Par la vue et par l’ouïe
Littérature du Moyen Âge et de la Renaissance
SignesÉditeur : ENS Éditions
Lieu d’édition : Lyon
Publication sur OpenEdition Books : 22 août 2022
Collection : Signes
Année d’édition : 1999
Nombre de pages : 203
Présentation
Par la vue et par l’ouïe : telle était une formule du serment au Moyen-Âge. Les deux sens supérieurs, complémentaires ou rivaux, n’ont cessé, depuis l’Antiquité, d’échanger leurs prérogatives. Ils ont en commun en effet, d’abolir la distance tout en la désignant : à la différence des organes de la préhension, l’œil et l’oreille saisissent ce qui n’est pas immédiatement là, l’image réfléchie dans le miroir des yeux, le son qui traverse l’espace. En revanche, ils pourront être valorisés alternativement, selon qu’on accorde le privilège à l’image et au spectacle ou à la parole et à l’harmonie musicale comme réceptacles de la vérité et de la beauté.
La vue et l’ouïe, dans leur complémentarité ou leur rivalité, organisent ainsi la circulation du sens dans le monde : à la fois communication au sein de la société humaine et reconnaissance ou création de signes émanant d’une réalité supérieure, Dieu communiquant avec les hommes à travers les corps qu’il leur a donnés. Toute production du texte, parce qu’elle peut choisir de s’orienter vers la lecture ou vers l’audition, ou encore vers le spectacle qui s’offre en même temps aux yeux et aux oreilles, sera amenée à privilégier tel ou tel de ces modèles, telle ou telle de ces définitions du signe, et en proposera une nouvelle élaboration.
Ce travail collectif a donc cherché à considérer comment les fictions du Moyen-Âge et de la Renaissance – poésie, théâtre, narration – posaient la question de la vue et de l’ouïe, comment le discours sur ces sens était porteur d’un discours sur la création poétique, et comment à la littera qui thématise ce discours se superposait une sententia qui pouvait rejoindre, avec ses formulations propres, des interrogations théologiques, esthétiques, rhétoriques ou politiques.
Sommaire
Michèle Gally et Michel Jourde
Avant-proposI. Poésie. Entre chant et image
Christopher Lucken
L’Écho du poème (« ki sert de recorder che k’autres dist »)Michèle Gally
Une poésie sans musique ? Bruits de voix et perceptions du monde chez Eustache DeschampsJean-Charles Monferran
Rime pour l’œil, rime pour l’oreille : réalité, mythe ou idéal ?Aperçus de la question en France aux xvie et xviie siècles
Véronique Denizot
Argus et l’ekphrasis chez Ronsard : le bouclier de François de GuiseII. Théâtre. La parole et le corps : célébrations et interdits
Véronique Dominguez
« Veoir l’invisible » au théâtre : les mystères de la foi dans quelques mystères de la PassionBénédicte Louvat
Le théâtre protestant et la musique (1550-1586)III. Narration. Vérités et troubles des sens
Isabelle Hersant
Sens abusés, sens éduqués : la stratégie de la beffa dans Il Grasso legnaiuolo de ManettiMichel Jourde
Menaces pour les yeux et les oreilles des humanistes : Gorgones et Sirènes chez Guillaume BudéLe texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.