Conclusion
p. 159-160
Texte intégral
1Les premières lois imprimées suivent en grande partie les caractéristiques générales de l’ensemble des livres imprimés aux xve et xvie siècles. Il en va ainsi de l’évolution de la typographie, avec l’abandon progressif des caractères gothiques au profit des caractères romains. De même, les bois employés pour illustrer les actes royaux au xve siècle ne sont en rien propres à la nature de ces actes du pouvoir, en ce qu’ils servent à l’ornementation d’une grande variété d’incunables. Ces illustrations disparaissent assez rapidement pour laisser place à des fascicules ne reproduisant que les lettres patentes, éventuellement accompagnées d’arrêts d’enregistrement. Quelques pièces font cependant exception. C’est tout d’abord le cas de la législation monétaire, qui est le plus souvent imprimée avec une série de gravures représentant les monnaies concernées par l’acte en question. C’est ensuite le cas des exemplaires de luxe. Ceux-ci se distinguent non seulement par la présence d’illustrations, mais aussi par leur support. Alors que la quasi-totalité des copies simples sont imprimées sur papier, quelques exemplaires adoptent le parchemin. Il s’agit de fascicules précieux, sans doute fabriqués sur commande. Par leur support, ces exemplaires se rapprochent des originaux imprimés ainsi que de quelques copies authentiques. Ces originaux sont également imprimés sur parchemin. Pour les originaux, il s’agit d’ailleurs d’une condition essentielle de leur validité, qui les distingue de la masse des copies non officielles imprimées par des libraires privés. Ils s’en écartent également par leur format ou bien encore par leur mise en page. Les originaux imprimés reprennent les caractéristiques diplomatiques des actes royaux manuscrits, dont se démarquent rapidement les copies simples des imprimeurs-libraires.
2Ces derniers agissent en effet assez librement, du moins dans un premier temps. Ils adaptent ainsi la forme des actes royaux aux caractéristiques de l’imprimerie. Si, originellement, le livre imprimé reste proche de la tradition manuscrite, dès avant la fin du xve siècle, sa forme évolue. Les lois imprimées n’échappent pas à cette évolution, tout d’abord sous l’impulsion d’imprimeurs de province, qui sont les premiers à avoir imprimé à l’unité des lettres patentes. Les plus anciens actes conservés à la Bibliothèque nationale de France ont été mis sous presse à Lyon par Michel Topié et à Angers par Jean de La Tour. Toutefois, rapidement, l’imprimerie parisienne prend le dessus, quel que soit le biais des collections de la BNF (lequel pénalise sans doute la représentation des imprimeurs-libraires de province). Avec l’accroissement de leur activité à partir de la fin de la décennie 1530, certains artisans parisiens en viennent même à se spécialiser dans l’impression des actes royaux. Le premier d’entre eux est Galliot Du Pré, célèbre pour sa diffusion massive de l’ordonnance de Villers-Cotterêts. Celle-ci a été rendue possible grâce au privilège de librairie que lui a octroyé François Ier quelques jours après la promulgation de l’ordonnance. Ces privilèges se multiplient par la suite, avant d’être progressivement accaparés par quelques imprimeurs-libraires. Ainsi, le règne d’Henri II se caractérise à la fois par le fort accroissement du nombre d’actes royaux imprimés et par la concentration de l’offre chez quelques spécialistes. La tendance trouve son aboutissement le 8 octobre 1561, lorsque Charles IX attribue à Robert II Estienne un privilège général pour l’impression des actes royaux. La première période de l’impression des actes royaux est alors complètement achevée, non sans répercussion sur la législation elle-même.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Les premières lois imprimées
Étude des actes royaux imprimés de Charles VIII à Henri II (1483-1559)
Xavier Prévost
2018
Le roi et le déshonneur des familles
Les lettres de cachet pour affaires de famille en Franche-Comté au xviiie siècle
Jeanne-Marie Jandeaux
2017
Trois bibliothèques européennes face à Google
Aux origines de la bibliothèque numérique (1990-2010)
Gaëlle Béquet
2015
