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    Plan détaillé Texte intégral La place des reliques des catacombes romaines dans les collections espagnoles à l’époque moderne. Réflexions à partir de la base de données de l’enquête Les reliques des Déchaussées royales de Madrid entre 1554 et 1700. La perte progressive d’autonomie Quelles reliques ? Sainte Marguerite et sainte Dorothée Conclusion Notes de bas de page Notes de fin Auteur

    Reliques romaines

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    Table des matières

    Les reliques des saints des catacombes romaines en Espagne avant et après les Habsbourg

    À propos des déchaussées royales de Madrid

    Cécile Vincent-Cassy

    p. 695-720

    Texte intégral La place des reliques des catacombes romaines dans les collections espagnoles à l’époque moderne. Réflexions à partir de la base de données de l’enquête Les reliques des Déchaussées royales de Madrid entre 1554 et 1700. La perte progressive d’autonomie Quelles reliques ? Sainte Marguerite et sainte Dorothée Conclusion Notes de bas de page Notes de fin Auteur

    Texte intégral

    La place des reliques des catacombes romaines dans les collections espagnoles à l’époque moderne. Réflexions à partir de la base de données de l’enquête

    1Les recherches sur la réception des reliques des catacombes romaines en Espagne aux XVIIe et XVIIIe siècles mettent en évidence des lacunes et des décalages chronologiques entre la base documentaire de l’enquête et ce que nous apprennent les archives espagnoles mises en regard. Le premier ensemble de sources, qui fait état des attributions de reliques de catacombes romaines à des « Espagnols » par la sacristie pontificale, porte témoignage d’une distribution entre 1657 et 1739 (un seul octroi concerne une date postérieure, 1756). L’autre, comprenant les inventaires de reliques de diverses collections espagnoles étudiées ces dernières années, prouve que la fièvre des reliques commença bien avant 1657, dans la seconde moitié du XVIe siècle. Les reliques arrivées en Espagne provenaient alors en premier lieu de foyers allemands ou flamands, et en second lieu de Rome, avant que la distribution fût régulée par les institutions pontificales. Rome et ses reliques appartenant à tous les catholiques, d’autres ossements ou corps entiers étaient recherchés par les collectionneurs de haut rang, monastères ou cathédrales de la péninsule hispanique en quête de prestige. Un passage du début de la nouvelle cervantine intitulée Le licencié de verre l’atteste. Le héros cherche à voir et à rapporter des reliques de martyrs romains1. Pour lui, comme pour tout catholique qui ne bénéficiait pas d’un réseau de distribution, Rome était le seul foyer de reliques auquel il avait accès. Tel n’était pas le cas des religieuses du couvent des Déchaussées royales de Madrid.

    2La collection de reliques de cette institution fondée par l’une des deux sœurs de Philippe II en 1554, antérieure à celle de l’Escorial2, est une collection prestigieuse. C’est à ce titre qu’elle offre un exemple particulièrement éloquent de la multiplicité des réseaux activés pour faire venir des reliques en Espagne dès la fin du XVIe siècle. Elle manifeste la singularité d’un espace « espagnol » compris dans une monarchie composite, indissociable des autres territoires qui la constituent. L’étude des reliques conservées dans le couvent de fondation royale sera un moyen d’observer la réception et le culte des reliques à la cour de Madrid, au cœur de la capitale, au temps des Habsbourg, c’est-à-dire jusqu’au changement dynastique qui affecta la Couronne d’Espagne à la date de 1700. La vocation affichée du couvent fondé au milieu du XVIe siècle était de veiller au salut de la Maison d’Autriche, Beata Stirps dont les différentes branches étaient articulées sur une commune Pietas Austriaca. Nous verrons que les reliques vinrent pour bonne part d’Allemagne, par l’intermédiaire des membres de la famille royale. Il faudra apprécier quel rôle fut réservé aux reliques des catacombes romaines, à quel moment et pour quel usage elles furent recueillies ou sollicitées par les Déchaussées royales. L’ouvrage consacré récemment aux reliques arrivées à Valladolid (où Philippe III avait installé la Cour depuis 1601, et jusqu’en 1606) en 16043, fait écho aux constats que nous avons effectués en examinant la collection royale. Dans le cas de Valladolid, comme dans celui des Déchaussées royales de Madrid, les premiers foyers d’où provenaient ces reliques étaient Cologne et Trèves. Les ossements issus de ces deux villes, ceux auxquels on accordait le plus de prix, étaient ceux de sainte Ursule et des onze mille vierges, et ceux des martyrs de la légion thébaine. En 1604, des fêtes de réception furent organisées à Valladolid pour accueillir les deux corps des saints de la légion thébaine accompagnés de très nombreuses reliques. Provenant toutes de Cologne et de Trèves, elles furent transférées par l’intermédiaire de Magdalena de San Jerónimo, une femme proche de l’archiduchesse Isabelle Claire Eugénie (elle était sa « dueña de cámara » à Bruxelles), sur l’autorisation du pape Clément VIII4. Elles furent redistribuées en Galice, au sanctuaire de Nuestra Señora de los Remedios de Castro Caldelas (Orense), au couvent de clarisses de Monforte de Lemos, ou encore au couvent de carmélites de Saint Joseph fondé par l’ancien gardien du trésor de la reine Marguerite de Habsbourg, épouse de Philippe III d’Espagne, ou au couvent madrilène du Corpus Christi fondé par la comtesse de Castellar5. Cet exemple met en évidence non seulement la complexité des réseaux de distribution de reliques et le rôle qu’y jouèrent les intermédiaires, ce qui a aussi été démontré pour d’autres espaces du monde catholique, mais également la fonction de refuge que s’octroya l’Espagne pour les reliques des terres protestantes. On ne peut comprendre la singularité de cet espace au cœur d’une myriade de territoires « hispaniques » qu’en tenant compte de la vocation centrale de lutte contre l’hérésie que la Monarchie catholique et la Maison d’Autriche attribuèrent à la réunion des reliques.

    3Après avoir rappelé ces circonstances – sur lesquelles nous reviendrons lors de l’étude de la lipsanothèque du couvent des Déchaussées royales –, il est temps d’examiner les reliques des catacombes romaines demandées à la sacristie apostolique par des « Espagnols » – le terme désigne manifestement tous ceux qui parlent espagnol – entre 1657 et 1756. Celles-ci sont au nombre de 870. Quelques constats s’imposent. Certaines périodes ne témoignent d’aucune demande (1657-1661, 1666-1671, 1673-1679), ce que l’on retrouve globalement pour d’autres aires géographiques. D’autres mettent au contraire en évidence des pics d’attributions (fig. 1). Après les années 1680 à 1690, où la sacristie pontificale distribua partout – et en grand nombre – des reliques des catacombes, l’année phare pour les « Espagnols » fut 1718 (avec 48 demandes). Il faut y voir la reprise des relations diplomatiques entre l’Espagne et Rome. En effet, sur toute la période examinée, le réchauffement ou le gel des relations diplomatiques a des effets directs sur les octrois de reliques. Ceci est particulièrement vrai concernant les corps entiers6. Les archives montrent que les nonces apostoliques en Espagne Marcello Durazzo, en 1685, et Giuseppe Archinto, en 1696, partirent avec une relique de corps entier à Madrid. Les dates des attributions dont ils sont les destinataires sont en effet les mêmes que celles où ils ont pris leurs fonctions. En retour, les ambassadeurs du Monarque auprès du Saint-Siège obtenaient aussi des corps saints. Tout comme il était chargé de trouver des œuvres d’art, l’ambassadeur avait pour mission de ramener des reliques pour l’Escorial7. Par exemple, en 1657, le premier personnage « espagnol » mentionné n’est autre que « l’ambassadeur d’Espagne ». À cette date, Don Diego de Aragón, IVe duc de Terranova, était sur le point de quitter les fonctions qu’il occupait depuis 1654. Il obtint du pape Alexandre VII qu’il envoyât les corps de sainte Clémence et de sainte Espérance, vierges et martyres, avec leurs ampoules de sang8. Celles-ci arrivèrent à l’Escorial la même année.

    4Comme nous l’avons déjà indiqué, la période proposée par la base de données (1656-1756) ne comprend pas toute celle qui est concernée par l’envoi de corps saints des catacombes romaines. La chronologie des transferts de reliques romaines après leur redécouverte doit être considérée en fonction de trois séquences : d’une part celle qui précède 1656, et dans ce cadre les trente premières années du XVIIe siècle, absentes de l’outil documentaire fourni par les archives romaines ; et d’autre part l’après 1656, lui-même divisé dans l’histoire de la Monarchie hispanique par la date de 1700 en deux périodes. L’Espagne des Habsbourg n’est pas celle des Bourbons. On observe en effet un phénomène nouveau à l’examen de la source des archives de Monseigneur sacriste : le lien direct entre le pouvoir royal et la demande de reliques à la sacristie. La première épouse de Philippe V, Marie-Louise de Savoie, en 1701, puis sa seconde épouse, Isabelle Farnèse, en 1714, ont en effet présenté une demande de relique après la promesse d’union avec le roi, au moment de la guerre de Succession (elles apparaissent d’ailleurs toutes deux comme « reines d’Espagne » dans les documents d’archives)9. Après cette seconde date de 1714, Marianne d’Autriche, mère de Charles II tombée en disgrâce à la mort de son fils et avec l’avènement des Bourbons, mais mieux vue après l’installation de sa nièce sur le trône en 1714, obtint une relique à deux reprises, en 1717 d’abord, puis en 1726, année où le nom du roi lui-même apparaît pour la première fois dans la source. Le lien entre la demande de relique romaine et la volonté de légitimation sociale semble attesté après 1700. Privés du réseau de la Maison d’Autriche, et de la force de leur image de piété, les Bourbons, par l’intermédiaire des femmes, puisèrent à la source romaine pour manifester leur catholicité. En outre, l’obtention d’une relique romaine est aussi la garantie d’une proximité de Rome avec la nouvelle dynastie au pouvoir en Espagne. En effet, sur un plan plus général, le nombre de demandes de corps saints effectuées par des « Espagnols » dans les quarante premières années du XVIIIe siècle est proportionnellement supérieur à celui des attributions avant 1700. 425 reliques ont été demandées entre 1657 et 1700 (soit sur 43 ans) et 438 entre 1701 et 1739 (sur 38 ans, auxquelles s’ajoute une demande unique en 1756), surtout regroupées sur les trente premières années du siècle (430).

    5Ainsi, loin de constater une rupture dans les octrois avec le changement de dynastie, on voit plutôt que les demandes augmentèrent après la mort de Charles II10. On mesure le chemin parcouru, autour de 1700, depuis le temps où Antonio de Quintanadueñas consacrait ces lignes à la fête de sainte Ursule et des onze mille vierges, au début de son recueil hagiographique sur les saints de Séville. Il y manifestait le rôle de premier plan que Cologne jouait en 1637 comme fournisseur de reliques :

    Si les bienheureuses âmes de sainte Ursule, et des onze mille vierges (gloire d’Irlande [sic] leur terre natale) enrichirent les palais du ciel, leurs corps saints n’ont pas moins enrichi ceux de la terre, dont le premier fut la ville de Cologne Agrippine. C’est depuis ce lieu que le monde a joui du riche trésor de leurs reliques. Notre Espagne en a reçu une part immense, comme le montrent de nombreuses églises et couvents propriétaires de si précieuses reliques. Citons les églises de Tolède, de Séville, de Saint-Jacques, de Burgos, de Salamanque, de Cordoue, d’Avila, de Cuenca, de Badajoz, de Ségovie, de Jaén, de Sigüenza, de Pampelune, de Cartagène, d’Astorga, de Guadix et de Montoñedo, qui célèbrent leur fête comme fête propre, de rite double, le 21 octobre parce qu’elles possèdent des reliques insignes, conformément à ce que leur a accordé Grégoire XIII. De nombreux couvents, possédant eux aussi des reliques insignes, leur rendent le même culte et ont pour elles la même vénération. Il serait laborieux de mentionner toutes les villes d’Espagne. Dans celle de Séville, le trésor sacré des têtes de ces saintes vierges enrichit le très saint couvent de Saint François. La Maison Professe de notre Compagnie de Jésus possède aussi trois têtes entières placées dans des urnes richement travaillées. La relique que la Sainte Église de Séville a la chance d’avoir est la tête entière de l’une de ces vierges, conservée dans un buste-reliquaire en argent, offert, d’après les documents écrits, par le célèbre Don Enrique de Guzmán, IIe comte d’Olivares. Elle est exposée sur l’autel principal le jour de sa fête, qui est une fête de rite double majeur dans tout l’archevêché. C’est ce que déclare l’illustre chapitre de la cathédrale par décret de l’an 162411.

    6Comme dans l’exemple de Marianne d’Autriche évoqué ci-dessus, vers 1700 il est évident que dans de nombreux cas les octrois de reliques des catacombes romaines à des membres de la haute noblesse hispanique coïncidèrent avec le ralliement de ces derniers à Philippe V. Un autre exemple le prouve. En mai 1703 Antonio Sebastián de Toledo Molina y Salazar (1607 ?-1715), IIe marquis de Mancera, ancien vice-roi de Nouvelle-Espagne séjournant de nouveau en Espagne entre 1663 et 1674, obtint une relique romaine. Il était issu d’une famille de la noblesse créée par Philippe IV. Son père, don Pedro de Toledo y Leyva, vice-roi du Pérou (1638-1649), avait été élevé au rang de Ier marquis de Mancera. Le IIe marquis de Mancera avait aussi occupé des fonctions de représentation diplomatique pour la Couronne d’Espagne, auprès de la République de Venise et du Saint-Empire. Entre 1664 et 1673, il occupa la charge de vice-roi de Nouvelle-Espagne, puis de vice-roi du Pérou, comme son père. Quand il revint sur le vieux continent il entra au service de la reine mère Marianne d’Autriche, et Charles II l’éleva au titre de Grand d’Espagne en 1692. Il s’agissait donc de l’un des personnages les plus proches des Habsbourg régnant en Espagne jusqu’en 1700. Il n’est donc pas surprenant que pendant les guerres de succession il se soit déclaré d’abord pour l’empereur. Mais il finit par se rallier à Philippe d’Anjou, qui en récompense le nomma président du Conseil d’Italie, en 1701, puis membre de la junte de gouvernement en 1703. Il faisait ainsi la démonstration du ralliement de la grande noblesse espagnole aux Bourbons. Or, à la même date, 1703, ce personnage apparaît dans les archives de Monseigneur sacriste, sous le titre de président du Conseil d’Italie. La coïncidence entre la nomination du marquis de Mancera comme membre de la junte de gouvernement et l’octroi d’une relique romaine est totale – il reçut une nouvelle relique en 1715 peu de temps avant sa mort.

    7On constate enfin que dans les archives consultées le nom de Belluga est le plus récurrent de tous. Ne pouvant pas consacrer plus de quelques lignes à un homme qui aurait mérité une étude monographique dans ce volume, nous renvoyons à la bibliographie sur ce personnage de premier plan de l’histoire moderne espagnole resté très méconnu jusqu’à une date récente12. Signalons juste que cet ecclésiastique né à Grenade en 1662 fut évêque de Carthagène (Murcie) entre 1705 et 1723, puis cardinal résidant à Rome entre 1723 et sa mort en 1743. Il a d’abord contribué à la victoire de la cause des Bourbons dans la guerre de Succession. Devenu cardinal en 1719, il est resté fidèle à Philippe V toute sa vie, mais s’est « exilé » à Rome, où il a été le grand « protecteur d’Espagne ». Il a assumé des missions diplomatiques, fait partie de plusieurs congrégations romaines dont celle de la Propaganda Fide, et a suivi le courant novateur représenté par les oratoriens. Il est d’ailleurs enterré dans leur église romaine de Santa Maria in Vallicella. La présence répétée de son nom dans la liste des demandeurs de reliques des catacombes romaines montre qu’il eut le premier rôle dans les relations entre l’Espagne et Rome – aboutissant à l’intronisation des infants Charles et Philippe sur les trônes respectifs de Naples et de Parme –, qui ont été rompues en 1736. L’attribution d’un corps entier à Belluga en 1737 coïncide avec le concordat avec Rome. Toutefois, on constate aussi qu’il a fait bénéficier ce qui avait été son évêché de son influence. Dans sa correspondance éditée en 196213 on trouve en effet une lettre du 14 novembre 1729 adressée par lui au chapitre de la cathédrale de Murcie permettant d’identifier l’une des reliques qu’il a reçues. L’attribution mentionnée fit probablement suite à sa demande de 1727. Mais elle laisse aussi penser que les demandes et les octrois ne coïncidaient pas, et que parfois ces derniers étaient accordés à la faveur d’une opportunité que le demandeur, bien placé à Rome, savait saisir. Belluga évoque dans sa lettre le cheveu du Christ authentifié par Monseigneur vicaire qu’il a reçu, dit-il, parce que l’archevêque de Ravenne y avait renoncé. Il l’a fait envoyer à Murcie dont il s’est souvenue en premier car « il a été marié » avec elle lorsqu’il en était l’évêque. Il prévient le chapitre qu’il lui arrivera par bateau, via Gênes et Alicante, dans un ostensoir de cristal garni de bronze doré14.

    8En somme, les demandes de reliques des catacombes adressées directement à Rome semblent s’être substituées de plus en plus à la source allemande, et ce partout en Espagne. Le phénomène toucha aussi les diocèses, puisque les demandes en provenance de tous les diocèses d’Espagne furent régulières tout au long de la période concernée, avant et après 1700. La figure 1 permet de visualiser ce phénomène.

    Fig. 1 – Reliques accordées par la sacristie pontificale aux Espagnols et Hispaniques entre 1656 et 1739xv.

    Image

    Les reliques des Déchaussées royales de Madrid entre 1554 et 170015. La perte progressive d’autonomie

    9Après cette brève synthèse concernant les octrois de reliques des catacombes romaines à des destinataires hispaniques et produite à partir de l’examen des bases de données de l’enquête, il semble d’autant plus pertinent d’examiner la collection de reliques des Déchaussées royales de Madrid car elle met au jour la spécificité d’un réseau, d’une chronologie et des préoccupations propres aux Habsbourg d’Espagne, que les archives de la sacristie pontificale ne peuvent pas montrer. La collection de ce prestigieux couvent de clarisses peut aujourd’hui être examinée grâce à un document unique, jamais exploité : l’inventaire manuscrit broché rédigé par le père franciscain Juan de la Palma entre 1627 et 1636 (c’est la date la plus tardive qui soit mentionnée). En plus d’être en charge de la lipsanothèque, l’auteur était confesseur de la communauté religieuse et de la célèbre Marguerite de la Croix (1567-1633). À la mort de cette dernière il fut nommé confesseur de la reine Isabelle de Bourbon, épouse de Philippe IV d’Espagne. En recueillant les informations sur les reliques du couvent il avait très probablement l’intention de les faire imprimer, car il fit copier le fruit de son travail de recension en lettres fines et lisibles dans un livre aujourd’hui conservé à la fondation Lázaro Galdiano (Madrid)16. Mais l’ouvrage ne fut jamais imprimé. On peut émettre l’hypothèse que la mort de Marguerite de la Croix en 1633 et la désignation de Juan de la Palma comme confesseur d’Isabelle de Bourbon17 lui firent perdre tout intérêt pour ce livre en gestation. Son élaboration atteste néanmoins toute l’attention portée aux reliques par la communauté des clarisses et, à travers elle, par la Maison d’Autriche.

    10En effet, le couvent des Déchaussées royales situé à Madrid était au cœur de la politique et de la propagande religieuses de la branche espagnole des Habsbourg et même de toute la dynastie issue du mariage de l’empereur Maximilien Ier et de Marie de Hongrie (1477). D’innombrables chefs d’œuvre artistiques en fournissent la preuve. On peut citer l’ensemble de tapisseries sur le thème du Saint-Sacrement réalisé à Bruxelles à partir des dessins de Rubens sur commande d’Isabelle Claire Eugénie pour la communauté, ou la statue orante de Jeanne d’Autriche située dans l’église, qui inspira à Pompeo Leoni celles du monument funéraire en l’honneur de Charles Quint et de Philippe II dans la basilique de l’Escorial. C’est d’ailleurs au palais-monastère construit par Philippe II qu’il faut comparer le couvent des Déchaussées royales. Il eut en effet une fonction semblable, de panthéon – les deux sœurs de Philippe II, notamment, y sont enterrées –, et de lipsanothèque, ce que nous allons étudier. Deux circonstances étaient différentes. D’une part, il était (il est toujours) situé à Madrid, à un jet de pierre du palais royal, dont il était une sorte d’excroissance. Premier des couvents et monastères royaux fondés par les Habsbourg d’Espagne à l’époque moderne, il était l’espace de vie et de représentation religieuses par excellence de la Monarchie, celui où se tissaient les liens entre le politique et le religieux à la Cour – tandis que l’Escorial était un lieu de retrait, loin du faste de la capitale. D’autre part, il avait été fondé par une femme, Jeanne d’Autriche, sœur de Philippe II et veuve du monarque du Portugal en 1554 – les clarisses de la règle de sainte Colette ne s’y installèrent qu’en 1556 puisque les premiers travaux d’aménagement durèrent deux ans – et accueillait des membres féminins de l’aristocratie ou de la dynastie des Habsbourg. Il n’était donc pas un lieu de représentation officielle, mais celui où s’exprimaient les réseaux dynastiques de la Maison d’Autriche, fonctionnant selon un système d’alliances matrimoniales particulièrement endogame. Les femmes de haut rang étaient en effet les garantes des lignages18. Jeanne d’Autriche le dota d’un reliquaire, même si les dimensions de cette lipsanothèque n’ont rien de comparable avec celle que créa plus tard le Roi Prudent. Toutefois, les remises (« entregas ») de reliques furent continues jusqu’à nos jours, contrairement à ce que l’on constate pour la collection de l’Escorial. Le couvent de fondation royale connut aussi le changement dynastique, et la désaffection, logique, des Bourbons, envers un établissement qui incarnait l’esprit des Habsbourg. Nous verrons que l’inventaire des reliques en montre l’importance et la puissance.

    11Le catalogue de J. de la Palma ne se contente pas de faire la liste des reliques, ni même de les classer par ordre d’importance. Il fournit aussi les authentiques, recense les objets les plus précieux (vases, reliquaires, images de culte, objets liturgiques), relate les vies des saints. En outre, la structure de l’ouvrage repose sur le rappel de la vocation du couvent qui précède l’inventaire et prépare la lecture. Avec cet avant-propos, l’auteur souligne la place prépondérante du projet fondateur porté dans la seconde moitié du XVIe siècle par les membres de la dynastie des Habsbourg qui avaient vécu dans ce couvent. Jeanne d’Autriche, fille cadette de Charles Quint, fut, on le sait, sa fondatrice. Sa sœur aînée Marie de Habsbourg y prit ses quartiers à son retour en Espagne lorsque, veuve depuis six ans de l’empereur Maximilien II, elle décida de quitter Vienne en 1581. Sa plus jeune fille Marguerite de Habsbourg l’accompagna, et prit le voile trois ans plus tard, à l’âge de 18 ans, dans ce couvent de clarisses, sous le nom de Marguerite de la Croix19. En 1633, celle-ci mourut en odeur de sainteté – un procès en béatification fut amorcé à la fin du XVIIe siècle. À cette date, Philippe IV avait déjà commencé à faire restaurer la salle du reliquaire, puisqu’un document des archives des Déchaussées royales mentionne la date de 162720.

    12Le couvent des Déchaussées royales est donc le lieu où les sœurs de Philippe II se réfugièrent à la mort de leurs époux respectifs. Marie de Habsbourg y aménagea les appartements qui jouxtaient la clôture. Jusqu’à sa mort en 1603, le reliquaire, rempli des reliques qu’elle avait envoyées d’Europe centrale ou apportées avec elle, était son oratoire privé et, d’après Magdalena S. Sánchez, les religieuses du couvent devaient parfois demander la permission d’y pénétrer21. L’entrée des monarques dans le couvent lui-même se faisait, en passant par cette demeure profane aménagée au sein de l’édifice, par une porte qui donnait directement sur le reliquaire. Ce dernier était donc considéré comme un lieu de contact entre les membres de la famille royale qui vivaient au palais et la communauté de clarisses. Il jouait pleinement la fonction de sancta sanctorum, ou frontière entre profane et sacré.

    13Marguerite de la Croix, la fille de Marie de Habsbourg, étant morte quand son confesseur effectua l’inventaire du reliquaire vers 1635, c’est sans doute non seulement pour recenser les reliques au moment des travaux mais aussi pour perpétuer la mémoire de l’œuvre de la religieuse de sang royal que Palma reçut l’ordre de le faire. Il le dédie d’ailleurs à la communauté des religieuses en son entier, à laquelle il veut manifestement transmettre l’esprit de la fondation, de Jeanne à Marguerite. Le manuscrit resta peut-être en la possession de son auteur, et fut vendu par ses héritiers, jusqu’à entrer dans la collection de Lázaro Galdiano. Ce document, jusqu’à maintenant ignoré des chercheurs, constitue une source exceptionnelle pour apprécier le lien entre ce couvent et les Habsbourg, surtout ceux du Saint-Empire romain germanique, notamment à travers Marie de Hasbourg, fille, épouse et mère d’empereurs (son père était Charles Quint, son époux Maximilien II, et ses fils Rodophe II et Matthias de Hasbourg).

    14Pour sa part, Jeanne, la sœur cadette du Roi Prudent, on le sait, désirait d’abord fonder la branche féminine de la Compagnie de Jésus. François Borgia la persuada finalement de transférer à Madrid la communauté des clarisses de sainte Colette de Gandie22. Par cet acte fondateur, elle devança son frère. L’Escorial peut d’ailleurs être considéré comme le fruit de la sainte émulation entre les descendants de Charles Quint. Ainsi, pour toute la période où la Maison d’Autriche régna sur la Couronne d’Espagne il faudrait considérer les deux fondations ensemble et en regard l’une de l’autre, ce qui permettrait de replacer l’Escorial, grand-œuvre de Philippe II, dans le contexte plus large de la politique dévotionnelle des Habsbourg d’Espagne. En perpétuant le vœu de sa défunte épouse (morte en 1611), Philippe III s’y inscrivit aussi par la fondation la même année d’un second couvent à Madrid, La Encarnación, directement relié à l’Alcazar par un corridor. Quant à Philippe IV, il semble avoir négligé l’Escorial au profit des deux couvents madrilènes, tandis que Charles II (1665-1700) l’enrichit de nouveaux programmes iconographiques, montrant une certaine désaffection pour le couvent des Déchaussées. La présence en son sein de Marguerite de la Croix (deuxième du nom), fille illégitime de son rival et demi-frère Juan José d’Autriche y fut peut-être pour quelque chose. Néanmoins, parmi les religieuses de la communauté, les membres de la famille royale perpétuaient la politique religieuse des Habsbourg ; elles en étaient aussi l’incarnation. Juan de la Palma affirme que dès 1618 Marguerite de la Croix confia la « veille » dynastique à ses nièces Anne Dorothée et Catherine d’Este. C’est en leur nom, dit-il, qu’elle offrit les reliques de saint Martin et de sainte Dorothée à la communauté23. Il semble curieux qu’elle ait pu le faire au nom de Catherine d’Este, puisque l’arrière-petite-fille de Philippe II n’arriva à Madrid qu’en 1622. L’affirmation du confesseur témoigne néanmoins du rôle primordial des femmes de la Maison d’Autriche faisant partie de la communauté des Déchaussées royales : veiller au salut de leur lignage, et transmettre aux nouvelles générations l’obligation de s’y consacrer. Cette fonction première du couvent fut bien sûr perdue à l’arrivée des Bourbons (même s’il demeura un couvent royal).

    15Quant à la salle du reliquaire elle fut inaugurée par l’arrivée du corps de saint Victor en 1570. Jeanne d’Autriche avait voulu que la pièce du tabernacle devînt celle du reliquaire en faisant couvrir les murs d’armoires vitrées en bois peint et doré. La crónica y historia24 signale que cette salle était particulièrement ornée les jours des fêtes des onze mille vierges, de saint Maurice, des saints Innocents, de saint Valère, disciple de saint Pierre, et qu’à ces occasions, la fenêtre qui la séparait du « comulgatorio » des religieuses était ouverte afin de permettre à celles-ci de contempler les reliques. Il semble aussi, d’après l’inventaire de Juan de la Palma, qu’en 1636 le nouveau reliquaire commencé en 1627 était encore en travaux25. La structure primitive de la fin du XVIe siècle, qui devait ressembler à celle que l’on trouve dans le couvent madrilène de fondation royale voisin, celui de la Encarnación, à vitrines et tiroirs, fut abandonnée pour la disposition en escalier que l’on retrouve aujourd’hui, selon une mise en scène plus spectaculaire (fig. 2). Juan de la Palma signale qu’au moment où il rédigeait son inventaire, la communauté avait fait le constat qu’avec l’augmentation du nombre de reliques, la petite pièce d’origine ne pouvait plus les contenir.

    16L’inventaire répond aussi à l’une des exigences formulées dans les constitutions de la fondation. L’établissement de la liste des reliques, avec la précision de leur taille et des parties du corps dont elles étaient extraites, ainsi que des objets précieux du couvent y est recommandé26. Ainsi, le catalogue de Juan de la Palma est rédigé au début des années 1630 dans le respect de la lettre des écritures de fondation à un moment où la disposition architecturale décidée par Jeanne d’Autriche est modifiée. Il est donc une sorte de compensation à la perte de la présentation voulue par la fondatrice. En outre, aucun inventaire antérieur ou postérieur à celui-ci n’est aussi complet. C’est pourquoi ce manuscrit est un témoignage unique de l’importance du reliquaire et du culte des reliques au sein de la fondation royale, et donc de la Cour de Madrid.

    Fig. 2 – Salle du reliquaire du couvent des Déchaussées royales de Madrid telle qu’elle se présente depuis les travaux des années 1630

    Image

    © Patrimonio Nacional.

    Quelles reliques ?

    17La majorité des reliques des Déchaussées royales, d’après Leticia Sánchez Hernández27, était celles de saints qui recevaient un culte au sein du couvent. Cette auteure divise les reliques en deux catégories : celles qui appartenaient à la liste des saints vénérés dans le calendrier liturgique de la communauté d’une part, et celles des saints des premiers temps du christianisme (saints martyrs romains comme sainte Prisca, sainte Cécile, les dix mille martyrs, ou saints pères de l’Église, comme saint Grégoire, saint Jérôme, saint Basile) d’autre part. L’historienne y rattache la relique de saint Victor, apportée par Anne d’Autriche, quatrième épouse de Philippe II, au moment de son mariage en 1570. Elle en fit alors don à sa tante Jeanne d’Autriche, qui la fit transférer à l’inauguration du reliquaire dans une procession solennelle en présence du cardinal Marco Antonio Spinola. Portée par le prince Rodolphe, les archiducs Albert et Wenceslas (élevés à la cour de Philippe II), par la reine et la fondatrice Jeanne d’Autriche, elle fut ensuite placée dans un coffre d’argent doré et émaillé, plus propre à la condition de la relique que le coffre couvert de velours rouge la contenant précédemment. Cette relique fut particulièrement vénérée par les membres de la famille des Habsbourg. Celle du bras du saint, également conservée aux Déchaussées royales, leur était apportée chaque fois qu’ils étaient malades, comme en témoigne encore le franciscain Juan de la Palma dans son catalogue28. Par conséquent, nous pourrions ajouter une nuance aux catégories proposées par L. Sánchez Hernández. Les saints privilégiés par la communauté étaient des saints martyrs de culte dynastique. Parmi eux, les onze mille vierges et les saints de la légion thébaine occupaient une place de choix29.

    18Ainsi, les reliques de saints espagnols, en dehors des plus célèbres des saints canonisés au XVIIe siècle (sainte Thérèse30, saint François Borgia, saint Jean de Dieu), étaient absentes, et les saints des catacombes reçurent également un culte limité. La présence de leurs reliques au sein du couvent semble malgré tout être devenue nécessaire au début du XVIIe siècle, puisqu’en 1607 les premières reliques romaines arrivèrent. Elles avaient été extraites du cimetière de saint Calixte par autorisation du pape Paul V31. Aucun des saints de cet octroi n’était le saint patron d’un membre de la famille des Habsbourg. Les reliques de sainte Dorothée firent plus tard l’objet de translations depuis Rome, après qu’Anne Dorothée, fille illégitime de Rodolphe II, fut entrée au couvent. Mais en 1607 elle était loin d’être encore arrivée : elle n’était même pas encore née. En définitive, au début du siècle la liste globale des corps saints des catacombes présents dans le reliquaire est celle d’une sainte communauté dont les Déchaussées, malgré leur vocation dynastique, ne pouvaient rester en marge. On constate que les seize reliques romaines déjà mentionnées furent remises en 1607 par un certain Flaminio Boecio, qui se rendait à Saint-Jacques-de-Compostelle, à l’archiduchesse Marguerite de la Croix après qu’elle-même en avait fait la demande. À d’autres occasions, des nonces ou membres de l’administration de la Couronne, comme des vice-rois, s’occupèrent du transport. Dans ces derniers cas, les dons de reliques peuvent être considérés comme des cadeaux diplomatiques. Par exemple, le vice-roi « Pedro Álvarez Osorio, marquis d’Astorga » (en fait Antonio Pedro Sancho Dávila y Osorio, IVe marquis de Velada, IIe marquis de San Román, Xe marquis d’Astorga) reçut le corps de saint Vincent des catacombes de saint Calixte en 1675 du cardinal Carlo Caraffa32. Comme l’authentique se trouve aux Déchaussées, l’hypothèse que nous émettons est que le marquis, gentilhomme de la chambre du roi Charles II, vice-roi de Naples entre 1672 et 1675, dut passer par Rome à son retour d’Italie. À son arrivée, il remit une relique du saint au couvent royal. En 1607 en revanche, l’extraction et l’acheminement des ossements furent le résultat d’une volonté de Marguerite de la Croix de recevoir des corps saints des catacombes, quels qu’ils fussent. D’ailleurs, dans l’inventaire de Juan de la Palma ces reliques ne figurent pas parmi les plus précieuses. Mais la collection n’aurait pas été à la hauteur des prétentions du couvent sans l’addition à la communauté déjà créée d’os provenant de la Rome souterraine. En 1624, de nouveau, des reliques romaines, remises par le nonce apostolique, arrivèrent au couvent royal33. Ce dernier avait en charge la distribution, ce qui est encore la manifestation du rôle joué par les reliques dans les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et la Couronne d’Espagne. Les dons dont elles font l’objet témoignent de la volonté de bonne entente de la part de Rome, reconnaissant par ces octrois le pouvoir de la Monarchie hispanique.

    19La table des matières du catalogue de Juan de la Palma rend compte à elle seule de la hiérarchie des reliques, qui correspond à la réalité des cultes :

    1. Dédicace à la vénérable et religieuse communauté des Déchaussées franciscains de Madrid, p. 3-5.
    2. Informations prologales sur ce sujet, p. 9-22
    3. Description de la salle du reliquaire, p. 23
    4. (Sommaire), p. 29
    5. Catalogue, récapitulatif universel de toutes les saintes reliques vénérées dans ce sanctuaire des Déchaussées Franciscaines de Madrid
      1. Reliques du Christ et de sa Mère, p. 29-33
      2. Corps de saints de cette salle du reliquaire admirable, p. 33-34
      3. Têtes de saints, p. 34-37
      4. Bras d’argent avec leurs os de saints, p. 37-38
      5. Reliques diverses de divers saints, p. 39-51
      6. Images outragées, p. 51-53
      7. Images recevant une dévotion particulière dans ce sanctuaire, p. 53-55
      8. Choses précieuses qui ont trait à l’ornement, à la beauté et à la grandeur de cette salle du reliquaire, p. 55-59

        i] Candélabres de cristal et d’argent, et autres ornements de la salle du reliquaire, p. 59-60
      9. Reliquaires et reliques de la salle du chœur distinctes et séparées de celle de la salle du reliquaire commune et principale, p. 61-63
      10. Reliques que l’on a retrouvées et ne se trouvent donc pas dans leur endroit à elles, p. 63-65
    6. Copies, transferts et résumés des authentiques, témoignages et lettres de foi concernant les saintes reliques vénérées dans cette salle du reliquaire, dont les originaux se trouvent aux archives du couvent, p. 69-114
    7. Témoignages sur les images outragées du Christ et de sa Mère conservées dans cette salle du reliquaire, p. 114-118
    8. Résumé et bref récit des vies de saints dont les reliques sont vénérées dans cette sainte salle du reliquaire, p. 133-280
    9. Sommaire de tous les saints présents dans ce catalogue, pour tous ceux dont on a pu trouver les vies dans les martyrologes et les histoires du monde, p. 284-290.

    20Comme en témoigne l’exemple déjà signalé des reliques de saint Martin et sainte Dorothée arrivées au couvent en 1618, le couvent des Déchaussées fut avant tout le refuge de celles qui étaient menacées par les guerres confessionnelles. Ces dernières furent par exemple cédées par le confesseur des religieuses du couvent de Sainte Agnès d’Utrecht à Marguerite de la Croix. S’il a déjà été signalé concernant le reliquaire de l’Escorial qu’à travers lui s’établissait une sorte de frontière contre l’hérésie34, faisant vivre la guerre confessionnelle dans des territoires qui en étaient pourtant éloignés géographiquement, le constat s’impose encore plus pour la fondation royale féminine de Madrid. En effet, une place particulière y fut accordée aux images outragées par des iconoclastes – deux « imagenes opprobriadas » envoyées par Isabelle Claire Eugénie des Flandres à Marguerite de la Croix à la fin des années 1620. La tête coupée d’une sculpture de l’Enfant Jésus apportée d’Allemagne en 1570 par Alonso de Venegas, « caballerizo mayor » de la reine Anne d’Autriche, quatrième épouse de Philippe II (et sœur de Marguerite de la Croix), fut offerte par ses descendants à Marguerite de la Croix. Enfin, une relique de l’Enfant Jésus de Cadix, outragée en 1596 lors du sac de la ville par les Anglais – acte essentiel des affrontements contre les hérétiques, puisqu’il eut lieu sur le territoire espagnol – était utilisée pour la procession de la Circoncision le 1er janvier. Cet ensemble, sur lequel Juan de la Palma insiste dans son Cathalogo y sumario fait des Déchaussées royales le cœur dévotionnel de la Cour des Habsbourg d’Espagne. Et les reliques romaines ne sont pas les premières concernées dans la lutte contre les hérétiques.

    Sainte Marguerite et sainte Dorothée

    21Certes, aux côtés des dévotions aux deux grands groupes de collectifs de saints, sainte Ursule et les onze mille vierges, et saint Victor et les saints de la légion thébaine, le collectif des saints des catacombes qui vint faire nombre dans la salle du reliquaire n’eut pas la même fonction, puisqu’il ne reçut pas de culte. Mais deux reliques importantes pour les Déchaussées vinrent pourtant de Rome : celles de sainte Marguerite et de sainte Dorothée. L’examen de leurs arrivées respectives nous permettra d’apporter quelque nuance au propos général.

    22Les célèbres religieuses royales Marguerite de la Croix et Anne Dorothée mirent tout en œuvre pour acquérir des ossements de leurs saintes patronnes. Parallèlement, le culte des deux saintes se développa au sein du couvent au cours du XVIIe siècle, et leurs représentations picturales se multiplièrent. Mais en dépit de tous les efforts de Marguerite de la Croix, aucune relique de sa sainte patronne n’était présente dans la lipsanothèque avant 1633. Elle arriva enfin après quelques péripéties l’année même de sa mort. Le corps de sainte Marguerite provint des catacombes romaines, où il avait été prélevé en 1606 par le marquis de Villena, alors ambassadeur à Rome, en vertu d’un bref du pape Paul V.35. L’authenticité de la relique fut confirmée dans un document de 163636. On comprend à la lecture des deux textes qui l’authentifient que le corps passa par la propriété de quatre personnes, et finit par être conservé dans les collections de l’évêque d’Alghero, avant de rejoindre les reliques des Déchaussées royales à Madrid. Preuve est encore faite de l’ampleur du réseau de diffusion des reliques à l’intérieur de la Monarchie hispanique. Dans cet ensemble, la Sardaigne, qui avait connu depuis les années 1620 une véritable fièvre d’invention de reliques, en envoya une part au couvent royal.

    23Une autre des sections intéressantes du fonds d’archives des Déchaussées porte sur les dons accordés à sœur Anne Dorothée, fille illégitime de l’empereur Rodolphe II, qui prit le voile à Madrid en 1624 quelques mois après son arrivée. Les archives du vicariat ayant brûlé en 1737, on ne peut trouver de trace des authentiques des reliques à Rome, non plus que des demandes. En revanche, celles de Madrid ont conservé trace des attributions de reliques à Rome avant cette date. Dans leur grande majorité, elles sont issues du vicariat, même après 1656. Signalons par exemple l’« Authentique par Antonio Caraffa, archevêque de Patras [vice-régent du cardinal vicaire de Rome] de la relique de la tête de sainte Dorothée, donnée à Michelangelo Sambuca, ministre général de l’ordre de Saint François, et la donation de la dite relique par ce dernier à Sœur Anne Dorothée de Habsbourg, qui la reçut de frère Juan Eslenan, secrétaire général de l’ordre de saint François » le 10 décembre 1660. La tête de sainte Dorothée arriva au couvent des déchaussées le 25 août 1661, c’est-à-dire très longtemps après la profession de foi d’Anne Dorothée de Habsbourg37. Cette relique extraite du cimetière de sainte Priscilla fut doublée d’une autre (un bras extrait du cimetière de saint Calixte) en 1663.

    24Les reliques de ces deux saintes martyres, certes isolées, offrent la preuve que même si le réseau dynastique fut privilégié, au moins jusqu’en 1633, lorsque cela fut nécessaire la communauté des Déchaussées eut recours à la manne que constituaient les cimetières souterrains de Rome. Le filon romain fut d’ailleurs de plus en plus présent, à mesure que l’on s’éloignait chronologiquement du temps de la fondatrice et de sa sœur Marie de Habsbourg, et que le poids politique de la branche espagnole des Habsbourg s’affaiblissait. Autrement dit, l’Allemagne, avec Cologne, et les Pays-Bas, avaient été la source première d’alimentation de la lipsanothèque à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle. Ils l’avaient été pour celle de l’Escorial aussi, et même pour celles des cathédrales espagnoles38. Mais plus le temps avançait, plus Rome s’imposait comme la meilleure source à laquelle puiser pour enrichir encore et toujours les collections. En 1670, le vicaire autorisait le nonce pontifical à distribuer les reliques en Espagne39. Les corps saints venus de Rome dont on conserve les authentiques, avant la nomination de Pierre-Lambert Le Drou (1640-1721), préfet de la Propaganda Fide, comme sacriste et évêque de Porphyre à partir de la fin de l’année 1692, proviennent presque tous du vicariat. Ce furent des dons somptuaires faits directement aux membres de la famille royale : d’abord à sœur Marguerite de la Croix, puis à sœur Anne Dorothée de Habsbourg.

    25Aucune de ces deux religieuses ne fut mère abbesse. Leur identité dynastique les empêchait de remplir une fonction au sein de la communauté religieuse. Leur rôle était bel et bien diplomatique. Elles incarnaient la politique dévotionnelle de la Maison d’Autriche. C’est pourquoi lors de la canonisation des quatre saints espagnols ou lors de la désignation d’un nouveau nonce, le pape adressait une lettre non seulement au roi, mais à elles également40. En 1656, une authentique conservée à Madrid contient la liste des reliques de plusieurs catacombes envoyées par le pape Alexandre VII à sœur Anne Dorothée, à sa demande41. L’authentique signale que le nonce du pape Alexandre VII les accorde à la religieuse royale.

    26En 1693 enfin, le réseau de provenance des reliques des Déchaussées royales de Madrid, tel qu’il existait à la fin du XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, avait disparu. En effet, des reliques romaines en provenance de la sacristie pontificale arrivèrent alors au couvent en nombre. Ce n’étaient pas les premières à être authentifiées par la sacristie. D’une part, les archives du couvent conservent une authentique des restes de saint Placide, saint Libère et saint Benoit des catacombes de saint Cyriacus, adressée en janvier 1672 par Mgr sacriste au ministre général de l’ordre des frères mineurs Francesco Maria Rini42. Les ossements finirent par intégrer les collections du couvent des clarisses de fondation royale. D’autre part, en mars 1674, une capsula contenant des restes de saint Tiberius et de saint Innocent, ainsi qu’un bras de sainte Victoire vierge et martyre en provenance du cimetière de Cyriaque sont adressés à leur demandeuse sœur Anne Dorothée par l’évêque de Porphyre et sacriste apostolique, même si nous n’en trouvons pas de trace dans la base de données – l’authentique imprimée, elle, nous est parvenue43. Celles de 1693 arrivèrent en masse. Pas moins de sept authentiques différentes accompagnaient cette livraison. En même temps que le sacriste certifiait par sept fois l’authenticité des reliques des catacombes parvenues aux Déchaussées, le vicaire accorda la même chose au génois Emilio Sassi, qui ensuite les cèda au chanoine de la cathédrale de Saragosse Juan Gil Montiel. Ce dernier semble s’être fait une spécialité de la captation de reliques des catacombes dans les années 1690. On trouve son nom dans la base de données des archives du sacriste, et on peut déduire que cette demande a été honorée de façon multiple, puisque son nom apparaît à son tour mentionné sur les sept authentiques de 1693 conservées au couvent des Déchaussées. Cette récurrence nous prouve l’activité du chanoine à Rome à l’époque, et particulièrement au moment où le nouveau sacriste, originaire des Pays-Bas espagnols, venait d’être nommé.

    Conclusion

    27Le couvent fondé par Jeanne d’Autriche au milieu du XVIe siècle reçut de nombreuses reliques en provenance du Saint-Empire, ainsi que des autres territoires rattachés à la Maison d’Autriche jusqu’au début du XVIIe siècle. À travers sa lipsanothèque, il était un fleuron de la politique religieuse des Habsbourg, dont il rapprochait les branches en vouant un culte particulier aux saints de la Légion thébaine, en particulier à saint Victor ainsi qu’aux onze mille vierges (également omniprésentes dans les cathédrales espagnoles), dont de nombreuses têtes étaient conservées. Le catalogue de reliques établi par le franciscain Juan de la Palma entre 1627 et 1636 montre néanmoins que la première arrivée des reliques des catacombes de Rome en 1607 constitua un véritable tournant dans l’histoire du couvent, et sans doute une rupture dans sa vocation dévotionnelle. L’examen des documents d’archives du couvent des Déchaussées permet de connaître les réceptions de reliques dans le reste du siècle. La collection des Déchaussées royales s’enrichit dans les années 1630 et les années 1660 des corps de sainte Marguerite vierge et martyre et de sainte Dorothée, patronnes des célèbres Marguerite de la Croix et Anne Dorothée, membres de la Maison d’Autriche. Cette décennie constitua une deuxième rupture. Par la suite, le réseau de la Maison d’Autriche, qui avait doté la salle du reliquaire d’ossements provenant de Cologne et de Trèves de façon surabondante, se tarit quelque peu. À mesure que la puissance de la Monarchie catholique déclinait, la communauté accueillit de plus en plus de corps saints des catacombes romaines, même si ceux-ci n’étaient pas l’objet d’un culte particulier, mais faisaient plutôt fonction d’arrière-plan sacré, au même titre que les ossements de martyrs de Sardaigne. Leur quantité, et la fréquence de leur réception finit par s’accroître néanmoins, pour connaître un apogée en 1693. En outre, à la fin du XVIIe siècle les reliques des catacombes étaient dispensées par la sacristie pontificale et non plus par le vicariat.

    28L’étude de ce cas méconnu nous a permis d’apprécier la place que la Couronne d’Espagne accordait, ou voulait bien accorder, aux saints des cimetières romains. Ceux-ci s’imposèrent de plus en plus comme la source de reliques de martyrs, pour la Monarchie catholique comme pour d’autres. À en croire les archives de la sacristie pontificale, la date de 1700, avec la mort de Charles II, puis avec l’avènement de la dynastie des Bourbons, marqua une rupture plus nette encore. La famille royale, dépourvue du réseau dont jouissait la Maison d’Autriche, demanda directement de nombreuses reliques à la sacristie pour doter ses collections de reliques insignes et de corps entiers de martyrs. Et la haute noblesse l’imita. Grâce aux trois ensembles documentaires examinés, nous avons pu suivre les grandes lignes de distribution des reliques des catacombes en Espagne, et constaté à travers l’exemple des Déchaussées royales que la Maison d’Autriche a résisté à la force sacrale des martyrs romains... sans y parvenir totalement. En définitive, l’Espagne des Bourbons, de plus en plus demandeuse de reliques romaines, scella un mouvement déjà bien amorcé.

    Notes de bas de page

    1 La nouvelle de Miguel de Cervantes a été écrite dans la dernière décennie du XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle. Elle a été imprimée en 1613 dans le recueil intitulé Les nouvelles exemplaires. Nous la citons dans la traduction de J. Cassou, Paris, 1949, p. 256-257 : « Il […] s’en fut à Rome, reine des cités et maîtresse du monde. Il visita ses temples, adora ses reliques, admira sa grandeur. […] Il inféra la splendeur de Rome par ses marbres en pièces, ses statues entières ou incomplètes, ses arcs brisés et ses thermes en ruine, ses portiques et ses magnifiques amphithéâtres, son fleuve illustre et sacré qui toujours baigne ses rives et les béatifie des innombrables reliques des corps de ces martyrs qui dans ses eaux trouvèrent une sépulture […]. Et après avoir fait la station des sept églises, s’être confessé à un pénitencier, et avoir baisé le pied de Sa Sainteté, il détermina de s’en aller, tout confit d’Agnus Dei et de rosaires ».

    2 Les reliques de l’Escorial ont été recensées par B. Mediavilla Martín et J. Rodríguez Díez, Les reliquias del Real Monasterio del Escorial, documentación hagiográfica, II, El Escorial, 2004, étudiées par J. M. del Estal, Felipe II y su archivo hagiográfico de El Escorial, dans Hispania Sacra, 22, 1970, p. 193-333 et G. Lazure, Possessing the Sacred : Monarchy and Identity in Philip II’s Relic Collection at the Escorial, dans Renaissance Quarterly, 60-1, 2007, p. 58-93, Id., Posséder le sacré. Monarchie et identité dans la collection de reliques de Philippe II à l’Escorial dans P. Boutry, P.-A. Fabre, D. Julia (dir.), Reliques modernes. Cultes et usages des corps saints des Réformes aux révolutions, Paris, 2009, I, p. 371-404.

    3 El estandarte de San Mauricio del Museo de Valladolid. Reliquias de Flandes en la Corte de España. 1604, Valladolid, 2012. Signalons en particulier le chapitre II, de L. Amigo Vazquez, De Flandes a Valladolid, p. 25-65.

    4 Le nonce de Belgique authentifia les reliques extraites des différents couvents par Magdalena de San Jerónimo les 30 juin et 4 juillet 1603. Elles étaient pour l’essentiel des reliques des onze mille vierges et des martyrs de la Légion thébaine.

    5 E. Wattenberg García, San Mauricio y la légión tebana. Difusión y controversia de su leyenda, dans El estandarte de San Mauricio… cit., p. 23 et L. Amigo Vázquez, De Flandes a Valladolid… cit., p. 75.

    6 Les 44 corps entiers, dont 25 avant 1700 et 19 après 1700, sont octroyés à (dans la liste ci-dessous, l’orthographe et les noms espagnols ont été rétablis lorsqu’il était possible de les déduire d’après les sources d’archives en latin) : l’ambassadeur d’Espagne, en 1657 ; en février 1666 : Bernardino María de Alfaro, laïc ; en 1666 : Cristóbal Ruiz, prêtre séculier, confesseur du cardinal d’Aragon en mars ; les jésuites Ludovico de Barcelone (sic) en avril, et Pedro Girolamo (sic), de Cordoue en juin ; en juin 1671 : Jerónimo Román de la Fuente ; en août 1673 : l’évêque de Cadix Diego de Castrillo ; en avril 1681 : Miguel de Bustos pour l’église du noviciat de Madrid ; en octobre 1681 : Gaspar de Haro, marquis de Carpio, ambassadeur extraordinaire du roi d’Espagne. On le connaît comme un grand collectionneur d’œuvres d’art et un grand mécène. Quatre ans après son arrivée à Rome, il obtient le corps entier d’un saint des catacombes, peu de temps avant d’être nommé vice-roi de Naples ; en avril 1683 : l’église San Sebastián de Calahorra, par l’intermédiaire du marquis de Lolys (sic) (de Cenete ?) ; en 1683 : le carme José de Santo Tomás, procureur général de la province d’Espagne ; en 1683 : le franciscain José de Valdés, prédicateur de Sa Majesté ; en 1683 : Francisco Marcio, du diocèse de Tolède, laïc ; en 1684 : Alonso García, de Calahorra, laïc ; en décembre 1684 : l’archevêque de Séville Juan de Palafox ; en 1685 : l’augustin, assistant d’Espagne, Francisco de Sequeiros y Sotomayor (sic), diocèse de Tolède ; en août 1685 : le nonce apostolique en Espagne Marcello Durazzo ; en août 1685 : Fermín de Ollo, de Pampelune ; en 1685 : l’augustin José de Concha ; en 1686 : l’augustin Baltasar Manríquez ; en septembre 1687 : le jésuite Ludovico Morales ; en septembre 1688 : Julio Savelli de Cabrera y Bobadilla, maréchal du conclave « cust pce Albani », comte de Chinchón ; en avril 1689 : le jésuite Pascual de Casanueva, assistant d’Espagne ; en avril 1690 : l’agent du roi d’Espagne et procureur général Antonio Pérez de Rua, chanoine de la cathédrale de Saragosse ; en juillet 1690 : le marquis de Corcovedo, ambassadeur du roi d’Espagne auprès du Saint-Siège ; en janvier 1696 : Giuseppe Archinto, nonce en Espagne, archevêque, pour le diocèse de Tolède ; en 1701 : Louise Gabrielle, première épouse de Philippe V ; en février 1702 : le légat du Saint-Siège auprès du roi d’Espagne, Carmino Nicolò Caracciolo ; en mai 1702 : le cardinal Carlo Barberini, cardinal-légat du roi d’Espagne le représentant auprès du Saint-Siège ; en mai 1705 : le président du Conseil d’Italie, marquis de Mancera ; en 1712 : l’ambassadeur du roi d’Espagne auprès du Saint-Siège, Maurizio Caraccioli Arela ; en 1714 : la reine d’Espagne Marie Elizabeth Farnèse ; en juin 1724 : le cardinal Carlos de Borja y Centellas (lors du conclave pour l’élection de Benoît XIII) ; en octobre 1724 : le cardinal Belluga, pour le roi d’Espagne ; en juin 1725 : l’évêque d’Oviedo, José Hendaya Haro ; en juin 1725 : Martín Zalayeta, évêque de León ; en janvier 1726 : le cardinal Belluga ; en mai 1726 : le roi Philippe V ; en septembre 1727 : Bartolomé Gascón (?), évêque de Jaén ou des Canaries ; en 1730 : le chanoine de la cathédrale de Pampelune, Pascual Beltrán, agent général des chapitres d’Espagne ; en septembre 1730 : le cardinal Belluga ; en 1737 : les quatre derniers de la liste sont des octrois de corps entiers, dont un au cardinal Belluga.

    7 Les envois d’œuvres d’art pour les collections royales par les ambassadeurs à Rome sont un sujet désormais bien connu. Par exemple, le Christ crucifié du Bernin commandé par Philippe IV au sculpteur par l’intermédiaire du IVe duc de Terranova, envoyé en 1654 à l’Escorial, a été étudié par D. García Cueto, Don Diego de Aragón, IV Duque de Terranova, y el envío de esculturas para Felipe IV durante su embajada en Roma (1654-1657), dans Archivo Español de Arte, 78, 2005, 311, p. 317-322. Les envois des reliques de corps entiers, en revanche, n’ont pas été traités au même titre que les envois d’œuvres d’art depuis l’Italie, et singulièrement depuis Rome qui, comme on le sait, était devenue le centre de la vie artistique de la péninsule au XVIIe siècle, attirant les plus grands artistes européens. Une allusion à ces envois à la reine Marguerite de Habsbourg, morte en 1611, est faite dans G. González Dávila, Teatro de las grandezas de la villa de Madrid, Madrid, 1623, p. 252 (Rome) et p. 469 (Naples).

    8 Les deux authentiques, datées du 11 juin 1657 et conservées à l’Escorial sont reproduites dans B. Mediavilla Martín et J. Rodríguez Díez, Les reliquias del Real Monasterio del Escorial, documentación hagiográfica, El Escorial, 2004, I, p. 909-910.

    9 Il semble que les épouses de Philippe V aient eu un rôle politique différent de celui que les reines des Habsbourg avaient joué auparavant (même s’il reste beaucoup à dire sur le rôle politique des reines consorts sous les Habsbourg). Voir C.C. Noel, Bárbara succeeds Elizabeth... : the feminisation and domestication of politics in the Spanish monarchy, 1701-1759, dans C. Campbell Orr, Queenship in Europe, 1660-1815 : the Role of the Consort, Cambridge, 2004, p. 155-187.

    10 En revanche, comme Annick Delfosse l’a fort justement souligné (voir sa contribution dans ce volume), le sacriste entre la fin 1692 et septembre 1712 était Pierre-Lambert le Drou, soit 21,76 % du total.

    11 A. de Quintanadueñas, Santos de la Iglesia de Sevilla, Séville, 1637, p. 360- 361 : « Fiesta de S. Ursula, y las once mil vírgenes ; XXI de octubre ». La traduction est de moi.

    12 Entre autres ouvrages, signalons : J.B. Vilar et alii, Luis Belluga y Moncada. La Dignidad de la Púrpura, Murcie, 2006 ; J.B. Vilar, F.V. Sánchez Gil et M.J. Vilar, Catálogo de la biblioteca romana del cardenal Luis Belluga. Transcripción, estudio y edición, Murcie, 2009.

    13 J. Torres Fontes et R. Bosque Carceller (éd.), Epistolario del cardenal Belluga, Murcie, 1962.

    14 Ibid., n° 115, p. 154.

    15 Je tiens ici à remercier Ana García Sanz, conservatrice du couvent des Déchaussées royales, « Patrimonio Nacional » d’Espagne, pour toute l’aide qu’elle m’a apportée dans la réalisation des recherches sur la collection de reliques de ce couvent. Sur la fondation du couvent par Jeanne d’Autriche en 1554-1559, et le soin qu’elle apporta à la salle du reliquaire, je renvoie les lecteurs à son article : A. García Sanz, Jeanne d’Autriche fondatrice des Déchaussées royales de Madrid, dans M. Gaude-Ferragu et C. Vincent-Cassy (dir.), La dame de cœur. Patronage et mécénat des femmes de pouvoir en Europe (XIIIe-XVIIe siècles), Rennes, 2016, p. 279-294.

    16 J. de la Palma, Cathalogo, y sumario general de las venerables, y admirables reliquias, que se reverencian en el Sanctuario, y relicario del Real, y Religioso convento de las Descalças Franciscas de la mayor Corte, y Villa de Madrid. Dispuesto, y ajustado por el Padre Fray Joan de la Palma, hijo de la Sancta Provincia de los Angeles, y Confessor, que fue de la Serenissima Infanta Sor Margarita de la Cruz, y de sobredicho convento, 290 pages, 12 pages blanches. Fondation Lázaro Galdiano, Ms M1-1-18 Inv. 14944. Les informations de cette source ont été mises en regard avec celles que fournissent les authentiques de reliques conservées dans les Archives du Couvent des Déchaussées royales : Archivo del Palacio Real (AGP), Descalzas.

    17 Juan de la Palma relate les derniers instants d’Isabelle de Bourbon, morte en 1644, à sœur Anne Dorothée, fille illégitime de Rodophe II, et religieuse des Déchaussées royales : Carta y sumaria relacion de la enfermedad y muerte de la Reyna nuestra señora, que Dios aya, su vida y heroycas virtudes, Hecha por su confessor el Padre Fr. Juan de Palma, del Orden de S. Francisco, Provincial que fue en el Convento de S. Antonio de Sevilla. A la Excelentissima Señora Sor Ana Dorotea, hija del Emperador Rodolpho, Marquesa de Austria, Religiosa professa en el Real Convento de las Descalças de Madrid., s.l., 1644.

    18 Cette question a été abordée par M. S. Sánchez, notamment dans The Empress, the Queen and the Nun. Women and Power at the Court of Philipp III, Baltimore, 1998.

    19 Les membres de la famille royale entrés au couvent sont Marguerite de la Croix (1567-1633), fille de l’impératrice Marie de Habsbourg ; Catherine Marie d’Este (1614-1628), fille des princes de Modène, petite-fille de Catherine Michèle, duchesse de Savoie, fille cadette de Philippe II, qui arriva à huit ans en 1622 et mourut à 14 ans sans avoir fait profession de foi ; Anne Dorothée de Habsbourg (1612-1694), fille de l’empereur Rodolphe II, qui prit le voile en 1624 à 12 ans et fit profession de foi en 1628 ; Marianne de la Croix (1641-1715), fille de l’infant don Ferdinand, frère de Philippe IV et gouverneur des Pays-Bas, qui prit le voile à cinq ans en 1646 ; Marguerite de la Croix (1650-1686), fille du fils illégitime de Philippe IV don Juan José d’Autriche, qui prit le voile à six ans en 1656 (d’après L. Sánchez Hernández, Patronato regio y órdenes religiosas femeninas en el Madrid de los Austrias : Descalzas Reales, Encarnación y Santa Isabel, Madrid, 1997, p. 370-371). Voir aussi Archivo Histórico Nacional (AHN), Sec. Consejos, Libro de Iglesia, n° 5, fol. 196-239, publié par N. Álvarez Solar-Quintes, Reales Cédulas de Felipe II y adiciones de Felipe III en la escritura fundacional del monasterio de las Descalzas Reales de Madrid (1556-1601), Madrid, 1962 et Crónica y historia de las cosas memoriales y particulares del sancto convento de la madre de Dios de la Consolación de Madrid, Archivo General de Palacio (AGP), Sec. Admin., Leg/ 1413. Sur Marguerite de la Croix, voir A. Sanz de Bremond y Mayáns et K. M. Vilacoba Ramos, Siguiendo el espíritu de Santa Clara : Sor Margarita de la Cruz, la monja-infanta, dans X Curso El Franciscanismo en Andalucía. Clarisas Concepcionistas y Terciarias Regulares, Cordoue, 2006, p. 788-804.

    20 Philippe IV fit alors don de nombreuses reliques, majoritairement des onze mille vierges et martyres et de saints de la légion thébaine. Par exemple : « Son Altesse la Sérénissime Infante Sœur Marguerite de la Croix reçut des mains de don Jerónimo de Villafuerte Zapata gardien du trésor de Sa Majesté les reliques suivantes, offertes par Sa Majesté à Son Altesse pour qu’elle les mît dans le reliquaire que Sa Majesté a commandé de rebâtir dans le couvent des Déchaussées franciscaines de Madrid : une tête de sainte Marguerite reine d’Angleterre ; une autre tête, de sainte Aldegonde ; une autre de sainte Cécile ; une autre d’un compagnon de saint Géréon martyr ; une autre de la légion des saints thébains ; une autre de l’un des innombrables martyrs de Saragosse ; une autre des onze mille vierges, celles-ci étant entières ; une tête de saint Melchiades pape et martyr ; une tête de saint Euticianus pape et martyr ; une tête de saint Pie pape et martyr ; une tête de saint Iginius pape et martyr ; une tête de saint Paulin de Trêves ; une tête de saint Maurus martyr ; des saints thébains ; une tête de saint Magnus martyr ; une tête de saint Restitus martyr ; une tête de saint Trison martyr ; une tête de saint Agatus martyr ; une tête de saint Justin martyr ; une tête de sainte Marguerite vierge et martyre ; une tête de sainte Béatrice vierge et martyre ; une tête de sainte Flora ; une tête de sainte Susanne vierge et martyre ; une tête de sainte Exuperia vierge et martyre ; des onze mille vierges trois têtes », AGP Descalzas, caja 85/74, 1627. Les traductions de toutes les citations de cet inventaire sont de moi.

    21 M.S. Sánchez, Where Palace and Convent Met : The Descalzas Reales in Madrid, dans Sixteenth Century Journal, 46-1, 2015, p. 53-82. L’auteure, qui examine le statut hybride, entre Cour et couvent, des Descalzas Reales, évoque la salle du reliquaire p. 67. Voir aussi E. Jiménez Pablo, De lo cotidiano a lo sagrado : Las reliquias en el contexto de la Pietas Austriaca (siglo XVII), dans I. Arias de Saavedra Alías et M. L. López-Guadalupe Muñoz (dir.), Vida cotidiana en la Monarquía Hispánica. Tiempos y Espacios, Grenade, 2015, p. 405-420.

    22 Le lien entre le couvent et saint François Borgia est manifeste dans l’une des imagines conservées dans la salle du reliquaire. Voir ce que Juan de la Palma rapporte à propos de la copie du portrait de la Vierge de Santa Maria Maggiore de Rome donnée par le pape au saint jésuite, et ensuite offerte par celui-ci à la fondatrice Jeanne d’Autriche. J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 54 : « Il y a une image de Notre Dame, copie et transfert de celle de Santa Maria Maggiore de Rome. Cette sainte image, et une autre qui est vénérée dans le chœur du couvent, sont arrivées ici grâce à saint François Borgia de la Compagnie de Jésus, qui les avait reçues du pape avec des grandes indulgences et pardons. Le saint les donna à sa sœur Jeanne de la Croix première abbesse de ce couvent ».

    23 J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 93-94 : « [...] Ce bras de saint Martin, ainsi que celui de sainte Dorothée, tous deux vénérés dans des urnes d’argent, furent présentés par l’infante Marguerite de la Croix au nom de ses deux nièces qu’elle avait près d’elle dans ce couvent, c’est-à-dire la sainte sœur Dorothée fille de l’empereur Rodolphe et sœur Catherine fille du duc de Modène, fille de l’infante Catherine [Michèle] sœur de Philippe III [...] ».

    24 Crónica y historia de las cosas memoriales y particulares del sancto convento de la madre de Dios de la Consolación de Madrid, Archivo General de Palacio (AGP), Sec. Admin., Leg/ 1413, chap. 1, n° 1.

    25 J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 23. L’auteur dit à propos des travaux entrepris sur ordre du roi : « C’est là une œuvre nouvelle et royale que le roi notre Seigneur Philippe IV le Grand a ordonné de construire comme on le voit sur les inscriptions gravées en lettres d’or sur la dite salle du reliquaire. Mais comme sa Majesté, que Dieu protège, ne peut se satisfaire des espaces dilatés du monde, tout semble trop petit à son cœur royal et généreux. C’est pourquoi il a décidé de faire construire un lieu plus grand, et doté de plus de magnificence […] ».

    26 Actes de fondation, Princesa Juana, n° 64 (AGP, Sec. Admon. Leg/1413). Selon les actes de fondation, un inventaire des reliques devait être réalisé, et celles-ci étaient inaliénables. Cet inventaire devait comprendre : les reliques, les objets en argent et les tapisseries qui se trouvaient dans la chapelle et avaient été donnés par les fondateurs pour le service de Dieu et le salut des âmes. L’inventaire devait être fait devant notaire public, et devait indiquer la taille des reliques, comprendre leur authentique. La mention des objets précieux devait être accompagnée de l’indication du poids et du travail de l’argent. Trois copies devaient être faites de ces inventaires, pour l’abbesse, la sacristie et les archives de Simancas. Les premiers actes de fondation officiels des Déchaussées furent octroyés par Jeanne d’Autriche le 9 août 1572. L’approbation des constitutions fut à la charge du cardinal Alexandrin et de l’ordinaire du diocèse de Tolède selon le bref édité à Madrid le 6 novembre 1571. De nouvelles constitutions dictées par Philippe II furent ratifiées en 1577 après la mort de Jeanne d’Autriche. Les modifications concernaient surtout le nombre des chapelains et l’autorité que ceux-ci pouvaient exercer sur les religieuses. Le bref pontifical entérinant ces nouveaux actes de fondation date du 25 mai 1578. Philippe III reprit ces actes de fondation en 1600, corrigeant la juridiction du chapelain sur la communauté des religieuses. Ces nouvelles constitutions furent ratifiées par Clément VIII le 24 mars 1602. Sur les écritures de fondation, voir L. Sánchez Hernández, Patronato regio… cit., p. 31-36.

    27 Ibid., p. 312.

    28 J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 33 : « Ce corps saint du glorieux saint Victor, qui fut porte-étendard de la légion thébaine. Ce corps saint est dans une châsse faite de tous les métaux, or, argent, bronze et acier. Elle est très belle et très curieuse » et, p. 33 aussi : « Il y a un reliquaire d’argent lisse avec un petit filet d’argent d’un bras de ce saint que l’on apporte aux malades par dévotion ». La crónica y historia… cit., cap. 1, n° 4 mentionne que Philippe III fut guéri des « tercianas » (fièvres) par cette relique. Toutefois, le corps ne fut plus considéré comme authentique à la fin du XVIIe siècle. En effet, une autre relique du corps de saint Victor, appelé « el confirmado », en provenance du cimetière romain de sainte Priscille, fut apportée par le nonce apostolique Galeazzo Marescotti en 1670. L’authentique du vicariat général est conservé à AGP Descalzas, 86/8.

    29 Les reliques qui coïncident avec un culte particulier du calendrier liturgique sont celles de sainte Agathe, des onze mille vierges, de saint Valère, de saint Victor. Le calendrier liturgique de la communauté des clarisses du couvent des Déchaussées royales, d’après les actes de fondation, Ac Fd. PJ.

    30 Sur la relique de sainte Thérèse, en dehors de l’authentique conservée à l’AGP, on lit dans J. de la Palma Cathalogo… cit., p. 112, qu’elle fut offerte à Marguerite de la Croix alors que son procès de canonisation était en cours d’instruction : « Il y a une authentique sur papier raisin et en langue castillane de Fr. Joseph de Jesus Maria Général de l’ordre des carmes déchaux, où il fait don d’une manche miraculeuse d’un pourpoint que sainte Thérèse portait quand elle était malade, pourpoint d’étamine de couleur marron comme celle des religieux, ornée de fleurs parfumées à l’ambre, de soie et de paillettes d’argent, qu’il offre à la Sérénissime Infante sœur Marguerite de la Croix. Elle est signée de son nom. Marquée au sceau. Et contresignée par Fr. Diego de San José Définiteur Général et Secrétaire. À la date du 15 novembre 1618 ».

    31 Authentique romaine de 1607 faite devant le protonotaire apostolique Miguel Ruiz, AGP Descalzas, 86/18.

    32 L’évêque Sancho Dávila y Toledo, petit-fils du premier marquis de Velada, reçoit dès 1594 le corps entier extrait des catacombes de saint Vitalis, adjoint à sa collection de reliques : K.A. Harris, « A known holy body, with an inscription and a name » : Bischop Sancho Dávila y Toledo and the Creation of St. Vitalis, dans Archiv für Reformationsgeschichte, 104, 2013, p. 245-271.

    33 Témoignage notarié de la donation des corps de S. Timothée, saint Anastase, sainte Rustique, saint Gabin, saint Philippe, saint Caïus fait par Giovanni Rizi, procureur du nonce apostolique Innocenzo Massimi, AGP Descalzas, Caja 86/30, 1624.

    34 G. Lazure, Posséder le sacré… cit.

    35 J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 103-104.

    36 J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 84-85 : « Il y a une authentique sur papier en langue castillane dans laquelle Don Gaspar Prieto évêque d’Alghero dans le royaume de Sardaigne, capitaine général et président de ses Cours, élu évêque de Perpignan-Elna dans la principauté de Catalogne, donne foi et vrai témoignage du fait que lorsqu’il était général de tout l’ordre de la Merci rédemptrice de captifs il rendit le service à Son Altesse Marguerite de la Croix de lui donner le corps de sainte Marguerite vierge et martyre dans une boîte ou malle doublée de velours rouge galonné d’or ».

    37 AGP Descalzas, 86/64 (1).

    38 Voir A. de Quintanadueñas, Santos… cit., 1637, p. 360-361.

    39 AGP Descalzas, 85/61.

    40 Voir par exemple le Bref de Sa Sainteté le Pape Grégoire XV informant l’infante Sœur Marguerite de la Croix de la canonisation des quatre bienheureux espagnols et de la béatification de frère Pedro de Alcantara, Rome, 22 décembre 1621, AGP Descalzas, 84/19.

    41 AGP Descalzas, 84/84 (1 et 2). Il s’agit d’un os de saint Lucius martyr, d’un os de la tête de saint Romain martyr, d’un os de saint Epiphane martyr, d’un vase du sang de sainte Mevia, d’une dent de saint Josué martyr, d’une épaule de saint Vital martyr, et d’os de saint Victor martyr.

    42 AGP Descalzas, 86/49.

    43 AGP Descalzas, 86/32.

    Notes de fin

    xv La base de données mentionne un octroi en 1756 que nous n’avons pas pris en compte car il est isolé.

    Auteur

    • Cécile Vincent-Cassy
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    1 La nouvelle de Miguel de Cervantes a été écrite dans la dernière décennie du XVIe siècle ou au début du XVIIe siècle. Elle a été imprimée en 1613 dans le recueil intitulé Les nouvelles exemplaires. Nous la citons dans la traduction de J. Cassou, Paris, 1949, p. 256-257 : « Il […] s’en fut à Rome, reine des cités et maîtresse du monde. Il visita ses temples, adora ses reliques, admira sa grandeur. […] Il inféra la splendeur de Rome par ses marbres en pièces, ses statues entières ou incomplètes, ses arcs brisés et ses thermes en ruine, ses portiques et ses magnifiques amphithéâtres, son fleuve illustre et sacré qui toujours baigne ses rives et les béatifie des innombrables reliques des corps de ces martyrs qui dans ses eaux trouvèrent une sépulture […]. Et après avoir fait la station des sept églises, s’être confessé à un pénitencier, et avoir baisé le pied de Sa Sainteté, il détermina de s’en aller, tout confit d’Agnus Dei et de rosaires ».

    2 Les reliques de l’Escorial ont été recensées par B. Mediavilla Martín et J. Rodríguez Díez, Les reliquias del Real Monasterio del Escorial, documentación hagiográfica, II, El Escorial, 2004, étudiées par J. M. del Estal, Felipe II y su archivo hagiográfico de El Escorial, dans Hispania Sacra, 22, 1970, p. 193-333 et G. Lazure, Possessing the Sacred : Monarchy and Identity in Philip II’s Relic Collection at the Escorial, dans Renaissance Quarterly, 60-1, 2007, p. 58-93, Id., Posséder le sacré. Monarchie et identité dans la collection de reliques de Philippe II à l’Escorial dans P. Boutry, P.-A. Fabre, D. Julia (dir.), Reliques modernes. Cultes et usages des corps saints des Réformes aux révolutions, Paris, 2009, I, p. 371-404.

    3 El estandarte de San Mauricio del Museo de Valladolid. Reliquias de Flandes en la Corte de España. 1604, Valladolid, 2012. Signalons en particulier le chapitre II, de L. Amigo Vazquez, De Flandes a Valladolid, p. 25-65.

    4 Le nonce de Belgique authentifia les reliques extraites des différents couvents par Magdalena de San Jerónimo les 30 juin et 4 juillet 1603. Elles étaient pour l’essentiel des reliques des onze mille vierges et des martyrs de la Légion thébaine.

    5 E. Wattenberg García, San Mauricio y la légión tebana. Difusión y controversia de su leyenda, dans El estandarte de San Mauricio… cit., p. 23 et L. Amigo Vázquez, De Flandes a Valladolid… cit., p. 75.

    6 Les 44 corps entiers, dont 25 avant 1700 et 19 après 1700, sont octroyés à (dans la liste ci-dessous, l’orthographe et les noms espagnols ont été rétablis lorsqu’il était possible de les déduire d’après les sources d’archives en latin) : l’ambassadeur d’Espagne, en 1657 ; en février 1666 : Bernardino María de Alfaro, laïc ; en 1666 : Cristóbal Ruiz, prêtre séculier, confesseur du cardinal d’Aragon en mars ; les jésuites Ludovico de Barcelone (sic) en avril, et Pedro Girolamo (sic), de Cordoue en juin ; en juin 1671 : Jerónimo Román de la Fuente ; en août 1673 : l’évêque de Cadix Diego de Castrillo ; en avril 1681 : Miguel de Bustos pour l’église du noviciat de Madrid ; en octobre 1681 : Gaspar de Haro, marquis de Carpio, ambassadeur extraordinaire du roi d’Espagne. On le connaît comme un grand collectionneur d’œuvres d’art et un grand mécène. Quatre ans après son arrivée à Rome, il obtient le corps entier d’un saint des catacombes, peu de temps avant d’être nommé vice-roi de Naples ; en avril 1683 : l’église San Sebastián de Calahorra, par l’intermédiaire du marquis de Lolys (sic) (de Cenete ?) ; en 1683 : le carme José de Santo Tomás, procureur général de la province d’Espagne ; en 1683 : le franciscain José de Valdés, prédicateur de Sa Majesté ; en 1683 : Francisco Marcio, du diocèse de Tolède, laïc ; en 1684 : Alonso García, de Calahorra, laïc ; en décembre 1684 : l’archevêque de Séville Juan de Palafox ; en 1685 : l’augustin, assistant d’Espagne, Francisco de Sequeiros y Sotomayor (sic), diocèse de Tolède ; en août 1685 : le nonce apostolique en Espagne Marcello Durazzo ; en août 1685 : Fermín de Ollo, de Pampelune ; en 1685 : l’augustin José de Concha ; en 1686 : l’augustin Baltasar Manríquez ; en septembre 1687 : le jésuite Ludovico Morales ; en septembre 1688 : Julio Savelli de Cabrera y Bobadilla, maréchal du conclave « cust pce Albani », comte de Chinchón ; en avril 1689 : le jésuite Pascual de Casanueva, assistant d’Espagne ; en avril 1690 : l’agent du roi d’Espagne et procureur général Antonio Pérez de Rua, chanoine de la cathédrale de Saragosse ; en juillet 1690 : le marquis de Corcovedo, ambassadeur du roi d’Espagne auprès du Saint-Siège ; en janvier 1696 : Giuseppe Archinto, nonce en Espagne, archevêque, pour le diocèse de Tolède ; en 1701 : Louise Gabrielle, première épouse de Philippe V ; en février 1702 : le légat du Saint-Siège auprès du roi d’Espagne, Carmino Nicolò Caracciolo ; en mai 1702 : le cardinal Carlo Barberini, cardinal-légat du roi d’Espagne le représentant auprès du Saint-Siège ; en mai 1705 : le président du Conseil d’Italie, marquis de Mancera ; en 1712 : l’ambassadeur du roi d’Espagne auprès du Saint-Siège, Maurizio Caraccioli Arela ; en 1714 : la reine d’Espagne Marie Elizabeth Farnèse ; en juin 1724 : le cardinal Carlos de Borja y Centellas (lors du conclave pour l’élection de Benoît XIII) ; en octobre 1724 : le cardinal Belluga, pour le roi d’Espagne ; en juin 1725 : l’évêque d’Oviedo, José Hendaya Haro ; en juin 1725 : Martín Zalayeta, évêque de León ; en janvier 1726 : le cardinal Belluga ; en mai 1726 : le roi Philippe V ; en septembre 1727 : Bartolomé Gascón (?), évêque de Jaén ou des Canaries ; en 1730 : le chanoine de la cathédrale de Pampelune, Pascual Beltrán, agent général des chapitres d’Espagne ; en septembre 1730 : le cardinal Belluga ; en 1737 : les quatre derniers de la liste sont des octrois de corps entiers, dont un au cardinal Belluga.

    7 Les envois d’œuvres d’art pour les collections royales par les ambassadeurs à Rome sont un sujet désormais bien connu. Par exemple, le Christ crucifié du Bernin commandé par Philippe IV au sculpteur par l’intermédiaire du IVe duc de Terranova, envoyé en 1654 à l’Escorial, a été étudié par D. García Cueto, Don Diego de Aragón, IV Duque de Terranova, y el envío de esculturas para Felipe IV durante su embajada en Roma (1654-1657), dans Archivo Español de Arte, 78, 2005, 311, p. 317-322. Les envois des reliques de corps entiers, en revanche, n’ont pas été traités au même titre que les envois d’œuvres d’art depuis l’Italie, et singulièrement depuis Rome qui, comme on le sait, était devenue le centre de la vie artistique de la péninsule au XVIIe siècle, attirant les plus grands artistes européens. Une allusion à ces envois à la reine Marguerite de Habsbourg, morte en 1611, est faite dans G. González Dávila, Teatro de las grandezas de la villa de Madrid, Madrid, 1623, p. 252 (Rome) et p. 469 (Naples).

    8 Les deux authentiques, datées du 11 juin 1657 et conservées à l’Escorial sont reproduites dans B. Mediavilla Martín et J. Rodríguez Díez, Les reliquias del Real Monasterio del Escorial, documentación hagiográfica, El Escorial, 2004, I, p. 909-910.

    9 Il semble que les épouses de Philippe V aient eu un rôle politique différent de celui que les reines des Habsbourg avaient joué auparavant (même s’il reste beaucoup à dire sur le rôle politique des reines consorts sous les Habsbourg). Voir C.C. Noel, Bárbara succeeds Elizabeth... : the feminisation and domestication of politics in the Spanish monarchy, 1701-1759, dans C. Campbell Orr, Queenship in Europe, 1660-1815 : the Role of the Consort, Cambridge, 2004, p. 155-187.

    10 En revanche, comme Annick Delfosse l’a fort justement souligné (voir sa contribution dans ce volume), le sacriste entre la fin 1692 et septembre 1712 était Pierre-Lambert le Drou, soit 21,76 % du total.

    11 A. de Quintanadueñas, Santos de la Iglesia de Sevilla, Séville, 1637, p. 360- 361 : « Fiesta de S. Ursula, y las once mil vírgenes ; XXI de octubre ». La traduction est de moi.

    12 Entre autres ouvrages, signalons : J.B. Vilar et alii, Luis Belluga y Moncada. La Dignidad de la Púrpura, Murcie, 2006 ; J.B. Vilar, F.V. Sánchez Gil et M.J. Vilar, Catálogo de la biblioteca romana del cardenal Luis Belluga. Transcripción, estudio y edición, Murcie, 2009.

    13 J. Torres Fontes et R. Bosque Carceller (éd.), Epistolario del cardenal Belluga, Murcie, 1962.

    14 Ibid., n° 115, p. 154.

    15 Je tiens ici à remercier Ana García Sanz, conservatrice du couvent des Déchaussées royales, « Patrimonio Nacional » d’Espagne, pour toute l’aide qu’elle m’a apportée dans la réalisation des recherches sur la collection de reliques de ce couvent. Sur la fondation du couvent par Jeanne d’Autriche en 1554-1559, et le soin qu’elle apporta à la salle du reliquaire, je renvoie les lecteurs à son article : A. García Sanz, Jeanne d’Autriche fondatrice des Déchaussées royales de Madrid, dans M. Gaude-Ferragu et C. Vincent-Cassy (dir.), La dame de cœur. Patronage et mécénat des femmes de pouvoir en Europe (XIIIe-XVIIe siècles), Rennes, 2016, p. 279-294.

    16 J. de la Palma, Cathalogo, y sumario general de las venerables, y admirables reliquias, que se reverencian en el Sanctuario, y relicario del Real, y Religioso convento de las Descalças Franciscas de la mayor Corte, y Villa de Madrid. Dispuesto, y ajustado por el Padre Fray Joan de la Palma, hijo de la Sancta Provincia de los Angeles, y Confessor, que fue de la Serenissima Infanta Sor Margarita de la Cruz, y de sobredicho convento, 290 pages, 12 pages blanches. Fondation Lázaro Galdiano, Ms M1-1-18 Inv. 14944. Les informations de cette source ont été mises en regard avec celles que fournissent les authentiques de reliques conservées dans les Archives du Couvent des Déchaussées royales : Archivo del Palacio Real (AGP), Descalzas.

    17 Juan de la Palma relate les derniers instants d’Isabelle de Bourbon, morte en 1644, à sœur Anne Dorothée, fille illégitime de Rodophe II, et religieuse des Déchaussées royales : Carta y sumaria relacion de la enfermedad y muerte de la Reyna nuestra señora, que Dios aya, su vida y heroycas virtudes, Hecha por su confessor el Padre Fr. Juan de Palma, del Orden de S. Francisco, Provincial que fue en el Convento de S. Antonio de Sevilla. A la Excelentissima Señora Sor Ana Dorotea, hija del Emperador Rodolpho, Marquesa de Austria, Religiosa professa en el Real Convento de las Descalças de Madrid., s.l., 1644.

    18 Cette question a été abordée par M. S. Sánchez, notamment dans The Empress, the Queen and the Nun. Women and Power at the Court of Philipp III, Baltimore, 1998.

    19 Les membres de la famille royale entrés au couvent sont Marguerite de la Croix (1567-1633), fille de l’impératrice Marie de Habsbourg ; Catherine Marie d’Este (1614-1628), fille des princes de Modène, petite-fille de Catherine Michèle, duchesse de Savoie, fille cadette de Philippe II, qui arriva à huit ans en 1622 et mourut à 14 ans sans avoir fait profession de foi ; Anne Dorothée de Habsbourg (1612-1694), fille de l’empereur Rodolphe II, qui prit le voile en 1624 à 12 ans et fit profession de foi en 1628 ; Marianne de la Croix (1641-1715), fille de l’infant don Ferdinand, frère de Philippe IV et gouverneur des Pays-Bas, qui prit le voile à cinq ans en 1646 ; Marguerite de la Croix (1650-1686), fille du fils illégitime de Philippe IV don Juan José d’Autriche, qui prit le voile à six ans en 1656 (d’après L. Sánchez Hernández, Patronato regio y órdenes religiosas femeninas en el Madrid de los Austrias : Descalzas Reales, Encarnación y Santa Isabel, Madrid, 1997, p. 370-371). Voir aussi Archivo Histórico Nacional (AHN), Sec. Consejos, Libro de Iglesia, n° 5, fol. 196-239, publié par N. Álvarez Solar-Quintes, Reales Cédulas de Felipe II y adiciones de Felipe III en la escritura fundacional del monasterio de las Descalzas Reales de Madrid (1556-1601), Madrid, 1962 et Crónica y historia de las cosas memoriales y particulares del sancto convento de la madre de Dios de la Consolación de Madrid, Archivo General de Palacio (AGP), Sec. Admin., Leg/ 1413. Sur Marguerite de la Croix, voir A. Sanz de Bremond y Mayáns et K. M. Vilacoba Ramos, Siguiendo el espíritu de Santa Clara : Sor Margarita de la Cruz, la monja-infanta, dans X Curso El Franciscanismo en Andalucía. Clarisas Concepcionistas y Terciarias Regulares, Cordoue, 2006, p. 788-804.

    20 Philippe IV fit alors don de nombreuses reliques, majoritairement des onze mille vierges et martyres et de saints de la légion thébaine. Par exemple : « Son Altesse la Sérénissime Infante Sœur Marguerite de la Croix reçut des mains de don Jerónimo de Villafuerte Zapata gardien du trésor de Sa Majesté les reliques suivantes, offertes par Sa Majesté à Son Altesse pour qu’elle les mît dans le reliquaire que Sa Majesté a commandé de rebâtir dans le couvent des Déchaussées franciscaines de Madrid : une tête de sainte Marguerite reine d’Angleterre ; une autre tête, de sainte Aldegonde ; une autre de sainte Cécile ; une autre d’un compagnon de saint Géréon martyr ; une autre de la légion des saints thébains ; une autre de l’un des innombrables martyrs de Saragosse ; une autre des onze mille vierges, celles-ci étant entières ; une tête de saint Melchiades pape et martyr ; une tête de saint Euticianus pape et martyr ; une tête de saint Pie pape et martyr ; une tête de saint Iginius pape et martyr ; une tête de saint Paulin de Trêves ; une tête de saint Maurus martyr ; des saints thébains ; une tête de saint Magnus martyr ; une tête de saint Restitus martyr ; une tête de saint Trison martyr ; une tête de saint Agatus martyr ; une tête de saint Justin martyr ; une tête de sainte Marguerite vierge et martyre ; une tête de sainte Béatrice vierge et martyre ; une tête de sainte Flora ; une tête de sainte Susanne vierge et martyre ; une tête de sainte Exuperia vierge et martyre ; des onze mille vierges trois têtes », AGP Descalzas, caja 85/74, 1627. Les traductions de toutes les citations de cet inventaire sont de moi.

    21 M.S. Sánchez, Where Palace and Convent Met : The Descalzas Reales in Madrid, dans Sixteenth Century Journal, 46-1, 2015, p. 53-82. L’auteure, qui examine le statut hybride, entre Cour et couvent, des Descalzas Reales, évoque la salle du reliquaire p. 67. Voir aussi E. Jiménez Pablo, De lo cotidiano a lo sagrado : Las reliquias en el contexto de la Pietas Austriaca (siglo XVII), dans I. Arias de Saavedra Alías et M. L. López-Guadalupe Muñoz (dir.), Vida cotidiana en la Monarquía Hispánica. Tiempos y Espacios, Grenade, 2015, p. 405-420.

    22 Le lien entre le couvent et saint François Borgia est manifeste dans l’une des imagines conservées dans la salle du reliquaire. Voir ce que Juan de la Palma rapporte à propos de la copie du portrait de la Vierge de Santa Maria Maggiore de Rome donnée par le pape au saint jésuite, et ensuite offerte par celui-ci à la fondatrice Jeanne d’Autriche. J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 54 : « Il y a une image de Notre Dame, copie et transfert de celle de Santa Maria Maggiore de Rome. Cette sainte image, et une autre qui est vénérée dans le chœur du couvent, sont arrivées ici grâce à saint François Borgia de la Compagnie de Jésus, qui les avait reçues du pape avec des grandes indulgences et pardons. Le saint les donna à sa sœur Jeanne de la Croix première abbesse de ce couvent ».

    23 J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 93-94 : « [...] Ce bras de saint Martin, ainsi que celui de sainte Dorothée, tous deux vénérés dans des urnes d’argent, furent présentés par l’infante Marguerite de la Croix au nom de ses deux nièces qu’elle avait près d’elle dans ce couvent, c’est-à-dire la sainte sœur Dorothée fille de l’empereur Rodolphe et sœur Catherine fille du duc de Modène, fille de l’infante Catherine [Michèle] sœur de Philippe III [...] ».

    24 Crónica y historia de las cosas memoriales y particulares del sancto convento de la madre de Dios de la Consolación de Madrid, Archivo General de Palacio (AGP), Sec. Admin., Leg/ 1413, chap. 1, n° 1.

    25 J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 23. L’auteur dit à propos des travaux entrepris sur ordre du roi : « C’est là une œuvre nouvelle et royale que le roi notre Seigneur Philippe IV le Grand a ordonné de construire comme on le voit sur les inscriptions gravées en lettres d’or sur la dite salle du reliquaire. Mais comme sa Majesté, que Dieu protège, ne peut se satisfaire des espaces dilatés du monde, tout semble trop petit à son cœur royal et généreux. C’est pourquoi il a décidé de faire construire un lieu plus grand, et doté de plus de magnificence […] ».

    26 Actes de fondation, Princesa Juana, n° 64 (AGP, Sec. Admon. Leg/1413). Selon les actes de fondation, un inventaire des reliques devait être réalisé, et celles-ci étaient inaliénables. Cet inventaire devait comprendre : les reliques, les objets en argent et les tapisseries qui se trouvaient dans la chapelle et avaient été donnés par les fondateurs pour le service de Dieu et le salut des âmes. L’inventaire devait être fait devant notaire public, et devait indiquer la taille des reliques, comprendre leur authentique. La mention des objets précieux devait être accompagnée de l’indication du poids et du travail de l’argent. Trois copies devaient être faites de ces inventaires, pour l’abbesse, la sacristie et les archives de Simancas. Les premiers actes de fondation officiels des Déchaussées furent octroyés par Jeanne d’Autriche le 9 août 1572. L’approbation des constitutions fut à la charge du cardinal Alexandrin et de l’ordinaire du diocèse de Tolède selon le bref édité à Madrid le 6 novembre 1571. De nouvelles constitutions dictées par Philippe II furent ratifiées en 1577 après la mort de Jeanne d’Autriche. Les modifications concernaient surtout le nombre des chapelains et l’autorité que ceux-ci pouvaient exercer sur les religieuses. Le bref pontifical entérinant ces nouveaux actes de fondation date du 25 mai 1578. Philippe III reprit ces actes de fondation en 1600, corrigeant la juridiction du chapelain sur la communauté des religieuses. Ces nouvelles constitutions furent ratifiées par Clément VIII le 24 mars 1602. Sur les écritures de fondation, voir L. Sánchez Hernández, Patronato regio… cit., p. 31-36.

    27 Ibid., p. 312.

    28 J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 33 : « Ce corps saint du glorieux saint Victor, qui fut porte-étendard de la légion thébaine. Ce corps saint est dans une châsse faite de tous les métaux, or, argent, bronze et acier. Elle est très belle et très curieuse » et, p. 33 aussi : « Il y a un reliquaire d’argent lisse avec un petit filet d’argent d’un bras de ce saint que l’on apporte aux malades par dévotion ». La crónica y historia… cit., cap. 1, n° 4 mentionne que Philippe III fut guéri des « tercianas » (fièvres) par cette relique. Toutefois, le corps ne fut plus considéré comme authentique à la fin du XVIIe siècle. En effet, une autre relique du corps de saint Victor, appelé « el confirmado », en provenance du cimetière romain de sainte Priscille, fut apportée par le nonce apostolique Galeazzo Marescotti en 1670. L’authentique du vicariat général est conservé à AGP Descalzas, 86/8.

    29 Les reliques qui coïncident avec un culte particulier du calendrier liturgique sont celles de sainte Agathe, des onze mille vierges, de saint Valère, de saint Victor. Le calendrier liturgique de la communauté des clarisses du couvent des Déchaussées royales, d’après les actes de fondation, Ac Fd. PJ.

    30 Sur la relique de sainte Thérèse, en dehors de l’authentique conservée à l’AGP, on lit dans J. de la Palma Cathalogo… cit., p. 112, qu’elle fut offerte à Marguerite de la Croix alors que son procès de canonisation était en cours d’instruction : « Il y a une authentique sur papier raisin et en langue castillane de Fr. Joseph de Jesus Maria Général de l’ordre des carmes déchaux, où il fait don d’une manche miraculeuse d’un pourpoint que sainte Thérèse portait quand elle était malade, pourpoint d’étamine de couleur marron comme celle des religieux, ornée de fleurs parfumées à l’ambre, de soie et de paillettes d’argent, qu’il offre à la Sérénissime Infante sœur Marguerite de la Croix. Elle est signée de son nom. Marquée au sceau. Et contresignée par Fr. Diego de San José Définiteur Général et Secrétaire. À la date du 15 novembre 1618 ».

    31 Authentique romaine de 1607 faite devant le protonotaire apostolique Miguel Ruiz, AGP Descalzas, 86/18.

    32 L’évêque Sancho Dávila y Toledo, petit-fils du premier marquis de Velada, reçoit dès 1594 le corps entier extrait des catacombes de saint Vitalis, adjoint à sa collection de reliques : K.A. Harris, « A known holy body, with an inscription and a name » : Bischop Sancho Dávila y Toledo and the Creation of St. Vitalis, dans Archiv für Reformationsgeschichte, 104, 2013, p. 245-271.

    33 Témoignage notarié de la donation des corps de S. Timothée, saint Anastase, sainte Rustique, saint Gabin, saint Philippe, saint Caïus fait par Giovanni Rizi, procureur du nonce apostolique Innocenzo Massimi, AGP Descalzas, Caja 86/30, 1624.

    34 G. Lazure, Posséder le sacré… cit.

    35 J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 103-104.

    36 J. de la Palma, Cathalogo… cit., p. 84-85 : « Il y a une authentique sur papier en langue castillane dans laquelle Don Gaspar Prieto évêque d’Alghero dans le royaume de Sardaigne, capitaine général et président de ses Cours, élu évêque de Perpignan-Elna dans la principauté de Catalogne, donne foi et vrai témoignage du fait que lorsqu’il était général de tout l’ordre de la Merci rédemptrice de captifs il rendit le service à Son Altesse Marguerite de la Croix de lui donner le corps de sainte Marguerite vierge et martyre dans une boîte ou malle doublée de velours rouge galonné d’or ».

    37 AGP Descalzas, 86/64 (1).

    38 Voir A. de Quintanadueñas, Santos… cit., 1637, p. 360-361.

    39 AGP Descalzas, 85/61.

    40 Voir par exemple le Bref de Sa Sainteté le Pape Grégoire XV informant l’infante Sœur Marguerite de la Croix de la canonisation des quatre bienheureux espagnols et de la béatification de frère Pedro de Alcantara, Rome, 22 décembre 1621, AGP Descalzas, 84/19.

    41 AGP Descalzas, 84/84 (1 et 2). Il s’agit d’un os de saint Lucius martyr, d’un os de la tête de saint Romain martyr, d’un os de saint Epiphane martyr, d’un vase du sang de sainte Mevia, d’une dent de saint Josué martyr, d’une épaule de saint Vital martyr, et d’os de saint Victor martyr.

    42 AGP Descalzas, 86/49.

    43 AGP Descalzas, 86/32.

    xv La base de données mentionne un octroi en 1756 que nous n’avons pas pris en compte car il est isolé.

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    • Les reliques et leur appropriation dans le Royaume de Nouvelle-Grenade (XVIe et le XVIIIe siècle). DOI: 10.70675/b70d515dz8534z406dza7b1z82297a64be89
    • La fabrique de la création artistique : Approche historiographique et épistémologique du processus de la commande au Moyen Âge : l’exemple des peintures murales du Midi de la France aux âges romans (XIe-XIIe siècle). DOI: 10.70675/32f4d027zc2a2z4b29z85b1z3dbe11311ea5

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    • Les reliques et leur appropriation dans le Royaume de Nouvelle-Grenade (XVIe et le XVIIIe siècle). DOI: 10.70675/b70d515dz8534z406dza7b1z82297a64be89

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    Vincent-Cassy, C. (2016). Les reliques des saints des catacombes romaines en Espagne avant et après les Habsbourg. In S. Baciocchi & C. Duhamelle (éds.), Reliques romaines. Rome: Publications de l’École française de Rome. https://doi.org/10.4000/books.efr.40402
    Vincent-Cassy, Cécile. « Les reliques des saints des catacombes romaines en Espagne avant et après les Habsbourg ». In Reliques romaines, édité par Stéphane Baciocchi et Christophe Duhamelle. Rome: Publications de l’École française de Rome, 2016. doi:10.4000/books.efr.40402.
    Vincent-Cassy, Cécile. « Les reliques des saints des catacombes romaines en Espagne avant et après les Habsbourg ». Reliques romaines, édité par Stéphane Baciocchi et Christophe Duhamelle, Publications de l’École française de Rome, 2016, https://doi.org/10.4000/books.efr.40402.

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    Baciocchi, S., & Duhamelle, C. (éds.). (2016). Reliques romaines. Rome: Publications de l’École française de Rome. https://doi.org/10.4000/books.efr.40192
    Baciocchi, Stéphane, et Christophe Duhamelle, éd. Reliques romaines. Rome: Publications de l’École française de Rome, 2016. doi:10.4000/books.efr.40192.
    Baciocchi, Stéphane, et Christophe Duhamelle, éditeurs. Reliques romaines. Publications de l’École française de Rome, 2016, https://doi.org/10.4000/books.efr.40192.
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