L’artillerie napolitaine à la veille des guerres d’Italie : un inventaire méconnu de la deuxième moitié du XVe s
The Neapolitan artillery just before the Italian wars: an ignored inventory of the second half of the 15th century
p. 367-380
Résumés
La nouvelle attribution d’un album d’artillerie napolitain permet de jeter un œil neuf sur l’arsenal aragonais à la veille des guerres d’Italie, et sur la victoire française, parfois interprétée comme une conséquence de la supériorité balistique et bureaucratique de l’armée de Charles VIII. L’album de « portraits » de canons conservé aux Estampes de la Bibliothèque nationale de France n’avait jamais été correctement attribué ni daté, et demeurait par conséquent très peu étudié. Son exécution en 1474 par le peintre napolitain Giosué Cantelmo montre la précocité de l’organisation administrative de l’armée napolitaine qui prend soin de dresser un inventaire visuel complet de son arsenal dès les années de paix de Ferdinand Ier (1458-1494), c’est-à-dire 25 ans avant les plus célèbres inventaires dessinés pour Philippe l’Ingénu ou pour l’empereur Maximilien. Ce manuscrit s’avère également être un témoin extraordinaire de bombardes que nous connaissions uniquement par leur description dans les archives, la célèbre « Napoletana » par exemple. Ainsi, loin d’être pris au dépourvu par la « descente » de Charles VIII, les Aragonais de Naples ont manifesté un intérêt constant pour leur préparation militaire, des fortifications à l’artillerie. La présence de cet inventaire dessiné de l’arsenal montre une force de feu qui semble néanmoins assez peu importante en comparaison d’arsenaux européens. Le manuscrit témoigne pourtant d’une entreprise de rationalisation de l’armée napolitaine, qui passe également par la création de la charge de « trésorier de l’armée », à l’instar de l’armée française contemporaine. Nous pouvons donc nous demander si la victoire de Charles VIII n’est pas avant tout la conséquence d’une nouvelle manière de conduire la guerre que celle d’une véritable supériorité technologique.
The new attribution of a Neapolitan artillery album allows us to take a fresh look at the Aragonese arsenal on the eve of the Italian wars and on the French victory, sometimes interpreted as a consequence of the ballistic and bureaucratic superiority of Charles VIII’s army. The so-called « portraits » of cannons album, preserved at the Estampes of the Bibliothèque Nationale de France had never been properly attributed or dated, and therefore had remained poorly studied. Its execution in 1474 by the Neapolitan painter Giuosué Cantelmo shows the precocity of the administrative organization of the Neapolitan army. It takes care of drawing up a complete visual inventory of the arsenal in the peace years of Ferdinand I (1458-1494), that is 25 years before the most famous inventories designed for Philip the Ingenue or for the Emperor Maximilian. This manuscript is also an extraordinary witness of bombards that we knew only by their description in the archives, the famous Napoletana for example. Thus, far from being caught unprepared by the arrival of Charles VIII, the Aragonese of Naples showed a constant interest in their military preparation, including fortifications and artillery. This inventory of their arsenal in the shape of drawings shows a firepower that nevertheless seems rather small as compared to other European arsenals. The manuscript, however, is a testimony of the rationalization of the Neapolitan army, which also includes the creation of a « treasurer of the army » position, a similar move undertaken by the contemporary French army. We can therefore ask ourselves whether the victory of Charles VIII is not, above all, more the consequence of a new way of conducting war than a true technological superiority.
Texte intégral
Fig. 1 : Castelnuovo à Naples, remanié par Alphonse V et Ferdinand Ier d’Aragon à partir de 1442.

1Le passage du XVe au XVIe s. est marqué en Europe par un conflit majeur, qui ouvre la longue période des Guerres d’Italie : la prise de Naples par Charles VIII en 14941. Campagne éclair, cette « descente » du roi de France a paralysé les Italiens, en particulier le roi de Naples Alphonse II qui abdique en faveur de son jeune fils Ferdinand II. La puissance de l’armée française était-elle due à sa supériorité dans l’artillerie ou résidait-elle dans d’autres facteurs ? L’analyse d’un inventaire de l’artillerie napolitaine à la veille des Guerres d’Italie permet de reposer la question.
2Les Aragon étaient implantés depuis moins de cinquante ans dans le royaume napolitain. En 1442, après sept ans de lutte contre René d’Anjou, Alphonse V roi d’Aragon s’empare du Royaume de Naples et assoit ainsi son pouvoir sur les deux rives de la Méditerranée. A sa mort, en 1458, les possessions italiennes reviennent à son fils illégitime Ferdinand Ier qui règne jusqu’en 1494. La dynastie sera évincée en 1501 après plusieurs années de lutte, à la fois contre les rois de France, et contre leur cousin Ferdinand le Catholique qui s’emparera finalement de la couronne. La descente éclair de Charles VIII en 1494, qui pousse Alphonse II à l’abdication, a souvent été attribuée à la supériorité de l’artillerie française2. A part quelques brèves descriptions, nous n’avions pas jusqu’à présent de connaissances réelles de l’artillerie napolitaine, en l’absence de toute pièce qui nous soit parvenue. Il était donc difficile de comparer l’artillerie napolitaine à l’artillerie française. Un manuscrit méconnu se révèle particulièrement précieux. Il constitue un inventaire inédit de l’artillerie napolitaine, dans les années 1470, soit un quart de siècle avant les célèbres « Kriegsbuch » et « Zeugbuch » du nord de l’Europe3. Un des enjeux de l’étude de ce manuscrit réside dans la comparaison des deux artilleries en présence au commencement des guerres d’Italie. Afin de mieux cerner la situation militaire du royaume de Naples à la fin du XVe s., un point sur son artillerie, ses fortifications, son maître de l’Artillerie est nécessaire, avant d’aborder l’étude proprement dite du manuscrit en question.
Fig. 2 : Muraille aragonaise de Naples construite à partir de 1484, tiré de C. Rusciano, Napoli, 1484-1501. La città e le mura aragonesi, Rome, 2002.

I. Fortification et artillerie dans la Naples aragonaise
3La défense du royaume de Naples et de sa capitale éponyme a toujours été une préoccupation majeure pour les souverains aragonais. Dès son installation définitive à Naples, après vingt ans de lutte intermittente, Alphonse V reconstruit et fortifie la résidence royale et transfère le siège du gouvernement du Castel Capuano au Castelnuovo face à la mer4 (fig. 1). La fortification de ce château s’adapte à l’évolution de l’artillerie tout au long du siècle : tours massives dans les années 1450, puis parapet en haut des douves pour y placer les canons défensifs dans les années 1460, enfin, flanquements dans le fossé dans les années 1480-905.
4Un artiste et ingénieur a une importance particulière pour la défense du royaume. Le Siennois Francesco di Giorgio Martini arrive dans le royaume à la demande d’Alphonse, duc de Calabre, l’héritier qui avait noué de forts contacts avec la ville de Sienne dès les années 1470. Durant la Guerre de Naples contre les Florentins, Francesco di Giorgio Martini conseille les troupes dirigées par le duc de Calabre. Il exécute même une peinture perdue de la victoire de Poggio Imperiale6. L’invasion des Turcs à Otrante en 1480 décide le duc de Calabre à renforcer les fortifications côtières de son royaume. Dans ce but, il réalise un voyage en Calabre avec Giorgio Martini. L’artiste est également mis à contribution pour la reconstruction des murailles de la ville – dont il a certainement fourni le plan d’ensemble – et le réaménagement de l’aqueduc principal de la ville (fig. 2). Vers 1495, il rédige un Libro de architectura et un Libro de artigliaria7 pour Alphonse de Calabre. Il jouera encore un rôle de maître artilleur et de conseiller en fortifications en 1495 au moment de l’invasion française lorsqu’il conseillera de détruire deux tours du château Saint Elme, sûrement pour y construire des bastions8.
5En ce qui concerne la conception et la fonte des pièces d’artillerie, les plus grands artistes sont mis à contribution. Ainsi, dès son arrivée à la cour en 1448, Pisanello est chargé d’une multitude de tâches, dont notamment le dessin de bombardes (fig. 3). Il en fait de nombreuses études, précises et fonctionnelles9. Il dessine des pièces très travaillées, avec les emblèmes, l’héraldique et les ornements que nous retrouverons dans le manuscrit qui nous intéresse. On constate donc qu’en ce qui concerne les fortifications et l’artillerie, les Aragon de Naples n’étaient pas dépourvus d’arguments au moment de la venue de Charles VIII. Un personnage en particulier a joué un rôle fondamental tout au long du XVe s., Guglielmo Monaco, ou plutôt Guillaume Le Moine en raison de sa probable origine française.
II. Guillaume le moine (Guglielmo Monaco)
6Il s’agit d’une figure centrale pour les Aragon de Naples10. Guglielmo arrive en 1451, du royaume de France puis de la cour des Sforza où il était l’horloger en chef, et premier artiste à être nommé « familier » à la cour milanaise. D’origine noble, il touche d’emblée 400 ducats de rente (comme Pisanello) pour ses travaux d’horloger et d’ingénieur. La maîtrise de la fonte du bronze explique également son métier de fondeur d’artillerie et d’artilleur dès 1453, et la bombarde figure en bonne place aux pieds de son arbre généalogique.
7Il dirige les bombardements lors de la guerre de succession de Ferdinand d’Aragon (1458-1465) figurée dans la porte en bronze du Castelnuovo. Il en revendique la paternité dans un médaillon, seul autoportrait signé de la Naples Aragonaise. Pourtant, s’il a certainement fondu les panneaux de bronze, il semble difficile de croire qu’il a mis en scène les histoires qui y sont relatées. Le Maître de l’Artillerie insère également un autre portrait de lui-même, mais en pleine action lors de la prise d’Accadia (fig. 4). Selon Giovanni Pontano, c’est bien le tir de bombarde détruisant la porte d’entrée de la ville qui a permis de prendre la cité rebelle. Il occupe alors une place importante à la cour, comme « chevalier gouverneur de l’artillerie ». Si aujourd’hui Guglielmo Monaco est une figure oubliée, c’est qu’après sa mort en 1489, il fait l’objet d’une damnatio memoriae radicale. Les conflits financiers avec l’humaniste Jacques Sannazare, gardien de la mémoire de la dynastie après la disparition des Aragon de Naples, entraîne sa condamnation à peine voilée dans l’Arcadie, dans une revanche posthume particulièrement efficace.
8On constate donc que les préoccupations des rois napolitains pour entretenir et améliorer leurs fortifications et leur artillerie ne sont pas négligeables. Grâce au manuscrit de la Bibliothèque nationale de France, il est désormais possible d’avoir une idée de l’état réel de l’artillerie dans les années 1470.
III. Le manuscrit de la bibliothèque nationale de France, Estampes, id 65 pet. fol.
9Ce manuscrit sur papier de grand format (40 x 28 cm) contient de très nombreux dessins de canons sur 94 fol. Beaucoup de folios vierges à la fin de l’ouvrage indiquent son statut d’instrument de travail et de comptabilité. La conservation et l’entretien des bombardes à Naples avaient lieu dans différents endroits, aussi bien dans l’Arsenal aménagé depuis Alphonse V, que dans le Castelnuovo lui-même. Dès la prise du royaume par Alphonse V en 1442, l’artillerie est conservée au sein même du Castelnuovo11. Il existe d’ailleurs un conservateur des artilleries. Guigliemo Puiades occupe ce poste en 1453 et réceptionne, le 20 octobre, une grande quantité d’armes et de pièces d’artillerie de différentes tailles12. La même année, Alphonse V achète 60 000 pierres travaillées pour les bombardes des trois navires royaux. Une étape fondamentale est vraisemblablement franchie lorsqu’un four est spécialement construit pour fondre les bombardes destinées au Castelnuovo dans la grotte de Santa Maria Cappella près de Pizzofalcone13. A partir de 1466, c’est-à-dire après la victoire définitive de Ferdinand d’Aragon sur Jean d’Anjou, les pièces d’artillerie du Castelnuovo et celles de l’arsenal sont acheminées vers un « lieu de la ville nouvellement destiné à les [bombardes] conserver », sans précision topographique14. Le manuscrit de la Bibliothèque nationale de France dresse ainsi l’inventaire de l’artillerie royale dans les années 1470.
Fig. 3 : Pisanello et atelier, Dessin de bombardes avec l’Alphonsina, Louvre, Département des arts graphiques, inv. 2293, v.1448-55.

Fig. 4 : Guglielmo Monaco, auteur du coup de bombarde décisif pour la prise de la ville d’Accadia, Naples, Castelnuovo, Porte en bronze, détail du panneau inférieur droit, v. 1470.

10Cet album de « portraits » de canons a bénéficié d’une attention très parcellaire. Napoléon III le cite en 1862, en y reconnaissant une origine italienne, en raison de la beauté des formes et des ornements15. Il le date des années 1450-1500 et dresse une classification des 135 pièces figurées, mais n’identifie pas l’héraldique. Il identifie quatre grosses bombardes, cinq canons à tortillon sur affûts, cinq canons sur affûts à roues, vingt-quatre couleuvrines sur chevalets, quarante-six arquebuses à croc et une bombarde en forme de mortier. Après cette analyse minutieuse, mais sans identification de sa provenance et de son contexte, le manuscrit attire peu l’attention. Dans un article de 1899, Enrico Rocchi le cite et en reproduit un canon, sans identifier l’origine napolitaine. Un siècle plus tard, en 1993, il est mentionné rapidement dans un catalogue consacré à Pisanello16.
11Il me semble que le manuscrit correspond à une mention d’archive de la royauté aragonaise17, un paiement, le 21 mai 1474, à « maître Giosué Cantelomo, peintre de 7 ducats et 7 grains et demi pour avoir dessiné et peint un livre de 67 pages de grand format avec 137 pièces de bombardes et sarbacanes qui sont dans l’artillerie royale »18. Un certain nombre d’indices permettent de lier cette mention d’archive au manuscrit conservé à la Bibliothèque nationale de France19. Certes, il compte 135 pièces et non 137, mais dans une telle litanie de canons identiques, il est très facile de se tromper dans le compte. Plus fondamentalement, le manuscrit a été remanié, des pages ont été ajoutées, voire enlevées ou découpées comme on peut le voir dans les dessins mutilés. Une inscription caractéristique de la bibliothèque aragonaise napolitaine se trouve à la fin du volume (fig. 5). Il s’agit de la cote du manuscrit « artillerie (bombarderie) avec les manuscrits en vernaculaire »20. Cet inventaire était donc conservé dans la bibliothèque royale parmi les ouvrages en italien. L’absence de texte suggère qu’il était accompagné d’un livret écrit.
12Outre ces éléments, les héraldiques et les emblèmes confirment la provenance napolitaine du manuscrit. Les bombardes les plus ornées, et donc les plus précieuses par leur singularité, se trouvent au début de l’inventaire. Pour Napoléon III, ces bombardes devant être les plus épaisses de l’arsenal, étaient certainement en alliage de cuivre et adaptées aux tirs de boulettes de pierre. Sur l’une (fig. 5), on trouve l’iconographie gothique du roi à cheval, typique du règne d’Alphonse V qui l’utilise dans ses Alfonsini d’or dont le prototype est mis en place par son orfèvre Guido d’Antonio (fig. 6).
Fig. 6 : Alfonsino d’or, BnF, Département des monnaies et médailles, 1442-1458.

13Le roi en armure porte la couronne surmontée de l’emblème valencien du « rat-penat », aussi appelé « drac alat », dragon ailé. Cette arme parlante (dragon / d’Aragon), utilisée par la maison d’Aragon depuis Pierre le Cérémonieux, est liée aux prophéties apocalyptiques que la dynastie s’approprie à la suite de Frédéric II Hohenstauffen. Dans ces écrits messianiques, le dragon aux ailes de chauve-souris symbolise la bête qui en détruisant les moustiques (interprétés comme les Sarrasins puis les Turcs) imposera son empire universel. Il s’agit bien sûr d’images propres à pousser Alphonse V à la croisade. Sur une autre bombarde, on distingue clairement l’écu d’Aragon-Naples-Jérusalem. Il est accompagné de l’emblème du Siège Ardent, encore appelé Siège Périlleux. Issu de la matière de Bretagne, l’emblème évoque bien entendu le siège de Galaad, le plus valeureux des chevaliers, qui sera seul autorisé à s’y asseoir à la table ronde. Les autres prétendants à ce siège sont soit engloutis soit, dans deux rares cas, brûlés vifs. Adopté dès les années 1420 par Alphonse V en Espagne, cet emblème fournit également le nom au campement royal lors de la guerre contre René d’Anjou (1435-1442). J’ai proposé de voir une double ascendance dans cette iconographie : d’abord l’influence de l’iconographie de la matière de Bretagne par l’intermédiaire de la cour du duc de Berry21 ; d’un autre côté, la fixation de sa morphologie particulière à la cour de Naples – un trône en bois enflammé par l’intermédiaire du corpus du peintre de cour Simone Martini, qui en emploie le motif dans la basilique inférieure d’Assises, avant son séjour à Naples. Cela ne permet pas pour autant de ramener cette bombarde à l’époque d’Alphonse V car l’emblème est repris par ses descendants, d’autant que l’emblème adjacent, le Mont de Diamants, est forgé par son fils Ferdinand d’Aragon. Le Mont de Diamants désigne le royaume de Naples, avidement convoité par les barons rebelles au roi22.
Fig. 5 : Giosué Cantelmo, Bombarde avec l’héraldique et les emblèmes des Aragon de Naples, Inventaire de l’arsenal napolitain, BnF, Département des Estampes, id. 65 pet. fol, 1474, fol. 7 v. Giosué Cantelmo.

Fig. 7 : Giosué Cantelmo, bombarde La Napoletana, Inventaire de l’arsenal napolitain, BnF, Département des Estampes, id. 65 pet. fol, 1474, fol. 6 v.

Fig. 8 : Giosué Cantelmo, Bombarde avec l’héraldique du duc de Calabre, Inventaire de l’arsenal napolitain, BnF, Département des Estampes, id. 65 pet. fol, 1474, fol. 18v.

14D’autres emblèmes ornent les bombardes suivantes (fig. 7). La gerbe de Millet qui dérive de la tradition chevaleresque, précisément du roman de Joannot Martorell, Tirant le Blanc, écrit à la cour de Naples dans les années 1450. Il y narre les faits du chevalier qui convertit la « Berbérie » avant d’atteindre le trône de Constantinople. Le Millet est l’emblème porté par Tirant afin de symboliser un chef militaire chrétien pouvant résister seul à mille maures, avec la devise « una vale mill y mill no valen una », jouant sur la proximité des termes « mille » et « millet ». Ce symbole prophylactique et apotropaïque d’incorruptibilité tient son origine de l’iconographie romaine des jeux du cirque23. L’emblème du Nœud de Salomon symbolise quant à lui la grande sagesse royale. Il se réfère aussi bien au roi juste de l’Ancien Testament ayant su démêler les affaires humaines par sa prescience des affaires célestes qu’au nœud gordien qu’Alexandre le Grand tranche sur le timon du char du roi Midas, confirmant ainsi sa prédestination à la conquête de l’Asie. L’emblème du Livre Ouvert, inventé par Alphonse V, est repris par ses descendants. Il glorifie l’amour du roi pour les lettres. Pour l’humaniste Antonio Beccadelli, dit Panormita, l’emblème sans devise se réfère à la célèbre maxime « un roi illettré est un âne couronné » tiré du Polycraticus de Jean de Salisbury. Sous les emblèmes apparaît un buste à l’antique en médaillon. Ici, il ne s’agit pas d’un emblème de la maison d’Aragon de Naples, mais bien de l’évocation d’une figure antique, vraisemblablement un portrait d’empereur tiré d’une pièce de monnaie antique que le roi Alphonse collectionnait avec constance et enthousiasme24.
15L’étude des emblèmes permet aussi de mettre un nom sur certaines pièces fameuses de l’arsenal napolitain dont nous avons des descriptions précises. Nous n’avions pas encore d’images de ces pièces perdues, en particulier de la célèbre bombarde « la Napoletana ». Cette pièce colossale, fondue par Guglielmo Monaco25, était composée d’un canon d’un bloc unique, et d’une volée de deux blocs. Sur la volée, se trouvaient les armes d’Aragon-Naples-Jérusalem entourées des emblèmes du Siège Ardent et du Millet. Elle pesait 198 « cantari » (17 641,74456 kg) et 22 rouleaux (19,6019384 kg)26 (17 661,3464984 kg soit près de deux tonnes) et lançait des boulets de pierre. D’un prix de 7 773 ducats, elle fut apportée au Castelnuovo le 16 septembre 1455. En 1478, elle était toujours en activité puisqu’elle fut embarquée sur un navire à l’assaut de Gênes.
16Le recueil permet également de constater que l’artillerie napolitaine était composée de différents fonds. En effet, on retrouve sur certains canons l’héraldique du duc de Calabre, l’héritier du trône, qui faisait donc fondre ses propres bombardes (fig. 8), ainsi que des héraldiques nobiliaires sur des pièces acquises soit à un ennemi soit lors d’une victoire ou d’une confiscation. Une grande variété de pièces formait l’arsenal royal, de la couleuvrine au mortier, dont certaines montées sur des affûts mobiles (fig. 9-11). Les pièces fracturées, donc inutilisables, sont éga lement présentes dans le manuscrit, certainement dans un souci d’exhaustivité. On note la prévalence des petites pièces, dont certaines sont ornées d’une gueule de dragon, motif attesté aussi bien dans l’orbite ibérique que dans les manuscrits de Francesco di Giorgio Martini (fig. 12-13). Ces pièces mobiles pouvaient certainement être orientées verticalement et latéralement grâce à leurs affûts mobiles.
Fig. 9 : Giosué Cantelmo, Bombarde avec une héraldique non identifiée, Inventaire de l’arsenal napolitain, BnF, Département des Estampes, id. 65 pet. fol, 1474, fol. 5 v.

Fig. 10 : Giosué Cantelmo, Couleuvrine sur affût, Inventaire de l’arsenal napolitain, BnF, Département des Estampes, id. 65 pet. fol, 1474, fol. 49.

Fig. 11 : Giosué Cantelmo, Mortier, Inventaire de l’arsenal napolitain, BnF, Département des Estampes, id. 65 pet. fol, 1474, fol. 94.

Fig. 12 : Giosué Cantelmo, Couleuvrine à tête de dragon, Inventaire de l’arsenal napolitain, BnF, Département des Estampes, id. 65 pet. fol, 1474, fol. 38 v.

Fig. 13 : Maître Bartolomé, Canon de Saint-Jacques, Malagà, 1504-1512, Paris, Musée de l’armée, N 568.

17Comparé aux arsenaux européens, l’ensemble napolitain de 137 pièces ne semble pas très impressionnant. On compte par exemple près de 303 pièces dans le dépôt ducal du duc de Bourgogne dans les années 146027. Mais il faut ajouter à l’artillerie conservée au Castelnuovo l’ensemble de l’artillerie royale déployée sur le royaume, dont nous n’avons pas de compte exact. La rédaction d’un tel inventaire s’inscrit dans un vaste mouvement de rationalisation de l’armée napolitaine. A partir des années 1470, alors que Ferdinand Ier a remporté la victoire contre Jean d’Anjou, la royauté prend en main l’armée – chevalerie comme infanterie – afin de réduire les « condotte » et de marginaliser les forces armées nobiliaires28. La charge de « trésorier de l’armée », qui, selon Francesco Storti, n’existe à l’époque qu’en France, est la preuve manifeste d’une volonté de bureaucratisation des forces belliqueuses29.
18Le manuscrit napolitain s’inscrit dans une vaste entreprise de valorisation de l’arsenal napolitain. Vingt-cinq ans plus tard, la mode sera aux portraits de canons pour les inventaires d’artillerie, notamment dans le nord avec le Kriegsbuch de Philip Mönch (fig. 14) ou le Zeugbuch de Bartholomaus Freisleben (fig. 15), qui dresse l’inventaire des machines de guerre de l’empereur Maximilien. A ma connaissance, le manuscrit napolitain est donc l’exemple le plus précoce qui nous soit parvenu de cette mode.
Fig. 14 : Philipp Mönch, Kriegsbuch, Heidelberg, universitätsbibliothek, 1496, cod. Pal. Germ. 126, fol. 23 v.

Fig. 15 : Bartholomaüs Freisleben, Zeugbuch, 1495- 1500, fol. 278.

19Enfin, pour revenir à notre question de départ, comparer l’artillerie napolitaine et l’artillerie française au tout début des Guerres d’Italie, arrêtons-nous sur les images de la Cronaca Figurata Napoletana30. Le manuscrit napolitain, exécuté vers 1497, est le seul témoignage visuel de la prise du royaume de Naples par Charles VIII. On y voit l’artillerie mobile française, avec l’indication des « boulets de fer », qui a tant impressionné les Italiens. A première vue, il s’agit de pièces assez similaires aux cinq canons sur affût à roues de notre manuscrit. Il semble que l’armée de Charles VIII ait disposé de huit ou neuf canons lourds, quatre grosses couleuvrines et d’une quarantaine de petits faucons et serpentins31. Lors de la bataille pour l’artillerie dans les jardins du Castelnuovo, l’armée napolitaine s’empare de canons français (fig. 16). Le premier semble assez similaire aux canons napolitains (fig.17), tandis que le second, un canon-colonne, s’inscrit dans une typologie connue32 même si elle n’apparaît pas dans l’inventaire napolitain (fig. 18). Il ne semble pas si sûr que la victoire française soit réellement due à une supériorité technologique, mais bien plutôt à une nouvelle manière de conduire la guerre en assumant la cruauté de l’armée et en assurant la rapidité des mouvements de troupe33.
Fig. 16 : La bataille pour l’artillerie dans les jardins du Castelnuovo, Cronaca figurata napoletana, Pierpont Morgan Library, v. 1497, fol.122 r.

Fig. 17 : Giosué Cantelmo, Bombarde avec attaches pour affûts, Inventaire de l’arsenal napolitain, BnF, département des Estampes, id. 65 pet. fol, 1474, fol. 90 v.

Fig. 18 : Albrecht Dürer, Projet de colonne commémorative d’un triomphe militaire, tiré de Unterweisung der Messung (Instructions sur l’art de mesurer), 1525, fol. 100, jamais réalisé.

Bibliographie
Bibliographie
ABBAMONTE (Giancarlo), BARRETO (Joana), D’URSO (Teresa), SENATORE (Francesco) et PERRICCIOLI-SAGGESE (Alessandra) (éd.), La battaglia nel Rinascimento meridionale tra parole e immagini, Rome, Viella, 2011.
ABULAFIA (David) (éd.), The French Descent into Renaissance Italy, 1494-95 : Antecedents and Effects, Adelshot, Hampshire, 1995.
ARNOLD (Thomas F.), Atlas des guerres à la Renaissance, traduit de l’anglais par S. Marty, Editions Autrement, Paris, 2002.
BARONE (Nicolas), « Le cedole di tesoreria dell’Archivio di Stato di Napoli dall’anno 1460 al 1504, Archivio Storico per le Province Napoletane, 1884, anno IX, p. 5-34, 205-248, 387-429, 601-637.
BARONE (Nicolas), Notizie storiche dai registri curiae della cancelleria aragonese, Naples, Giannini, 1890.
BARRETO (Joana), « Artisan ou artiste entre France et Italie ? Le cas de Guglielmo Monaco (Guillaume le Moine) à la cour de Naples au XVe siècle », Laboratoire italien : Politique et Société, no 11, 2011, [en ligne]
BARRETO (Joana), « La matrice valenciana della politica artistica alfonsina », F. Delle Donne et J. Torro Torrent, L’immagine di Alfonso il Magnanimo tra letteratura e storia, tra corona d’Aragona e Italia, Sismel-edizioni del Galluzzo, 2016, p. 125-138.
BARRETO (Joana), « Le miroir exemplaire brisé : la première guerre d’Italie dans la Cronaca napoletana figurata de Ferraiolo », G. Abbamonte, J. Barreto, T. D’Urso, F. Senatore et A. Perriccioli-Saggese, La battaglia nel Rinascimento meridionale tra parole e immagini, Rome, Viella, 2011.
BARRETO (Joana), La Majesté en images. Portraits du pouvoir sous les Aragon de Naples, École Française de Rome, collection Histoire, Archéologie, Sciences Sociales, Rome, 2013.
CONTAMINE (Philippe), « L’artillerie royale française à la veille des guerres d’Italie », Annales de Bretagne, 71, 1964, p. 221-261.
CORDELLIER (Dominique) (éd.), Pisanello, le peintre aux sept vertus, catalogue d’exposition, Musée du Louvre, 6 mai-5 août 1996, RMN, Paris, 1996.
DE FREDE (Carlo), Il Castelnuovo e le sue artiglierie, Ibidem, Nella Napoli aragonese, Naples, 2000.
DEMARINIS, (Tammaro), La Biblioteca Napoletana dei Re d’Aragona, Hoepli, vol. 1, Milan, 1952.
FERRAIOLO, Cronaca napoletana figurata, Riccardo Filangieri (éd.), L’arte Tipografica, Naples, 1956.
FERRAIOLO, Cronaca napoletana figurata, R. Coluccia (éd.), Accademia della Crusca, Florence, 1987.
FILANGIERI (Gaetano), Documenti per la storia, le arti e le industrie delle Provincie napolitane, tip. dell’Accademia Reale delle Scienze, Naples, 1883-1891, 6 vol.
FILANGIERI (Riccardo), Castel Nuovo, Reggia angioina ed aragonese di Napoli, Editrice Politecnica, Naples, 1934.
GRABAR, (André), Les voies de la création en iconographie chrétienne. Antiquité et Moyen Age, Flammarion, Paris, 1994.
HERMANT (Maxence), « Les traités d’ingénieurs italiens et leur diffusion en France (1450-1520) » A. Leduc, S. Leluc et O. Renaudeau (dir.), In catalogue d’exposition, Musée de l’armée, Paris, 7 octobre 2015-24 janvier 2016, D’Azincourt à Marignan 1415-1515. Chevaliers et bombardes, Gallimard, 2015, Paris, p. 70-76.
MALGOUYRES (Philippe), « Colonnes et canons. Décors, usages et symboles », O. Medvekovka et E. D’Orgeix, Architectures de guerre et de paix. Du modèle militaire antique à l’architecture civile moderne, Mardaga, Bruxelles, 2013, p. 167-194.
MARTORANO (Francesca), « In Calabria sulle tracce di Francesco di Giorgio », Francesco di Giorgio Martini : rocche, città, paesaggi : Atti del convegno nazionale di studio, Siena, 30 – 31 maggio 2002, Kappa, Rome, 2004.
MOLINA I FIGUERAS (Joan), « Un trono in fiamme per il re. La metamorfosi cavalleresca di Alfonso il Magnanimo », Rassegna storica salernitana, 56 (2011), 2011, p. 11-44.
NAPOLEON III, Etudes sur le passé et l’avenir de l’artillerie, ouvrage continué à l’aide des notes de l’empereur par Favé, tome III « Histoire des progrès de l’artillerie », Librairie militaire, Paris, 1862.
SANUDO, (Marin), La spedizione di Carlo VIII in Italia racontata da Marin Sanudo, R. Fulin (éd.), Archivio Veneto, Marco Visentini, Venezia, 1873.
SCAGLIA (Gustina), « The Opera De Architettura of Francesco di Giorgio Martini for Alfonso Duke of Calabria », Napoli Nobilissima, 1976, p. 133-161.
STORTI (Francesco), L’esercito napoletano nella seconda metà del Quattrocento, Laveglia editore, Naples, 2007.
Notes de bas de page
1 Voir notamment Abulafia, 1995 et G. Abbamonte, J. Barreto, F. Senatore, T. D’Urso et A. Perriccioli-Saggese, 2011.
2 Nous avons une connaissance de l’artillerie française à la fois visuelle par le témoignage de la Cronaca Figurata (pour les images voir l’édition de Ferraiolo, 1956, et pour le texte Ferraiolo, 1987) et documentaire par les nombreuses études menées notamment par P. Contamine, en particulier Contamine, 1964, p. 221-261.
3 Philipp Mönch, Kriegsbuch, Heidelberg, Universitätsbibliothek, 1496, cod. Pal. Germ. 126 ; Bartolomaüs Freisleben, enluminures de Jörg Kölderer, Zeugbuch, 1495- 1500, Bibliothèque d’Etat de Bavière, Cod.icon. 222.
4 Pour les documents concernant les travaux du Castelnuovo, on peut consulter l’ouvrage daté mais utile de Filangieri, 1934.
5 Comme le synthétise Arnold, 2002, p. 37.
6 Sur l’activité théorique, pratique et artistique autour de la guerre et de Naples de Francesco di Giorgio Martini, je me permets de renvoyer à Barreto, 2013, p. 304-305.
7 Scaglia, 1976, p. 133-161. Il existe deux copies de ce traité à Sienne, Biblioteca comunale, S IV 4 et à la Biblioteca Nazionale Centrale di Firenze, codex Magliabechiano II 1 141 (première partie du manuscrit). G. Scaglia propose de voir dans le manuscrit de la collection Spencer (New York Public Library, ms 129, Spencer collection) l’autographe de l’Opera de architectura offert par Francesco di Giorgio au duc de Calabre lors de sa venue à Naples en 1488. Sur les fortifications calabraises, voir Martorano, 2004, p. 173 – 185.
8 Ferraiolo, 1956, p. 112 : « un messere Francisco, senese, tavolario della maietsà del sig. re et mastro ufficiente de adificie, in ditto anno 1495, a XIII de innaro, XIII indicione, la maiestà del sig. Re fece bottare in terra le doie turre che stevano sopre la porta dello castiello de sant’eramo ; quale fece bottare per lo ditto consiglio de messere Francisco, perché sua maiestà voleva fare uno castiello lo più bello che mai in Talia fosse ».
9 Pour une description précise et une bonne remise en contexte de ces dessins, voir les notices 293, 294, 295 de D. Cordellier, 1996, p. 420-423.
10 Pour une présentation détaillée de ce personnage, je me permets de renvoyer à Barreto, 2011, [en ligne].
11 Le 9 mars 1443, le châtelain Arnau Sanz place sur affût « 8 grosses bombardes de métal et de fer » venues de la barbacane du Castelnuovo. Le 15 mars 1443, une bombarde « mezzana » et la grosse bombarde du « general de Catalogne » ainsi que d’autres bombardes sont rapatriées au Castelnuovo. Le roi continue à commander des bombardes, notamment une en métal à l’artilleur Bartolomeo de Milan le 17 octobre 1450 et une à l’artilleur Giordani di Savoia le 27 septembre 1453. Voir Minieri-Riccio.
12 Il s’agit de 52 caisses de « passatori di martinetto », 185 caisses « de passatori de caravana », deux bombardes de fer dites serpentines, ainsi que deux bombardes de fer tirant l’une des pierres moyennes, l’autre des petites pierres, ainsi que 91 cuirasses, Minieri-Riccio, p. 425.
13 Le 14 novembre 1455, Alphonse paye 20 ducats aux frères de San Giovanni a Carbonara pour 4 000 briques qu’ils lui ont vendu afin de construire ce four dédié aux bombardes, Minieri-Riccio p. 440. Il s’agit de l’une des nombreuses grottes creusées dans le tuf du Mont Echia. Composée de deux voûtes, et située derrière l’église de Santa Maria delle Crocelle, la grotte fait à présent office de parking souterrain.
14 « Si sommistrano 21 ducati e due tari in tutto ai bombardieri per le fatiche sostenute nel trasportare le bombarde della corte, che erano dentro il tarsenale di Napoli, e quelle che stavano nel Castelnuovo, nella prigione del principe olim di Rossano, fino al luogo della città nuovamente destinato a conservarle », fol. 107 dans Barone, 1884, anno IX, p. 5-34 à p. 32. Les résumés d’actes de chancellerie réalisés au XIXe s. par Nicola Barone et d’autres sont bien souvent les seules traces de ces archives aujourd’hui disparues.
15 Napoléon III, 1862, p. 169-172 pense aux armoiries des ducs de Lorraine, ce qui semble assez logique car cette dernière dérivait de celles de René d’Anjou, et intégrait donc une partie des armoiries napolitaines que le roi René continua à porter même après sa défaite contre Alphonse V d’Aragon en 1442.
16 Je l’évoque enfin dans l’article consacré à Guglielmo Monaco en 2011, avant qu’il soit cité dans l’article de Maxence Hermant pour le catalogue de l’exposition « Chevaliers et bombardes » du musée de l’armée avec une mention du caractère « inédit » de ce manuscrit qui ignore donc les études précédentes.
17 Bien que près de 95 % des archives aragonaises aient été brûlées par l’armée allemande avant sa retraite en 1943, certains contenus des comptes de la chancellerie avaient été décrits au XIXe s., notamment dans Barone, 1890.
18 Filangieri, 1891 : Le 28 mars 1474, le peintre reçoit 6 ducats pour certaines peintures faites pour sépulcre à construire au Castelnuovo, et le 21 mai 1474, il est payé pour les dessins de l’inventaire de l’artillerie royale.
19 De nombreux filigranes sont visibles, mais ils sont difficilement rattachables à des exemples cités par Briquet, contrairement à ce qu’affirme Maxence Hermant.
20 « Pomardaria ali vurgale ». Cette inscription, notée par Napoléon III comme étant incompréhensible, est mentionnée par M. Hermant qui n’en comprend pas la signification. Je remercie chaleureusement Laurent Vissière pour son aide dans sa transcription.
21 Sur cette iconographie, voir Molina i Figueras, 2011, p. 11-44 et Barreto, 2016, p. 125-138.
22 Grâce à un poème de Joan de Tapia dédié à Ferdinand Ier d’Aragon, T. De Marinis associe le roi à la devise du Mont de diamants. Le poème se réfère aux révoltes des barons de 1464 et 1485 : « a la devisa del señor rey don Fernando Johan de Tapia » « Montaña de diamantes / Que por vos ser defendida, / amadores / reys, principes, infantes / por ti perderan la vida / con dolores / Fija de las invaciones / secretes et peli- groses / trabajadas, / tenias con tus perdones / las provin- cias generosas / sojugadas / Devisa, que los metales / posa la tua forteleza / et gran valia : / pocos te fueron leales, / mostrando la sua vileza / et tirania / ULTIMA O lealtad fallescida / contra al monte generoso / consogrado ! / o patria desconoscida / do tienen al virtuoso / parrerado », DE MARINIS, T., 1952, p. 133 et Barreto, 2013, p. 167 et 226.
23 Grabar, 1994, p. 36.
24 Alphonse V initie la collection de monnaies antiques dans un grand médaillier en ivoire pour longuement les contempler. Le coffret est ainsi décrit par Marin Sanudo : « un répertoire fait avec un grand art, avec 430 petites cassettes l’une sur l’autre […] travaillées à l’or, faites pour des médailles et des camées, qui étaient en grande quantité » (je traduis), Sanudo, 1873, p. 240. Sur le parallèle entre Alphonse V et Jules César, voir notamment Barreto, 2013, chap. 2.
25 De Frede, 2000, p. 19.
26 Le cantaro napolitain est composé de 100 rotoli qui équivalent à 89, 09972 kilogrammes.
27 Je remercie vivement Emmanuel de Crouy-Chanel pour cette indication.
28 Sur cette réforme de la chevalerie et l’infanterie napolitaine et leur organisation, voir Storti, 2007.
29 Storti, 2007, p. 175.
30 J’ai analysé l’ensemble de ces images, avec un point de vue différent, dans Barreto, 2011, p. 363-376.
31 Arnold, p. 1444.
32 Voir l’analyse éclairante de Malgouyres, 2013 sur les liens entre canons et colonnes à l’époque moderne.
33 Si on peut nuancer la réalité de cette « brutalisation » de la guerre, il est indéniable qu’elle est néanmoins perçue comme telle par les contemporains, voir Jean-Louis Fournel « La « brutalisation » de la guerre. Des guerres d’Italie aux guerres de Religion » dans Astérion. Philosophie, histoire des idées, pensée politique, 2/2004 ‘Barbarisation et humanisation de la guerre’, [En ligne], 2 | 2004, mis en ligne le 05 avril 2005, consulté le 11 avril 2016. URL : http://asterion.revues.org/100.
Auteur
-
Joana Barreto
Université Lumière Lyon 2
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
D’un regnum à l’autre. La Lotharingie, un espace de l’entre-deux ?
Tristan Martine et Jessika Nowak (dir.)
2021
Le geste et la trace
Actes du deuxième colloque international - 19, 20 et 21 juin 2013 - Grand Salon de l’Hôtel de ville de Nancy - Place Stanislas
Francis Janot, Denis Morin et Gérard Giuliato (dir.)
2015
Fortification et artillerie en Europe autour de 1500 : le temps des ruptures
Actes du colloque international organisé les 11 et 12 décembre 2015 à Epinal et à Châtel-sur-Moselle
René Elter et Nicolas Faucherre (dir.)
2018
Le "Château des Armoises" à Richardménil (XIVe-XVIIe siècle)
Archéologie d’une maison forte lorraine
Gérard Giuliato (dir.)
2007
L’Austrasie
Sociétés, économies, territoires, christianisation
Jacques Guillaume et Édith Peytremann (dir.)
2009
La nécropole médiévale du Mont Saint-Germain (VIe-XVe siècle) à Châtel-Saint-Germain (Moselle)
Jacques Guillaume et Claude Lefebvre (dir.)
2011
Le Château de l’Avant-Garde à Pompey (tome 1)
Céramiques et Verres du Moyen Âge et de la Renaissance
Gérard Giuliato (dir.)
2010
