URL originale : https://books.openedition.org/edul/1782
Les fortifications et l’artillerie espagnoles entre 1495 et 1503 : la lutte pour la suprématie technologique dans les guerres d’Italie
The Spanish fortifications and artillery between 1495 and 1503: the struggle for technological supremacy during the war in Italy
p. 381-403
Résumés
La monarchie espagnole, bien loin de dépendre des travaux de l’école italienne, a développé précocement des techniques de fortification originales et adaptées aux progrès de l’artillerie. Elle a, pour cela, pu s’appuyer sur un corps de spécialistes intégrés dans un processus de décision collective. Les fortifications espagnoles reposent sur l’emploi de la barrière d’artillerie couplée avec de profonds fossés et la projection vers l’extérieur d’ouvrages de flanquement (La Mota), la maîtrise de l’inondation défensive (Coca) et la technique de la mine explosive. Salses, avant, pendant et après le siège de 1503 est le lieu où convergent ces recherches, mais aussi celui d’où elles se diffusent à l’Europe méditerranéenne, non seulement en raison de la renommée acquise par la forteresse, mais encore par l’emploi en Sicile, à Rhodes, à Naples ou dans les Etats pontificaux des ingénieurs espagnols qui ont participé à son élaboration.
The Spanish monarchy, far from depending on the work of the Italian School, developed early techniques of fortification that were both original and adapted to the artillery progress. They relied on a body of specialists who were integrated into a collective decision-making process. The Spanish fortifications are based on the use of an artillery barrier that is coupled with deep ditches and the outward projection of flanking structures (example in La Mota), the control of the defensive waterflood (in Coca) and the use of explosive mines. The fortress at Salses before, during and after the 1503 siege, is the place where all these researches converge, and also the place from where they spread to Mediterranean Europe, not only because of the fame acquired by the fortress, but also because of the use, in Sicily, Rhodes, Naples or in the Pontifical States, of Spanish engineers who had participated in its construction.
Texte intégral
1 L’union des couronnes de Castille et d’Aragon durant le règne des Rois Catholiques (1474-1516) a permis de conjuguer les expériences d’artillerie et de fortification de l’Aragon en Italie avec les énormes ressources de la Castille. Les guerres avec le Portugal et la France en 1474-1476, les campagnes contre le Turc en Méditerranée (1480-1482) et la Guerre de Grenade (1482-1492) ont servi d’expériences pour un noyau important d’artilleurs, lesquels seront à l’origine de l’un des premiers corps d’ingénieurs modernes du monde. Ses modes de transmission des connaissances et de prise de décisions par des réunions d’ingénieurs (et non par des traités ou des mémoires) expliquent son énorme influence en Méditerranée sans l’intermédiation de papiers ou de publications pouvant mettre en danger les secrets du métier1.
2Les tracés des fortifications élevées dans la Péninsule Ibérique jusqu’en 1495 (La Mota, Coca, Niebla, Grenade) comptent parmi les exemples les plus avancés de la nouvelle technique de fortification de la Renaissance. À partir de 1495, une avancée révolutionnaire se produit dans la conception de l’artillerie espagnole, avancée qui culminera avec la déroute française de 1503 (Salses, Naples, Cérignole)2. C’est aussi à cette époque que commence la diffusion de ces dessins sur la frontière avec la France (Salses, Perpignan et Collioure), en Italie (la Sicile, Naples, Rome), en Méditerranée occidentale (la Sardaigne, le Nord de l’Afrique), ainsi qu’à Rhodes. Certains des premiers ingénieurs responsables sont des commandeurs ou des prieurs de l’Ordre de Saint-Jean (San Juan), comme Ramiro López, auteur de Salses, ou Antonio San Martín, dessinateur du château Saint-Ange (castel Sant’Angelo), à Rome, et de certaines des fortifications de Rhodes au début du XVIe s. Tous sont, de plus, capitaines de l’Artillerie Royale, comme le sont les castillans Pedro Malpaso (la Navarre, la Sardaigne) et Diego de Vera (frontière de la France, Nord de l’Afrique), le catalan Meteli (Sicile) ou le napolitain Antonello da Trani (Naples)3. La fortification hispanique de cette période aura une énorme influence sur les dessins d’architecture militaire de Giorgio Martini, de Léonard de Vinci ou de Dürer4. Les influences croisées permanentes avec le Portugal, un proche allié à partir du traité de Tordesillas de 1494, se reflètent dans certaines des fortifications portugaises de la péninsule et de ses domaines d’outre-mer.
3Au commencement du règne de Charles Quint, les ingénieurs militaires espagnols continueront à être liés à l’Ordre de Saint-Jean, en particulier depuis le transfert de l’Ordre sur l’île espagnole de Malte. Benedeto de Rávena et, tout particulièrement, Tadino de Martinengo et Pedro Luís Escrivá seront militaires, commandeurs et prieurs de cet ordre, tout en restant au service de la couronne espagnole. Benedeto travaillera dans la péninsule ibérique et sur la côte africaine, autant avec l’Espagne qu’avec le Portugal ; Tadino travaillera essentiellement en Espagne ; et Escrivá sera le responsable en chef de la fortification du Royaume de Naples et l’un des ingénieurs les plus révolutionnaires de son époque5. Ses dessins influeront d’une manière décisive sur les œuvres que Luís Pizaño ou Pedro Prado dessineront sur la côte méditerranéenne (Rosas, Collioure, Algérie, Malte), et sur presque toutes les fortifications côtières qui défendront les possessions espagnoles et portugaises à la fin du XVIe et au début du XVIIe s.
La fortification sous Ferdinand le catholique et la réunion d’ingénieurs de Perpignan
4Il y a deux considérations préliminaires à prendre en compte dès lors que l’on entreprend d’étudier la fortification hispanique. En premier lieu, la plupart des ingénieurs de la couronne étaient des officiers de cette même couronne et, à la différence des Italiens ne faisant pas partie de l’empire, n’avaient pas besoin de se faire valoir par la publication de traités. Quand ils en ont publié, ce fut toujours bien après la réalisation des projets qui s’y reflétaient. En second lieu, la manière de prendre des décisions dans la fortification espagnole a presque toujours été collégiale, en tenant compte de l’opinion de militaires experts et d’ingénieurs qui se réunissaient pour débattre d’un projet ou pour décider quels allaient être les critères sur lesquels serait fait un genre de fortification. Cela implique que ce n’est pas toujours l’ingénieur signant le plan qui est l’auteur intellectuel du tracé. Ces deux considérations rendent beaucoup plus signifiant un phénomène qui revient de façon singulière tout au long de l’histoire de la fortification espagnole : les réunions d’ingénieurs.
5Quand nous avons publié, il y a quelques années, les premières études sur la fortification de la Renaissance espagnole, nous faisions remarquer que ne pouvait pas être un hasard le fait que les projets construits en brique et pierre à La Mota, Coca ou Salses trouvent une correspondance légèrement postérieure dans les dessins de Giorgio de Martini ou de Leonardo6. Il semblait dès lors plus vraisemblable que les dessins italiens fussent inspirés des fortifications construites par les Espagnols, que le contraire. Les études que nous avons publiées par la suite sur Leonardo et ses idées en matière de fortification ont mis en évidence non seulement l’influence des capitaines espagnols au service de César Borgia mais aussi l’énorme répercussion d’une forteresse comme Salses en 1503, et la connaissance que les Italiens en avaient7. De plus, nous savons aujourd’hui qu’à l’époque où Salses commençait à se construire, Ferdinand le Catholique avait appelé l’ingénieur qui concevait les fortifications de Sicile pour une réunion avec Ramiro López à Perpignan8. Nous savons de même9 qu’un autre ingénieur espagnol présent à Perpignan et à Salses, le commandeur San Martín, a été cédé au pape Borgia comme ingénieur en chef des États pontificaux et fut envoyé par la suite comme haut responsable de la fortification de Rhodes. Nous avons donc là la réunion d’ingénieurs, nous identifions le débat entre Ramiro López et San Martín sur le dessin de Salses et nous connaissons aussi d’une façon précise les voies par lesquelles ces connaissances arrivèrent en Sicile, à Rome et à Rhodes.
II. L’évolution de la fortification espagnole de la première renaissance
II.1. La barrière d’artillerie (Barrera artillera) et le château de la Mota10 (fig. 1a, 1b, 1c)
6Avec l’apparition de l’artillerie, il fut rapidement observé que la barrière, ou fausse-braie (« falsabraga »), semblait beaucoup plus efficace pour placer les canons en défense que les hautes tours médiévales. D’un côté, il faut réaliser que les canons primitifs, dont le projectile se chargeait par la bouche et s’adaptait difficilement, avaient certaines difficultés à faire feu vers le bas, sans compter que la résistance ou la largeur des chemins de ronde (adarves) n’étaient pas habituellement appropriées au poids, à la longueur et à la force de recul de cette arme.
7De plus si l’on tirait du haut vers le bas, comme le boulet était une pierre qui n’éclatait pas, ou bien il frappait directement son objectif, ou bien il ne faisait que soulever la poussière autour de lui. Au contraire, si le canon tirait au ras du sol extérieur, tout ce qui se rencontrait sur sa trajectoire était emporté, balayant littéralement le terrain. Cela explique pourquoi, pendant la période qui va du XIVe s. au XVIIIe s., durant laquelle les boulets normalement n’éclataient pas, on considérait comme plus efficace le tir direct, de faible portée, que le tir parabolique, à la portée bien plus importante mais de visée très incertaine. C’est exactement ce que firent les Mérinides (meriníes) quand, entre 1341 et 1343, ils défendirent courageusement à l’artillerie les murailles d’Algésiras en obligeant les Castillans à mener un siège avec des tranchées d’approche successives, protégées par des parapets qui n’évitaient pas qu’à chaque fois qu’un homme se montrait, ses membres ou sa tête ne fussent férocement tranchés par une boule de fer, ou qu’à chaque fois que l’on armait le mât des trébuchets, celui-ci ne soit coupé en deux par le feu de l’artillerie. Après la chute d’Algésiras et la distribution des canons mérinides entre les nobles européens qui s’étaient réunis là, l’artillerie se répandit peu à peu en Europe.
(de haut en bas) Fig. 1a : Vue sur la barrière d’artillerie du château de la Mota Fig. 1b : Plan du château de la Mota Fig. 1c : Coupe sur la barrière d’artillerie du château de la Mota de Medina del Campo (1477-1483).

8Les barrières (fausses-braies) pour placer de l’artillerie se généralisent au milieu du XVe s., soit en Bretagne, soit en Italie où Alphonse V d’Aragon construit la première barrière autour de la forteresse du Castelnuovo à Naples après avoir vaincu la ville de son artillerie performante, héritage des puissants trains d’artillerie que son père, Ferdinand d’Antequera, avait mené en Castille puis en Aragon. Il apparaissait déjà clairement alors que les hautes tours et murailles cessaient non seulement d’être utiles mais qu’elles commençaient même à être dangereuses dès lors que, battues par l’artillerie, leurs décombres tomberaient sur les défenseurs de la barrière ou obstrueraient les embrasures d’artillerie que l’on ouvrirait à la base des murs pour y placer les canons. En revanche, ces embrasures à la base du mur principal ou à la base du mur de la barrière étaient une invitation faite à l’ennemi d’y pénétrer, pour peu que le feu de ses propres canons en ait encore agrandi l’ouverture. Pour cette raison, les barrières étaient normalement associées à un fossé qui permettait que le mur de la barrière, sans perdre l’avantage d’être bas et d’avoir des embrasures au niveau du sol, soit inaccessible depuis le fond du fossé. C’est ainsi que naquirent la plupart des barrières qui, dans la deuxième moitié du XVe s., furent construites en France, en Anjou, en Bretagne et en Castille.
9Il est clair que l’ennemi pouvait placer des canons qui, à tir tendu, frapperaient les canonnières jusqu’à démonter les canons de la défense, et ensuite remplir le fossé et entrer par les embrasures. Pour l’éviter, deux stratégies défensives furent alors développées. Premièrement, les barrières présentèrent dans leurs angles des tours circulaires, appelées « cubos », dont les salles, que l’on appela des casemates (casamatas), furent voutées en coupole pour qu’elles puissent résister au bombardement, et où l’on logea des canonnières (troneras) qui protégeaient les murailles en balayant leur pied depuis les côtés, dans ce que l’on appela un tir de flanquement (fuego de flanco). La deuxième stratégie consistait à construire des casemates et des galeries dans les murs et des barrières dans les tours, pour placer l’artillerie au pied ou tout près du fond du fossé, de façon à ce que, si l’ennemi détruisait toutes les défenses qu’il pouvait voir depuis le dehors du fossé, il soit obligé de mettre ses canons dans le fossé même pour détruire celles qui étaient dissimulées. Ceci sera sans doute la méthode la plus utile puisque, encore à la fin du XVIe s., l’expert militaire Bernardino de Mendoza assurait, selon la citation qui ouvre ce chapitre, que tout ce qui restait à la vue de l’ennemi pouvait être détruit.
10La Mota de Medina del Campo (1477-1483) appartient à cette famille de barrières. L’ouvrage réalisé a été du genre en escarpe (alamborado), c’est-à-dire qu’il fut construit depuis le fond d’un fossé creusé au préalable, bien que l’excavation du fossé ait présenté quelques singularités qui ont marqué d’une manière déterminante la forme de la barrière. Premièrement, les constructeurs de la barrière ont découvert que le terrain où se creusait le fossé n’était pas homogène : les six mètres de la couche superficielle étaient composés de remblais de l’époque médiévale et préhistorique et de sables peu stables ; les six mètres suivants jusqu’aux douze mètres de la profondeur totale du fossé étaient composés par contre d’une marne argileuse de bonne consistance et qui se détériorait seulement si elle était exposée à l’air libre. Cela doit être la raison initiale pour laquelle les constructeurs ont décidé de creuser un fossé profond en profilant proprement son talus et en revêtant de briques l’escarpe (ils l’envisageaient sûrement pour la contrescarpe mais ils ne sont pas parvenus à le faire) et qu’ensuite ils ont ouvert l’excavation en formant deux terrasses avant le dénivelé (corte vertical) suivant, ce qui fait que le soutènement des matériaux les plus instables ne s’appuyait pas sur la verticale du fossé.
11Du côté extérieur du fossé, cette terrasse a formé une espèce de chemin couvert (couvert ou caché de l’esplanade extérieure), dont le dénivelé le plus extérieur a été confié à des murs de pisé qui n’ont pas été terminés. Du côté du château, l’espace symétrique, caché derrière le mur de l’escarpe, a servi à construire une galerie de pourtour dont les voûtes et les contreforts soutenaient le poids du terrain sur lequel s’élevait le château médiéval que la barrière entourait. Cette galerie de pourtour, souterraine par rapport au niveau du sol environnant, comprenait des chambres de tir successives avec ouvertures pour de petites pièces d’artillerie, qui protégeaient le chemin couvert de l’autre côté du fossé tout en étant cachées depuis l’esplanade extérieure. La galerie avec ses chambres disposait d’un système d’aération sophistiqué, avec des cheminées et des conduits qui facilitaient la circulation d’air afin de pouvoir évacuer la fumée que produisaient les pièces d’artillerie. Pour sa part, le chemin couvert de la contrescarpe permettait aux défenseurs de faire des sorties pour fermer les têtes des tranchées que l’ennemi aurait pu ouvrir jusqu’au fossé pour battre ses murs bas.
12La liaison entre la galerie de pourtour de l’escarpe et le chemin couvert de la contrescarpe se faisait à travers une structure qui, à la façon d’une tour, s’étendait au milieu du fossé, protégeait des tirs directs le pont-levis de la porte principale (c’est pour cela que le premier pont n’était pas aligné avec le second) et permettait une communication par des passerelles amovibles à la hauteur du chemin couvert. L’étage bas du fossé, ou fossé profond, était protégé à son tour depuis les chambres de tir situées au niveau le plus inférieur des grandes tours d’artillerie (cubos) qui défendaient les coins de la barrière ou encadraient la porte. Ces « cubos » ont trois niveaux de casemates à canonnières, couverts par des voûtes dans la clé desquelles s’ouvre le conduit d’aération qui permettait aux fumées de sortir, et un quatrième niveau en terrasse (azotea) crénelée (con almenas). Les courtines (lienzos) de la barrière, en plus du niveau de tir inférieur de la galerie, ont dans la partie qui apparaissait au-dessus du fossé un niveau de tir rasant qui alternait les canonnières pour canons avec des ouvertures pour des armes à main comme les espingardes (espingardas) ou les arquebuses (arcabuces) ; il y a de surcroît un chemin de ronde crénelé comme troisième niveau défensif.
13L’ouvrage tout entier était construit de brique massive, appareillé dans toute son épaisseur, avec des largeurs de mur proches des trois mètres et des largeurs de voûtes de plus de deux mètres. La maçonnerie de la barrière était, de plus, fortement talutée depuis le fossé jusqu’au niveau de l’esplanade extérieure. Elle présentait également un système complexe de puits et de galeries qui permettait de disposer d’eau dans toutes les batteries d’artillerie. Certains des puits, bien creusés dans le terrain naturel et bien construits à l’intérieur de la tour Nord, avaient, étant donnée leur position complètement extérieure, des fonctions de contremine, puisqu’il était possible de détecter à partir d’eux la mine ennemie et de creuser une contre-galerie avec laquelle la neutraliser. La barrière de La Mota, ainsi construite entre 1476 et 1483, date à laquelle se terminent ses comptes de construction et qui figure sur le blason des Rois Catholiques de sa façade, devenait avec tous ces progrès techniques la forteresse d’artillerie la plus avancée d’Europe, protégée par 200 ouvertures de tir (en 1501, elle était munie de cent vingt canons sur affût). Elle devait être la garante de l’autorité royale en Castille et la protectrice de la fonderie et du parc d’artillerie que l’on établit à son côté. La paternité de cet ouvrage magnifique est certainement chorale, fruit du génie de l’ensemble des artilleurs des Rois Catholiques, en commençant par Alonso de Aragón, mais aussi avec le concours probable de Francisco Ramirez de Madrid ou de Fernando Rejón, tous maîtres du célèbre ingénieur Ramiro López, qui arriva à Médina en 1482 et conçut dans les années suivantes les forteresses de Grenade, de Perpignan et de Salses (Roussillon). Le constructeur, maître d’œuvres ou alarife, est cependant bien connu. Il s’agissait d’un mudéjar appelé Abdalá dont les preuves de paiement en tant que maître de l’œuvre sont conservées aux Archives de Simancas.
Fig. 2a : Le Château de Coca (vers 1480).

Fig. 2b : Illustration d’une mine par Francisco Giorgio (vers 1496).

(à g.) Fig. 2c : Organisation du puits de contremine du château de Coca.

(à dr.) Fig. 2d : Accès au puits de contremine du château de Coca.

Fig. 2e : Puits de contremine du château de la Mota vers 1477.

Fig. 4 : : Les boulevards de Niebla (à partir de 1477) et Grenade (1492).

Fig. 5 : Barrière (d’artillerie) avec boulevards à Niebla (à partir de 1477).

(de haut en bas) Fig. 3a : Dessin de la caponnière-éperon dans le traité de Francesco di Giorgio (vers 1486-96). Fig. 3b : La caponnière-éperon du château de Coca vers 1480.

II.2. La caponnière et le puits de contremine de coca11 (fig.2a, 2b, 2c, 2d, 2e)
14L’ouvrage du château de Coca a été exécuté pour l’essentiel entre 1473 et 1496, date à laquelle on le donnait en exemple pour d’autres ouvrages similaires. Outre l’intervention certaine de quelques-uns des meilleurs ingénieurs de la Couronne, son alarife principal fut un mudéjar d’Avila, Alí Caro. Le château est placé dans un coin de l’enceinte de la ville médiévale, dont il incorpore une partie de la muraille. Il est situé littéralement à l’intérieur d’un ancien lit de rivière asséché qui lui sert de fossé, et dont la fermeture, des deux côtés ouverts du lit, a été effectuée par des murs de brique remparés sur l’arrière. Tout le fossé, à la différence de La Mota, est parementé de briques. La forteresse présente une barrière rectangulaire avec quatre grandes tours polygonales dans les coins, et une enceinte intérieure, elle-aussi rectangulaire, avec trois tours polygonales et un donjon de plan carré dans ses coins.
15La barrière a cinq niveaux de tir, dont deux sont en dessous du niveau supérieur du fossé, bien qu’il n’y ait pas de galeries de pourtour et que les casemates se logent dans des tours et des tourelles. La structure la plus sophistiquée apparaît dans la tour Sud-Ouest de la barrière, qui coïncide avec la partie extérieure de la ville, dans la zone où le château était le plus vulnérable aux attaques de mines. Nous trouvons là un éperon qui couvre l’angle mort que les tours voisines ne flanquent pas. Sa forme pointue mais rebondie, assimilable curieusement à la proue d’un pétrolier, lui permettait de résister aux tirs directs. Cet éperon couvre un puits d’eau qui est alimenté par un conduit souterrain, lequel provient d’un système sophistiqué de captage d’eaux, lui-aussi souterrain et situé à l’extérieur du fossé (fig. 3a-3b). L’ensemble de l’éperon, du puits et du captage correspond à un système de contremine qui utilisait l’eau pour détecter et pour neutraliser le creusement des tunnels ennemis. Il précède un système similaire mais beaucoup plus sophistiqué et coûteux qui a été employé pour protéger des mines le château de Salses.
II.3. Les boulevards (baluartes) de Niebla, de Carmona et de Grenade (fig. 4)
16Simultanément au développement des barrières on a commencé à employer en Castille, au moins depuis la seconde moitié du XVe s., des ouvrages bas, normalement pentagonaux, capables de mieux résister au feu de l’ennemi et habituellement isolés au milieu du fossé, qui servaient à placer l’artillerie et à protéger les portes. On leur donnait déjà le nom de baluartes (NdT : baluarte en castillan recouvre à la fois ce que l’on nomme en français boulevard et bastion ; l’auteur suggère une filiation entre les ouvrages qu’il décrit et la fortification bastionnée).
17Postérieurs aux ouvrages de La Mota et de Coca, et coïncidant avec les dernières années de la guerre de Grenade, trois ouvrages singuliers à plates-formes ou boulevards furent élevés en Andalousie : la barrière de Niebla12 avec deux galeries de tir dans l’escarpe et deux plates-formes pentagonales à ses extrémités, qui rappelle singulièrement la solution de La Mota bien que sans grosses tours circulaires (fig. 5) ; la petite tour d’artillerie (cubete) ou boulevard détaché au coin de l’Alcazar de Carmona13, avec deux lignes de feu et un puits incorporé au boulevard et quelques curieuses pointes ou éperons dans le sommet et dans les flancs qui apparaîtront ensuite dans les boulevards de Salses ; et, pour finir, les boulevards construits par Ramiro Lòpez entre 1493 et 1495 pour renforcer l’Alhambra de Grenade14, avec des plans pentagonaux (celui de Las Cabezas) ou en forme de D (celui des Siete Suelos), deux galeries d’artillerie voûtées superposées autour d’un noyau massif et des cheminées pour les fumées – une facture qui, comme nous l’avons déjà signalé auparavant, anticipe presque à la perfection les dessins de Dürer (fig. 6a, 6b, 6c, 6d, 6e).
Fig. 6a : Grenade : Alhambra, La puerta de la Justicia. Fig. 6b : Dessin de Ramiro López pour l’Alhambra à Grenade en 1492 (coupe). Fig. 6c : Dessin de Ramiro López pour l’Alhambra à Grenade en 1492 (plan).

Fig. 6d : Projet de bastions circulaires par Albrecht Dürer en 1527.

Fig. 6e : Projet de bastions circulaires par Albrecht Dürer en 1527.

III. La seconde révolution technique (1495-1503)
18Le déploiement d’artillerie du roi de France Charles VIII, qui impressionna tant les Italiens, fut reconnu en Italie comme le premier grand saut qualitatif de l’artillerie dans le sud de l’Europe. S’il a provoqué une réponse en Italie, il est logique de supposer qu’il l’a provoquée aussi en Espagne, et avec plus de motifs encore. Manifestement, il s’engagea (cette réponse avait déjà commencé auparavant, mais elle s’accélère alors) une réorganisation complète des fonderies d’artillerie de la Couronne hispanique (Medina del Campo, Perpignan et Málaga), auxquelles furent données des instructions pour la fonte de centaines de pièces de bronze selon de nouveaux modèles et qui, en peu d’années, produisirent des pièces très évoluées et extraordinairement belles15 (fig. 7a, 7b, 7c, 7d). Simultanément, la Couronne projetait de nouvelles fortifications sur trois fronts contre la France : la frontière du Roussillon, les fortifications des domaines pontificaux de Rome, et la fortification de la Sicile. Comme le commandeur Ramiro López se trouvait en Roussillon à concevoir le futur projet de la forteresse de Salses, la Couronne ordonna à l’ingénieur responsable de la fortification de la Sicile, Baldiri Meteli16, de se rendre à Perpignan pour discuter du dessin des forteresses. Il est probable que, réuni avec López et Meteli, se trouvait présent le commandeur Antonio de San Martín, qui sera envoyé par Ferdinand le Catholique comme ingénieur en chef des fortifications de son allié le pape Alexandre VI à Rome17. C’est à partir de cette réunion d’ingénieurs qu’émergèrent quelques-uns des ouvrages les plus importants de l’époque. Meteli construira le Castello a Mare de Palerme où apparait un grand boulevard ravelin pentagonal. Antonio de San Martín à Rome est à tout le moins le responsable du dessin du château Saint-Ange (il apparaît comme le commandeur San Martino dans les sources italiennes, qui manquent pour étudier son influence sur les autres fortifications des Borgia). Avec San Martín, d’autres capitaines espagnols, cédés par la Couronne, entrent au service des Borgia (Corella, Maldonado, Ramírez, Lorca et d’autres qui apparaissent en relation avec les fortifications de Rimini, Imola et Piombino)18. Enfin, Ramiro López construira les forteresses de Salses et Collioure, et renforcera les défenses de Perpignan19. Toutes ces forteresses ont un lien commun, qui est Salses, la plus célèbre, même si le château Saint-Ange de Rome aura également une forte influence sur ses contemporains.
19De la sorte, si la campagne de Charles VIII en 1494 entraîna une première révolution en Italie, la guerre franco-espagnole de 1503 ne fut pas moins importante. L’attaque espagnole sur Naples, où les mines explosives de Pedro Navaro firent sauter les châteaux napolitains, la déroute de l’armée française devant l’infanterie espagnole du « Gran Capitán » à Cérignole, et l’échec de l’attaque française sur Salses secouèrent complètement l’Italie et changèrent radicalement son histoire, en marquant le début d’une domination hispanique qui devait durer plus de deux cents ans.
Le changement de l’artillerie en 1495 Fig. 7a : Dessin d’un canon fondu à Malaga en 1504. Fig. 7b : Dessin d’une bombarde par Francesco di Giorgio vers 1496. Fig. 7c et 7d : Divers canons de fonderies espagnoles vers 1504.

IV. La forteresse et le siège de salses (fig. 8)
Fig. 8 : Plan du château de Salses pendant le siège français de 1503.

20Nous connaissons avec beaucoup de précision les ouvrages construits par Ramiro López à Salses entre 1497 et 1503, les avatars de la défense lors du siège français (Ramiro López défendit la forteresse, et contremina et fit sauter un boulevard pris par les Français, ce qui détermina la levée du siège), et les ouvrages que ce même Ramiro López développa à partir de 1503 dans le château. Pour cela, nous avons non seulement le plan providentiel de Gonzalo de Ayora de 1503 où l’on voit les deux boulevards avancés, mais encore une documentation abondante constituée de tous les comptes et paiements des ouvrages, des informations opportunes que réclame périodiquement Ferdinand le Catholique et une chronique détaillée contemporaine (également de Ayora) sur le déroulement de l’attaque française et la défense espagnole20. Nous pouvons par là identifier avec précision quelles sont les parties de l’ouvrage actuel qui correspondent à ce qu’a construit Ramiro López, et l’ensemble constitue le fonds documentaire le plus important de la fortification européenne de cette période.
21Ainsi, l’une des clefs de la défense de Salses en 1503 se trouve dans les galeries de tir de pied d’escarpe qui permirent aux 500 hacquebutiers (espingarderos) castillans de sa garnison de défendre la forteresse une fois que l’artillerie française eut démonté toutes les pièces d’artillerie des lignes supérieures (durant le siège, Ferdinand demanda avec insistance si l’artillerie française « tirait du pourtour vers le haut ou du pourtour vers le bas » (tira de la cinta arriba o de la cinta abajo). La seconde clef de la défense se trouve dans les deux grands ouvrages extérieurs, isolés au milieu du fossé, connectés par des galeries voûtées, ou caponnières (caponeras), qui coupent également le fossé et ouvrent des lignes de tir depuis la contrescarpe. Ces ouvrages extérieurs, que la documentation écrite et le plan de Ayora nomment littéralement ‘boulevards’ (baluartes), étaient de plus protégés par des terre-pleins qui formaient des ailes et des orillons couvrant le tir de flanc de ses caponnières de gorge. La troisième clef qui contribua à la réussite de la défense, et fut presque déterminante, était un système sophistiqué contre la mine composé de canaux d’entrée et de sortie d’eau qui, réglés à partir de réserves, permettaient de maintenir un niveau phréatique si élevé qu’il était impossible de creuser une galerie sous le fossé sans qu’elle s’inonde. Tout cela, comme nous l’avons vu, n’était pas réellement nouveau pour la fortification espagnole, puisque beaucoup de ces innovations apparaissaient à La Mota (les galeries et les cheminées), à Coca (le système contre la mine avec l’aide hydraulique) ou à Carmona, dont le boulevard avancé rappelle fortement la forme de ceux de Salses (fig. 9).
Les informations sur le siège de Salses en Italie
22Les informations sur le siège de Salses provenant des sources espagnoles contemporaines ont déjà été largement publiées dans quelques-uns de nos travaux antérieurs. Une manière assez évidente de connaître la répercussion de ces évènements dans l’Italie non-espagnole est cependant de reprendre les informations rassemblées dans les Diarii du vénitien Marino Sanuto21. Entre août et novembre 1503, Sanuto rassemble des informations de 29 sources qui vont des commentaires d’autres nobles italiens à de larges descriptions rédigées par les ambassadeurs vénitiens, des relations des hommes et des soldats déployés par l’Espagne, des courriers des rois de France et d’Espagne, et des rapports des ambassadeurs des deux pays. Sanuto ne reproduit pas intégralement les rapports, mais le rassemblement des informations révèle l’intérêt et la préoccupation qu’avait pour la diplomatie vénitienne le déroulement du siège. Les Italiens de l’époque savaient qu’étaient en jeu la suprématie militaire et la domination de l’Italie. La documentation déjà publiée et étudiée dans des travaux antérieurs22 comprend jusqu’à la visite qu’un informateur vénitien, spécialement envoyé à cet effet, avait fait du château : « et che lui orador nostro, quel giorno di 28 cavalchó a veder Salse, […] et vide dita forteza »23 et démontre clairement que personne en Italie en 1503 n’ignorait l’importance de la forteresse espagnole (fig. 10a, 10b, 10c, 10d).
Fig. 9 : Solution de défense diagonale dans la fortification espagnole : La Mota (A), Coca (B), Carmona (C) et Salses (D) après la réforme de 1504.

Fig. 10a : Plan du XVIe s. de Perpignan avec travaux avancés devant les tours dessinées par Ramiro López avant 1503. Fig. 10b : Grenade : Alhambra, embrasure de tir typique des fortifications de Ramiro López avant 1503. Fig. 10c : Dessin d’une forteresse, probablement forteresse de Salses, par Léonard de Vinci dans le Codex Madrid II (début 1505). Fig. 10d : Vue aérienne de la forteresse de Salses.

23Après l’attaque de 1503, la réparation de Salses en conserva tous les éléments fondamentaux, même si Ramiro López ajouta un troisième boulevard détaché, sur la diagonale d’une tour, à la manière de ce qu’il avait déjà fait à Perpignan, et qu’il épaissit par l’extérieur tous les murs, de sorte que les canonnières inférieures augmentèrent leur ébrasement (à la française), jusqu’alors très réduit (fig. 11a, 11b). Essentiellement, c’est la forteresse que nous conservons aujourd’hui, à l’exception d’un second épaississement réalisé par Tadino dans la première moitié du XVIe s. qui entraîna la condamnation des canonnières basses des galeries de pied d’escarpe. Salses fut ainsi conservée, même dans le détail, jusqu’à ce que, au milieu du XVIIe s., elle soit finalement prise par les Français. Quelques années plus tard, Vauban lui-même en ordonnera la restauration selon sa forme originale après un éloge informé :
« Le Chateau a esté bâty avec une despence incroiable. Il est d’une construction toutte particuliere composée de l’antique et moderne maniere de fortiffier. Et quoy qu’il soit mal flanqué, cinq choses ne laissent pas de le rendre fort bon :
1° la masse extraordinaire et surpassant toute raison de son revestement.
2° la bonté et solidité des materiaux dont il est composé telle qu’il s’en trouvera peu qui les puisse egaller.
3° les casemattes de ces tours tres-bien percées et bien conduites.
4° les contremines qui reignent tout autour.
5° son fossé grand et proffond.
Il a des dehors faits en forme d’escussons qui sont aussi de grosse masse de maçonneries lorsqu’ils sont casematés comme les tours de la place. Il y estoient ci devant attachés par de tres-beaux coffres qu’on a demolis je ne sçay pourquoy, mais je sçay bien que c’est un grand dommage car le fond du fossé, qui n’est presentement veu que de la casematte, en estoit fort bien deffendu.
En un mot cette place a été construite par un excellent genie, car dans un tres-petit espace on trouve tous les logemens, magasins, accommodemens necessaires a l’entretien d’une puissante garnison, et le tout basti sy a proffit, qu’estans une fois bien et duement reparé on peut dire que c’est une despence faite pour 100 ans. »24
24Il en résulte par conséquent qu’il suffit de considérer la disposition de Salses pour comprendre presque toute la fortification des premières années du siècle en Espagne, France ou Italie (fig. 12a, 12b, fig. 13a, 13b, 13c, 13d et fig. 14a, 14b, 14c). L’Espagne emportera cette expérience au nord de l’Afrique, et le Portugal sur les côtes africaines et asiatiques. Dans le cas de l’Autriche, son influence sur Dürer fera que le modèle perdurera encore davantage, jusqu’à l’instauration du modèle bastionné.
Fig. 11a : Dessin par Albrecht Dürer dans son traité de 1527.

Fig. 11b : Dessin de Salses en 1538 par Francisco de Holanda.

Fig. 12a : Vue aérienne du Castello a Mare de Palerme, cliché Google.

Fig. 12b : « Cubos » de Milazzo de cette même période.

Fig. 13a : Détails du château Saint-Ange à Rome attribués au commandant Antonio de San Martín. Fig. 13b : Vue aérienne du château Saint-Ange à Rome. Fig. 13c : Dessin de Rhodes selon S. Spiteri. Fig. 13d : Rhodes 1506-1516.

Fig. 14a : Cubos : (du haut vers le bas) A) Salses 1497, B) Arévalo 1504, C) cubo de Leiva à Fuenterrabia 1521, D) cubo de San Lorenzo a Pampelune, E) cubo impérial a San Sebastian, F) Boulevard de la Magdalena à Fuenterrabía. Fig. 14b : Détail du boulevard au château de Salses en 1503 par le capitaine Ayora. Fig. 14c : Dessin de 1538 de la Magdalena par Francisco de Holanda.

Bibliographie
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Sources écrites
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Bibliothèque du Service historique de l’Armée de Terre, Salses, (f°9-11), « Mémoire succint pour rendre compte a Monseigneur de Louvoy sur les fortiffications de Pignerol et Roussillon ».
Notes de bas de page
1 Cobos, 2012
2 Cobosa, 2004.
3 Cobosb, Castro Fernandez, 2014.
4 Cobos, 2007 ; Cobos, 2009.
5 Cobosa, 2014.
6 Cobosc, 2004 ; Cobos 2005.
7 Cobos, 2009 ; Cobos, 2007.
8 Gaeta, 2010, p. 143.
9 De Castro Fernandez, Cuadrado Basas, 2012.
10 Sur ce paragraphe, voir Cobos, « Etapas constructivas del castillo de la Mota. Evolución tipológica y análisis crítico de sus fábricas » ; « El Plan Director de Restauración del Castillo de la Mota. Metodología de estudio e intervención » ; Cobosc, 2004, p. 240-244.
11 Outre les études générales déjà citées, voir sur Coca : Cobos, Castro Fernandez, 1998 p. 236 ; Cobosa, De Castro Fernandez, 2000.
12 Niebla nécessiterait cependant une sérieuse analyse stratigraphique pour différencier les transformations et restaurations successives. Voir Cobosb, 2004, p. 118-121 et 123 ; COOPER, 1991, p. 251 et 1335.
13 Relevé de Alfonso Jiménez publié par MORA, 1997. Voir aussi Cobos, 2001, p. 680 et 684 ; COOPER, op cit., p. 710 ; Cobosc, 2004, op. cit., p. 228, note 8.
14 Sur Grenade, voir ALMAGRO, 2004 ; Cobosc, 2004 ; De Castro Fernandez 2004.
15 Cobos, 2004.
16 Gaeta, 2010.
17 De Castro Fernandez, Cuadrado Basas, 2012, p. 57-74.
18 Idem
19 Cobos Guerra, De Castro Fernandez, 1998.
20 Sur la construction de Salses, voir l’ensemble de documents publiés dans les études déjà citées, Cobos Guerra, De Castro Fernandez, 1998 ; Cobosb, De Castro Fernandez, 2000 et, plus récemment, De Castro Fernandez, 2004.
21 Relation quotidienne exhaustive des courriers et rapports des ambassadeurs et informateurs du conseil de gouvernement de Venise, établie à l’époque par Sanuto et publiée en 1881. Je remercie le professeur Marino Vigano de m’avoir facilité l’accès à ces informations.
22 Cobos, 2007.
23 Sanuto, Marino, 1881, V, p. 428.
24 Bibliothèque du Service historique de l’Armée de Terre, Ms. in fol. 33 i, Vauban, Visites des places frontières (1670- 1710) ; Ibid., Salses, (fol. 9-11), « Mémoire succint pour rendre compte a Monseigneur de Louvoy sur les fortiffications de Pignerol et Roussillon »
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Fortification et artillerie en Europe autour de 1500 : le temps des ruptures
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