux de la Révolution américaine et de la Révolution française.

    2Nous nous limiterons ici à une étude de Cincinnatus dans le contexte culturel qui l’a vu naître, c’est-à-dire l’Antiquité romaine, et nous tâcherons de voir comment il est, pour les Romains eux-mêmes, un modèle. Plusieurs sources nous ont transmis l’histoire de Cincinnatus : le personnage, qui vécut selon la tradition au ve siècle3, nous apparaît pour la première fois, de manière assez fugace, avec Cicéron4. Seuls Denys d’Halicarnasse5 et surtout Tite-Live6 ont développé de manière assez fournie l’histoire de Cincinnatus. D’autres sources, postérieures, l’évoquent aussi, mais de façon restreinte et stéréotypée : Perse, Columelle, Pline l’Ancien7. On le rencontre surtout dans les textes compilant, à l’époque impériale, les uiri illustres de la République ou dans les abrégés de l’histoire romaine. Il apparaît ainsi chez Valère Maxime, Florus, Eutrope, dans le De uiris illustribus, ou chez Lucius Ampelius ; on le rencontre aussi chez Végèce et Orose8. Nous nous intéresserons ici à l’image qu’en donne Tite-Live.

    3Une lecture de la représentation livienne de Cincinnatus soulève différents problèmes. Quel est, d’abord, le statut exact de cette figure ? Nous essaierons de voir comment Cincinnatus peut être considéré chez Tite-Live comme un modèle, mais nous aurons aussi à recourir aux notions, connexes, d’exemplum et de mythe pour rendre compte du personnage. Il apparaît ensuite que, chez Tite-Live, Cincinnatus est une figure complexe et assez nuancée ; c’est indiscutablement un modèle à valeur morale, mais il revêt aussi une dimension politique moins souvent mise en valeur et pourtant essentielle : Cincinnatus est un modèle républicain. Nous insisterons sur l’aspect idéologique de cette figure. Ce qui conduit à une autre question : si Cincinnatus est un modèle, à qui est-il destiné ? Qui doit s’y reconnaître ? Cincinnatus est-il un modèle pour l’identité romaine « nationale » ou bien la figure identitaire d’un groupe plus restreint ?

    Les modes de constitution de Cincinnatus en figure de référence puis en modèle

    4Cincinnatus est, dès l’époque des anciens Romains, un personnage célèbre, un de ces uiri illustres des premiers siècles de la République ; c’est aussi le symbole de l’antique rusticité. Il faut commencer par mesurer comment Cincinnatus, de simple personnage historique, est devenu une figure de référence et un modèle. Si Tite-Live n’est assurément pas à l’origine de la tradition sur Cincinnatus, c’est sans doute un des auteurs qui a le plus contribué à le constituer en modèle de référence, en lui donnant une ampleur et un statut inédits.

    5Cincinnatus apparaît pour la première fois chez Tite-Live avec le récit des démêlés de son fils, le fougueux Céson9. Ce dernier s’illustre par la lutte violente qu’il mène contre les tribuns dans le cadre de la résistance patricienne au projet de lex Terentilia, qui visait à instituer une commission pour réglementer le pouvoir consulaire. Son comportement lui vaudra finalement un procès. L’épisode comporte nombre d’éléments historiquement douteux et d’anachronismes10, mais n’en est pas moins révélateur pour nous de la construction du personnage de Cincinnatus. Céson sert en effet d’exact contrepoint à son père : Tite-Live crée entre les deux hommes une opposition très tranchée, sans doute artificielle, pour faire ressortir les qualités de Cincinnatus. Céson se caractérise par sa fougue et sa violence, comme le montrent son comportement brutal vis-à-vis des tribuns de la plèbe11 et l’accusation de meurtre portée contre lui12. Tout l’oppose à la modération et au calme de son père qui affirme n’avoir jamais offensé personne13. En outre, Céson est accusé par le tribun de la plèbe Aulus Verginius d’aspirer à la royauté14, et constitue donc un négatif de Cincinnatus qui, au livre IV, luttera contre un adfectator regni, Spurius Maelius. L’histoire de Céson constitue un moment important pour la construction de Cincinnatus comme figure de référence, car elle anticipe sur le récit de la première dictature et prépare la figure du dictator ab aratro. C’est très sensible à la fin du récit :

    Pecunia a patre exacta crudeliter, ut diuenditis omnibus bonis aliquamdiu trans Tiberim ueluti relegatus deuio quodam tugurio uiueret.

    La caution fut réclamée au père, avec la dernière rigueur, si bien qu’après avoir vendu l’un après l’autre tous ses biens, il vécut quelque temps sur la rive droite du Tibre, relégué, en quelque sorte, dans une masure isolée. (III, 13, 10)

    6Le jeune homme est parti en exil, mais son père a dû payer une caution très élevée15 et se voit obligé de se retirer à la campagne, hors de la cité, ce qui introduit les thèmes de la pauvreté et de la ruralité qui seront attachés ultérieurement à Cincinnatus. Ces éléments n’ont sans doute pas de réalité historique, mais ils préparent la suite du récit et expliquent pourquoi Cincinnatus est aux champs quand il est nommé dictateur16.

    7Le deuxième épisode important est celui du consulat suffect de 460 (III, 19-21). Cincinnatus reçoit cette charge après que le consul Publius Valerius Publicola a trouvé la mort lors de l’invasion du Capitole par le Sabin Herdonius. Au cours de cet épisode, il devient une figure haute en couleur, ce qu’il n’était pas encore dans le récit consacré à Céson. Tite-Live fait apparaître progressivement Cincinnatus sur le devant de la scène : il est d’abord décrit (19, 2), puis parle au discours indirect (19, 4), et enfin au discours direct (19, 6) ; les propos qu’il tient sont très véhéments, et mettent en œuvre une rhétorique puissante17. Tite-Live façonne également Cincinnatus de façon à lui donner une signification plus universelle : Cincinnatus est un patricien, et un patricien qui s’oppose à la plèbe et a des mots très durs contre ses tribuns18. Mais Tite-Live essaie de transformer cette image trop partisane en montrant qu’il est au-dessus des querelles de partis : « […] il ne fut pas plus véhément pour réprimander la plèbe que pour blâmer le Sénat. »19 L’historien a sans doute rendu Cincinnatus un peu plus consensuel qu’il ne l’est en réalité, pour en faire une figure modèle. Et de fait, l’élément le plus important de cet épisode du consulat est la constitution de Cincinnatus en modèle. Lors de son discours justifiant son refus de revêtir un deuxième consulat, Cincinnatus fait lui-même appel à la notion d’imitation, essentielle pour le fonctionnement d’un modèle ; un sénateur, dit-il, doit être un exemplum pour les autres :

    Imitamini, patres conscripti, turbam inconsultam […]. At, qui exemplo aliis esse debetis, aliorum exemplo peccetis potius quam alii uestro recte faciant, dum ego ne imiter tribunos nec me contra senatus consultum consulem renuntiari patiar.

    Vous imitez, pères conscrits, la foule irréfléchie […]. Mais, vous qui devez être un exemple pour les autres, vous suivez l’exemple des erreurs des autres au lieu que ce soit les autres qui suivent l’exemple de votre bonne conduite ; moi, puissé-je ne pas imiter les tribuns ni tolérer que je sois proclamé consul contre la décision du Sénat. (III, 21, 6)

    8Cincinnatus se pense comme exemplum, ce qu’il veut être pour ses contemporains, et ce que Tite-Live veut en faire pour ses lecteurs, conformément à sa conception pédagogique de l’histoire. Cet épisode du consulat élève donc Cincinnatus au rang de modèle, et, comme pour l’épisode de Céson, présente aussi un nouvel effet d’anticipation, puisqu’il prépare le récit de la seconde dictature de Cincinnatus. Le Sénat a en effet décrété que les magistratures ne seraient plus itératives, mais les tribuns de la plèbe ne se soumettent pas et se font réélire. Les patriciens suggèrent à Cincinnatus d’en faire autant, mais il refuse, car il ne veut pas d’un honneur qui ne soit pas légal : il refuse ainsi un honos du peuple20, et le fera encore lors de la deuxième dictature quand il commencera par décliner l’honos d’une nouvelle charge exceptionnelle (IV, 13, 11).

    9Cincinnatus apparaît pour la troisième fois chez Tite-Live lors du récit de sa première dictature, en 458 (III, 26-29). L’armée du consul Minucius, encerclée par les Èques, a été prise au piège sur le mont Algide. On nomme alors Cincinnatus comme dictateur, mais ce dernier n’est pas en ville : des légats doivent aller le chercher à ses champs où il est en train de labourer. Cincinnatus sauve l’armée consulaire, soumet les Èques et se démet de sa dictature au bout de seize jours, pour retourner à ses champs. L’épisode le plus célèbre, le plus repris par les sources postérieures, est l’instant où il est nommé dictateur alors qu’il est à sa charrue (26, 7-10). Tout contribue dans le récit livien à faire de Cincinnatus un modèle frappant. La description est d’abord éminemment visuelle : l’historien accumule des détails caractéristiques (Cincinnatus appuyé sur sa bêche, la sueur qu’il essuie sur son front, le moment où il revêt la toge que sa femme est allée chercher dans leur chaumière21). La narration ménage des effets de ralentissement du rythme (lors de l’annonce de la dictature par les légats) et d’accélération (proclamation, félicitations, explications, invitation des légats s’enchaînent rapidement à la fin du passage). Mais c’est surtout la posture particulière prise par Tite-Live dans ce passage qui transfigure Cincinnatus en modèle exemplaire. L’anecdote est précédée de ces mots :

    Operae pretium est audire qui omnia prae diuitiis humana spernunt neque honori magno locum neque uirtuti putant esse, nisi ubi effusae affluant opes.

    Il vaut la peine d’écouter ce qui suit, pour ceux qui méprisent tout sauf les richesses et pensent que l’honneur éclatant et la valeur n’occupent aucun autre lieu que celui où coulent à flots les somptuosités. (III, 26, 7)

    10Tite-Live prend ici du recul par rapport au récit et met en valeur la signification exemplaire de l’histoire de Cincinnatus22. Ce préambule, à la coloration fortement rhétorique23, confère un poids inédit au personnage du dictateur. La tournure operae pretium est audire, notamment, le présente à l’attention des lecteurs et le constitue en exemple à imiter, donc en modèle.

    11La seconde dictature (IV, 12-16), enfin, parachève le passage de Cincinnatus du rang de personnage historique à celui de figure de référence. En 439, alors que la famine sévit à Rome, Lucius Minucius est nommé « directeur du ravitaillement »24. Un riche chevalier, Spurius Maelius, après avoir acheté du blé en Étrurie, fait des distributions à la plèbe, ce qui lui vaut une grande faveur populaire (13, 1-4). Ce prestige inédit l’amène, selon Tite-Live, à songer à la royauté25. Minucius révèle au Sénat le complot fomenté par Maelius ; le consul Quinctius Capitolinus réagit en décidant de nommer Cincinnatus dictateur pour sauver la situation (13, 11-14). Cincinnatus commence par refuser, puis accepte la charge qui lui est confiée et nomme Servilius Ahala maître de cavalerie. Ce dernier se saisit alors d’un prétexte pour tuer Maelius, action approuvée a posteriori par Cincinnatus26. Cet épisode rappelle naturellement la première dictature et plusieurs éléments apparaissent dans les deux récits : Rome connaît une crise majeure ; Cincinnatus fait preuve d’une totale absence d’ambition ; le dictateur commence par se rendre au forum27 ; il est question d’une garde28. Ces répétitions sont historiquement suspectes : la deuxième dictature a-t-elle vraiment existé ? Denys d’Halicarnasse nous apprend que les annalistes Cincius Alimentus et Calpurnius Piso Frugi l’ignoraient29. Cicéron, de son côté, ne semble pas vraiment distinguer les deux dictatures30. Quoi qu’il en soit, cette répétition, si elle n’est pas historique, renforce en revanche la position de Cincinnatus comme figure exemplaire : il se fige dans la posture du sauveur de la République et de l’homme qui ignore l’ambition et refuse les honneurs.

    L’image de Cincinnatus : le contenu de cette figure de référence

    12De quoi Cincinnatus est-il donc le modèle ? Quels sont les traits essentiels de cette figure que Tite-Live met en avant ? La réponse paraît toute trouvée : Cincinnatus est l’image idéalisée de l’homme des campagnes, le modèle de la vertu rustique. Un examen plus attentif montre qu’en réalité le personnage est plus complexe : à l’image du rusticus vertueux se surimpriment celle du républicain et la figure mythique du sauveur.

    13Cincinnatus apparaît au premier abord comme le dictator ab aratro, représentant de l’excellence morale de la vie rurale, et expression de l’idéal du Romain agriculteur. Ce trait est présent chez Tite-Live, mais aussi (et surtout) chez les autres auteurs : c’est l’image que retiennent Cicéron, Valère Maxime, Florus, Eutrope et Lucius Ampelius31. Le passage de Tite-Live le plus éloquent en ce qui concerne la ruralité vertueuse de Cincinnatus est sans doute celui où Cincinnatus est fait dictateur alors qu’il est à sa charrue (III, 26, 7-10) : il est dépeint comme un laboureur (fossam fodiens ; araret), ce qui le place en conformité avec l’antique définition du uir bonus donnée par Caton dans la préface du De agricultura : le bon citoyen, c’est le bonus agricola, le bon cultivateur32. C’est cette définition traditionnelle de l’excellence, passant par la vie rurale et agricole, que réactive l’image de Cincinnatus dans le récit livien. Le bon agriculteur est aussi bon citoyen. Cincinnatus est, avant sa dictature, placé en dehors de la vie civique : il est symboliquement localisé sur l’autre rive du fleuve, et vêtu d’un simple pagne33. Mais il est capable de retourner promptement dans le cadre public de la cité : il lui suffit pour cela de revêtir la toge34. Outre ce dévouement pour Rome, la vie rurale qui caractérise Cincinnatus s’accompagne d’autres qualités dont il est fait ici l’éloge, telles que la pauvreté35 : Cincinnatus travaille la terre lui-même, il habite dans un tugurium, un habitat très léger, en bois36. Pour Tite-Live, il incarne l’idée selon laquelle la uirtus se fonde sur l’absence de richesse : Cincinnatus, écrit-il, est un exemple pour ceux qui « pensent que […] la valeur n’occup[e] aucun autre lieu que celui où coulent à flots les somptuosités »37. Cincinnatus apparaît donc comme l’un de ces maiores illustres par la simplicité de leur mode de vie et rejoint les rangs des Manius Curius Dentatus et des Fabricius.

    14Il ne représente pas cependant que l’excellence de la vie rustique, mais incarne aussi une autre série de qualités, de nature cette fois plus politiques. Cincinnatus est en effet le modèle de l’attachement à la République, en raison de trois traits caractéristiques : l’absence d’ambition ; le légalisme républicain ; l’opposition au regnum. Cet aspect du personnage est bien présent chez Tite-Live mais également dans les autres sources, ce qui montre bien que c’est un trait essentiel du modèle, un point aussi important dans la tradition que la rusticitas : Cicéron parle ainsi de la mise à mort de Spurius Maelius, l’adfectator regni, tout comme Florus et Lucius Ampelius ; le De uiris illustribus évoque la manière dont Cincinnatus a refusé les honneurs. Ce point est important chez Tite-Live, car il fait de Cincinnatus le modèle de l’absence d’ambition et du souci de servir la République. Lors de son consulat d’abord, Cincinnatus refuse de se faire réélire et expose en une sentence bien frappée la gloire que lui apporte paradoxalement ce refus : gloriam spreti honoris auctam38. La première dictature offre encore un exemple de ce désintéressement puisque Cincinnatus se démet dès que la patrie est sauvée39. La seconde dictature, enfin, rejoue pour la troisième fois le thème de l’honos spretus, lorsque Cincinnatus commence par refuser la charge qu’on lui propose40. La deuxième vertu politique de Cincinnatus est son légalisme républicain. Il se plie régulièrement aux décisions des institutions républicaines telles que le Sénat. Lors de son consulat, son refus de se représenter est motivé par le respect de la décision du Sénat qui a pris un décret en ce sens (III, 21, 1). Cincinnatus, par cette attitude, devient le modèle du bon fonctionnement des institutions romaines, qui implique que le consul obéisse au Sénat. Dernière qualité politique de Cincinnatus qui fait de lui un symbole républicain : son opposition au regnum. Le dictateur est en effet un de ces personnages de l’histoire romaine qui ont pris la défense de la liberté et se sont dressés contre un adfectator regni, cela dût-il impliquer l’emploi de la violence41. Cincinnatus replace lui-même Spurius Maelius dans la galerie des adfectatores regni quand il rapproche son sort de celui de Spurius Cassius, tandis que le dictateur se place, lui, dans la lignée de Brutus (IV, 15, 3-4). Après l’annonce de la mort de Spurius Maelius, tué par Servilius Ahala, maître de cavalerie de Cincinnatus, le dictateur lui répond, sur un ton particulièrement solennel : Macte uirtute, inquit, C. Seruili, esto liberata re publica, « Félicitations Caius Servilius, dit-il, voilà la République libérée » (IV, 14, 7). Ce thème de la « libération » de la res publica et la convocation à l’arrière-plan d’autres figures de la lutte entre regnum et libertas font de Cincinnatus le défenseur modèle de la République.

    15Cincinnatus possède encore chez Tite-Live une troisième et dernière facette, celle du sauveur de la patrie en danger. Il est tout à fait remarquable que Cincinnatus intervienne chaque fois que Rome court un grave danger. La première apparition du personnage a lieu dans le contexte des déchirements intérieurs causés par la loi Terentilia et les violences de Céson. Son consulat prend place après la prise du Capitole par une troupe d’esclaves révoltés et suit la mort du consul Publicola au cours de la reconquête. La première dictature intervient alors que les Èques encerclent l’armée consulaire sur l’Algide, et la seconde au moment où Rome doit faire face à une famine et à l’adfectator regni qu’est Spurius Maelius. Chaque fois, Cincinnatus rétablit la situation, ce qui fait de lui plus qu’une figure ou un modèle : Cincinnatus est aussi la déclinaison d’un mythe42 bien connu, celui de l’homme providentiel. Tite-Live souligne à plusieurs reprises cet aspect providentiel du personnage, comme lors de la première dictature où il est désigné comme spes unica imperii populi Romani43. Il a en effet toutes les caractéristiques du sauveur puisqu’il détient une magistrature exceptionnelle, qu’il arrive d’un lieu retiré (de l’autre côté du Tibre44), qu’il est d’un âge avancé et possède la sagesse qui va avec45. Ce mythe du sauveur, Cincinnatus l’incarne donc très bien, si bien, même, qu’il en est devenu le prototype dans l’historiographie moderne46.

    Les fonctions de cette figure et ses aspects identitaires

    16Si Cincinnatus est bien un modèle, à qui cette figure exemplaire est-elle destinée, et pour quel usage ? Après avoir décelé le fonctionnement et le sens de cette figure, il faut en donner les raisons d’être.

    17Cincinnatus a d’abord chez Tite-Live une fonction historiographique. C’est en effet un modèle à valeur explicative, qui sert de prototype à la caractérisation de plusieurs membres de la gens Quinctia, selon la pratique livienne consistant à raconter différents événements ou à décrire des personnages selon une matrice unique. À ce titre, Cincinnatus est encore un mythe, un mythe fondateur plus précisément, pour la gens des Quinctii, et il revêt donc une fonction identitaire : c’est l’ancêtre auquel on se réfère, qui permet de constituer l’identité commune de tout un groupe. Il est frappant de voir combien plusieurs Quinctii rejouent, de manière sans doute plus fantasmée que réelle, l’histoire de Cincinnatus47. Le fils de Cincinnatus, sans être lui-même dictateur, sera ainsi maître de la cavalerie (IV, 17, 9) ; au livre VII, on rencontre un autre Quinctius qui vit à la campagne et ne pense plus aux honores48. C’est aussi un modèle historiographique parce que, dans l’esprit de Tite-Live, l’épisode de sa seconde dictature fait écho à d’autres événements plus récents de l’histoire romaine, et en constitue une sorte de précédent éclairant ou de matrice. Plusieurs aspects rappellent en effet le tribunat agité de Ti. Sempronius Gracchus : la distribution frumentaire de Maelius fait écho à la réforme agraire de Tiberius ; la connivence avec la plèbe de Maelius, au tribunat de la plèbe qu’a obtenu Tiberius ; les deux personnages doivent faire face à des accusations de regnum ; enfin, ils meurent tous deux de mort violente. Quant à Cincinnatus, il peut servir de modèle historiographique à Scipion Nasica ou encore à Scipion Émilien49 lors du même tribunat de Ti. Gracchus.

    18Cincinnatus est une référence pour sa gens, mais son emprise va bien au-delà. L’œuvre de Tite-Live se veut un travail de portée nationale, voire patriotique, son récit du passé de Rome s’inscrivant dans une période de changement politique, moral et institutionnel. Son œuvre contribue à la définition de l’identité romaine, en célébrant certains de ses aspects. L’histoire de Cincinnatus permet à l’historien de mettre en valeur une des singularités de l’identité romaine, perçue comme telle par les Anciens eux-mêmes : l’image du Romain comme paysan, comme homme attaché à la terre, image à laquelle Cincinnatus vient donner corps. C’est donc un modèle au sens où il est l’archétype de ce trait identitaire : il incarne l’idéal du citoyen-paysan en qui les Romains se reconnaissent, ou plutôt se rêvent. Ce trait identitaire romain est d’ailleurs célébré dans d’autres œuvres de l’époque, telles que les Géorgiques50. La figure de Cincinnatus est donc développée à l’époque où l’identité romaine en crise est refondée sur de nouvelles bases.

    19Ce modèle possède également une fonction morale forte. Le modèle qu’est Cincinnatus a une fonction constitutive et non seulement illustrative, il doit servir l’entreprise de réforme morale qui anime l’œuvre livienne en présentant une identité romaine idéale. Ainsi que Tite-Live l’exprime dans sa préface à l’Ab Vrbe condita, une des fonctions de l’histoire est d’éduquer les contemporains, et les grands modèles historiques sont des instruments privilégiés : ce qui est salubre ac frugiferum dans la connaissance des faits passés, ce sont les exempli documenta dont l’histoire romaine est riche (I, 10). L’histoire de Cincinnatus est porteuse d’une leçon morale à deux volets : il est d’abord l’exemple de la valeur de la vie simple et rustique, la preuve que la uirtus ne réside pas dans l’accumulation des richesses ni dans le luxe, mais dans le travail et la modestie. Ce modèle de vertu a probablement été élaboré en réponse à la crise morale des guerres civiles ; il révèle une volonté de restauration morale qui trouvera un écho quelques années plus tard avec l’œuvre d’Auguste devenu curator morum (à partir de 19 avant Jésus-Christ). Le second volet de la leçon s’adresse à un cercle plus restreint de personnes, les hommes politiques romains. Cincinnatus doit constituer le modèle du comportement vertueux en politique. Il représente l’absence d’ambition et le refus de l’honos. Son refus de prolonger son consulat ou sa dictature, puis son refus de revêtir une deuxième dictature font de lui un modèle de réserve politique, qui l’oppose au comportement des grands imperatores de la fin du ier siècle ainsi qu’au règne de la cupido honoris qui a marqué cette époque, et que dénonce par exemple un Salluste dans les préfaces du De coniuratione Catilinae et du Bellum Iugurthinum51. La figure de Cincinnatus est ici encore à mettre en rapport avec le traumatisme des guerres civiles. Il faut cependant souligner que ce modèle moral n’est pas à vocation universelle : Cincinnatus représente un mode de pensée morale parmi d’autres. S’il a une fonction identitaire idéale, ce n’est pas pour tous les Romains, mais plutôt pour les conservateurs : c’est un modèle approprié pour les tenants du mos maiorum.

    20Enfin, Cincinnatus possède chez Tite-Live une importante fonction politique, car il constitue l’image de la grandeur de la Rome républicaine, à une époque où l’existence de cette République est mise en question. Cincinnatus, comme cela a été noté, incarne pour Tite-Live le bon fonctionnement des institutions républicaines, la soumission des magistrats au Sénat. Mais la portée idéologique du personnage est encore plus grande dans la mesure où Tite-Live l’utilise comme un moyen d’affirmer l’identité républicaine de Rome, de rappeler que la res publica libera est l’essence même de l’Vrbs, remarque qui ne manque pas de piquant dans le contexte où Tite-Live écrit, qui voit la montée du pouvoir d’un seul. C’est patent dans le discours qu’il tient après la mort de Spurius Maelius : il se scandalise que l’adfectator regni ait pu se conduire ainsi alors qu’il était « né dans un peuple libre, soumis à la justice et aux lois, dans une ville d’où les rois avaient été chassés, il le savait »52.

    21Cincinnatus présente Rome comme la cité de la libertas, où l’on vit inter iura legesque, et il a sauvé cette res publica libera en s’opposant au regnum. Il atteint, ici encore, le rang de mythe : c’est un mythe politique qui sert à affirmer l’identité politique collective de Rome. C’est aussi une figure en phase avec le « pompéianisme » de Tite-Live et la réserve qui a toujours été celle de l’historien vis-à-vis d’Auguste53. Mais elle sera aussi, finalement, en phase avec l’idéologie augustéenne qui développera toute une mythologie républicaine. Chez Tite-Live, néanmoins, ce mythe qu’est Cincinnatus prend un sens particulier, car il sert à l’expression d’un désir politique qui agite les Romains de l’époque des guerres civiles. Cincinnatus est certes un républicain, mais c’est aussi l’homme qui, par l’exercice d’un pouvoir individuel fort, a réussi à sauver Rome. Il paraît probable qu’à travers la figure de Cincinnatus s’exprime le désir de l’intervention d’un homme vertueux, concentrant les pouvoirs, pour sauver Rome des périls dans lesquels les guerres civiles l’ont plongée. Le mythe de Cincinnatus rappelle ainsi, mutatis mutandis, l’idéal politique d’un Cicéron dans le De republica, qui appelle de ses vœux l’intervention d’un uir unus, rector et gubernator ciuitatis54. Pour Tite-Live, le ve siècle et le ier siècle se font ainsi écho et Cincinnatus apparaît comme le modèle rêvé du Princeps, vertueux et attaché à la République, que l’historien propose à celui qui sera le maître de Rome.

    22Cincinnatus représente donc bien à tous égards un modèle ; il est, à l’évidence, un exemplum moral riche de sens, qui contribue à définir une identité romaine rêvée, ou, pour le moins, à renvoyer aux contemporains une image de ce qu’ils devraient être. Mais le personnage, dans le traitement qu’en donne Tite-Live, devient une figure encore plus riche : le modèle est élaboré, par le recours à différents procédés littéraires, en mythe et il est chargé d’une signification idéologique. Cincinnatus devient le mythe politique de l’homme d’État idéal et du républicain ardent. Et, en tant que tel, il est aussi bien le miroir de l’identité républicaine de la Rome d’autrefois que l’incarnation, rêvée par l’historien, de l’identité future de l’État et de son Princeps.

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    Bibliographie

    Sources antiques

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    Walsh Patrick G., Livy. His historical aims and methods, Cambridge, Cambridge University Press, 1961.

    Notes de bas de page

    1 Voir C. Mossé, L’Antiquité dans la Révolution française, p. 88-89.

    2 Voir J. Bouineau, Les toges du pouvoir (1789-1799), p. 110. Cincinnatus est un de ces Romains vertueux fréquemment cités : « Un certain nombre de personnages incarnent une sorte d’appel vers l’absolu qui doit tracer aux révolutionnaires la voie d’un idéal à atteindre ; ce sont les “saints” du dogme politique révolutionnaire, c’est-à-dire ceux qui incarnent des vertus auxquelles les hommes d’alors adhèrent » (p. 111).

    3 Voir T. R. S. Broughton, The magistrates of the Roman Republic, vol. I, p. 37, p. 39 et p. 56.

    4 Cic., Fin., II, 12 ; Lae., 56 ; Rep., II, 63.

    5 DH., X, 16 ; X, 23-25 ; XII, 2, 2-8.

    6 Liv., III, 11-14, 19-21, 26-29 ; IV, 12-16.

    7 Pers., I, v. 73-75 ; Col., I, Praef., 14 ; Plin., XVIII, 19.

    8 Val. Max., II, 7, 7 ; IV, 1, 4 ; IV, 4, 7 ; V, 2, 2 ; V, 3, 2 ; VI, 3, 1. Flor., I, 5, 12 ; I, 17, 26. Eutr., I, 17. Ps. Aur. Vict., Vir., 17. Ampel., 18 ; 27. Veg., Mil., I, 3. Oros., Hist., II, 12, 7-8.

    9 Liv., III, 11-12. Sur les détails juridiques de « l’affaire Céson », voir B. Liou-Gille, « Lucius Quinctius Cincinnatus et ses quatre arpents », notamment p. 302-304.

    10 Sur les anachronismes et les erreurs historiques, voir R. M. Ogilvie, A commentary on Livy, Books 1-5, p. 415-417.

    11 Liv., III, 11, 8 : Hoc duce, saepe pulsi foro tribuni, fusa avec fugata plebes est, « Sous sa conduite les tribuns furent à plusieurs reprises chassés du forum et la plèbe fut dispersée et mise en fuite ».

    12 Céson est accusé d’un meurtre ancien : il aurait frappé un homme malade au cours d’une rixe (Liv., III, 13, 2-3).

    13 Liv., III, 12, 8 : […] sibi, qui non dicto, non facto quemquam offendisset, « […] lui qui n’avait offensé personne en paroles ou en actes ».

    14 Liv., III, 11, 13 : il est dit que Céson libertati obstat et le tribun prédit que le jeune homme sera bientôt regnantem. Patriciens et plébéiens se renvoient les uns aux autres cette accusation de regnum dans l’histoire livienne. Voir P. M. Martin, L’idée de royauté à Rome, passim.

    15 D’un montant de trente mille as (Liv., III, 13, 8). Un tel montant, même s’il est ici anachronique, implique que Cincinnatus ait pu compter sur des solidarités familiales importantes (voir B. Liou-Gille, « Lucius Quinctius Cincinnatus et ses quatre arpents », p. 311).

    16 Cet épisode a pu être forgé par les annalistes dont s’inspire Tite-Live. Voir R. M. Ogilvie, A commentary on Livy, Books 1-5, p. 417.

    17 Sur les discours de Cincinnatus, voir A. Vasaly, « The Quinctii in Livy’s first pentad », p. 513-530.

    18 La plèbe réagit défavorablement à l’annonce de son consulat : Perculsa erat plebes, « C’était un coup pour la plèbe » (Liv., III, 18, 3-5).

    19 Liv., III, 19, 4 : […] non in plebe coercenda quam senatu castigando uehementior fuit.

    20 Voir Liv., III, 21, 7 : […] gloriam spreti honoris auctam, « […] tu rehausses la gloire de mon refus ».

    21 Liv., III, 26, 10 : fossam fodiens palae innixus, « creusant un fossé en s’appuyant sur sa bêche » ; absterso puluere ac sudore, « après avoir essuyé la poussière et la sueur » ; togam propere e tugurio proferre, « aller vite chercher sa toge dans leur chaumière ».

    22 Une telle attitude n’est pas fréquente chez l’historien : on ne lit pas souvent de jugements personnels sur les grands hommes dont il écrit l’histoire. Voir P. G. Walsh, Livy. His historical aims and methods, p. 82-84.

    23 Cette formule oratoire d’introduction est ancienne. Voir R. M. Ogilvie, A commentary on Livy, Books 1-5 (p. 441) qui renvoie, entre autres, à Ar., Eq., v. 624, Is., VI, 35, pour le grec, et à Enn., An., v. 465, Pl., Cas., v. 879, Ter., Andr., v. 217, pour le latin.

    24 Cette anticipation de la préfecture de l’annone paraît anachronique (voir P. M. Martin, L’idée de royauté à Rome, p. 349).

    25 Liv., IV, 13, 4 (de regno agitare). Le désir du regnum est un des traits péjoratifs par lesquels Tite-Live décrit Maelius, recourant ainsi à un vocabulaire qui sert fréquemment pour caractériser les populares. Voir R. Seager, « Populares in Livy and the Livian tradition », p. 377-390.

    26 Sur l’ensemble de l’épisode, voir E. Burck, Die Erzählungskunst des T. Livius, p. 93-96, qui propose des points de comparaison avec la version de Denys d’Halicarnasse.

    27 Liv., III, 27, 1, et IV, 14, 1.

    28 Liv., III, 26, 12, et IV, 14, 1.

    29 DH., XII, 4, 2-5. Sur ce point, voir L. Bessone, « La “fortuna” di Cincinnato », p. 43 notamment.

    30 À ces suspicions s’ajoute la remarque de G. Baillet dans sa traduction du livre III (CUF, p. 26) : l’association d’un Quinctius et d’un Servilius au pouvoir n’est pas un cas isolé ; la situation se reproduit chez Tite-Live en III, 3, 4-6, et en VII, 11. B. Liou-Gille considère que l’épisode de la charrue doit être rattaché à la première dictature plutôt qu’au consulat ; voir B. Liou-Gille, « Lucius Quinctius Cincinnatus et ses quatre arpents », p. 305.

    31 Voir les textes cités note 8. I. Borszák relève l’existence de figures semblables à Cincinnatus à une époque plus ancienne que celle de sa première dictature : Atilius Regulus, par exemple. Le type du grand homme politique lié à la terre est aussi présent dans les contes orientaux avec les Gärtnerkönigen comme Abdalonyme de Sidon. C’est peut-être l’indice que Cincinnatus offre l’incarnation d’un mythe méditerranéen plus répandu qu’il n’y paraît. Voir I. Borszák, « Das “Vorleben” des Cincinnatus », p. 45-50.

    32 Cat., Agr., Praef., 1-2 : Et uirum bonum quom laudabant, ita laudabant : bonum agricolam bonumque colonum ; amplissime laudari existimabatur qui ita laudabatur, « Et quand ils [les anciens] faisaient l’éloge d’un homme de bien, leur éloge était : bon agriculteur et bon cultivateur ; c’était recevoir le plus grand éloge, estimait-on, que de recevoir cet éloge ».

    33 Cincinnatus se situe trans Tiberim, et il est nudus (Liv., III, 26, 7).

    34 La toge est plus qu’un simple habit, c’est un symbole culturel ; voir C. Vout, « The myth of the toga », p. 214 : « Here the toga is associated with political and civic duty. It is put on as Cincinnatus leaves the hut, the dust and sweat, signs of rusticity and moves towards the centre of Rome. »

    35 Selon P. G. Walsh, l’histoire de Cincinnatus est celle qui fournit à Tite-Live la meilleure matière pour une leçon sur la frugalitas des anciens Romains. Voir P. G. Walsh, Livy, p. 77. P. G. Walsh cite aussi les récits sur Valerius Publicola et Menenius Agrippa comme exemplaires de la frugalité romaine.

    36 Le mot apparaît aussi chez Varron, R., III, 1, 3, Cicéron, Sest., 93, et Salluste, J., LXXV, 4.

    37 Liv., III, 26, 7 : […] neque uirtuti putant esse, nisi ubi effusae affluant opes.

    38 Liv., III, 21, 7 : « […] tu rehausses la gloire de mon refus. »

    39 Liv., III, 29, 7 : Quinctius sexto decimo die dictatura in sex menses accepta se abdicauit, « Quinctius quitta au bout de seize jours la dictature qu’il avait reçue pour six mois ».

    40 Liv., IV, 13, 12 : […] primo Quinctius abnuere, « […] Quinctius commença par refuser ».

    41 L’affaire de Spurius Maelius est un des trois cas d’adfectatio regni suivis de châtiment « judiciaire » dans l’histoire de Rome. Elle suit celle de Spurius Cassius en 485 et précède celle de M. Manlius Capitolinus en 384 ; voir P. M. Martin, L’idée de royauté à Rome, p. 339. Sur l’adfectatio regni de Maelius et la question de son authenticité, voir ibid., p. 349 sq.

    42 Il nous paraît approprié de parler de mythe, car Cincinnatus fait l’objet d’un récit, toujours reformé, répété, avec des variations ; et c’est un récit qui touche les origines de la République romaine, le ve siècle.

    43 Liv., III, 26, 7 : « l’unique espoir du peuple romain ».

    44 Sur la rive droite à cette époque, voir B. Liou-Gille, « Lucius Quinctius Cincinnatus et ses quatre arpents », p. 313-314.

    45 Il a plus de quatre-vingts ans lors de la deuxième dictature.

    46 R. Girardet, Mythes et mythologies politiques, p. 74-75, y voit l’un des quatre modèles possibles de la figure du sauveur : « Le premier modèle est celui de Cincinnatus et c’est notamment, dans le cours récent de notre histoire, Doumergue en 1934, Pétain en 1940, dans une large mesure de Gaulle en 1958. L’image légendaire est, de toute façon, celle d’un vieil homme qui s’est illustré en d’autres temps dans les travaux de la paix ou de la guerre. […] Interrompant une vieillesse paisible et respectée […], l’angoisse de tout un peuple confronté brusquement au malheur l’appelle ou le rappelle à la tête de l’État. »

    47 Il en va d’ailleurs de même pour Servilius Ahala ; plusieurs personnages du même nom occuperont, à différentes époques, la charge de magister equitum (voir P. G. Walsh, Livy, p. 90).

    48 Liv., VII, 39, 12. Voir P. G. Walsh, Livy, p. 92.

    49 R. M. Ogilvie, A commentary on Livy, Books 1-5, p. 554, note que le iure caesum prononcé par Cincinnatus dans son discours (Liv., IV, 15, 1) rappelle le propos tenu par Scipion Émilien quand on lui demanda ce qu’il pensait de la mort de Tiberius Gracchus (voir Vell., II, 4, 4).

    50 On retrouve chez Virgile la mise en valeur, selon des modalités différentes, du labour et de cet instrument privilégié qu’est la charrue. Voir R. McKay Wilhelm, « The plough », p. 213-230.

    51 Sall., C., III, 5 ; J., III, 1.

    52 Liv., IV, 15, 3 : […] natus in libero populo inter iura legesque, ex qua urbe reges exactos sciret.

    53 Tite-Live est incontestablement marqué par la volonté d’Auguste de refonder Rome et l’établissement du pouvoir augustéen a dû lui apparaître comme un espoir, avec le retour de la pax Romana ; mais il ne faut pas pour autant en faire un panégyriste du nouveau régime (voir P. G. Walsh, Livy, p. 11).

    54 Tite-Live fait écho à ce souhait cicéronien d’un homme vertueux unique pour sauver Rome, y compris dans le vocabulaire qu’il emploie : Cincinnatus est ainsi qualifié de rector rei publicae, terme récurrent du De republica. Sur ce rapport entre Cicéron et Tite-Live, voir F. Santoro L’Hoir, « Heroic epithets and recurrent themes in Ab Vrbe condita », p. 240.

    Auteur

    • Mathieu Jacotot

      Est professeur de lettres classiques en classes préparatoires au lycée Henri Poincaré de Nancy. Il est l’auteur d’une thèse de doctorat intitulée Honos, honestum, honestas. Recherches sur l’honneur et le bien moral à Rome, des origines à la fin de la République. Ses travaux portent notamment sur la littérature de la République romaine, l’anthropologie du monde romain et l’histoire des idées dans l’Antiquité.

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    1 Voir C. Mossé, L’Antiquité dans la Révolution française, p. 88-89.

    2 Voir J. Bouineau, Les toges du pouvoir (1789-1799), p. 110. Cincinnatus est un de ces Romains vertueux fréquemment cités : « Un certain nombre de personnages incarnent une sorte d’appel vers l’absolu qui doit tracer aux révolutionnaires la voie d’un idéal à atteindre ; ce sont les “saints” du dogme politique révolutionnaire, c’est-à-dire ceux qui incarnent des vertus auxquelles les hommes d’alors adhèrent » (p. 111).

    3 Voir T. R. S. Broughton, The magistrates of the Roman Republic, vol. I, p. 37, p. 39 et p. 56.

    4 Cic., Fin., II, 12 ; Lae., 56 ; Rep., II, 63.

    5 DH., X, 16 ; X, 23-25 ; XII, 2, 2-8.

    6 Liv., III, 11-14, 19-21, 26-29 ; IV, 12-16.

    7 Pers., I, v. 73-75 ; Col., I, Praef., 14 ; Plin., XVIII, 19.

    8 Val. Max., II, 7, 7 ; IV, 1, 4 ; IV, 4, 7 ; V, 2, 2 ; V, 3, 2 ; VI, 3, 1. Flor., I, 5, 12 ; I, 17, 26. Eutr., I, 17. Ps. Aur. Vict., Vir., 17. Ampel., 18 ; 27. Veg., Mil., I, 3. Oros., Hist., II, 12, 7-8.

    9 Liv., III, 11-12. Sur les détails juridiques de « l’affaire Céson », voir B. Liou-Gille, « Lucius Quinctius Cincinnatus et ses quatre arpents », notamment p. 302-304.

    10 Sur les anachronismes et les erreurs historiques, voir R. M. Ogilvie, A commentary on Livy, Books 1-5, p. 415-417.

    11 Liv., III, 11, 8 : Hoc duce, saepe pulsi foro tribuni, fusa avec fugata plebes est, « Sous sa conduite les tribuns furent à plusieurs reprises chassés du forum et la plèbe fut dispersée et mise en fuite ».

    12 Céson est accusé d’un meurtre ancien : il aurait frappé un homme malade au cours d’une rixe (Liv., III, 13, 2-3).

    13 Liv., III, 12, 8 : […] sibi, qui non dicto, non facto quemquam offendisset, « […] lui qui n’avait offensé personne en paroles ou en actes ».

    14 Liv., III, 11, 13 : il est dit que Céson libertati obstat et le tribun prédit que le jeune homme sera bientôt regnantem. Patriciens et plébéiens se renvoient les uns aux autres cette accusation de regnum dans l’histoire livienne. Voir P. M. Martin, L’idée de royauté à Rome, passim.

    15 D’un montant de trente mille as (Liv., III, 13, 8). Un tel montant, même s’il est ici anachronique, implique que Cincinnatus ait pu compter sur des solidarités familiales importantes (voir B. Liou-Gille, « Lucius Quinctius Cincinnatus et ses quatre arpents », p. 311).

    16 Cet épisode a pu être forgé par les annalistes dont s’inspire Tite-Live. Voir R. M. Ogilvie, A commentary on Livy, Books 1-5, p. 417.

    17 Sur les discours de Cincinnatus, voir A. Vasaly, « The Quinctii in Livy’s first pentad », p. 513-530.

    18 La plèbe réagit défavorablement à l’annonce de son consulat : Perculsa erat plebes, « C’était un coup pour la plèbe » (Liv., III, 18, 3-5).

    19 Liv., III, 19, 4 : […] non in plebe coercenda quam senatu castigando uehementior fuit.

    20 Voir Liv., III, 21, 7 : […] gloriam spreti honoris auctam, « […] tu rehausses la gloire de mon refus ».

    21 Liv., III, 26, 10 : fossam fodiens palae innixus, « creusant un fossé en s’appuyant sur sa bêche » ; absterso puluere ac sudore, « après avoir essuyé la poussière et la sueur » ; togam propere e tugurio proferre, « aller vite chercher sa toge dans leur chaumière ».

    22 Une telle attitude n’est pas fréquente chez l’historien : on ne lit pas souvent de jugements personnels sur les grands hommes dont il écrit l’histoire. Voir P. G. Walsh, Livy. His historical aims and methods, p. 82-84.

    23 Cette formule oratoire d’introduction est ancienne. Voir R. M. Ogilvie, A commentary on Livy, Books 1-5 (p. 441) qui renvoie, entre autres, à Ar., Eq., v. 624, Is., VI, 35, pour le grec, et à Enn., An., v. 465, Pl., Cas., v. 879, Ter., Andr., v. 217, pour le latin.

    24 Cette anticipation de la préfecture de l’annone paraît anachronique (voir P. M. Martin, L’idée de royauté à Rome, p. 349).

    25 Liv., IV, 13, 4 (de regno agitare). Le désir du regnum est un des traits péjoratifs par lesquels Tite-Live décrit Maelius, recourant ainsi à un vocabulaire qui sert fréquemment pour caractériser les populares. Voir R. Seager, « Populares in Livy and the Livian tradition », p. 377-390.

    26 Sur l’ensemble de l’épisode, voir E. Burck, Die Erzählungskunst des T. Livius, p. 93-96, qui propose des points de comparaison avec la version de Denys d’Halicarnasse.

    27 Liv., III, 27, 1, et IV, 14, 1.

    28 Liv., III, 26, 12, et IV, 14, 1.

    29 DH., XII, 4, 2-5. Sur ce point, voir L. Bessone, « La “fortuna” di Cincinnato », p. 43 notamment.

    30 À ces suspicions s’ajoute la remarque de G. Baillet dans sa traduction du livre III (CUF, p. 26) : l’association d’un Quinctius et d’un Servilius au pouvoir n’est pas un cas isolé ; la situation se reproduit chez Tite-Live en III, 3, 4-6, et en VII, 11. B. Liou-Gille considère que l’épisode de la charrue doit être rattaché à la première dictature plutôt qu’au consulat ; voir B. Liou-Gille, « Lucius Quinctius Cincinnatus et ses quatre arpents », p. 305.

    31 Voir les textes cités note 8. I. Borszák relève l’existence de figures semblables à Cincinnatus à une époque plus ancienne que celle de sa première dictature : Atilius Regulus, par exemple. Le type du grand homme politique lié à la terre est aussi présent dans les contes orientaux avec les Gärtnerkönigen comme Abdalonyme de Sidon. C’est peut-être l’indice que Cincinnatus offre l’incarnation d’un mythe méditerranéen plus répandu qu’il n’y paraît. Voir I. Borszák, « Das “Vorleben” des Cincinnatus », p. 45-50.

    32 Cat., Agr., Praef., 1-2 : Et uirum bonum quom laudabant, ita laudabant : bonum agricolam bonumque colonum ; amplissime laudari existimabatur qui ita laudabatur, « Et quand ils [les anciens] faisaient l’éloge d’un homme de bien, leur éloge était : bon agriculteur et bon cultivateur ; c’était recevoir le plus grand éloge, estimait-on, que de recevoir cet éloge ».

    33 Cincinnatus se situe trans Tiberim, et il est nudus (Liv., III, 26, 7).

    34 La toge est plus qu’un simple habit, c’est un symbole culturel ; voir C. Vout, « The myth of the toga », p. 214 : « Here the toga is associated with political and civic duty. It is put on as Cincinnatus leaves the hut, the dust and sweat, signs of rusticity and moves towards the centre of Rome. »

    35 Selon P. G. Walsh, l’histoire de Cincinnatus est celle qui fournit à Tite-Live la meilleure matière pour une leçon sur la frugalitas des anciens Romains. Voir P. G. Walsh, Livy, p. 77. P. G. Walsh cite aussi les récits sur Valerius Publicola et Menenius Agrippa comme exemplaires de la frugalité romaine.

    36 Le mot apparaît aussi chez Varron, R., III, 1, 3, Cicéron, Sest., 93, et Salluste, J., LXXV, 4.

    37 Liv., III, 26, 7 : […] neque uirtuti putant esse, nisi ubi effusae affluant opes.

    38 Liv., III, 21, 7 : « […] tu rehausses la gloire de mon refus. »

    39 Liv., III, 29, 7 : Quinctius sexto decimo die dictatura in sex menses accepta se abdicauit, « Quinctius quitta au bout de seize jours la dictature qu’il avait reçue pour six mois ».

    40 Liv., IV, 13, 12 : […] primo Quinctius abnuere, « […] Quinctius commença par refuser ».

    41 L’affaire de Spurius Maelius est un des trois cas d’adfectatio regni suivis de châtiment « judiciaire » dans l’histoire de Rome. Elle suit celle de Spurius Cassius en 485 et précède celle de M. Manlius Capitolinus en 384 ; voir P. M. Martin, L’idée de royauté à Rome, p. 339. Sur l’adfectatio regni de Maelius et la question de son authenticité, voir ibid., p. 349 sq.

    42 Il nous paraît approprié de parler de mythe, car Cincinnatus fait l’objet d’un récit, toujours reformé, répété, avec des variations ; et c’est un récit qui touche les origines de la République romaine, le ve siècle.

    43 Liv., III, 26, 7 : « l’unique espoir du peuple romain ».

    44 Sur la rive droite à cette époque, voir B. Liou-Gille, « Lucius Quinctius Cincinnatus et ses quatre arpents », p. 313-314.

    45 Il a plus de quatre-vingts ans lors de la deuxième dictature.

    46 R. Girardet, Mythes et mythologies politiques, p. 74-75, y voit l’un des quatre modèles possibles de la figure du sauveur : « Le premier modèle est celui de Cincinnatus et c’est notamment, dans le cours récent de notre histoire, Doumergue en 1934, Pétain en 1940, dans une large mesure de Gaulle en 1958. L’image légendaire est, de toute façon, celle d’un vieil homme qui s’est illustré en d’autres temps dans les travaux de la paix ou de la guerre. […] Interrompant une vieillesse paisible et respectée […], l’angoisse de tout un peuple confronté brusquement au malheur l’appelle ou le rappelle à la tête de l’État. »

    47 Il en va d’ailleurs de même pour Servilius Ahala ; plusieurs personnages du même nom occuperont, à différentes époques, la charge de magister equitum (voir P. G. Walsh, Livy, p. 90).

    48 Liv., VII, 39, 12. Voir P. G. Walsh, Livy, p. 92.

    49 R. M. Ogilvie, A commentary on Livy, Books 1-5, p. 554, note que le iure caesum prononcé par Cincinnatus dans son discours (Liv., IV, 15, 1) rappelle le propos tenu par Scipion Émilien quand on lui demanda ce qu’il pensait de la mort de Tiberius Gracchus (voir Vell., II, 4, 4).

    50 On retrouve chez Virgile la mise en valeur, selon des modalités différentes, du labour et de cet instrument privilégié qu’est la charrue. Voir R. McKay Wilhelm, « The plough », p. 213-230.

    51 Sall., C., III, 5 ; J., III, 1.

    52 Liv., IV, 15, 3 : […] natus in libero populo inter iura legesque, ex qua urbe reges exactos sciret.

    53 Tite-Live est incontestablement marqué par la volonté d’Auguste de refonder Rome et l’établissement du pouvoir augustéen a dû lui apparaître comme un espoir, avec le retour de la pax Romana ; mais il ne faut pas pour autant en faire un panégyriste du nouveau régime (voir P. G. Walsh, Livy, p. 11).

    54 Tite-Live fait écho à ce souhait cicéronien d’un homme vertueux unique pour sauver Rome, y compris dans le vocabulaire qu’il emploie : Cincinnatus est ainsi qualifié de rector rei publicae, terme récurrent du De republica. Sur ce rapport entre Cicéron et Tite-Live, voir F. Santoro L’Hoir, « Heroic epithets and recurrent themes in Ab Vrbe condita », p. 240.

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    Ce livre est cité par

    • (2019) Qu'est-ce qu'un auctor ?. DOI: 10.4000/books.ausonius.14451
    • Mastrorosa, Ida Gilda. (2019) Qu'est-ce qu'un auctor ?. DOI: 10.4000/books.ausonius.14434
    • Chillet, Clément. (2016) Une mémoire en actes. DOI: 10.4000/books.septentrion.8878
    • Rome et le prince dans les "Odes" d'Horace : construction d'une mythologie impériale romaine. DOI: 10.70675/7128231fz06d0z457dzaa02z98287f299312
    • La construction de l’histoire de l’éloquence romaine, de Cicéron à Tacite. DOI: 10.70675/b26f819czd40ez4618z889az53d7b19180db
    • La construction des personnages de philosophes dans la littérature grecque du Haut-Empire. DOI: 10.70675/d9fa4e57z3f2bz4946z984cz4553aa5c6f88
    • De l’Étrurie à Rome : Mécène et la fondation de l’Empire. DOI: 10.70675/1692471cz5f1cz45d8z8afezc096c884def1
    • Les Historiae Alexandri Magni de Quinte-Curce : le mythe d’Alexandre et la représentation du pouvoir à Rome (Ier siècle ap. J.-C.). DOI: 10.70675/5ebf64dez94a4z4d25zab88z59247811d090

    Ce chapitre est cité par

    • La Res publica de Tite-Live : formes et discours du pouvoir dans l’Ab Vrbe condita. DOI: 10.70675/dbeccd5fz720fz451azbd32zf63cac90b365
    • Honos. Honestum. Honestas. Recherches sur l’honneur et le bien moral à Rome, des origines à la fin de la République. DOI: 10.70675/d9f303dcz7d72z49b2zbc87z289c8a425d26
    • Le Républicain de Juillet : anamorphoses littéraires d'un type politique (1830-1848). DOI: 10.70675/35d6e75czafbdz401azb6e6z50ee0d2931ff
    • De l’Étrurie à Rome : Mécène et la fondation de l’Empire. DOI: 10.70675/1692471cz5f1cz45d8z8afezc096c884def1
    • Rusticus Romanus : recherches sur les représentations du paysan dans la littérature latine républicaine. DOI: 10.70675/205af698z8f8dz4bfdza481z7e6fea32f4f7
    • La res publica et sa décadence : de Salluste à Tite-Live. DOI: 10.70675/485fb349zb072z483dz9af8z41730466bf89
    • Inter doloris aculeos : souffrance et ascèse dans la correspondance de saint Jérôme. Une approche littéraire et anthropologique. DOI: 10.70675/e39edbf6zc627z462bzbaf4z7e18e006fa4b

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    Jacotot, Mathieu. « La représentation de Cincinnatus chez Tite-Live : figure morale et mythe républicain ». In Figures de l’identité, édité par Maëlys Blandenet, Clément Chillet, et Cyril Courrier. Lyon: ENS Éditions, 2010. doi:10.4000/books.enseditions.37053.
    Jacotot, Mathieu. « La représentation de Cincinnatus chez Tite-Live : figure morale et mythe républicain ». Figures de l’identité, édité par Maëlys Blandenet et al., ENS Éditions, 2010, https://doi.org/10.4000/books.enseditions.37053.

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