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    Plan détaillé Texte intégral Introduction Les réseaux féministes : des solidarités compensatoires ? L’amnistie à l’épreuve du féminisme Prisonnières politiques, sociales, militantes féministes : l’achoppement sur la question de la violence politique Conclusion Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Le genre carcéral

    Ce livre est recensé par

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    Table des matières

    Chapitre II

    Les prisonnières politiques ne sont-elles pas des femmes ?

    Construire des solidarités féministes transnationales avec les prisonnières politiques en sortie de dictature (État espagnol, années 1970-1980)

    Irène Gimenez

    Texte intégral Bibliographie Notes de bas de page Auteur

    Texte intégral

    Introduction

    1Problème de femmes, du fait de leur présence massive à ses portes et dans les parloirs – soit dans ces espaces de seuil qui constituent des espaces de politisation (Abad Buil, 2012) –, mais aussi, dans une moindre mesure, derrière les barreaux, la prison peine toutefois à se constituer en problématique féministe (Bérard, 2019 ; Ricordeau, 2019). Les relations entre les prisonnières, qu’elles soient politiques ou de droit commun, et les militantes féministes ne relèvent pas de l’évidence : comme le constate la sociologue Elisabet Almeda, il y a « peu de sensibilité » historique du mouvement féministe espagnol envers les prisonnières politiques ou de droit commun1. Comment comprendre ce rendez-vous manqué, particulièrement avec les prisonnières politiques, et son historicité, dans la chronologie fine de la sortie de dictature en Espagne ? La période qui fait suite à la mort de Franco, le 20 novembre 1975, connue comme celle de la transition à la démocratie, se caractérise par une intense conflictualité sociale et politique (Baby, 2012), et par des réformes progressives sans épuration ni justice transitionnelle. Elle s’articule autour de l’amnistie réciproque votée le 15 octobre 1977, validant le principe de la libération de la majorité des prisonnier·ère·s politiques et celui de l’impunité des responsables de la dictature, pilier de la constitution rédigée et approuvée par référendum l’année suivante. Cette loi, produit de mobilisations, ne scelle pas la fin du cycle de protestations : de nombreux collectifs en soulignent les manques, ainsi que l’absence de normalité démocratique de cet État espagnol en transition. Le militantisme indépendantiste, basque et catalan, particulièrement réprimé sous la dictature, fournit des outils de critique des mécanismes de transition et s’oppose à la voie constitutionnelle reposant sur une amnistie partielle et partiale.

    2Cet article propose d’observer, à partir d’archives militantes, de témoignages et d’entretiens menés entre 2015 et 2020, ces contestations depuis un double observatoire : celui des prisons de femmes et des mobilisations féministes, y compris transnationales. La forte politisation sociale autour des luttes pour l’amnistie et la réforme du droit, civil et pénal, est en effet l’occasion d’une visibilité sans précédent des prisons, majoritairement de celles pour hommes pendant la période de la transition. Entre logique compensatoire et analyse d’une répression spécifique, genrée, les féministes qui reproblématisent l’amnistie s’éloignent paradoxalement des militantes politiques incarcérées. Une partie d’entre elles, pourtant, cherchent à problématiser sur nouveaux frais la question du répertoire d’action féministe depuis leur expérience carcérale : à partir d’études de cas et selon un fil chronologique, il va s’agir ici de restituer ces réseaux et ces voix à partir des tensions nouées autour des difficultés à construire, à différentes échelles, des solidarités féministes avec les prisonnières. Dans un premier temps, nous tenterons de retracer les réseaux féministes transnationaux qui se mobilisent pour la libération des prisonnières politiques à la fin de la dictature franquiste, ainsi que leurs modalités d’action. Ensuite, nous étudierons les effets des mobilisations féministes sur les luttes pour l’amnistie, questionnant leur incomplétude et leurs limites, notamment en ce qui concerne le regard des féministes sur les usages de la violence politique.

    Les réseaux féministes : des solidarités compensatoires ?

    Documenter les violences contre les femmes

    3Du côté des mouvements féministes qui se développent en sortie de dictature et dont la chronologie s’articule autour de « Journées pour la libération des femmes », le premier objectif identifié est de diffuser des informations sur la répression subie par les femmes et les modalités sexuées de la violence. À ce titre, un espace de parole et de savoirs est consacré à la question carcérale. Donner la parole et rendre visible est l’une des ambitions de la revue Vindicación feminista, publiée entre 1976 et 1979, dont plusieurs membres du comité de rédaction et collaboratrices ont connu la prison, comme ex-prisonnières ou avocates. Claudia Jareño Gila (2019) a étudié ce travail de collecte, de diffusion d’informations et de dénonciation, qui se déploie dans un cadre transnational, pendant la période de la transition2. Cette solidarité internationale se développe notamment autour de certaines figures militantes, intellectuelles, elles-mêmes déjà insérées dans des réseaux transnationaux du fait de leur position privilégiée, ou encore de la gravité des peines auxquelles elles s’exposent dans le cadre d’accusations pour terrorisme. Elle se traduit par exemple par le report du Congrès international féministe qui devait se tenir à Barcelone en 1974 en contestation de l’incarcération de la militante féministe et avocate Lidia Falcón3. Différents collectifs diffusent des lettres de soutien et des communiqués de presse en solidarité avec les prisonnières politiques espagnoles, tels que la City University of New York (CUNY) Women’s Coalition états-unienne le 24 janvier 1975, ou encore un groupe de féministes suédoises qui s’adresse en février 1976 au secrétaire du Movimiento Nacional (Mouvement national)4, Adolfo Suárez, pour exiger la libération d’Eva Forest, de Mari Luz Fernández et des prisonnières politiques espagnoles5. Ces deux dernières, accusées de l’organisation de l’attentat de la rue del Correo à Madrid et de la pose d’une bombe, cristallisent les protestations internationales face à l’urgence de leur éviter une éventuelle peine de mort ou une lourde condamnation.

    4Donner la parole et rendre visible, c’est aussi publier et traduire : les Éditions des femmes en France constituent à ce titre une précieuse étude de cas des liens qui se construisent par-delà la clandestinité et les murs des prisons. La maison d’édition féministe issue du groupe « Psychanalyse et politique » (Psychépo), dans l’optique de donner à lire des paroles et des expériences de femmes selon une analyse littéraire et politique différentialiste (Pavard, 2005), est en contact avec Lidia Falcón pour publier ses Lettres à une idiote espagnole (Falcón, 1975) et la rencontrer lors de la foire du livre de Francfort de 1974. À ce titre, les militantes de cette tendance sont précocement informées des arrestations qui font suite à l’attentat d’Euskadi Ta Askatasuna (ETA, Pays basque et liberté) contre la cafétéria de la rue del Correo à Madrid, le 13 septembre 1974, et entreprennent alors des initiatives de soutien auprès des prisonnières politiques incarcérées à Yeserías, la prison préventive des femmes de Madrid : Antoinette Fouque, cofondatrice de Psychépo et des Éditions des femmes, se rend clandestinement en Espagne. Par l’intermédiaire de l’avocat et de son mari, elle demande à Eva Forest, intellectuelle et camarade de détention de Lidia6, l’autorisation de publier l’un de ses textes en parallèle de celui de Lidia, pour mettre en lumière leur situation. Cette dernière lui transmet le manuscrit du journal rédigé pendant sa convalescence des tortures, alors qu’elle était au secret, ainsi que certaines lettres à ses enfants7. Les deux ouvrages sont rapidement mis sous presse et des copies des manuscrits sont envoyées à des éditeurs militants internationaux en mai 19758. La diffusion s’est opérée à la fois par la vente en librairie – dont les recettes sont reversées aux familles des militantes emprisonnées – et clandestinement en Espagne : certaines militantes ont traversé la frontière en camionnette et distribué des exemplaires de l’ouvrage, édité en version bilingue. L’ouvrage entre même clandestinement à la prison de Yeserías, comme me l’explique Roser, une militante de la Ligue communiste révolutionnaire incarcérée entre 1973 et 1975 que j’interroge en 2016 et qui se souvient de sa réception critique par les prisonnières : « ce livre est revenu en prison, une fois publié, il est revenu en prison, et Eva ne voulait pas que certaines d’entre nous le lisions. Parce que dans ce livre de lettres, elle ne parle quasiment pas de Mari Luz, enfin, si tu compares avec les lettres des autres9 ».

    5Outil de solidarité internationale, démonstration de soutien, matériau de construction d’un réseau, la trajectoire matérielle de cet ouvrage nous apprend aussi comme il a pu redoubler les inimitiés qui parcourent les sociabilités de la détention. À ce titre, ce sont aussi les limites et les exclusions des solidarités que nous pouvons interroger. Mari Luz Fernández, institutrice et militante du Parti communiste des Asturies, est soupçonnée par les autorités militaires d’avoir posé la bombe ayant causé l’attentat de la cafétéria. Selon les rumeurs qui m’ont été rapportées en entretien, et que Lidia Falcón rapporte dans ses mémoires, Eva Forest est accusée par une partie des prisonnières d’avoir causé son arrestation et, par extension, les traitements particulièrement violents qu’elle a subis (tortures et longue mise au secret). Une fois sortie de prison, Eva revient sur cette publication dans des entretiens avec la presse, dont elle salue l’efficacité, comme preuve de soutien moral et comme jalon de la consolidation de la pression internationale sur le régime10.

    6Une pétition exigeant la libération de ces prisonnières est diffusée par les militantes de Psychépo le 31 octobre 1974 et rédigée « dans les strictes limites de sécurité que les camarades espagnoles nous ont demandé de respecter » (elle aurait été approuvée par Eva Forest au parloir). La solidarité avec les prisonnières de l’État espagnol est d’ailleurs à l’origine de la publication anticipée, le 2 novembre 1974, du premier numéro du Quotidien des femmes, revue des Éditions des femmes tirée à 60 000 exemplaires. La dimension internationaliste des combats est portée par le journal, mais les premières cibles des mobilisations sont restreintes : essentiellement des personnalités culturelles, des intellectuelles mises en avant pour leur engagement féministe, en lien avec les stratégies de mises en visibilité du collectif éditorial étudiées par Bibia Pavard (2005). Cette dimension sélective et les modalités qui président aux inclusions et exclusions occasionnent des tensions parmi les organisations de solidarité. On peut ainsi lire dans une revue anarchiste, La Lanterne noire, une violente critique de la défense des prisonnières politiques en tant que femmes « alors que le destin d’Eva Forest et celui d’Antonio Durán risquent d’être malheureusement liés11 ». L’autrice dénonce cette tentative de gommer la classe par le genre, en rendant finalement invisibles des hommes également en danger, mais aussi certaines femmes moins dotées en capitaux culturels ou économiques : Durán est ouvrier métallurgiste, tandis que sa femme, Remedios Pérez, incarcérée avec Eva Forest et Lidia Falcón, mais jamais mentionnée dans la documentation des Éditions des femmes, travailleuse domestique. Les militantes de base, notamment des mouvements illégalistes, restent alors dans l’ombre, ce qui renvoie à l’une des limites de ces solidarités transnationales.

    Reproblématiser la répression contre les femmes

    7Différents collectifs féministes français, d’orientations diverses mais unis sur ces enjeux de solidarités internationalistes, participent au comité de soutien à Eva Forest, comme les Pétroleuses, Psychépo, le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC), le Cercle E. Dimitriev. Face au spectre d’une condamnation à mort ou d’une longue peine de prison pour Eva Forest, et face à cette dictature franquiste qui « meurt en tuant » (Casanellas, 2014), certaines actions supposent des convergences stratégiques. La mobilisation non-mixte la plus massive à laquelle ce comité appelle à participer est le « rassemblement de femmes » organisé à Hendaye le 5 octobre 197512, dont la cinéaste et militante féministe suisse Carole Roussopoulos tire deux documentaires : La Marche des femmes à Hendaye et Manifestation à Hendaye13. L'appel à la manifestation est lancé par le Mouvement de libération des femmes (MLF), le MLAC, le planning familial, le groupe de liaison et d'information femmes-enfants et les Pétroleuses. Le collectif Eva Forest, un groupe formé ad hoc pour sensibiliser au sort de la militante dans une perspective humanitaire, s’y associe. La manifestation réunit environ un millier de femmes. De ces deux films, qui vont des préparatifs aux débats après la manifestation et portent tant sur les formes de la solidarité antifasciste que sur ses conditions matérielles, se dégage l’idée que la solidarité féminine-féministe doit entraîner une reproblématisation du fascisme. Des obstacles au travail salarié à l’impossibilité de contrôler sa fécondité, de l’absence de droits civiques à la torture, du commissariat à l’espace domestique, c’est le même fil rouge, conduisant à la nécessité d’articuler la lutte contre le sexisme à la lutte contre le fascisme. Ainsi, l’analyse des structures autoritaires de la dictature répond à celles du patriarcat : leur croisement sert à reformuler l’oppression des femmes, à travers ses dimensions quotidiennes (Sanz-Gavillon, 2016). Dénoncer ce sexisme ordinaire et ses manifestations à l’échelle de la vie quotidienne des femmes est alors pour ces militantes un autre moyen de dénoncer le franquisme, qui n’est plus seulement défini par son recours à l’armée, aux tribunaux et à la police politique – ni même, par extension, à la prison.

    8Contre le fascisme pensé alors comme culture de la mort, face aux exécutions des cinq militants du Frente Revolucionario de Acción Patriótica (FRAP, Front révolutionnaire d’action patriotique), une organisation armée articulée autour d’un combat antifranquiste et d’une idéologie marxiste-léniniste, et de l’ETA le 27 septembre 1975, une partie des femmes, notamment les militantes de Psychépo, défilent sous ces slogans : « Lutte, solidarité, vie » − slogan repris dans l’éditorial du Quotidien des femmes du 10 octobre 1975 −, « Sauvez-les », « Imposons la vie », « À bas la mort », « Les sorcières sont la vie, l’inquisition se meurt ». Ces revendications peuvent aussi être lues dans une logique différentialiste qui place les femmes du côté de la défense et de la culture de la vie, et qui fonderait la solidarité avec ces prisonnières politiques autour de la défense d’une culture « femme ». C’est là une hypothèse explicative de l’engagement de Psychépo (Pavard, 2005), malgré les importantes divergences idéologiques qui les opposent à Lidia Falcón, dont le féminisme radical s’articule autour d’une théorisation des femmes comme classe sociale, ou à Eva Forest. Celle-ci dénonce en effet comme un « mythe » sa mise en lumière comme icône des luttes féministes et refuse cette désignation, cherchant à problématiser la triple oppression des femmes. L’intérêt du second film, Manifestation à Hendaye, est aussi de laisser ouvertes la complexité et l’hétérogénéité des positionnements féministes à travers des séquences de l’assemblée générale qui suit la marche. Le documentaire se termine sur un bilan mitigé, en voix off, car la reproblématisation du fascisme engagé n’a pas abouti à une réélaboration des modalités d’organisation collective :

    On est allée à Hendaye et on a manifesté notre opposition à une violence fasciste, mais comme les hommes l’ont fait, comme on a pu le faire à Paris, […] ce qu’on n’a pas fait, c’est d’avoir un regard de femmes sur le fascisme. Et de mettre en question le fascisme qui s’exerce sur les femmes. Peut-être ça aurait été indécent de parler des milliers de femmes qui sont mortes des suites d’avortements, des suites de viols, ou des suites de coups qu’elles ont reçu de leurs maris ? Est-ce que nous-mêmes on arrive à concevoir ça comme une lutte politique ? […] La définition même du fascisme, on l’a pas modifiée à Hendaye, on l’a précisée, on a dit : le machisme fait le lit du fascisme. […] Les mecs auraient vraiment pu faire ce type de manif. […] On a privilégié une lutte contre un fascisme reconnu par rapport à une lutte contre un fascisme non reconnu, qui est celui que les femmes subissent […].

    Les femmes défilant à Hendaye n’ont pas réglé le débat autour de l’organisation concrète d’une solidarité antifasciste et féministe et de la spécificité, ou non, de ses méthodes par rapport aux formes de solidarité portées par les organisations révolutionnaires et antifascistes. Cette question est creusée par les féministes, notamment espagnoles : au sein de la revue Vindicación feminista est forgé le concept de « fascisme sexuel » à partir des témoignages de tortures subies par des femmes. Le Tribunal international des crimes contre les femmes à Bruxelles, réuni en 1976 et auquel participe une délégation espagnole (notamment la section féminine du FRAP, Lidia Falcón), offre à la fois un cadre d’écoute de témoignages et un cadre d’élaboration d’outils conceptuels décrivant l’inscription des violences dictatoriales au sein de logiques patriarcales (Russell & Van de Ven, [1976] 199014). Il s’agit d’une manifestation de justice populaire collective – toutes les participantes y sont juges – et restauratrice, qui ne s’inscrit donc pas dans le même registre que les revendications d’amnistie et les luttes contre l’impunité des tortionnaires, puisqu’il est ici question de prendre en main collectivement les outils de la justice et de s’organiser pour sortir du statut de victime sans interpeller l’État.

    9La primauté dans l’administration de la preuve est accordée au témoignage, dans la lignée de tribunaux populaires comme le Tribunal Russell15, mais organisé ici en non-mixité. Ce renversement de paradigme propose un croisement assez inédit entre féminisme et abolitionnisme pénal, à travers une véritable réflexion sur le droit comme outil de domination patriarcale, et notamment sur les définitions du « crime », et par extension des « criminels » et « criminelles ». Une délégation de 60 femmes espagnoles y participe, dont l’Union populaire des femmes (militantes du FRAP), mais Lidia Falcón est la seule à témoigner en tant qu’ancienne prisonnière politique, pour des violences subies en son nom.

    10Cette rencontre est conçue comme un jalon dans la formation d’une internationale féministe et d’un appareil critique qui fournit des outils facilitant une critique féministe des logiques transitionnelles. Celle-ci passe notamment par la revendication d’une « amnistie de facture féministe », selon l’expression de Mónica Moreno Seco (2005, p. 25), au cœur des combats menés par les collectifs qui se forment au sein de l’État espagnol après la mort de Franco et qui permettent progressivement, mais incomplètement, la dépénalisation de certaines conduites.

    L’amnistie à l’épreuve du féminisme

    Revendiquer une « amnistie pour toutes les femmes »

    11Les mobilisations et débats féministes se déploient à une échelle largement transnationale. Au sein des différents réseaux féministes, les luttes autour de la prison pour femmes de la Trinidad à Barcelone, qui ont eu lieu à la suite de la mort de Franco, sont particulièrement intéressantes. Cette prison, aux mains des Cruzadas evangélicas de Cristo Rey, institut séculier fondé en 1937 dans le but de « réévangéliser » les détenues, en vient à symboliser le caractère sexué de la répression et agit comme révélateur d’une condition féminine partagée au-delà des murs (par la culpabilisation, la soumission, la réduction au silence, l’infantilisation notamment). En intégrant la lutte pour l’expulsion et la dissolution de cet institut séculier, il s’agit en bonne partie, pour ces militantes, de faire sortir la dictature des prisons de femmes. Les femmes condamnées pour des « délits de femmes » (prostitution, adultère, avortement, abandon de famille) incarnent en effet la double morale et les doubles standards contre lesquels se battent les féministes des années 1970. Par ailleurs, ces luttes cristallisent un certain nombre de tensions dans les pratiques de solidarité que nous allons expliciter.

    12La revendication de l’amnistie pour ces femmes – au-delà de la seule amnistie politique, donc – est problématisée par les collectifs féministes espagnols depuis différents angles. En premier lieu, cette thématique est traitée à partir des campagnes pro-avortement, essentiellement jusqu’en 1985, de l’adultère jusqu’en 1978 (Gahete Muñoz, 2017), ou encore à partir de la défense des femmes inculpées pour ces crimes. Enfin, mais plus marginalement, certains collectifs féministes problématisent l’amnistie à partir de la question carcérale et d’une grille de lecture qui établit un continuum de l’oppression des femmes, entre contrôle social, moral et politique, mais aussi entre capitalisme, franquisme et patriarcat.

    13Il existe également plusieurs espaces et niveaux de mobilisation. La députée communiste Dolors Calvet met cette question à l’agenda du Congrès espagnol à travers une proposition de loi le 14 juillet 1977. Après le vote de l’amnistie politique le 15 octobre 1977, elle considère que celle pour les femmes est la « prochaine étape16 ». Cette campagne se déploie également dans l’arène militante et citoyenne, aux échelles nationale et locale : le Colectivo radical (Collectif radical) de Madrid, la Organización autónoma para la liberación de la mujer (Organisation autonome pour la libération de la femme) de Séville ou encore la Coordinadora feminista (Coordination féministe) de Barcelone mettent en place dans les quartiers différentes campagnes de dénonciation des lois qui criminalisent les femmes. Par ailleurs, de nombreuses campagnes partent des prisonnières politiques et s’élargissent au droit commun, les détenues étant souvent nommées dans cette documentation militante « prisonnières sociales » ou « femmes incarcérées pour délits spécifiques/délits de femmes ». Ainsi, en décembre 1976, au combat pour la libération d’Eva Forest, Mari Luz Fernández et leurs camarades incarcérées, la Coordination féministe de Barcelone ajoute, dans un tract, l’exigence de liberté pour « toutes les prisonnières qui purgent une peine pour des délits supposés pour lesquels on ne condamne que des femmes17 ».

    14Les différentes journées féministes constituent également des espaces d’élaboration progressive et collective d’une réflexion sur les liens entre féminisme et amnistie, lors desquelles émergent des débats sur les modalités d’action. Lors des I Jornades de la dona catalana (Premières journées de la femme catalane), organisées en 1976, sont revendiquées l’amnistie et la suppression des « délits de femmes », la fin des discriminations au sein des prisons, en lien avec l’exigence de la disparition des Cruzadas evangélicas de Cristo Rey18. La Coordination féministe de Barcelone appelle à manifester devant la prison de la Trinidad le 8 mars 197619. Un pas est franchi par rapport aux journées féministes de Madrid de décembre 1975, qui avaient vu poindre des tensions entre les militantes du Movimiento democrático de mujeres (MDM, Mouvement démocratique des femmes), lié au PCE, et les féministes autonomes. Les débats portaient sur les formes de la solidarité envers les prisonnières et la pertinence des mobilisations mixtes pour l’amnistie20. On retrouve cette dynamique lors des Journées libertaires de Barcelone de juillet 1977, à l’occasion d’une manifestation devant la prison pour hommes Modelo. Revendiquant une « amnistie pour les femmes », la militante qui dresse un compte rendu des journées invite à multiplier les actions devant les prisons de femmes afin de revendiquer la libération de prisonnières « doublement discriminées en tant que femmes » car « face à la loi, il n’y a pas de femmes pauvres et de femmes riches, il n’y a que des sexes »21.

    15Les Jornadas de la mujer de Euskadi, journées féministes de Leioa (commune basque de Biscaye) de décembre 1977, imputent aux féministes la responsabilité de faire sortir ces prisonnières devenues des « camarades » et contestent la réforme démocratique à l’aune de la permanence de ces lois discriminantes envers les femmes, issues des codes juridiques franquistes : « Aujourd’hui on ne peut parler de démocratie et de liberté tant qu’il existe des lois qui condamnent les femmes jusqu’à 12 ans de prison pour des délits comme l’adultère, l’abandon de famille ou la prostitution22 ». Un tract de la Coordination féministe catalane et des groupes de femmes des quartiers appelant à la manifestation pour l’amnistie des « délits de femmes », exige la « libération [pour Noël] des femmes de la prison de la Trinidad », réinscrit cette lutte dans le mouvement féministe et l’étend en faveur de la libération de toutes les femmes : « Si tu veux ta libération, joins-toi à nous et lutte »23. Ces mobilisations contribuent à la mise sur agenda de l’enjeu carcéral pendant la période transitionnelle, même si la criminalisation des femmes n’est pas abordée par le législateur de manière globale et spécifique, selon l’approche féministe que revendiquaient ces militantes et qui peut être réinscrite dans les circulations militantes européennes contemporaines (Jareño Gila, 2019). Elles parviennent toutefois à obtenir, au cas par cas, la suppression de certains délits (adultère en 1978, avortement en 1985).

    Les impensés de la politisation de la prison

    16En écho aux réflexions menées dans le cadre du Tribunal international des crimes contre les femmes de Bruxelles réuni en 1976, la définition de ce qui est considéré comme la prison politique s’étend, à l’épreuve des « délits spécifiques des femmes » : « l’atelier sur les femmes en prison d’hier [dans le cadre du Tribunal] a exprimé le sentiment que les femmes, du fait de leur position sociale et des relations avec le système reproductif, sont opprimées de multiples manières. Par conséquent, si elles se retrouvent en prison, on ne peut les séparer du système qui les y a envoyées, par conséquent toutes les femmes sont des prisonnières politiques au sens large » (cité dans Russell & Van de Ven, [1976] 1990, p. 113). Est alors revendiquée une « amnistie totale », « sans exclusion »24, par opposition – implicite – à l’amnistie partielle revendiquée par la majorité des organisations politiques, même lorsqu’elles réclament une amnistie générale. Celle-ci reste, en effet, une amnistie genrée, car elle ne retient qu’une définition elle-même genrée de la prison politique : celle du militant organisé, et non celle de la personne criminalisée. Elle prend comme base l’engagement individuel ou collectif, l’intention, et non la critique du droit et de ses effets. Ces élaborations peuvent aller jusqu’à une redéfinition de la catégorie de prisonnière politique comme produit d’inégalités structurelles. Le Grup Amnistia Total publie en 1976 un communiqué dans lequel est revendiquée une « amnistie totale sans exclusion », qui inclut à la fois les femmes discriminées pour délits spécifiques aux femmes et les « prisonniers sociaux (communs »)25.

    17Notons toutefois qu’une organisation comme la Coordinadora de presos españoles en lucha (COPEL, Coordinatrice des prisonniers en lutte) – organisation largement informelle et clandestine, active principalement entre 1976 et 1979 –, lorsqu’elle revendique l’amnistie générale, ne s’intéresse précisément pas seulement aux militants organisés, mais aux prisonniers sociaux, au masculin, c’est-à-dire aux victimes du capitalisme approché à travers sa dimension marchande26. Cette désignation de « prisonnier social » apparaît dans le premier tiers du xxe siècle, dans les mouvements libertaires, comme outil de revendication de mesures de grâce pour les prisonniers auteurs d’illégalismes (Oliver Olmo, 2013). Les principales revendications et la politisation conséquente des catégories d’intelligibilité et de désignation des identités politiques sont notamment rassemblées dans le Manifeste de l’Assemblée des femmes de Biscaye (Pays basque) réunie en octobre 1976 :

    Face à cette situation si injuste dont nous souffrons en tant que femmes à cause des faits qualifiés comme des délits, dont nous savons qu’ils ne le sont pas. En les qualifiant comme politiques, nous exigeons une amnistie totale pour les délits qui se fondent sur la condition féminine : adultère, avortement, abandon de famille, etc. Nous pensons que tous ces faits peuvent être qualifiés de politiques pour deux raisons :

    - Car en les replaçant dans un contexte de privation de liberté de tout type, on voit que ces faits constituent une attaque à une liberté fondamentale des femmes, celle du droit à disposer de leurs corps.

    - Car nous croyons que la typification des faits comme délits dépend du régime politique qui élabore ces lois, ainsi dans quasiment toute l’Europe ces faits ne sont pas pénalisés.

    Nous nous unissons aux luttes que porte actuellement notre peuple et exigeons une AMNISTIE TOTALE pour toutes les prisonnières et prisonniers politiques qui sont actuellement en prison pour leur lutte contre le système économique, politique et social que nous subissons. (cité dans Moreno Seco, 2005, p. 163-164)

    Toutefois, la réception de cette mobilisation et de ce travail de politisation des catégories du droit demeure un point aveugle pour l’historienne. Les effets de ces mobilisations et conceptualisations sur les prisonnières elles-mêmes, notamment de droit commun, sont difficiles à évaluer. Des interactions entre les militantes féministes et les prisonnières politiques et sociales ont eu lieu. Ainsi, une réunion de la Coordination féministe de Barcelone du 25 février 1977 convoque le 6 mars un rassemblement devant la Trinidad en faveur de l’amnistie pour les femmes et l’abolition des lois discriminantes. Celui-ci est l’occasion de faire témoigner prisonnières politiques et sociales sur les tortures et les conditions d’incarcérations27. Il est toutefois difficile de retrouver trace des voix de ces dernières, de retracer de possibles itinéraires de politisation de leurs expériences ou de mesurer les effets de ces mobilisations sur les subjectivités et sur les autodésignations. Lors d’un entretien vidéo, la militante féministe du Partido del Trabajo de España (PTE, Parti du travail d’Espagne) María José Calvo évoque une femme incarcérée, objet d’une campagne pour l’abolition de l’adultère qui « ne connaissait rien au féminisme28 ». La photojournaliste féministe Pilar Aymerich me confie en 2020 que les prisonnières de la Trinidad, à 45 % liées à des « délits de femmes », selon des recherches menées pour ses reportages en 1977, étaient « socialement déconnectées des organisations féministes ou des organisations de quartier29 ». La question de l’inclusion dans une identité collective et politisée comme « prisonnières sociales » reste donc largement ouverte.

    18Après le décret d’amnistie politique du 15 octobre 1977, le décalage est par ailleurs croissant entre les militantes féministes et les militantes révolutionnaires emprisonnées. Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l’expliquer. Une partie des militantes indépendantistes, qu’il s’agisse des Basques (Hamilton, 2007, p. 166) comme des Catalanes (entretien avec Blanca Serra, avril 2019), et qui forment la majeure partie de la population carcérale après 1977, considèrent le mouvement féministe avec méfiance, comme un mouvement petit-bourgeois et españolista30. Il est possible que le travail de politisation de la prison ait dissous la question spécifique de l’incarcération pour motifs politiques. Certains courants axent leurs luttes autour de la question de l’accès à l’espace public et au travail, parfois au prix d’une assimilation du foyer à une prison, qui dilue la question de l’enfermement pénal. D’autre part, la résistance à la pénalité (Faith, 2002) semble de moins en moins audible au sein des mouvements féministes à mesure que ceux-ci s’institutionnalisent dans les années 1980, à travers notamment la création de l’Instituto de la Mujer (Institut de la femme) en 1983. Cette institutionnalisation, inséparable d’une absorption par les structures étatiques, entraîne la marginalisation d’une partie du mouvement féministe, et en particulier des organisations qui produisent une critique des fondements de cet État démocratique (Jareño Gila, 2018). Par ailleurs, cette question rejoint celle d’une hiérarchie des luttes, au bénéfice du combat – considéré comme plus urgent – contre les violences faites aux femmes. Ce phénomène n’est pas spécifique aux féminismes espagnols et on retrouve des dynamiques semblables dans d’autres espaces, notamment européens. La priorité est alors à l’interpellation de l’État pour demander plus de protection et, par-là, plus de pénalisation pour les auteurs de violences : c’est dorénavant sur ce plan que se joue la profondeur de la réforme et de la transition démocratiques31.

    Prisonnières politiques, sociales, militantes féministes : l’achoppement sur la question de la violence politique

    19Lorsque j’explicite mon projet de recherche à Victoria Gómez Méndez, militante du PCE reconstitué, une organisation clandestine de tendance maoïste, incarcérée pour la première fois en 1977 et actuellement emprisonnée à Topas (Salamanque), elle s’étonne de mon cadre théorique, accusant les féministes espagnoles d’ignorer les militantes révolutionnaires victimes de violences, y compris sexuelles :

    Je dois te préciser que je ne suis pas féministe. C’est-à-dire que je ne partage pas les postulats du féminisme qui conçoivent une société divisée en sexes et non en classes, ce qui fait de l’homme, comme abstraction, l’ennemi à combattre […]. Je dois te dire que j’ai été – agréablement – surprise par ta volonté de diffuser les modalités de répression envers les femmes militantes. Dans l’État espagnol, sauf quelques rares et heureuses exceptions, le mouvement féministe a ignoré, systématiquement, [nous] ces femmes qui avons choisi de militer dans des organisations révolutionnaires antifascistes mixtes [...]. Le mur de silence que le mouvement féministe monte, face aux violences exercées depuis les structures de l’État et concrètement depuis ces structures répressives, contre [nous] les femmes qui militons dans ces organisations, est pour le moins choquant. Je parle des tortures, des violences sexuelles, quand ce ne sont pas des viols que nous avons soufferts, nous les femmes arrêtées sous la loi antiterroriste. Et bien le mouvement féministe, sauf, je répète, quelques exceptions, oublie de nous considérer comme des femmes soumises à des mauvais traitements […]32.

    Loin de se réduire à un antiféminisme au nom du marxisme, Victoria met au jour une tension qui parcourt le mouvement féministe autour de la question de la solidarité avec les prisonnières politiques, ainsi que sur la crainte d’une confusion entre féminisme et terrorisme. Impensé de ces solidarités, ces prisonnières qui manient les armes ou participent à des organisations mixtes ne parviennent pas à acquérir le statut de sujets politiques. Parmi les « rares et heureuses exceptions » qui proposent une autre lecture des liens entre autrices et victimes de violences, nous avons pu retrouver la trace, dans la revue Combate de la Liga comunista revolucionaria (LCR ; Ligue communiste révolutionnaire), d’une campagne contre les violences patriarcales. Elle intègre, parmi les types de femmes victimes, la militante détenue au commissariat. L’objectif est de revendiquer la criminalisation du viol, mais aussi le droit à l’autodéfense individuelle et collective des femmes33. En outre, Justa Montero, depuis son double militantisme féministe et trotskiste, prend position en faveur de l’amnistie des prisonnières politiques « souvent reléguées à un second plan dans la lutte contre l’amnistie », alors qu’elles « souffrent évidemment des conséquences de la répression de cet État policier, et sur tous les plans, pour leurs activités politiques, pour vouloir décider de leur vie, pour avoir avorté… Pour toutes et tous, une amnistie totale, maintenant34 ».

    20Le discours de Victoria n’est toutefois ni exceptionnel ni une réélaboration de toutes pièces a posteriori. Ce positionnement critique envers les organisations féministes est partagé par bon nombre des militantes incarcérées à Yeserías en 1981 :

    En ce qui concerne les postulats généraux du féminisme, toutes les femmes des deux groupes sont d'accord avec elles et pensent que les femmes devraient s'organiser pour défendre leurs intérêts et leurs droits, même si elles ne précisent pas comment. Cependant, ils [sic.] sont tous très critiques à l'égard des organisations existantes35.

    La mobilisation pour l’expulsion des Cruzadas evangélicas de Cristo Rey de la prison de la Trinidad semble également avoir été une occasion manquée de dialogue, du fait notamment de la centralité des prisons madrilènes dans la répression : « personne ne nous a demandé à nous [les politiques], comme on a été si peu à passer par la Trinidad », me dit Marta Bonet, militante de l’organisation armée de libération nationale catalane Front d’Alliberament de Catalunya, lors d’un entretien mené à Cambrils le 25 janvier 2020. La perméabilité de franges du mouvement féministe à l’argumentaire antiterroriste et la crainte de la disqualification globale de leurs luttes, ainsi que des formes de concurrence entre les combats à mener et leurs calendriers sont des explications à la rencontre manquée entre les prisonnières politiques, notamment les militantes d’organisations révolutionnaires mixtes, et les militantes féministes lors de la transition.

    Des solidarités impossibles ? Deux études de cas : Inmaculada et Jimena

    21C’est autour de situations concrètes que se nouent des points de tensions entre mouvements de solidarité, qui sont autant de révélateurs des difficultés à penser et à construire une action de solidarité politique (en tant que féministe, en tant qu’indépendantiste) envers les prisonnières politiques. À ce titre, nous allons nous intéresser maintenant à deux militantes qui cristallisent des conflits dans l’organisation des solidarités et nous semblent à ce titre particulièrement heuristique. Les organisations basques et catalanes, qui se mobilisent pour l’application de l’amnistie politique, intègrent le cas échéant les femmes en tant que prisonnières indépendantistes, et non en tant que femmes ou dans une perspective féministe. Par exemple, ce tract, qui fait suite à la condamnation de la militante indépendantiste catalane Núria Cádenas à huit ans et un jour d’emprisonnement, dénonce la sentence comme un « authentique scandale » qui met en évidence le caractère corrompu et anti-démocratique de l’État espagnol. Il est cosigné par des organisations féministes et indépendantistes catalanes36. En mai 1978, Socors Catalá fait état d’un conflit autour des formes de soutien à apporter à Inmaculada Monge, prisonnière politique du Parti communiste international hospitalisée après 53 jours de grève de la faim en protestation contre l’assassinat d’Agustín Rueda et la répression économique. Il condamne le règlement de la caution d’Inmaculada par la Coordination féministe de Barcelone comme un geste d’infantilisation et de collaboration de classe :

    Elles peuvent difficilement appeler à des « sentiments humanitaires » quand elles niaient un droit fondamental de la personne : celui de choisir librement que faire de sa vie. Cela signifiait nier sa lutte, en particulier cela rendait inutile les 53 jours de grève de la faim menés. En politique, il n’y a pas de positionnements neutres, aussi humanitaires soient-ils, mais des positionnements de classe : le positionnement de connivence de l’État, consistant à sauver les prisonniers en payant des cautions et le positionnement de la rupture, d’ouvrir les prisons par la mobilisation populaire. Cela signifie la traiter comme une enfant irresponsable de ses actes, alors qu’elle a derrière elle 15 ans de militantisme communiste37.

    L’arrestation en octobre 1981 de Jimena Alonso, militante féministe soupçonnée de collaboration avec ETA-militaire, suscite des clivages au sein du mouvement féministe. Ne se réduisant pas à des débats théoriques, ce cas s’inscrit dans des conflits pour l’hégémonie au sein du mouvement féministe. La journaliste féministe, Karmele Marchante Barrobes, attaque une partie du mouvement féministe pour son manque de combativité et les pactes avec le système en place. Elle écrit à Jimena, au sujet de ces divisions internes :

    Il est triste que ce soit les mêmes qui, il y a quelques années, demandaient l’amnistie pour les prisonniers – quasi jamais pour les prisonnières – de leurs terrains de chasse respectifs. Maintenant que nous avons une « loi antiterroriste », une Constitution, une « démocratie », elles ne peuvent demander à un juge de te laisser en liberté. Ce n’est pas constitutionnel, disent beaucoup d’entre elles. Comme si réclamer l’avortement l’était38.

    Elle cherche à problématiser de nouveau la tension entre les mouvements féministes et le droit, en même temps qu’elle met en concurrence les mobilisations solidaires envers les prisonnières sociales et les prisonnières politiques.

    22Le Parti féministe de Catalogne, suite à la publication d’un communiqué de la Coordination féministe de Barcelone en solidarité avec Jimena, publie en « grande urgence » des déclarations visant à rejeter avec fermeté toute confusion potentielle entre le mouvement féministe et les activités d’ETA39. En tant que premier collectif féministe dans l’État espagnol, il s’arroge le droit d’en définir exclusivement les prérogatives, accusant la Coordination d’autoritarisme et de déviationnisme par rapport à un féminisme qui serait essentiellement pacifiste. Le même collectif adresse en décembre 1981 une lettre critique aux militantes de Psychépo40. Les féministes radicales défendent ici l’impossibilité de soutenir à la fois un positionnement féministe et la défense de la lutte armée – donc d’être solidaire d’une militante inculpée de collaboration avec ETA, fût-elle féministe – selon une grille de lecture classique qui invisibilise la violence politique des femmes (Cardi & Pruvost, 2012). Se solidariser avec la révolutionnaire revient alors à produire une analyse erronée de la situation politique espagnole :

    […] l’important éventail des forces politiques de gauche qui considèrent la violence armée comme une erreur à l’heure actuelle, parmi lesquelles bien sûr se trouve le mouvement féministe […]. Une analyse critique de la situation espagnole et la connaissance minutieuse des aspects de ce fait politique sont indispensables pour que le féminisme prenne une position claire face aux arrestations de Jimena Alonso et de ses camarades. Sans cela, nous nous retrouverons face à une réaction émotive et primaire de soutenir n’importe quelle action simplement parce qu’elle a été réalisée par une femme, plus encore si celle-ci milite dans le mouvement féministe41.

    Dans ces textes, est en dispute la définition légitime des enjeux et méthodes du féminisme, dont ces militantes monopolisent à la fois la prise de décision et les modalités d’action, renvoyant les partisanes d’actions de solidarité avec Jimena à l’émotion pour les discréditer et excluant sans débat la lutte armée du panel des options possibles de lutte.

    Des féministes, des prisonnières et des armes

    23Si dans le cas des militantes de Psychépo, les prisonnières politiques de l’État espagnol sont soutenues parce que femmes, le positionnement des militantes du Parti féministe de Catalogne, est de s’écarter de ces mêmes prisonnières bien que féministes. Loin de se résumer à une alternative binaire, les liens entre lutte armée et émancipation de genre sont pourtant complexes (Boutron, 2019). « Je suis devenue terroriste pour ne pas laver la maison » déclare Itsaso, militante d’ETA entrée en militantisme après le procès de Burgos42 (1970) et interrogée par Zuriñe Rodríguez Lara au sujet de la genèse de sa trajectoire militante (2017, p. 430). Il ne s’agit pas de nier la force, dans les imaginaires militants, de la dichotomie homme violent/femme pacifique, ainsi que de la division genrée du travail révolutionnaire et du maniement des armes (Falquet, 2005 ; Tabet, 2018), même si la participation des femmes aux commandos questionne les relations entre virilisme et militarisation, et entre pacifisme et féminin (Hamilton, 2007). Une lecture depuis les liens entre féminisme et nationalisme radical (López Romo, 2011 ; Chetcuti-Osorovitz, 2021), suggère en effet des relations plus complexes entre la pratique de la violence politique et les revendications féministes.

    24Ainsi, le rapport à l’autodéfense est surtout discuté au sein du féminisme basque. Les III Jornadas de Mujeres Independientes, célébrées à Saint-Sébastien en juin 1982 sont l’occasion de reformuler le débat sur cet enjeu afin de préciser l’analyse du patriarcat et les moyens d’y faire face. Les prisonnières politiques de Yeserías interviennent dans les discussions par l’envoi d’un communiqué. « Depuis [leur] situation de femmes prisonnières », elles invitent à dénaturaliser les liens entre féminisme et pacifisme :

    Il est douloureux d’entendre que nous ne sommes pas ici parce que féministes. Tout de suite, surviennent les questions : qu’est-ce qu’être féministe ? Pourquoi cet effort à réduire le féminisme à quelques revendications, que le pouvoir patriarcal se charge d’étiqueter comme « propre aux femmes », en les dépouillant du contenu politique inhérent à notre lutte de libération43 ?

    Si la politisation du privé est un enjeu majeur, il ne s’agit pas pour autant de négliger la lutte politique au sens traditionnel. Ces femmes se placent dans une généalogie féministe alternative qui intègre le recours à l’action directe et la justification de cette dernière. Elles considèrent qu’il est nécessaire, dans le travail de déconstruction et de renversement des rapports de domination, de s’autoriser collectivement l’accès à toutes les méthodes :

    Nous devons réfléchir, analyser, sans laisser de côté aucun moyen de lutte. Aucun. Nous sommes agressives et nous avons le droit de nous révolter dans un système qui n’écarte aucun moyen pour nous réduire au silence, quand il ne parvient pas à nous anéantir. Nous ne sommes pas disposées à répondre à l’agression par le sourire, à l’exploitation par la douce protestation, ni à la torture par l’oubli… Nous ne voulons pas être ces femmes douces, patientes. Nous sommes violentes44.

    Les féministes indépendantes réunies en 1984 à Leioa au sein du groupe de travail « Femme et violence » revendiquent également l’accès à tous les moyens d’autodéfense :

    Nous pensons qu’il n’y a pas de méthodes « pacifiques » et « violentes » entre lesquelles il faut choisir. Il n’y a que deux options : la résignation ou la lutte. Nous, nous optons pour la lutte armée contre le système patriarcal et capitaliste. Et dans cette lutte nous devons choisir à chaque moment quelle sera la méthode la plus adéquate en fonction de notre objectif […]. Nous revendiquons le droit et le besoin des femmes à être agressives et violentes face au mâle qui les annule, les exploite et les opprime45.

    Face à la violence première de l’État, le désarmement des femmes au nom d’une nature pacifiste est alors interprété comme un outil au service de la domination masculine (Dorlin, 2019).

    Conclusion

    25Les conflits internes qui se cristallisent autour de la question de la solidarité aux prisonnières politiques font émerger le mouvement féministe comme « espace de la cause des femmes » (Bereni, 2012) dans sa complexité, aux prises avec la difficulté de définir son sujet politique et ses méthodes d’action. Le principal point de dispute au long de la période étudiée tourne autour du lien entre lutte armée, violence politique et engagement féministe.

    26Les féministes participent aux mobilisations pour l’amnistie et les alimentent en revendiquant une amnistie intégrale qui englobe les délits qui criminalisent les femmes. À ce titre, elles en modifient largement les contours et permettent de questionner les catégories du droit et de la pratique pénale et pénitentiaire, y compris la catégorie de prisonnier·ère politique. En sortie de dictature franquiste, elles ciblent finalement en premier lieu les prisonnières sociales, incarcérées pour des « délits de femmes » et diluent les spécificités de la prison politique, qui ne bénéficie pas de la reproblématisation de la répression au prisme du genre qui est proposée par les militantes féministes. L’écart se creuse donc avec les militantes révolutionnaires, qui agissent au sein d’organisations mixtes et qui intègrent l’usage de la violence comme l’un des moyens de l’action politique, dans une forme de non-rencontre dont les effets se ressentent encore aujourd’hui.

    27Pourtant, les prisons gagneraient à être également considérées comme des espaces d’élaboration d’une pensée et d’une pratique féministe, de savoirs sur la violence, à laquelle participent les femmes incarcérées, notamment lorsque cette incarcération intervient dans une carrière militante déjà traversée par des théorisations et des engagements organisés. En effet, les prisons et les prisonnières ne sont pas seulement présentées comme les objets d’une solidarité en débat, dont les modalités se construisent à plusieurs échelles, y compris internationales : elles en sont également les sujets.

    Bibliographie

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    Russell Diana E. H. & Nicole Van de Ven [1976] 1990, Crimes Against Women: Proceedings of the International Tribunal, Berkeley, Russell Publications.

    Sanz-Gavillon Anne-Claire, 2016, « La violence de genre dans les rapports amoureux en Espagne et au Chili (1931-2004). Élaboration discursive d’un problème social et politique dans le contexte dictatorial et postdictatorial », Thèse de doctorat en études hispaniques et études de genre, sous la direction de Mercedes Yusta Rodrigo, Université Paris 8.

    Sweatman Jennifer L., 2014, The Risky Business of French Feminism: Publishing, Politics, and Artistry, Lanham, Lexington Books.

    Tabet Paola, 2018, Les Doigts coupés. Une anthropologie féministe, Paris, La Dispute.

    Notes de bas de page

    1 Pere Ríos, « Presas: la exclusión de las excluidas », El País, 15 juin 2003, https://elpais.com/diario/2003/06/15/domingo/1055649158_850215.html [consulté le 28 juin 2020].

    2 Cette revue féministe paraît dans les temps forts de la transition démocratique aux lendemains de la mort de Franco et jusqu’au clivage, structurant au sein du féminisme espagnol, autour du double militantisme, qui se déploie lors des Journées de la libération de la femme, tenues à Grenade en 1979. Cf. Jareño Gila (2019).

    3 Arxiu Nacional de Catalunya (ANC, Archives nationales de Catalogne), fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 1974. Descendante d’une famille de vaincu·e·s de la guerre civile, Lidia Falcón est un temps proche du Partido Comunista de España (PCE, Parti communiste espagnol). Elle est incarcérée à deux reprises, en 1972 puis en 1974-1975. Sa carrière professionnelle et militante est marquée par la permanence de son engagement pour un féminisme autonome et radical, basé sur une grille de lecture marxiste. Elle fonde le Partido Feminista de España (Parti féministe d’Espagne) en 1981.

    4 Le Mouvement national correspond à l’appareil d’État de la dictature, composée du mouvement de la Phalange (y compris sa section féminine), du syndicat vertical corporatiste, des membres de la fonction publique et des organisations d’encadrement.

    5 ANC, fonds Lidia Falcón, ANC1-928, 243, pochette 1360.

    6 Eva Forest est un temps compagne de route du PCE, alors que son mari est membre du Comité central. À la suite de leur arrestation, le couple Sastre-Forest rompt tout lien avec l’organisation. Eva Forest, psychiatre, est accusée de complicité à l’organisation de l’attentat de la rue del Correo puis de l’attentat contre Carrero Blanco quand les forces de police découvrent qu’elle est l’autrice de l’ouvrage et recueil de témoignages Opération Ogro. Comment et pourquoi nous avons exécuté Carrero Blanco, premier ministre espagnol, publié sous le pseudonyme de Julen Aguirre (1974a) aux éditions Mugalde et Ruedo ibérico (voir Agirre, 1974b pour la traduction française). Libérée en 1977 après trois ans de prison préventive sans jamais avoir été jugée, elle maintient ses engagements contre la torture et pour la libération nationale basque.

    7 Entretien avec Michèle Idels et Elisabeth Nicoli, Paris, 22 décembre 2015. L’ouvrage d’Eva Forest (1975) paraît sous le titre Journal et lettres de prison aux, Éditions des femmes.

    8 Lettre de Thérèse à Antoinette, Archives privées des Éditions des femmes.

    9 Entretien avec Roser, Barcelone, 22 février 2016. Toutes les traductions sont les miennes.

    10 « La libération des détenus politiques espagnols. Le long voyage d’Eva Forest », Libération, 8 juin 1977, p. 14.

    11 Gilberte, « Lutte des femmes et luttes antifascistes », La Lanterne noire, n° 2, décembre 1974-janvier 1975, p. 39-41.

    12 Cf. Archives privées des Éditions des femmes ; entretien avec Michèle Idels et Elisabeth Nicoli, Paris, 22 décembre 2015 et Sweatman (2014).

    13 Carole Roussopoulos & Ioana Wieder, 1975, La Marche des femmes à Hendaye, Vidéo Out/Les Muses s’amusent, France, 28 minutes ; Id., 1975, Manifestation à Hendaye, 5 octobre 1975, Vidéo Out/Les Muses s’amusent, 24 minutes. Ces documentaires, réalisés à partir des mêmes prises, sont consultables à la Bibliothèque nationale de France (BNF), NUMAV-661333.

    14 Cet ouvrage reprend les différentes prises de paroles. L’édition de 1990 est celle de Russell Publications, mais elle était précédée par une édition en 1976 aux Éditions des femmes.

    15 Il s’agit d’un tribunal populaire (ou tribunal d’opinion) organisé en 1966-1967 pour dénoncer la politique impérialiste états-unienne et notamment la guerre au Vietnam.

    16 Communiqué « L’amnistie pour la femme, un droit inaliénable ! », 16 octobre 1977, ANC, fonds Dolors Calvet, ANC1-813, 225.

    17 Tract « Llamamiento. Amnistía para la mujer », ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 368, 71.

    18 Voir les conclusions générales des journées citées dans Moreno Seco, 2005, p. 95-97.

    19 Combate nº 47, 15 mars 1976, p. 10.

    20 Entretien avec une ex-militante du MDM, Cahiers du féminisme, n° 2, février 1978, p. 36-40.

    21 Barcelona Libertaria, n° 1, 23 juillet 1977.

    22 « Une revendication de premier ordre : amnistie aussi pour les femmes », Jornadas de la mujer de Euskadi, 8-11 décembre 1977, Leioa, Centro de documentación (CD) Maite Albiz.

    23 ANC, fonds Dolors Calvet, ANC1-813, 243.

    24 « Amnistie totale sans exclusion, prisonnières et prisonnières dans la rue ! Pas une femme, pas un droit commun, pas une politique, pas un politique en prison ! », tract de la Coordination féministe de Barcelone du 25 février 1977, ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 368, 71.

    25 Communiqué, Grup Amnistia Total, décembre 1976, ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 26, 3, 6.

    26 La COPEL a été étudiée à travers ses sources militantes et une campagne d’histoire orale par l’historien Cesar Lorenzo Rubio (2013). Il n’a pas retrouvé trace de son implantation dans les prisons de femmes.

    27 ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 368, 71.

    28 Entretien vidéo avec Mario José Calvo, archivo de la Transición, Asociación por la memoria histórica del PTE, 30 juillet 2008: https://www.youtube.com/watch?v=-Dfg9I6zRRk [consulté le 21 juin 2020].

    29 Témoignage de Pilar Aymerich, 18 mai 2020.

    30 Ce terme vise à exprimer la distance avec le mouvement féministe, à la fois sociale, politique et géographique.

    31 Le club Vindicación feminista publie un communiqué pour dénoncer la condamnation, jugée faible, de José Montoya López à neuf ans de prison, pour le meurtre de l'adolescente Juana González, le 19 janvier 1984. Pour mériter le qualificatif de démocratie, est revendiquée une plus forte criminalisation des violences faites aux femmes. Voir ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 2379.

    32 Lettre depuis la prison de Topas, 30 mai 2019.

    33 « Mujer: si oyes a una mujer gritar, no la dejes sola », Combate, mars 1984, (Moreno Seco, 2005, p. 314-316).

    34 Interrogée par le journal de l’Association des familles et amis des prisonniers politiques d’Espagne (AFAPPE), 1985, encart « Llibertat detinguts! », p. 12, ANC, fonds PSAN, ANC1-278, 15, 74.

    35 « Documento histórico, Informe presas políticas de Yeserías. Año 1981 », Punto y Hora de Euskal Herria, nº 257, 12-19 mars 1982. Il s’agit de la publication d’une enquête menée par deux prisonnières auprès de leurs camarades de détention (44) en septembre 1981.

    36 ANC, fonds PSAN, ANC1-278, 62, 215.

    37 Brochure Socors catalá, n° avril-mai 1978, p. 2, ANC, fonds germans Serra, ANC1-102, 3, « Anarquisme ».

    38 Karmele Marchante Barrobes, « Carta abierta a Jimena Alonso », Diario Barcelona, Tribuna violeta, 1er novembre 1981.

    39 ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 437, 2414.

    40 « Solidarité du MLF avec les femmes du mouvement espagnol arrêtées à Madrid », Des femmes en mouvement, n° 63, 23-30 octobre 1981 ; « L’Espagne, une démocratie ? », Des femmes en mouvement, n° 64, 30 octobre-8 novembre 1981.

    41 ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, 929, 437, 2414. Je souligne.

    42 Ce procès est un conseil de guerre sommaire contre seize militant·e·s membres d’ETA qui se tient en décembre 1970. Il se caractérise par une intense mobilisation nationale et internationale en faveur de mesures de grâce et d’amnistie, du fait notamment de la lourdeur des peines prononcées (six peines de mort, de longues peines de prison). Les peines de mort sont finalement commuées.

    43 III Jornadas Feministas Independientes, 1982, Saint-Sébastien, CD Maite Albiz.

    44 Ibid..

    45 II Jornadas Feministas de Euskadi, 1984, Leioa, CD Maite Albiz. Le collectif Aizan!, fondé en 1981, défend également ce croisement entre féminisme et autodéfense.

    Auteur

    • Irène Gimenez

      Irène Gimenez est doctorante en histoire contemporaine, université Lyon 2, LARHRA (Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes).

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    Georges Chapouthier

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    Simondon, Panofsky, Lyotard

    Jean-Louis Déotte

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    La Théorie de la Régulation au fil du temps

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    1 Pere Ríos, « Presas: la exclusión de las excluidas », El País, 15 juin 2003, https://elpais.com/diario/2003/06/15/domingo/1055649158_850215.html [consulté le 28 juin 2020].

    2 Cette revue féministe paraît dans les temps forts de la transition démocratique aux lendemains de la mort de Franco et jusqu’au clivage, structurant au sein du féminisme espagnol, autour du double militantisme, qui se déploie lors des Journées de la libération de la femme, tenues à Grenade en 1979. Cf. Jareño Gila (2019).

    3 Arxiu Nacional de Catalunya (ANC, Archives nationales de Catalogne), fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 1974. Descendante d’une famille de vaincu·e·s de la guerre civile, Lidia Falcón est un temps proche du Partido Comunista de España (PCE, Parti communiste espagnol). Elle est incarcérée à deux reprises, en 1972 puis en 1974-1975. Sa carrière professionnelle et militante est marquée par la permanence de son engagement pour un féminisme autonome et radical, basé sur une grille de lecture marxiste. Elle fonde le Partido Feminista de España (Parti féministe d’Espagne) en 1981.

    4 Le Mouvement national correspond à l’appareil d’État de la dictature, composée du mouvement de la Phalange (y compris sa section féminine), du syndicat vertical corporatiste, des membres de la fonction publique et des organisations d’encadrement.

    5 ANC, fonds Lidia Falcón, ANC1-928, 243, pochette 1360.

    6 Eva Forest est un temps compagne de route du PCE, alors que son mari est membre du Comité central. À la suite de leur arrestation, le couple Sastre-Forest rompt tout lien avec l’organisation. Eva Forest, psychiatre, est accusée de complicité à l’organisation de l’attentat de la rue del Correo puis de l’attentat contre Carrero Blanco quand les forces de police découvrent qu’elle est l’autrice de l’ouvrage et recueil de témoignages Opération Ogro. Comment et pourquoi nous avons exécuté Carrero Blanco, premier ministre espagnol, publié sous le pseudonyme de Julen Aguirre (1974a) aux éditions Mugalde et Ruedo ibérico (voir Agirre, 1974b pour la traduction française). Libérée en 1977 après trois ans de prison préventive sans jamais avoir été jugée, elle maintient ses engagements contre la torture et pour la libération nationale basque.

    7 Entretien avec Michèle Idels et Elisabeth Nicoli, Paris, 22 décembre 2015. L’ouvrage d’Eva Forest (1975) paraît sous le titre Journal et lettres de prison aux, Éditions des femmes.

    8 Lettre de Thérèse à Antoinette, Archives privées des Éditions des femmes.

    9 Entretien avec Roser, Barcelone, 22 février 2016. Toutes les traductions sont les miennes.

    10 « La libération des détenus politiques espagnols. Le long voyage d’Eva Forest », Libération, 8 juin 1977, p. 14.

    11 Gilberte, « Lutte des femmes et luttes antifascistes », La Lanterne noire, n° 2, décembre 1974-janvier 1975, p. 39-41.

    12 Cf. Archives privées des Éditions des femmes ; entretien avec Michèle Idels et Elisabeth Nicoli, Paris, 22 décembre 2015 et Sweatman (2014).

    13 Carole Roussopoulos & Ioana Wieder, 1975, La Marche des femmes à Hendaye, Vidéo Out/Les Muses s’amusent, France, 28 minutes ; Id., 1975, Manifestation à Hendaye, 5 octobre 1975, Vidéo Out/Les Muses s’amusent, 24 minutes. Ces documentaires, réalisés à partir des mêmes prises, sont consultables à la Bibliothèque nationale de France (BNF), NUMAV-661333.

    14 Cet ouvrage reprend les différentes prises de paroles. L’édition de 1990 est celle de Russell Publications, mais elle était précédée par une édition en 1976 aux Éditions des femmes.

    15 Il s’agit d’un tribunal populaire (ou tribunal d’opinion) organisé en 1966-1967 pour dénoncer la politique impérialiste états-unienne et notamment la guerre au Vietnam.

    16 Communiqué « L’amnistie pour la femme, un droit inaliénable ! », 16 octobre 1977, ANC, fonds Dolors Calvet, ANC1-813, 225.

    17 Tract « Llamamiento. Amnistía para la mujer », ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 368, 71.

    18 Voir les conclusions générales des journées citées dans Moreno Seco, 2005, p. 95-97.

    19 Combate nº 47, 15 mars 1976, p. 10.

    20 Entretien avec une ex-militante du MDM, Cahiers du féminisme, n° 2, février 1978, p. 36-40.

    21 Barcelona Libertaria, n° 1, 23 juillet 1977.

    22 « Une revendication de premier ordre : amnistie aussi pour les femmes », Jornadas de la mujer de Euskadi, 8-11 décembre 1977, Leioa, Centro de documentación (CD) Maite Albiz.

    23 ANC, fonds Dolors Calvet, ANC1-813, 243.

    24 « Amnistie totale sans exclusion, prisonnières et prisonnières dans la rue ! Pas une femme, pas un droit commun, pas une politique, pas un politique en prison ! », tract de la Coordination féministe de Barcelone du 25 février 1977, ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 368, 71.

    25 Communiqué, Grup Amnistia Total, décembre 1976, ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 26, 3, 6.

    26 La COPEL a été étudiée à travers ses sources militantes et une campagne d’histoire orale par l’historien Cesar Lorenzo Rubio (2013). Il n’a pas retrouvé trace de son implantation dans les prisons de femmes.

    27 ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 368, 71.

    28 Entretien vidéo avec Mario José Calvo, archivo de la Transición, Asociación por la memoria histórica del PTE, 30 juillet 2008: https://www.youtube.com/watch?v=-Dfg9I6zRRk [consulté le 21 juin 2020].

    29 Témoignage de Pilar Aymerich, 18 mai 2020.

    30 Ce terme vise à exprimer la distance avec le mouvement féministe, à la fois sociale, politique et géographique.

    31 Le club Vindicación feminista publie un communiqué pour dénoncer la condamnation, jugée faible, de José Montoya López à neuf ans de prison, pour le meurtre de l'adolescente Juana González, le 19 janvier 1984. Pour mériter le qualificatif de démocratie, est revendiquée une plus forte criminalisation des violences faites aux femmes. Voir ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 2379.

    32 Lettre depuis la prison de Topas, 30 mai 2019.

    33 « Mujer: si oyes a una mujer gritar, no la dejes sola », Combate, mars 1984, (Moreno Seco, 2005, p. 314-316).

    34 Interrogée par le journal de l’Association des familles et amis des prisonniers politiques d’Espagne (AFAPPE), 1985, encart « Llibertat detinguts! », p. 12, ANC, fonds PSAN, ANC1-278, 15, 74.

    35 « Documento histórico, Informe presas políticas de Yeserías. Año 1981 », Punto y Hora de Euskal Herria, nº 257, 12-19 mars 1982. Il s’agit de la publication d’une enquête menée par deux prisonnières auprès de leurs camarades de détention (44) en septembre 1981.

    36 ANC, fonds PSAN, ANC1-278, 62, 215.

    37 Brochure Socors catalá, n° avril-mai 1978, p. 2, ANC, fonds germans Serra, ANC1-102, 3, « Anarquisme ».

    38 Karmele Marchante Barrobes, « Carta abierta a Jimena Alonso », Diario Barcelona, Tribuna violeta, 1er novembre 1981.

    39 ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, ANC1-929, 437, 2414.

    40 « Solidarité du MLF avec les femmes du mouvement espagnol arrêtées à Madrid », Des femmes en mouvement, n° 63, 23-30 octobre 1981 ; « L’Espagne, une démocratie ? », Des femmes en mouvement, n° 64, 30 octobre-8 novembre 1981.

    41 ANC, fonds Parti féministe d’Espagne, 929, 437, 2414. Je souligne.

    42 Ce procès est un conseil de guerre sommaire contre seize militant·e·s membres d’ETA qui se tient en décembre 1970. Il se caractérise par une intense mobilisation nationale et internationale en faveur de mesures de grâce et d’amnistie, du fait notamment de la lourdeur des peines prononcées (six peines de mort, de longues peines de prison). Les peines de mort sont finalement commuées.

    43 III Jornadas Feministas Independientes, 1982, Saint-Sébastien, CD Maite Albiz.

    44 Ibid..

    45 II Jornadas Feministas de Euskadi, 1984, Leioa, CD Maite Albiz. Le collectif Aizan!, fondé en 1981, défend également ce croisement entre féminisme et autodéfense.

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    Ce livre est cité par

    • Bombardier, Mati. (2025) Enquêter le genre en prison. La non-binarité comme ressource épistémologique. Champ pénal, 35. DOI: 10.4000/15bnw
    • (2026) Faire face aux violences sexistes et sexuelles. DOI: 10.3917/puv.hamid.2026.01.0406
    • « Nous sommes tous des meneurs » : enquête sur la radio "Parloir libre", révoltes carcérales sur les ondes (1983-1992). DOI: 10.70675/75625d70zf09cz491cz9c83zfe6255a99458

    Ce chapitre est cité par

    • Moreno Seco, Mónica. (2024) Españolas y europeas en las redes transnacionales de solidaridad antifranquista (1960-1977). Ayer. Revista de Historia Contemporánea, 136. DOI: 10.55509/ayer/1471

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    Gimenez, I. (2022). Les prisonnières politiques ne sont-elles pas des femmes ?. In N. Chetcuti-Osorovitz & S. Sanos (éds.), Le genre carcéral. La Plaine-Saint-Denis: Éditions des maisons des sciences de l’homme associées. https://doi.org/10.4000/books.emsha.1491
    Gimenez, Irène. « Les prisonnières politiques ne sont-elles pas des femmes ? ». In Le genre carcéral, édité par Natacha Chetcuti-Osorovitz et Sandrine Sanos. La Plaine-Saint-Denis: Éditions des maisons des sciences de l’homme associées, 2022. doi:10.4000/books.emsha.1491.
    Gimenez, Irène. « Les prisonnières politiques ne sont-elles pas des femmes ? ». Le genre carcéral, édité par Natacha Chetcuti-Osorovitz et Sandrine Sanos, Éditions des maisons des sciences de l’homme associées, 2022, https://doi.org/10.4000/books.emsha.1491.

    Référence numérique du livre

    Format

    Chetcuti-Osorovitz, N., & Sanos, S. (éds.). (2022). Le genre carcéral. La Plaine-Saint-Denis: Éditions des maisons des sciences de l’homme associées. https://doi.org/10.4000/books.emsha.1444
    Chetcuti-Osorovitz, Natacha, et Sandrine Sanos, éd. Le genre carcéral. La Plaine-Saint-Denis: Éditions des maisons des sciences de l’homme associées, 2022. doi:10.4000/books.emsha.1444.
    Chetcuti-Osorovitz, Natacha, et Sandrine Sanos, éditeurs. Le genre carcéral. Éditions des maisons des sciences de l’homme associées, 2022, https://doi.org/10.4000/books.emsha.1444.
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