URL originale : https://books.openedition.org/edul/1812
La principauté de Sedan sous Robert de la Marck
The principality of Sedan under Robert de La Marck
p. 447-463
Résumés
La principauté de Sedan sous Robert II de La Marck (1468-1536), entre France et Empire, est prise dans la tourmente des guerres entre Valois et Habsbourg au gré des alliances. Ses châteaux, Sedan, Herbeumont, Daigny, Jametz, Logne et dans une moindre mesure Bouillon, sont re-fortifiés au début du XVIe s. si l’on accepte une révision de la chronologie en vigueur pour plusieurs d’entre eux. Fausses-brayes, énormes tours d’artillerie, boulevards en fer à cheval et longues et étroites ouvertures de tir caractérisent ces forteresses modifiées en même temps que d’autres dans les pays voisins. Robert II de La Marck semblerait ainsi avoir mis en œuvre une politique globale de mise en défense de ses territoires, comme son frère Erard l’avait fait pour la principauté de Liège, avec l’une ou l’autre particularité régionale.
The principality of Sedan under Robert II of La Marck (1468-1536), was located between France and the Empire, and therefore was caught in the turmoil of the wars between the Valois and Habsburg families, according to their respective alliances. The castles in Sedan, Herbeumont, Daigny, Jametz, Logne and, to a lesser extent Bouillon, were re-fortified at the beginning of the 16th century, assuming we accept a slight revision of the chronology for a few of them. False brayes, enormous artillery towers, horseshoe-shaped boulevards, long and narrow fire openings characterize these fortifications that were modified at the same time than others in neighbouring countries. Robert Ii de La Marck thus appears to have implemented a global policy of defending his territories, with some regional peculiarities, in a way similar to what his brother Erard had done in the principality of Liège.
Texte intégral
1 La position de la principauté de Sedan, entre France, Empire et possessions espagnoles, en fait un territoire interconnecté avec les Pays-Bas méridionaux et la principauté de Liège. Parce que Robert II (dit Florange ou Fleurange, 1468-1536) et Erard de La Marck (prince évêque de Liège, 1472-1538) sont frères et alliés jusqu’en 1521, et en raison de leur interaction dans plusieurs places liégeoises, stavelotaines ou sedanaises, il est intéressant d’étudier les forteresses du premier (fig. 1).
2La famille des comtes de La Marck entre en possession de Sedan avec Evrard III (1365-1440), qui rachète la seigneurie à son beau-frère Guillaume de Braquemont1. Peu à peu, ces possessions vont s’accroître par des héritages et des achats successifs. La principauté compte 21 villages, dont l’un, Sedan, deviendra une ville et la capitale d’un petit territoire indépendant bien que sous tutelle française2.
3Parmi les forteresses contribuant à la défense du territoire aux XVe et XVIe s., seuls subsistent aujourd’hui les châteaux de Sedan et d’Herbeumont, ce dernier en ruines. Des monticules gazonnés évoquent les anciens remparts de celui de Jametz3. Logne et Bouillon, situés hors de la principauté de Sedan, ont été engagés à Robert II de La Marck pendant deux ou trois décennies.
I. Sedan
4La capitale de la principauté, la seule ville digne de ce nom en fait, comprend une zone urbaine installée sur la Meuse, dans ses méandres et sur ses îles, et un château. Avec ses trois hectares et demi de superficie, le château de Sedan est probablement l’un des plus étendus d’Europe. Très publié, il n’a pourtant pas encore fait l’objet d’une réelle étude archéologique menant à une synthèse scientifique. La notice rédigée par Nicolas Faucherre et Alain Sartelet pour l’inventaire des monuments français remet en cause, à juste titre, la datation jusqu’ici adoptée pour l’évolution architecturale du château4. En effet, la chronologie usuelle manque de cohérence lorsqu’on tente de comparer Sedan à d’autres forteresses qui sont les apanages des La Marck et plus généralement aux fortifications contemporaines des régions voisines. Sans entrer dans le détail, signalons que le premier château triangulaire flanqué de tours, dont la construction ex-nihilo est attribuée à Evrard entre 1424 et 1435, évoque des prototypes du XIIIe s. plutôt que du XVe s.5
5Ce sont les modifications intervenues sous Robert I († 1487/9) et Robert II qui retiendront l’attention. Deux campagnes de travaux ont été jusqu’ici repérées (fig. 6).
6La première, datée des années 1450-1480, verrait la construction d’une large tour d’artillerie devant l’entrée Sud désormais condamnée, d’une basse-cour au nord et d’une nouvelle porte au nord-ouest, avec châtelet d’entrée et boulevard circulaire. Les canonnières pratiquées dans ces différents ouvrages sont à faible ébrasement (les joues sont quasi parallèles) et à orifice extérieur rectangulaire de 0,3 sur 0,15 m6. Dans le même temps, la tour Sud-Ouest est emballée et devient la “grosse tour” qui serait terminée en 14557. Pierre Héliot quant à lui avance une datation fin XVe – début XVIe s. pour la tour d’artillerie Sud8 (fig. 3).
Fig. 1 : Carte de localisation des sites fortifiés en principautés de Liège et de Sedan.

Fig. 2 : Plan manuscrit en perspective cavalière de la ville et du château de Sedan, milieu du XVIe s. Turin, Archivio di Stato, Architettura militare, t. III, f°78.

Fig. 3 : Sedan. Plan restitué du château avec les travaux effectués de 1480 à 1506.

(Dessin : © A. Sartelet, 1991).
Fig. 4 : Sedan. Plan restitué du château avec les travaux effectués de 1506 à 1518.

(Dessin : © A. Sartelet, 1991).
7La seconde phase, datée 1490-15509, comprendrait des terrassements intérieurs et extérieurs le long des murailles, portant le rempart à plus de vingt mètres d’épaisseur afin de recevoir des canons. Les terrasses extérieures constituent une fausse braye, qui englobe partiellement la tour d’artillerie Sud. Une tour d’artillerie en demi-cercle renforce le front Ouest, entre le boulevard de l’entrée, épaissi, et la tour d’artillerie Sud, pour flanquer la fausse-braie grâce à une canonnière à double ébrasement et à ouverture extérieure en rectangle allongé. Au nord, une poterne donne accès au “grand jardin” créé sur les glacis Nord-Est du château10 (fig. 4).
8Avant d’aller plus loin, une présentation des défenses urbaines s’impose. Une enceinte muraillée et flanquée de tours est reliée au premier château. Disparue aujourd’hui, elle correspondrait selon Nicolas Faucherre à la forteresse construite par Evrard entre 1424 et 1435. Deux des tours pourraient subsister dans la maçonnerie du châtelet occidental et du bastion Sud du château11. Une troisième, la tour dite du Fer à Cheval, démolie en 1878, a été vue par Auguste Philipotteaux et sommairement relevée12. Elle se compose d’un « corps de garde » circulaire de 9 m de diamètre intérieur, dans la paroi duquel s’ouvrent sept « meurtrières » surveillant un couloir d’environ 2 m de large qui contourne le corps de garde. Le mur extérieur de la tour est lui aussi percé de sept « meurtrières » ouvertes au départ de niches intra-murales, à côté d’une poterne. Le tout a un diamètre de 22 m. Philippoteaux considère la construction de cette grosse tour comme contemporaine du « bastillon du Fer à Cheval » qui la prolonge vers l’ouest. Celui-ci est un boulevard d’artillerie long de 115 à 130 m, large de 25 à 40 m, nommé aussi « Le gros boulevard ». Selon l’historien sedanais, tour et boulevard datent des années 156013. On ne peut rien dire des « meurtrières », sinon qu’il s’agit probablement de canonnières. Le plan publié par Philippoteaux les montre avec des joues presque parallèles, la reconstitution d’Alain Sartelet les dessine avec un large ébrasement externe en plan et un petit orifice extérieur carré sur le dessin des volumes (fig. 5). Mais la disposition intérieure de la tour évoque à mon avis un schéma similaire à celui du rechemisage de la grosse tour du château : le « corps de garde » serait ainsi la trace d’une première tour, emballée ultérieurement dans une seconde plus épaisse, peut-être en contemporanéité avec l’opération similaire exécutée au château. Le nombre d’embrasures dans le prétendu corps de garde est superfétatoire pour surveiller un simple couloir, et son plan de feu fort restreint pour être réellement efficace. Quant au boulevard en fer à cheval, étonnamment vaste, il témoignerait d’une phase de travaux postérieure, peut-être au XVIe s. commençant : il ressemble par son allongement à ceux mis en œuvre à Tournai et à Bouvignes.
9Un plan manuscrit du XVIe s. complète l’information de base14. Peu exact au point de vue de la topographie, il n’est pas utilisable pour le détail. Néanmoins, on y voit des moineaux en capitale des grosses tours du château, organes de défense des fossés qu’il est le seul à indiquer. Le Fer à Cheval est identifié nommément : c’est un boulevard ovoïde terminé en amande. Autour de l’enceinte urbaine, une série de bastions en as de pique qui n’ont jamais été bâtis d’après ce qu’on sait (fig. 2).
10Un fait historique n’a pas retenu l’attention des savants jusqu’ici : le siège de Sedan, « ung très fort chasteau au pays de Liège », par les troupes de Maximilien d’Autriche en août 149515. Trois cents hommes se défendent contre trois mille. Cet épisode pourrait marquer un terminus ante quem d’une première campagne (basse-cour, tours d’artillerie) commencée peu avant 148616 et post quem d’une seconde (grosse tour, boulevard Sud, fausse-braye, tour Ouest, sans doute en deux étapes – il faudrait y ajouter la chemise de la tour du Fer à Cheval et celui-ci, à l’enceinte urbaine -), elle-même achevée en 1521, l’année d’un second siège.
Fig. 5 : Sedan, plan et restitution du « Fer à Cheval ».

(Dessin : © A. Sartelet, 1991).
Fig. 6 : Sedan, vue du front occidental du château. 1. Tour ouest (1506-1518) ; 2. Canonnière à double ébrasement (1506-1518) ; 3. Grosse tour (1495-1506) ; 4. Canonnières (1495-1506) ; 5. Terrasse fausse braye (1506-1518)

. (Cliché : © P. Bragard).
11Jean Molinet rapporte la construction d’« ung mur de xviii piedz d’espès (près de 6 m) provey tellement de compaignons […] sy bien furnis de trait à pouldre » : le chroniqueur décrit ici une fausse-braye dirigée vers le côté de l’attaque, peut-être au Sud du château17. Il faudrait ainsi dissocier le chemisage de la grosse tour et la construction du boulevard d’artillerie méridional d’avec la basse-cour Nord et ses tours flanquantes. Le “fossile directeur” serait le type des canonnières, très longues et à joues parallèles, offrant un faible champ de tir : on les trouve à Logne (voir infra), à Montcornet, à Salses (galerie basse, 1497-1503)18, et, plus tard, dans les forteresses de Bapaume, Cambrai (1544) et Avesnes, construites pour Charles Quint (1530-1545) et à Lumes, fortifié pour Jean d’Aspremont vers 153019.
12Peu après, sans doute autour de 1510-1520, les fausses brayes renforcent le front Ouest et la tour flanquant présente une canonnière à la française, à double ébrasement et à orifice extérieur oblong, pareille à celles mises en œuvre par Erard, le frère de Robert II, dans ses forteresses liégeoises. Ce serait également le signe tangible de la fidélité sedanaise au royal voisin, suivant la thèse de Nicolas Faucherre. Le boulevard du Fer à cheval renvoie à des exemples datant des premières décennies du XVIe s. – excepté à Boulogne-sur-Mer20. Enfin, les moineaux, si moineaux il y a eu, évoquent Logne, et Metz et son « Artilleur » – moineau dénommé dans les sources Tour Dex (1526)21, où Robert II trouvera auprès de Charles Quint 6000 florins et 15 piétons pour garder ses forteresses22.
13Le prélat liégeois visite son frère au long de la seconde quinzaine d’avril 1506, puis en août et en octobre de la même année23. Comme ses propres travaux de fortification à Huy, Dinant, Franchimont et Liège sont déjà décidés à ce moment, y a-t-il eu concertation entre les dirigeants et les techniciens de part et d’autre de la frontière ? La question des auteurs de projet en découle. Les sources sedanaises sont muettes à ce propos, mais on sait qu’un capitaine Damien (lieutenant de Sedan en 1508-1509) est signalé en mission à Troyes, à Châlons, à Langres et à Reims en 1512 et 1513. Ce spécialiste y donne un avis éclairé sur l’artillerie, et fait percer des canonnières aux remparts urbains, canonnières identiques à celles du château de Dijon, du type à la française24. En 1521, Damien est à Florenville, dont il commande le château. Son nom complet est Damien de Guarighes ; il est originaire de Gascogne25. La tentation est grande d’attribuer à ce personnage les formes de la défense adoptées à Sedan, du moins pour les travaux placés dans la décennie 1510-1520. Ce serait alors un artilleur qui serait responsable des améliorations apportées à Sedan au début du XVIe s.
II. Logne26
14Le château de Logne27, démantelé sur ordre de Charles Quint en 1521 après sa prise par Henri de Nassau28, faisait partie des possessions des La Marck, seigneurs de Sedan29. La forteresse, située sur la frontière entre la principauté de Stavelot et le comté de Durbuy, contrôle un gué important puisque sur la route qui relie les deux capitales. Les ruines s’étendant sur un éperon barré naturel de 196 m de long, au confluent de l’Ourthe et de la Lembrée, sont en cours de restauration30 et d’étude depuis quelques années. Un article fait le point de la question et propose comme hypothèse de travail une chronologie provisoire en trois phases31 : la première remonterait au XIIe s., au temps de l’abbé de Stavelot Wibald (1130-1158) ; la deuxième correspond à un palais bâti aux XIIIe-XIVe s. ; enfin la troisième donne au château sa morphologie actuelle en l’adaptant à l’artillerie à feu vers la fin du XVe s. Mais comme le souligne Benoît Wéry, seules des fouilles archéologiques affineront cette chronologie et la dernière phase présente elle-même des étapes successives32.
15Depuis 1427, la forteresse fait partie des possessions des seigneurs de Sedan : Everard III de la Marck l’avait reçue en gage. En 1480, Logne appartient à Guillaume de la Marck, dit à la Barbe, depuis deux ans. Le seigneur de Canteraine, prince d’Orange, est envoyé par Maximilien d’Autriche pour réduire la place, d’où Guillaume harcèle le pays. En contrepartie d’une somme rondelette, le prince d’Orange laisse la forteresse en état avec une garnison33. Guillaume de La Marck la chasse en 1482 et installe son gendre, Jeannot le Bâtard (†1514) qui en fait un repaire de brigands34. De modeste extraction – il était chaudronnier – Jeannot était l’époux d’une fille naturelle de Guillaume. En 1506, il fut même corégent de Liège, brillante promotion pour qui n’a laissé que le souvenir d’un aventurier35. A la mort du « châtelain », Logne est occupé par Guillaume de Jametz, fils de Robert II de La Marck. En 1521 enfin, ce que l’évêque Erard considérait toujours comme un repaire de brigands est assiégé, pris et démantelé par une troupe d’Allemands commandés par Henri de Nassau. Cette opération punitive fut menée en avril-mai36. Les quelques dizaines d’hommes de la garnison commandés par le capitaine de Nivelles ou de Niselles tentèrent de résister à une troupe de 6 à 7.000 lansquenets appuyés par une vingtaine de pièces d’artillerie. Les douze ou vingt-deux survivants ont été pendus et les Allemands reçurent 450 florins d’Erard de la Marck pour leur « travail »37. C’est au cours de ces événements, à la charnière des XVe et XVIe s., que la dernière phase de construction, comprenant tours et terrasses d’artillerie, boulevard d’entrée et moineau, est élaborée.
Fig. 7 : Logne, plan du château.

16Datée « vers 1480 » en raison de l’archaïsme des longues canonnières peu évasées, sans champ de tir large et sans gaine de ventilation38, ou de la « fin XVe s., entre 1480 et 1500, et plus récemment vers 150039 », cette phase comprend un éventail d’organes défensifs digne d’intérêt. Le plan dressé par Patrick Hoffsummer et Benoît Wéry, sur base d’un fond de relevé de Fernand Lohest, sert de guide, avec une première lecture des structures monumentales (fig. 7).
17De prime abord, on observe sur tous ces ouvrages un parement irrégulier, non assisé, qui tranche avec celui du logis, à l’ouest. L’impression est celle d’un travail peu soigné.
18Le boulevard d’entrée, face au plateau Nord-Ouest, affecte un plan très grossièrement circulaire, collant au terrain. La porte est pratiquée au nord, dans un mur de 8 à 10 m d’épaisseur. La cour intérieure du boulevard est protégée par une tour ouverte à la gorge, dont les embrasures rayonnantes couvrent l’espace intérieur dans sa totalité, bien que les plans de feu laissent des angles morts. Comme l’a remarqué Benoît Wéry, la protection de l’entrée du pont s’est faite en trois étapes, bien distinguées par des coutures dans les maçonneries : une première tour en fer à cheval, probablement ouverte à la gorge, présentait de part et d’autre du passage une canonnière étroite mais à double ébrasement, pour une hacquebute ; jugée insuffisante, elle est flanquée à l’ouest par un deuxième ouvrage au plan en U, percé d’une dizaine de canonnières identiques disposées sur deux niveaux, certaines doubles ; enfin, le gros boulevard « patatoïde » vient emballer le tout et imposer aux entrants un accès en chicane ; à l’est, ce boulevard se prolonge par un retranchement plus ou moins triangulaire ; trois canonnières s’ouvrent dans le boulevard et deux autres dans le retranchement Est, toutes pointées vers le nord ; leur plan est le même qu’ailleurs dans le château : court ébrasement interne, trous latéraux pour le support horizontal de l’arme, long ébrasement externe peu marqué, gueule carrée assez discrète, ce sont pourtant bien des embrasures « à la française ». Les superstructures de cet ouvrage ont disparu, mais son épaisseur offre une terrasse sommitale praticable par des pièces d’artillerie sur affût à roues ou à chevalet, plus lourdes que de simples hacquebutes.
19De l’autre côté du pont, une tour-porte (?) semi-circulaire donne accès au château proprement dit. Deux paires de vantaux délimitent un passage en chicane dans cette tour.
20Sous le pont franchissant le fossé vraisemblablement sur-creusé à la même époque, un moineau circulaire jouxte une casemate creusée dans la roche, percée de canonnières rayonnantes. Une poterne s’ouvre en capitale du moineau ; elle dessert un petit local rectangulaire d’environ 2 m2, poste de tir permettant de battre le fossé par douze canonnières ( !) disposées sur deux niveaux. Le double ébrasement et la présence de trous d’encastrement pour un support d’arme – un chevron de bois – caractérisent la totalité de ces ouvertures et permettent de les qualifier de canonnières ; mais celles du niveau supérieur paraissent tirer vers le ciel : il serait préférable d’y voir des conduits d’aération mal compris par le maçon. D’autre part, les dimensions étriquées du poste de tir laissent des doutes quant à la praticabilité du moineau. Au maximum, deux tireurs peuvent s’y tenir, en se gênant mutuellement lorsqu’ils rechargent leur hacquebute ; et un seul homme, même disposant de plusieurs armes prêtes à faire feu, ne peut desservir autant de meurtrières. Ce petit ouvrage massif coiffé d’un cône de pierre ne serait-il alors qu’un élément de dissuasion (fig. 8) ?
Fig. 8 : Logne, le moineau dans le fossé d’entrée.

21Le flanc Nord-Est du château est renforcé d’un double mur épais au total de 10 m. Il est traversé longitudinalement par le passage descendant aux casemates et au moineau du fossé. Deux tours d’artillerie le flanquent : la plus au nord est presque pleine ; deux postes de tir y sont réservés, desservant chacun deux canonnières ; celle située plus au sud est à un niveau inférieur et évoque plus un moineau ; l’accès se faisait sans doute par le haut ; creuse, elle présente quatre canonnières couplées vers le nord et vers le sud où la paroi passe de 2 à 4 m d’épaisseur ; sous ce niveau de tir, une niche intra murale s’ouvre sur une cinquième canonnière, flanquant le bas du rocher. Les embrasures présentent des joues presque parallèles, un double ébrasement et une ouverture extérieure carrée. Elles étaient desservies comme celles du moineau et des ouvrages d’entrée par des hacquebutiers.
22A mi-hauteur du front Est, une fausse-braie résulte d’aménagements postérieurs au double mur et aux deux tours d’artillerie : la maçonnerie de la fausse braie est venue en obturer une des canonnières. Le passage réservé entre le mur et le rocher est fort étriqué et semble accéder par un puits vertical à la grotte « de la Gatte d’or » qui traverse le socle du château de part en part. C’est vraisemblablement pour en empêcher l’accès que la partie orientale est fortifiée et aménagée pour un poste de garde : sol nivelé et cheminées permettent son habitabilité. En cas de siège toutefois, les occupants n’ont aucun accès direct avec le château.
23Le front occidental n’a pas fait l’objet d’aménagements similaires, naturellement protégé par l’à-pic du rocher. La cave du logis seigneurial, percée d’arbalétrières, a été remblayée sur la moitié de sa largeur et les ouvertures de tir bouchées par une maçonnerie. Simple protection passive ou défense active pour l’artillerie, rien actuellement ne permet de trancher.
24A l’opposé de l’entrée, la courtine du château est protégée des projectiles par un mur-bouclier en éperon, similaire peut-être à celui de Franchimont hormis ses dimensions : 12 m d’épaisseur maximale d’après le plan des vestiges ; il est certes peu élevé par rapport au bouclier franchimontois mais il atteint cependant près de 6 m de haut. Une poterne le traverse, pour accéder à une terrasse basse de plan oblong, adaptée à l’artillerie. Un passage serpenti-forme donne sur une poterne et sur deux canonnières dont une prend le front Est en enfilade et répond aux deux tours précitées.
25Plus bas vers le sud-est, non visibles sur le plan, d’autres terrassements ont accueilli, soit de l’artillerie, soit des guetteurs avancés.
26Avec le mur qui enveloppe totalement le fossé, ces défenses font de Logne une forteresse irrégulière, « bricolée », mais à l’aspect redoutable : d’après Florange, le frère de son propriétaire pendant sept ans, c’est une « place assés fort, mais (qui) estoit bien estroite40 ». Le vocabulaire fortificatif en usage à l’époque est utilisé au mieux des possibilités offertes par le terrain. Néanmoins, on est loin des fortifications de Sedan, au sens figuré comme au sens propre, puisque Logne servait aux La Marck de poste avancé éloigné.
27Reste le problème de la datation précise. La troisième phase est homogène dans les maçonneries mais présente des étapes intermédiaires. L’élaboration de tels travaux serait peu crédible de la part de Guillaume à La Barbe après 1478 et pendant la courte occupation par les troupes de Maximilien entre 1480 et 1482 ; le temps matériel est largement insuffisant pour la réalisation d’un tel programme.
28La réoccupation par Jeannot le Bâtard en 1482 doit, d’autre part, constituer le terminus a quo. Les structures défensives de Logne cadrent mal avec les réalisations des décennies antérieures : épaisses maçonneries, très longues canonnières, terrasses d’artillerie, évoquent globalement la fin du XVe et le début du XVIe s. L’archaïsme des canonnières qui a été évoqué comme argument pour une datation avant le XVIe s. devrait être mis en balance avec des comparaisons prises dans l’orbite sedanaise et avec les événements historiques. Mais comment attribuer des travaux d’une telle ampleur à un pouvoir aussi informel que celui de la bande de brigands conduits par Jeannot Le Bâtard ?
29Le terminus ante quem est 1521, date de destruction définitive du château. Il faudrait situer avec plus de précision le début des transformations. Je pencherais pour une époque postérieure à 1514, année qui marque le passage de la forteresse sous l’autorité de Guillaume de Jametz, fils de Robert II de La Marck. On trouve les embrasures à joues étroites à Sedan, datées entre 1495 et 1530. Le rapprochement entre Logne et Sedan est plus évident encore avec les canonnières doubles41. Toutes ne sont desservables que par des armes portatives42. L’archaïsme apparent des fentes de tir ne témoignerait que d’une mode architecturale, de la préférence d’une solution à une autre. Leur nombre (il y en a 56 au total) supplée largement à leur faible angle de feu. Leur disposition reflète une connaissance approfondie des armes à feu de l’époque et de leurs possibilités. Quoiqu’il en soit, il ressort de ceci que le concepteur de ces défenses serait probablement un artilleur, tout au moins un homme de guerre, plutôt qu’un maître-maçon (fig. 9) (fig. 10).
30Benoît Wéry évoquait comme comparaison la seconde campagne de travaux exécutés au château de Bonaguil (France)43 qu’une récente étude très argumentée situe entre 1508 et 151844. D’autre part, la signification symbolique d’une appartenance politique est difficile à envisager à partir des canonnières de Logne : les alliés de l’occupant du château sont l’évêque de Liège et le roi de France, qui adoptent dans leurs fortifications des canonnières à double ébrasement, larges à l’extérieur. Si cette hypothèse doit être maintenue, on ne saurait dater les canonnières étroites de Logne, qualifiées alors de type « espagnol », que des années 1518-1521, lorsque Robert de La Marck rejoint brièvement le camp impérial. La question reste ouverte, mais ces éléments techniques sont-ils nécessairement de bons fossiles directeurs pour une datation, en l’absence de sources d’archives ?
Fig. 9 : Logne, deuxième phase du boulevard d’entrée.

Fig. 10 : Logne, deuxième phase du boulevard d’entrée, les deux niveaux de canonnières.

31Quant au boulevard d’entrée, au mur-bouclier, aux moineaux et aux tours d’artillerie, la massivité des maçonneries penche en faveur d’une datation basse, les circulations serpentiformes également45 : on en a vu des exemples sur le territoire des Pays-Bas tous placés après 1500.
Fig. 11 : Jametz. Le château avant 1650, gravure d’après un dessin d’Israël Silvestre (1621-1691). Collection privée.

32Pour conclure très brièvement, je propose de revoir la datation de la dernière phase de travaux et de la situer plutôt entre 1514 et 1521.
III. Jametz
33A quelques kilomètres au Sud de Sedan et de Montmédy, le château de Jametz est une forteresse de plaine, accolé à une villette du même nom. Ville et château sont l’apanage des La Marck depuis 144946. Erard en reste seigneur jusqu’en 1505, avant de faire cession à son frère avant 151047.
34On ne connaît que l’aspect final du château, qu’il présentait au milieu du XVIIe s. avant son démantèlement par ordre de Louis XIV, par des plans et des gravures48 : entourée d’eau, une enceinte plus ou moins carrée flanquée de deux bastions et de trois boulevards en arc de cercle ; la porte est précédée d’un ravelin ou demi-lune triangulaire, présent sur la vue et le plan de Merian imprimés en 1650, et pas sur la vue de Sylvestre (fig. 11) ni sur le plan de Beaulieu, qui doivent donc être antérieurs. Le probable premier château, au centre, est isolé par un fossé en eau ; il sert de « donjon » et abrite l’habitation du gouverneur. Son plan carré est plus régulier et flanqué de deux tours (trois ou quatre à l’origine ?).
35Aujourd’hui, des mamelons herbeux évoquent vaguement les ouvrages de flanquement du château, parcourus par de paisibles troupeaux de bovidés ; ils attendent une fouille archéologique d’ensemble qui apportera sans aucun doute des réponses aux interrogations diverses (structures, éléments de datation, etc.).
36On sait par les mémoires de Robert de La Marck dit Florange, que la forteresse résiste à un assaut par Maurice de Nassau en 1521. A l’intérieur des fortifications, la défense dispose d’une artillerie bien fournie : 36 pièces de canon et 800 ( !) hacquebutes49 équipent la garnison renforcée d’une cinquantaine d’hommes d’armes sous les ordres directs de Florange50. Un bâtiment du château est alors décoiffé pour devenir une batterie de trois canons. Jametz était en effet « ungne bonne place et forte », depuis que son propriétaire l’« avoit faict faire de nouveau »51. Cet extrait concerne l’année 1515 : il indique le terminus ante quem de probables travaux de modernisation. Au commencement de l’année 1521, devant la menace d’attaque par le comte de Nassau, Florange, son frère et le capitaine du château font remparer la forteresse, de telle manière « que pour ce jour d’huy c’est ungne des plus belle places et de meilleurs qui ne soit poinct52 ». Deux phases transparaissent donc des textes pour les améliorations apportées au château.
37En l’absence de fouilles archéologiques, l’analyse des documents iconographiques fournit certaines données. (fig. 12)
Fig. 12 : Jametz. Plan 12 de Tassin, 1633

38Il faut de prime abord exclure de l’état du château en 1521 les deux bastions, ajoutés à la fin du siècle53 et la demi-lune de la porte, apparue vraisemblablement peu avant la chute définitive en 1657. Le château primitif a, quant à lui, été partiellement transformé en plate-forme d’artillerie. Peut-être est-ce son angle Sud, dessiné en tant que petit bastion vers 1650, qui est l’objet de cet aménagement. Pour le reste, trois boulevards de plan circulaire sont greffés sur l’enceinte extérieure. Celui de la porte est bien détaillé sur la vue d’Israël Sylvestre : masse trapue à trois niveaux (deux niveaux en casemates, un en plate-forme sommitale, percé d’embrasures ovales, qui trahissent des canonnières « à la française »). Les deux autres boulevards ne sont connus qu’en plan, où ils apparaissent plus petits que celui de la Porte. Les bastions de 1570-1580, dits de la Cloche et de la Grille, auraient pu succéder à deux boulevards de forme circulaire plus anciens, ce que confirmerait ou infirmerait une fouille.
39A priori, ces organes de flanquement et ces orifices de tir s’inscrivent dans la typologie du début du XVIe s. L’emploi de fentes extérieures ovales renvoie aux terminaisons des embrasures à double ébrasement mis au point sous Charles VIII et Louis XII. Si ces constructions correspondent à celles du renouvellement du château mentionné par Florange, elles seraient contemporaines de la période d’alliance entre Robert de La Marck et le roi de France, et d’une phase de modernisation du château de Sedan.
IV. Herbeumont
40Les ruines du château d’Herbeumont s’étendent sur l’extrémité d’une crête rocheuse dominant la Semois (rive droite)54. La forteresse, située entre le village et la rivière, en surveille entre autres un des passages, près des moulins seigneuriaux (c’est le gué du Moulin)55. Le site a été fouillé de 1973 à 1976 et le rapport de fouilles publié en 1978. Il associe très adroitement lecture monumentale, analyse du matériel archéologique et archives56. Celles-ci en effet comprennent des séries de comptes, conservées maintenant en Allemagne : les derniers propriétaires du château, avant son démantèlement par les armées de Louis XIV en 1657, sont les princes de Löwenstein. La seigneurie d’Herbeumont appartenait aux Rochefort et est passée par alliance matrimoniale et héritage aux La Marck de Sedan, qui la tiendront de 1420 à 154457.
Fig. 13 : Herbeumont, plan du château, d’après I. Tellier, Le château d’Herbeumont, fiche du patrimoine 92.6, Namur, sd.

41Au départ d’un château quadrangulaire du XIIIe s., les La Marck exécuteront des transformations importantes à l’usage de l’artillerie : bien repérée par les archéologues, cette campagne comprend – outre des aménagements résidentiels – la construction d’une grosse tour à l’angle Sud-Est, l’épaississement du mur d’entrée porté à 4,90 m, de la courtine Sud portée à près de 2 m et de la tourelle Sud-Ouest qui est pleine et d’un diamètre de 3 m, l’installation d’une fausse-braye remparée tout autour du premier château flanquée d’une tourelle en fer-à-cheval, en milieu de courtine à l’Ouest et l’établissement de plates-formes d’artillerie en terre, en contrebas des quatre fronts du château58 (fig. 13).
42La datation de ces travaux est située XVB-XVIA, c’est-à-dire dans une fourchette chronologique allant de 1450 à 1550. Le terminus ante quem se place de toute façon en 1558, lorsque les armées françaises assiègent la place décrite à cette occasion par François de Rabutin59. Les archéologues s’interrogent sur une érection éventuelle au XVe s. de la grosse tour Sud-Est, que ses dimensions rapprocheraient des tours bourguignonnes (mais qu’entendent-ils ainsi ?) ; ils concluent à une possible construction dans la seconde moitié du siècle60. La fausse braye est datée du XVIe s. comme les terrasses et les logis intérieurs.
43Au vu des travaux réalisés à Sedan et à Jametz, un rétrécissement de la fourchette est envisageable. Ainsi, le doublement des parois de la tourelle Sud-Ouest pourrait correspondre au chemisage de la grosse tour de Sedan, plutôt à la fin du XVe s. ou au début du XVIe – mon hypothèse place celle-ci entre 1495 et 1510 – et je proposerais d’attribuer les autres travaux à la deuxième décennie du XVIe s., en suivant un schéma parallèle à ce qui se passe à Sedan. Les canonnières conservées dans la fausse braye ne sont malheureusement pas d’un grand secours pour appuyer cette théorie : ce sont de simples ébrasements internes dont la couverture n’est pas conservée.
44Un mot avant de conclure, sur Daigny, autre maison-forte appartenant à Robert de La Marck, qui est fortifiée à la même époque, semble-t-il. L’édifice fut démoli en 1983 et l’on doit à Alain Sartelet les restitutions de ses états successifs, sur base de relevés précis61. Le donjon carré primitif voit sa base chemisée par une gaine d’artillerie casematée, percée d’embrasures à double ébrasement, probablement en contemporanéité avec Sedan, Jametz et Herbeumont, au début du XVIe s. Sans autres informations sur ce monument, je l’inclus à titre documentaire.
Robert de La Marck, acteur d’une politique défensive globale ?
45Ainsi, les châteaux de Sedan, Jametz, Herbeumont et Daigny témoigneraient de l’existence d’une politique fortificative cohérente de la part de Robert II de La Marck, à l’instar de celle élaborée par Erard pour la principauté de Liège. Le cas de Logne reste en suspens, car il s’inscrit difficilement jusqu’à présent dans une hypothèse chronologique fine.
46Aucune information ne filtre des sources sur les concepteurs des ouvrages. La similitude des procédés invite tout au plus à penser à l’intervention d’un spécialiste en artillerie, peut-être ce capitaine Damien cité à propos de Sedan.
47Les formes de la fortification voient se multiplier les ouvertures de tir longues et étroites, ce qui semble être une particularité régionale. Le boulevard patatoïde ou en fer à cheval allongé se généralise, comme la fausse braye et le moineau. Formules identiques à ce qui se fait dans les espaces voisins, finalement ?
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Notes de bas de page
1 Je n’ai pas trouvé de renseignements biographiques sur ce personnage, sans doute de la même famille que Robert de Braquemont, amiral de France entre 1415 et 1417, Hoefer, 1857-1866, t. VII, c.265.
2 Congar, Lecaillon, Rousseau, 1991, p. 10-16.
3 Alain Sartelet, 1991, p. 132-154, présente brièvement les châteaux et les forteresses des La Marck. Je n’en retiens pas Chaumont-sur-Loire, géographiquement excentré et du type château de plaisance comme Lamoncelle, Bazeilles, postérieur aux premières décennies du XVIe s., Douzy, Florenville, Givonne et Raucourt, châteaux des XIIIe-XIVe s., non plus que Messincourt, totalement disparu. La maison-forte de Daigny, détruite en 1983, servira de comparaison.
4 Faucherre, Sartelet, 1995, p. 329-332. Le second, dans l’Itinéraire du patrimoine consacré trois ans plus tard au château, revient à la chronologie traditionnelle, Le château fort de Sedan – Ardennes, Paris, Inventaire général, 1998.
5 La tour orientale de ce triangle, plus large que les autres, est datée du XVe s. par Heliot, 1970, p. 1-18 ; Bragard, 1999, p. 141-168.
6 Sartelet, 1979, p. 62-63.
7 Cabart, 1969-1972, p. 15 ; Sartelet, op.cit., 1991, p. 25-30.
8 Heliot, op.cit., 1970, p. 9.
9 Sartelet, , op.cit., 1991, p. 32-35. Le même auteur donne une datation fin XVe s., p. 41.
10 Ibid., p. 61 et 63.
11 Faucherre, Sartelet, op.cit., 1995. Philippoteaux 1912- 1937, 2e partie, 1914, p. 70, « l’enceinte de la ville dut être commencée entre les années 1440 et 1454 ».
12 Philippoteaux, op.cit., 3e partie, 1935, p. 27-31.
13 Voir une restitution en élévation dans Sartelet, op.cit., 1991, p. 69. Le Fer-à-cheval du château de Boulogne-sur-Mer est un ouvrage assez similaire, bâti en 1567, Boulogne-sur-Mer, le château et la haute ville (Pas-de-Calais), collection Images du patrimoine, n° 48, Paris, 1988, p. 9 et 15.
14 Turin, Archivio di Stato, Architettura Militare, t. II, f°178. Photocopie du document aimablement communiqué par Nicolas Faucherre.
15 Le chroniqueur Jean Molinet rapporte un court récit du siège, Molinet, 1936-1938, t. II, p. 416-418, récit qui inspire celui de HEUTER, P., « Rerum Belgicarum libri quindecim, quibus describuntur pace belloque gesta a principibus austriacis in Belgio, Anvers, 1598, p. 229, qui rapporte ainsi les faits : Erat in Ditione leodiensi castellum Roberti Marcani, nomine Esdain, cuius praesidiarii, undique rapaci manu praedas agente, bellum praesuli Leodiensi ac Archiduci Philippo inferebant. Marchio Badae, iussi Archiducis, e Ditione Namurcensi, Lutzeburgensi, ac Hannoniensi circiter tria peditum millia cogit, Marcanosque eijcit castello Bulain, repertosque viginti quinque praedatores ad arbores strangulari iubet. Hinc ad munitissimam arcem Bullon (Bouillon) mouet […]. Interea Robertus Marcanus Esdainum magnis operibus munierat, habebatque milites partim Germanos, partim Anglos et Francos trecentos, quibus de rebus necessariis abunde providerat. Producit Marchio tormenta. Erumpunt Marcani : multi ab utraque parte sclopetis ac maioribus tormentis pereunt. Lodowicus Vaudreius viso in muris Marcano, unius horae inducias ac colloquium petit, impetratque. […] Quinto cal. september, multis operibus ac tormentorum, ictibus debellatus Mercanus, deditionem fecit : controversio, quae inter eum ac Badensem erat, procerum sententiae committitur. Presidiarii, dicto Archiduci sacramento, nemini se nocituros, in arce mansere. Badensis exercitum, persolutis stipendiis, dimittit ».
16 Date à laquelle Robert I de Sedan est réputé améliorer les fortifications, Faucherre, Sartelet, op.cit., 1995
17 Molinet, op.cit., 1936-1938, t. II, p. 417. Il parle plus loin d’une fontaine proche du château, auprès de laquelle les assiégeants se font fusiller à bout portant, qui ne saurait se situer ailleurs qu’en ville, au Sud de la forteresse.
18 Bayrou, Faucherre, Quatrefages., 1998.
19 Renseignements dûs à Nicolas Faucherre. Du Bellay, Du Bellay, 1912-1919, t. I, p. 291, rapporte à l’année 1535 qu’ « un gentilhomme de la maison d’Aspremont, seigneur de Buzancy, avoit fortifié une sienne maison nommée Lumes ». Billoin, 1995, p. 53 et 55. Voir aussi Faucherre, Dromby, 1993, p. 86-87. Dans le même article, p. 88-89, deux photos très suggestives des galeries d’accès aux chambres de tir de Sedan et de Lumes semblent conforter l’hypothèse d’une parenté structurelle dans un même espace géopolitique.
20 Voir mon autre contribution dans ces mêmes actes.
21 Turrel, 1986, p. 36.
22 Harsin, 1955, p. 328.
23 Ibid., 1955, p. 421.
24 Collet, 1993, p. 6, 8, 11 et 22.
25 Molinet, op.cit., 1936-1968, t. I, p. 293.
26 C’est avec plaisir que je remercie vivement Benoît Wéry, conservateur des ruines, pour son accueil et les nombreuses informations qu’il a bien voulu me communiquer sur le château qu’il pratique depuis des décennies.
27 Commune de Vieuxville, province de Liège.
28 Du Bellay, op.cit., 1912-1919, t. I, p. 120 et de La Marck, 1913-1924, t. I, p. 284-285 parlent tous deux de place “rasée”, ce qui est sans doute excessif.
29 Voir une introduction au site et au château dans Barentsen, 1982, p. 85-91.
30 Les premières restaurations ont été menées au début du siècle. Dans les années 1970, d’autres travaux ont eu lieu, en même temps que la “vidange” partielle (heureusement !) de la cour et des caves. Des remontages de maçonneries ont été ainsi réalisés sans bases scientifiques, oblitérant par endroits l’analyse archéologique des structures.
31 Hoffsummer, Hoffsummer-Bosson, Wery, t. XIII, 1987, p. 68-71. La notice publiée dans Le patrimoine monumental de la Belgique, t. 16/1, Province de Liège, arrondissement de Huy, Liège, Mardaga, 1992, p. 411-413, s’en inspire. Un feuillet distribué aux visiteurs reprend un plan où sont indiquées les principales phases de modification des défenses : Wery, slnd, 2 p. Voir également Wery, sd, et Idem, Logne, dans Stavelot, Wellin, Logne. Une abbaye et ses domaines, Marche-en-Famenne, 1997, p. 99-111.
32 Idem
33 Court récit contemporain mais peu clair dans Molinet, 1936-1938, t. I, p. 329. Pour plus de données, voir Freson, 1910, t. XIV, p. 177.
34 « Tribus Leodio milliaribus arx stabat Houloringa, in qua octingenti erant praedones Marcani, Brabantis infestissimi, quibus centum sexaginta equites eiusdem farinae auxilio venerant. Clivius, caeterique proceres, cum octo virorum millibus postridie nonas ianuarii anni 1483, eos obsidet, tormentisque facto ingressit, praesidiarios ad deditionem cogit, qui nudi, albam manu virgulam in gratiam signum ferentes, exeunt. Interea Guilihelmus Marcanus Leodii edictum proponit, quo omnes virilis sexus, ab anno aetatis decimoseptimo ad sexagesimum, se euntem in hostem armati iubebantur sequi. Exeunt eis ductu circiter viginti virorum millia, quibus mille iungit equites. Hac de re vir nobilis Leodiensis, per puerum amanuensem, Clivium facit certiorem. Praeficit is Petrum Gaveranum arci Houloingae, ac e Procerum consilio eodem loco hostem opperiri, fortunam que tentare statuit. Imbellent turbam cum impedimentis arci includit, plaustris terga munit. Instructis aciebus, Clivius ab Aurantio equestrem accipit dignitatem, […] « Heuter, 1598, p. 106. Résumé de MOLINET, op.cit., 1936- 1938, t. I, p. 408-409.
35 Freson, op.cit., 1910, p. 177 ; Harsin, op.cit., 1955, p. 54 et 202.
36 Freson, Idem, 1910, p. 179 ; Harsin, Idem, 1955, p. 369.
37 de La Marck, op.cit., 1913-1924, t. I, p. 284-285 et 292 pour les chiffres des assiégeants. Ceux des assiégés sont discutés : Verstraete, 1864, tIII, p. 152-153, cite le chiffre de 60 ; Harsin, op.cit., 1955, p. 370 et 372-373, penche pour 150 à 160.
38 Dernière date proposée par Hoffsummer, Hoffsummer-Bosson, B. Wery, op.cit., 1987, p. 71.
39 Wery, op.cit., 1997, p. 106.
40 de La Marck, op.cit., t. I, p. 285.
41 Faucherre, Dromby, op.cit., 1993, p. 86.
42 Par exemple les armes conservées au château d’Ambras à Innsbruck, datées de 1500, Austellung Maximilian I. Innsbruck, 1969, p. 118-119 et pl.92b, et celles publiées dans Muller, 1987, p. 21 et 24. Les manuscrits des premières années du XVIe s. illustrant l’arsenal de Maximilien Ier contiennent plusieurs planches de telles hacquebutes : Münich, Bayerische Staatsbibliothek, cod. Icon 222, f°29, 61 et 122 et Weimar, Zentralbibliothek der deutschen Klassik, Ingenieur, Kunst- und Wunderbuch, publié par Muller, Ibid., p. 21.
43 Wery, op.cit., 1997, p. 107.
44 Coste, 2015, p. 107.
45 A la tour Henry VIII à Tournai (1513-1518) et aux moineaux de Franchimont (1506sv).
46 Sartelet, op.cit., 1991, p. 148-149.
47 Harsin, 1958, t. XLIV, p. 371 et 373.
48 Publiés par Sartelet. Voir Sartelet, op.cit., 1991, p. 148 et 150. Plans : Merian, 1650 ; Beaulieu, vers 1667. Vues : Israel Sylvestre, milieu du XVIIe s. (et non vers 1675, car le château avait alors disparu) ; Merian, 1650. Celle-ci représente les maisons et l’église à l’intérieur de l’enceinte castrale, alors qu’elles en étaient distinctes et protégées par une muraille et un fossé.
49 de La Marck, op.cit., 1913-1924, t. I, p. 298.
50 Ibid., p. 296-297.
51 Ibid., p. 212.
52 Ibid., p. 288.
53 Sartelet, op.cit., 1991, p. 148.
54 Province de Luxembourg.
55 Vincennes, SHD, Mémoires et Reconnaissances 1446, carte du cours de la Semois en 1695 et Matthys, 1991, p. 217-218.
56 Matthys, Hossey, 1978.
57 Ibid., p. 34-35. Les comptes sont conservés de 1573 à 1657.
58 Idem, p. 15-22.
59 Gailly de Taurines, 1932-1943, t. II, p. 190-194.
60 Matthys, Hossey, op.cit., 1978, p. 16 et 38.
61 Sartelet, op.cit., 1991, p. 139-141.
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Fortification et artillerie en Europe autour de 1500 : le temps des ruptures
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