URL originale : https://books.openedition.org/edul/1802
Rodemack : une forteresse privée reconstruite après 1492 pour les Margraves de Bade, au duché de Luxembourg
Rodemack: a private fortress rebuilt after 1492 for the Margraves of Baden, in the Duchy of Luxembourg
p. 425-446
Résumés
Au petit bourg castral de Rodemack est liée, aujourd’hui encore, une imagerie médiévale, fondée sur l’évocation du lignage féodal éponyme, de ses seigneurs indociles, vassaux des comtes de Luxembourg du XIIe au XVe s. Pourtant, les restes de l’enceinte du bourg datent pour l’essentiel du XVe s., et l’état actuel du château, soit l’enceinte en partie démantelée, les ruines du vaste boulevard dit « le pâté », les bâtiments, témoignent d’une autre réalité. Après une destruction punitive par la mine en 1484, le château fut reconstruit à peu près intégralement, par étapes, entre 1492 et 1600, sous la forme d’une forteresse non bastionnée, pour le lignage des Margraves de Bade. Cette forteresse connut ensuite le sort d’une place-forte royale française d’importance secondaire, de 1679 à 1821. Le château actuel, dans sa complexité, est le produit de toutes les étapes de cette longue histoire architecturale, qui n’a pas laissé de relique apparente antérieure au XVe s. Si les ouvrages défensifs édifiés entre 1536 et 1600 peuvent paraître archaïques, la première campagne de rétablissement et de refortification, conduite pour Christophe de Bade, gouverneur du duché de Luxembourg, entre 1464 et 1516, témoigne, en revanche, d’une architecture militaire de pointe.
Rodemack’s small castle is still linked to medieval imagery, based on the evocation of the eponymous feudal lineage, of its indolent lords, vassals of the counts of Luxembourg from the 12th to the 15th centuries. However, the remains of the town walls date from the 15th century, and the present state of the castle, the partly dismantled enclosure, the ruins of the vast boulevard known as the « pâté », the various buildings, testify in favour of another reality. After a punitive destruction through mines in 1484, the castle was almost completely rebuilt, in stages, between 1492 and 1600, in the form of a non-bastioned fortress, for the lineage of the margraves of Baden. This fortress then experienced the fate of a French royal fortress of secondary importance, from 1679 to 1821. The present castle, in its complexity, is the product of the various stages of this long architectural history. There seems to be no remains prior to the 15th century. While the defensive works built between 1536 and 1600 may seem archaic, the first campaign of restoration and refortification, conducted for Christophe of Baden, governor of the duchy of Luxembourg, between 1464 and 1516, is a testimony for a first class military architecture.
Texte intégral
1Au petit bourg castral de Rodemack est liée, aujourd’hui encore, une imagerie médiévale, fondée sur l’évocation du lignage féodal éponyme, de ses seigneurs indociles, vassaux des comtes de Luxembourg du XIIe au XVe s., auxquels la tradition locale tenace associe les restes actuels des fortifications du château, pourtant très remaniées jusqu’au XVIIIe s.
2Par malheur, la phase chronologique allant du XIIe au XIVe s. est privée de sources susceptibles de documenter les entreprises bâtisseuses de ces seigneurs1. D’autre part, aucun des éléments d’architecture militaire ou civile aujourd’hui en élévation dans le château et dans l’enceinte du bourg de ne peut être attribué à une période antérieure à celles des deux derniers Rodemack, qui détinrent la seigneurie durant la majeure partie du XVe s.
3C’est à partir de cette période, dans le cadre des luttes franco-bourguignonnes de la Guerre de Cent Ans, que ce château fort privé devint un possible point d’appui stratégique des puissances publiques en présence.
I. Le contexte historique
I.1. Jean III et Gérard de Rodemack 1408-1492, le suicide politique d’un lignage
4Un examen attentif des aléas de la politique des derniers seigneurs du lignage de Rodemack est nécessaire pour évaluer dans quelle mesure ils ont pu contribuer à la modernisation des fortifications du château, avant d’être remplacés par le lignage refondateur des Margraves de Bade.
5Jean III de Rodemack, seigneur de 1408 à 1439, jouissait en 1427 d’une assise territoriale plus importante que celle de ses prédécesseurs. A cette date, ses deux oncles étant morts sans postérité, il avait hérité de la totalité de la seigneurie de Rodemack, telle que possédée par son grand-père Gilles IV de Rodemack, sénéchal de Luxembourg, augmentée d’un château beau et fort, bâti à Richemont une quarantaine d’années plus tôt par son oncle Gilles de Rodemack. Pourvu d’autres fiefs en Lorraine et Champagne, du chef de sa mère et par la dot de son épouse Irmengarde de Boulay, il se départit de la stricte allégeance observée par ses prédécesseurs envers les comtes, puis ducs de Luxembourg. Le duché était alors tenu par une duchesse engagère, Elisabeth de Görlitz, nièce du roi des Romains et roi de Bohème Sigismond de Luxembourg, veuve successivement de deux oncles du duc de Bourgogne Philippe Le Bon2. Jean III de Rodemack choisit de se mettre au service des ducs de Lorraine, dont il était le vassal pour son fief de Boulay, amorçant une politique anti-bourguignonne qui allait s’avérer funeste pour lui et pour son lignage.
6Le 15 septembre 1430, sa participation à la guerre que le duc Charles II menait contre la cité de Metz, lui valut les représailles énergiques des « seigneurs et gens de la Cité, en nombre de six cent chevaulx, qui eschellont et prindrent le ville de Rodemack et la fouraigeont et ardont toutte, et six aultres villaiges appartenant au damoisel de Rodemack […] ils lui avoient fait domaige de plus de cent mille francs »3. Ce texte témoigne implicitement de l’existence d’une enceinte autour de la « ville » de Rodemack puisqu’il est précisé qu’il fallut l’investir par échelade.
7Jean III se rapprocha du prince capétien titulaire du duché de Bar, René d’Anjou, époux d’Isabelle de Lorraine, fille aînée et héritière du duc Charles II. A la mort de ce dernier en 1431, devenu duc consort de Lorraine, René dut défendre sa légitimité contre Antoine de Vaudémont, cousin d’Isabelle, prétendant au duché soutenu par le duc de Bourgogne Philippe Le Bon. Sévèrement défait à Bulgnéville le 2 juillet 1431, René fut fait prisonnier sur le champ de bataille, avec plusieurs chevaliers de son ost, dont Jean de Rodemack. Intermittente pour René, la captivité à Dijon dans les geôles bourguignonnes dura jusqu’en février 1437 et ne fut déliée que par le paiement de rançons considérables (28000 florins pour Jean de Rodemack). A cette date, Elisabeth de Görlitz avait cédé l’administration du Luxembourg et engagé ses droits sur le duché à Philippe Le Bon, son neveu, en l’échange de deux rentes annuelles d’un total de 7000 écus et d’une gratification de 80000 florins. Jean III de Rodemack, qui devait encore une partie de sa rançon, ne pouvait qu’être hostile à ce projet qui allait, peu d’années plus tard (1441), placer sa descendance sous la suzeraineté directe d’un prince qu’il avait combattu.
8Ces circonstances ont incité à attribuer sans preuves à Jean III des travaux de fortification du château de Rodemack. Si dans sa période de prospérité, vers 1427, il avait pu financer la construction de l’enceinte du bourg, davantage pour accroître le prestige et le rang du chef-lieu de son domaine féodal que dans une logique belliciste, on observera qu’après cette période faste, le coût des réparations de l’incendie de 1430, la rançon de 1431 et la captivité dont il fut libéré moins de deux ans avant sa mort ne lui permirent guère d’investir dans la fortification de son château, a fortiori sans subsides publics et contre son suzerain.
9Son fils et successeur Gérard de Rodemack épousa en 1441 Marguerite de Nassau-Weilburg, par sa mère petite nièce du duc Charles II de Lorraine et nièce d’Antoine de Vaudémont. Cette alliance de haut rang ne restaura pas la fortune de son lignage, et pour s’acquitter entre autres du solde de la rançon de feu son père, grevée d’aréages, il dut aliéner une partie de ses terres4. En 1454, ayant refusé l’hommage à Philippe Le Bon, il fut privé des rentes qu’il percevait sur les recettes publiques de prévôtés et villes du Luxembourg. Trois ans plus tard mourait prématurément Ladislas de Bohème, le prétendant au duché de Luxembourg dont Gérard de Rodemack soutenait la cause contre Philippe Le Bon. Engagé dans cette cause, le roi de France Charles VII accepta par lettres patentes du 8 janvier 1458, de défendre les intérêts des sujets du Luxembourg contre le duc de Bourgogne par l’action politique et militaire. Gérard de Rodemack plaça sa personne et ses biens sous la protection de Charles VII, à qui il fit foi et hommage, et livra ses châteaux de Rodemack, Boulay, Hespérange, Neuerboug, Cronenbourg, aux commissaires royaux. Le duc de Bourgogne fit savoir aussitôt qu’il considérait ce protectorat comme un abus de pouvoir et qu’il attendait la soumission du seigneur de Rodemack5.
10L’avènement de Louis XI, qui était l’obligé de Philippe Le Bon auquel il accorda la pleine souveraineté sur le Luxembourg, fragilisa considérablement la position de Gérard de Rodemack, qui dut par acte du 3 novembre 1461, se déclarer homme lige du duc de Bourgogne. Philippe le Bon n’accorda qu’en février 1466 la restitution des rentes du seigneur de Rodemack, sous réserve que ce dernier s’engage à déclarer tenir du duc de Bourgogne les « château, ville et seigneurie de Richemont »6. On peut en induire que Richemont était alors considérée par le duc comme un château ou une position fortifiée plus importante à s’assurer que Rodemack.
11Gérard de Rodemack ne commit aucune indocilité pendant les dix années de règne de Charles le Téméraire (1467-1477), mais la mort du duc ayant laissé l’empire bourguignon aux mains d’une jeune fille de vingt ans, il ouvrit ses châteaux aux compagnies de Louis XI, qui s’empressait alors de prendre position dans les états bourguignons, mal défendus faute de coordination centrale. Toutefois, le mariage de Marie de Bourgogne avec Maximilien d’Autriche, fils de l’empereur germanique Frédéric III (18 aout 1477) donna aux Pays-Bas bourguignons un nouveau maître à l’autorité incontestable.
12La prise de Luxembourg en 1479 par Charles Ier d’Amboise est un baroud d’honneur qui marque le terme des entreprises de Louis XI pour récupérer le duché qu’il avait abandonné à Philippe Le Bon. Cette circonstance donne l’occasion d’entrevoir une distribution des rôles entre deux personnalités liées à Rodemack. D’une part, l’historiographie attribue le mérite à Christophe, marquis de Bade, d’avoir repris par les armes, au nom de Maximilien, le château de Luxembourg, occupé pour le parti du roi de France. D’autre part, la charte très politique de 1480 par laquelle Maximilien et Marie de Bourgogne rétablissaient les privilèges accordés aux bourgeois de Luxembourg, en félicitant ceux-ci de leur résistance « à leur grands frais & dépens », à l’encontre des Rois de France et de leurs alliés « nos rebelles et désobeissans sujets », ne citait que deux seulement de ces félons non repentis : Gérard de Rodemack et son neveu Georges, comte de Virnenbourg7. Dès l’année suivante, les terres du seigneur de Rodemack furent confisquées par le pouvoir central, qui fit démanteler l’un de ses châteaux, Hespérange8. Gérard de Rodemack fut rétabli dans la jouissance de ses biens en septembre 1482, Jean de Bade, archevêque de Trêves, ayant intercédé en sa faveur, mais il ne renonça pas pour autant à sa politique belliqueuse, faisant « tort et trouble » aux populations civiles. En réaction, une coalition se forma, sous l’autorité de différents seigneurs, officiers, conseillers du duché de Luxembourg, au premier rang desquels Claude de Neufchatel-Fay, gouverneur des duchés de Luxembourg et comté de Chiny. Cette coalition, ralliant aussi les échevins des villes d’Arlon et de Thionville, organisa et finança en mai1483, au nom de Maximilien d’Autriche, les opérations de siège des places fortes de Gérard de Rodemack9. Les deux châteaux visés étaient Rodemack et Richemont, le premier capitula le 5 juillet, le second tomba le 8. Des contingents de piétons messins et lorrains qui avaient participé aux sièges, furent recrutés pour procéder au démantèlement entrepris aussitôt après.
13Les chroniqueurs messins Jean Aubrion et Philippe de Vigneulles ont laissé de ces évènements une relation circonstanciée, décrivant les effectifs (une armée de cent cinquante cavaliers et trois mille piétons pour le seul Richemont) et l’artillerie employée par les assiégeants. « Tantôt après la reddition », écrit Vigneulles, « à la mi-aout, furent les dictes deux places minées et boutées sus tanson de bois, puis l’on boutaist le feu dedans. Elles furent en cest manier arasée et destruictes ; c’est assavoir Rodemach par les Loherains et Richemont, c’on dit Ornelle, par ceulx de Mets »10.
14La démolition du château de Richemont fit plus forte impression que celle des fortifications de Rodemack, parce qu’il était plus « richement fait, et fabricqués de pier de tailles tout par dehors », et parce qu’il « n’y avoit justement que cent ans que premiers il avoit estés fait et fondés, par quoy s’estoit l’ung des biauls forts et bien devisés qui alors fut à XX lieues à l’entour »11. On en déduit que le château de Rodemack, de fondation plus ancienne, ne présentait pas ces qualités, d’où le fait que les chroniqueurs ne s’attardent pas à décrire son architecture. Il avait par ailleurs sans doute été moins systématiquement détruit, car l’importance des démolitions entreprises à Richemont, dont ce château ne s’est jamais relevé, était en partie justifiée parce que les Messins avaient décidé d’en « butiner » les pierres de taille pour « ouvrer aux pourtes « de la ville, un tel réemploi n’ayant pas lieu d’être à Rodemack, pauvrement mis en oeuvre.
15S’agissant de l’enceinte du bourg de Rodemack, il est possible qu’on se contenta alors de la neutraliser en détruisant une porte ou un front de courtines, par exemple le front ouest, qui semble avoir été reconstruit après coup en avant de son emplacement d’origine. Si, en outre, l’enceinte du château avait été renforcée, au moins vers la campagne, sur l’initiative de Gérard de Rodemack, entre 1457 et 1480, le démantèlement de 1483 aura prématurément ruiné ces ouvrages.
16Maximilien d’Autriche confisca à nouveau les domaines de Gérard de Rodemack et en disposa, le 8 janvier 1484, en faveur de Claude de Neufchâtel-Fay, gouverneur des duché de Luxembourg et comté de Chiny, fils et frère cadet des seigneurs de Châtel-sur-Moselle12. Annoncée comme perpétuelle, cette cession fut pourtant cassée au bout d’un an, sur intervention de l’Empereur Frédéric III, qui imposa à son fils Maximilien une mesure de clémence à l’égard des seigneurs de Rodemack. Un diplôme ducal daté du 15 novembre 1492 précise que la restitution des domaines fut faite non en faveur de Gérard de Rodemack, toujours disgracié, mais en celle de son petit-fils Bernard de Moers, héritier anticipé alors mineur et sous tutelle de Vincent, comte de Moers et de Saarwerden, son grand-père paternel, avec faculté de relever le nom et les armes des Rodemack13. Vincent de Moers fit hommage et serment de fidélité à Maximilien, en son nom et en celui de Bernard, lors de la restitution de la seigneurie de Boulay, dont le château devenait la résidence principale des héritiers, ceux de Rodemack et de Richemont étant détruits et inhabitables14.
17En 1492, le petit-fils avait suivi les agissements coupables de ses deux aïeux. Associé à Vincent de Moers déjà disgracié un temps en 1473 par Charles le Téméraire pour avoir défendu les sujets de Gueldre hostiles à la domination directe de la Bourgogne, Bernard de Moers-Rodemack avait commis un crime de lèse-majesté contre Maximilien, plus grave encore que les complaisances francophiles de Jean III et Gérard de Rodemack. Une composition secrète avec la France leur avait permis de libérer Charles d’Egmont, restaurant par là son lignage à la tête du duché de Gueldre. Le geste de représailles de Maximilien d’Autriche fut la confiscation définitive et sans espoir de retour de la seigneurie de Rodemack, au moins pour les terres relevant du duché de Luxembourg et du comté de Chiny ; Bernard de Moers-Rodemack semble avoir conservé la jouissance du château de Boulay, de mouvance lorraine, jusqu’à sa mort en 1501.
I.2. Christophe, Margrave de Bade, refondateur du château de Rodemack, 1492-1516 et ses successeurs
18Le diplôme ducal du 15 novembre 1492 avait pour principal objet de tenir lieu d’acte de donation des biens confisqués des Rodemack à Christophe, margrave (marquis) de Bade, comte de Spanheim, gouverneur du duché de Luxembourg, qualifié de « notre très cher et très amé cousin ». A la différence de l’acte émis en 1484, aux effets fugitifs, en faveur de Claude de Neufchâtel, prédécesseur de Christophe de Bade dans la charge de gouverneur, celui de 1492, plus détaillé, mentionne explicitement les « places et forteresses » et les bourgs inclus dans la donation, non sans avoir rappelé celles qui avaient été « abattues et démolies ». Par là, le duc confiait implicitement au donataire, gouverneur territorial et homme de guerre, la charge de rétablir les places fortes de son domaine qui pouvaient ou devaient l’être, dans l’intérêt public, au premier rang desquelles Rodemack, chef-lieu juridique de la seigneurie.
19Christophe de Bade (1453-1527) avait été nommé capitaine du château de Luxembourg en 1487, avant de succéder dans la charge de gouverneur du duché à Claude de Neufchâtel, promu gouverneur des Pays-Bas bourguignons, le 24 juillet 1489. Il continua d’assurer cette fonction après que Maximilien, devenu empereur romain germanique en 1493, eut attribué la souveraineté des Pays-Bas bourguignons à son fils Philippe le Beau (de 1494 à 1506), qui reçut en outre le titre de duc de Luxembourg à sa majorité. En contrepartie de la gratification de la seigneurie de Rodemack, augmentée d’autres donations de fiefs, Christophe de Bade avait prêté à son bienfaiteur une somme de 25000 florins, sa fortune lui permettant en outre une politique d’acquisition de terres en vue d’accroître encore l’ample assise territoriale récemment obtenue15. Il mit en place des officiers différents de ceux de ses prédécesseurs pour administrer ses nouveaux domaines et faire reconnaître sa suzeraineté par foi et hommage à ses vassaux lorrains. A partir de 1494, Christophe de Bade date de plus en plus fréquemment des actes de Rodemack, indice probable du rétablissement de ce château ; ses séjours dans ses seigneuries du Luxembourg continuent à s’intensifier de 1497 à 1501, toujours d’après la fréquence des actes, certains mentionnant l’obligation de vassaux à faire la garde au château de Rodemack.16 Le 2 mai 1503, Elisabeth, fille de feu Gérard de Rodemack, cédait « tous les biens qu’elle possédait audit Rodemacher » à Christophe, margrave de Bade17. Ce dernier avait établi sa résidence principale au château de Rodemack en 1511, date à laquelle la restauration des bâtiments résidentiels devait être achevée.
20En 1514, le château était devenu une forteresse de première force, puisque le grand capitaine de guerre Robert II de La Marck, seigneur de Sedan, au service des rois de France Charles VIII, Louis XII et François Ier, envisageait sa prise au même degré d’importance stratégique que celle de Thionville, à en croire Philippe de Vigneulles18. Christophe de Bade avait conscience de cette réalité stratégique, du fait de son double statut de seigneur de Rodemack et de gouverneur du Luxembourg, et avait été implicitement soutenu dans son effort de reconstruction par la puissance publique, tant que dura le règne de Maximilien d’Autriche, son bienfaiteur, mort en 1519. Ce protectorat avait survécu à la mort de Philippe Le Beau (1506) et dura après que Maximilien eut délégué en 1507 le gouvernement général des Pays-Bas à sa fille Marguerite d’Autriche, tutrice du futur Charles Quint.
21La situation se dégrada cependant en1516, les deux fils ainés survivants de Christophe de Bade ayant obtenu cette année-là de l’empereur la mise sous tutelle de leur père, le premier, Bernard de Bade, étant titulaire du margraviat19. Le partage de l’héritage entre les trois fils, dont Ernest de Bade-Durlach, le cadet, était arrêté depuis 1515, et Philippe de Bade (1478-1533), s’intitulait seigneur de Rodemack dès avant la mort de son père, comme l’indique un acte de donation de 152020. La continuation des travaux de reconstruction du château de Rodemack relevait donc dès 1516 de l’autorité de Philippe de Bade, qui devint titulaire officiel en 1520 de la charge de gouverneur du duché de Luxembourg et de Chiny. Peu d’années plus tard, Philippe fut accusé de malversation dans l’exercice de sa charge par Marguerite d’Autriche. Il se serait agi d’un détournement d’une part augmentée des taxes sur les marchandises et les péages, détournement qui, d’après l’accusation, aurait commencé sous le gouvernement de Christophe de Bade, et aurait servi à financer la construction d’ouvrages nouveaux dans le château de Rodemack.21 Cette affaire ternit la réputation de la famille, et, à la mort de Christophe de Bade en 1527, c’est Bernard III de Bade (1474-1536), et non Philippe, qui lui succéda formellement dans ses seigneuries luxembourgeoises. Par lettres-patentes datées de Malines le 28 octobre 1528, Charles Quint réattribuait la charge de gouverneur du duché de Luxembourg à Bernard, « marquis de Baden […], seigneur de Roden-Machern »22, mais, dès 1531, il l’en priva pour la donner à Philippe II de Croÿ, comte de Porcien, marquis de Renty, personnage de plus grande envergure bientôt promu premier duc d’Aarschot et grand d’Espagne.
22A la mort sans postérité de son frère Philippe, Bernard de Bade, pour assurer sa descendance, fit un mariage tardif avec Françoise de Luxembourg, dame de Roussy. Il laissa deux fils, Philibert, né l’année de la mort de son père, et Christophe, posthume23. Ces enfants furent placés sous la tutelle respective du duc Guillaume IV de Bavière et du comte palatin. Françoise de Luxembourg, veuve de Bernard, margravine douairière, n’habita plus qu’occasionnellement Rodemack à partir de 1539, préférant sa résidence, peu distante, d’Useldange, qui, avec Roussy, constituait son douaire. A Rodemack, un bailli titulaire, logé au château, représentait la famille dans l’administration locale de la seigneurie.
23En 1542, des troupes françaises commandées par Claude de Lorraine, duc de Guise, et accompagnée par le fils cadet du roi François Ier, le duc Charles d’Angoulême, marchaient vers Luxembourg. Le château de Rodemack, probablement mal défendu faute d’une garnison permanente, fut pris et occupé par une compagnie française, situation qui dura deux ans, jusqu’au Traité de Crépy (18 septembre 1544).
24Un autre siège français, plus mémorable, survint dix ans après le premier, le 27 mai 1552, alors que l’héritier, Philibert de Bade, n’avait que seize ans. François de Rabutin, qui y participait, en a laissé une relation détaillée, précieuse pour reconstituer l’état des défenses à cette date. Les assiégeants trouvèrent les lieux habités par « la dame de ce château » et toute une société de gentilshommes et « voisins de réputation »24, servis par un personnel assez important, mais non qualifié pour la défense. L’organisation stratégique des Pays-Bas espagnols, à cette époque sous l’autorité de la régente Marie de Hongrie (sœur de Charles Quint, gouvernante générale depuis 1531), n’avait pas cru bon de cantonner à Rodemack une garnison détachée de la place forte de Luxembourg, ou du moins n’avait pas forcé la main du bailli des Bade, peu enclin à accueillir des hommes d’armes. Du point de vue de l’aristocratie luxembourgeoise, ce château passait pour l’un des refuges les plus sûrs de la région, dans une logique d’auto-défense en période de guerre. Sur l’échiquier d’un Etat, comme celui du roi de France Henri II, ou celui de Charles Quint, ce n’était qu’un petit château fort, aux « fortifications assez bonnes », mais pas à l’aune de celles des places-fortes royales de frontière, qui, depuis la décennie 1540, soit la dernière partie des règnes de François Ier et de Charles Quint, avaient intégré le système bastionné, notamment sur la frontière picarde et aux Pays-Bas.
25En octobre 1552, les français évacuaient Rodemack non sans avoir incendié le château, y abandonnant quelques pièces d’artillerie. Sollicitée par les tuteurs des jeunes margraves de Bade qui attendaient de Charles Quint la possibilité de rentrer en possession de leur bien en toute sécurité, Marie de Hongrie écrivit à son frère qu’elle croyait bon que ce château, dont les français avaient « fait grand cas, et au moyen d’icelui grands ennuis et empechemens aux villes de Luxembourg et Thionville », fut démoli avant d’être restitué25. Ce conseil ne fut apparemment pas suivi d’effet. En 1559, Philibert et Christophe II, déclarés majeurs, se partagèrent le margraviat de Bade. Le premier obtint la partie badoise, avec le comté de Spanheim, le second la seigneurie de Rodemack. L’acte de partage estime à 2000 florins la somme à prendre sur les revenus des terres luxembourgeoises pour financer les réparations du château de Rodemack, « cassé et déchiré en beaucoup d’endroits par sa Majesté impériale et par la couronne de France »26.
26Avantageusement marié avec la princesse suédoise Caecilia Vasa, Christophe II de Bade vint s’installer en 1567 à Rodemack, où, d’après les sources exploitées par les historiens généalogistes allemands du XVIIIe s., il fit bâtir à grands frais, un « nouveau » et « magnifique »27 château, digne du rang de son épouse. Cette construction neuve correspondait pour l’essentiel au grand corps de logis principal du « donjon », de style renaissance, documenté par des relevés du XVIIIe s (génie), et de 1809 (projet de dépôt de mendicité), démoli peu après cette date, à l’exception de sa grande cave encore parfaitement conservée. Christophe de Bade, endetté, hypothéqua une partie de ses biens fonciers et mourut au château de Rodemack en 1575. Sa veuve lui survécut longtemps et séjourna à Rodemack jusqu’en 1579. L’année suivante, Pierre-Ernest comte de Mansfeld, qui fut gouverneur et capitaine général de la province de Luxembourg sur une durée exceptionnelle, de 1545 à 1604, disposait de Rodemack à titre d’engagère. Mansfeld avait pu faire attribuer, en 1563, de façon très éphémère, une partie de la seigneurie de Rodemack à son beau-frère Philippe de Montmorency, comte de Horne, qui était allié aux Moers, descendants du lignage de Rodemack. En 1580, profitant de la décadence des héritiers de la maison de Bade accablés de dettes, il fit réattribuer la seigneurie au comte Adolf de Neuenahr-Moers, non sans avoir négocié avec ce dernier le transport immédiat du domaine en sa faveur et au nom de son fils Octavien de Mansfeld (tué au combat en 1591). L’influent gouverneur du Luxembourg, qui assura par intérim de 1592 à 1594, le gouvernement général des Pays-Bas, est sans doute responsable des dernières adjonctions aux fortifications XVIe s. du château de Rodemack, notamment la grande tour bastionnée de l’angle sud-ouest.
27L’histoire postérieure du château et du bourg clos de Rodemack, notamment durant leur reconversion en petite place-forte publique française de 1679 à 1821, n’a pas lieu d’être évoquée plus avant ici. On en retiendra cependant, pour mémoire, deux démantèlements au moyen de charges explosives : le premier en 1674, ordonné par le gouverneur du Luxembourg Ernest Alexandre de Croÿ Chimay Aremberg, qui toucha les ouvrages du côté de l’entrée, dominant la ville, le second, plus radical, en 1821, par lequel les français neutralisèrent les défenses vers l’attaque de la place forte qu’ils avaient déclassée. Les officiers du génie français ont laissé, échelonnée sur toute la période d’activité de la place forte publique, une précieuse série de plans, coupes et élévations28 qui constituent la principale et la plus ancienne source graphique conservée utile à la connaissance de l’architecture du château (fig. 1).
II. Topographie et fortifications du château (Pl. I A-B-C-D)
28Implantée sur une éminence rocheuse dominant le bourg à l’est, et attenante au plateau côté nord-ouest, la forteresse reconstruite à partir de la fin du Moyen-Âge occupe l’emplacement du premier château seigneurial fondé en 1190, qui était vraisemblablement déjà construit en pierre. Le plan organique ovalaire de l’enceinte de la basse-cour castrale (B)29, est très certainement hérité du château « roman », de même que le principe de l’emboîtement dans cette enceinte, adossé à l’ouest, d’un réduit fossoyé, le « donjon » (A). Noyau résidentiel et défensif du château, ce donjon était ceint d’une muraille définissant une aire de plan polygonal subcirculaire irrégulier, assez étendue pour accueillir les deux grands logis à façade rectiligne bâtis pour les margraves de Bade, le premier (30) à l’est de la cour intérieure, au-dessus de la ville (fin XVe début XVIe s.), le second (23) au sud (1567).
Plan I. Plans généraux restitutifs de quatre états successifs du château et du bourg clos de Rodemack, du XVe s. à la fin du XVIe s., exprimant les campagnes de construction.

(Dessin et analyse : © C. Corvisier). Pl. I a - plan c 1480 ; Pl. I b- plan c 1516 ; Pl. I c- plan c 1530 ; Pl. I d - plan fin XVIe.
Fig. 1 : Plan de la forteresse de Rodemack en 1778 (Vincennes SHD, Atlas d’Aubigny)

(Cliché : © C. Corvisier).
Fig. 2 : Enceinte du bourg, deux tours du front nord

(Cliché : © C. Corvisier).
29Ces logis remplaçaient des locaux résidentiels médiévaux, qui étaient sans doute adossés à la muraille selon une disposition annulaire. Ce plan d’héritage de deux enceintes emboîtées irrégulières, à l’origine peu ou pas pourvues d’organes de flanquement, est caractéristique des fondations castrales des XIe et XIIe s.30.
30A l’est et en contrebas du château se rattache l’enceinte du bourg, elle aussi de plan polygonal irrégulier, mais caractérisée par une série de tours de flanquement semi-circulaires à gorge plate, d’un diamètre moyen de 8 à 10 m, assez régulièrement espacées (fig. 2). Sur le front Nord, le plus exposé aux attaques venues du plateau, l’alternance des tours et des courtines est plus serrée. Les tours conservées abritent au premier niveau des chambres ou casemates de tir, certaines pourvues d’archère-canonnières (remaniées), qu’il est possible de dater du second quart du XVe s. Ces embrasures ne résultent pas de la transformation d’archères plus anciennes. Cette enceinte assurant la protection de la population de la « ville » participait de la défense globale du site, et mettait à l’abri des attaques directes le front nord-est et de la porte du château regardant le bourg en position surélevée. Le tracé parcellaire et certains indices archéologiques tendent à démontrer que dans son état primitif, l’enceinte du bourg était moins étendue au sud et se raccordait au château sur l’angle Sud-Est du « donjon », ou existait une tour circulaire qui fut incluse par la suite dans un redan à canonnières (3), construit en phase avec le grand logis renaissance de 1567.
Fig. 3 : Boulevard dit pâté, (C) élévation face droite du revêtement

(Cliché : © C. Corvisier).
31Le surplomb très important du socle rocheux portant la cour du château au-dessus du bourg (8 à 9 m de dénivelé) imposait de traiter l’accès sous la forme d’une longue rampe, partant de la rue principale du bourg. Echappant à l’ouest au coude formé par cette rue au pied du château, la rampe entrait dans l’enceinte castrale et tournait à gauche pour monter à l’entrée du donjon (A), formant une porterie voûtée (5). Dans l’état primitif du XVe s. (Pl. I a), cet accès montait aussi à droite, avant d’aborder la porte du donjon, pour desservir logiquement l’aire intérieure de la basse-cour (B), dont la première partie (nord-est), basse et pentue, était surplombée au dehors et au nord-est par une butte rocheuse détachée (C) incluse et retranchée dans le périmètre de l’enceinte du bourg.
32Le démantèlement de 1483 avait sans doute complètement détruit le front d’entrée de l’enceinte de la basse cour. Lors de la reconstruction du château conduite à partir de 1493 par Christophe de Bade, la défense de l’accès vers le nord, du côté dominé par le plateau, fut considérablement renforcée et compliquée, en modifiant profondément la disposition antérieure (Pl. I b). La butte Nord-Est, point faible de la défense, qu’un assaillant ayant pris l’enceinte de ville pouvait armer contre le château, fut entièrement incluse et enveloppée dans un puissant ouvrage avancé, boulevard d’artillerie à galeries d’escarpe (fig. 3), dit le pâté (C), qui chemisa et incorpora dans la masse de son escape Nord une portion de l’ancienne muraille du bourg comportant deux tours et deux courtines. D’autre part, de ce même côté Nord, à l’abri du nouveau boulevard, l’enceinte de la basse cour fut refermée en arrière de sa limite d’origine, et raccordée directement à la porterie du donjon (5), par une haute courtine rectiligne (10) : ainsi, l’ancienne partie basse Nord-Est de la basse-cour fut reléguée à l’extérieur de l’enceinte du château, pour former un fossé de retranchement (D) entre le château proprement dit (A-B) et le pâté (C).
33Ce fossé intérieur, accueillant aussi une circulation défensive défilée par la gorge du pâté, était très cloisonné : à l’ouest/nord-ouest, il était refermé sur le grand fossé (E) retranchant le château du plateau, par le dernier segment préexistant de l’ex enceinte de ville, non incorporé dans le pâté, segment pourvu d’une tour (12) et d’une poterne piétonne à pont-levis (13) en fond de fossé. Au milieu de sa longueur, le fossé intérieur (D) fut recoupé en deux segments, en isolant une cour retranchée (D’), par une muraille transversale (9) munie aussi d’une poterne et percée de canonnières faisant face à la ville (fig. 4). Ce mur formait l’infrastructure d’une double communication reliant la basse-cour du château (B) au boulevard (C) : un premier étage en caponnière, percé de créneaux pour l’arquebuse, le second formant pont. Une troisième muraille parallèle (33), plus à l’est, ne fut construite que dans une seconde campagne, après 1516 (Pl. Ic) pour refermer le fossé (D) sur la ville. Raccordée, d’une part, à l’escarpe est du « pâté », d’autre part, à l’ouvrage d’entrée casematé (6) à deux « tours jumelles » (fig. 5) dont la porterie du « donjon » (5) avait été simultanément augmentée en avant-corps saillant, cette muraille basse (33) était percée d’une première porte d’entrée dans le périmètre défensif, ou avant-porte du château, munie elle aussi d’un pont-levis, sur une fosse.
34Bien que couvrant et défilant la porte du château, le boulevard n’a jamais été une barbacane, autrement dit n’a jamais été traversé par l’accès, en sorte que la nouvelle disposition défensive, mise en oeuvre à partir de 1493, distribuait les différents sous-ensembles de la forteresse dans l’ordre inverse à celui habituellement pratiqué dans la fortification médiévale et moderne. En effet, après avoir franchi l’avant-porte (33) et pris la rampe passant dans le fossé intérieur formant avant cour (D), on entrait d’abord dans l’enceinte du « donjon » (A), d’où il fallait ensuite ressortir à l’ouest par une poterne (25) pratiquée à cet effet pour accéder à la basse-cour (B), laquelle – désormais privée d’accès direct – était enfin mise en communication, au Nord-Est, avec le boulevard (C) par le pont-caponnière (9).
35La seconde campagne de fortification qui ajouta l’ouvrage d’entrée casematé à deux tours dites « tours jumelles » (6) devant la porterie du donjon, et la muraille de fermeture Est (33), est aussi responsable du renforcement de la courtine Nord de la basse-cour (10), donnant sur le fossé intérieur (D-D’). Elle fut doublée d’une fausse braie qui, partant des « tours jumelles » (Fig. 5), traversant au passage la caponnière du pont (9) du « pâté », se prolongeait jusqu’au dessus de la poterne (13) donnant sur le grand fossé (E), aboutissant à la tour de flanquement attenante (12), relique de l’enceinte de ville. Un cavalier d’artillerie dit « tour de Réaville » (11) avait en outre été construit dans ce même secteur, au-dessus de l’angle nord de l’enceinte de la basse cour, peut-être lors d’une phase tardive de cette seconde campagne achevée avant la mort de Bernard de Bade en 1536. C’est à cette même phase qu’il faut attribuer la construction de deux autres tours casematées complétant la défense rapprochée du périmètre fortifié du château. En effet, les ouvertures de tir de ces tours combinent les petites embrasures à bouche extérieure carrée « à la française » pour artillerie légère, avec, aux étages supérieurs, des fentes verticales ou créneaux de fusillade adaptées à l’arquebuse d’épaule, plus modernes. La première est une tour de plan en fer à cheval (fig. 6), haute et maigre, à quatre niveaux de tir, dite « tour de Boncourt » (4), greffée en forte saillie sur le flanc est de la porterie à deux « tours jumelles » (6) destinée à assurer le flanquement à courte portée du front du château regardant la ville, y compris la muraille de l’avant-porte (33). La seconde tour crénelée (2), dite « tour de la plate-forme », était un ouvrage creux et voûté plus large que saillant construit en figure de proue à l’extrémité Sud/Sud-Ouest de l’enceinte de la basse-cour, offrant deux niveaux de tir (fig. 7) en batterie frontale, à fente très courte, regardant une aire encore incluse dans l’enceinte de ville.
36La grande tour bastionnée (pentagonale) non casematée, dite « redent » (1) immédiatement contiguë à la tour plate (2), mais implantée en saillie dans le grand fossé ouest, face au plateau (fig. 8), percée à la fois de canonnières et de créneaux de fusillade, appartient à une génération d’ouvrages de fortification plus tardive : elle est attribuable à la période Mansfeld, entre 1580 et 1604, tandis que la terrasse à canonnières ovales et le redan attenant (3) ajoutés au sud-est en renforcement du haut front du « donjon » dominant la ville, remontent sans doute aux années 1567, liés à la construction du logis neuf de Christophe II de Bade (23).
37Tout ce complexe défensif nous est parvenu à la fois remanié par des retouches apportées au temps de la place forte française, et lourdement mutilé par le démantèlement de 1821, qui a détruit la totalité du front vers le plateau, y compris celui du « pâté ».
38Si les organes défensifs ajoutés à l’enceinte du château entre la décennie 1530 et la fin du XVIe s. paraissent bâtis à l’économie, sans intégrer de véritable bastion et sans recherche d’un plan de flanquement géométriquement maitrisé, on doit par contre souligner le caractère performant des ouvrages de la première époque de re-fortification, réalisés pour le compte de Christophe de Bade entre 1493 et 1516. Concentrés sur la protection et le défilement de l’entrée du château face aux agressions possibles venues du plateau, au nord, ils ont représenté une dépense considérable en matériaux, et relèvent d’une architecture militaire à la pointe des réalisations de ce temps.
Fig. 4 : Muraille à canonnières (9) reliant le château au boulevard, tenant lieu de flanc retiré et de pont-caponnière

(Cliché : © C. Corvisier).
Fig. 5 : Château, porterie (6), courtine et fausse braie (10) du front nord-est du château, avant 1860. Aquarelle d’Auguste Migette, Metz, musée des Beaux-Arts.

Fig. 6 : Château, tour de Boncourt (4)

(Cliché : © C. Corvisier).
Fig. 7 : Château, tour sud (2), vue de la basse cour.

(Cliché : © C. Corvisier).
Fig. 8 : Plan détaillé du château de Rodemack en 1778 (Vincennes SHD, Atlas d’Aubigny)

(Cliché : © C. Corvisier).
Fig. 9 : Boulevard dit pâté, (C), plans restitutifs et chronologique des deux niveaux à galerie d’escarpe. Dessin et analyse C. Corvisier, d’après relevés géométriques actuels et plans du génie antérieurs à 1821.

Fig. 10 : Boulevard dit pâté, (C) galerie d’escarpe supérieure de la face droite

(Cliché : © C. Corvisier).
39Le boulevard d’artillerie dit pâté (C), en est le plus représentatif (fig. 9). Ce vaste ouvrage avancé (77 m de développement dans le grand axe faisant face à la porte du « donjon ») casematé et terrassé, chemisant une butte rocheuse, retranché de toutes parts, présente deux faces renflées, une gorge rectiligne et deux angles arrondis, l’un (Sud-Est) très largement. L’autre, plus aigu, au nord-est, est l’angle de capitale, à la rencontre des deux faces ; l’arrondi, outrepassé, y forme une véritable tour (39) de 15 m de diamètre, très engagée. Le revêtement du boulevard est une muraille haute de 13 à 16 m (fig. 3) au-dessus du sol environnant (fossés D, E, bourg). Elle abrite dans son épaisseur (3 m de maçonnerie en partie supérieure), une galerie d’escarpe étroite, voûtée en berceau surbaissé, régulièrement percée de canonnières à la française, à embrasure intérieure partant du sol (fig. 10) et bouche rectangulaire chanfreinée au dedans, ébrasée au dehors, avec barre de calage des tubes à feu. Circulant aux deux tiers de la hauteur du revêtement, cette galerie était initialement continue d’une face à l’autre et sur une partie de la gorge, où se trouvaient ses deux entrées. Le large angle arrondi en segment de cercle (fig. 11), au raccord de la face droite et de la gorge, au-dessus du bourg et en vis-à-vis de la porte du donjon (5-6) offrait à la galerie des angles de vue et de tir rayonnants couvrant les abords de cette porte.
Fig. 11 : Boulevard dit pâté, (C) angle arrondi de la face droite et de la gorge, partie arrachée du revêtement et de la galerie d’escarpe

(Cliché : © C. Corvisier).
40La face gauche (Nord) du boulevard, détruite en 1821, comportait seule un autre niveau de galerie d’escarpe régnant en fond de fossé, et se continuant dans la tour semi-circulaire de l’angle de capitale (39), toujours en place (fig.12). Il s’agit d’une ancienne tour de flanquement de l’enceinte du bourg, chemisée par le revêtement du boulevard, en réservant les deux niveaux de galerie d’escarpe. La galerie basse y est bien conservée, percée de cinq canonnières avec mire ou évent au-dessus de la bouche à feu (fig. 13), défendant l’extrémité du fossé du château (E)31. La canonnière Sud-Est, en bout de galerie (fig. 14), vise vers l’intérieur du bourg. Au point où la galerie basse se continuait dans la face gauche du boulevard, un escalier droit mural voûté monte dans le flanc ouest de l’ancienne tour pour accéder 3 m plus haut au volume intérieur demi-cylindrique de cette tour, cumulant deux anciens étages, privés de leur plancher intermédiaire, transformés en une casemate presque aveugle couverte d’une voûte rampante (fig. 15). Dans cette voûte est percé un « trou d’homme » accessible par une échelle (encore en place en 1819), unique autre issue de la casemate jusqu’au cours du XIXe s.32, ouvrant au-dessus de la voûte sur un bref couloir en chicane (conservé) qui desservait un escalier mural superposé à celui du niveau bas. Cet escalier (détruit) communiquait à la galerie d’escarpe haute et lui procurait une issue vers la plate-forme supérieure du boulevard. Dans l’état actuel, la galerie haute est détruite dans la tour et dans la face gauche du boulevard, du fait du démantèlement de 1821 qui a démoli cette face en totalité et dégarni la partie supérieure de la tour de son chemisage (fig. 16). En revanche, cette galerie haute est bien conservée dans la face droite du boulevard, avec sept embrasures ; la partie tournante dans l’angle arrondi se continuant dans le mur de gorge est arrachée, mais parfaitement lisible. Au raccord de cette face droite et de la tour (39), la galerie communiquait (et communique toujours) par une petite porte, avec le chemin de ronde d’arase de la courtine attenante de l’enceinte du bourg.
Fig. 12 : Boulevard dit pâté, (C) tour de l’angle de capitale (39), vue du fossé (E)

(Cliché : © C. Corvisier).
Fig. 13 : Boulevard dit pâté, (C) tour de l’angle de capitale (39), détail d’embrasure de la galerie basse

(Cliché : © C. Corvisier).
Fig. 14 : Boulevard dit pâté, (C) tour de l’angle de capitale (39), intérieur et embrasures de la galerie basse

(Cliché : © C. Corvisier).
Fig. 15 : Boulevard dit pâté, (C) tour de l’angle de capitale (39), casemate centrale avec issue basse vers la galerie basse, et issue haute en « trou d’homme » dans la voûte.

(Cliché : © C. Corvisier).
41Les plans du Génie français (fig. 17) prouvent qu’une deuxième tour de l’enceinte du bourg avait été en partie incorporée dans le revêtement de la face gauche du boulevard, en rabotant sa saillie extérieure et en réservant dans son volume interne circulaire comblé un escalier rampant reliant les deux niveaux de galerie. Le parapet d’origine de la terrasse supérieure du boulevard avait été ruiné dès 1674 et remplacé, au nord, vers 1730, par un gros parapet à embrasures pour une batterie d’artillerie. Il n’est pas douteux que l’état primitif du parapet comportait déjà des embrasures, plus modestes, ce qui permet de restituer au front nord ou face gauche de l’ouvrage conçu après 1492, trois niveaux de défense active.
Fig. 16 : Boulevard dit pâté, (C) tour de l’angle de capitale (39), vue de la face gauche détruite du boulevard

(Cliché : © C. Corvisier).
42La muraille (9) (fig. 4) cloisonnant le fossé de gorge (D-D’), infrastructure du pont-caponnière qui mettait le château en communication avec le boulevard, formait au surplus un flanc retranché actif percé de trois canonnières et d’une poterne, défendant l’avant-cour d’entrée orientale (D), flanc couvert par l’angle arrondi du boulevard à la manière d’un large orillon.
43La porterie du donjon (5-6) est aussi un ouvrage casematé complexe à canonnières (fig. 18), construit plus à l’économie, et de conception assez traditionnelle. Sa principale originalité est le très long développement en profondeur (28, 50 m) de son passage d’entrée charretier montant en rampe douce, qui est composé de deux segments attenants également voûtés (fig. 19), appartenant chacun non seulement à deux campagnes bien distinctes, mais aussi à deux ouvrages cumulés, l’un ayant été construit en avant de l’autre, en masquant entièrement sa façade. Le segment postérieur (5), vers la cour du donjon, le moins long (11 m) mais le plus large et plus haut (4,50 m) sous sa voûte en berceau brisé, formant trois travées régulières définies par deux arcs-doubleaux et deux arcs formerets aux arêtes abattues en cavet, appartenait à une première porterie fortifiée dépourvue de casemates latérales. Le segment antérieur (6), large de 4 m en moyenne, haut de 3,20 m sous sa voûte en berceau continue à deux doubleaux non saillants, appartient à la seconde porterie ; il comporte en tête un sas découvert entre deux tours casematées de plan en fer-à-cheval (fig. 20) dites improprement « jumelles » (elles diffèrent dans leur diamètre, de 7 m à 7,80 m, leur saillie, l’espacement de leurs canonnières).
Fig. 17 : Boulevard dit pâté, (C) et porterie (4-5-6), détail d’un plan de 1778 au niveau de soubassement (Vincennes SHD, Atlas d’Aubigny)

(Cliché : © C. Corvisier).
Fig. 18 : Porterie et tour Boncourt (4-5-6), plan restitutif et chronologique des deux niveaux à galerie d’escarpeau RC. Dessin et analyse C. Corvisier, d’après relevés géométriques actuels et plans du génie antérieurs à 1821.

Fig. 19 : Porterie (5-6), vue du passage voûté, prise du segment extérieur (6) vers le segment postérieur (5)

(Cliché : © C. Corvisier).
Fig. 20 : Porterie et tour Boncourt (4-5-6), élévation extérieure des tours jumelles en 1900 (carte postale ancienne, coll. part.).

44La première porterie (5) est l’unique vestige monumental du château antérieur au démantèlement de 1483. Si l’arcade par laquelle elle débouche sur la cour est couverte en tiers-point, son ancienne arcade d’entrée, contre laquelle s’est plaquée la voûte de la seconde porterie, est d’un caractère plus moderne : couverte d’un arc en anse de panier, elle comporte une feuillure extérieure encadrée de contreforts mutilés, qui a appartenu à un tableau d’encastrement de tablier de pont-levis. Ce pont-levis ne pouvait être qu’à bascule sur une fosse, faute des saignées qui, dans l’hypothèse d’un pont-levis à flèches, auraient dû passer sous la voûte du passage. On peut supposer que la façade à pont-levis de cette première porterie était déjà encadrée de deux tours, mais il n’en reste aucun indice (pas de portes latérales d’accès à d’éventuelles chambres de tir logées au RC). Quoiqu’il en soit, le profil des doubleaux, l’arc en anse de panier et le pont-levis à fosse trahissent un ouvrage du XVe s., attribuable à Gérard de Rodemack, par exemple dans la période d’accalmie correspondant au règne de Charles le Téméraire.
45La campagne de reconstruction commencée en 1493 pour Christophe de Bade semble s’être accommodée de cette première porterie, dont le démantèlement avait épargné au moins la partie basse, dont le passage voûté. En effet, les liaisons des maçonneries prouvent que la construction de la seconde porterie aux « tours jumelles » est contemporaine d’une part, de la fausse braie de la courtine neuve refermant la basse-cour au nord-est (10), d’autre part du mur de fermeture est (33) de l’avant-cour /fossé (D) face au bourg, accueillant l’avant-porte du château. Or, on a vu que la fausse braie a été ajoutée après coup à la courtine, et que l’avant-mur appartient à une campagne distincte et postérieure à celle de la construction du boulevard (C). De plus, le seul reste de façade ruinée (en 1821) qui accueillait le pont-levis à flèches de la seconde porterie, entre les « tours jumelles », est un jambage tronqué, parfaitement lié à la tour attenante ; or, ce jambage comporte un pilastre (fig. 21), témoin d’un encadrement de style Renaissance, peu concevable avant 1516. On doit donc attribuer la seconde porterie à l’époque de Philippe de Bade. L’élévation supérieure des deux porteries est remaniée : les deux tours avaient été tronquées, à mi-hauteur de leur premier étage, en 1674, et leur superstructure actuelle à murs maigres et créneaux de fusillade est due à une reconstruction française postérieure à 1678.
Fig. 21 : Porterie (5-6), détail de la façade ruinée du pont-levis entre les tours jumelles.

(Cliché : © C. Corvisier).
Conclusion
46En dépit de son aspect actuel aussi peu avantageux que son appellation, le Pâté est l’ouvrage de fortification le plus intéressant du château de Rodemack, témoin précoce de la transition du boulevard d’artillerie au bastion.
47Il présente d’importantes analogies avec les puissantes fortifications construites au château ardennais de Sedan pour Robert II de La Marck, seigneur de 1487 à 1536, comportant notamment le chemisage d’une tour circulaire du château antérieur, réservant dans la surépaisseur deux étages de galerie annulaire à embrasures, et la construction d’un boulevard d’artillerie de plan arrondi, avec galeries d’escarpes à embrasures, au-devant d’une porterie à deux tours (dites tours jumelles), ce boulevard n’étant pas une barbacane. La comparaison peut être étendue à un autre château plus modeste, celui de Logne près de Liège, renforcé en 1514, par le même Robert II de La Marck, d’un vaste boulevard d’artillerie de plan organique. Un autre château intéressant à rapprocher est celui de Montcornet en Ardennes, dont le vaste boulevard d’entrée au front arrondi, à trois étages de tir, avec flanc retiré abritant la porte couverte d’un pseudo orillon, est attribuable à Philippe I de Croÿ, comte de Porcien, qui fut gouverneur de Valenciennes et lieutenant-général du Pays de Liège dès la fin du règne de Charles le Téméraire, et qui mourut en 1511.
48Dans l’absolu, le boulevard du château de Rodemack pourrait remonter au plus tôt jusqu’à la décennie 1480, compte tenu de réalisations de pointe présentant dès cette époque des galeries d’escarpe et des ouvertures de tirs de forme approchante, notamment le château d’Antoine de Chabannes, homme de confiance de Louis XI, à Saint-Fargeau (Yonne). Toutefois, cette typologie change peu dans les trois décennies suivantes. A Rodemack, le contexte politique et le démantèlement de 1483 ne permettent pas de placer la construction du boulevard avant la refondation du château par Christophe de Bade, à partir de 1493, et son plan en fait un ouvrage pré-bastionnaire, plus évolué qu’un boulevard en forme de grosse tour ronde (Sedan), par la présence de deux faces et d’un flanc retranché en retrait d’un pseudo-orillon.
Bibliographie
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Notes de bas de page
1 Les sources primaires de l’histoire médiévale de la seigneurie de Rodemack tiennent pour l’essentiel dans le « fonds Rodemacher » conservé aux Archives Nationales du Luxembourg sous la cote A LIV. Au sein de ce fonds, dont la couverture chronologique va de 1250 à 1790, et qui comporte plusieurs centaines de documents originaux, 18 pièces seulement sont antérieures à 1400, et 25 concernent la période de 1415 à 1474. Il s’agit essentiellement d’actes de juridiction féodale.
2 Son premier époux était Antoine de Bourgogne, duc de Brabant, tué à Azincourt (25 octobre 1415) frère cadet de Jean Sans Peur, oncle paternel de Philippe Le Bon, et le second l’oncle maternel du même Philippe, Jean de Bavière, ex prince-évêque de Liège, comte de Hainaut, mort en 1425, fils cadet d’Albert de Bavière, comte de Hainaut. Le duché de Luxembourg avait été engagé, avec faculté de rachat, à Elisabeth de Görlitz en 1409, lors de son premier mariage par son oncle Wenceslas, roi de Bohème et roi des Romains destitué, qui cherchait l’appui de la Maison de Bourgogne. Sigismond, frère cadet de Wenceslas, roi des romains en 1411 et roi de Bohème à la mort de son frère en 1419, n’utilisa pas la faculté de rachat du duché de Luxembourg, jugeant le prix trop élevé (120.000 florins), et le laissa aux mains de sa nièce.
3 Huguenin, 1838, p. 167.
4 Seigneuries de Talange, de Preisch, d’Esclaron et d’Ancerville, J-P Obry, Op. Cit, p. 34
5 Würth-Paquet, t. XXI, 1866, n° 8
6 Verkooren, 1914, t. IV, n° 1874.
7 Bertholet, 1741-1743, t. VIII, p. 7-8 : transcription d’une inscription lapidaire gravée après 1487 sur un mur de l’arsenal de Luxembourg, relatant la prise du château par Christophe de Bade, et citation de la charte de privilèges de 1480.
8 Verkooren, 1914 t. V, n° 1952-1953 ; Bertholet 1741-1743, t. VIII, p. 9.
9 Bertholet, 1741-1743, t. VIII, pièces justificatives, p. CXXXVII-CXXXXI, d’après une lettre datée du 4 juillet 1483, date à laquelle les places ne s’étaient pas encore rendues.
10 Huguenin, 1838, p. 458-460 (Jean Aubrion) ; Bruneau, 1927-1933, t. IV p. 103 (Vigneulles).
11 Bruneau, 1927-1933, t. IV, p. 103.
12 Claude du Fay était le frère cadet d’Henri de Neufchâtel, dont il hérita en 1504, avant de mourir l’année suivante. Le château de Châtel-sur-Moselle fut puissamment fortifié principalement sous Thiébaud IX de Neufchâtel (mort en 1469), père de Claude du Fay, grand officier des ducs de Bourgogne (sénéchal, puis Maréchal de Bourgogne), contemporain à la fois de Jean III et de Gérard de Rodemack. Dans le cas de Châtel, la conservation de comptes de construction et celle de portions importantes des ouvrages, tours et boulevards, permet de reconstituer avec précision une ample forteresse privée assez tôt adaptée à l’artillerie, ce qui n’est pas le cas à Rodemack, dont les défenses devaient être moins exemplaires.
13 Ce diplôme, signé de Maximilien d’Autriche et de son fils et successeur annoncé Philippe (le Beau), est une source capitale relatant rétrospectivement les guerres des seigneurs de Rodemack. A.N. Luxembourg, A LIV, Fonds Rodemacher, carton 2, pièce originale sur parchemin de 1492 en allemand et transcription ms. du XVIIIe s. en français. Editions in Bertholet, 1741-1743, t. VIII, pièces justificatives, p. CXXXX-CXXXXI et p. 10 – 12), Würth-Paquet, 1879, t. XXXII.
14 Abel, 1861, p. 206, affirmait sans preuves : « Gérard de Rodemack revint au milieu de ses propriétés relever le château de Rodemack de ses ruines, ce qu’arrêta le duc de Lorraine » ; cette extrapolation fantaisiste n’a pas été reprise par les historiens postérieurs, pourtant prompts à attribuer des travaux de construction à ce sire de Rodemack.
15 Acquisition des seigneuries de Pettingen et de Reuland, de l’engagère de Thionville et Cattenom. Weber-Krebs, 2007, p. 268
16 AN Luxembourg, A LIV, fonds Rodemack, XII, 5.
17 Ibid., carton 3 (1500-1542) n° 50, 53.
18 Bruneau, 1927-1933, t. IV, p. 175
19 Acte du 15 octobre 1516 ; Weber-Krebs, 2007, p. 238.
20 Donation à l’abbaye de Bonnevoie, Anen, 1934-1935, t. 2, p. 28.
21 Petit, 1983, p. 222 ; Weber-Krebs, 2007, p. 247, 281.
22 Verkooren, 1914-1922, t. V, n° 2144
23 Turkheim, 1810, p. 182 et 184.
24 Rabutin, 1555, livre III, f°45 v° à 47 r° ; (ou éd. Gailly de Taurines, 1932, t. I, p. 88-90.)
25 Lettre citée par Obry, 1948, p. 46
26 Weber-Krebs, 2007, p. 290-29 (et note 37) d’après des transcriptions partielles ou résumées données par plusieurs auteurs anciens, dont Sachs, 1764, t. III, p. 217
27 Sachs, 1764, t. III, p. 269 ; Turkheim, 1810, p. 184.
28 Vincennes, SHD, places abandonnées, 1VH 2240 (1730- 1821), et Atlas des places de Sierck et Rodemack, d’Aubigny, 1778.
29 Les lettres de repérage sont de notre initiative, les chiffres sont repris des plans d’atlas du Génie français.
30 En Lorraine centrale, le château de Mousson offre un excellent exemple de cette configuration.
31 La canonnière intermédiaire a été transformée en porte lors des aménagements du parc du château devenu privé après 1860.
32 L’escalier en pierre en place dans cette casemate et l’issue vers la galerie haute du front est font partie des aménagements paysagers d’après 1860.
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Fortification et artillerie en Europe autour de 1500 : le temps des ruptures
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