URL originale : https://books.openedition.org/edul/1712
Châteaux et armes à feu en Franche-Comté. Des transformations en trompe l’œil ?
Castles and guns in Franche-Comté. Transformations into trompe l’œil?
Jean-Jacques Schwien et Maxime Messner
p. 271-303
Résumés
Des prospections et fouilles depuis plusieurs années en Franche-Comté ont permis de documenter de nombreuses ruines et des sites encore habités, dont les éléments visibles datent des XIIIe-XVIIe siècles. A côté de lieux transformés en forteresses, comme Joux ou Belfort, beaucoup d’entre eux témoignent d’une adaptation assez sommaire aux nouvelles armes. Le répertoire architectural correspondant est certes éclectique, avec de nombreux types de bouches à feu, des tours d’artillerie, des bastions, des fausses braies, etc. Mais rares sont les lieux qui semblent avoir disposé d’un programme global cohérent. Dans certains cas, les transformations restent inachevées, dans d’autres les nouvelles défenses sont incomplètes ou même opposées au côté de l’attaque. On a souvent l’impression que le paraître prime sur l’efficacité. Mais en même temps, on note que la plupart des sites, même modestes, se plient aux nouvelles modes. Comment interpréter le phénomène ? Il est difficile d’y répondre en l’absence de chronologies fiables pour l’essentiel. Il est certain en tout cas que l’effort réel ou symbolique pour répondre à l’évolution du canon est ici comme ailleurs conséquent dans un premier temps puis abandonné au plus tard à la fin du XVIe s., au contraire des villes et forteresses princières ou royales.
Prospections and excavations for several years in Franche-Comté have documented many ruins and still inhabited sites, whose visible elements date from the 13th-17th centuries. Alongside places transformed into fortresses, like Joux or Belfort, many of them testify to a rather summary adaptation to the new weapons. The corresponding architectural repertoire is certainly eclectic, with many types of firearms, artillery towers, bastions, false braces, etc. But few places seem to have had a coherent program. In some cases the transformations remain unfinished, in others the new defences are incomplete or even opposed to the side of the attack. There is often a perception that appearances take precedence over efficiency. But at the same time, it is noted that most sites, even modest, comply with the new trends. How to interpret this phenomenon? It is difficult to answer in the absence of reliable chronologies for the most part. In any case, it is certain that the real or symbolic effort to respond to the cannon evolution is here, as elsewhere, important in the first place and then abandoned at the end of the sixteenth century, unlike the princely or royal towns and fortresses.
Texte intégral
1On sait depuis longtemps que la naissance et le développement des armes à feu a radicalement modifié l’art de la guerre à la fin du Moyen Âge. Le canon, inventé au XIVe s., s’impose sur le champ de bataille à partir du début du XVIe s., mais il faudra attendre encore près d’un demi-siècle pour voir se généraliser le système bastionné, la forme idéale rétablissant l’équilibre en faveur de la défense et qui va être la norme jusqu’au XIXe s. Au cours de ces deux siècles, cette évolution, que l’on peut comparer à ce que nous vivons aujourd’hui dans le domaine de l’informatique, s’est traduite par une sorte de course-poursuite entre inventeurs et usagers : les ingénieurs ont sans cesse élaboré de nouvelles armes et structures offensives/défensives obligeant les utilisateurs à investir en parallèle pour adapter leurs fortifications et renouveler leurs arsenaux. Au bout du compte, la puissance de feu s’est concentrée dans les mains des plus puissants, de ceux qui avaient les moyens d’investir dans la recherche et leur application, en l’occurrence les Etats, au détriment de la noblesse féodale et des bourgeoisies urbaines.
2La fin du Moyen Âge apparaît ainsi comme une période d’intenses recherches dont les étapes et modalités ont déjà été bien cernées au travers des écrits des théoriciens (comme les italiens) et des grands chantiers royaux ou ducaux (Dijon, Salses, Ham…) où sont élaborées une multitude de nouvelles formes défensives (boulevards, tours d’artillerie, citadelles, barbacanes…). En revanche, la ou les réponses des fortifications plus modestes comme celles des bourgs ou de la petite et moyenne noblesse à cette pression des armes à feu n’a encore été que peu abordée. Nous nous proposons donc ici de lever un coin du voile à partir d’une étude régionale et portant sur le seul réseau castral.
3Nous menons en effet des recherches sur ce réseau en Franche-Comté depuis de nombreuses années1. Ces recherches ont d’abord permis de réaliser un inventaire, on pense exhaustif, de tous les châteaux médiévaux, soit 900 sites environ, dont 200 vestiges en terre et 150 édifices conservés en pierre. La documentation à la base de cet inventaire cumule les prospections de terrain et les mentions de sources écrites publiées, de cartes et plans anciens, etc. Soixante-dix châteaux, avant tout dans le département du Jura, ont fait l’objet de relevés avec description détaillée2. Une vingtaine de sites, enfin, a été explorée de façon plus ou moins détaillée au cours de fouilles, cinq opérations étant encore en cours3. Il manque malheureusement dans cette région une exploitation systématique des sources écrites inédites, ce qui laisse dans l’ombre le contexte social et politique de ces châteaux ; le caractère encore inégal des analyses de terrain ne permet pas non plus une évaluation sérieuse de la chronologie des vestiges conservés4.
4Mais au total, nous disposons tout de même d’une masse critique d’informations, pointant un ensemble conséquent de vestiges, dont beaucoup appartiennent à la petite et moyenne noblesse de la fin du Moyen Âge et des débuts de l’époque moderne et dont beaucoup sont encore habités aujourd’hui. Nous en présenterons les éléments principaux en deux volets, une typologie des transformations aux armes à feu à l’aide de quelques exemples pertinents et une typologie régionale des bouches à feu5.
I. Typologie des adaptations des sites castraux à l’essor des armes à feu (JJS)
5Sur les 150 édifices en pierre conservés, une quarantaine présente des traces claires de construction ou de réaménagement entre 1400 et 1600, ce qui permet de proposer une typologie des sites (fig. 1). Nous laisserons de côté délibérément les forteresses qui, comme Joux ou Belfort, appartiennent à la catégorie des châteaux réinvestis par la royauté française à partir de la conquête de la région au XVIIe s. pour rester au cœur de notre problématique6.
Fig. 1 : Carte des châteaux de la région, distinguant l’ensemble des sites inventoriés, les édifices en pierre et ceux adaptés aux armes à feu

(DAO : © J.-J. Schwien-M. Messner).
I.1. Les programmes neufs
6Cette première série concerne des châteaux construits (ou reconstruits mais sans traces anciennes) après 1400. Nous en avons dénombré une demi-douzaine à l’échelle de la région, dont deux ont été particulièrement étudiés7.
Verges (39)
7Ce château est construit vers 1560, en bordure d’un village de plateau pour remplacer le site éponyme de la famille dont la localisation est inconnue (fig. 2). Encore habité, avec des murs enduits, son analyse ne peut être que partielle. L’étude a été menée à la fois dans le cadre de notre inventaire mais aussi en liaison avec le dégagement d’une partie du fossé par son propriétaire8. De forme quadrangulaire, il était flanqué de quatre tours circulaires et protégé par un fossé sec. Une partie du logis ayant brûlé au XVIIIe s., il n’en subsiste que deux tours et un bâtiment en L, équipé d’une chapelle avec oriel saillant en façade. L’une des tours, arasée, a été redécouverte lors des travaux récents. Ce logis, enfin, est enclos par un mur inégalement conservé mais signalant sans aucun doute une basse cour avec porterie côté village (et église) et communs (dont d’anciennes écuries).
8Dans son état actuel, l’ensemble présente 47 ouvertures de tir. Les deux tours conservées en comprennent quatre à chacun des quatre niveaux, y compris la cave (flanquant le fossé). Ces bouches à feu sont à la fois des canonnières à évasement externe sur l’une des tours et des trous circulaires (8 cm), à croix tréflées et à ailettes à ras du parement extérieur sur l’autre (fig. 3). La fouille de la tour détruite a livré une pièce voûtée d’arêtes ouvrant sur quatre niches à ébrasement mais également une fenêtre de ventilation donnant sur le fossé et deux placards ménagés dans la maçonnerie. Deux des bouches à feu présentent un système d’obturation à rotule, dont l’une entièrement conservée. La fouille du fossé en a d’ailleurs livré une autre (provenant sans doute de la tour démolie) ; comme deux ouvertures au dernier étage de la tour sud-est conservent de telles traces également, cela porte à cinq exemplaires un système pour l’instant unique dans la région (fig. 4).
9Les autres bouches à feu se répartissent entre les côtés de l’oriel de la chapelle (niches ou embrasures visibles à l’intérieur) et les deux tours conservées du mur de la basse cour. Celles-ci sont voûtées avec des ouvertures de type différent sur deux niveaux (en partie des fentes verticales chanfreinées, en partie des ouvertures circulaires à ras du parement externe).
10L’ensemble donne l’impression d’un programme de construction incluant de façon systématique une défense étagée et flanquante au niveau des tours, sur les étages et le fossé.
Vallerois-le-Bois (70)
11Le site est sans doute d’origine médiévale mais ses vestiges les plus anciens actuellement visibles ne paraissent pas remonter au-delà du début du XVe s., soit les éléments de trois salles d’un logis, en périphérie du village et dominant l’église paroissiale. Mais c’est au XVIe s., à partir de 1510 environ, qu’il acquiert la volumétrie qui est encore en grande partie la sienne aujourd’hui, soit un logis quadrangulaire prolongé de communs flanqués de diverses tours carrées donnant sur une cour protégée par une enceinte, accessible par une belle porterie à double entrée (cochère et piétonne). Les vicissitudes de l’époque contemporaine ont défiguré le côté cour et ses abords mais préservé le reste (fig. 5). Racheté en 1992 par son actuel propriétaire, il fait depuis l’objet de travaux de rénovation majeurs, tous accompagnés de recherches archéologiques conséquentes9. L’apport le plus intéressant de ces recherches est la confirmation de l’époque tardive de la construction du donjon ou tour maîtresse, flanquant l’angle sud-ouest du logis (fig. 6). Il s’agit d’une grande tour carrée de six niveaux et cave, équipée d’un mâchicoulis au 4e étage et de nombreuses portes d’accès. L’analyse du bâti montre une construction entièrement homogène datée vers 1603 selon l’inscription de sa belle cheminée conservée au rez-de-chaussée. Cet archaïsme se retrouve également dans la conception de la porterie avec son pont-levis à flèches dont la datation d’une Renaissance avancée est donnée par le décor d’un masque grimaçant ornant la face externe d’un orifice porte-voix aménagé dans le montant entre les portes cochères et piétonnes, complétant des moulures de pilier de même époque.
Fig. 2 : Plan général du château de Verges (39)

(DAO : © J.-J. Schwien-M. Messner, selon relevé S. Guyot, 2004).
Fig. 3 : Le château de Verges (39). Vue du logis

(Cliché : © G. Lambert).
Fig. 4 : Les archères à rotule du château de Verges (39), avec les éléments découverts dans les gravats du fossé et le système conservé de la tour d’angle nord-est

(Cliché : © J.-J. Schwien).
Fig. 5 : Plan général du château de Vallerois-le-Bois (70)

(DAO : © J.-J. Schwien-M. Messner, selon relevé S. Guyot, 2002).
12Le programme d’aménagement pour armes à feu est représenté de façon inégale. Côté village, en rebord de plateau, la tour d’angle a est équipée sur ses trois côtés de deux niveaux de bouches à feu à évasement conique profond. Une tourelle carrée au contact de la salle du logis (pièce d) est équipée de même : curieusement, ces ouvertures flanquent seulement le mur du logis, donnant de fait sur la saillie des autres tours proches, distantes de 3 m au plus (fig. 7) ; de façon générale, le rez-de-chaussée de ce côté-ci est éclairé d’ouvertures du XVIe s., certes équipées de barreaux, dont une grande fenêtre à croisée (logis-pièce a) incompatible avec une véritable notion de défense.
Fig. 6 : Le château de Vallerois-le-Bois (70). Vue de la face sud-ouest du donjon en 2009

(Cliché : © E. Alixant).
13Le donjon, quant à lui, outre le mâchicoulis et les fenêtres carrées du sommet, ne comporte que des archères-canonnières de petite taille sur son flanc ouest et l’angle immédiatement en retour, ce qu’on ne peut pas véritablement considérer comme une mise en défense cohérente ; une petite fente de tir, haute de 40 cm, existe également au rez-de-chaussée de l’angle opposé, mais elle est bien isolée pour servir efficacement.
14Le front Ouest, par ailleurs, côté porterie, dispose des mêmes archères-canonnières que le donjon, mais régulièrement réparties sur un niveau sur les parties conservées.
15Le fossé, enfin, partiellement fouillé côté nord est une excavation à fond plat peu profonde, d’un demi-mètre au plus.
16Il n’est pas facile de conclure sur le programme d’équipement à l’époque des armes à feu pour ce site, occupé en permanence jusqu’à nos jours, avec évidemment ses réaménagements possibles à des périodes récentes mais aussi avec la disparition de tout un côté du château. Mais de nombreux indices plaident pour une défense incohérente et peu efficace, comme le peu de profondeur du fossé, l’absence d’ouvertures de tir mais aussi la présence de grandes fenêtres en partie basse côté village et, enfin, le caractère incomplet de la défense du donjon.
Fig. 7 : Le château de Vallerois-le-Bois (70). Vue de la petite tour carrée en saillie du logis (pièce d), côté Est, en 2009

(Cliché : © J.-J. Schwien).
I.2. Les sites sans réaménagement
17Cette seconde série concerne les châteaux médiévaux occupés ou réaménagés à la fin du Moyen Âge et peu ou pas équipés d’armes à feu. Il n’est pas possible de chiffrer le phénomène sans étude sérieuse de chacun des sites potentiels. Nous proposons seulement deux cas à titre d’exemple.
Oricourt (70)
18De plan subcirculaire, flanqué d’une basse-cour quadrangulaire, ce château conserve sa courtine initiale (avec des traces de crénelage) et deux hautes tours carrées flanquantes, percées d’archères, dont l’une est la tour maîtresse, le tout protégé du côté du plateau par un large et profond fossé sec (fig. 8). Le logis est entièrement repris à la Renaissance avec en particulier un bâtiment en L, une chapelle voûtée en œuvre, le tout flanqué d’un escalier en vis et agrémenté d’une galerie à arcades sur la cour (fig. 9). L’une des ailes est prolongée par un bâtiment à arcades également au XVIIe s. ; un pigeonnier circulaire de même période est aussi édifié à l’extérieur du fossé. L’ensemble est le plus bel exemple d’un château médiéval réaménagé et encore habité du département, dans un village conservant par ailleurs au moins une belle bâtisse du XVIe s.10
Fig. 9 : Le château d’Oricourt (70). Vue du logis et de l’enceinte côté porterie depuis la cour, en 2011

(Cliché : © S. Guyot).
19L’ensemble est équipé très sommairement pour les armes à feu. Le sommet de la courtine est, au niveau du chemin de ronde côté basse-cour, conserve trois fentes de tir verticales courtes, qui pourraient servir à des armes à feu de petit calibre et qui se distinguent en tout cas des archères du site11. Tout le côté Ouest de l’enceinte présente quant à lui un état crénelé rehaussé pour un nouveau chemin de ronde mais dont les traces de restauration récentes ne semblent pas avoir livré d’ouvertures de tir. Enfin, le flanc extérieur du logis, au nord-est, conserve une tour semi-circulaire tronquée, découverte lors de travaux dans le fossé en 2005. Accessible par un trou étroit depuis la cuisine au rez-de-chaussée (1 m de haut, 40 cm de large), il pourrait s’agir d’un moineau « primitif », avec deux archères-canonnières flanquant la courtine et de cinq autres orifices carrés sur le reste du mur.
Montfaucon (25)
20Erigé au XIIIe s. sur une barre rocheuse près de Besançon par la famille comtale du même nom, il domine un village fortifié abandonné seulement vers 1800 (fig. 10). Le site sert de chef-lieu d’une vaste seigneurie, occupé par un capitaine et des gardes aux XVe-XVIe s. selon les sources écrites conservées. Ces sources signalent également les montres d’armes imposées régulièrement aux hommes de la seigneurie entre 1430 et 1530 ; la dernière, la plus précise, concerne 7 individus équipés d’épées, de hallebardes et d’une couleuvrine. Le château est abandonné au début du XVIIe s., au profit d’un autre lieu, désormais chef-lieu de la seigneurie.
21Un suivi archéologique exhaustif des travaux de dégagement de la ruine engagés depuis 2000 par la commune et une association, ayant désormais mis au jour les trois-quarts environ de la plate-forme, a permis de reconnaître deux grands programmes d’aménagement (XIIIe puis XIVe – début du XVe s.). Il a de même mis en évidence un incendie généralisé vers 1600, provoquant l’abandon du site12.
22En dépit de la longévité d’utilisation du site et de son rôle de chef-lieu de seigneurie, il n’y a aucune trace d’aménagements structurels liés aux armes à feu, ni dans les maçonneries conservées -certes très arasées- ni dans les importants déblais. Il est vrai que la nature du site le préserve d’une attaque par une batterie de canons, hors la porterie. En revanche, la couche d’écroulement de la toiture d’un bâtiment accolé à la tour-porte a livré un mortier ou pétard en fonte, pour des boulets d’un calibre de 15 cm, exceptionnellement bien conservé (fig. 11).
Fig. 8 : Plan général du château d’Oricourt (70) (DAO : © J.-J. Schwien-M. Messner, selon relevé anonyme in Bull. des amis d’Oricourt, n° 22, 2014).

Fig. 10 : Vue aérienne du château de Montfaucon en 2012 (25)

(Cliché : © G. Migeon).
I.3. Les sites médiévaux réaménagés
23Cette troisième série est sans conteste la plus importante en nombre de cas mais aussi la mieux étudiée. Nous en proposons quatre monographies.
Chevreaux (39)
24Situé dans le sud du département du Jura, il est restauré par une association depuis 1995, avec un fort suivi archéologique13. Il s’agit d’un petit château, sur un rebord de plateau dominant la plaine de Bresse et protégeant le village à ses pieds. Edifié au XIIIe s., il est détruit puis abandonné en 1637, après un siège au cours de la guerre de Trente ans. Du logis entièrement arasé ne subsistent que des fondations de caves et de bâtiments annexes (chapelle, écuries), construits sur une plateforme artificielle réaménagée vers 1500 (fig. 12). Le mur d’enceinte de la basse cour est inégalement préservé, peu épais (1 m au plus) et flanqué de trois tours d’origine médiévale, dont l’une, carrée, paraît être le dernier vestige de la porterie (fig. 13).
25Les traces d’aménagement aux armes à feu sont de deux ordres. Une quatrième tour vient compléter la défense de la basse cour du côté de l’attaque et du chemin d’accès : de plan pentagonal, elle fait penser à un bastion servant de casemate ou de petite plateforme d’artillerie14. Selon des pierres de calage et un mortier particulier, la courtine et la plus grosse des tours rondes ont aussi vu l’adjonction d’au moins quatre bouches à feu à large ébrasement externe, en complément des petites archères médiévales.
Fig. 13 : Le château de Chevreaux (39). Vue de l’enceinte de la basse-cour, en 2012

(Cliché : © J.-J. Schwien).
26L’ensemble du site n’a au total rien d’une forteresse, avec des murs peu épais et un nombre réduit d’aménagements modernes. Mais selon le récit du siège de 1637 par les troupes françaises, il a fallu 3 jours aux 1 000 fantassins et 2 canons en batterie pour venir à bout de la garnison de 40 hommes.
Fig. 11 : Vues du mortier ou pétard découvert à Montfaucon (25), dont une vue au moment de la découverte

(Cliché : © J.-J. Schwien).
Fig. 12 : Vue générale du château de Chevreaux (39). Dessin en perspective de la ruine, vue du côté plaine en 2008. Les toitures des tours et de l’écurie 1 ont été restaurées par l’association

(Dessin : © G. Rousset).
Vaulgrenant – commune de Pagnoz (39)
27Situé au débouché de la cluse de Salins, entre plateau et plaine, ce château ressemble au précédent en tant que siège d’une toute petite seigneurie dominant un hameau autrefois fortifié et toujours habité de nos jours. Edifié sans doute au XIIIe s. au milieu d’une longue barre rocheuse, il a la forme d’un quadrilatère allongé avec logis et donjon saillant sur la courtine d’un côté, communs de l’autre (fig. 14). Des travaux de restauration avec accompagnement archéologique engagé en 2002 ont permis de dégager de leur gangue minérale et végétale des murs encore bien préservés sur deux niveaux d’occupation15. Les vestiges médiévaux formels sont peu nombreux, le donjon, une archère, une fenêtre à banquette et des maçonneries arasées datées en chronologie relative (fig. 15).
28Des premières transformations interviennent à la fin du Moyen Âge, avec l’adjonction de petites archères canonnières. Sur la courtine nord, elles sont au moins deux, dont l’une, proche du donjon, lui est clairement postérieure en chronologie relative et l’autre a été insérée dans l’un des montants de cheminée de la grande salle (fig. 16). La tour carrée médiane (a) en possède une seconde série, plus frustes que les précédentes, mais avec un orifice circulaire attesté à la base de la mire ; elles s’étagent sur deux niveaux sur chacune des faces externes, deux autres visant curieusement la cour intérieure. Il semble que ces ouvertures de tir soient contemporaines à la construction de la tour, ce qui devrait faire de l’ensemble un état postérieur à la courtine, mais l’état de dégradation de cette dernière empêche toute datation relative.
Fig. 16 : Le château de Vaulgrenant (39). Vue de la chambre de tir de l’archère-canonnière accolée à la cheminée du logis, en 2015

(Cliché : © J.-J. Schwien).
Fig. 14 : Le château de Vaulgrenant (39). Vue aérienne du site avec son hameau en 2016

(Cliché : © Google Earth).
Fig. 15 : Plan général du château de Vaulgrenant (39)

(DAO : © J.-J. Schwien).
29Un second et plus important réaménagement porte cette fois sur l’ensemble du logis et des écuries dans la seconde moitié du XVIIe s., soit après la guerre de Trente ans. Le logis est agrandi ou reconstruit avec une grande cave, une cour privative agrémentée d’une galerie voûtée et un escalier hors œuvre centré de plan carré et en grand appareil ; la basse cour, quant à elle, est réorganisée de même avec une écurie voûtée pour une dizaine de chevaux et pièces annexes (dont une forge ?), à l’emplacement partiel au moins d’un premier bâtiment médiéval. L’ensemble devait être de belle facture, si l’on en juge par les bases de pilier moulurées des parties voûtées, écuries y comprises. Une petite archère-canonnière aménagée dans l’escalier détonne toutefois : de très petites dimensions (15 cm de haut), mais bien taillée, avec gonds en partie supérieure et feuillure pour un mantelet, elle a tout d’une ouverture de tir miniature inutile, au niveau du sol de la galerie du logis (fig. 17). La fouille de l’escalier encore en cours permettra de préciser son véritable intérêt, mais pour l’heure, on penche plutôt pour un jour éclairant le rez-de-chaussée conçu par un tailleur de pierre facétieux.
Fig. 17 : Le château de Vaulgrenant (39). Vue de l’archère-canonnière à mantelet de l’escalier du logis, en 2015

(Cliché : © J.-J. Schwien).
Présilly (39)
30Ce troisième site, au coeur des plateaux du Jura, concerne un exemple avec des transformations structurelles majeures de l’époque des armes à feu. Il est d’ailleurs déjà connu des spécialistes pour ses beaux vestiges et en particulier pour sa barbacane ou boulevard en forme de bastion, protégeant une porterie et son pont levis à flèches. Cette barbacane faisant l’objet d’une analyse détaillée dans ce même colloque, nous n’en présenterons ici que le contexte. Après une première grande campagne de restauration entre 1955 et 1975, le site est entretenu depuis 1997 par une association avec suivi archéologique16. Il est donc possible d’apporter d’importants compléments à l’analyse de cet ouvrage particulier. Le château est édifié au XIIIe s. comme chef lieu d’une toute petite seigneurie (fig. 18). Il en reste le mur d’enceinte imposant (2 m d’épaisseur), un donjon carré et des traces de bâtiments d’habitation. Le fossé large avec contrescarpe pourrait appartenir à cette phase, selon des vestiges réintégrés plus tard dans la barbacane. Une, voire deux archères seulement contribuent à sa défense17. Les travaux récents, enfin, ont permis d’attribuer à cette phase une première porte cochère donnant du côté du village au travers de la contrescarpe (porteries a1 & a2).
Fig. 18 : Plan général du château de Présilly (39)

(DAO : © J.-J. Schwien).
31Mais c’est l’acquisition du lieu vers 1430 par Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne, qui va être le point de départ de changements importants. Le logis est repris de fond en comble avec deux nouveaux bâtiments adossés aux courtines, l’un en L, l’autre quadrangulaire, de part et d’autre d’une cour pavée. L’enceinte est sans doute rehaussée, en tout cas aménagée avec des ouvertures de tir carrées, équipées de mantelets extérieurs dont il subsiste un élément complet sur la face Ouest (fig. 19). Une nouvelle porterie en forme de châtelet avec double porte (piétonne et cochère) et ponts levis à flèches donne désormais du côté opposé à la première, à côté du donjon primitif (fig. 20). Elle est équipée en rez-de-chaussée d’archères-canonnières de grande taille sur les trois faces et de deux portes latérales desservant une fausse-braie18. La fouille en cours de cette enceinte basse avec chemin de circulation pavé permet de confirmer son appartenance à la seconde phase du site. C’est devant cet ensemble défensif renouvelé que vient se placer la barbacane pentagonale déjà évoquée. Le tout peut être attribué au XVe s., sans qu’on puisse définitivement préciser si c’est Nicolas Rolin ou ses fils qui reprennent le château après sa mort qui en sont les maîtres d’ouvrage, soit entre 1430 et 1470. Une grande basse cour complète l’ensemble. Le plan général nous est donné par le cadastre napoléonien et la date de l’organisation (ou réorganisation) par un grand bâtiment de ferme et un colombier encore préservés. Le château, comme la plupart de ceux de la région, va être pris et repris au cours des guerres du XVIIe s. Mais les archives et fouilles montrent que le site reste occupé jusqu’au XIXe s., avec construction d’une nouvelle grande grange peu avant la Révolution (pour les produits en nature perçus dans la seigneurie) et réorganisation (parfois dans les gravats) du logis 2.
32Au vu des vestiges conservés, la question principale est de savoir quel était le programme complet du réaménagement du XVe s. Même s’il reste à en reconnaître la chronologie relative, il est clair que la protection « bastionnée » forme un ensemble avec la nouvelle porterie (b), visant à se protéger d’une attaque du côté le plus élevé. Mais il est clair également qu’en l’état actuel des fouilles, l’ensemble paraît incomplet, puisque l’attaque est facile de tous les autres côtés, avec une partie plane à l’ouest, une partie en surplomb à l’est et une basse cour au sud dont on ne connaît pas la qualité des ouvrages défensifs. De ce fait, on peut envisager une double solution, avec soit un programme non terminé, soit un investissement « somptuaire », visant à montrer la prestance du maître d’ouvrage sans efficacité réelle.
Chassagne-Saint-Denis / château de Scey (25)
33Comme le précédent, ce château, appelé aujourd’hui le castel Saint-Denis, a été fortement réaménagé. Il fait l’objet d’un suivi archéologique conséquent en liaison avec des travaux de stabilisation par les Monuments historiques depuis 20 ans19.
34Il est construit à l’extrémité d’un plateau dominant la vallée encaissée de la Loue par la famille comtale de Scey, peut-être dès l’an mil (fig. 21). Les états conservés les plus anciens appartiennent toutefois aux XIIIe-XIVe s., soit un logis à un moment double (avec deux donjons) et fossé barrant l’extrémité du promontoire (fig. 22).
Fig. 19 : Le château de Présilly (39). Vue de l’enceinte ouest avec sa fenêtre de tir sommitale, en 2014

(Cliché : © J.-J. Schwien).
Fig. 20 : Le château de Présilly (39). Vue de la porterie en 2014

(Cliché : © J.-J. Schwien).
Fig. 21 : Vue aérienne du site, le côté Est du plateau en 2016

(Cliché : © Google Earth).
35La phase qui nous intéresse est liée à l’acquisition du site par Nicolas Granvelle, chancelier de Charles Quint, et les transformations majeures qu’il y apporte avant 1575. Le logis est réunifié et son accès transformé : un nouveau fossé est creusé devant le donjon oriental, protégé par un mur-bouclier équipé de chaque côté de la barre rocheuse par un demi-éperion (ou « taurions » dans les textes) avec une salle souterraine équipée d’archères-canonnières. La nouvelle contrescarpe et les murs côté basse cour, aménagés avec des fondations en épi, servent de parapet à un rempart de terre attesté par la fouille (mais sans données chronologiques précises) (fig. 23). L’important espace devant le logis, sorte de plateforme en légère pente ascendante, est transformé en basse-cour. D’après un texte de 1575, cet espace avait en grande partie pour fonction l’accueil des retrayants ou paysans de la seigneurie qui pouvaient s’y réfugier en cas de difficultés. Elle est ceinte par un épais mur sur les flancs, terminée par un mur de barrage, avec porte cochère et pont-levis, perpendiculaire au plateau. Construit en bossages rustiques, ce second mur-bouclier présente une morphologie différente à gauche et à droite de la porte. A l’ouest, on observe une sorte de tenaille avec orillon plein, équipée de bouches à feu horizontales à claveaux ; le bâtiment qui lui est accolé est une écurie qui pourrait également avoir abrité une petite poudrière (murs enduits de mortier hydraulique et rainures pour système de levage de tonneaux) ; la fouille devant le mur permet d’exclure tout fossé. A l’est, le mur ne dispose d’aucune ouverture de tir visible ; mais il est précédé d’un fossé peu profond à fond plat qui se prolonge et est agrandi (ou précédé ?) par une zone de carrière parallèle au rebord de plateau (fig. 24). L’ensemble au total forme un espace conséquent, long de 250 m environ pour une largeur de 80 m du côté du plateau et de 10 m en bout d’éperon. Ces dimensions et organisation sont certainement à l’origine d’un nombre inhabituel de poternes assurées ; la mieux conservée pour la basse-cour, facile d’accès (poterne b) ne semble pas disposer de protections très importantes.
Fig. 22 : Plan général du château de Scey (25)

(DAO : © J.-J. Schwien-M. Messner, selon relevés S. Guyot, 2002- 2015).
36Au cours de la guerre de conquête, en 1674, le site est assiégé par l’armée française. La fouille a montré des aménagements sommaires liés à ce siège : un pendant à l’orillon de la basse-cour est construit dans la partie du fossé, mais il est de piètre qualité. De même, les bâtiments du logis, près des torillons, sont démolis, les matériaux servant à former une sorte de rempart de blocs derrière la porte : la découverte d’un ensemble relativement bien concentré dans ces déblais de près de 90 petits boulets en fonte épars atteste de la mise en défense du lieu (fig. 25)20.
37Comme à Présilly, nous observons ici les prémisses de la transformation d’un château médiéval en forteresse qui n’a pas été menée jusqu’à son terme, alors même que le site est occupé puis défendu au-delà de cette construction primitive. Si la partie logis dispose d’un programme cohérent avec ses cornes, son fossé profond et son glacis extérieur du seul côté véritablement accessible, la basse-cour, en dépit de l’épaisseur de ses murs est très fragile. Le caractère incomplet du fossé (absent d’un côté, accessible par la carrière de l’autre), du flanquement de la porte principale et des défenses de la poterne b en sont les éléments principaux.
Fig. 23 : Le château de Scey (25). Vue du mur en épis de l’enceinte de la basse cour, proche du fossé du logis, en 2006

(Cliché : © J.-J. Schwien).
Fig. 24 : Le château de Scey (25). Vue du fossé de la basse cour, depuis la porterie, en 2008

(Cliché : © J.-J. Schwien).
Fig. 25 : Le château de Scey (25). Vue d’un ensemble représentatif des boulets de fonte stockés au XVIIe siècle à l’entrée du logis

(Cliché : © J.-J. Schwien).
Fig. 26 : Vue perspective d’une bouche à feu avec ses principaux éléments de vocabulaire descriptif

(DAO : © M. Messner).
II. Typologie des ouvertures de tir (mm)
38Ce second volet, résumant partiellement un mémoire de master récent21, doit tenir compte de plusieurs difficultés.
39Tout d’abord, et même s’il existe de solides monographies de sites ou des analyses détaillées des types novateurs22, l’historiographie générale s’est encore peu préoccupée d’inventorier et de dater précisément les divers types existants. Il faut même déplorer un vocabulaire normatif, commun à l’ensemble des chercheurs, les termes de « canonnières », « bouches à feu » ou même simplement « meurtrières » paraissant interchangeables. Ces lacunes nous ont conduit à élaborer une typologie propre à notre champ d’étude, non sans difficultés et sans aucun doute imprécisions. Par ailleurs, le temps de recherche imparti pour ce master ne nous a pas permis de visiter tous les sites potentiels de la région. Nous nous sommes donc appuyés sur les vestiges déjà décrits ou repérés dans le cadre de la carte archéologique des châteaux citée ci-dessus : notre inventaire est donc loin d’être exhaustif. Enfin, la documentation réunie sur les sites retenus est elle-même incomplète : tous les lieux ne sont pas accessibles dans les châteaux encore habités ; les sites ruinés, quant à eux, sont par définition diminués de nombreux éléments (les défenses sommitales, par exemple) ou nécessiteraient des fouilles pour en découvrir d’autres sous les gravats ; la documentation d’archives, enfin, n’a pas pu être entièrement exploitée. De ce fait, l’essentiel des structures correspondant à l’adaptation des châteaux aux armes à feu est resté largement en-dehors de nos investigations23.
40Notre choix a en effet porté sur les seules ouvertures de tir, faciles à observer depuis les extérieurs, même sans échelle ou accès aux étages24. Une première définition s’impose. Nous appellerons ouverture de tir pour armes à feu ou « bouche à feu » tout élément architectural négatif servant à l’usage – ou à la simulation de l’usage – des armes à feu dans un contexte architectural clos (salle, chambre, bastion…). Leur description fait appel à plusieurs éléments primaires que nous résumons ici sous forme de graphique (fig. 26). L’inventaire de 31 châteaux et maisons fortes en a livré 388, pour la période de la fin du Moyen Âge et des débuts de l’époque moderne. Photographiées, décrites, parfois relevées dans leurs trois dimensions, elles forment un corpus assez conséquent pour pouvoir proposer une typologie détaillée. Mais leur seule morphologie ne suffit pas : nous nous sommes appuyés également sur les types d’armes qui ont pu être mis en œuvre de façon préférentielle, ce qui nous permet de distinguer des ouvertures pour armement mixte, des canonnières et des arquebusières25.
II.1. Les ouvertures mixtes
41Elles sont directement dérivées des archères et des arbalétrières médiévales adaptées aux armes à feu entre 1350 et 1450. Dotées d’un plan en ébrasement interne, elles sont pourvues d’une mire, verticale ou horizontale, complétée par une ou plusieurs bouches de tir, à la morphologie diverse (fig. 27). Ces bouches peuvent être rondes, quadrangulaires, « en U » ou en forme d’étrier arrondi ; tout comme les archères, certaines mires présentent des particularités (croisillons, épatement en partie sommitale). Comme partout ailleurs, le type à bouche ronde en bas de la mire est de loin le plus répandu dans notre corpus, avec 72 % des occurrences ; au-delà de celui à bouche au premier tiers de la mire (16 %), tous les autres sont quasi anecdotiques (entre 2 et 4 %).
42Il est probable que ce type utilise conjointement l’arc (par la mire) à l’arme à feu (par la bouche). En tout cas, les mires ont souvent la taille d’une archère (80 à 120 cm de hauteur) et sont fréquemment placées en partie haute des murs, emplacement cohérent avec le tir fichant de l’arc. Les bouches de tir sont d’un diamètre de 16 à 21 cm en moyenne et disposées en général à moins de 40 cm des sols conservés. Ces dispositions privilégient l’hypothèse d’armes de calibre semi lourd, placées sur un affût proche du sol (fig. 28-1)26.
43Notre corpus comprend également des mires de taille plus réduite (22 à 68 cm), associées à une chambre de tir plus large au nu du mur (60 à 80 cm) ; leurs bouches sont de même plus petites (8 à 16 cm de diamètre) et situées à 50 -120 cm au-dessus des sols conservés. Ces dispositions permettent d’y voir plutôt l’emploi simultané de l’arbalète et d’armes à feu de petit calibre posées sur un affût plus élevé (fig. 28-2).
44La datation de ces systèmes est évidemment malaisée avec les éléments à notre disposition. Si notre hypothèse d’un emploi mixte des arcs et arbalètes selon la morphologie des ouvertures de tir est valide, nous pourrions voir dans le premier cas, à mire longue, le type le plus ancien et le second, plus récent en liaison avec l’abandon de l’arc au profit de l’arbalète à la charnière des XVe-XVIe siècles.
Fig. 27 : Vue d’un ensemble représentatif de bouches à feu mixtes

a : bouche ronde au pied de la mire (Arlay, 39).
b : bouche en étrier arrondi au pied de la mire (Scey-en-Varais, 25).
c : bouche ronde au premier tiers de la mire (Chariez, 70).
d : double bouche ronde (Beveuges, 70).
e : double bouche ronde et croisillon monolatéral (Oricourt, 70).
(Clichés : © M. Messner).
Fig. 28 : Schémas de fonctionnement des ouvertures pour armement mixte

(DAO : © M. Messner).
II.2. Les canonnières
45Cette seconde famille est mieux représentée dans la littérature générale, avec même des indices plus sûrs de datation27. A partir des années 1450, les bouches de tir s’enfoncent progressivement dans les maçonneries. Disposant d’un seul ébrasement externe, ce premier modèle est fragile, en raison de la large surface ouverte dans la maçonnerie, ce qui rend l’ouverture de tir fragile. Ce problème va être solutionné dès les années 1480, avec le développement des ouvertures à double ébrasement, dites à la française, la bouche de tir se situant désormais au milieu de la maçonnerie. Ainsi, les forces pesant sur l’ébrasement externe sont amoindries et il est possible de l’élargir considérablement ; en outre, sans doute à l’extrême fin du XVe s., la chambre de tir triangulaire est progressivement remplacée par un plan quadrangulaire, élargissant l’espace dévolu au tireur en lui octroyant un meilleur confort de tir. Ces nouvelles formes s’accompagnent également de nombreuses variantes d’ouvertures en façade.
46L’ouverture conique est la forme la plus simple, avec deux variantes. La première, pour des murs peu épais, se compose de deux blocs concaves superposés, formant un ébrasement externe en cône inversé (fig. 29a). Elle représente la moitié de notre corpus (49 %). L’autre, plus profonde mais rare (2 %), nécessite l’emploi de divers blocs clavés (fig. 29b).
47Comme les précédentes, la façade des canonnières oblongues à joues droites présente un rectangle à bords arrondis, mais elle est formée d’un linteau et d’une pierre d’appui, le plus souvent monoblocs, séparés par un bloc médian. Les joues sont construites en blocs de petit ou moyen appareil pour assurer une meilleure solidité et profondeur d’ébrasement (fig. 29c). C’est le second type le plus répandu dans la région (34 %).
48La forme en demi-lune (4 %) est une canonnière à joues et base droites, clavée en partie supérieure, formant de ce fait un demi-cône en façade (fig. 29d). Plus proche du carré que du rectangle, cette forme répond peut-être au problème de la pression exercée sur un linteau allongé, avec ses risques de cassure. Observé avant tout dans le contexte de fortifications bastionnées, comme à la citadelle de Besançon, ce type est sans doute tardif28.
49Le type quandrangulaire peut également être classé dans les types simples, mais pourtant peu fréquent (11 %). Il est formé de quatre blocs à évasement quadrilatéral (fig. 29e). Par les contraintes mécaniques produites par les maçonneries sur le linteau, ces canonnières ont souvent un plan en double ébrasement.
50Pour l’ensemble de ces types, la hauteur des bouches par rapport au sol (entre 50 et 130 cm) suggère de plus l’utilisation complémentaire d’armes semi-portatives sur affûts hauts et d’armes portatives probablement épaulées (fig. 30).
Fig. 29 : Vue d’un ensemble représentatif de bouches de canonnières

a : canonnière à évasement
conique peu profond (Voiteur Château Carrins, 39).
b : canonnière à évasement
conique profond (Bourguignon-lès-Conflans, 70).
c : canonnière oblogue à joues droites (Montby, 25).
d : canonnière en demi-lune (Gy, 70).
e : canonnière à évasement
quadrangulaire (Bougey, 70).
(Clichés : © M. Messner).
Fig. 30 : Schéma de fonctionnement d’une canonnière

(DAO : © M. Messner).
II.3. Les arquebusières
51Ce dernier type, probablement le plus tardif, est caractérisé par des ouvertures de tir avec une bouche de petite taille, généralement à ras du parement extérieur et un plan en ébrasement interne ne permettant que l’emploi de petits calibres (fig. 31)29. Nous en avons observé trois variantes.
52Les arquebusières à trou – de loin les plus nombreuses (79 % du corpus) – regroupent des individus se présentant généralement sous la forme d’un simple orifice circulaire, quadrangulaire30, à chanfrein ou « entonnoir », plus rarement à trémie rappelant certaines canonnières (fig. 32)31.
53Les arquebusières à mire de visée courte (13 %) disposent d’une bouche quadrangulaire ou circulaire, surmontée d’une mire dont la petite taille (1 à 20 cm) empêche avec certitude son emploi pour l’arc ou l’arbalète (fig. 33a). Certaines s’élargissent en partie supérieure (mires évasées et en ogive), peut être pour faciliter l’évacuation des fumées du tir lorsque la chambre elle-même ne dispose par de conduit spécifique.
54Les arquebusières à figures humanoïdes ou animales sculptées (8 %), enfin, relèvent plus du décor et/ ou de la volonté de faire peur (fig. 33b). Elles nous intéressent aussi pour des questions de datation, la plupart des formes étant attribuables à la seconde moitié du XVIe s. et au début du XVIIe s.
55Au total, nous avons observé un ensemble conséquent de bouches à feu dont l’emploi est relatif à la chronologie, le type de site, le constructeur, tous éléments que nous ne cernons pas toujours de façon assez précise pour proposer des axes de réflexion. Mais à titre d’exemple, nous pouvons analyser la dimension des ouvertures (mesurables) de la bouche de tir (fig. 34)32. Elles se répartissent en deux grands ensembles, avec les 2/3 inférieurs à 12 cm, correspondant à des petits calibres, le reste, entre 14 et 21 cm étant adapté à des calibres moyens33.
56De même, une analyse spatiale peut être tentée pour les types d’ouvertures (fig. 35). La forme la plus répandue dans la région est la canonnière à évasement simple, avec une façade oblongue à joues droites et une bouche circulaire à entonnoir (fig. 29c). S’il n’est pas possible de parler d’un « modèle Comtois », on observe qu’elle est relativement répandue au cœur de la région, entre Loue et Saône. D’autres formes, moins nombreuses, paraissent de leur côté être limitées à des secteurs particuliers, telles le double évasement conique (en lemniscate) ou les canonnières à bouche et évasement quadrangulaire dans le nord de la région alors que les types à trémie ne sont présents qu’au sud. Dans cet ensemble, les formes de canonnières « à la française » sont très mal représentées, avec une demi-douzaine de sites et une dizaine de bouches à feu au plus34.
Fig. 31 : Schéma de fonctionnement d’une arquebusière

(DAO : © M. Messner).
Fig. 32 : Vue d’un ensemble représentatif de bouches d’arquebusières

a : arquebusière à bouche de tir circulaire
(Château de Vallerois-le-bois, 70).
b : arquebusière de forme quadrangulaire
(Château d’Oricourt, 70).
c : arquebusière à trémie (Bourg-de-Sirod,
Château Vilain, 39).
(Clichés : © M. Messner).
Fig. 33 : Vue de cas particuliers de bouches d’arquebusières

a : arquebusière à mire de visée (Château de Belvoir, 70).
b : arquebusière à figure sculptée (Château de Franes-le-Château, 70).
c : chambre de tir d’arquebusière (Château de Sorans-lès-Breurey, 70).
(Clichés : © M. Messner).
Fig. 34 : Tableau des diamètres de bouches à feu relevées en Franche-Comté, avec en regard quelques types d’armes correspondant (doc. : M. Messner).
Dim. ouv. | Nbre | Type d’arme |
6 - 8cm | 60 | portative |
10 - 12cm | 117 | portative |
14 - 16cm | 43 | semi-portative |
18 - 21cm | 46 | semi-portative |
25 cm et + | 2 | lourde |
TOTAL | 268 |
Fig. 35 : Carte de localisation (non exhaustive) des principales bouches à feu en Franche-Comté (hors archères-canonnières)

(DAO : © M. Messner).
Conclusion
57Plusieurs enseignements peuvent être tirés de ce tour d’horizon.
58Un premier point porte sur le nombre de châteaux adaptés aux armes à feu à la fin du Moyen Âge. Nos données sont certes lacunaires puisque nous ne connaissons précisément ni le corpus d’origine – même réduit aux seuls édifices encore actifs vers 1400 – ni le corpus final. Malgré cela, la disproportion paraît flagrante entre le grand nombre de sites médiévaux et la petite série des sites aménagés à l’orée de l’époque moderne.
59En second lieu, les programmes mis en œuvre paraissent presque partout très modestes, sans commune mesure avec les châteaux du domaine royal français et de façon générale avec les villes. Plus précisément, on note au total des disparités importantes entre les sites à aménagements homéopathiques (Oricourt) et ceux à programme d’ensemble (Verges), avec toute une gamme de situations intermédiaires. Bien sûr, nos investigations sont incomplètes et nos chronologies généralement trop floues pour pouvoir raisonnablement comparer nos exemples avec les avancées de la poliorcétique.
60Une troisième observation a trait au résultat attendu de ces mises en défense par les constructeurs. Nous avons noté des programmes qui semblent incomplets (Présilly, Scey) ou des ouvertures de tir mal placées (Vallerois, Vaulgrenant). Au vu des données recueillies, le champ des possibles se situe entre l’abandon des projets d’équipement et la volonté d’ostentation de nobles désirant tenir leur rang. De façon générale, notre expérience nous montre que les interprétations peuvent changer du tout au tout en relation avec le degré de précision des dossiers monographiques. La volonté d’ostentation, au minimum dans la forme des bouches à feu, nous parait toutefois une composante réelle de la démarche des maîtres d’ouvrages, même si elle est difficile à quantifier.
61En quatrième lieu, la morphologie des ouvertures pointe une défense active privilégiant les armes de petit calibre et dans une moindre mesure celles de moyen calibre. Ces données convergent avec les quelques inventaires et montres d’armes (du XVe s.) déjà édités. La poursuite de la réflexion sur l’armement doit se faire en paramétrant le contexte des bouches à feu (des salles et aménagements spécifiques aux pièces à vivre). Elle doit aussi être complétée par un inventaire (et une statistique) des projectiles découverts, une opération délicate puisque nombre d’entre eux et particulièrement les boulets en pierre présentés aujourd’hui sur beaucoup de sites, n’ont pas de contexte précis35.
62Le résultat le plus important nous paraît toutefois être la mise en évidence d’un effort majeur engagé par l’essentiel des châtelains pour s’adapter à l’apparition et au développement des armes à feu, ce qui induit des coûts (que l’archéologue cerne mal) mais aussi une diffusion des connaissances, voire de l’imagination pour inventer de nouvelles formes. Pour ce dernier cas, nous pouvons nous appuyer sur l’extraordinaire variété des ouvertures de tir inventoriées en Franche-Comté. Nous sommes certes en face de deux grandes familles chronologiques, avec les archères-canonnières dérivées du système médiéval et les bouches en entonnoir adaptées aux armes à feu ; il faut aussi conserver à l’esprit le côté parfois ostentatoire de ces défenses. Mais à chaque fois, nous avons rencontré de nombreuses variantes, parfois très originales comme les canonnières à ouverture tréflée et à ailettes de Verges, qui intriguent. Toutes ne peuvent être imputées à l’influence de formes mises au point ailleurs. Elles nous semblent le signal le plus clair de la dynamique de l’innovation à l’œuvre dans ces débuts des armes à feu, innovations qu’il ne faut pas seulement chercher chez les ingénieurs et constructeurs les plus puissants ou réputés mais également à l’échelle des manoirs que sont devenus nos châteaux à l’époque moderne, ne serait-ce que pour s’adapter aux besoins défensifs à leur échelle.
63De façon plus générale se pose la question du rapport entre ces efforts et l’efficacité réelle de ces sites adaptés. Nous pouvons nous appuyer ici sur un dernier exemple qui met en perspective un site et son environnement (fig. 36)36. Le château de Charencey à Chenecey-Buillon est construit au XIIIe s. à l’extrémité d’un promontoire rocheux, dominant comme celui de Scey la vallée de la Loue. Il est ensuite entièrement réaménagé en deux étapes. Au début du XVe s., une nouvelle courtine englobe le château primitif, avec des tours (une ovoïde et deux semi-circulaires) sur les flancs et un mur-bouclier, tour carrée disposée en éperon et fossé de 10 m de large, barrant l’accès du plateau. Au XVIe s. sont ajoutées deux tours d’artillerie en forme de fer à cheval aux extrémités du mur-bouclier, prenant le fossé en tenaille. Trente-trois ouvertures de tir ont pu être comptabilisées, dont 2 archères et 6 archères-canonnières (dont 4 dans la tour ovoïde). Le reste est formé de canonnières oblongues à joues droites ou à ébrasement externe conique, classiques en Franche-Comté, réparties pour l’essentiel sur le flanc sud. La tour d’artillerie (Sud), en comprend de même, disposées sur deux niveaux du côté du fossé ; la présence d’une voûte (avec d’ailleurs des évents) permet d’envisager une plateforme sommitale pour armes à feu. L’équipement de la seconde tour, trop dégradée, n’est pas connu hormis une bouche à feu côté fossé également. Ces canonnières correspondent presque toutes à des armes de moyen calibre (15-20 cm de diamètre)37.
Fig. 36 : Essai de cartographie des espaces battus par les armes à feu d’un château au XVIe s. Le cas de Chenecey-Buillon (25)

(DAO : © J.-J. Schwien-M. Messner, selon relevé J.-M. Croizat, 1990).
64L’ensemble présente l’un des plus beaux châteaux adaptés aux armes à feu de la région et nous permet idéalement d’analyser les espaces couverts par les postes de défense. Le front ouest, du côté de l’attaque, est évidemment le plus sensible : le poids principal est cependant porté sur le flanquement du fossé (bouches à feu sur deux niveaux et absence d’ouverture dans le mur bouclier) ; il est vrai que les éventuels éléments de défense sommitale manquent, pour savoir si on visait également des assaillants de face. Le plus surprenant est l’équipement conséquent des flancs. Une partie des ouvertures peut certes défendre l’accès à deux poternes latérales mais l’essentiel est tout de même « tourné » vers la vallée. Il est possible qu’on ait voulu sécuriser ces abords pourtant très difficiles d’accès, mais il faut aussi envisager une « couverture » éventuelle de la vallée. La question des portées de tir est complexe, puisqu’elle doit tenir compte du poids du projectile (et donc de la nature de la pièce), de la qualité de la poudre, de l’axe de tir (parabolique, tendu, fichant). Leur efficacité est aussi liée à la cadence des coups. Alors qu’on avait longtemps estimé des portées de 600 m au plus, pour le XVIe s.38, les recherches les plus récentes permettent de nuancer, avec des portées de 250 m pour les arquebuses et plus de 1000 m pour des calibres plus importants et ce dès le XVe s.39. Dans tous les cas, ces chiffres permettent de considérer des tirs couvrant le cœur de la vallée. Mais sont-ils assez précis pour pouvoir toucher des cibles choisies, en particulier les éléments mobiles (chariots, corps de troupes) ? Nous nous permettons d’en douter, ne serait-ce qu’à cause des nombreux angles morts dus à l’espacement des bouches à feu (conservées). Et il n’est pas impossible que l’effet recherché ait aussi été psychologique, avec des murailles équipées de bouches à feu d’où tonnait le canon, vu et entendu de loin.
65Par ce biais, en supposant une forte composante symbolique aux équipements défensifs de nos forteresses, le château conserve une dimension qui est la sienne depuis les origines, à savoir une démonstration du pouvoir. On savait depuis longtemps que l’arrivée des armes à feu avait sonné le glas du pouvoir féodal au profit des villes puis des états et estimé que les demeures des élites étaient redevenues de simples palais avec les premières transformations du temps de François Ier. Nos exemples montrent au contraire que le modèle castral est encore bien prégnant tout au long du XVIe s. à la fois en tant que demeure que lieu fortifié.
Bibliographie
Bibliographie
CROIZAT (Jean-Marc), Le château de Charencey à Chenecey-Buillon, Besançon, Service régional des Monuments historiques, 1990.
CROUY-CHANEL (Emmanuel), Le canon jusqu’au milieu du XVIe siècle, France, Bretagne et Pays-Bas Bourguignons, Thèse de doctorat en histoire soutenue le 15 novembre 2014 sous la direction de Jean Philippe Genet, Paris, Université de I Panthéon-Sorbonne, 2014.
DELSALLE (Paul), DELOBETTE (Laurence) (dir.), La Franche-Comté à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance (1450-1550). Actes du colloque de Besançon (2002), Besançon, Presses Universitaires Franc-Comtoises, 2003, 512p.
DELSALLE (Paul), La Franche-Comté au temps de Charles Quint. Documents choisis et présentés, Besançon, Presses Universitaires Comtoises, 2000, 344p.
DELSALLE (Paul), PRENEEL (Arnold) (dir.), Hommes d’armes et gens de guerre du Moyen Âge au XVIIe siècle. Franche-Comté de Bourgogne et comté de Montbéliard, Besançon, Presses Universitaires de Franche Comté, 2007, 211p.
FAUCHERRE (Nicolas), Places fortes, bastion du pouvoir, Paris, Rempart, 1986, 112p.
FAUCHERRE (Nicolas), Les citadelles du roi de France sous Charles VII et Louis XI, Thèse de doctorat en archéologie soutenue en 1993 sous la direction de Léon Pressouyre, Paris, Université de I Panthéon-Sorbonne, 1993.
GRESSER (Pierre), La Franche-Comté au temps de la guerre de Cent ans, Besançon, Cêtre, 1989, 448p.
GUYOT (Stéphane), BUGNON (Anne-Lise), Rapport d’étude archéologique de la tour maîtresse du château de Vallerois-le-Bois (70), Besançon, Service régional de l’Archéologie, 2002.
GUYOT (Stéphane), Inventaire des châteaux de pierre en Franche-Comté. Rapport de 4 années de prospection (relevés, description et état sanitaire) pour 72 édifices du département du Jura, Besançon-SRA et Strasbourg-UMR 7044, 4 volumes, 2004- 2008, 777p.
GUYOT (Stéphane), Rapport de sondage et d’étude archéologique du bâti de travaux du château de Vallerois-le-Bois (70), Besançon, Service régional de l’Archéologie, 2011.
GUYOT (Stéphane), SCHWIEN (Jean-Jacques), « L’espace laïc du Jura. Prospections-relevés sur les châteaux médiévaux du département du Jura (France) », p. 523-543, in : Richard Annick et al., Deuxièmes Journées Archéologiques Frontalières de l’Arc Jurassien, Besançon, Presses Universitaires de Franche-Comté, 2013.
GUYOT (Stéphane), SCHWIEN (Jean-Jacques), « Scey, un château devenu demeure », p. 116-117, in : La France archéologique en région. Archéologie en Franche-Comté, Paris, INRAP, 2009.
JEANJACQUOT (Jean-Claude), LAMBERT (Georges), Rapport de surveillance de travaux du château de Verges (39), Besançon, Service régional de l’Archéologie, 2001.
JEANNIN (Yves), « Les forteresses en Franche-Comté », in : Touring n° 903, juin 1978, p. 87-91.
LEDUC, (Antoine), LELUC (Sylvie) et al., Nouveaux regards sur l’artillerie primitive, XIVe-XVe siècles, Cahiers d’études et de recherches du Musée de l’Armée, n° 4, Paris, 2008.
LOCATELLI (René), SCHWIEN (Jean-Jacques), BLANDIN (Patrick), GAVIGLIO (Patrick), Le château de Montfaucon. Du bourg au village, Montfaucon, Commune de Montfaucon, 2012, 465p.
LOUIS (Gérard), La guerre de Dix ans (1634- 1644), Paris, Belles Lettres, 1998, 379p.
MARTINEAU (Jocelyn), Rapport de diagnostic archéologique du château de Suscinio à Sarrzeau (56), Service régional de l’Archéologie et INRAP BRETAGNE, 2004.
MESSNER (Maxime), Les ouvertures de tir pour armes à feu dans les châteaux de Franche-Comté (1350-1700). Utilisations, formes, fonctions, Mémoire de master soutenu sous la direction de J.-J. Schwien, Strasbourg, Université de Strasbourg, 2016.
SAILHAN (Pierre), « Typologie des archères et canonnières, les archères des châteaux de Chauvigny », in : Bulletin de la Société des antiquaires de l’Ouest, t. XIV, 1978, p. 511-514.
SALAMAGNE (Alain), « A propos de l’adaptation de la fortification à l’artillerie vers les années 1400 : quelques remarques sur les problèmes de vocabulaire, de typologie et de méthode » in : Revue du Nord, 1993, Volume 75, p. 809-846.
SALAMAGNE (Alain), « Des armes mécaniques aux armes à feux, quelques réflexions complémentaires du l’évolution de l’architecture militaire dans les anciens Pays-Bas bourguignons », in : Revue Belge d’histoire militaire, XXXI, 5/6, Turnhout, 1996, p. 109-158.
SCHWIEN (Jean-Jacques) (dir.), Châteaux de pierre en Franche-Comté. Rapport de quatre études archéologiques préalables aux travaux de mise en valeur : Chevreaux, Montfaucon, Présilly, Vaulgrenant, Strasbourg, UMR 7044, 2013, 173p.
SCHWIEN (Jean-Jacques), GUYOT (Stéphane), « Les châteaux en Franche-Comté (1994-2004). Dix années de recherches », p. 275-292, in : Bilan scientifique du Ministère de la Culture. Hors série : Dix ans d’archéologie en Franche-Comté, Paris, Ministère de la Culture, 2012.
Notes de bas de page
1 Guyot-Schwien, 2013 ; Schwien-Guyot, 2012.
2 Guyot 2004-2008.
3 Schwien, 2013 ; Locatelli et al., 2012.
4 Notre inventaire doit beaucoup aux recherches de Jean-Marie Croizat, un bénévole actif dans les années 1980 de même qu’à celles d’Yves Jeannin qui, le premier, s’est penché sur les questions de l’adaptation du réseau aux armes à feu (JEANNIN 1978).
5 Le contexte général de l’histoire de la région est bien sûr connu (Gresser, 1989 ; Delsalle, 2000 ; Delsalle-Delobette, 2003). Mais les travaux historiques sur les châteaux à l’aube de l’époque moderne manquent, sauf pour l’extrême fin de la période (Delsalle-Preneel, 2007 ; Louis 1998).
6 Pour chacun des sites, il nous faudrait pouvoir présenter précisément le statut social des constructeurs et réaménageurs. La place manquant ici, il suffit de savoir que, pour l’essentiel, il s’agit de maitres d’ouvrages assez modestes, sauf indications contraires.
7 Notre expérience nous montre que sans étude précise, il est délicat de proposer des chronologies de sites. Outre les deux cas présentés ici, nous pensons que les sites de Bougey (70), Gy-hors donjon (70), Chevigny (39) et Voiteur (39) ont été entièrement repris après 1400, voire 1500.
8 Guyot, 2004-2008, notice Verges ; Jeanjacquot-Lambert, 2001.
9 Les fouilles et sondages des sols ont d’abord été menés par un archéologue bénévole, Miche Py, ne livrant que des traces d’occupation d’époque moderne. Les études de bâti, plus récentes, sont le fait d’un archéologue professionnel (Guyot-Bugnon, 2002 et Guyot, 2011).
10 Le château, habité, fait l’objet de travaux de restauration réguliers, dont une partie a donné lieu à des études de bâti par Stéphane Guyot (chapelle et partie du logis médiéval, 2008 & 2013) mais sans apport pour notre sujet.
11 La forme de ces ouvertures fait penser aux fentes de tir des années 1500 équipées de barre d’appui pour arquebuse. Mais comme elles ne sont pas faciles d’accès, ce point n’a pas pu être vérifié.
12 Locatelli et al., 2012.
13 Schwien, 2013.
14 Cette tour, très dégradée, a été restaurée avant les premières interventions archéologiques, nous privant d’indices fiables pour l’analyser.
15 Schwien, 2013.
16 Schwien, 2013.
17 La première archère est visible en face externe mais la chambre intérieure est encore sous les gravats du logis 1. La seconde est moins sûre : il s’agit d’une restauration non documentée des années 1960, bouchant un important trou au 1er étage du donjon, selon des photos contemporaines.
18 Des embrasures côté barbacane au 3e niveau de la porterie pourraient être également des ouvertures de tir ; mais leur état de dégradation rend l’hypothèse fragile.
19 Les travaux archéologiques, engagés en 1995, ont été réalisés par plusieurs chercheurs (S. Bully, I. Dard, S. Guyot). Il n’en existe pas de synthèse accessible à l’heure actuelle, hors les rapports annuels déposés au Service régional de l’archéologie. Pour une vue d’ensemble, on peut toutefois se reporter à Guyot-Schwien, 2009.
20 Ces boulets sont de 4 calibres différents : 62mm (pour un poids de 840-870gr), 42mm (258-282gr et un de 192gr), 35mm (140-142gr), 29mm (82-86gr).
21 MESSNER, 2016. Notre résumé porte ici sur la seule morphologie de l’extérieur des ouvertures. Bien sûr, notre enquête a aussi tenu compte des formes des ouvertures intérieures, plans et profils ; des essais de manipulation d’armes à feu dans les chambres de tir, permettant avant tout de réfléchir aux axes et angles de tir (théoriques) ont également été menés. Tous ces aspects, nécessitant à chaque fois de longs développements, ne peuvent être exposés ici.
22 On se reportera aux exemples de Martineau 2004, Sailhan, 1978 ou Salamagne, 1993 et 1996.
23 Ces structures sont par exemple les remparts de terre, les fausses-braies, les magasins à poudre, les systèmes d’évacuation des fumées produites par les tirs (évents). Pour les ouvertures de tir elles-mêmes, le détail de leur organisation interne comme les barres d’appui (liées à l’absorption du recul des armes), les rotules et autres systèmes d’obturation n’ont pas non plus pu être observées en quantités suffisantes pour une analyse statistique.
24 Les formes présentées ici ne portent que sur les types principaux, chacun se déclinant le plus souvent en plusieurs variantes.
25 Outre les éléments publiés (Leduc-Leluc, 1908), nous avons également eu accès aux collections du musée de l’Armée aux Invalides pour nous familiariser avec l’armement.
26 Le calibre moyen des canons mesuré aux Invalides est de 30-40cm, soit largement au-dessus du diamètre de nos bouches à feu.
27 Datation proposée par Faucherre, 1993, I, p. 61.
28 Des observations en cours sur le château de Montbéliard (Bouvard, Grimaud et Messner) révèlent toutefois un exemple qui pourrait être plus ancien, daté des années 1500.
29 De ce fait, il se distingue aussi des archères canonnières qui permettent éventuellement l’emploi d’arcs ou d’arbalètes.
30 Même si de l’extérieur on peut penser à un trou de boulin, à Oricourt, la fonction d’ouverture de tir est plus que probable, en raison de leur présence dans une sorte de moineau avec deux bouches à feu attestées (fig. 3e).
31 Il faut rappeler aussi le cas exceptionnel de Verges exposé ci-dessus avec ses bouches à croix tréflées et à ailettes, et ses cinq fermetures à rotule.
32 Il s’agit des diamètres ou côtés de l’ouverture de la partie la plus étroite de la bouche à feu au travers de laquelle peut passer un projectile ; ces mesures sont bien sûr relatives puisque le tireur doit compte de la visée ; ici, la présence ou non d’une mire va jouer sur le choix de l’arme.
33 Les types d’armes retenus, dont on sait que la terminologie est complexe, sont les dénominations attribuées aux collections du Musée de l’armée.
34 Ce type, qui correspond à la forme la plus adaptée de la défense aux armes à feu, selon les travaux de N. Faucherre, n’a pas été présentée dans le détail ici parce qu’elle se détermine avant tout par son plan, avec double ébrasement (en X). Tous les exemples potentiels n’ont pas non plus été observés de près.
35 Ces projectiles en outre, peuvent provenir d’un assaillant lors d’un siège.
36 Le site a fait l’objet d’une étude sommaire déjà ancienne mais précise à la demande des Monuments historiques (Croizat 1990). En état de ruine avancé, envahi par une végétation dense tant à l’époque qu’aujourd’hui, son analyse est malaisée.
37 Il y pour l’instant une certaine incohérence entre la chronologie des maçonneries proposées par J.-M. Croizat sur laquelle nous nous appuyons et la typologie des bouches à feu, incohérence dont la solution passe par des analyses bien plus détaillées que celles déjà faites. Mais pour notre vue d’ensemble sur la puissance de feu du site, cette question est secondaire.
38 Faucherre, 1986, p. 21.
39 Crouy-Chanel, 2014, en particulier les p. 150, 151, 356.
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
Fortification et artillerie en Europe autour de 1500 : le temps des ruptures
Ce livre est cité par
- Défendre l'empire par la mer ? : la fortification côtière ottomane en Méditerranée orientale : (1451 - 1550). DOI: 10.70675/3fa58666z5393z423ez9135za108fd9781f1
- Bâtir et habiter un château dans l'ancien diocèse de Genève (XIIe-XVIe siècles) : formes, organisations et constructions. DOI: 10.70675/a126d2edz7173z45efza79aza5e03601ce9a
- Les ouvertures de tir pour armes à feu en Bourgogne Franche-Comté (1360-1650). DOI: 10.70675/b3e9d5e0za02dz4537zbdd6z96fc7c23bf17
Ce chapitre est cité par
- Les ouvertures de tir pour armes à feu en Bourgogne Franche-Comté (1360-1650). DOI: 10.70675/b3e9d5e0za02dz4537zbdd6z96fc7c23bf17
Fortification et artillerie en Europe autour de 1500 : le temps des ruptures
Ce livre est diffusé en accès ouvert freemium. L’accès à la lecture en ligne est disponible. L’accès aux versions PDF et ePub est réservé aux bibliothèques l’ayant acquis. Vous pouvez vous connecter à votre bibliothèque à l’adresse suivante : https://freemium.openedition.org/oebooks
Si vous avez des questions, vous pouvez nous écrire à access[at]openedition.org
Fortification et artillerie en Europe autour de 1500 : le temps des ruptures
Vérifiez si votre bibliothèque a déjà acquis ce livre : authentifiez-vous à OpenEdition Freemium for Books.
Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque d’acquérir un ou plusieurs livres publiés sur OpenEdition Books. N’hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées : access[at]openedition.org
Vous pouvez également nous indiquer, à l’aide du formulaire suivant, les coordonnées de votre bibliothèque afin que nous la contactions pour lui suggérer l’achat de ce livre. Les champs suivis de (*) sont obligatoires.
Veuillez, s’il vous plaît, remplir tous les champs.
La syntaxe de l’email est incorrecte.
Référence numérique du chapitre
Format
Référence numérique du livre
Format
1 / 3