Succès et insuccès des textes : remarques préliminaires
p. 52-60
Résumé
Pour écrire une nouvelle histoire littéraire du Moyen Âge qui prenne en considération les goûts et préoccupations des lecteurs médiévaux, une analyse fine des conditions et circonstances de la transmission des textes se fait jour. Celle-ci tient compte des contextes historiques qui ont déterminé leur première diffusion et leurs chances de survie, des caractéristiques des manuscrits qui les rendent plus ou moins susceptibles d’être conservés, de la densité d’utilisation qui aboutit à l’usure, de l’importance de la tradition indirecte, et de la canonisation des textes de référence.
Texte intégral
1Notre connaissance de la littérature latine médiévale n’est que partielle, en raison de la disparition d’un grand nombre de textes, peut-être même de la plupart. Dans une étude récente, Thomas Haye essaie de dessiner les contours de ce continent perdu en réunissant les références aux œuvres dont nous connaissons l’existence et en réfléchissant au changement que leur conservation, ou du moins leur prise en compte, amènerait à l’histoire littéraire1. Mais la littérature médiolatine est aussi méconnue à cause de l’état de la recherche. Nous ne saurons précisément quelles œuvres sont transmises et par combien de témoins qu’avec un catalogage complet des manuscrits conservés. Aujourd’hui, beaucoup de collections, notamment dans les très petites et les très grandes bibliothèques, abritent encore une grande quantité de codex, surtout tardifs, dont le contenu n’a pas encore été décrit. De plus, l’édition et la recherche des textes médiévaux souffrent d’un paradoxe : souvent, les textes transmis par un grand nombre de manuscrits, dont on peut supposer qu’ils ont été très répandus et lus au Moyen Âge, ne sont pas encore édités. Une édition critique est dans ce cas-là un travail de longue haleine que l’on hésite à entreprendre, en partie parce que les fonds pour la recherche ont tendance à préférer des projets aux résultats prévisibles et rapides. Mais il faut aussi avouer que quelques textes ayant joui au Moyen Âge d’une grande popularité sont peu étudiés parce qu’ils ne satisfont pas nos critères de qualité. C’est qu’il s’agit d’ouvrages de synthèse ou (pour l’exprimer de façon anachronique) de « vulgarisation », tandis que nous cherchons surtout la pensée originelle, la forme innovatrice ou les sources historiques fiables.
2En ce qui concerne les études d’histoire littéraire et culturelle du Moyen Âge, les problèmes que je viens d’esquisser rendent nécessaire la prise en compte des témoins conservés, en gardant toujours à l’esprit qu’ils ne représentent qu’une partie des manuscrits jadis en circulation2. Ainsi, dès les débuts de la philologie latine médiévale, les chercheurs ont maintes fois démontré leur intérêt pour les contextes et circonstances de la transmission des textes. Les éditions critiques de textes médiévaux essaient d’habitude de reconstruire l’histoire du texte et de sa réception, en prenant en compte chaque manuscrit, et les études littéraires mentionnent souvent dans quelles régions ou pendant combien de temps un texte a été lu. Récemment, trois projets différents ont mis en relief l’écart entre notre valorisation de la littérature latine médiévale et celle des contemporains. Le premier est celui, déjà nommé, de Thomas Haye. Son étude monographique a été publiée à la fin de l’année 2016, précisément quelques jours avant un colloque organisé à l’université de Zurich dédié à la question des processus de sélection, organisé par Fabian Zogg et moi-même. En discutant des textes et des genres divers, les participants ont essayé de discerner les critères et les circonstances qui – au-delà des hasards comme les guerres et les catastrophes – ont mené à copier quelques textes et à en négliger quelques autres. Les articles issus des conférences et des discussions ont été publiés dans le tome 53 de la revue Mittellateinisches Jahrbuch en 20183. Le troisième projet met à la disposition des chercheurs les informations nécessaires pour progresser dans leur connaissance de la littérature à grande diffusion : il s’agit du projet Fama, une base de données qui rassemble des informations sur la transmission textuelle des textes médiévaux transmis par trente manuscrits ou davantage4. Le format numérique permettra une actualisation permanente en enregistrant les nouvelles trouvailles et les progrès de la recherche sur ces textes. Les essais ici rassemblés trouvent leur origine dans une journée d’étude organisée à l’École nationale des chartes au cours de laquelle les participants ont réfléchi aux raisons des succès ou insuccès des textes dans leur champ d’expertise, en partant des données de Fama.
3Pour commencer, voici quelques remarques sur les problèmes de méthode lorsqu’on veut discerner le succès d’un texte en partant du nombre des manuscrits conservés : Comment faut-il l’interpréter ? Quels sont les pièges à éviter ? J’oserai dire que le premier piège réside dans la considération même portée au nombre de manuscrits comme étant élevé ou non. La constitution d’une base de données nécessite bien sûr de déterminer un critère clair et absolu pour sélectionner les textes à considérer, mais dans des contextes historiques différents, un même nombre de manuscrits peut tout aussi bien signifier une large diffusion qu’une transmission limitée. Il faut donc se méfier des chiffres et ne considérer les statistiques que comme un point de départ. Elles nous apportent des données précieuses qui doivent cependant être interprétées en prenant en compte les caractéristiques des manuscrits et les circonstances de leur copie et de leur conservation. Car l’auteur est le premier à décider si un texte va être copié sur un support durable, de qui sera le dédicataire et de qui va recevoir un exemplaire. Selon l’intérêt des premiers lecteurs, et surtout des dédicataires, ainsi que selon les réseaux sociaux auxquels l’auteur appartient, un texte obtiendra ou n’obtiendra pas de diffusion5.
4Les pertes de manuscrits ont été bien différentes selon les périls auxquels ils ont été exposés dans chaque région et chaque époque – guerres et révolutions, sécularisation des monastères, tremblements de terre, inondations et incendies – et selon la façon dont ces événements se sont déroulés. Pour ne donner qu’un exemple : la dissolution des monastères pendant le règne d’Henri VIII en Angleterre et pendant le désamortissement espagnol du xviiie au xixe siècle a causé de grandes pertes en Angleterre et en Espagne6. En Bavière, au contraire, la sécularisation du commencement du xixe siècle fut suivie avec attention par une commission d’érudits en charge des bibliothèques monastiques7. Grâce à leur travail, la plupart des manuscrits sont arrivés à la Bibliothèque royale et se trouvent aujourd’hui à la Bayerische Staatsbibliothek, où ils sont conservés et peuvent être consultés dans les meilleures conditions. En conséquence, la culture littéraire des monastères bavarois est bien mieux documentée que celle des couvents anglais ou espagnols. Pourtant, même en Bavière, la conservation des manuscrits a aussi dépendu de leurs caractéristiques matérielles. En effet, les manuscrits de luxe et les plus anciens ont probablement pu être sauvés dans leur totalité, tandis que les manuscrits tardifs, surtout s’ils étaient de piètre qualité, ont été traités avec moins d’attention. Les manuscrits les plus anciens ont eu donc, dans ce cas-ci, de meilleures chances de survie.
5Mais le sauvetage des manuscrits plus anciens n’est pas une règle, bien au contraire ; dans d’autres cas, ce sont eux qui ont couru les risques les plus grands, comme l’ont démontré Anselmus Hoste et Eligius Dekkers dans un article à juste titre renommé8. Ils ont attiré l’attention des lecteurs sur une situation paradoxale : les œuvres les plus souvent citées sont en même temps conservées dans un nombre assez réduit de manuscrits. Comme exemple, ils mentionnent les traités sur la Trinité d’Augustin et d’Hilaire de Poitiers, qui sont conservés à peu près dans le même nombre de manuscrits anciens, bien que celui d’Augustin soit cité bien plus souvent. Ils supposent alors que ce sont les œuvres les plus lues qui ont souffert les plus grandes pertes de témoins. Il ne faut tout de même pas en déduire que le nombre de manuscrits conservés est inversement proportionnel au nombre des lecteurs, puisque cela nous amènerait à des conclusions absurdes, mais bien plutôt un certain rapprochement dans les nombres. En outre, il convient d’insister sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une loi d’application générale9.
6Le paradoxe d’Hoste et Dekkers met néanmoins en lumière quelques problèmes importants. En premier lieu, il s’applique surtout lorsqu’il y a un changement dans le médium de transmission, dans ce cas-là l’introduction de l’écriture carolingienne. Il faut imaginer que les œuvres les plus souvent consultées ont été copiées dans la nouvelle écriture – plus facile à lire – et que les exemplaires plus anciens n’ont été gardés que s’ils étaient dans un bon état de conservation. Les œuvres moins lues sont conservées dans un nombre proportionnellement plus grand d’exemplaires précarolingiens, puisque ceux-ci étaient peu usés, que les textes étaient assez appréciés pour qu’on veuille garder une possibilité de les lire, mais pas assez pour estimer que le travail de les recopier soit nécessaire. Un autre changement de médium qui a dû avoir des conséquences similaires a été décrit pour les textes hagiographiques. Ces textes circulaient souvent dans des libelli, manuscrits sans reliure composés d’un seul ou bien de peu de cahiers10. Quand les contenus ont été réunis dans les grandes collections hagiographiques, on a probablement éliminé les libelli ayant servi d’exemplaire, tandis que l’on conservait ceux qui n’avaient pas été recopiés. Cependant, le changement de médium n’a pas toujours eu les mêmes conséquences. Peut-être a-t-on conservé longtemps les rouleaux ou manuscrits en papyrus de textes peu lus, mais leur matériau n’avait pas les mêmes chances de conservation que le parchemin. Aussi, un libellus a moins de chances de conservation qu’un codex, à moins qu’il n’ait été conservé dans un codex factice.
7Ainsi, lorsque l’on considère le nombre des manuscrits conservés par siècle, il faut aussi prendre en compte leurs qualités. Par exemple, une diminution du nombre de copies au xe siècle peut faire référence à une activité plus réduite des scriptoria, à un intérêt moindre pour le texte ou bien tout simplement au fait qu’il y avait un grand nombre de manuscrits de grande qualité copiés au ixe siècle qui continuaient à être utilisés. Un accroissement dans le nombre de manuscrits peut signifier soit que l’intérêt pour le texte est devenu plus grand, soit qu’il a fallu remplacer des manuscrits très usés. Le degré d’utilisation des exemplaires conservés et des fragments identifiés peut nous donner des indications précieuses.
8Un deuxième point de méthode se dégage des résultats d’Hoste et Dekkers : l’importance de la transmission indirecte, qui nous aide à compenser la perte de manuscrits. On ne peut pas mesurer avec certitude cette perte, mais elle doit être énorme. Je renvoie ici à l’étude d’Uwe Neddermeyer, publiée il y a déjà quelques années, mais méthodiquement plus solide que d’autres plus récentes11. Neddermeyer estime que 60 % des manuscrits écrits entre le ixe et le xiiie siècle ont disparu. Pour les xive et xve siècles, le nombre pourrait même atteindre 93 %, puisque l’utilisation d’un matériau à grande disponibilité comme le papier a rendu l’utilisation du livre de plus en plus habituelle. En ce qui concerne l’âge des incunables, l’on dispose d’informations plus précises sur le tirage et la distribution, qui permettent une bonne estimation de la dimension des pertes et de leur distribution inégale : Neddermeyer a calculé qu’à peu près 5 % des incunables qui circulaient dans l’Empire et dans l’Italie sont conservés, mais seulement 2,5 % pour ceux en Angleterre, 2,1 % en France et 0,8 % (!) en Espagne12. Je peux aussi donner quelques résultats d’un projet personnel. Pour l’édition critique du Dialogus de Pierre Alphonse (écrit vers 1114), réalisée en collaboration avec Darko Senekovic et Thomas Ziegler13, nous avons trouvé soixante-douze manuscrits avec le texte complet ou partiel de l’œuvre, neuf autres dans lesquels le texte a été remanié et dix avec des extraits. Une recherche dans les catalogues de bibliothèques médiévales et dans d’autres documents comme des testaments et donations nous a apporté des mentions de cinquante-quatre manuscrits que nous ne pouvons pas identifier avec des exemplaires conservés. Cette recherche a changé aussi le profil géographique de l’histoire textuelle, qui, dans un premier temps, donnait l’impression que l’œuvre n’avait pas circulé en Italie. L’impulsion en faveur de la recherche de la documentation italienne est venue de l’observation que Joachim de Flore, écrivant en Calabre dans la deuxième moitié du xiie siècle, connaissait et utilisait déjà le texte du Dialogus. Cet exemple montre l’importance de la transmission indirecte (citations et anthologies) pour mieux comprendre la diffusion d’un texte et suggère aussi comment les fragments, les catalogues et les documents peuvent compléter notre perception de sa circulation. Ici aussi la prudence est nécessaire : les auteurs médiévaux peuvent citer à partir d’autres citations et non pas du texte complet ; les catalogues de bibliothèques peuvent donner des titres et des noms d’auteurs erronés ou peu précis ; ils ne mentionnent pas tous les textes transmis dans un codex et il convient, en tout cas, de vérifier que ces mentions ne correspondent pas à des manuscrits déjà connus.
9Si nous voulons parler du succès d’un texte, il ne faut pas s’arrêter aux manuscrits : il est aussi nécessaire de prendre en considération, d’une part, les textes secondaires qu’une œuvre à succès entraîne avec elle – les extraits, les traductions, les commentaires –, d’autre part, ce que j’appellerais la « réception diffuse », c’est-à-dire la diffusion de sujets, motifs, arguments, tournures de phrase ou même genres littéraires inspirés par des œuvres à succès, mais qui se déroule sur une longue période et d’une façon si large qu’elle ne témoigne plus de la connaissance directe de la première œuvre. Je songe à des cas comme les Synonyma d’Isidore de Séville, dont le style, les sententiae et la structure apparaissent dans bien des méditations médiévales, sans que l’on puisse souvent savoir si l’auteur s’est inspiré directement d’Isidore ou bien de ses sources ou d’œuvres intermédiaires14.
10La transmission orale de quelques genres peut aussi être la raison d’un nombre réduit de manuscrits qui ne donne pas une impression juste de leur diffusion réelle. C’est le cas de quelques chansons qui ne sont conservées que dans très peu de manuscrits, mais dont les mentions, les contrefacta ou les parodies témoignent d’une circulation bien plus ample15. La même considération doit être faite pour les textes habituellement écrits sur des feuillets isolés, comme les lettres ou encore les poèmes et chansons, plus facilement perdus qu’un grand codex. Enfin, un autre moyen de diffusion de grande efficacité est souvent oublié par les philologues modernes : la liturgie. La liturgie était entendue régulièrement par un grand nombre de personnes, les textes liturgiques font donc partie des mieux connus. Les manuscrits liturgiques, comme d’autres livres conçus pour la lecture à haute voix, supposent un plus large public que les manuscrits à utilisation individuelle16.
11Un dernier point de discussion porte sur les causes de la grande diffusion de quelques œuvres. Durant le congrès de Zurich, nous avons discuté les concepts qui peuvent mieux définir les processus par lesquels quelques œuvres sont oubliées et quelques autres sont recopiées maintes fois17. On peut d’abord supposer un processus de canonisation. La notion de « canon » a été souvent utilisée dans les études littéraires pour décrire l’ensemble de textes considérés comme modèles à suivre18. Mais pour parler de canon, il faut que celui-ci soit généralement reconnu comme normatif dans un groupe social. Ceci est applicable, bien sûr, au canon biblique, ainsi qu’aux textes écrits pour son interprétation et sa diffusion et qui peuvent acquérir, eux-mêmes, le caractère d’un canon secondaire19. Mais il est plus difficile de trouver des catalogues vraiment canoniques dans d’autres contextes. À la rigueur, on pourrait parler d’un canon scolaire, mais il faut prendre en compte que les écoles médiévales sont autonomes et qu’elles ne sont même pas des institutions au sens propre avant la fondation des premières universités. Dans la lecture scolaire, on peut évidemment observer des tendances et des auteurs préférés, mais ces lectures n’ont pas un caractère obligatoire et ne sont pas exactement les mêmes partout20. Comme le concept de canonisation ne peut pas être appliqué de façon générale, nous avons choisi des concepts moins définis comme Sammlung (collection) et Auswahl (sélection).
12Les données de Fama nous permettront de nous poser ces questions sur une base plus solide et elles nous surprendront sûrement souvent. Dans quelques cas, on pourra observer l’influence de facteurs familiers aux médiévistes, comme l’autorité de l’auteur ou la qualité de la langue. C’est parfois le contenu d’une œuvre qui peut être décisif, bien que de manière très diverse : parce qu’il résume les connaissances existantes ou qu’il apporte des informations nouvelles, parce qu’il condense ou qu’il est au contraire compréhensif et détaillé. L’étude des cas particuliers peut mettre en lumière une multitude de facteurs qui ne sont pas d’application générale, mais qui s’expliquent dans des circonstances particulières : par exemple, si les textes historiques racontent les événements d’une guerre du point de vue du vainqueur ou du vaincu21, ou bien si les lecteurs s’intéressent à des textes anciens en raison même de leur ancienneté. Parfois, quelques individus prennent des décisions qui vont à contre-courant des tendances générales, et permettent la transmission de textes qui ont été déclarés apocryphes ou hérétiques22. Il faut donc attendre l’analyse d’une multitude de cas individuels pour arriver à obtenir une connaissance approfondie des causes et des circonstances qui ont influencé la transmission des textes médiévaux au-delà des hasards.
13Comme on peut le voir, notre connaissance de la littérature médiolatine est médiatisée par les conditions de la transmission des textes comme par nos propres intérêts. Nous ne pouvons nous appuyer que sur les ouvrages transmis et ceux-ci ne sont conservés souvent que par hasard. D’un autre côté, nos propres intérêts de recherche peuvent nous rendre aveugles aux préférences des lecteurs médiévaux. Les historiens de la littérature doivent prendre en compte cette situation pour essayer d’interpréter les œuvres médiévales dans le contexte de leur temps, en mettant en relief à la fois les apports des auteurs et les réactions du public. L’étude de la transmission des textes et des manuscrits eux-mêmes, des circonstances et critères qui ont influencé la transmission des textes peut nous aider à écrire une nouvelle histoire littéraire du Moyen Âge du point de vue des lecteurs médiévaux.
Notes de bas de page
1 Thomas Haye, Verlorenes Mittelalter. Ursachen und Muster der Nichtüberlieferung mittellateinischer Literatur, Leyde/Boston, 2016. Il existe des études similaires pour d’autres époques et d’autres langues : Henry Bardon, La littérature latine inconnue, t. I : L’époque républicaine, Paris, 1952, et t. II : L’époque impériale, Paris, 1956 ; Alan Deyermond, La literatura perdida de la Edad Media española. Catálogo y estudio, Salamanque, 1995.
2 Jean Stengers, « Réflexions sur le manuscrit unique, ou un aspect du hasard en histoire », dans Scriptorium, t. 40, 1986, p. 54-80, montre comment nos connaissances de l’histoire ancienne dépendent en grande partie des hasards qui ont permis la conservation de quelques sources et raisonne sur les conséquences sur la méthode de l’historien. Pour l’histoire médiévale, Arnold Esch considère les hasards et les circonstances de la conservation des témoins matériels (écrits et objets) et leurs implications pour le travail de l’historien, dans « Überlieferungs-Chance und Überlieferungs-Zufall als methodisches Problem des Historikers », dans Historische Zeitschrift, t. 240, 1985, p. 529-570.
3 Je me permets de renvoyer aussi à mon introduction, « Überlieferungsprozesse: Sammeln – Auswählen – Kanonisieren. Eine Einführung », dans Mittellateinisches Jahrbuch, t. 53, 2018, p. 1-10, où l’on trouvera des pensées similaires à celles contenues dans cet article, bien qu’avec une approche un peu différente.
4 En ligne : http://fama.irht.cnrs.fr. Une réflexion initiale sur les facteurs qui ont amené au succès de ces textes se trouve dans Pascale Bourgain, « Survival and success: medieval bestsellers », dans ead. et Laura Light, Bestsellers, New York/Chicago/Paris, 2014.
5 Voir Pascale Bourgain, « The circulation of texts in medieval culture », dans The Medieval Manuscript Book: Cultural Approaches, éd. Michael Johnston et Michael Van Dussen, Cambridge, 2015, p. 140-159. Sur le rôle du dédicataire et des premiers lecteurs, voir Pascale Bourgain, « De quelques historiens peu lus : malchance ou erreur d’aiguillage », dans Mittellateinisches Jahrbuch, t. 53, 2018, p. 64-77 ; T. Haye, Verlorenes Mittelalter…, p. 96-108.
6 Pour l’Angleterre, voir Cyril Ernest Wright, « The dispersal of the libraries in the sixteenth century », dans The English Library before 1700, éd. Francis Wormald et Cyril Ernest Wright, Londres, 1958, p. 148-175 ; Nigel Ramsay, « “The manuscripts flew about like butterflies”: the break-up of English libraries in the sixteenth century », dans Lost Libraries: The Destruction of Great Book Collections since Antiquity, éd. James Raven, Basingstoke, 2004, p. 125-144 ; James P. Carley, « The dispersal of the monastic libraries and the salvaging of the spoils », dans The Cambridge History of Libraries in Britain and Ireland, Cambridge, 2008, p. 265-291. Il n’y a pas d’exposé d’ensemble sur les pertes de manuscrits en Espagne, mais on peut voir l’exemple de Zamora : Vicente Becarés Botas, Las bibliotecas monásticas y la desamortización en la provincia de Zamora, Zamora, 1999.
7 Voir Dieter Kudorfer et Cornelia Jahn, Lebendiges Büchererbe. Säkularisation, Mediatisierung und die Bayerische Staatsbibliothek, Munich, 2003.
8 Anselmus Hoste et Eligius Dekkers, « De la pénurie des manuscrits anciens des ouvrages les plus souvent copiés », dans Sapientiae doctrina. Mélanges de théologie et de littérature médiévales offerts à Dom Hildebrand Bascour, éd. Roland Hissette, Guibert Michiels, Dirk Van Den Auweele, Louvain, 1980, p. 24-37.
9 Jean-Yves Tilliette, « Savants et poètes du Moyen Âge face à Ovide : les débuts de l’aetas Ovidiana (v. 1050-v. 1200) », dans Ovidius redivivus. Von Ovid zu Dante, dir. Michelangelo Picone et Bernhard Zimmermann, Stuttgart, 1994, p. 63-104, aux p. 66-68, et Uwe Neddermeyer, Von der Handschrift zum gedruckten Buch. Schriftlichkeit und Leseinteresse im Mittelalter und in der frühen Neuzeit. Quantitative und qualitative Aspekte, t. I, Wiesbaden, 1998, p. 104-107, ont déjà fait des considérations très opportunes sur l’article d’Hoste et Dekkers.
10 Pour les libelli hagiographiques, voir Joseph-Claude Poulin, « Les libelli dans l’édition hagiographique avant le xiie siècle », dans Livrets, collections et textes. Études sur la tradition hagiographique latine, éd. Martin Heinzelmann, Ostfildern, 2006, p. 15-193, part. p. 19-20. Un processus similaire a été décrit pour les diplômes : Georges Declercq, « Habent sua fata libelli et acta. La destruction de textes, manuscrits et documents au Moyen Âge », dans La destruction dans l’histoire. Pratiques et discours, éd. David Engels, Didier Martens et Alexis Wilkin, Bruxelles, 2013, p. 129-161, à la p. 152, observe que l’on ne conserve presque pas de diplômes écrits avant 1100, et suppose que cela est dû à la copie dans les cartulaires et à l’élimination des originaux.
11 U. Neddermeyer, Von der Handschrift… ; Eltjo Buringh, Medieval Manuscript Production in the Latin West. Explorations with a Global Database, Leyde/Boston, 2011, essaie d’arriver à des conclusions sur un grand nombre de données, mais ne prend pas en compte les circonstances historiques : voir le compte-rendu de Martin Bertram, dans Quellen und Forschungen aus italienischen Archiven und Bibliotheken, t. 92, 2012, p. 648-652.
12 U. Neddermeyer, Von der Handschrift…, p. 72-109. Récemment, Paolo Trovato, Everything you Always Wanted to Know about Lachmann’s Method. A Non-Standard Handbook of Genealogical Textual Criticism in the Age of Post-Structuralism, Cladistics, and Copy-Text, Padoue, 2014, p. 104-108, a fait un contrôle des résultats de Neddermeyer avec un échantillon de onze incunables italiens, en prenant en compte de nouveaux catalogues. Les chiffres de pertes qu’il a calculés oscillent entre 73 % (pour une impression de luxe sur parchemin) et 99 % ; dans la plupart des cas, elles sont d’à peu près 90 %. Bien que l’échantillon de Trovato soit très réduit, ses résultats laissent soupçonner que le taux de conservation d’incunables pourrait être un peu plus élevé que celui donné par Neddermeyer. Les pertes sont cependant extraordinaires.
13 Petri Alfonsi Dialogus, t. I : Kritische Edition mit Deutscher Übersetzung, éd. Carmen Cardelle de Hartmann, Darko Senekovic et Thomas Ziegler, trad. all. Peter Stotz, Florence, 2018 (Millennio medievale, 116).
14 Sur les méditations et les dialogues introspectifs du Moyen Âge et leurs modèles, dont les Synonyma sont le plus important, voir Carmen Cardelle de Hartmann, Lateinische Dialoge 1200-1400. Literarhistorische Studie und Repertorium, Leyde/Boston, 2007 (Mittellateinische Studien und Texte, 37), p. 163-209.
15 Comme exemple on peut citer le poème Amor habet superos, conservé dans un seul manuscrit mais dont des vers sont cités dans un commentaire à Martianus Capella, dans un essai de plume et gravés en runes dans un bout de bois trouvé en Norvège, et dont il y a aussi un remaniement (CB 88) et une parodie (Ex ungue). Voir Carsten Wollin, « Non est crimen amor. Lateinische Liebesdichtung im Umkreis des Petrus Abaelardus », dans Sacris erudiri, t. 52, 2013, p. 275-318, aux p. 299-302.
16 Sur les questions mentionnées dans ce paragraphe (diffusion orale, diffusion à partir d’un seul codex, fragilité de quelques formats), voir P. Bourgain, « The circulation… », p. 140-142, 144.
17 Voir C. Cardelle de Hartmann, « Überlieferungsprozesse… », p. 6-8, où le concept de canon est discuté d’une façon plus détaillée.
18 Dans la philologie médiolatine, on a discuté surtout de la nécessité d’élaborer ou non un canon d’œuvres médiolatines qui doivent être éditées et lues de préférence, voir Jan Ziolkowski, « Towards a history of medieval Latin literature », dans Medieval Latin. An Introduction and Bibliographical Guide, éd. Frank A. C. Mantello et Arthur G. Rigg, Washington, D. C., 1996, p. 505-536, et Ralph J. Hexter, « Canonicity », dans The Oxford Handbook of Medieval Latin Literature, éd. Ralph J. Hexter et David Townsend, Oxford, 2012, p. 25-44.
19 Même le canon biblique a des contours flous. Sur sa formation dans l’Antiquité, voir Jörg Frey, « Die Herausbildung des biblischen Kanons im antiken Judentum und im frühen Christentum », dans Das Mittelalter, t. 18 : Heilige Bücher, éd. Carmen Cardelle de Hartmann et Susanne Uhl, 2013, p. 7-26 ; à propos des discussions médiévales sur le canon biblique, voir Cornelia Linde, « Twelfth-century notions of the canon of the Bible », dans Reading the Bible in the Middle Ages, éd. Jinty Nelson et Damien Kempf, Londres, 2015, p. 7-18.
20 Sur la lecture dans les écoles médiévales, voir Günter Glauche, Schullektüre im Mittelalter. Entstehung und Wandlung des Lektürekanons bis 1200 nach den Quellen dargestellt, Munich, 1970, et Birger Munk Olsen, I classici nel canone scolastico altomedievale, Spolète, 1991.
21 Voir P. Bourgain, « De quelques historiens… », p. 68.
22 Voir P. Bourgain, « The circulation… ». Un exemple est discuté par Peter Dronke, « Johannes Scottus Eriugena: Auswahl und Widerstand », dans Mittellateinisches Jahrbuch, t. 53, 2018, p. 46-63.
Auteur
-
Carmen Cardelle de Hartmann
Université de Zurich
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Les halles de Paris et leur quartier (1137-1969)
Les halles de Paris et leur quartier dans l'espace urbain (1137-1969)
Anne Lombard-Jourdan
2009
Se donner à la France ?
Les rattachements pacifiques de territoires à la France (XIVe-XIXe siècle)
Jacques Berlioz et Olivier Poncet (dir.)
2013
Les clercs et les princes
Doctrines et pratiques de l’autorité ecclésiastique à l’époque moderne
Patrick Arabeyre et Brigitte Basdevant-Gaudemet (dir.)
2013
Le répertoire de l’Opéra de Paris (1671-2009)
Analyse et interprétation
Michel Noiray et Solveig Serre (dir.)
2010
Passeurs de textes
Imprimeurs et libraires à l’âge de l’humanisme
Christine Bénévent, Anne Charon, Isabelle Diu et al. (dir.)
2012
La mise en page du livre religieux (XIIIe-XXe siècle)
Annie Charon, Isabelle Diu et Élisabeth Parinet (dir.)
2004
François de Dainville
Pionnier de l’histoire de la cartographie et de l’éducation
Catherine Bousquet-Bressolier (dir.)
2004
Mémoire et subjectivité (XIVe-XVIIe siècle)
L'Entrelacement de memoria, fama, et historia
Dominique de Courcelles (dir.)
2006
