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    Plan détaillé Texte intégral Les premiers châteaux (XIe-début XIIIe siècle) Les châteaux et enceintes urbaines du Moyen Âge central (début XIIIe - début XVe siècle) Les fortifications du XVe siècle Les fortifications du XVIe siècle Les palais du XVIIIe siècle Maisons nobles Conclusion Auteur

    Charles-François Guibal et son œuvre

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    Table des matières

    L’œuvre de Charles-François Guibal et son apport à la connaissance des châteaux

    Gérard Giuliato

    p. 39-58

    Texte intégral Les premiers châteaux (XIe-début XIIIe siècle) Les châteaux et enceintes urbaines du Moyen Âge central (début XIIIe - début XVe siècle) Les fortifications du XVe siècle Les fortifications du XVIe siècle Trois sites offrent des exemples de reconstruction totale Les palais du XVIIIe siècle Maisons nobles Les maisons fortes (XIIIe-XVe s.) Les maisons de l’Époque moderne (XVIe- XVIIIe s.) Les apports du XIXe siècle Conclusion Auteur

    Texte intégral

    1Guibal fit le choix de consacrer la presque totalité de ses dessins aux châteaux de l’ancien département de la Meurthe que le traité de Francfort raya de la carte en 1871. Son esprit scientifique et les recommandations préfectorales le poussèrent à faire des représentations conformes à la réalité architecturale qu’il avait sous les yeux et non à déformer cette réalité. Il sut se détacher des visions romantiques encore si prégnantes dans la première moitié du xixe siècle et il cessa son travail avant l’apparition et le triomphe du néogothique. Dans l’introduction, il évoque ses méthodes de travail qui reposent en premier lieu sur une visite de terrain et sur l’observation attentive des vestiges. Son expérience du dessin technique le conduit à une juste perception des dimensions tandis que son souci du réalisme lui permet de représenter les bâtiments dans leurs moindres détails. Cette précision et cette exactitude se vérifient quand on compare ses dessins aux vestiges actuels.

    2L’œuvre de Guibal constitue donc une solide base documentaire pour esquisser une approche archéologique et plus précisément une analyse typologique des sites. En confrontant cet apport aux connaissances historiques et aux styles architecturaux, il devient possible de brosser une étude typo chronologique de l’architecture castrale médiévale et moderne.

    Les premiers châteaux (XIe-début XIIIe siècle)

    3Au lendemain des invasions hongroises qui firent peser de graves menaces sur toute l’Europe médiane, les pouvoirs publics furent contraints de se réorganiser en profondeur. Afin d’assurer la défense de la région et mettre fin aux révoltes des ducs de Lotharingie, l’empereur divisa cet ancien royaume en deux parties. C’est ainsi que naquit le duché de Haute Lotharingie en 959. Le souverain accorda au duc Frédéric Ier d’importantes prérogatives pour défendre sa nouvelle circonscription. À son tour, celui-ci laissa aux comtes le droit de fortifier des sites qui devinrent rapidement les nouveaux centres de pouvoir.

    4Plusieurs châteaux entrent dans cette catégorie et les dessins de Guibal permettent de souligner les spécificités morphologiques de cette première vague de fortifications.

    5DABO, perché sur son piton isolé, ne conserve plus aucune construction du château des puissants comtes d’Eguisheim-Dabo (fig. 100). La totalité des matériaux a disparu depuis sa destruction en 1679.

    6VAUDÉMONT est un château perché à l’extrémité d’un éperon barré (fig. 60). L’attention de Guibal s’est focalisée sur la puissante tour maîtresse appelée Tour Brunehaut depuis le xvie siècle. La figure n° 61 offre une vue des faces nord et est de ce donjon. Le mur nord est percé de trois fenêtres au second niveau qui correspondait à l’étage résidentiel. Le mur est, aveugle, conserve la porte d’entrée située dans l’angle au second niveau c’est-à-dire à une hauteur de 9 m. Le dessin de cette porte, aujourd’hui disparue, montre les piédroits en pierre de taille et une voûte en plein cintre sur claveaux. Sans ce dessin, nous serions dans l’incapacité de comprendre le système d’accès au donjon qui communiquait avec un corps de logis dont le tracé est suggéré par le mur de clôture du cimetière visible au second plan. De récentes études permettent d’en dater la construction aux environs de l’An mil. Il est classé Monument historique depuis 1840.

    7PIERRE-PERCÉE occupe le sommet d’une arête rocheuse dégagée par l’érosion dans les grès rouges. Le dessin valorise le seul élément qui ait échappé au démantèlement de 1635 puis à la démolition qui se déroula surtout après 1755, date à laquelle les courtines et les tours de flanquement existaient encore. En 1829, Guibal distingue encore les vestiges d’une tour à l’extrémité orientale de la plateforme, mais son intérêt se porte surtout sur le donjon ouest (fig. 90).

    8Le petit donjon carré est privé de l’étage terminal, mais le côté nord conserve une fenêtre tandis qu’une porte (ou une grande fenêtre) située au second niveau du mur sud est encore visible (Fig. 91). Différents critères architectoniques conduisent à le dater du début du xiiie siècle. Notons également le fragment de courtine qui rappelle l’existence de l’enceinte qui chemisait le donjon.

    9Par miracle, l’état de l’édifice ne s’est pas trop dégradé, mais nécessite une rapide consolidation. Il est classé à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques depuis 1981.

    10LUTZELBOURG est vu du côté sud-ouest. Le dessin (fig. 97) schématise l’abrupt qui enveloppe le site et domine la vallée de la Zorn. Sur la plate-forme, se dressent des vestiges imposants. Depuis la vallée, deux grandes tours se détachent de la surface envahie par la végétation (fig. 99).

    11La seconde figure (fig. 97) fait apparaître le système défensif qui l’isole du plateau grâce à un mur de contrescarpe, à un large fossé en partie comblé par les gravats et à un petit mur qui obstrue son extrémité ouest.

    12L’éperon conserve un fragment de l’enceinte qui l’entourait et dans lequel la brèche pourrait correspondre à la porte primitive. À l’intérieur, on remarque les monticules constitués par les corps de logis ruinés. Trois édifices dominent ce champ de ruines.

    13À droite, un puissant donjon carré dont le côté ouest s’est effondré, laissant apparaître sa structure interne. Le premier niveau est aveugle. Le second niveau est souligné extérieurement (côté sud) par une rangée de trous de boulin dont les poutres supportaient une galerie de circulation donnant accès à la porte située sur le côté est (pas visible ici). Dans l’épaisseur du mur sud, apparaît distinctement un étroit passage qui permettait de circuler entre la pièce principale et les commodités ainsi qu’un escalier intra-muros. Le troisième niveau conserve une fenêtre en plein cintre sur le mur est. Ces éléments confirment la fonction d’habitat noble de ces niveaux.

    14Au centre se dresse un second donjon, pentagonal, muni d’un éperon triangulaire du côté sud. Le premier niveau est aveugle ; le second est éclairé par d’étroites fenêtres.

    15Au fond, à l’extrémité de l’éperon, apparaît un troisième édifice à présent réduit aux fondations.

    16Ce document est précieux, car il donne un état des vestiges avant toute transformation. En effet, le site fut acquis vers 1900 par un médecin strasbourgeois, le docteur Émile Koeberlé qui dégagea les constructions enfouies sous les gravats et fit remonter certains murs comme le côté ouest du premier donjon. Le château est classé Monument historique depuis 1930.

    17À travers les dessins de ces trois sites se dégagent les caractères morphologiques des châteaux de hauteur de cette période (xie - début xiiie siècle).

    18Ils dominaient des vallées étroites et des plateaux où passaient des voies de circulation importantes à l’époque (vallée de la Moselle pour Vaudémont, vallée de la Zorn pour Lutzelbourg, route vers le col du Donon pour Pierre-Percée). Certains étaient accolés à un bourg comme à Vaudémont. Dans le massif vosgien, les châteaux étaient dissociés de l’habitat rural qui se blottissait au pied de la hauteur.

    19Les sites affectionnaient les arêtes de grès, longues et étroites dans la région des Vosges du nord qui va du col de Saverne au Palatinat. Ailleurs, les éperons barrés étaient les plus nombreux (Épinal, Prény), car les sommets de collines étroites étaient rares (Mousson). La période n’ignorait pas les sites en plaine comme Lunéville, Nancy, Nomeny, Vic-sur-Seille, mais les constructions primitives ont disparu.

    20Le plan dominant était constitué par une enceinte polygonale qui épousait le tracé irrégulier de la plateforme. Le mur, sans fondation reposait sur le bord de la falaise dont il franchissait les failles par des arcs en plein cintre (Pierre-Percée, Turquestein).

    21Sur les arêtes, l’enceinte entourait des corps de logis étirés en longueur, mais les dépendances se regroupaient dans une basse-cour située sur une terrasse inférieure ; sur les sites plus larges, la même muraille protégeait l’ensemble des édifices comme à Vaudémont. C’est aussi le cas de Lutzelbourg dont on sait, grâce aux sources écrites, qu’il était divisé par des murs en plusieurs espaces tenus en fief par différents lignages selon le système de la coseigneurie propre à l’espace germanique. Des règlements contraignants ou « paix castrales » permettaient d’organiser la vie quotidienne des occupants et assuraient l’entretien et la sécurité du château.

    22Les premières enceintes étaient réduites à un simple mur, les suivantes étaient dotées de petites tours de flanquement.

    23Dans l’enceinte, se dressait une construction emblématique du pouvoir seigneurial : le donjon ou tour maîtresse qui pouvait présenter des formes différentes.

    24À Vaudémont, l’édifice mesure 23 sur 16 avec des murs épais de 4,30 au rez-de-chaussée et 3,60 m à l’étage. Il subsiste sur 13,50 m de haut et doit être considéré comme le plus anciennement conservé de Lorraine grâce aux analyses scientifiques récentes. Il s’apparente aux grandes tours résidentielles qui apparaissent en Europe occidentale autour de l’An mil, dans lesquelles sont rassemblées différentes fonctions : le rez-de-chaussée aveugle sert de stockage, le second niveau accessible par une porte située à 7 ou 8 m de haut sert de grande pièce à vivre, le second et troisième étage sont occupés par les chambres et le dernier étage est à usage de surveillance.

    25Au xiie siècle, on réduisit la massivité des donjons et on leur donna une allure plus élancée sans modifier la structure générale. C’est le cas à Lutzelbourg où le premier donjon mesure 10,50 m de côté avec des murs 2 m. Blâmont appartient à la même catégorie (fig. 84).

    26Parmi les nouveautés architecturales, on trouve les parements en pierres à bosse peu visibles sur ces vues générales, dont celles de Turquestein (fig. 95-96), château posé sur une arête de grès. Les donjons dotés d’un bec ou éperon comme celui de Lutzelbourg font leur apparition à Prény et en Alsace, au Bernstein (commune de Dambach-la-Ville), mais restent rares. On observe également la multiplication des petits donjons de moins de 10 m de côté qualifiés de Bergfried dans le domaine germanique. Ceux de Pierre-Percée et de Lutzelbourg illustrent bien cette catégorie que l’étroitesse des pièces rend impropre à la résidence aristocratique. En pratique, leur fonction se réduisait à une tour occupée par les guetteurs.

    Les châteaux et enceintes urbaines du Moyen Âge central (début XIIIe - début XVe siècle)

    27L’espace lorrain, comme tout l’Empire entra dans une nouvelle ère politique à partir des années 1230 caractérisée par la désagrégation de l’autorité impériale qui s’accentua après 1250 avec l’élimination des Hohenstaufen. Le pouvoir passa à la noblesse princière qui renforça son emprise sur les campagnes. Seules de rares villes comme Metz parvinrent à échapper à cette autorité. Ces conditions favorisèrent la multiplication des habitats fortifiés par les nouveaux lignages seigneuriaux issus des familles princières, mais aussi par les lignages de modestes chevaliers vassaux. Rien de surprenant de trouver une grande diversité de formes dans les constructions.

    28Les princes furent les premiers à se lancer dans une politique de constructions fortifiées pour protéger et administrer leurs domaines organisés en châtellenies et prévôtés.

    29Les sites fortifiés durant la période précédente furent généralement conservés et adaptés aux nouveaux besoins.

    30C’est le cas de DOMBASLE (fig. 55) construit sur une motte ovoïde, où on conserve le donjon, mais où l’enceinte et la porte furent reconstruites sur un nouveau modèle.

    31La période se signale par une grande nouveauté qui consiste à ceindre les bourgs et villes d’une enceinte collective en pierre à l’imitation de la cité de Metz qui fut pionnière en la matière.

    32MOUSSON (fig. 26-27-28) couronne une butte témoin dominant la vallée de la Moselle fortifiée dès le xie siècle par le comte de Bar. L’enceinte du xiiie siècle fut reconstruite sur le tracé de l’enceinte primitive sans tours de flanquement et offre un bon exemple de continuité architecturale. Le bourg, situé au pied du château reçut à son tour une belle enceinte longue de 820 m raccordée à l’enceinte castrale. Le dessin (fig. 27) montre le tronçon appuyé sur des tours polygonales (tour du Guet) ou demi-circulaires (tour du Marché) (fig. 28), mais vues de trop loin pour qu’on puisse y discerner les grandes archères à étrier encore conservées de nos jours.

    33LIVERDUN fut choisie en 1182 pour devenir le chef-lieu de la principauté épiscopale des évêques de Toul. Le prélat édifia un château et une enceinte urbaine pour protéger la ville neuve perchée sur un éperon barré. Les vestiges actuels prouvent que ces défenses furent reconstruites au xiiie et xive siècles. Les dessins montrent les deux tours et la courtine placées dans l’angle sud-ouest (fig. 5-6) ainsi que la porte fortifiée ou Porte en Mi (fig. 7) qui donne accès à la ville haute. Elles dominent le village primitif construit à flanc de coteau qui reçut à son tour une enceinte moins soignée comme le montrent les figures de la porte basse (fig. 3-4).

    34PONT-À-MOUSSON est une ville neuve fondée par le comte de Bar en 1261 et dotée d’une enceinte. Sur la rive droite, le quartier appelé Ban Saint-Martin conserve encore quelques éléments de défense. Guibal propose le dessin de la Porte nord appelée Porte du Trey composée d’une tour-porte quadrangulaire encore flanquée d’une tour ronde découronnée (fig. 29). Aujourd’hui, ne subsiste que la tour de droite.

    35BAYON reçut un château et une ville au xiiie siècle. En 1830, elle ne conservait qu’une tour qui appartenait à la porte sud de la ville perchée sur le bord du coteau dominant la Moselle. Le dernier niveau sous comble présente encore une série de grandes ouvertures qui permettaient de communiquer avec une galerie en bois ou hourd à fonction défensive (fig. 76).

    36PRÉNY fut un des plus puissants châteaux des ducs de Lorraine. Bâti sur un éperon barré dominant la vallée de la Moselle, il servait de relai entre les territoires méridionaux et septentrionaux du duché. On conserve le donjon de la fin du xiie siècle (fig. 17) appuyé sur une nouvelle enceinte dotée de tours de flanquement dont les constructions et reconstructions s’étalent du xiiie au xvie siècle (fig. 17-17v-18-18v-19-22). La basse-cour bénéficie d’une grande enceinte qui subsiste en partie. On y pénètre par la Porte nord (fig. 20-21). Parmi les corps de logis qui prenaient appui sur ce mur, Guibal représente la maison dite du Prévôt remarquable par ses arcades et fenêtres gothiques (fig. 23).

    37BLÂMONT, détaché du comté de Salm et devenu chef-lieu d’une châtellenie autonome au milieu du xiiie siècle, il fut doté par ses nouveaux seigneurs d’une nouvelle enceinte castrale flanquée de tours circulaires (fig. 82-83-85) qui se raccorde à celle qui enferme le bourg, elle aussi garnie de tours (fig. 85). L’ensemble présente une grande homogénéité stylistique.

    38DENEUVRE, domine la vallée de la Meurthe du haut de son éperon effilé et conserve quelques éléments de l’enceinte urbaine (fig. 87-89). Le bourg surplombe BACCARAT où s’élève un château tout en longueur construit en gros appareil (fig. 87). Sur l’étroite plate-forme, à l’extrémité nord, se dresse un donjon quadrangulaire de 16 m sur 11,80 m appelé « Tour des voués » (fig. 87-88).

    39POMPEY-L’AVANT-GARDE (fig. 38), construit vers 1315 n’est présenté que par un pan de mur de l’angle sud-ouest au-dessus de la falaise.

    40FROUARD (fig. 39-40) édifié au xiiie siècle est dessiné depuis la vallée. Il présente son flanc sud d’où se détachent des éléments en ruine qui ne sont qu’un décor de l’aveu de l’auteur. Un autre dessin (fig. 41) fournit une représentation plus précise de la partie nord. On y voit une tour d’habitation carrée appartenant à la basse-cour et une tour ronde qui appartient au château du second plan.

    41CUSTINES, construit vers 1260 sur un plan quadrangulaire fut restauré vers 1430. Démantelé en 1635, il servit de carrière à la fin du siècle pour construire la Chartreuse de Bosserville et un château de plaisance dans le village. Les démolisseurs n’ont laissé que le mur nord. La façade extérieure est percée de trois niveaux de fenêtres qui traduisent de nombreuses modifications. Le dessin est réalisé depuis la terrasse du boulevard d’artillerie édifié vers 1490 qui protège le château sur trois côtés (fig. 37). Le dessin pris depuis la cour (fig. 36) montre une entrée de cave à droite et la bouche de la citerne à gauche.

    42PIERREFORT (fig. 2), construit en 1306 se dresse sur le coteau dominant une petite vallée. Il est vu ici sous l’angle nord-est. Le côté oriental qui abrite les logements est flanqué d’une petite tour demie circulaire ornée de quatre cordons et d’une tour ronde à l’autre extrémité. Le côté nord, ici à droite, est en très mauvais état. Il a perdu son donjon dont ne subsiste qu’une amorce et le mur de courtine paraît avoir été remonté. La tour nord-ouest a aussi disparu.

    43Ces quatre sites construits tardivement entre 1250 et 1320 occupent des sites de hauteur, envahis par la forêt et à l’écart des bourgs qui se blottissent en fond de vallée. Par contre, leurs plans illustrent le nouveau modèle qui pénètre en Lorraine et se caractérise par un tracé quadrangulaire flanqué de tours d’angle comme le château du Louvre construit par Philippe Auguste vers 1190.

    44À partir de 1430, un nouveau type de château apparaît en Lorraine, dérivé de l’architecture des forteresses royales françaises comme Vincennes et La Bastille. Les défenses doivent s’adapter à la nouvelle menace constituée par l’artillerie à poudre. Guibal nous en fournit plusieurs exemples.

    Les fortifications du XVe siècle

    45NANCY conserve de son enceinte médiévale la porte de la Craffe (fig. 44). Guibal se contente de reprendre un dessin de Châtelain qui a le mérite de montrer les détails des deux tours construites en 1463. On remarque les fenêtres situées à l’étage supérieur et munies de petits corbeaux de pierre où pivotaient les axes des volets en bois – ou huchettes – que le soldat ouvrait avec une tige métallique pour tirer puis rabattait pour se protéger. Sur le flanc gauche de la porte, prend appui le bastion de la Reine. La façade sud de la porte présente un décor postiche ajouté par les français en 1633. Ce décor à l’antique se compose de pilastres et de chapiteaux d’ordre dorique supportant un fronton triangulaire. Au-dessus, une petite galerie sur mâchicoulis tourne ses ouvertures de tir vers la ville dans l’axe de la Grande Rue et rappelle la transformation de l’ensemble en citadelle chargée de surveiller une population hostile à l’occupant.

    46BAINVILLE-AUX-MIROIRS présente les restes d’une puissante tour maîtresse construite par les sires de Neuchâtel-Bourgogne vers 1440 et démantelée en 1470 (fig. 63). De forme ovoïde, elle mesure 26 m sur 21,5 m en plan (fig. 64) et 27 m de haut. On remarque un premier niveau encore voûté, les traces de fenêtres et de passages intra-muros correspondant aux quatre étages supérieurs. Elle constituait un poste avancé de la forteresse de Châtel-sur-Moselle.

    47VIC-SUR-SEILLE fut le chef-lieu de la principauté des évêques de Metz. À partir de 1180, ils édifièrent un château polygonal flanqué de tours. Au milieu du xve siècle, ils renforcèrent la porte nord ouvrant sur la ville en la faisant précéder par un châtelet. Guibal en fournit une bonne illustration. On remarque les deux petites tours percées d’archères canonnières encadrant une porte piétonne et une porte charretière surmontées d’un mâchicoulis sur arcs trilobés. À droite et à gauche, le départ des courtines (fig. 68 et 69).

    48MOYEN, autre château des évêques de Metz fut totalement reconstruit vers 1440 sur un plan rectangulaire de 60 m sur 55 flanqué tours rondes talutées. Guibal nous en fournit plusieurs vues extérieures de grand intérêt. Un dessin (fig. 78) présente les côtés sud et est avec les tours découronnées et les courtines presque intactes avec le chemin de ronde. La figure 79 offre une belle perspective sur le côté sud et montre l’intérieur de la tour du milieu avec son premier niveau voûté et les autres sur plancher. La figure 80 présente les côtés est et nord du château ainsi que la structure des tours sur trois niveaux avec leurs archères-canonnières et le chemin de ronde communiquant avec le 3e niveau. La figure 81 laisse voir au second plan le corps de logis sud-ouest dont la façade sur cour porte un oriel gothique et de grandes fenêtres à croisée.

    Les fortifications du XVIe siècle

    49Les progrès de l’artillerie poussèrent les architectes à concevoir des fortifications capables de résister aux attaques et de répliquer aux tirs adverses de plus en plus dévastateurs. La rapidité de l’évolution technique de l’armement entraîna des mutations accélérées dans l’art de bâtir.

    50La période 1490-1540 se distingua par une première série d’adaptations. Elle consista à envelopper les châteaux déjà existants avec une grande enceinte extérieure appelée aussi boulevard (du flamand bollwerk) composé d’une levée de terre soutenue par un mur d’escarpe lui-même doté parfois de quelques tours rondes de flanquement aux angles. Cette défense permettait de protéger le château, mais servait aussi de plateforme pour installer des canons destinés à tenir l’ennemi à distance.

    51Le duc René II en fit élever un à CUSTINES vers 1500 (fig. 37). Guibal nous en fournit un autre exemple avec MOYEN où on édifia une grande enceinte quadrangulaire de 125 m de côté qu’il n’est plus possible de dater du milieu du xve siècle tant elle diffère de l’architecture du château résidentiel. L’entrée se situe dans l’angle nord (fig. 81) et conserve ses deux portes et la loge du portier. Elles ouvrent sur une grande barbacane rectangulaire. L’enceinte est bien visible dans l’angle sud-est (fig. 78), sur le côté sud (fig. 78-79) et dans la partie est qui correspond à la barbacane (fig. 77). Son tracé rectiligne, ses angles droits et l’absence de tours de flanquement constituent des éléments de faiblesse ce qui ne l’empêcha pas de résister pendant près d’une semaine à la canonnade des troupes françaises en 1639 qui se concentra sur le côté nord, le plus exposé, car tourné vers le plateau.

    Trois sites offrent des exemples de reconstruction totale

    52NOMENY, autre château des évêques de Metz fut reconstruit en 1440 et restauré en 1544. Il dessine un quadrilatère de 55 m sur 42 m cantonné de tours d’artillerie. La figure 34 offre un écorché de la tour nord de plan polygonal où on peut distinguer quatre niveaux. À gauche, la tour ouest, percée de grandes fenêtres et au-delà, les vestiges de la porte de la ville. À droite, les restes de la tour est. Les murs de courtine sont encore élevés.

    53DIEULOUARD, château des évêques de Verdun a une origine qui remonte au ixe siècle, mais il fut totalement reconstruit vers 1510 sur un plan demi-circulaire cantonné de tours rondes adaptées à l’artillerie. À l’intérieur de l’enceinte, se développe un palais princier. L’édifice est construit sur le rebord du plateau qui domine la plaine alluviale de la Moselle où se groupent les maisons du bourg qui prit la suite de la ville antique de Scarpone. La figure 30 montre les trois tours nord et le côté est ; au premier plan un moulin alimenté par la résurgence qui jaillit au pied du château ; à gauche l’église Saint-Sébastien reconstruite en même temps que le château. L’entrée, surmontée d’une statue de la Vierge à l’Enfant se fait par un pont, dans l’angle sud-ouest (fig. 33) ; on remarque aussi les deux tours sud dotées de deux niveaux de canonnières. Le côté sud est présenté une seconde fois (fig. 32) avec les tours et le vaste bâtiment palatial au second plan. La figure 31 déroule la façade orientale de l’ancien palais avec sa tour carrée qui protège la résurgence. L’édifice échappa à la destruction pendant Révolution et fut transformé en habitat collectif.

    54Plus généralement, les seigneurs se contentèrent d’édifier des ouvrages devant les portes, de renforcer les maçonneries et d’installer des ouvertures de tir pour armes à feu. À l’intérieur des enceintes, le xvie siècle se signale par une vague de construction d’habitats de qualité.

    55LIVERDUN, incendiée en 1470 fut restaurée au cours du siècle suivant. La ville haute reçut une place du marché entourée d’arcades (fig. 9) ; on reconstruisit les maisons des chanoines et des bourgeois dans le style Renaissance (fig. 8-10) ainsi que des maisons nobles (fig. 12) sans oublier le presbytère (fig. 11). La porte nord de la ville haute (fig. 14-13) fut reconstruite et flanquée de deux tours quadrangulaires dotées de canonnières et d’un pont-levis à flèches dont les rainures d’encastrement sont bien visibles au-dessus de l’arc.

    56À VIC-SUR-SEILLE, Guibal dessine les vestiges d’une grande tour carrée abritant un escalier de facture Renaissance (fig. 70) comparable à celle qui se trouve au Palais ducal de Nancy. C’est un témoignage de la reconstruction des corps de logis du château quand celui-ci perdit sa fonction militaire au xvie siècle au profit de Marsal et Moyenvic. Un incendie volontaire déclenché par les soldats français en 1815 ruina ces bâtiments dans toute la partie sud.

    57Dans la seconde moitié du siècle, on vit apparaître le système bastionné associant des ouvrages pentagonaux de flanquement (bastions) et des boulevards faisant office de courtine. Les premiers exemples construits en Lorraine furent ceux de Nancy, œuvres d’architectes venus d’Italie, pays où fut mis au point cette nouveauté architecturale. À cette catégorie, n’appartient qu’un site dans l’œuvre de Guibal.

    58VIVIERS, construit en terrain marécageux posséda un château dès le xiie siècle, mais fut profondément transformé et agrandi entre 1581 et 1598 et devint une résidence ducale appréciée. Les dessins de Guibal montrent ce qui subsistait de la basse-cour. On y voit un grand bâtiment d’habitation rectangulaire à trois niveaux (fig. 65). Au 3e niveau apparaît une rangée de canonnières à la française desservie par un chemin de ronde qui se prolonge sur la courtine posée sur de grands arcs et plaquée sur une tour d’artillerie. En fait, le bâtiment est flanqué de deux tours polygonales et à l’arrière-plan se détache une troisième tour (fig. 66) qui sont en réalité des bastions.

    Les palais du XVIIIe siècle

    59Le château de LUNÉVILLE, reconstruit par le duc Léopold entre 1702 et 1705 est l’objet de quatre dessins. Le dessin de 1814 (fig. 75) présente le corps central vu du nord-est et montre que l’aile nord, incendiée en 1809 est restée en l’état. Guibal s’intéresse au détail de l’escalier situé dans l’angle sud-est (fig. 73) puis aux façades du bâtiment central et des appartements princiers donnant sur le parc, côté est (fig. 74). Le dessin le plus remarquable offre une vue générale côté cour (fig. 72) réalisé en 1850 et que l’artiste n’a pas achevé complètement. La similitude avec Versailles est évidente.

    60Curieusement, Guibal ne prêta pas attention au palais ducal de Nancy lui préférant la Porte Saint-Jean (ou Stanislas) et son arc de triomphe (fig. 46).

    Maisons nobles

    61Dans le vocabulaire usuel en usage depuis le xvie siècle, le terme de « château » a pris un sens général pour désigner toute forme d’habitat noble, puis par extension au xixe et début du xxe siècle, les demeures de qualité construites par de riches bourgeois, souvent des industriels. Ainsi, se trouvent confondus des édifices d’époques, de tailles et de fonctions très différentes.

    62Conscients de ces différences, certains historiens ont cherché à les distinguer en utilisant des termes plus adaptés. On s’accorde aujourd’hui pour réserver le qualificatif de château aux édifices des princes et des grands seigneurs tandis que les résidences de la petite aristocratie sont qualifiées de maisons fortes, maisons nobles, maisons seigneuriales ou manoirs dont il est possible de montrer l’évolution des fonctions et des formes architecturales.

    Les maisons fortes (XIIIe-XVe s.)

    63Les textes médiévaux les qualifient de « fortes maisons et forteresses ». Pour les contemporains, le terme désigne la demeure d’un chevalier à qui le prince a autorisé l’emploi d’éléments précis : fossé, pont-levis, tours d’angle, courtine avec chemin de ronde, ouvertures de tir et galerie en bois (hourds) ou en pierre (mâchicoulis) au sommet des murs. Le chevalier doit tenir en fief cette maison et la mettre à la disposition du prince quand demande lui en est faite.

    64Le nombre de ces édifices connut une progression fulgurante entre 1230 et 1340 dans les campagnes où ils constituaient le centre de petites seigneuries comprenant un ou plusieurs villages.

    65L’œuvre de Guibal nous offre de nombreuses illustrations de ce phénomène qui marqua profondément le paysage des campagnes.

    66La maison forte du Bas Château à ESSEY-LES-NANCY, construite dans la seconde moitié du xiiie siècle ou au début du xive siècle a subi de nombreuses transformations. Le dessin de 1835 montre un édifice composé de trois ailes disposées en fer à cheval autour d’une cour ouverte à l’ouest. L’angle nord-ouest conserve sa tour ronde. Le corps de logis sud-ouest est une construction plus récente, sans caractère défensif où on remarque une fenêtre à croisée du xvie siècle.

    67NIEDERSTINZEL, édifiée dans la vallée de la Sarre au milieu du xive siècle, à côté de Fénétrange inspira également Guibal et on ne peut que déplorer la disparition de ses deux dessins.

    68FONTENOY-SUR-MOSELLE possédait une maison quadrangulaire cantonnée de tours rondes. Le dessin de 1842 montre qu’il n’en existe plus qu’une avec sa couverture en poivrière (fig. 15). Au premier plan, un amas de gravats témoigne de l’existence d’une tour qui vient d’être détruite.

    69PORT-SUR-SEILLE situé en plaine reçut une maison forte de plan quadrangulaire dès le xiiie siècle. Autour de 1430, le maître des lieux disposa des moyens nécessaires pour bâtir une seconde forteresse dans un contexte de guerre entre le Barrois et la cité de Metz. Cette construction prit une forme polygonale avec tours rondes aux angles (fig. 24). Le dessin présente la partie sud de cette enceinte. Les tours découronnées sont équipées d’archères-canonnières. Le corps de logis sud-ouest a conservé sa courtine tandis que l’aile sud-est a subi des destructions. L’enceinte s’appuie sur un gros donjon rectangulaire (16,80 m sur 15,80 m) qui ne semble pas avoir été démantelé puisqu’il garde une série d’ouvertures sommitales qui servaient à la défense. L’édifice répond aux nouveaux critères défensifs qui pénètrent alors en Lorraine depuis le royaume de France. Toutefois, on conserva les ailes nord et ouest de la première maison forte avec leurs tours d’angle (fig. 25), car la nouvelle fortification ne fut jamais achevée par son propriétaire, Philippe de Norroy.

    70OGÉVILLER situé en terrain plat, eut une maison forte dès le xiiie siècle, mais elle fut reconstruite au xve siècle. Le dessin (fig. 86) de 1850 montre qu’il ne subsiste que deux grosses tours rondes conservées sur deux ou trois niveaux. La tour sud, au premier plan, est dotée d’une archère-canonnière. L’observation des vestiges actuels et les sources historiques conduisent à dater l’édifice entre 1427 et 1467. Incendié en 1587 par l’armée des Reîtres protestants, l’édifice servit de carrière pour bâtir une demeure de plaisance qui ne figure pas sur le dessin.

    71ABAUCOURT-SUR-SEILLE était un domaine agricole qu’acheta Jean de Fénétrange en 1461. Lui ou ses héritiers y bâtirent cette maison forte rectangulaire (41 m x 30) entourant une cour et flanquée de tours. Nous en voyons deux rondes et une quadrangulaire. Les corps de logis sont encore habités ; les fenêtres à croisée et la porte du rez-de-chaussée de style gothique flamboyant confirment qu’il s’agit d’un édifice de la fin du xve siècle ou du début du xvie où le caractère résidentiel devient prédominant, mais sans renoncer totalement à l’allure défensive. C’est un édifice qui traduit la transition vers une nouvelle forme d’habitat noble.

    Les maisons de l’Époque moderne (XVIe- XVIIIe s.)

    72La Lorraine ne retrouva une paix toute relative que dans la dernière décennie du xve siècle en même temps que la reprise économique. Ce nouveau contexte favorisa la reconstruction et l’adoption des nouvelles modes architecturales et décoratives qui se détachèrent lentement du gothique flamboyant. Guibal nous en fournit quelques beaux exemples.

    73ETREVAL, dans le Saintois possédait une maison forte médiévale que le seigneur fit aménager au goût du jour en 1532 en conservant le plan d’origine (42 m x 32). Au sud, l’entrée de la basse-cour est dotée de deux portes successives dont la première est ornée de bossages vermiculés (fig. 57). Le corps de logis principal, au nord, ouvre sur la cour et offre une belle façade (fig. 59). Les deux premiers niveaux sont occupés par des pièces aux fenêtres closes séparées par des colonnes à chapiteaux ; le niveau de greniers se contente de pilastres placés dans l’axe des colonnes et porte des gargouilles en forme d’animal. L’aile occidentale, maladroitement représentée, dispose de simples fenêtres à encadrement chanfreiné et d’un petit édicule en encorbellement au second niveau qui semble être une triple latrine.

    74FLÉVILLE, aux portes de Nancy conserve un édifice composite avec son donjon médiéval et ses corps de logis Renaissance. Le dessin de 1844 (fig. 54) présente le côté ouest du monument vu du jardin ; à droite le pont qui franchit le fossé et le donjon quadrangulaire du xive ou du xve siècle avec son crénelage, mais sans toiture ; à gauche la tour ronde du xvie siècle et le corps de logis contre lequel s’appuie un élément demi-circulaire postiche. Les trois ailes construites entre 1533 et 1537 prennent appui sur le donjon et dessinent un rectangle de 55 m sur 35. Vu des jardins (fig. 53bis), le château a déjà perdu son fossé. Les bâtiments dont les fenêtres ont été modifiées s’ordonnent sur quatre niveaux tandis qu’une petite tour carrée qui abrite la chapelle s’adosse au milieu de l’aile nord. Les tours d’angle sont couvertes d’élégantes toitures en poivrière. La vue sur cour (fig. 53) datée de 1861 laisse penser que le donjon a reçu récemment une toiture à quatre pans. Les trois corps de logis s’ordonnent sur deux niveaux éclairés par de grandes fenêtres à croisée. Le second niveau du corps principal s’agrémente d’un balcon tandis que le troisième dispose de belles fenêtres surmontées de lucarnes à pignon.

    75HAROUÉ constitue le dernier exemple de fidélité à un plan médiéval. Le marquis de Beauvau reçut en 1720 la maison forte ruinée et confia à Germain Boffrand le soin d’édifier une nouvelle demeure sur les fondations de l’ancienne. L’édifice en forme de U flanqué de quatre tours rondes présente une grande unité stylistique (fig. 62). Il s’ordonne sur un sous-sol surmonté de deux niveaux résidentiels à grandes fenêtres rectangulaires et d’un grenier. Des colonnes à chapiteaux supportent un balcon au premier étage. Chose rare, les fossés en eau sont conservés.

    76LE MONTET (Vandœuvre-lès-Nancy) reçut une demeure d’agrément construite par le médecin du duc Antoine vers 1527. La figure n° 51 présente le côté nord-est de l’édifice qui s’ouvre vers le vallon par une galerie aux arcades en plein cintre portées par des colonnes à chapiteaux. Côté cour, la porte de la chapelle avec son arc en anse-de-panier surmonté d’un gable en accolade de style gothique flamboyant se situe dans l’angle formé avec un corps de logis. Sa façade est flanquée d’une tourelle demi-circulaire amputée de la partie supérieure qui abrite l’escalier. Celui-ci est accessible par une belle porte encadrée de pilastres avec chapiteaux et boules encadrant un tympan où se remarquent deux blasons sculptés. Ces éléments conduisent à dater sa construction de la fin du xvie siècle.

    77JAULNY, construit sur le coteau qui domine la petite vallée de L’Esch, posséda une maison forte longtemps divisée entre plusieurs seigneurs. Le dessin de 1841 (fig. 1) montre l’importance de la terrasse qui porte un ensemble de bâtiments. À gauche, on distingue nettement l’ancienne maison du xvie siècle de plan carré composée de deux niveaux habités dont les murs sont repercés de hautes fenêtres des xviiie et xixe siècle. À droite, vient s’adosser un édifice du xviiie siècle avec deux petites tours d’angle carrées et un grand verger enclos de murs.

    Les apports du XIXe siècle

    78Dans la première moitié du xixe siècle, certains propriétaires entreprirent de restaurer des édifices anciens ou de redonner à des ruines une allure médiévale où s’exprime le style troubadour alors à la mode.

    79À LENONCOURT, la destruction de la maison forte en 1715 épargna la tour nord-est du xive s qui reste isolée dans le parc (fig. 56). Avant 1850, celle-ci fut dotée d’un chemin de ronde crénelé sur mâchicoulis construit en briques et l’intérieur fut aménagé en pigeonnier.

    80À VILLERS-LES-NANCY, un militaire nostalgique de l’ancien temps édifia de toutes pièces une fausse ruine au fond de sa propriété (fig. 49-50). Au premier plan, se détachent une enceinte flanquée de tours rondes avec archères-canonnières et un angle avec échauguette. La porte piétonne est surmontée d’un buste de chevalier armé et des rainures des flèches d’un pont-levis imaginaire. Au centre, trône un faux donjon avec chemin de ronde et mâchicoulis.

    81Guibal a été inspiré par certains monuments qui lui ont semblé dignes d’intérêt comme la commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à NANCY (fig. 47) et, à proximité, la croix érigée à l’endroit où fut peut-être découvert le corps de Charles le Téméraire en 1477 (fig. 48).

    Conclusion

    82La documentation iconographique rassemblée par Charles-François Guibal entre 1807 et 1861 est un précieux témoignage de l’état de nombreux châteaux lorrains à une époque où l’intérêt pour le patrimoine commença à se développer. Elle fournit un point de départ qui permet de mesurer l’évolution de ces monuments au cours du siècle suivant. Le réalisme des dessins et le souci d’exactitude leur confèrent une réelle valeur scientifique et fournit une base suffisante pour illustrer la variété des formes de « châteaux » et leur évolution morphologique. À ce titre, on peut objectivement considérer que Guibal fut le premier castellologue qui se pencha sur la Lorraine.

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    • Gérard Giuliato
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    Giuliato, G. (2020). L’œuvre de Charles-François Guibal et son apport à la connaissance des châteaux. In Charles-François Guibal et son œuvre. Nancy: Éditions de l’Université de Lorraine. https://doi.org/10.4000/books.edul.6627
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