IV – L’Afrique du Haut-Empire
p. 77-98
Texte intégral
1La masse documentaire propre à l’époque impériale permet de multiplier les travaux sur cette époque, déjà bien représentée dans les Généralités. Aussi les deux sections Sources et Bibliographie sont-elles abondamment pourvues chaque année.
A. Sources
2Nous présentons tout d’abord le groupe des études sur les auteurs classiques qui, cette année n’est pas coutume, comprend d’assez nombreux titres non apuléiens. Nous rappelons que les travaux relatifs à la figure de Didon sont recensés, dans cette B.A.A.A., au chapitre des Généralités et les Punica de Silius Italicus dans le chapitre dévolu au Guerres puniques. Voici donc des travaux sur Tite-Live, Florus, Pline le Jeune et surtout Fronton. (403) Miquel M., Juno and the interpretationes Romanae in the Mirror of Livy’s Writing of History, dans Acta Antiqua Academiae Hungaricae, LVII, 23, 2017, p. 251-272. L’œuvre de Tite-Live est une source importante pour la connaissance de la religion romaine et y figurent de nombreuses références à Junon. Il convient de se demander dans quelle mesure les faits ont été recomposés dans la perspective de l’histoire romaine. L’étude permet de distinguer deux catégories de Junon : une italienne et romaine, protectrice de Rome, une autre aux frontières du monde romain, qui interroge l’identité de Rome et l’avenir de l’Empire. (404) Guédon S., Présence de l’Afrique dans l’œuvre de Florus, dans Revue africaine des études latines, III, 2017, p. 11-18. L’Afrique tient une place particulière chez l’auteur latin dont l’origine africaine est présumée. Celle-ci explique sans doute les allusions de l’épitomateur, qui dans leur choix semble révéler un peu de son parcours personnel. (405) Stoffel C., Otium Campanum : Silius im Ruhestand (Plin. epist. 3, 7), Hannibal in Capua (Sil. 11), dans Hermes, 145, 4, 2017, p. 375-385, rés. angl. Dans cette lettre, Pline le Jeune rédige un bref récit de la vie de Silius Italicus juste après son suicide dans sa villa de Naples. L’auteur observe des relations intertextuelles entre ce récit et un passage du livre XI des Punica, qui évoque le séjour d’Hannibal à Capoue. (406) Fleury P., Fronto and his circle, dans The Oxford Handbook of the Second Sophistic, édit. Richter D.S. et Johnson W.A., New York, 2017, p. 245-254, notes p. 701-702. Fronton ne peut appartenir à la catégorie des sophistes de la Seconde Sophistique tels que définis par Philostrate, tout d’abord parce qu’il n’est pas grec, ensuite parce qu’il n’a pas pratiqué la déclamation. Néanmoins, il s’en rapproche par divers aspects et il partage avec ses homologues grecs une vision épidictique de la rhétorique, un goût pour l’archaïsme et des thèmes communs. D’autre part, il a entretenu des relations avec les sophistes contemporains et l’auteur montre les points communs entre eux. (407) Id., Les personnages mythologiques pour représenter l’orateur dans la littérature latine du IIe siècle (Fronton, Apulée, Aulu-Gelle), dans Cahiers des Études Anciennes, LIV, 2017, p. 39-57, étudie comment les trois auteurs s’associent au mouvement de la Seconde Sophistique, ou s’en dissocient, à partir du thème de l’orateur et de sa parole. Fronton choisit Orphée ou des figures homériques pour montrer le caractère divin de la rhétorique ; Apulée et Aulu-Gelle n’adhèrent pas à l’idée de l’orateur inspiré : Apulée le place au-dessus des musiciens, et son idéal est Nestor qui allie la sagesse à l’éloquence. (408) Jurado M.A., Cornelio Frontón, magister et interpres imperatorum, dans Conuentus classicorum. Temas y formas del mundo clásico, I, 2017, p. 843-849. L’auteur analyse la correspondance de Fronton avec les futurs empereurs Marc Aurèle et Lucius Verus ; mais on ne trouve aucune mention de l’Afrique. (409) Del Giovane B., Seneca, Quintiliano, Gellio e Frontone. Critica, superamento e rovesciamento del modello educativo senecano (con una lettura di Fronto ad M. Caesarem 3.16, pp. 47.19-22 e 48.1-25 vdH2), dans Lexis, XXXV, 2017, p. 354-372, rés. angl. Deux passages de Fronton (De orationibus et la lettre III, 16) sont le point de départ d’une étude fouillée sur la théorie de l’enseignement rhétorique chez le précepteur de Marc Aurèle et de Lucius Verus, et son attitude vis-à-vis de Sénèque, en général très critique. Quintilien et Aulu-Gelle sont également convoqués.
3Voici à présent la série des titres relatifs à Apulée, qui commence par une édition de trois œuvres, suivie des corrections textuelles concernant les Métamorphoses et d’une interprétation d’un passage de ce roman. (410) Apuleius, Apologia, Florida, De deo Socratis, édit. Christopher P.J., Londres (collection Loeb), 2017, 414 p. Cette nouvelle édition des trois oeuvres d’Apulée comporte une introduction sur l’auteur, son œuvre et sa réception (p. VII-XXXII), puis les trois textes latins et leur traduction, enfin des annexes qui abordent plusieurs points particuliers à la vie et à la famille d’Apulée. Un index général clôt le volume. (411) Keyer D.V., Apuleius Metamorphoses 1, 1, 5 forensis : « foreign » or « of the forum » ?, dans Philologia classica, XII, 1, 2017, p. 35-47, rés. en russe. L’auteur propose une traduction nouvelle de forensis, « étranger » et non pas « du forum » et légitime cette interprétation par une étude lexicale de l’œuvre d’Apulée. (412) Ammannati G., Due note testuali ad Apuleio, Met. 2, 21 e 3, 2, dans Rivista di Filologia e di Istruzione Classica, 145, 2, 2017, p. 405-412, rés. angl. Deux conjectures permettent de résoudre deux loci vexati des Métamorphoses. (413) Costantini L., Infelicium avium : reconsidering Passerat’s conjecture at Apul. Met. 3.17.4, dans Mnemosyne, s. 4, LXX, 2, 2017, p. 331-339. La correction de nauium – qui est à l’heure actuelle la version la plus répandue, notamment dans les éditions françaises – en auium proposée par l’humaniste J. Passerat au XVIIe siècle, devrait être adoptée car elle répond bien au rôle joué par les oiseaux dans les pratiques magiques, comme le montre le même Apulée dans Apol. 47, 7 ; l’usage de plumes est attesté pour des pratiques magiques dans d’autres textes. Par ailleurs, la corruption de auium en nauium peut s’expliquer du point de vue paléographique. (414) Scarano Ussani V., Le sectae giurisprudenziali nell’Asino d’oro ?, dans Bollettino di Studi Latini, XLVII, 2, 2017, p. 650-655, rés. angl., corrige une interprétation courante d’Apulée, Met., 9, 27. Elle ne ferait pas allusion à la séparation entre deux écoles jurisprudentielles romaines mais à l’harmonie conjugale. Les titres suivants portent sur des thèmes spécifiques : la culture d’Apulée, notamment rhétorique et philosophique, et son prestige social, puis certains aspects de son roman (son sens général, le personnage de Milon, les costumes rituels, la démonologie). (415) Gachallová N., Cultural identity in Apuleius’ Metamorphoses, dans Acta Antiqua Academiae Scientiarum Hungaricae, LVI, 4, 2016, p. 489-504. L’œuvre d’Apulée peut être abordée selon plusieurs angles et l’auteure choisit de l’étudier selon des caractères multiculturels. Tout en étant insérée dans la tradition littéraire grecque, elle se situe pleinement dans la romanité ; elle oscille entre la ville et la campagne. Pour tenter de comprendre le roman, il faut en découvrir les nuances qui résultent des choix d’Apulée pour des lecteurs qui appartenaient à diverses catégories sociales. (416) Ead., Apuleius’ treatment of selected progymnasmata in Florida, dans Graeco-Latina Brunensia, XXII, 2, 2017, p. 119-141. Au cours du IIe siècle, la formation des élites à la rhétorique était fondée sur une pratique nommée progymnasmata. Il s’agissait de techniques répétitives de plus en plus élaborées, d’exercices écrits et de présentations au public. Apulée en usa abondamment comme cela s’observe dans les Florides. L’auteur s’attache à montrer la variété des approches du rhéteur africain en fonction des différents propos poursuivis dans chaque discours. (417) Moretti G., L’intellettuale di successo e il suo pubblico. Responsabilità letteraria, riconoscimento sociale e gratitudine civica nell’oratoria di Apuleio : il simbolismo delle statue, dans Hormos, n. s., IX, 2017, p. 571-593, rés. angl. L’auteur examine la façon dont le symbolisme de la statuaire change dans les écrits d’Apulée. Le thème de la statue honorifique est particulièrement présent dans les Florides, où il est au centre de toute une prolalie (Flor. 164). L’auteur montre aussi qu’il existe une hiérarchisation entre les statuaires « majeure » (bronze) et « mineure » (marbre), ainsi qu’entre les différents degrés de prestige social qu’elles confèrent. (418) De Vita M.C., Il platonismo « cangiante » di Apuleio di Madaura : in margine a un libro recente, dans Koinonia, XL, 2016, p. 726-736, discute la monographie publiée en 2015 par C. Moreschini sur l’interaction entre la pensée d’Apulée et son contexte philosophique et littéraire (B.A.A.A., XLIX [2015], 2021, n° 331). (419) Rheins J.G., The arrangement of the Platonic corpus in the newly published Compendiosa expositio attributed to Apuleius of Madaura, dans Phronesis, LXII, 4, 2017, p. 377-391. La Compendiosa expositio, ouvrage médio-platonicien attribué à Apulée, présente des résumés des idées de Platon, telles qu’elles se présentent dans chaque dialogue. L’article cherche à définir le critère qui préside à la succession des dialogues en se fondant sur les protagonistes. (420) Ulrich J.P., Choose your Own Adventure : an εἰκών of Socrates in the Prologue of Apuleius’ Metamorphoses, dans American Journal of Philology, 138, 4, 2017, p. 707-738. Loin de proposer une énigme, ce passage du prologue des Métamorphoses emprunte à Platon : Apulée veut donner à ses lecteurs le choix de trouver une signification philosophique à son œuvre. (421) Levinskaja O.L., Lucius or a New Io : on the Plot shaping Technique in Apuleius’ Metamorphoses, dans Mnemosyne, s. 4, LXX, 1, 2017, p. 94-104. L’auteur considère le mythe de Io comme modèle de la structure générale des Métamorphoses d’Apulée et de l’épisode de Cupidon et Psyché. Si on peut penser que le récit de Psyché est construit à partir de la version du mythe de Io donnée par le « Prométhée enchaîné », dans le cas de l’histoire de Lucius, Apulée a travaillé à partir de plusieurs passages littéraires concernant l’héroïne. La relation entre elle et la déesse Isis, qui est surtout explicitée dans les Métamorphoses d’Ovide, souligne le parcours initiatique de Lucius et permet de reconnaître une unité entre les dix premiers livres de l’ouvrage d’Apulée et le dernier. (422) O’Sullivan T.M., Human and Asinine Postures in Apuleius’ Golden Ass, dans The Classical Journal, 112, 2, 2016-2017, p. 196-216. L’auteur montre comment, dans les Métamorphoses, la posture physique de l’âne s’oppose à la posture redressée de l’être humain pour insister sur le caractère « anti-philosophique » de Lucius, dès avant sa métamorphose. Cette opposition s’inscrit dans une tradition philosophique représentée notamment par Platon et Xénophon : le quadrupède est penché vers la terre, ce qui manifeste son goût pour les plaisirs charnels (sexe et nourriture), tandis que l’humain contemple naturellement le ciel. (423) Hébert S., Milon ou l’avarice dans les Métamorphoses d’Apulée, dans Bulletin de l’Association Guillaume Budé, 2017, 2, p. 161-185. Milon représente le type littéraire de l’avare et apparaît comme une exception par rapport à son statut social : alors qu’il est décurion de sa cité, il vit à l’écart de ses concitoyens et le prêt d’argent est son unique source de revenus. Apulée a pris comme modèle l’Hipparque du roman du pseudo-Lucien, mais en accentuant l’avarice et la cupidité du personnage. Milon rappelle aussi le type comique du trapezita qui se retrouve chez Plaute ainsi que les cupides des satires et des épigrammes. (424) Faraklos G., Milo, Byrrhena and Pythias under the mask of Lucius’ father, mother and master, dans Mediterranean Chronicle, V, 2015, p. 121-130. Dans le prologue des Metamorphoses, le narrateur avertit le lecteur d’être attentif aux liens entre les différents personnages. En vérité, les caractères de son hôte, de son ancien camarade, Pythias, et de sa tante, Byrrhène, semblent être associés à trois autres figures et leur servent même de substituts : son père, son maître d’école et sa mère. Ils jouent un rôle de miroir dans le comportement du héros par sa désobéissance par rapport à ce qu’ils représentent. (425) Baker A.J.E., Appearances can be deceiving : costume and identity in Apuleius’s Metamorphoses, Florida, and Apology, dans Arethusa, L, 3, 2017, p. 335-367. Apulée a mis en scène les pratiques culturelles du vêtement et s’est intéressé aux malentendus, parfois graves, que suscite la dépendance à ce système. (426) Ortiz García J., Vestida con la luminosa y oscura noche del hallazgo de Osiris : algunas consideraciones sobre el manto celeste de Isis en Apul. Met. 11.3-4, dans Euphrosyne, XLV, 2017, p. 271-282. Ce passage d’Apulée décrit (ecphrasis) le vêtement de la déesse Isis ; sa source principale serait Plutarque (De Is. et Os.). (427) Benson G.C., Seeing demons : autopsy in Maximus of Tyre’s Oration 9 and its absence in Apuleius’ On the god of Socrates, dans Ramus, XLV, 1, 2016, p. 102-131, met en valeur les particularités des deux auteurs quant au thème de la démonologie : Maxime de Tyr s’appuie sur son « autopsie », Apulée, qui ne prétend pas avoir vu de démons, sur le principe d’autorité (lui-même est source d’autorité).
4Les auteurs chrétiens ne sont que trois cette année : Perpétue, Tertullien, et Cyprien.
5Chez la martyre Perpétue ont d’abord intéressé des éléments biographiques, puis ses visions, enfin la construction de cette figure martyriale. (428) Heffernan T.J., The Legacy of Misidentification : Why the Martyrs in the Passio sanctarum Perpetuae et Felicitatis were not from Thuburbo Minus, dans Journal of Early Christian History, VI, 2016, p. 126-151, donne une série d’arguments pour tenter de prouver que Perpétue et Félicité étaient originaires de Carthage et non de Thuburbo Minus comme il est écrit dans plusieurs versions [mais il n’emporte pas pleinement l’adhésion ; il est probable qu’on discutera encore ce point sans pouvoir l’élucider à moins qu’un document irréfutable ne donne la solution]. (429) DeVore M., Catechumeni, not “New converts” : Revisiting the Passio Perpetuae et Felicitatis, dans Studia Patristica, vol. LXXVII, Papers presented at the seventeenth International Conference on Patristic Studies held in Oxford 2015. Volume 3, Becoming Christian in the Late antique West (3rd-6th centuries), édit. Markus V., Oxford (International conference on Patristic Studies, 17), 2017, p. 237-247. Le terme catechumeni qui apparaît au début de PPerp, 2, 1 est mis en parallèle avec celui qui le précède, adulescentes, qui s’entend d’un âge compris entre 14 et 30 ans environ. Les catéchumènes recevaient une initiation chrétienne qui pouvait durer plusieurs années et il est possible que Perpétue ait reçu une formation approfondie [mais qui était sans doute jugée incomplète puisqu’elle n’était pas baptisée au moment de son arrestation]. (430) Dova S., Lactation Cessation and the Realities of Martyrdom of Saint Perpetua, dans Illinois Classical Studies, XLII, 2017, p. 245-265, étudie dans la Passion tout ce qui a trait à l’allaitement et à son interruption et relève que le récit de Perpétue manque de précisions. Cependant, en s’appuyant sur une bibliographie médicale, elle confirme qu’il est bien authentique. (431) Mazzucco C., Le visioni e il carisma profetico di Perpetua, dalla Passio agli Acta, dans Humanitas (Brescia), LXXII, 5-6, 2017, p. 798-822, rés. angl., étudie la façon dont les visions de Perpétue ont été interprétées, d’abord par elle-même et le narrateur, puis par les auteurs antiques depuis Tertullien jusqu’à Quodvultdeus. Elles répondent aux souffrances morales et physiques qu’elle subit et témoignent de sa détermination à les surmonter, notamment dans les première et quatrième visions, dans lesquelles elle triomphe d’un ennemi, et qui se répondent. (432) Carnevale L., Et de caseo quod mulgebat dedit mihi quasi buccellam. On Charismatic Power, Prophetic Authority and Ritual Practice in Perpetua’s First Vision, dans Texts, Practices and Groups. Multidisciplinary Approaches to the History of Jesus’ Followers in the First Two Centuries, édit. Destro A. et Pauro M., Turnhout (Judaïsme ancien et origines du christianisme, 10), 2017, p. 395-412, s’attache à la première vision de Perpétue. Il analyse plus particulièrement les différents niveaux d’interprétation qui peuvent être donnés à l’épisode dans lequel le pasteur offre une bouchée de fromage à Perpétue (Passio Perpetuae et Felicitatis, IV, 9). (433) Brändli A., Imagined Kinship : Perpetua and the Paternity of God, dans Studia Patristica, vol. LXXVII, Papers presented at the seventeenth International Conference on Patristic Studies held in Oxford 2015. Volume 3, Becoming Christian in the Late antique West (3rd-6th centuries), édit. Markus V., Oxford (International conference on patristic studies, 17), 2017, p. 45-57. Au cours de son séjour en prison et au fil des rencontres avec son père, Perpétue rompt avec lui et lui substitue Dieu. C’est ce que montre notamment la première vision qui intervient après une entrevue orageuse avec son père. (434) Gold B.K., Remaking Perpetua : a Female Martyr Reconstructed, dans Sex in Antiquity. Exploring Gender and Sexuality in the Ancient World, édit. Masterson M., Sorkin Rabinowitz N. et Robson J., Londres, 2015, p. 482-499. L’objectif de l’auteure est de montrer comment la figure de Perpétue a été recomposée par les auteurs masculins depuis le texte initial de la Passion et son éditeur au début du IIIe siècle, par les Pères de l’Église ensuite, en particulier Augustin, et ceci jusqu’à la période contemporaine. L’année 2017 est particulièrement fructueuse concernant l’œuvre de Tertullien, dont la traduction française intégrale est proposée aux éditions des Belles Lettres qui rééditent les traductions anciennes de dom R. Ceillier au XVIIIe siècle, et de l’abbé A.-E. Genoud au XIXe siècle : (435) Tertullien, Oeuvres complètes, édit Caron M., trad. et introd. par l’abbé A.-E. Genoud, suivies de Doctrine de Tertullien par dom R. Ceillier, Paris, 2017, 1170 p. (436) Poirier M., La « liste de Pontius » a-t-elle une chance de refléter l’ordre chronologique des traités de Cyprien ?, dans Text and the Material World, p. 281-287, s’interroge sur cette question, qui a déjà fait l’objet de plusieurs discussions. Seuls cinq traités bénéficient d’une datation sûre. Quant aux autres, il est difficile de se prononcer sur leur place chronologique dans l’œuvre de l’évêque et les arguments des auteurs précédents doivent être pris en compte. Une synthèse a été publiée, sur un sujet qui réunissait païens et chrétiens, en particulier Tertullien. (437) Barr J., Tertullian and the Unborn Child. Christian and Pagan Attitudes in Historical Perspective, Londres, 2017, 194 p., index. L’auteur examine, dans cette étude en quatre parties, la conception qu’avait Tertullien de l’embryon et du fœtus, notamment dans la perspective de l’avortement. Tertullien vivait dans une société qui considérait l’avortement comme un meurtre et il ne s’écarte pas de cette position commune à son temps. Ce qui intéresse donc l’auteur, c’est plutôt la diversité des arguments en fonction des objectifs rhétoriques qui guident l’écriture des traités. Tertullien tentait notamment de contrer l’accusation d’infanticide et de cannibalisme qui pesait sur les chrétiens. Il utilisait à la fois les Écritures et les traités de médecine. Nous proposons à présent les travaux sur les différents traités de Tertullien, notamment leur intertextualité, puis sur deux thèmes spécifiques à son œuvre, les juifs et les gnostiques. Les deux lettres de Pline le Jeune à Trajan sur les chrétiens de Pont-Bithynie ont eu un écho essenitel dans la pensée chrétienne, notamment chez Tertullien. (438) Corke-Webster J., The Early Reception of Pliny the Younger in Tertullian of Carthage and Eusebius of Caesarea, dans Classical Quarterly, n. s., LXVII, 1, 2017, p. 247-262. À la suite d’A. Cameron (1967), l’auteur examine de plus près la réception des lettres de Pline le Jeune chez Tertullien et Eusèbe de Césarée. En fait Eusèbe (HE, III, 33) paraphrase Tertullien (Apol., II) qui ne semble connaître que les lettres X, 96 et X, 97 : elles concernent le cadre judiciaire qui définissait les poursuites engagées contre les chrétiens dans la province du Pont-Bithynie que gouvernait Pline en 111-113. L’auteur pense que Tertullien n’a pas compris le chef d’accusation fondé sur « le nom de chrétien » et que cette erreur a établi le précédent de l’illégalité du christianisme. Il souligne que cette réception ne nous informe pas sur la transmission des lettres de Pline (très limitée apparemment) mais plutôt sur la manière et les raisons d’utiliser ces lettres. (439) Urcioli E.R., Uncanny Min/ajorities. On Tertullian’s Bluffing with Christian Numbers, dans Studi e Materiali di Storia delle religioni, LXXXIII, 2017, p. 366-381, examine l’utilisation du nombre de chrétiens chez Tertullien, principalement dans l’Apologétique. Alors qu’ils sont très minoritaires, il insiste sur la diffusion invisible du christianisme, peut-être en écho à la lettre de Pline à Trajan (Ep., X, 96, 9-10). Il en use surtout en Apol., 37, 4-8, pour susciter la crainte, avant de jouer l’apaisement dans Apol., 38-39. (440) Lugaresi L., Cottidie obsidemur. Vivere da cristiani in un mondo non cristiano. La proposta di Tertulliano, dans Krisis e cambiamento in età tardoantica, p. 169-214. L’auteur s’appuie largement sur l’Apologétique pour étudier la façon dont Tertullien représente les chrétiens au sein d’une société traditionnelle, majoritairement païenne. Dans sa présentation des activités des chrétiens, il passe du terme factio à celui de curia (Apol., 39) qui suggère une assemblée d’hommes responsables, et il veut montrer que ne pas assister aux spectacles ne constitue pas un délit. (441) Rosa P., Due note a Tertulliano (Coron. 11, 3, Nat. II, 14), dans Eikasmos, XXVIII, 2017, p. 215-223, rés. angl. Dans Coron. 11, 3, l’auteur identifie une référence à Archiloque, fr. 2 W2, et dans Nat. 2, 14, 12 une autre à la 3e Pythique de Pindare (55-58), dans le but d’attaquer les païens. (442) Micaelli C., Osservazioni su alcuni aspetti di carattere filosofico e giuridico nel De carne Christi, nell’Adversus Marcionem e nel De exhortatione castitatis di Tertulliano, dans Comunicazione, esegesi, polemica nell’antica letteratura cristiana, p. 201-222. Plusieurs passages de Tertullien concernant la corporalité du Christ et le libre arbitre, dans lesquels transparaît sa culture juridique, sont vraisemblablement dérivés du De natura deorum de Cicéron. La position de Tertullien sur le judaïsme était complexe, il ne faut pas la réduire à l’antisémitisme qui n’existait pas à son époque. (443) Lillo Botella C. et Villegas Marín R., Quoniam ex Iudaeis salus. El rol del ‘judío’ en la definición de la identidad cristiana por Tertuliano de Cartago, dans Karthago, XXX, 2016-2017, p. 145-167, analysent les deux œuvres fondamentales de Tertullien sur le judaïsme, Aduersus Iudaeos et le livre III de l’Aduerus Marcionem. Ils proposent en préambule une mise au point sur les origines du judaïsme carthaginois, avant de s’intéresser à la présence juive à Carthage au temps de Tertullien. Avec celui-ci, le christianisme apparaît comme une sorte de « judaïsme spirituel » ; il est nécessaire d’accepter certains aspects du judaïsme pour que le christianisme soit ouvert sur le genre humain. (444) Moreschini C., Tertullian’s Aduersus Marcionem and Middleplatonism, dans Zeitschrift für antikes Christentum, XXI, 1, 2017, p. 140-163, s’intéresse au contexte culturel dans lequel s’insère le débat entre Tertullien et Marcion. Il cherche à déterminer dans quelle mesure la réponse de Tertullien à Marcion s’accorde avec la philosophie de son temps. À son avis, Tertullien peut être considéré comme un sophiste chrétien, c’est-à-dire comme un lettré qui est à la fois philosophe et théologien, même s’il ne s’est jamais ouvertement défini comme tel. Tertullien n’hésite pas à utiliser des philosophes païens dans sa polémique contre Marcion et il est bien au fait des tendances religieuses hénothéistes que l’on rencontre chez les auteurs païens de son époque. Il a aussi recours à des idées issues du médio-platonisme, qu’il utilise à travers le filtre des Apologistes grecs. Finalement Tertullien ressemble par bien des aspects aux auteurs de son époque appartenant au courant de la Seconde Sophistique. Un appendice sur l’Adversus Marcionem et Novatien figure à la fin de l’article. (445) Dunn G.D., Jews and Christian in Tertullian’s Carthage, dans Text and the Material World, p. 255-266. La réalité du débat évoqué en Iud., I, 1 est admise, mais il ne faut pas y chercher une véritable relation de son contenu. Tertullien cherchait surtout à affirmer la légitimité de son identité religieuse, ce qui explique l’antijudaïsme de l’œuvre. (446) Frederiksen P., Include me out : Tertullian, the Rabbits, and the Graeco-Roman City, dans L’Identité à travers l’éthique. Nouvelles perspectives sur la formation des identités collectives dans le monde gréco-romain, édit. Berthelot K. Naiweld R. et Stökl ben Ezra D., Turnhout (Bibliothèque de l’École des hautes études. Sciences religieuses, 168), 2015, p. 117-132. Les parallèles relevés entre Tertullien et les écrits rabbiniques relèvent non pas d’une influence réciproque mais d’une démarche analogue dans un monde dominé par les religions traditionnelles. Les juifs paraissent moins radicaux que Tertullien dans le rejet des pratiques païennes, ce qui s’explique par le fait qu’ils constituent une communauté structurée depuis longtemps alors que les chrétiens, qui en forment une nouvelle, doivent se démarquer plus nettement. (447) Villegas Marín R. et Lillo Botella C., Ni hereje ni reformador : Marción en la definición de la ortodoxia cristiana prenicena, dans Ideología y religión en el mundo romano, p. 69-86, analysent la figure de Marcion de Sinope (IIe s.), utilisée par Tertullien (Apol. 24, 7, 9 ; 40, 10-12 ; Adu. Marc. 3, 13-14 ; 4, 4, 4 ; 4, 33, 4 ; 5, 3, 1 ; 5, 19, 5) pour justifier son antisémitisme [ou antijudaïsme ?]. Le gnosticisme était un autre adversaire. (448) Goldlust B., Structure logique et réseaux d’images dans le Scorpiace de Tertullien, dans Nihil veritas erubescit. Mélanges offerts à Paul Mattei, p. 19-32, rés fr. et angl. p. 795, distingue deux modes d’écriture dans cet ouvrage : l’un majeur qui donne la structure et expose le contenu doctrinal, l’autre, mineur, constitué par des images, en particulier la métaphore animale qui donne le ton et le titre au livre (scorpions-gnostiques). (449) Di Stefano A., Tertulliano e Medea, dans Bollettino di Studi Latini, XLVII, 2, 2017, p. 656-660, rés. angl. Tertullien, dans Anim., 50, mentionne Médée dans le cadre d’une invective contre le gnostique Ménandre : elle est représentée comme un exemple négatif des pratiques magiques des païens. Le passage traduit aussi l’aversion de Tertullien pour les spectacles de pantomime qui représentaient les mythes. Cyprien n’a mobilisé que trois études, la première faisant transition avec Tertullien. (450) Ciccolini L., Cyprien de Carthage, De habitu uirginum, chap. 8 : sources et fortune d’un dossier biblique, dans Nihil veritas erubescit. Mélanges offerts à Paul Mattei, p. 33-47, rés fr. et angl. p. 787-788. Cyprien reprend deux citations bibliques (I Tim. 2, 9-10 et I Petr. 3, 3-4) déjà utilisées par Tertullien, mais il les interprète différemment. Pour ce dernier mulier était l’équivalent de femina et l’exigence de modestie et de retenue dans la toilette s’appliquait à toutes les femmes, tandis que Cyprien applique les passages bibliques aux femmes mariées, mais cela lui sert aussi pour admonester les vierges. (451) Mantelli S., Ne clerici cum feminis commorentur. La crisi della disciplina e la disciplina come risposta alla crisi, dans Krisis e cambiamento in età tardoantica, p. 353-359. Dans le traité De singularitate clericorum, parfois attribué à Cyprien, l’auteur anonyme fait face à une situation qui est jugée scabreuse pour les clercs, celle de la vie commune avec des femmes. L’Anonyme adopte une position rigoriste : le péché est entré dans le monde par Ève et la femme constitue l’emblème du péril pour l’homme, même si le salut est venu d’une femme, Marie. L’œuvre a parfois été considérée comme issue d’un milieu schismatique ce qui, selon M.S., ne s’impose pas. (452) Millar F., Imperial Letters in Latin from the Time of Cyprian, dans Text and the Material World, p. 267-280, s’intéresse à nouveau à la formulation des directives impériales au milieu du IIIe siècle telle qu’elle apparaît chez Cyprien et dans les Actes. Les mots epistulae et litterae apparaissent dans les Acta, I, 1, pour l’édit de Valérien et Gallien de 257, alors que l’évêque parle d’un rescriptum dans Epist., 80, 1. L’auteur présente aussi les lettres impériales connues entre 235 et Valérien et Gallien.
6La numismatique fait bien pâle figure, avec deux malheureux titres. (453) Campo M., El Circo Máximo en las monedas y medallones romanos (s. II-III dC.), dans Glòria (La-) del circ, p. 83-87, ill., utilise un passage de Tertullien pour rappeler que l’aedes Solis, le temple de Sol, tétrastyle, a été trouvée dans la cauea du Cirque Maxime à Rome. (454) Bernard G. et Callegarin L., La titulature des magistrats et le statut de la cité de Tanger d’après l’épigraphie monétaire, dans Forme (Le-) municipali in Italia e nelle province occidentali, p. 183-192, fig., montrent une période de tâtonnements dans l’établissement des cadres municipaux et dans l’adoption du système monétaire augustéen, et confirment à leur tour que Tingi est un simple municipe jusqu’à son élévation au rang de colonie sous Claude.
7L’épigraphie reste bien la source reine au Haut-Empire. Nous avons référencé plusieurs titres de synthèse avant la revue par sites : l’armée, l’administration impériale, les institutions municipales, les femmes (des empereurs, des centurions) et enfin les tablettes magiques. (455) Hilali A., Les « bulletins de victoire » en Numidie et en Maurétanie césarienne au IIIe siècle après J.-C., dans Karthago, XXX, 2016-2017, p. 111-131. Cet article reprend le dossier de 11 inscriptions religieuses, composées dans des contextes de conflit, en Numidie et en Césarienne au IIIe siècle. Qualifiées de « bulletins de victoire » pour reprendre une expression de Michel Christol, elles intègrent une action de grâce aux divinités supposées avoir soutenu le gouverneur afin qu’il remporte un combat heureux. (456) Christol M., Sous-procurateurs équestres : des auxiliaires de gouvernement, dans Cahiers du Centre Gustave-Glotz, XXVIII, 2017, p. 107-125, rés. fr. et angl., p. 315. Cette étude fait le point sur les postes inférieurs de la carrière administrative des chevaliers (subprocurator, adiutor, subcurator), qui sont des charges occasionnelles. L’un des cas étudiés est celui de Caius Vibius Salutaris, connu par plusieurs inscriptions d’Éphèse : il fut subprocurator de Tingitane puis de Belgique à la fin du Ier siècle apr. J.-C., sans doute à la suite d’une milice effectuée dans chacune de ces provinces. (457) Le dossier des domaines impériaux a bénéficié d’une véritable édition de texte. (458) González Bordas H. et France J., A new edition of the imperial regulation from the Lella Drebblia site near Dougga (AE 2001, 2083), dans Journal of Roman Archaeology, XXX, 1, 2017, p. 407-428, 14 fig. L’article concerne la grande inscription de Dougga trouvée en 1999, très endommagée, et qui fait partie du dossier des textes relatifs aux domaines impériaux africains, dit dossier de la lex Hadriana. Il en propose une nouvelle lecture, une traduction et un commentaire linéaire détaillé. Le texte restitué informe sur l’existence d’adiutores du procurateur et sur celle de conciliabula ; il invalide aussi certaines restaurations proposées pour l’inscription d’Aïn Djemala concernant la lex Manciana. Les inscriptions d’Aïn Djemala et de Lella Drebblia datent du règne d’Hadrien, mais il faut renoncer à les identifier à la lex Hadriana. Deux titres sont encore mal élucidés. (459) Selmi S., Duodecemuir Vrbis Romae : notes sur un groupe religieux signalé à Sbeïtla, dans Cultes et lieux de culte en Byzacène, p. 61-73. À la faveur d’une inscription figurant sur une base découverte à Sufetula (CIL, VIII, 11338), l’auteur revient sur la question de cette fonction quelque peu méconnue. Le dédicataire, malheureusement resté anonyme en raison d’une lacune au début du texte, a parcouru une brillante carrière sénatoriale, sans doute au IIIe s., a été agrégé au nombre des patriciens et a été sollicité pour être patron de la cité. Très peu de titulaires de ce collège de douze personnes sont connus et l’auteur émet l’hypothèse, après bien d’autres, que la création de ce collège remonterait à Hadrien qui créa des fêtes en l’honneur de Dea Roma ; il constate que le nombre 12 revêt une importance culturelle indéniable dans les religions grecque, romaine et juive. (460) Sebaï M., Pour un réexamen des inscriptions relatives aux undecimprimi, dans Institutions municipales, p. 83-106, 1 fig., 1 tabl., reprend l’examen du dossier épigraphique relatif à l’undecemprimat, institution dont la nature n’est pas élucidée et qui a fait l’objet de plusieurs hypothèses : magistrature dans une cité pérégrine, sacerdoce, confrérie. Quelques remarques s’imposent grâce à une relecture minutieuse des documents qui conduit l’auteur à récuser l’hypothèse d’une fonction religieuse comme celle d’une confrérie mystique : il n’existe aucune preuve que les undecimprimi aient été chargés du culte de divinités. Finalement, le titre correspondrait, selon l’auteure, aux membres d’honneur des cités, qui auraient constitué en quelque sorte une anticipation des principales de l’Antiquité tardive. (461) Cortés-Bárcena C., Memoria cívica y patroni civitatis : la formula patronus perpetuus/patrona perpetua en Africa Proconsularis, dans Monumenta et memoria. Estudios de epigrafía romana, édit. Iglesias Gil G.M. et Ruiz-Gutiérrez A., Rome, 2017, p. 263-294, analyse dix inscriptions (Bulla Regia, CIL, VIII 25528 ; Lepcis Magna, AE, 1957, 235 et AE, 1954, 201 ; Pupput, CIL VIII, 24095 ; Sufetula, CIL VIII, 11338 ; Thuburbo Minus, AE 1915, 37 ; Tituli, CIL VIII, 597 et AE 1999, 1853 ; Utica, CIL VIII, 1181 ; Vaga, CIL VIII, 1222). Il conclut qu’aucune ne permet d’expliquer l’épithète perpetuus ; elles ont en commun de dater du IIIe s. et de qualifier les personnes de rang sénatorial. (462) González Fernández R., El fasto imperial y los miliarios en el siglo III. La presencia de las Augustae, dans Lucentum, XXXVI, 2017, p. 311-324, examine les milliaires qui mentionnent les femmes de la famille impériale au IIIe s., seul moment où cette pratique est attestée : 101 exemplaires, dont 27 proviennent des provinces africaines. (463) Ortiz de Bruguera J., Procedencia geográfica y extracción social de las mujeres de los centuriones de la Legio III Augusta, ibidem, p. 295-310, étudie l’origo des épouses de centurions de la IIIe légion Auguste aux Ier et IIe s. : 46 sont connues par l’épigraphie, majoritairement des citoyennes romaines, d’origine italienne et gauloise. (464) Bertrandy F., Vibia Aurelia Sabina, fille de Marc Aurèle, de Rome à la Numidie, dans Les bons comptes font les bons amis. Mélanges offerts à Christian Guilleré, édit. Ripart L. et Lagorgette D., Chambéry, 2017, p. 117-134. Une dédicace à la princesse trouvée à Belalis Maior (AE, 1978, 841) permet de déduire qu’elle était déjà née en 166, contrairement à la date traditionnelle qui la fait naître en 170. Plusieurs témoignages, dont des inscriptions d’Héliopolis et d’Éleusis, attestent sa présence auprès de son père dans ses déplacements. Cela permet de mieux rendre compte de son mariage avec L. Antistius Burrus. Plusieurs textes montrent aussi son implication dans des activités économiques et patrimoniales, d’autres témoignent de son patronat en Afrique (ILAlg., I, 241-242 ; ILAlg., II, 4661), où il est possible que la princesse ait résidé régulièrement. (465) Sánchez Natalías C., Magia et circenses, dans Glòria (La-) del circ, p. 49-54. La magie était surtout utilisée par les acteurs des jeux, en raison de sa valeur apotropaïque ou pour nuire aux adversaires. Cette étude approfondie des defixiones de cirque se fonde sur les sources papyrologiques et iconographiques, ainsi que sur les formules magiques présentes dans les tablettes d’Hadrumète et de Carthage (IIe-IIIe s.).
8Le panorama des sites commence par la Tripolitaine et une étude de ses milliaires. (466) Marmouri K., Le dispositif routier des cités de Tripolitaine aux Ier-IIIe siècles : quelques mises au point, dans Réseau (Le-) routier dans le Maghreb Antique et médiéval, p. 173-201, 4 fig., 3 tabl., rés. fr. et angl. L’article présente tout d’abord la genèse de ce réseau routier, puis le dossier des milliaires qui se répartissent en quatre périodes : les milliaires pré-sévériens, entre 8 et 105, correspondent à l’avancée romaine ou au remodelage des territoires civiques (Turris Tamalleni, Lepcis Magna) ; des restaurations des voies ont lieu sous Caracalla et en 237, sans doute dans le cadre de recensements et de mesures stimulant les capacités fiscales des cités ; des Gordiens à Dioclétien, les milliaires ont une vocation plus commémorative répondant peut-être à des bienfaits impériaux ; à l’époque tétrarchique et constantinienne, la dimension honorifique s’accentue, toujours associée à des opérations d’entretien. L’article s’achève sur une analyse des formulaires : le nominatif et le datif sont utilisées de manière indifférenciée dans les quatre groupes. Dans tous les cas, les bornes ont à la fois un caractère fonctionnel et commémoratif même si celui-ci devient plus visible à partir du milieu du IIIe s. (467) Aliquot J., La dédicace de Lepcis Magna à Tyr et les images de la ville antique, dans Sources de l’histoire de Tyr. II, Textes et images de l’Antiquité et du Moyen Âge, édit. Gatier P.-L., Aliquot J. et Nordiguian L., Beyrouth, 2017, p. 79-86, 4 fig., reprend l’étude de cette inscription bilingue effectuée par J.-P. Rey-Coquais en 1987 (AE, 1987, 958-959) et revue en 2006 (I. Tyr, 48-49), dans laquelle Lepcis Magna fait une dédicace à sa métropole. Elle date du début du règne de Septime Sévère, après l’octroi du droit italique à la ville, et Tyr est représentée en Tyché avec un palmier à ses pieds. (468) Marmouri K., Temple de Liber Pater ou Capitole ? L’apport des inscriptions à l’identification d’un lieu de culte de Lepcis Magna, dans Antiquités Africaines, LIII, 2017, p. 5-21, 19 fig., 1 tabl., rés. angl. L’attribution traditionnelle du temple construit sur le côté nord-ouest du vieux forum de Lepcis Magna à Liber Pater a été contestée par quelques savants qui proposent d’y voir un capitole. L’édifice, daté de la fin du Ier s. av. J.-C. ou du début du Ier s. apr. J.-C., adopte un modèle italique et possède une cella tripartite. L’étude du dossier épigraphique montre que la triade capitoline n’est mentionnée que dans une seule inscription (IRT 290), tandis que les dédicaces votives et impériales en latin découvertes dans le monument et à proximité évoquent à plusieurs reprises Liber Pater (tabl. 1). L’attribution du temple à cette divinité reste donc la plus vraisemblable. Les sites de Tunisie apportent toujours une belle moisson de travaux épigraphiques, souvent de qualité. (469) Id, Nouvelles observations sur le statut municipal de Gightis, dans Institutions municipales, p. 39-54, 6 fig. Après avoir repris l’état du dossier concernant l’évolution du statut juridique de la cité, l’auteur s’appuie sur un hommage rendu par le sénat de Gigthis à un grand notable, Caecilius Claudianus Aelianus (CIL, VIII, 11032) pour revenir sur les modalités de la promotion de la cité. Le document retrace la carrière du personnage, puis sa démarche pour obtenir le changement de statut, c’est-à-dire le passage de la cité pérégrine au statut municipal. Caecilius Claudianus Aelianus rejoint alors deux autres notables locaux qui ont effectué gratuitement des légations à Rome pour l’obtention du droit latin majeur. Trois autres documents en relation avec le proconsul Q. Egrilius Plarianus semblent attester que l’événement s’est produit à la fin du règne d’Antonin le Pieux. (470) Hilali A., Gens et Ciuitas en Afrique proconsulaire. Le municipe de Turris Tamalleni (Telmine), ibidem, p. 107-120, 3 fig. La surveillance des frontières était assurée aussi bien par des dispositifs militaires que par la fixation de noyaux urbains. L’exemple de Turris Tamalleni illustre bien le passage de la gens puis de la ciuitas de la tribu des Nybgenii à une organisation municipale de type romain dans les oasis présahariennes. Le territoire est arpenté sous le règne de Tibère puis délimité sous celui de Trajan dans un processus de fixation de la population locale, sans négliger la présence d’un praefectus limitis Thamallensis, qui est mentionné dans l’Antiquité tardive, analogue à ceux d’autres secteurs. (471) Mrabet A., Mani T. et Hamrouni R., Nouvelles découvertes de marques amphoriques à Sullecthum (Salakta, Tunisie), dans Estudios sobre el Monte Testaccio VI, p. 629-681, 3 fig., 3 tabl., 10 pl., livrent un catalogue de 93 timbres, 34 contremarques et 4 graffiti. Le matériel est majoritairement constitué d’amphores romaines classiques (Ier s./IIIe s.) : Africaine IA et B, les plus représentées, Africaine IIA et IID, une faible présence de Leptiminus I et de Keay XXV. Parmi les timbres, 23 sont nouveaux, et parmi les 34 contremarques, 13 sont nouvelles. Pour l’estampillage, les artisans de Salakta ont préféré le creux plutôt que le relief (83 occurrences contre 10). Il existe un lien étroit entre l’économie du timbre, souvent sur le col, et la morphologie de l’amphore. L’étude confirme aussi la variété des formes du toponyme : à trois lettres (ASY, SVL), quatre lettres (ASYL, ASVL), cinq lettres (ASYLL, ASVLL) et la tendance bien attestée à utiliser indifféremment le V ou le Y. (472) Naddari L. et Hssini-Hamdi O., L’édifice du culte impérial de Thysdrus : épigraphie et statuaire, dans Cultes et lieux de culte en Byzacène, p. 119-142, 20 fig. En mettant à contribution une dizaine de documents (trois inscriptions et sept bustes ou statues, dont certains permettent une identification assurée, d’autres plus hypothétique), les auteurs proposent de mettre le monument dit du culte impérial en rapport avec l’empereur Antonin le Pieux et sa famille. Ils distinguent deux phases : la première, qui daterait de 157, serait à mettre en rapport avec les uicennalia de l’empereur. Ensuite, le monument aurait reçu des actes de dévotion au début du règne de Marc Aurèle, entre 161 et 169. À noter, une base en marbre dédiée à Domitia Aurelia Faustina, septième enfant de Marc Aurèle et de Faustine la Jeune, décédée en bas âge. (473) Ghaddhab R. et Kaabia R., Aedes Mineruae inter Adrumetinos et Tysdritanos : essai de localisation, ibidem, p. 67-117, ont tenté de localiser le temple de Minerve (aedes Mineruae), objet d’un litige entre les habitants d’Hadrumète et ceux de Thysdrus, qui est mentionné dans le Corpus agrimensorum romanorum (éd. C. Thulin, vol. I, fasc. 1, p. 48, § 269). Après avoir récusé le témoignage d’une mosaïque représentant la querelle d’Athéna et de Poséidon pour la possession de l’Attique, les auteurs commentent la dédicace d’un petit autel à la déesse (AE, 2003, 1932). Ce petit monument provient vraisemblablement du site d’Al Hawwariyya de Kerker, à mi-chemin entre les deux cités. Comme les dédicants ont offert des statuettes à la divinité, les auteurs proposent de situer l’aedes Mineruae en ce lieu. (474) Grira M., Note sur une nouvelle inscription latine de Kalaa Sghrira (gouvernorat de Sousse – Tunisie), dans Africa, XXIV, 2017, p. 123-134, 3 fig. L’épitaphe, gravée sur chaque face d’un autel funéraire en marbre, a été conservée grâce à sa réutilisation comme contrepoids de pressoir. Elle est dédiée à sa femme défunte, Pompeia Zois, par un affranchi impérial, M. Aurelius Aprhodisius (sic). Peut-être était-il au service de l’empereur dans le cadre de la gestion de la regio Hadrumetina. (475) Hamdoune C., Les élites d’Hadrumète dans le patrimoine épigraphique, ibidem, p. 147-156. Les inscriptions d’Hadrumète relèvent du domaine privé dans leur immense majorité. Deux attestations sur des Hadrumétins qui ont pu accéder à l’ordre sénatorial ou à l’ordre équestre et trois textes d’aristocrates locaux en trois siècles constituent un « maigre bilan ». Les textes sont souvent très concis, mais le patrimoine épigraphique apporte des éclairages sur les mentalités et la culture. En annexe figurent trois poèmes épigraphiques. (476) Van der Ploeg G., African and Ostian connections : the case study of Lucius Caecilius Aemilianus, dans Ancient Society, XLVII, 2017, p. 221-236. Les contacts entre Ostie et l’Afrique du Nord sont évoqués à travers l’exemple d’une inscription réalisée à Ostie par Lucius Caecilius Aemilianus au IIe s. apr. J.-C. (AE, 1940, 64). Le texte rapporte trois aspects de l’identité de l’auteur : une carrière militaire brillante (vétéran de la Ière cohorte prétorienne), civique (décurion et duumuir à Aeliae Uluzibbirae) et commerciale (membre du prestigieux corpus splendidissimum importatorum et negotiantium uinariorum, à Ostie). La combinaison est inhabituelle mais porteuse de sens : son passé militaire et civique a facilité l’appartenance de Caecilius à un réseau commercial en Afrique (lié à la viticulture) et affirmé son honorabilité. Contrairement à ce qu’affirme l’auteur (p. 223), la cité d’origine est sans doute bien mentionnée dans l’inscription : ce pourrait être celle où s’est déroulée sa carrière municipale. Les travaux de N. Tran sur les collèges ne semblent pas connus. (477) Ben Abid L., Le panthéon de Limisa à travers l’épigraphie latine, dans Cultes et lieux de culte en Byzacène, p. 43-60, 5 fig., s’intéresse aux attestations épigraphiques des divinités et des prêtres de Limisa. Aux deux anciennes divinités indigènes, Maragzu et Saturne, se sont ajoutées les divinités de Rome, telles Minerve, Junon, Mercure ou les dii Augusti. Sont aussi présents le culte du Genius, celui de Cérès et des flamines du culte impérial. Ceci montre la romanisation progressive des divinités de la cité, essentiellement à partir du règne d’Hadrien [sauf pour Saturne, dont l’évolution depuis Baal’Hammon est précoce], romanisation religieuse qui va de pair avec celle des institutions, et qui aboutit à la promotion juridique de la cité sous le règne de Septime Sévère. (478) Abid H., Précisions sur l’histoire de Gales à l’époque romaine à la lumière d’un nouveau texte épigraphique, dans Institutions municipales, p. 55-76, 12 fig. Une belle inscription a été découverte par l’auteur dans la cité de Gales située dans la vallée de l’oued El Kebir (AE, 2017, 1708). Elle commémore la construction de thermes (balneum) d’une taille modeste par un notable évergète, T. Paetius Protoctetus, sur un terrain privé. La prospection a permis de retrouver les traces de l’édifice près duquel se trouvent une canalisation et des tubes de coffrage. La donation s’est accompagnée d’un banquet. Quant à la composition de la population, l’onomastique montre avec deux tableaux, p. 65 et 67, une forte présence de pérégrins. Gales est restée une ciuitas au moins jusqu’aux années 235-238, mais elle s’était dotée de décurions et de flamines. (479) Selmi S., Un nouveau flamine impérial d’Abbir Maius : [-V]ibius Pudens, dans Karthago, XXX, 2016-2017, p. 65-79, 5 fig., 1 tabl. Une inscription honorifique découverte à Abbir Maius et datée du règne de Caracalla fait connaître le nom d’un flamine du culte impérial, et sa carrière locale (prêtre du divin Sévère, puis flamine perpétuel) ; il prit part à l’évergétisme municipal à travers les honneurs rendus à un personnage important, distingué avec ses fils par des statues. (480) Cherif A., Territoire assigné ou territoire laissé ? À nouveau sur le rapport entre Sufetula (Sbeïtla, en Tunisie) et les Musunii, dans Antiquités Africaines, LIII, 2017, p. 63-77, 2 fig., rés. en angl. L’interprétation des lettres PMSM observées sur des bornes découvertes à l’est du municipe romain de Sufetula (CIL, VIII, 23220-23225) posent problème. L’auteur examine les mentions épigraphiques du toponyme Sufetula et du terme adsignatus durant le Haut- Empire, ce qui le conduit à rejeter la lecture Publica municipii Sufetulensium adsignata Musuniis, proposée précédemment, car il n’existe pas de preuves qu’une tribu ait été bénéficiaire d’une assignation de terres aux dépens de l’ager publicus d’un municipe ou d’une colonie. L’organisation municipale et domaniale se fit toujours aux dépens du territoire tribal, jamais le contraire ; le nom du municipe, Sufetula Musuniorum, veut donc rappeler le lien ancien entre la cité et la tribu. La promotion de la ville au rang de colonie, au début du IIIe siècle, entraîne la disparition du nom tribal dans la titulature de Sufetula, marquant l’intégration de la gens. (481) Naddari L., Sur les premières phases de l’organisation municipale de la colonia Flauia Augusta Emerita Ammaedara (Haïdra, en Tunisie), dans Institutions municipales, p. 29-38, 2 fig. La ville doit sa déduction à un empereur flavien, Vespasien sans doute, vers 75 ap. J.-C., lorsque la Troisième Légion Auguste est transférée à Theveste. Les vétérans forment sans doute les premiers cadres institutionnels et l’un d’eux, connu par deux textes datant de la fin du Ier siècle ou du début du IIe, aurait exercé les magistratures avant de devenir préfet des Musulames et des Musunii Regiani. (482) Naddari L. et Benzina Ben Abdallah Z., Pagus Romanus dans la pertica de la colonia Flavia Augusta Emerita Ammaedara, dans Peuplement (Le-) du Maghreb antique et médiéval, p. 51-64, 7 fig., 2 tabl., font le point sur le peuplement d’origine allogène dans l’arrière-pays de cette colonie. Des emeriti (vétérans) en ont formé le noyau et certains se sont installés dans ses pagi à l’initiative des autorités romaines au Ier siècle apr. J.-C., avant la promotion de la ville en colonie. Les auteurs publient trois inscriptions dont l’une mentionne l’existence d’une évergésie accomplie dans le pagus Romanus. Le doute subsiste quant à la traduction de l’adjectif : faut-il le comprendre comme un qualificatif (le pagus romain) ou bien comme un toponyme (le pagus nommé Romanus) ? Les deux autres textes sont des épitaphes. L’Algérie est, elle aussi, bien représentée. (483) Briand-Ponsart C., La permanence d’une frontière interne à la Numidie et les Alpes numidiques, dans Réseau (Le-) routier dans le Maghreb Antique et médiéval, p. 269-284, rés. fr. et angl., examine deux textes épigraphiques (ILAlg., I, 3876, ILAlg., I, 3875) relatifs à des travaux de réfection de la voie qui allait d’Annaba (Hippo Regius) à Guelma (Calama), sur la chaîne littorale : il y est mentionné des « Alpes numidiques » et cette expression est associée à d’autres termes poétiques, inhabituels pour des bornes milliaires ; en outre le légat d’Hadrien chargé des travaux, M. Valerius Etruscus, est qualifié de legatus suus propraetore, ce qui est une formule rare : elle indique que le légat de la IIIe légion Auguste effectuait une mission que l’empereur lui avait confiée sans passer par l’autorité du proconsul. Cette mission est à mettre en relation avec l’importance de cette voie pour l’acheminement du blé numidique, dans une région où les domaines sénatoriaux étaient nombreux. Cette infrastructure routière et commerciale n’avait nul besoin que fût créée une Numidie provinciale qui aurait mis en danger des équilibres désormais vieux de 150 ans. (484) Ead., La population de Calama pendant le Haut-Empire, dans Peuplement (Le-) du Maghreb antique et médiéval, p. 9-33. Les Romains se sont intéressés dès la fin de la République à la région : des familles sénatoriales y ont acquis des domaines et ont exercé le patronat sur la ville au cours des deux premiers siècles apr. J.-C. Parallèlement se produisait une immigration, surtout depuis l’est de la province et depuis la Cirtéenne à l’ouest, et quelques familles sont originaires de provinces orientales. Alors que progressait la romanisation juridique et culturelle, les noms d’origine locale sont restés fréquents, montrant la persistance de la culture libyco-punique au sein de la population. (485) Christol M., Le légat et la légion à Theveste (Tebessa) sous Domitien, dans Gens d’Afrique romaine et autorités romaines en Afrique du Nord, p. 271-290, 6 fig., revient sur la restitution d’une inscription de la cité (CIL, VIII, 1851, puis 16502), qui fut révisée par S. Gsell (ILAlg., I, 3029). La Troisième Légion Auguste doit être restituée au nominatif, car elle est l’acteur de la construction inconnue entreprise par un de ses légats non encore identifié. C’est un des premiers documents qui suit l’installation de cette légion à Theveste. (486) Haïf Khaïf M.B. et Le Bohec Y., Une inscription trouvée à Mekhadma (wilaya de Biskra), dans Ikosim, VI, 2017, p. 67-70, pl. IV. 3, présentent une inscription inédite trouvée au sud-ouest de l’Aurès. Elle est entourée d’une moulure et ne présente aucune difficulté de lecture. Elle fait connaître la dédicace d’un monument (inconnu) construit au nom de Trajan par le légat de la IIIe légion, L. Acilius Strabo Clodius Nummus. Elle comporte une erreur de datation, soit sur le nombre de puissances tribuniciennes (XIII), soit plutôt sur le nombre de consulats (VI). En tout état de cause, elle témoigne que le légat est resté en fonction cinq ans, entre 109 et 113, et qu’il est arrivé plus tôt qu’on ne le pensait. Le texte confirme aussi que la présence de Rome a été forte et précoce dans la région. (487) Baroni A.-F., La praefectura iure dicundo des colonies contribuées de la Confédération cirtéenne, dans Forme (Le-) municipali in Italia e nelle province occidentali, p. 244-253, revient sur l’« hapax administratif » que constitue la Confédération cirtéenne (nommée dans les sources épigraphiques : res publica IIII coloniarum), en s’attachant plus particulièrement à la figure des praefecti iure dicundo qui, d’après les chercheurs, seraient envoyés par Cirta dans les trois « colonies » de Chullu, Mileu et Rusicade. En réalité, selon l’auteur, rien ne prouve que la praefectura iure dicundo des trois colonies ait existé, et les sources épigraphiques semblent indiquer qu’elle n’était pas comptée comme un honos dans le cursus honorum cirtéen. Cette fonction, en tout cas, ne serait pas une nouvelle exception au droit romain : il est plus probable qu’elle consistait en une délégation de pouvoirs, comme la praefectura iure dicundo attestée dans d’autres colonies romaines, et n’était adaptée qu’aux besoins locaux et à l’administration d’un immense territoire. (488) Bertrandy F., Les hommages aux empereurs dans la « Confédération cirtéenne » (Ier-IIIe siècles), dans Karthago, XXX, 2016-2017, p. 81-109, 2 fig., 5 tabl. Comme l’illustre cette longue étude qui embrasse la période du Haut-Empire, la colonie romaine de Cirta a manifesté très précocement son attachement aux empereurs et à la famille impériale. Sont ainsi répertoriées les inscriptions au genius et au numen de l’empereur, les dédicaces aux diui et aux diuae, les dédicaces pro salute imperatoris dédiées à une divinité romaine (africaine ou orientale) ou à des abstractions impériales divinisées, puis les hommages rendus aux empereurs par les IIII coloniae et les pagi de la Confédération cirtéenne. (489) Id., Regards sur la dissolution de la « Confédération cirtéenne » en Numidie (IIIe siècle apr. J.-C.), dans Latomus, LXXVI, 2, 2017, p. 358-384, 4 tabl. L’auteur part d’une inscription funéraire de Mila (CIL, VIII, 8210, Mileu), le seul texte à faire directement mention de la dissolution de cette confédération de colonies. Après s’être penché sur les inscriptions antérieures à la dissolution, qui laissent entrapercevoir le fonctionnement de la confédération, l’auteur envisage l’organisation de la Numidie cirtéenne dans les années qui ont suivi la dissolution. Celle-ci ne résulte pas d’une intervention brutale de l’administration impériale, pas plus qu’elle n’est, selon F.B., une conséquence de la « crise » du IIIe siècle. Elle apparaît bien davantage comme le résultat d’un délitement des liens entre les communautés au sein de la « Confédération cirtéenne ». Selon toute vraisemblance, elle fut dissoute au début du règne de Gallien. (490) Coltelloni-Trannoy M., Le langage des pierres : le mot et l’image sur les stèles votives et funéraires de Caesarea de Maurétanie (Cherchell, Algérie), dans Langages et communication, p. 139-157, 10 fig., examine en détail un lot de stèles funéraires ou dédiées à Saturne, datées entre le Ier s. av. J.-C. et le Ier s. apr. J.-C. Texte et image fonctionnent de manière autonome, avec les codes qui leur sont propres, dans le but de communiquer avec le monde des dieux et celui des hommes. Ces documents témoignent d’une époque de transition, entre tradition locale et nouveauté des apports romains. (491) Dalla Rosa A., Les successeurs désignés du Prince et leur patrimoine. À propos de la délimitation d’Er-Rahel en Maurétanie Césarienne (CIL VIII 21663), dans Cahiers du Centre Gustave-Glotz, XXVIII, 2017, p. 197-212. Cette inscription d’une borne placée la cité de Regiae et un saltus en 137 apr. J.-C. soulève plusieurs questions. La première concerne le décalage des dates entre l’adoption d’Aelius César en 136 par l’empereur Hadrien et la titulature d’Hadrien qui indique l’année 137. La deuxième est la mention d’auspices pris par Aelius César à ce propos. L’auteur suggère que les auspices ont été pris par Aelius César au moment où il est devenu propriétaire du saltus, domaine qui lui aurait été donné par Hadrien en même temps qu’il était adopté. Les bornes auraient été placées un peu plus tard, en 137, ce qui explique le décalage des dates. Le dernier titre est dédié au Maroc. (492) Brahmi N., À la limite de l’espace rural : la vie religieuse dans les camps militaires du territoire de Volubilis, dans Campagnes et archéologie rurale, p. 41-52, 5 fig. Les trois camps proches de Volubilis (Aïn Schkour, Tocolosida et Sidi Moussa Bou Fri) sont tout d’abord situés, puis huit inscriptions qui en proviennent sont examinées : elles attestent les dévotions adressées à des divinités topiques pouvant protéger les soldats aussi bien que les civils et des hommages rendus aux empereurs ; les divinités romaines sont très peu présentes, mais ce constat reflète peut-être simplement le hasard et surtout la faiblesse de la recherche sur ces camps.
9Les travaux archéologiques ne sont jamais très nombreux dans cette section mais on trouvera de nombreux compléments au chapitre des Généralités et dans la rubrique Épigraphie ci-dessus. Nous avons réuni ici plusieurs titres qui portent sur les arts, sculpture, puis les mosaïques, et la céramique, et nous procéderons ensuite par ordre géographique. (493) Kopczynski N., Viguerie L. de, Neri E. et alii, Polychromy in Africa Proconsularis : investigating Roman statues using X-ray fluorescence spectroscopy, dans Antiquity, XCI, 355, 2017, p. 139-154, 7 fig. La couleur était une composante clef de la sculpture antique, mais elle a rarement survécu. Cinq fragments sculptés issus d’Afrique proconsulaire, datant des IIe-IIIe siècles, dont une tête d’Athéna Lemnia et une jambe de soldat provenant du musée du Bardo, ont été examinés en utilisant des techniques indiquées ; de nombreux pigments ont été détectés. Ce procédé pourrait permettre une approche nouvelle dans les futures études sur la statuaire. (494) Drissi H., Un atelier de copiste à Thuburbo Maius au IIe siècle ap. J.-C., dans Iconographie du quotidien dans l’art provincial romain. Modèles régionaux. Actes du XIVe congrès international d’art provincial romain, Dijon, juin 2015, édit. Lefebvre S., dans Revue archéologique de l’Est, 44e Suppl., 2017, p. 149-165, 17 fig. En Afrique proconsulaire, le métier de sculpteur s’exerce dans des ateliers aussi bien permanents qu’itinérants. Celui de Thuburbo Maius a développé ses propres types et modèles iconographiques. Grâce à un travail de recollement au Musée du Bardo, quatre-vingt-dix-neuf statues provenant de fouilles effectuées dans la ville au début du XXe siècle ont été recensées. Une grande partie de ces statues, qui présentent une homogénéité de taille au tiers de leur grandeur nature, avait été déplacée dans les thermes de la ville. L’auteur décrit les procédés de taille, les différents outils utilisés, les modes d’assemblage. Au Ier siècle, les sculpteurs ont utilisé un calcaire jaune difficile à travailler, puis ils ont eu recours à l’importation de trois sortes de marbre. Cet atelier s’est converti au IIe siècle en copiant les modèles romains. (495) Ibba A. et Teatini A., L’admirable spectacle offert par monsieur Magerius à ses concitoyens : nuove riflessioni su un enigmatico mosaico dalla regione di Sousse (Tunisia centro-orientale), dans Archeologia e tutela, p. 225-266. Ce travail érudit, qui étudie le panneau central de la mosaïque de Smirat (Musée de Sousse), met en rapport les venationes et les sodalitates. Il conclut à une datation d’époque sévérienne et par l’hypothèse que l’amphithéâtre réprésente celui de Thysdrus. Les auteurs étendent leur réflexion aux chasses en général et ils examinent l’onomastique révélée par l’inscription. Ils constatent que cette mosaïque vise à célébrer un acte d’évergétisme municipal et qu’elle date des années qui ont précédé le milieu du IIIe siècle. Iconographie et bibliographie sont à l’unisson : de qualité. (496) Helali A. (sic), Les mosaïques de Thaenae : la culture gréco-romaine en images, dans Cultes et lieux de culte en Byzacène, p. 179-193, 11 fig. Thaenae fut un port prospère durant toute l’Antiquité et la cité recèle de belles mosaïques provenant des thermes et des uillae. La plupart illustre des scènes mythologiques sans qu’il soit possible de distinguer entre un sens purement décoratif et une signification symbolique. Les thèmes sont en lien avec la mer (Océan dans une mer poissonneuse), Scylla, la musique et la poésie (Arion et Orphée). Y figurent aussi Vénus, Méduse et d’autres sujets. Ces mosaïques datent du IIIe s., un moment où les mosaïstes africains passent de l’imitation à la création. (497) Jeddi N., La mosaïque d’Arion de Thaenae (Thyna en Tunisie), dans Africa, XXIV, 2017, p. 157-172, 7 fig. Cette somptueuse mosaïque, qui a été trouvée dans les grands Thermes de la ville et pourrait dater de la première moitié du IIIe siècle, a été endommagée par le temps, et il n’en reste que des morceaux, assez grands il est vrai. On y voit, outre Arion, une Vénus Anadyomène, Héro et Léandre, Scylla, une autre Vénus et différents personnages de la mythologie. Il convient d’accorder un intérêt particulier aux Néréides et aux Tritons, aux embarcations des pêcheurs et aux quatre factions du cirque. Il semble à l’auteur que plusieurs indices attestent de liens avec l’économie de la cité, qui était un port florissant. Deux études de céramique concernent des sites européens (compléter avec les Généralités). (498) Vizcaíno J., Un molde cerámico con escena de ludi circenses hallado en el barrio de foro de Carthago Nova, dans Glòria (La-) del circ, p. 101-106, ill. Ce moule en céramique bivalve comporte un décor de circenses qui connaît de nombreux parallèles dans le nord et le centre de la Tunisie (fin IIe s.-début IIIe). (499) Formato L.C., African Red Slip Ware and African Cooking Ware from the military camp of the legio II Parthica at Albano Laziale, Italy, dans Rei cretariae Romanae fautorum acta, XLIV, Congressus vicesimus nonus rei cretariae Romanae fautorum Coloniae Ulpiae Traianae habitus MMXIV, édit. Biegert S., Bonn, 2016, p. 175-182, 4 fig. Le matériel étudié a été trouvé lors de différentes fouilles, dans l’angle nord-ouest du camp, au total 543 fragments (333 de céramique de cuisine et 210 de céramique fine) : 6 % des céramiques proviennent d’un atelier nord-tunisien, mais la très grande majorité sort des ateliers du centre de la Tunisie. La majorité des formes de sigillées appartient au IIIe s. La vaisselle de cuisine est datée entre la seconde moitié du IIe s. et la première moitié du IIIe. Ces données permettent de connaître la date de fondation du camp, fin IIe s., conformément aux données épigraphiques (CIL, VI, 3409) et littéraires (Dion Cassius, XXIV, 4) et il fut en activité jusqu’à la fin du IIIe.
10La recension des travaux par sites commence avec la Tripolitaine. (500) Chaisemartin N. de, Réflexions sur la schola du decumanus à Lepcis Magna et son contexte urbain, dans Antiquités Africaines, LIII, 2017, p. 23-51, ill., rés. angl. et ital., examine un monument dégagé sur le bord nord du decumanus, au nord-ouest de l’arc de Septime Sévère. Cet édifice, qui a parfois été interprété comme une schola, pose encore des problèmes. Il comprend une cour, encadrée d’un portique sur trois côtés, et ses petits côtés sont prolongés par une exèdre semi-circulaire. Sur le côté nord, a été aménagée une rangée de niches dont il reste des bases de statues. La datation s’établit au début du IIe siècle apr. J.-C., mais les thermes qui le jouxtent datent de la fin du Ier siècle. Les inscriptions découvertes relient ce bâtiment à Aquilia Blaesilla et aux Plautii, une puissante famille locale. L’ensemble permet d’y voir un septizodium, un calendrier monumental destiné à exposer les dieux de la semaine. (501) Paulin M., Quelques questions sur le système de distribution d’eau dans les « Thermes du Levant » à Lepcis Magna (Libye), dans De Lepcis Magna à Derna. De la Tripolitaine à la Cyrénaïque : travaux récents sur la Libye antique, édit. Michel V., Études Libyennes, III, Paris, 2016, p. 151-174, 15 fig. En l’état actuel des connaissances, le complexe des « Thermes du Levant » est issu du développement urbain sur la rive droite du fleuve côtier. L’édifice s’organise en deux sous-ensembles, l’un voué à l’activité artisanale et commerciale, l’autre aux activités balnéaires, puis reconverti à des fins artisanales. Le bloc thermal répond aux canons de l’architecture romaine. Sont examinées les différentes sources possibles d’approvisionnement en eau : aqueduc, citernes, présence d’un petit impluuium. Deux galeries souterraines ont été creusées en bordure de l’édifice, ce qui laisse penser à une alimentation souterraine ; une fosse et la présence d’aménagements à l’intérieur suggère une roue élévatrice. Dans la zone froide, un réseau sous pression pénétrait dans le frigidarium. Néanmoins, il sera nécessaire d’effectuer de nouvelles fouilles pour préciser ce système d’alimentation et d’évacuation en eau. (502) Benaros M., Les développements architecturaux de Leptis Magna à l’époque sévérienne (193-235), ibidem, p. 133-150, 15 fig. L’auteur avance l’idée que la conception architecturale de l’ensemble forum-basilique d’époque sévérienne s’est inspirée de réalisations effectuées dans la partie orientale de l’Empire. L’irrégularité du plan d’ensemble posait un problème complexe. Sont successivement décrits la basilique, le forum avec ses portiques, les pièces situées entre le portique nord-est et la basilique, le temple. L’auteur suggère un financement impérial, ce qui reste à prouver. (503) González Galera V., Representacions de mim als circs : fonts literàries, documentals i iconogràfiques, dans Glòria (La-) del circ, p. 43-48. Les témoignages de spectacles de mimes dans les cirques sont assez tardifs ; cependant la découverte d’une mosaïque aux environs de Leptis Magna (dans le Wadi Lebda, en 2014) apporte un nouvel éclairage sur la question et suggère que des mimes s’y déroulaient avant le IIIe s. apr. J.-C. (504) Di Vita A., Per un profilo del capitello a foglie lisce : i capitelli del tempio di Liber Pater ed il capitello a foglie lisce di Sabratha, dans Tripolitania (La-) antica, p. 59-93, fig. 1-71, avec une présentation par (505) Rocco G., p. 59-61 et un Appendice de (506) Tabasso M.L., Analisi su campioni di intonaci provenienti da Sabratha (Libia), I-IV sec d. C., p. 95-98, fig. 72-85. Contrairement à l’opinion selon laquelle ces chapiteaux à « feuilles lisses » seraient inachevés, l’auteur démontre qu’ils résultent d’un choix délibéré jusqu’au milieu du IIe siècle en relation avec la production alexandrine. Cette option est particulièrement nette dans les deux temples de Liber Pater et d’Isis reconstruits après le tremblement de terre de 65-70. Les photos qui accompagnent l’article témoignent d’une réalité qui par la suite a disparu de la décoration architectonique. Nous passons en Tunisie à présent. (507) Grira M., Le franchissement des cours d’eau en Afrique proconsulaire : Notes préliminaires sur les ponts de la voie Carthage-Theveste, dans Réseau (Le-) routier dans le Maghreb Antique et médiéval, p. 103-128, 28 fig., rés. fr. et angl. Cette étude fait le point sur un type d’ouvrages assez rarement examiné de près parce que la route Carthage-Theveste a surtout été étudiée à partir de la documentation épigraphique. C’est une enquête préliminaire qui s’intègre dans une étude d’ensemble sur les ponts de l’Afrique proconsulaire. 37 ponts franchissant des cours d’eau sont recensés dans la première partie de l’article, puis vient le commentaire de synthèse (sur les techniques et la typologie des ponts) et enfin la conclusion : la plupart de ces ouvrages ont sans doute été construits en même temps que le pavage de la voie, en 123. Des relevés et une étude architecturale des vestiges sont attendus. (508) Ben Baaziz B., Le pont romain d’El Fahs, dans Réseau (Le-) routier dans le Maghreb Antique et médiéval, p. 21-37, 39 fig., rés. fr. et angl., propose une restitution de ce pont situé sur l’oued Miliane, au sud de Thuburbo Maius, à partir des seize fragments trouvés sur place : c’était sans doute un pont à neuf arches et huit piles, avec un tablier d’environ 80 m L. et 6 m l., pour une hauteur d’environ 10 m (jusqu’au fond de la rivière). Il pourrait dater du règne d’Hadrien, mais c’est à confirmer. (509) Naddari L. et Ben Nejma M., Le mausolée dit « Ksar el-Guennara » (environs de Thala) : étude architecturale et historique, dans Campagnes et archéologie rurale, p. 53-77, 5 pl., 18 fig. Ce mausolée est tout d’abord situé dans son contexte archéologique (un site rural aux environs du Saltus Massipianus), puis étudié en détail : architecture (catégorie des mausolées-temples) et inscription du linteau ; l’ensemble date du IIIe s. apr. J.-C. Les deux familles représentées, les Veturii et les Fabricii, sont connues dans plusieurs sites ruraux des environs, où ils font acte d’évergétisme. Le mausolée perpétue lui-même la mémoire des deux gentes. L’Algérie et le Maroc ferment cette rubrique avec peu de titres. (510) Hathout H., Les derniers secrets de l’aqueduc d’Hippone, dans Archéologia, n° 557, septembre 2017, p. 10-11, ill., rapporte les travaux de terrain effectués à partir de 2013 sur cet édifice long de 16 à 18 km : prospections pédestres et relevés photogrammétriques ont permis de repérer le captage de l’aqueduc situé à environ 1000 m d’altitude à l’ouest d’Hippone, son parcours, passant par cinq ponts et aboutissant aux citernes d’Hadrien. (511) Hadji Y.R., Les découvertes archéologiques de Badias, dans Numidie (La-), Massinissa et l’histoire, p. 285-294. Ce chercheur a découvert un four, une base de colonne, une stèle anépigraphe et l’épitaphe d’un soldat qui a servi dans la cohors II Flauia Afrorum. On savait que cette unité a fait partie de l’armée d’Afrique depuis la publication d’un diplôme de 127 : Weiß P., Chiron, XXXII, 2002, p. 497-500 (AE, 1751 et 1752). Il est intéressant de rapprocher les deux documents ; ils permettent de penser que la cohorte a servi dans le sud de l’Algérie actuelle au début du IIe siècle. (512) Hilder J., Inner space : the integration of domestic space at Volubilis in the 3rd c. A.D., dans Public and Private in the Roman House and Society, édit. Tuori K. et Nissin L., Portsmouth (Journal of Roman Archaeology. Supplementary series, 102), 2015, p. 161-176, plans, utilise la « syntaxe » de l’espace pour analyser l’interconnection des espaces domestiques en prenant pour cas d’école des maisons de Volubilis.
B. Bibliographie
11Cette section dévolue aux synthèses sur l’Afrique du Haut-Empire est très peu abondante puisque la grande majorité des travaux consacrés à cette période ont été recensés dans les Généralités ou dans la section dévolue aux Sources.
12L’histoire événementielle compte trois titres. (513) Vismara C., Traiano e le province africane, dans Traiano. Costruire l’Impero, creare l’Europa, édit. Parisi Presicce C. et Costa S., Rome, 2017, p. 57-64, propose un panorama rapide et parfois daté. Le lecteur y retrouvera néanmoins quelques références aux inscriptions et un paragraphe sur l’hellénisme en Afrique. (514) Cosme P., Qu’allait faire Caluia Crispinilla en Afrique ?, dans Gens d’Afrique romaine et autorités romaines en Afrique du Nord, p. 263-270. Calvia Crispinilla, une aristocrate romaine, est liée au coup d’État de Clodius Macer en Afrique au printemps 68, mais il est difficile de préciser en quoi consistaient les relations entre ces deux personnages. Tacite écrit qu’elle s’était rendue en Afrique pour pousser Clodius Macer à la révolte et essayer d’affamer le peuple romain (Histoires, I, 73). Ce qui revêt une certaine crédibilité dans la mesure où il semble que Macer ait retenu le convoi de blé à destination de Rome avant la mort de Néron. Tacite la présente comme magistra libidinum (intendante des plaisirs) de Néron, mais le témoignage de Dion Cassius suggère plutôt une « dame d’atours », qui aurait exercé une fonction domestique originale à la cour de Néron. (515) Dupuis X., La Numidie de Septime Sévère à Gallien. Province ou diocèse de l’Afrique proconsulaire ?, ibidem, p. 291-308. La création de la province de Numidie est traditionnellement attribuée à Septime Sévère et datée des années 197-199. Cependant, les sources épigraphiques et littéraires suggèrent une date plus tardive. Une nouvelle étude des inscriptions montre que la zone placée sous l’autorité du légat de la IIIe Légion Auguste est appelée prouincia Numidia à partir de 209-210, mais l’auteur souligne que le mot prouincia est souvent employé pour désigner une subdivision provinciale. Il n’est donc pas exclu que l’expression prouincia Numidia ait été employée de façon non officielle pour désigner la région qui dépendait du légat légionnaire. La création d’une province autonome de Numidie ne se serait produite que sous Gallien, en application de l’édit de 261-262 apr. J.-C., qui stipulait le remplacement du légat légionnaire, de rang sénatorial, par un praeses équestre. Puis l’ordre sénatorial a intéressé, à travers un album prosopographique et une synthèse. (516) Okon D., Album senatorum, vol. I. Senatores ab Septimii Severi aetate usque ad Alexandrum Severum (193-235 AD), Stetin, 2017, 398 p., préfaces en angl., fr. et polonais. Ce volume ainsi que le second, paru en 2018, actualisent l’ouvrage de G. Barbieri (1952), mais en resserrant la fourchette (192-235 au lieu de 193-285). Le volume I comprend l’album prosopographique des sénateurs d’époque sévérienne : d’abord les 1196 certi, puis les probabiles (1197-1682) ; chaque notice, rédigée en latin, indique le cursus honorum et l’origo du sénateur, les références à la PIR² et à Barbieri ; l’ouvrage est complété par la bibliographie générale, commune aux deux tomes. Le second tome comprendra le commentaire du matériel prosopographique. (517) Nadolny S., Die severischen Kaiserfrauen, Stuttgart, 2016, 257 p., ill., 5 index, s’attache à comprendre ce que furent la vie et surtout l’influence considérable de ces quatre femmes. L’auteur affirme leur rôle politique central comme garantes de la légitimité dynastique alors même que l’historiographie les dépeint sous un jour défavorable (ambitieuses et incarnations de la dégénérescence de l’empire). Les sources utilisées sont très diverses, mais c’est l’étude de la documentation numismatique qui est la plus novatrice. Les cités et le christianisme achèvent cette petite section, avec quatre titres seulement. (518) Hugoniot C., Les débats des curies municipales dans les cités de l’Afrique romaine : pratiques délibératives et idéologie du consensus, dans Revue des Études latines, XCV, 2017, p. 183-204, rés. angl. La curie des cités africaines devait être le lieu de débats parfois animés. Il incombait, notamment, à l’ordre des décurions de décider si une statue devait être érigée en l’honneur d’un évergète ou d’un personnage plus ou moins illustre, ce qui entraînait sans doute de vifs débats et, derrière le consensus de façade qui ressort majoritairement des inscriptions, pouvaient se dissimuler des dissensions internes. C’est ce que montre l’exemple de la statue d’Apulée relaté dans Floride XVI. Il fallut l’intervention d’un ami du rhéteur et sénateur d’origine africaine pour que la curie de Carthage accepte d’élever cette statue. Deux inscriptions de Carthage et de Bulla Regia confirment l’existence de ces discussions. (519) Text and the Material World. Essays in Honour of Graeme Clarke, édit. Minchin E. et Jackson H., Upsala (Studies in Mediterranean Archaeology and Litterature, PB, 185), 2017, XXII-370 p. Dans ces mélanges qui comportent une trentaine d’articles offerts en hommage au Pr. G. Clarke, grand spécialiste de Cyprien, par ses amis et collègues, six d’entre eux intéressent nos études. Bibliographie de G. Clarke, p. XIII-XVIII. (520) Buenacasa Pérez C., El problema de la riqueza en las comunidades cristianas norteafricanas de los tres primeros siglos, dans Nihil veritas erubescit. Mélanges offerts à Paul Mattei, p. 693-706, rés fr. et angl. p. 784. Au début du christianisme, la possession de richesses était considérée comme une infraction aux normes, mais la conversion de personnes riches suscita un débat théologique qui conclut, grâce à Clément d’Alexandrie et Cyprien, à la compatibilité de la condition de chrétien et de la possession de biens. De cette façon les évêques s’assuraient des revenus pour les aumônes, des offrandes à l’Église et autres dons. (521) Secord J., Julius Africanus, Origen, and the politics of intellectual life under the Severans, dans Classical World, 110, 2, 2016-2017, p. 211-235. L’auteur montre que la prééminence acquise par deux érudits chrétiens, Sextus Julius Africanus (dit Jules l’Africain) et Origène, sous la dynastie des Sévères, ne s’explique pas comme la conséquence d’un intérêt impérial nouveau pour le christianisme. Ils ont pu gagner une légitimité aux yeux de l’élite intellectuelle de l’empire, en partie parce qu’ils avaient facilement accès à de l’argent pour financer leurs études et leurs recherches, et surtout parce qu’ils entretenaient des liens relativement étroits avec la maison impériale.
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