Églises et espaces funéraires ruraux du premier Moyen Âge en Gaule
Rythmes d’une transition vers le cimetière ecclésial chrétien
p. 261-287
Résumés
Durant le premier Moyen Âge, on observe une lente et progressive polarisation des sépultures autour des églises dans les campagnes des Gaules. C’est cette longue transition entre les espaces funéraires dits « de plein champ » et le cimetière ecclésial qui est examinée ici en prenant en compte les sources écrites et archéologiques. Si un schéma évolutif a été proposé dans les années 1980, les recherches récentes permettent de le nuancer et d’en discuter les rythmes. À une première phase créative et riche en fondations ecclésiastiques entre la fin du IVe et le VIe siècle succède une période de seuil (VIIe et VIIIe siècles), au cours de laquelle l’association église-cimetière devient un habitus. Les clercs de l’époque carolingienne élaborent ensuite un cadre normatif visant à faire du cimetière ecclésial un espace sacré dont la traduction matérielle n’apparaît qu’au XIe siècle.
During the early Middle Ages, there was a slow and progressive polarisation of burials around churches in the Gaulish countryside. It is this long transition between the so-called “open field” burial spaces and the church cemetery that is examined here, taking into account written and archaeological sources. If an evolutionary scheme was proposed in the 1980s, recent research allows us to qualify it and to discuss its rhythms. Initial creative phase rich in ecclesiastical foundations between the end of the 4th and 6th centuries was followed by a threshold period (7th and 8th centuries) during which the church-cemetery association became a habitus. The clerics of the Carolingian period then developed a normative framework aimed at making the ecclesiastical cemetery a sacred space, the material translation of which did not appear until the 11th century.
Entrées d’index
Mots-clés : cimetière, église, milieu rural, premier Moyen Âge, fondateurs, polarisation
Keywords : cemetery, church, countryside, early Middle Ages, founders, polarisation
Texte intégral
1À la fin du XIe siècle, la « polarisation » du cimetière autour de l’église peut être considérée comme un marqueur fréquent des campagnes médiévales1. Cette association entre le lieu de culte et l’espace des morts fut étroite et durable puisqu’elle persista pendant toute l’époque moderne, voire jusqu’à nos jours dans certains villages, peu touchés par les changements de l’ère industrielle. Ce phénomène résultait toutefois d’un long processus dont la genèse remonte au début du premier Moyen Âge, dont la compréhension a fait l’objet d’une abondante historiographie, essentiellement centrée autour de la christianisation et de la mise en place des paroisses. En effet, à cet ensemble église-cimetière a longtemps été opposée la « nécropole de plein champ » du haut Moyen Âge, dont les caractéristiques étaient d’être organisées en rangées et dépourvues de la présence d’un lieu de culte2. Si cette opposition doit aujourd’hui être largement nuancée, elle présente l’avantage d’offrir des repères nécessaires pour aborder le phénomène de transition qui nous concerne ici3. En effet, une transition pourrait d’abord se définir comme « un entre-deux qui permet de penser les continuités et les discontinuités, de passer d’une période à une autre » mais dont les marqueurs doivent être posés préalablement4. Autrement dit, au risque de figer une image peu nuancée, il s’agira de réfléchir sur les rythmes du passage entre la « nécropole du haut Moyen Âge » et le « cimetière polarisé autour de l’église » du Moyen Âge central5. Ce phénomène sera surtout examiné à l’échelle de l’espace plus qu’à celle des pratiques funéraires, même si les liens entre les deux sont indéniables, notamment en ce qui concerne le « recrutement » des cimetières et leur organisation suivant des critères spécifiques (liens de parenté, âge, genre, etc.). Nous avons également choisi de centrer notre propos sur le monde rural au sein duquel les rythmes de cette transition sont sensiblement différents du milieu urbain, davantage marqué par l’interdit de la loi des XII tables pendant le haut Moyen Âge. En revanche, il est indéniable que le modèle des premières basiliques suburbaines a joué un rôle essentiel dans la diffusion de l’association étroite entre église, cimetière et corps saints dans les campagnes.
2La perception de ces rythmes dépend de la nature des sources examinées : la temporalité fournie par les sources écrites est différente de celle appréhendée à travers les vestiges archéologiques, témoins de la réception de ces discours6. On soulignera d’emblée que la connaissance de la réalité archéologique est inégale suivant les régions françaises. Depuis une vingtaine d’années, les opérations archéologiques – en préventif comme en programmé – se sont multipliées mais demeurent encore insuffisantes pour formuler des conclusions définitives. Elles ont amélioré notre connaissance des sites du très haut Moyen Âge alors que les fouilles exhaustives de cimetières ecclésiaux pour les XIe-XIIe siècles se sont faites plus rares. De plus, la conservation en élévation des églises du XIe siècle a induit le développement des études d’archéologie du bâti au détriment de celles des cimetières.
3La transition examinée ici ne fut pas radicale – à l’inverse d’autres, davantage marquées par des moments de crises aiguës – mais progressive et s’étendit sur le temps long, soit environ sept siècles, du Ve au XIe siècle. Elle procéda de la lente mise en place de nouvelles pratiques jusqu’à ce que celles-ci, adoptées en majorité, devinssent à leur tour des traditions. Nous avons choisi de tenter de mettre en évidence de grandes tendances, des moments de seuil ou de basculement, des temporalités qui demeurent des hypothèses au regard de la documentation disponible. Avant cela, nous aborderons l’historiographie de la question qui a façonné de manière durable notre manière d’envisager le processus ; il sera ensuite possible d’y apporter des nuances à l’aune des recherches récentes.
I. Les rythmes de l’historiographie
4Les recherches sur les espaces funéraires du Moyen Âge ont surtout émergé en France dans les années 1970, autour des travaux de Philippe Ariès, préoccupé par la compréhension de l’évolution du rapport entre les morts et les vivants sur la longue durée, de la fin de l’Antiquité à l’époque contemporaine7. Son paradigme de la « mort apprivoisée » a sous-tendu les premières conclusions sur l’évolution de la topographie funéraire urbaine médiévale dont il propose un schéma directeur, allant d’une séparation entre les morts et les vivants pendant l’Antiquité jusqu’à « l’entrée des morts » dans la cité autour du XIe siècle. Le monde rural a moins retenu son attention et il laissa le soin de s’atteler à cette tâche à Patrick Périn qui en publia une synthèse en 1987 dont les positions reflètent le consensus d’alors autour de ces questions8.
5Ces travaux pionniers constituent un terreau fertile pour l’archéologie médiévale naissante dont les travaux des années 1980-1990 vont majoritairement s’orienter autour de la compréhension des espaces funéraires mais aussi de l’environnement des églises. D’une part, l’archéologie des premiers temps chrétiens se renouvelle en privilégiant l’examen des relations spatiales entre les églises et les sépultures en lien étroit avec le développement du culte des saints et des reliques9 ; d’autre part, les archéologues médiévistes orientent leurs investigations sur le rôle des églises dans l’organisation du peuplement et donc sur la place des morts dans le voisinage des lieux de culte10. Une trame sur l’évolution des espaces funéraires se concrétise et sert de cadre de pensée pour les années à venir. Ainsi, dans le monde rural, on serait passé d’un semis de nécropoles isolées, c’est-à-dire sans relation avec un habitat ou un lieu de culte, organisées « en rangées » ou « en plein champ », à un regroupement du cimetière autour de l’église au tournant du viiie siècle, soit au début de l’époque carolingienne. Cette réorganisation aurait été marquée par un changement de lieu, une modification sensible de la topographie de la nécropole, sous l’effet de la christianisation11. Au tournant des années 1990, le cimetière médiéval devient un objet d’étude à part entière et la compréhension de la genèse du cimetière chrétien trouve ici un premier aboutissement12. Globalement, les VIIe-VIIIe siècles apparaissent comme la période de transition par excellence marquant l’abandon des « nécropoles de plein champ » pour adopter le cimetière ecclésial, en lien étroit avec la mise en place du réseau paroissial13.
6Par ailleurs, d’autres travaux abordent le cadre juridique et liturgique du cimetière, offrant de premiers jalons vers sa perception en tant qu’espace sacré14. Au tournant des années 2000, les synthèses de Cécile Treffort et de Michel Lauwers s’accordent à fixer une image aboutie du cimetière chrétien aux XIe-XIIe siècles, en tant qu’espace sacralisé et polarisé autour de l’église15. À la même période, l’origine de la paroisse médiévale est fortement débattue16. Le concept d’inecclesiamento, proposé par M. Lauwers dans les mêmes années, montre combien l’église et son cimetière apparaissent comme des éléments structurants d’une nouvelle organisation sociale perceptible au cours du XIe siècle17.
7Le dynamisme de ces recherches invite alors les archéologues à revenir sur la question de la genèse des églises en orientant leurs réflexions sur la diversité des fondateurs18. Les dix années suivantes sont marquées par la multiplication des fouilles préventives et programmées ainsi que par la mise en place de programmes d’envergure sur la connaissance des églises de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge19. Par ailleurs, les nouvelles méthodes d’approche des espaces funéraires, à travers l’archéothanatologie, en renouvellent la lecture, même si elles sont davantage centrées sur la compréhension des pratiques funéraires20. L’ensemble de ces travaux aboutissent à une relecture partielle du schéma mis en place à la fin des années 1980 faisant apparaître davantage la pluralité des acteurs dans la fondation des églises et une image plus nuancée de l’organisation du cimetière rural21.
Figure 1. Églises avec cimetières ruraux mentionnés dans le texte (DAO : I. Cartron).

1. La Chapelle, Jau-Dignac-et-Loirac ; 2. Montréal, Séviac ; 3. L’Isle-Jourdain, La Gravette ; 4. Loupian, Sainte-Cécile ; 5. Argelliers, Roc de Pampelune ; 6. Roujan, quartier Saint-Jean ; 7. Lunel-Viel ; 8. Saint-Martin-de-Castries ; 9. Saint-Sébastien-de-Maroiol ; 10. Monastère du Troclar ; 11. Vilarnau ; 12. La Celle, Sainte-Marie de La Gayole ; 13. Lérins, Saint-Sauveur ; 14. Brioude, basilique et baptistère ; 15. Molles, La Couronne ; 16. Civaux ; 17. Pouthumé ; 18. Rigny ; 19. Sainte-Catherine-de-Fierbois ; 20. Landevennec ; 21. Mondeville ; 22. Bondeville ; 23. Tournedos-sur-Seine, Portejoie ; 24. Boscherville, Saint-Georges ; 25. Romilly-sur-Andelle ; 26. Saleux ; 27. Hordain ; 28. Hamage ; 29. Nivelles, Sainte-Gertrude (Belgique) ; 30. Serris, Les Ruelles ; 31. Chelles ; 32. Luxeuil ; 33. Château-sur-Salins ; 34. Saint-Amé ; 35. Mont-Châtel ; 36. Vandœuvres (Suisse) ; 37. Aoste (Isère) ; 38. Agaune, Saint-Maurice (Suisse).
Tableau 1. Chronologie indicative des sites mentionnés dans le texte (hors monastères).
| Site (église et cimetière) | 400-450 | 450-500 | 500-550 | 550-600 | 600-650 | 650-700 | 700-750 | 750-800 | 800-850 | 850-900 | 900-950 | 950-1000 | 1000-1050 | 1050-1100 |
| 1. La Chapelle, Jau-Dignac-et-Loirac | ||||||||||||||
| 2. Montréal, Séviac | ||||||||||||||
| 3. L’Isle-Jourdain, La Gravette | ||||||||||||||
| 4. Loupian, Sainte-Cécile | ||||||||||||||
| 5. Argelliers, Roc de Pampelune | ||||||||||||||
| 6. Roujan, quartier Saint-Jean | ||||||||||||||
| 8. Saint-Martin-de-Castries | ||||||||||||||
| 9. Saint-Sébastien-de-Maroiol | ||||||||||||||
| 11. Vilarnau | ||||||||||||||
| 15. Molles, La Couronne | ||||||||||||||
| 16. Civaux | ||||||||||||||
| 17. Pouthumé | ||||||||||||||
| 18. Rigny | ||||||||||||||
| 19. Sainte-Catherine-de-Fierbois | ||||||||||||||
| 21. Mondeville | ||||||||||||||
| 22. Bondeville | ||||||||||||||
| 23. Tournedos-sur-Seine, Portejoie | ||||||||||||||
| 26. Saleux | ||||||||||||||
| 27. Hordain | ||||||||||||||
| 30. Serris, Les Ruelles | ||||||||||||||
| 36. Vandœuvres (Suisse) | ||||||||||||||
| 37. Aoste (Isère) | ? | ? | ? |
Gris clair : présence d’une église et/ou occupation funéraire ; gris foncé : présence de sépultures antérieures à l’église. La chronologie est surtout indicative de l’ampleur de l’occupation du site. Le tableau n’indique pas les reconstructions des églises.
II. Le temps « de tous les possibles » : les premières fondations (fin IVe-VIe siècle)
8Dans ce lent processus, il nous semble pouvoir distinguer un premier temps – de la fin du IVe à la fin du VIe siècle –, celui de la mise en place d’un premier réseau d’églises dans les campagnes, dont les fondateurs et les fonctions sont manifestement variés. Ce temps a pour point de départ l’adoption de la religion chrétienne par l’Empire romain et les élites des Gaules à la fin du IVe siècle, amorçant la construction des premiers lieux de culte chrétiens et la transformation des espaces funéraires. Le christianisme a influencé peu à peu les comportements sociaux dont l’une des expressions les plus marquantes fut sans doute le culte des saints, qualifiés par Peter Brown de « morts très spéciaux22 ». En effet, la fondation d’une église et le choix de l’emplacement d’une tombe constituent des expressions évidentes de cette appartenance au christianisme. Les basiliques ad sanctos montrent combien la relation qui s’établit entre célébration du culte des saints, construction d’un lieu de culte puis attraction des inhumations des chrétiens fut un processus puissant. Ces nouveaux pôles se mirent surtout en place dans le suburbium des villes, à l’instar de la basilique de Malaval à Marseille ou de celle de Saint-Just à Lyon, même si quelques fondations rurales existaient comme la basilique de la statio militaire d’Agaune, érigée autour des tombes de saint Maurice et de ses compagnons23. Il est difficile de mesurer l’impact de ces grands complexes sur le monde rural mais, indéniablement, ils ont dû jouer un rôle essentiel dans l’association entre espace funéraire et église. En même temps, c’est une période où l’appartenance au christianisme s’affichait à l’échelle de la tombe, qu’il s’agît de la présence de motifs chrétiens, comme le chrisme gravé sur le sarcophage en plomb du mausolée d’Anché en Poitou, ou de formules figurant dans les inscriptions funéraires24. Ces marqueurs semblent ensuite avoir disparu au moment où le christianisme est devenu dominant25.
9Jusqu’à la fin du VIe siècle, la topographie des espaces funéraires ruraux était encore largement marquée par les héritages des périodes antérieures. Dans les agglomérations secondaires, à l’instar des chefs-lieux de cités, les espaces funéraires étaient situés extra muros lorsqu’une enceinte était présente ou du moins à distance des espaces habités26. C’est au cœur de ces nécropoles que de premières églises furent édifiées comme à Agaune ou à Luxeuil27.
10Ailleurs, dans les campagnes, il est parfois délicat de saisir les liens entre l’espace habité et l’espace funéraire d’où l’appellation de « nécropoles de plein champ », forgée au XIXe siècle28. Ces nécropoles isolées, présentes sur l’ensemble du territoire, étaient dépourvues d’églises29. Elles s’organisaient vraisemblablement en fonction de groupes familiaux ou du statut social des défunts30. Par ailleurs, de nouveaux espaces funéraires, parfois en petits groupes, furent aménagés dans les ruines d’édifices antiques parfois utilisés comme enclos ; ces installations résultaient à la fois d’un certain opportunisme et de l’intention de s’inscrire dans la mémoire d’un lieu31. D’autres tombes, plus privilégiées, étaient installées sur ou à proximité de grands domaines aristocratiques, comme sur le site de la Tuilerie à Saint-Dizier32.
11C’est dans ce contexte très multiforme que les premières églises furent fondées en Gaule à l’initiative d’acteurs différents. Si l’historiographie a longtemps accordé une place importante à la mission épiscopale, l’espace du diocèse étant alors perçu comme un ensemble à christianiser, les travaux plus récents tendent, cependant, à montrer que les initiatives ont été variées, les élites aristocratiques ayant joué un rôle non négligeable dans ce processus. L. Pietri a inventorié une trentaine de mentions d’églises élevées in agro proprio en Gaule, entre la fin du IVe siècle et le début du VIIe siècle33. Du point de vue de l’archéologie, cette diversité des fondations se ressent pleinement, en dépit des disparités régionales et de l’identification claire des fonctions des églises. Dans un essai publié en 2014, L. Schneider a tenté une première catégorisation de ces églises que les découvertes récentes sont venues enrichir34. En l’absence de textes, la détermination de la fonction de l’église et de ses fondateurs reste donc très délicate, d’autant que l’on sait qu’une église familiale pouvait aussi servir d’espace d’inhumation aux communautés environnantes35.
12Une première remarque s’impose. S’il exista quelques églises dénuées de fonction funéraire, la tendance était inverse : l’association étroite des premières fondations avec des inhumations était majoritaire36. La répartition et le nombre des inhumations sont variables, mais fréquemment un faible nombre de tombes sont rassemblées à l’intérieur des églises. C’est le cas pour plusieurs églises ayant eu une fonction baptismale. Ainsi, sur le site de hauteur du Roc de Pampelune dans l’arrière-pays de Montpellier, quelques sépultures sont associées à l’église, et une seule se trouve à l’extérieur, le long du mur nord37. Dans un contexte semblable, les premières inhumations liées à l’église du site de La Couronne à Molles, en Auvergne, sont situées dans la nef et concernent un faible nombre d’individus38. À L’Isle-Joudain, sur le site de La Gravette, c’est une grande église du début du ve siècle qui abrite une vingtaine de tombes et qui jouxte une seconde église baptismale39. Le recrutement des individus inhumés sur ces sites demeure difficile à cerner. Grâce à quelques sources textuelles, on sait que certains aristocrates se faisaient alors inhumer dans des églises édifiées sur leurs domaines, à l’instar de Sulpice Sévère sur son domaine de Primiliacum en Aquitaine, dont l’oratoire (domestica ecclesia) accueillit la tombe de Clarus, un disciple de Martin de Tours40. C’est aussi le cas de la basilique dédiée à saint Martin construite par deux potentes, Basilius et son épouse Baudegundis, dans laquelle ils furent inhumés41. En Gaule, l’édification de ces églises familiales faisait l’objet d’un certain contrôle de la part de l’épiscopat à partir du VIe siècle, mais celui-ci concernait surtout la pastorale et les rituels ; à l’inverse de l’Italie, l’inhumation n’y était pas interdite42. Pour cette période (Ve-VIe siècles), les cas documentés par l’archéologie demeurent néanmoins rares43.
13Au regard des découvertes actuelles, on constate donc, pendant les premiers siècles, une grande diversité des espaces funéraires. Il est impossible d’estimer le nombre des églises fondées mais l’impression est celle de la progressive mise en place d’un semis d’églises dans les campagnes, dues à l’initiative de fondateurs divers, issus des élites ecclésiastiques et laïques. Ces églises, mieux connues et peut-être plus fréquentes dans les régions méridionales, sont presque toujours associées à des inhumations qui forment des ensembles de tombes peu denses, souvent placées à l’intérieur des édifices.
III. L’église associée à l’espace funéraire : un seuil atteint aux VIIe-VIIIe siècles ?
14Le mouvement initié durant l’Antiquité tardive prit une certaine ampleur à l’aube du VIIe siècle. De nouvelles découvertes archéologiques et l’amélioration des méthodes de datation permettent de constater la multiplication des constructions de petites églises associées à des espaces funéraires au VIIe siècle en milieu rural. Ces édifices étaient tous, sauf exception, de dimensions modestes, avec une surface interne comprise entre 25 et 70 m2 en moyenne. Ils ne comportaient qu’une seule nef, généralement peu structurée et parfois de plan irrégulier. Les variantes les plus importantes concernaient la forme des chevets, semi-circulaires ou rectangulaires, et généralement uniques. Dans certains cas, ces églises résultaient de la transformation d’un mausolée antique auquel une abside a pu être ajoutée ultérieurement44. Enfin, dans les régions septentrionales, elles étaient souvent construites en bois45. La modestie de ces plans ne signifie pas pour autant que les églises n’étaient pas soignées puisque l’on y restitue parfois des vitrages et des enduits intérieurs46.
15Parmi les fondateurs de ces églises, les groupes aristocratiques semblent se distinguer particulièrement. En effet, ceux-ci édifiaient églises et monastères associés à un petit espace funéraire, a priori fondés sur leurs domaines. Si dans d’autres pays européens l’identification de ce type d’édifice a abouti à la constitution d’un corpus, parfois relativement important, en France, les églises « familiales » demeurent rares, sans doute parce que cette problématique n’a pas beaucoup retenu l’attention des chercheurs. L’hypothèse a été formulée pour l’église d’Hordain dans le Nord et pour quelques sites de la Belgique actuelle ; il faudrait revoir dans ce sens ceux de Saint-Georges de Boscherville, en Normandie, et de La Gayole, en Provence, par exemple47. Cette interprétation a aussi été avancée pour les petits ensembles funéraires retrouvés dans les églises du site de La Couronne à Molles, à Aoste, dans l’Isère, ou encore à Bondeville en Normandie48. Sur le site de La Chapelle à Jau-Dignac-et-Loirac, sur les rives de l’estuaire en Gironde, une petite église fut édifiée au tout début du VIIe siècle sur les ruines d’un ancien temple antique. L’étude du gisement funéraire a montré qu’il s’agissait d’un groupe familial distinguant un groupe de privilégiés inhumés à l’intérieur de l’église alors que d’autres furent enterrés à ses abords49. Les élites ne formant pas une catégorie sociale homogène, une certaine variabilité est perceptible dans leurs fondations. L’ensemble de Pouthumé dans la Vienne, comprenant une résidence et un espace funéraire adjacent, attribués aux VIIe-VIIIe siècles, l’atteste sans doute50. Ces petites églises associées au domaine rural apparaissent peu dans les textes à l’inverse des fondations monastiques qui constituaient un choix privilégié de la part de l’aristocratie au VIIe siècle. Les initiatives de la royauté mérovingienne ont d’ailleurs pu jouer un rôle non négligeable et incitatif. Pour mémoire, on peut citer ici les fondations de la reine Bathilde, qui termina sa vie au monastère de Chelles qu’elle avait fondé sur ses propres terres51. Le contexte de fondation du monastère de Nivelles, par Itte, la mère de Gertrude, est également bien connu et montre l’implication des membres de la famille des Pippinides dans ce mouvement52. Plus au sud, le monastère du Troclar édifié par sainte Ségolène atteste de l’étendue du phénomène53. Dans les massifs jurassien et vosgien, plusieurs établissements monastiques pourraient correspondre à ce mouvement, comme les sites de Château-sur-Salins, du Mont-Châtel ou encore le monastère de Saint-Amé54. La création d’un monastère sur ses propres terres fondait en quelque sorte religieusement le pouvoir des familles aristocratiques. Cela participait pleinement à leur enracinement territorial et à l’entretien de leur memoria puisque ces fondations servaient aussi d’espaces funéraires pour les membres de la famille55. Ce mouvement s’inscrit dans une période d’affirmation du pouvoir des familles aristocratiques à un moment où la royauté mérovingienne était affaiblie. L’église et son cimetière apparaissaient alors comme des repères bien intégrés par les membres de l’aristocratie pour valoriser leur ancrage territorial et la mémoire de leur groupe.
16À la même période, d’autres églises furent édifiées à proximité d’habitats ruraux, parfois au cœur d’anciennes nécropoles. Ce phénomène est surtout perceptible dans la moitié septentrionale de la France, mais peut-être s’agit-il d’un biais engendré par un plus grand nombre d’opérations archéologiques réalisées dans ces régions. À Saleux, dans la Somme, une petite église en bois fut ainsi édifiée au début du VIIIe siècle, remplaçant un petit édicule abritant un sarcophage, et modifiant sensiblement l’orientation des tombes qui se sont regroupées autour56. À Serris, dans le deuxième tiers du VIIe siècle, deux bâtiments rectangulaires (l’un en bois, l’autre en pierre) servaient de repères au sein de l’espace funéraire communautaire57. On citera ici encore les églises de Mondeville, de Tournedos, peut-être de Romilly-sur-Andelle en Normandie58. À Sainte-Catherine-de-Fierbois, dans l’Indre-et-Loire, une église sur poteaux de bois fut construite au début du VIIIe siècle, associée à une centaine de sépultures59. La proximité immédiate des habitats résout ici la question du recrutement des populations inhumées, issues des communautés rurales. Reste à savoir si ces mêmes communautés sont à l’origine de la construction des églises ou si celle-ci résulte de l’initiative de pouvoirs encadrants (aristocratie ou clergé). La première hypothèse témoignerait du fait que l’association église/espace funéraire était alors en passe de devenir un habitus, une pratique adoptée et fréquente, les fondations aristocratiques et monastiques ayant pu servir de références. On notera d’ailleurs que c’est en milieu monastique que fut écrit l’un des premiers textes insistant sur le caractère communautaire du cimetière60. Un pas semble donc avoir été franchi pendant cette phase des VIIe-VIIIe siècles avec des fondations relativement spontanées. Si l’on définit le seuil comme « le lieu transitoire d’un mouvement de transition », comme un moment de « consentement à la différence, ni dedans, ni dehors mais à un point de rencontre », alors les VIIe-VIIIe siècles pourraient y correspondre61.
IV. L’élaboration du cadre normatif clérical et la lente émergence du cimetière ecclésial (IXe-Xe siècles)
17À partir de la fin du VIIIe siècle et au cours du IXe siècle, le nouvel ordre carolingien suscita la mise en place d’un cadre législatif visant à contrôler et encadrer ces multiples fondations d’églises associées aux espaces funéraires62. En même temps que s’installait le dominium des évêques sur les lieux de culte, les moines prenaient en main la célébration des morts par la prière et la multiplication des messes commémoratives, ce qui eut pour effet de déplacer les célébrations de la tombe à l’église63. Il fallut toutefois attendre le xe siècle pour que l’espace sacré du cimetière autour de l’église se structurât d’un point de vue idéel et que cela apparût dans l’écrit. Cette mise en place d’un cadre législatif est à mettre en regard des découvertes archéologiques, plus délicates à interpréter que pour le très haut Moyen Âge, faute de datations suffisamment précises. On distingue cependant des tendances : une réorganisation des inhumations dans et autour de l’église, une continuité d’occupation des sites antérieurs jusqu’au Xe ou au début du siècle suivant, l’existence de groupes de sépultures dites « isolées », c’est-à-dire sans relation avec une église.
18Comme l’a souligné Cécile Treffort, il semble que les clercs carolingiens aient d’abord cherché à limiter le nombre des inhumations à l’intérieur des églises dont l’espace faisait alors davantage l’objet d’un rituel de consécration64. Si cette interdiction fut déjà évoquée dans la seconde moitié du VIe siècle65, c’est surtout à partir du IXe siècle que le discours se systématisa. Vers 813, Théodulphe d’Orléans s’insurgeait dans son capitulaire épiscopal contre « l’antique coutume d’ensevelir les morts dans l’église », afin de préserver « la révérence de l’église »66. Ces prescriptions se retrouvent dans de nombreux actes conciliaires qui établissaient aussi une certaine hiérarchie entre les morts : les membres du clergé et les « bons et fidèles laïcs » pouvaient être inhumés dans l’église, alors que le reste de la population trouvait place dans le cimetière environnant67. Ces mesures paraissent en accord avec la présence de tombes privilégiant l’intérieur des églises pendant la période précédente ; dans le cas des églises familiales, cette répartition est même majoritaire. S’il semble s’être établi progressivement une hiérarchisation des espaces, l’interdiction d’inhumer à l’intérieur des églises est rarement constatée (une exception à Vilarnau) et paraît surtout avoir été respectée en milieu monastique. À Hamage, dans le Nord, la reconstruction de l’église au IXe siècle s’accompagna d’une forte réduction des inhumations en son sein mais aussi du déplacement intentionnel des tombes de la période précédente68. À Landevennec, en Bretagne, on ne trouve plus aucune sépulture dans l’église dès le VIIIe siècle69.
19En reprenant en main le contrôle de l’espace de l’église via les rituels de consécration, les clercs définissaient peu à peu l’église comme un bien commun que tous les chrétiens étaient amenés à fréquenter régulièrement70. Les clercs cherchaient alors à encadrer le service des églises plus que l’espace du cimetière dont la désignation restait encore floue71. S’amorcèrent alors des débats visant à récupérer le dominium sur les églises détenues par des laïcs, récupération dont Jonas d’Orléans et Agobard de Lyon se firent les défenseurs, relayés ensuite par les conciles du milieu du IXe siècle72. À la fin des années 850, le traité écrit par Hincmar de Reims sur les églises et les chapelles le confirma largement73. Il s’agissait surtout de structurer et d’organiser un réseau d’églises qui avait jusqu’alors échappé en partie au contrôle du clergé ; Hincmar recommandait d’ailleurs davantage la restauratio des édifices que leur destruction ou leur déplacement. Si l’on ne peut pas encore parler de la mise en place d’un réseau d’églises paroissiales, on assiste cependant à la consolidation d’un « semis de lieux polarisant l’organisation sociale74 ».
20Du point de vue funéraire, les textes évoquent la nécessité que chacun puisse trouver à proximité de son lieu d’habitat un espace chrétien d’inhumation. Hincmar le décrit comme un « circuit » (circuitus) qui devait être clôturé et pourvu d’un atrium où les pauvres, qui n’avaient pas la possibilité de transporter au loin leurs défunts, pouvaient les inhumer75. Le lien entre le lieu d’habitat (et le paiement de la dîme) et le lieu de l’inhumation s’affirme progressivement à la fin du IXe siècle, comme on peut le lire dans les canons du concile de Tribur en 89576. C’est au Xe siècle qu’apparurent les premières formules du rituel de consécration du cimetière, plus fréquente dans le nord de la France77. Dans les terres méridionales, l’espace sacré du cimetière procédait davantage de la délimitation d’un espace de paix et d’asile78. Ces différentes traditions s’inscrivent dans l’élaboration d’un modèle faisant du cimetière un espace sacré.
21Il est bien difficile, au regard des vestiges archéologiques, de se faire une idée concrète du retentissement de ces mesures normatives. Tout au plus perçoit-on plusieurs tendances concomitantes qui témoignent de la lenteur de leur réception. En premier lieu, on constate la continuité d’occupation des sites du haut Moyen Âge précédemment mentionnés, ce qui remet en cause l’idée d’un abandon précoce, au VIIIe siècle, tel qu’il était évoqué dans les années 1980. La plupart des sites ont été occupés en continuité jusqu’au Xe siècle, voire au début du XIe siècle, notamment dans la moitié septentrionale de la France79. D’autres ont été occupés sur la longue durée80. En l’absence de textes, il est souvent impossible de déterminer d’éventuels changements dans la fonction des églises. En revanche, du point de vue du recrutement du cimetière, une évolution semble perceptible. Ainsi, de nouvelles sépultures plus modestes se sont regroupées autour de la petite église familiale de Jau-Dignac-et-Loirac jusqu’au début du XIe siècle, avec notamment un petit groupe d’enfants rassemblés au nord-est de l’église81. Ces sépultures témoignent peut-être d’un changement de fonction de l’église, élargie à la population environnante. Par ailleurs, peu de limites nettes apparaissent autour des espaces funéraires. À Rigny, par exemple, l’espace funéraire était alors peu dense et assez étendu. Des fossés ou des palissades existaient déjà autour de certaines nécropoles comme à Hordain ou à Pouthumé au viie siècle mais, dans ce dernier cas, le fossé fut comblé au Xe siècle et recouvert par plusieurs sépultures82. Plusieurs petits groupes de sépultures se mirent en place en marge de l’enclos aux IXe et Xe siècles.
22Ces petits groupes, souvent situés en bordure d’un habitat, ont été repérés depuis les années 1990. Si le phénomène existait depuis l’Antiquité tardive, il apparaît avoir été davantage lié à des habitats du VIIe jusqu’aux Xe-XIe siècles. D’abord perçu comme une manifestation marginale, surtout en Île-de-France83, il apparaît désormais caractéristique de la topographie funéraire de ce premier Moyen Âge, les découvertes s’étant multipliées dans toutes les régions84. Dans une étude de synthèse sur la vallée du Rhône, Frédérique Blaizot différencie d’une part des groupes de trente à quarante sépultures, dont le fonctionnement ne se distinguait pas de celui des cimetières communautaires, et d’autre part des groupes de deux à dix sépultures, placés en limite d’habitats, comme à Serris ou à Villiers-le-Sec85. Ces petits groupes pouvaient d’ailleurs se situer non loin d’un regroupement communautaire, comme à Serris ou à Pouthumé86. Leur existence témoigne – au moins jusqu’au XIe siècle – du fait que toutes les inhumations n’étaient pas regroupées autour des églises.
23Parallèlement, c’est aussi aux IXe et Xe siècles que de nouvelles fondations apparurent. Si les exemples sont moins nombreux (faute de fouilles ?), ces sites furent généralement occupés ensuite sur la longue durée, comme à Vilarnau, à Saint-Martin-de-Castries dans l’Hérault, ou encore à Rigny87. Dans tous les cas cités, le cimetière paraît alors s’être étendu autour de l’église de façon assez lâche, sans contrainte spatiale spécifique88.
V. Le cimetière polarisé autour de l’église au XIe siècle : l’aboutissement du processus de transition
24La documentation écrite disponible pour le XIe siècle laisse davantage la place à des actes de la pratique, plutôt qu’aux textes législatifs de la période précédente. Ainsi, le cimiterium s’imposa comme un espace sacré et communautaire dans de nombreuses chartes, centré autour de l’église dont le statut paroissial se structurait. Michel Lauwers a bien montré combien l’espace cimétérial avait constitué un élément important dans la conciliation des deux dimensions de l’Ecclesia, spirituelle et spatiale, que transmettent les textes écrits par les clercs à partir du XIe siècle, à savoir « l’idée d’une vaste communauté spirituelle, englobant l’ensemble de la société, et l’existence d’un semis de bâtiments et de terres funéraires, polarisant l’organisation sociale89 ». On observe donc la structuration d’un espace communautaire destiné aux morts – le cimetière, la terre des morts, au sens propre du terme, polarisé et délimité –, sacralisé par des rites spécifiques. Cette polarisation autour de l’église et de son cimetière s’accompagna de changements importants des espaces habités qui se regroupèrent autour des lieux de culte. L’espace du cimetière devint aussi le théâtre de différentes pratiques sociales, voire des espaces habités dans certaines régions, comme en Anjou90. Du point de vue de la documentation textuelle, le XIe siècle apparaît donc bien comme le point d’aboutissement de la construction du cimetière ecclésial, au terme d’un long processus.
25Qu’en est-il du point de vue de l’archéologie ? On soulignera d’abord que la datation des vestiges reste encore imprécise et ne permet pas d’établir une chronologie très fine sur la période des Xe-XIe siècles. Par ailleurs, les opérations archéologiques menées exhaustivement sur des églises et cimetières de cette période sont moins nombreuses. En France, les fouilles réalisées autour des églises paroissiales encore en élévation et situées en zone bâtie relèvent de l’archéologie préventive et sont partielles. Néanmoins, des remarques peuvent être proposées à deux échelles, celle des dynamiques spatiales et celle de l’organisation et de la gestion du cimetière proprement dit.
26D’un point de vue général, le XIe siècle correspond à une période de changements importants dans la topographie des sites occupés auparavant, allant de l’abandon à la reconstruction de l’église, au même emplacement ou à proximité. Dans le détail, les situations sont très variées et le contexte précis de ces modifications est souvent difficile à expliquer. Un certain nombre de sites ruraux fondés au très haut Moyen Âge furent délaissés vers la fin du Xe ou au début du XIe siècle, comme à Serris, Saleux, un peu plus tôt à Mondeville, mais aussi à La Couronne ou à Pouthumé. Dans certains cas, on note la persistance d’une fonction funéraire quelque temps après la destruction de l’église, comme à Fierbois91. Ailleurs, l’église était reconstruite au même emplacement et perdurait parfois jusqu’à la fin du Moyen Âge, comme à Tournedos ou à Jau-Dignac. Enfin, un autre cas de figure montre la reconstruction et le déplacement de l’église à proximité immédiate de la première. C’est le cas à Bondeville, même si la chronologie reste un peu floue : l’église du haut Moyen Âge aurait été détruite au début du IXe siècle, alors que l’église paroissiale Sainte-Marie, au sud, est mentionnée dans les textes au milieu du XIIIe siècle92. À Pouthumé, le site a perduré jusqu’au tout début du XIe siècle alors que l’église Sainte-Marie, également au sud, apparaît dans les textes au milieu du XIe siècle93. À Loupian, on dispose d’une charte de l’abbaye de Psalmodi mentionnant, dans les années 1080, une église entourée par son cimetière (ecclesiam et […] cimeterium quod est in circuitu ecclesie) qu’il est délicat d’identifier sur le terrain. Christophe Pellecuer a formulé l’hypothèse du délaissement de la basilique primitive pour un autre lieu de culte construit un peu plus au sud, peut-être sous l’église gothique de Sainte-Cécile, autour duquel le cimetière se serait regroupé94. Dans les régions méridionales, le souvenir de l’emplacement des églises du haut Moyen Âge semble davantage conservé dans le paysage même si elles furent reconstruites et privilégiaient le statut de chapelles rurales ou de dépendances monastiques95. De nouvelles églises paroissiales, comme à Loupian, furent édifiées au cœur du castrum proche, suivant un schéma que Michel Fixot a naguère montré96. De nouvelles dynamiques spatiales sont donc nettement perceptibles mais elles s’inscrivent aussi dans une certaine continuité avec la période précédente. Comme l’a souligné fort justement Michel Lauwers, le « blanc manteau d’églises » couvrant l’Occident mentionné par Raoul Glaber – qui a laissé une forte empreinte dans l’historiographie, notamment en histoire de l’art – est davantage une expression de la reconstruction monumentale des édifices plutôt que celle d’un mouvement de fondations ex nihilo97.
27À l’échelle du cimetière, on peut noter un resserrement sensible de l’espace d’inhumation autour de l’église comme à Rigny, Vilarnau ou Saint-Martin-de-Castries, ou restreint par une clôture comme à Lunel-Viel98. Une autre caractéristique (qui va de pair avec la remarque précédente et qui est également perceptible dans les fouilles ponctuelles réalisées autour des églises en archéologie préventive) est la densification des espaces d’inhumation au sein desquels les tombes ont tendance à se recouper99. Cette activité intense complexifie l’interprétation des cimetières, souvent occupés jusqu’à l’époque moderne, et où les niveaux de sols et de circulation sont moins discernables100. Ce constat s’accorde bien avec la conception d’un espace sacré au sein duquel les os des morts étaient indistinctement réunis à l’exception des sépultures des élites, souvent placées dans l’église. Cette tendance à l’anonymat des tombes n’empêchait pas une gestion du cimetière dont on peine à saisir tous les ressorts. Une certaine sectorisation de l’espace funéraire, avec notamment un regroupement des enfants, est parfois soulignée, mais cette répartition est loin d’être systématique101.
Conclusion : les rythmes d’une longue transition…
28Les périodes dites « de transition » se caractérisent par le passage entre deux régimes différents, suivant des modalités plus ou moins complexes. Dans le domaine des usages funéraires, on observe, au cours d’un long premier Moyen Âge, les effets d’une christianisation progressive et intégrée au champ social à travers la polarisation du cimetière autour des églises. En combinant les informations issues des sources écrites et archéologiques, quelques étapes de ce lent processus ont ici été proposées. Elles se conçoivent comme de grandes tendances de fond dont nous avons surtout examiné ici la progression positive102. De la mise en place des premières églises à la fin du IVe et au début du Ve siècle à l’élaboration d’une législation pour contrôler ce semis de lieux de culte à la fin du VIIIe et au IXe siècle, on observe une première phase au cours de laquelle les inhumations ont été de plus en plus étroitement associées aux églises. Si, selon Augustin, l’inhumation n’est pas nécessaire au salut du défunt103, force est de constater que l’association étroite entre église et sépulture est devenue une marque claire de l’appartenance au christianisme, mobilisée par les élites laïques et ecclésiastiques. Entre le début du VIIe siècle et la fin du VIIIe siècle, le couple église/espace funéraire est devenu un repère stable et fréquent dans les campagnes, comme le suggère la fondation de petits édifices, souvent en bois, sur les anciennes nécropoles situées à proximité des habitats rassemblant les communautés rurales. Il n’est donc pas surprenant que peu à peu les clercs aient élaboré une législation afin de contrôler ces espaces, un cadre normatif qui s’est affermi et précisé avec la mise en place de l’ordre carolingien. Les sources écrites permettent aisément d’identifier les étapes de la conception de ce cadre qu’il est plus délicat de percevoir à travers les realia de l’archéologie. Là aussi, il a fallu plusieurs siècles, du IXe au XIe, pour finalement parvenir à une telle fréquence de cimetières ecclésiaux dans les campagnes, dont la sacralité a continué de s’affirmer aux siècles suivants.
Bibliographie
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Notes de bas de page
1 Je remercie chaleureusement M. Lauwers de m’avoir suggéré cette thématique dont il est l’un des grands spécialistes. Les propos qui suivent sont d’ailleurs largement inspirés de ses recherches.
2 À ce sujet, Cartron 2015.
3 Sur l’actualité des réflexions sur les transitions dans nos sociétés, Heintz 2016, p. 261-268.
4 Müller 2016, p. 12. Voir également, dans le même volume, les discussions sur la notion de transition proposées par Jacques Revel (Revel 2016, p. 21-36).
5 Par commodité, on utilisera le terme de « nécropole » pour ces regroupements en conservant celui de « cimetière » pour les ensembles chrétiens. Pour une mise au point sur ce vocabulaire, voir Lauwers 2015, p. 43.
6 Il en résulte parfois deux images différentes, comme cela a été montré pour la genèse du village médiéval : Zadora-Rio 1995.
7 Ariès 1975.
8 Périn 1987 et commentaire plus développé dans Cartron 2015.
9 On pourra citer entre autres les travaux de Jean Guyon sur les catacombes de Rome (Guyon 1984), de Jean-Charles Picard sur les sépultures et le souvenir des évêques de Rome (Picard 1988) ou d’Yvette Duval sur l’inhumation ad sanctos (Duval 1988).
10 Cette problématique a été abordée dans le cadre d’un groupe de recherche (GDR 94 du CNRS intitulé « Sociétés et cadres de vie au Moyen Âge : approches archéologiques ») qui a fonctionné entre 1986 et 1990, sous la direction de Michel Fixot et d’Élisabeth Zadora-Rio (Fixot – Zadora-Rio 1994).
11 Deux articles de synthèse rendant compte de cette trame : Périn 1987, Young 1991. Plusieurs chercheurs mettent tout de même déjà en garde contre cette vision simplificatrice, dont Février 1994.
12 Boissavit-Camus – Zadora-Rio 1996 ; Treffort 1996a.
13 En milieu urbain, c’est davantage le XIe siècle qui est mis en avant comme moment de bascule, les enceintes de l’Antiquité tardive étant franchies pour installer les premiers cimetières intra-muros.
14 Zadora-Rio 1980. Les recherches sur l’espace sacré sont ensuite menées par Michel Lauwers (Lauwers 2005).
15 Treffort 1996b ; Lauwers 2005.
16 Sur l’historiographie des paroisses, Zadora-Rio 2005 et les articles du volume de la revue Médiévales en 2005.
17 Ce concept est apparu dans Lauwers 2005, p. 269-274, puis repris dans un article fondateur en 2013 (Lauwers 2013).
18 Schneider 2014.
19 On citera ici les travaux issus des équipes de l’ANR CARE, dirigée par Christian Sapin et Pascale Chevalier, dont les résultats se mesurent notamment par la réalisation d’une base de données européenne ainsi que par des travaux de doctorat menés dans plusieurs régions (Ehrhardt 2020 ; Valais 2021).
20 Sur le concept d’archéothanatologie : Boulestin – Duday 2005. Un colloque récent sur les pratiques funéraires : Lauwers – Zemour 2016.
21 Voir les rapports publiés dans les actes des Journées de Flaran en 2015 (Treffort 2015). Pour les églises, Schneider 2014.
22 Bonnet – Gaillard 2014, p. 17.
23 La première basilique d’Agaune fut probablement édifiée par l’évêque Théodore, à l’emplacement supposé des tombes saintes ; elle ne tarda pas à entraîner le développement d’un pèlerinage, ce qui conduisit sans doute à la construction d’autres édifices, dont un baptistère et une seconde église (Antonini 2014).
24 Farago 2001 ; sur l’épigraphie, Treffort – Uberti 2010.
25 Treffort – Uberti 2010. Le corpus des inscriptions retrouvées dans le baptistère de Brioude en est une bonne illustration : Gauthier 2004.
26 Voir les nombreux exemples donnés par Schneider 2014.
27 Pour Agaune : Antonini 2014. Pour Luxeuil : Bully et al. 2014.
28 Cartron 2015.
29 Ces nécropoles étaient parfois utilisées depuis l’Antiquité, comme à Saint-Martin-de-Fontenay en Normandie, ou implantées plus récemment comme à Hordain (Nord), Saint-Vit (Doubs) ou, pour des exemples plus méridionaux, à Saint-Laurent-des-Hommes (Dordogne) ou à Bénazet (Ariège).
30 Le marquage de certaines tombes par des tumuli ou des dispositifs en matériaux périssables reflète cette hiérarchisation. Voir notamment la synthèse proposée par Verslype 2008.
31 Pour la Normandie : Le Maho 1994. Ces dispositions sont très fréquentes dans les régions méridionales, par exemple à Roujan, où un groupe de sépultures vint s’installer aux Ve-VIe siècles sur les ruines d’un temple (Schneider 2014). Pour d’autres exemples dans le Sud-Ouest : Colin 2008.
32 Sur Saint-Dizier, Truc 2019. On peut également signaler les mausolées ruraux du IVe siècle de la région poitevine : Segard et al. 2019.
33 L’auteure utilise les œuvres de Grégoire de Tours, les textes conciliaires et diverses sources hagiographiques (Pietri 2005).
34 Voir Schneider 2014, dont nous reprenons ici les grandes lignes. Ces fondations étaient sans doute davantage dues au pouvoir épiscopal dans les agglomérations secondaires et des castra de l’Antiquité. Elles se distinguaient des églises reconnues dans les nouveaux castra, les oratoires des villae et les fondations monastiques.
35 Par exemple, Grégoire de Tours mentionne en Aquitaine une basilica élevée par une noble femme, Victoria, près de Saintes, située in villae suae territorio. Destinée à abriter des reliques de saint Julien de Brioude, on y voit un prêtre célébrer une fête liturgique et enseigner en présence du « peuple », ce qui indique un auditoire (Grégoire de Tours, Liber de virtutibus sancti Iuliani martyris, p. 133).
36 Cas du premier oratoire associé à une cuve baptismale dans la villa de Séviac (Colin 2008), ainsi qu’à Sainte-Cécile de Loupian où une seule tombe a été repérée au chevet de la grande basilique située à 800 m de la villa (Pellecuer 1989).
37 Schneider 2014.
38 Martinez 2018. Une église fut édifiée sur un site de hauteur à l’intérieur d’une enceinte de l’Antiquité dans le courant du Ve siècle. Les premières tombes sont mal conservées et peut-être antérieures à l’édifice. Un petit groupe d’individus (groupe familial ?) a ensuite été inhumé dans la nef de l’église.
39 Cazes 1996.
40 Paulin de Nole, Epistulae, 30, 31 et 32, p. 262-267, 267-275. Les lettres sont datées de 401 et de 402. Ce domaine du Sud-Ouest n’est pas localisé avec certitude ; le point a été fait récemment sur cette question par Marie-Geneviève Colin (Colin 2008, p. 106-107).
41 Le cas est rapporté par Venance Fortunat, qui célèbre d’abord la construction de la basilique par le couple (Carmina, I, p. 26-27) puis compose une épitaphe pour son ami, inhumé avec son épouse (Carmina, IV, p. 149-150). Grégoire de Tours raconte aussi que Severus, de noble origine et qui fut ordonné prêtre, avait fait bâtir sur deux de ses domaines deux églises qu’il desservait lui-même. Il plaça sa tombe à l’intérieur de l’une d’entre elles (Grégoire de Tours, De gloria confessorum, p. 327-328).
42 Les premières mesures apparaissent dans le canon 21 du concile d’Agde de 506 et deviennent plus régulières au cours de la première moitié du VIe siècle. C’est aussi ce que suggère le canon 33 du concile d’Orléans de 541 (Conciles mérovingiens, p. 284-285). En Italie, l’importance des fondations d’églises par les élites laïques suscita une réaction de la part des évêques dès l’Antiquité tardive. La législation mise en place par les autorités pontificales à partir de la fin du Ve siècle prit un ton assez radical. Peu à peu, le discours se durcit quant à la possibilité d’inhumer dans ces églises. Pour Gélase, l’inhumation doit constituer une exception et seuls les offices funéraires sont autorisés à y être célébrés (Pietri 2002).
43 On mentionnera le site suisse de Vandœuvres avec une église de plan rectangulaire du début du ve siècle abritant quelques sépultures familiales en lien avec une villa tardive (Terrier 2014). La récente découverte du site d’Aoste, en Isère, pourrait aussi correspondre à une fondation familiale. Une petite église de la fin du Ve-début du VIe siècle a été mise au jour avec vingt-trois sépultures. L’auteur hésite entre une fondation privée ou monastique (Ancel 2020). Pour les monastères, les découvertes sont rares, comme la tombe privilégiée découverte au sud de l’oratoire de Saint-Sauveur de Lérins (Codou 2014).
44 On hésite donc parfois à les qualifier d’églises. Voir Zadora-Rio 2005 ; Codou – Colin 2007, p. 75-76.
45 Les églises en bois ont d’abord surtout été identifiées en Suisse (Terrier 2014). En France, on en reconnaît sur les sites de Serris, Saleux, Fierbois (Catteddu et al. 2009 et Ben Kaddour 2015).
46 Par exemple, pour les églises de Jau (Cartron – Castex 2015), Serris (Blaizot 2017) et Bondeville (Catteddu et al. 2009).
47 Sur le site d’Hordain, la synthèse récente de P. Demolon (Demolon 2006). Sur Boscherville, voir en dernier lieu Le Maho 2004. À propos du site de La Gayole à la Celle : Démians d’Archimbaud et al. 1995. L’examen de la documentation archéologique reste à entreprendre et permettrait sans doute de multiplier les exemples.
48 Martinez 2018 ; Ancel 2020 ; sur Bondeville, Catteddu et al. 2009, p. 215-219.
49 L’espace funéraire compte 109 individus pour 74 sépultures de la phase VIIe-VIIIe siècle (Cartron – Castex 2015).
50 Cornec et al. 2010. Les auteurs restent très prudents quant à l’interprétation des bâtiments résidentiels (résidence mérovingienne, ferme ?) et de la nécropole (familiale ?). Il serait possible d’y reconnaître une résidence de la petite ou moyenne aristocratie pour lesquelles les comparaisons manquent effectivement.
51 Sur la politique de la reine Bathilde : Dierkens 1989.
52 La bibliographie sur le monastère de Nivelles est assez abondante : Dierkens 2002 fait le point.
53 Pousthomis-Dalle – Cabot – Réal 1997-1998. Sa Vita mentionne la fondation d’un coenobium dans le domaine de Troclar, avec l’appui de son père.
54 Billoin – Gandel 2017. On peut aussi mentionner le monastère du Saint-Mont, près de Remiremont dans les Vosges (Chenal 2021).
55 Les inhumations domaniales au cours du haut Moyen Âge sont évoquées par Régine Le Jan (Le Jan 1995, p. 45-50).
56 Catteddu 2003 et Catteddu et al. 2009.
57 Blaizot 2017.
58 Voir la synthèse proposée dans Catteddu et al. 2009.
59 Ben Kaddour 2015.
60 Lauwers 2005, p. 45, citant la règle des moines d’Isidore de Séville : « Il faut enterrer le corps des frères dans un lieu unique, en sorte que ceux que l’unité de la charité faisait vivre ensemble soient réunis en un seul lieu dans la mort. »
61 Rechak 2020.
62 Lauwers 2013, p. 321.
63 Treffort 1996.
64 Treffort 1996.
65 Concile de Braga de 561, en lien avec l’interdiction d’inhumer intra-muros dans les villes (Treffort 1996, p. 137).
66 Théodulphe d’Orléans, Capitulaire I, p. 109.
67 Prescriptions que l’on retrouve dans les canons de plusieurs conciles du IXe siècle (Treffort 1996b, p. 139).
68 Louis 2014, p. 379-380.
69 Bardel – Perennec 2004, p. 138.
70 Lauwers 2005, p. 30-31.
71 Treffort 1996b, p. 144-148, avec les termes de cimiterium, polyandrium et atrium.
72 Lauwers 2005, p. 32-33.
73 Depreux – Treffort 2005.
74 Lauwers 2005, p. 46.
75 Hincmar de Reims, Collectio de ecclesiis et capellis, p. 75-76.
76 Concile de Tribur 895, p. 221-222 ; Lauwers 2010.
77 Sur les origines et la diffusion des traditions des rites de consécration : Treffort 2001.
78 Ibid.
79 Mondeville, abandon estimé début xe s. ; Serris, occupation jusqu’au début XIe s. ; Saleux, début XIe s. ; Molles, XIe s. ; Pouthumé, fin Xe-début XIe s. ; Fierbois, début Xe s.
80 Tournedos jusqu’au XIVe siècle (Carré 1996), Saint-Sébastien-de-Maroiol jusqu’aux XIIe-XIIIe siècles (Schneider 2014).
81 Cartron – Castex 2015 et, pour d’autres exemples, Lauwers 2013, p. 320.
82 Cornec et al. 2010. Une enquête sur la question des limites des espaces funéraires serait à mener plus systématiquement.
83 Pecqueur 2003 ; Peytreman 2003.
84 En Languedoc, Raynaud – Garnotel 1996 ; en Aquitaine, Bourgeois 2010a, p. 63. En Charente-Maritime, ces groupes ont été mis au jour sur plusieurs sites d’habitat du haut Moyen Âge à Saint-Georges-des-Coteaux (Gerber et al. 2010, p. 83) ou à Saint-Xandre (Maurel et al. 2010).
85 Blaizot 2006.
86 Blaizot 2017.
87 Passarius – Donat – Catafau 2008, p. 149 ; Bergeret 2008 ; Zadora-Rio – Galinié 1996.
88 Cas aussi du cimetière de Gradignan en Gironde, récemment mis au jour : Réveillas 2018.
89 Lauwers 2005, p. 13-14 ; id. 2015, p. 51-52.
90 Zadora-Rio 1980.
91 Ben Kaddour 2015.
92 L’église paroissiale a été détruite à l’époque moderne et n’a pas été fouillée, voir Catteddu et al. 2009, p. 217.
93 Cornec et al. 2010, p. 110.
94 Pellecuer 1989 et Schneider 2014, p. 446-447.
95 Voir Février 1994.
96 Fixot 1994 et Codou 2003.
97 Lauwers 2013, p. 322.
98 Raynaud 2010.
99 Par exemple, la synthèse sur les églises du Limousin : Creissen – Delhoume – Roger 2008.
100 Sur les enjeux méthodologiques de la fouille des cimetières, Chapelain de Séréville-Niel, Hincker – Carré 2018.
101 Lauwers 2015, p. 56. Sur l’inhumation des enfants et la tendance vers un regroupement au fil du premier Moyen Âge : Perez 2015.
102 Il aurait été intéressant, à l’inverse, de chercher quelles ont été les résistances à ce mouvement de fond.
103 Augustin, De cura gerenda pro mortuis, éd. et trad. G. Combes, Paris, 1937, p. 457-522.
Auteur
-
Isabelle Cartron
Université Bordeaux Montaigne, UMR 5607 Ausonius
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