Introduction
p. 5-6
Texte intégral
1La naissance de la philologie à la fin du Moyen Age et à la Renaissance implique la réorganisation des savoirs. Les auctoritates traditionnelles sont soumises à la critique ; de nouvelles interprétations des textes canoniques — bibliques, philosophiques, théologiques, juridiques, politiques, etc. — voient le jour.
2Les institutions traditionnellement gardiennes des savoirs et des interprétations sont remises en question, cependant que le sujet interprétant advient à la conscience de soi comme auctoritas propre. Celui qui lit et interprète est un sujet responsable, un « auteur ». Le philologue est désormais l'auctoritas ; ainsi peut-il par exemple s’inventer exégète, philosophe, théologien, poète, croyant, etc. La philologie est donc liée aux réformes des savoirs et à l’avènement d’une nouvelle conscience de soi. L’entreprise philologique donne lieu à la revendication d’une autonomie créatrice ; l’interprétation du texte désigne une interprétation de soi et le geste d’écriture est un geste d’écriture de soi.
3La remise en question d’un corps de sens textuel, par exemple d’un sens allégorique, produit la dislocation textuelle, sémantique, véritable déconstruction et condition de refondation. Il est remarquable que la remise en question d’un corps institutionnel producteur de dogmes accompagne aussi bien l’affirmation des monarchies absolues fondées sur le double corps du roi que la découverte du corps de soi comme sujet et lieu d’autobiographie.
4Les études réunies dans ce volume ne sauraient prétendre donner un panorama complet du thème. Elles sont destinées essentiellement à présenter des recherches en cours, à montrer comment se renouvellent certaines problématiques. Il a paru nécessaire de rappeler l’importance de la philologie dans l’élaboration de la littérature de la Renaissance en Espagne, selon deux perspectives originales, celle de la religion et de la mystique (Dominique de Courcelles) et celle du droit (Pedro Cátedra). La liberté d’interprétation des philologues de la Renaissance se déploie aussi bien dans l’exégèse et l’interprétation de la Bible — Sante Pagnini n’hésite pas à allier philologie et allégorie (Max Engammare) — que dans l’exégèse et l’édition des œuvres patristiques — Érasme dans ses lettres-préfaces à son édition des œuvres de saint Jérôme procède à une véritable réécriture de soi (Alexandre Vanautgaerden). Érasme est bien le témoin d’une nouvelle philologie travaillée par le principe d’individualité, face à certains de ses contemporains, tel Louis de Berquin, qui, traduisant en 1525 son ouvrage l’Encomium matrimonii en fait le manifeste d’un nouvel esprit collectif (Viviane Mellinghoff-Bourgerie).
5Les philologues ultérieurs se réapproprient à leur manière l’héritage de la Renaissance (Pascale Hummel), cependant que l’émergence de cette parole subjective s’apprête à participer de la crise de conscience européenne et d’une querelle des Anciens et des Modernes.
6Je remercie le directeur de l’École nationale des chartes, Yves-Marie Bercé, et le secrétaire général de l’École, Jérôme Belmon, d’avoir bien voulu accueillir cette Journée d’étude.
Auteur
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Les halles de Paris et leur quartier (1137-1969)
Les halles de Paris et leur quartier dans l'espace urbain (1137-1969)
Anne Lombard-Jourdan
2009
Se donner à la France ?
Les rattachements pacifiques de territoires à la France (XIVe-XIXe siècle)
Jacques Berlioz et Olivier Poncet (dir.)
2013
Les clercs et les princes
Doctrines et pratiques de l’autorité ecclésiastique à l’époque moderne
Patrick Arabeyre et Brigitte Basdevant-Gaudemet (dir.)
2013
Le répertoire de l’Opéra de Paris (1671-2009)
Analyse et interprétation
Michel Noiray et Solveig Serre (dir.)
2010
Passeurs de textes
Imprimeurs et libraires à l’âge de l’humanisme
Christine Bénévent, Anne Charon, Isabelle Diu et al. (dir.)
2012
La mise en page du livre religieux (XIIIe-XXe siècle)
Annie Charon, Isabelle Diu et Élisabeth Parinet (dir.)
2004
François de Dainville
Pionnier de l’histoire de la cartographie et de l’éducation
Catherine Bousquet-Bressolier (dir.)
2004
Mémoire et subjectivité (XIVe-XVIIe siècle)
L'Entrelacement de memoria, fama, et historia
Dominique de Courcelles (dir.)
2006
