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Les enceintes urbaines champenoises face à l’artillerie : l’exemple de Troyes, Châlons-en-Champagne et Reims (fin XIVe – début XVIe s.)
The urban walls in front of modern artillery: examples in Troyes, Châlons and Reims in the Champagne region
p. 195-229
Résumés
De tout temps la Champagne, province frontière, a été une terre menacée, souvent envahie, et l’artillerie à poudre, depuis la seconde moitié du XIVe s. et surtout au siècle suivant, n’a cessé de bénéficier d’évolutions techniques la rendant toujours plus performante. Les villes champenoises se sont alors trouvées confrontées à la réalité du terrain : leurs tours et leurs murailles ne résisteraient pas longtemps aux coups répétés des projectiles de pierre et de fer. Incapables en l’état de lutter contre un siège, elles adoptent diverses solutions architecturales : creusement d’une nouvelle ligne de fossés pour maintenir éloignée l’artillerie de siège, édification de moineaux pour battre le fond des fossés et de boulevards, percement des ouvrages existants par de nouveaux orifices de tirs mieux adaptés et construction de tours d’artillerie de plus en plus imposantes aux endroits stratégiques pour contrôler les principaux accès. Maîtres maçons, fondeurs et canonniers sont étroitement associés sur les chantiers pour apporter les meilleures solutions techniques. Cette adaptation progressive atteint son apogée à la fin du règne de Louis XII lorsqu’en 1512 de sérieuses menaces de guerre pèsent sur le royaume et la Champagne en particulier. Les villes de Troyes, Châlons et Reims redoutant une invasion armée, entreprennent dans l’urgence et chacune à leur manière en fonction de leurs moyens de fondre de nouvelles pièces d’artillerie capables de riposter et de repousser l’ennemi et de conduire de grands travaux de mise en défense avec le concours et la précieuse aide des techniciens de la guerre, canonniers du roi et capitaines : la grosse tour d’artillerie est devenue le modèle capable de résister aux coups répétés des projectiles, les fragiles murailles renforcées de larges et hauts remparts de terre sont ponctuées de plates-formes permettant de déployer des pièces d’action lointaine. Les enceintes urbaines ont enfin opéré une véritable mutation des formes pour parer à l’efficacité grandissante de l’artillerie à poudre.
The Champagne region, a border province, was always a threatened and often invaded country. Powder artillery benefited from technical innovations after the second half of the 14th century and became extremely efficient in the 15th century. Cities in the Champagne region were confronted with this reality: their towers and bulwarks would not resist for long to the repeated impacts caused by stone and later iron cannon balls. Unable to resist a siege, they have adopted diverse architectural solutions: digging of a new line of ditches to prevent the installation of enemy artillery, construction of bulwarks and caponiers to defend the lower part of ditches, drilling of new loopholes for better shooting from existing defenses, construction of impressive gun towers in strategic locations in order to control access. Master builders, casters and gunners are closely associated during construction works in order to bring the best technical solutions. This progressive adaptation reaches its peak at the end of the reign of Louis XII when in 1512 serious threats are endangering the kingdom, in particular the Champagne region. The cities of Troyes, Châlons and Reims fear an invasion, and therefore undertake in urgency, each of them in their own way according to their capabilities, to cast new pieces of artillery able to respond to enemy attack. They also start significant defensive works with the invaluable help of the technicians of war, the king’s gunners and captains. As a result we obtain the big artillery tower that has become a model able to resist the impact of repeated shootings, the fragile bulwarks that are strengthened with wide and high earth ramparts and are punctuated with platforms allowing the placement of long-range guns. In addition, urban walls have been upgraded in order to resist an artillery fire with improving efficiency.
Texte intégral
1Février 1358 (n.st.), alors que la guerre sévit en France et que le roi Jean est prisonnier à Londres, le dauphin Charles, par ses lettres datées de Paris du 17 du mois, demande à la ville de Troyes – comme à bien d’autres villes – de mieux se fortifier et dresse un état peu rassurant de l’enceinte1 : « avec tout ce que l’en y a fait et encommencé a faire il y a moult de grans et notables deffaux […] et si n’y a mur ne paliz en suffisant estat […] partout la faut bertaulcher et gariter […] et faire pons leveiz ». L’artillerie mécanique ou à poudre fait défaut : « il n’y a pou ou neant d’artillerie et de trait ». Le tableau qui est présenté laisse deviner une enceinte imparfaite et incapable en apparence de résister à l’épreuve d’un siège : « la ville ne se pourroit tenir se il y venoit ennemis que Dieux ne veuille »2. Deux ans plus tard, le 31 juillet 1360, il est fait mention d’un canon et de 220 « plommées » pour canon au quartier du Beffroi et on peut envisager l’existence d’un canon dans chacun des trois autres quartiers de la ville, sachant que cette année-là, il existe déjà un « général commissaire sur l’artillerie de la ville de Troyes » en la personne de Pierre des Troilles3.
I. Le temps des premières adaptations : fin XIVe - XVe s.
I.1. Fossés et faux fossés
2On peut raisonnablement considérer que l’année 1358 est le point de départ d’une longue et importante campagne de travaux de fortification. Pendant plusieurs décennies, jusqu’en 1420 au moins, de grands chantiers sont mis en place pour « le renforcissement des forteresses de ladicte ville », « faire les reparations et ouvrages des dictes forteresses »4. Malgré la présence attestée de portes et de plusieurs tours, il n’est pas possible d’identifier les ouvrages qui doivent être réparés et ceux qui sont effectivement construits au cours de cette période. Toutefois, si l’essentiel des travaux consiste bien à édifier des murs en maçonnerie pour remplacer les « paliz », il ne faut pas oublier les fossés de la fortification qui subissent d’importants remaniements. Ces « fossés renforçables » jouent, avant tout, un rôle majeur dans la défense d’autant que l’édification d’une enceinte continue en maçonnerie demande beaucoup de temps. De fait, « le plus urgent et necessaire est de faire et accomplir hativement les fossez d’icelle ». En 1374, ils représentent toujours « la greigneur forteresse et seureté » de la ville5. En avant de cette ligne de défense, à une distance qu’il est difficile d’évaluer (250 m environ), s’ajoute des faux fossés non alimentés en eau, creusés au cours de la même période. Les « faulx foussés de Croncelx » sont cités en 1388-1390 et les « fossez Patrix » en 14166. Toutefois, ils ne sont présents qu’à l’ouest et au nord de la ville, le sud et l’est étant naturellement protégés par un réseau dense de canaux et de rus, constituant une vaste étendue qu’aucune voie importante ne traverse. Les faux fossés, restaurés à corvées en 1408, sensés représenter un obstacle difficilement franchissable par les assaillants et leur artillerie à feu, sont une première réponse pour tenir les canons et bombardes hors de portée des murs de Troyes7.
3En 1416, la ville est déjà dotée de plusieurs bombardes toutes placées en hauteur, au niveau « du haut sollier » des portes pour riposter en cas d’attaque : il y en a une à la porte Saint-Jacques, une à la porte du Beffroi et une autre au « sollier » de la porte de Comporté situé au dessous du « haut gallatas ou est l’espingalle »8 Il a fallu également percer des ouvertures de tir dans ces ouvrages anciens construits aux XIIe et XIIIe s. A la fin du mois de décembre, un maçon travaille à la porte du Beffroi pour « refaire et retailler la fenestre qui est en droit la bée de la bonbarde » afin « que la dite bonbarde puisse mieulx avoir son get et sa vollee ». L’usage de l’artillerie à poudre demande un personnel formé et l’on sait qu’en 1416, « Huguenin l’artilleur » occupe la porte du Beffroi et Jean de l’Isle, serrurier « commis au gouvernement des bombardes » est installé à la porte de Saint-Esprit9. En 1420, la ville fait l’acquisition de quatre « bombardeaux » – dont un fabriqué par Thibaut le fondeur – et Jean le Ramonnet, carrier à Tonnerre, promet de fournir au cours de l’année, 1000 pierres pour bombardes10.
Situation des villes mentionnées dans le texte sur fond de limite des départements actuels.

I.2. De nouvelles tours de flanquement
4Les travaux menés pendant plus de 60 ans ont certainement modifié la physionomie de l’enceinte dont les murs, à présent tous construits en pierre, sont ponctués de tours réparties inégalement sur son périmètre. De longs pans de mur en sont encore dépourvus et l’effort de fortification se poursuit par la construction de nouvelles tours jusqu’au début des années 1450 : deux tours à la Planche-Clément en 1419-1420, trois grosses tours derrière Notre-Dame-en-l’Isle en 1430-1431, une haute tour près du Saut-Périlleux achevée entre 1437 et 1439, une autre nouvelle tour achevée en 1443 et non localisée, la tour Dangereuse achevée en 1446 près de la porte de Comporté, une grosse tour près de la porte Saint-Jacques dont la construction débute en 1447, enfin une autre grosse tour près de la même porte commencée en 1450 et achevée après 145211. Les documents comptables assez sporadiques pour la période, semblent bien indiquer que tous ces chantiers menés pendant plus de 30 ans font partie d’une grande campagne de fortification tendant à parfaire l’enceinte sur le plan défensif12. Les tours en question, notamment les grosses tours, sont sans aucun doute édifiées en tenant compte de l’artillerie qui se diversifie au fil du temps. Toutefois, à bien y regarder, cette campagne ne se résume pas uniquement à la construction de tours de flanquement.
I.3. Des boulevards aux points les plus vulnérables
5Dans le deuxième quart du XVe s. on voit apparaître des ouvrages nouveaux appelés boulevards. C’est au cours d’une assemblée tenue le 3 février 1430 (n. st.) – Troyes procède alors à une mise en défense – qu’il « a esté deliberé de faire quatre boulevars » outre les quatre déjà mis en chantier à la porte d’eau de Rioteuse et devant les portes du Beffroi, de Comporté et Saint-Jacques13. Ces ouvrages, ceinturés de fossés et construits pour protéger les points les plus vulnérables de l’enceinte comme les portes et les portes d’eau, sont des massifs de terre formant un vaste terre-plein généralement pavé et délimité par une courtine en bois, rarement en pierre. Leur rôle est, semble-t-il, d’abord passif en servant de bouclier aux tirs ennemis, aucune mention ne faisant état de la présence d’ouvertures de tir pouvant accueillir des pièces d’artillerie. Il est intéressant de relever que ces boulevards ne font pas l’unanimité : le 20 avril 1431, les édiles proposent d’en édifier un devant la porte de Saint-Esprit mais « combien qu’il soit neccessaire il y a plusieurs oppinions contraires pour ce que en ceste ville a peu de gens congnoissants a faire teles choses »14. Cette remarque est à rapprocher de celle relevée à Châlons-en-Champagne en 1454, quand, le 26 mars, la ville constate qu’il est nécessaire de faire plusieurs ouvrages sur l’enceinte – on ne précise pas lesquels – et demande pour l’occasion que « fussent desputez aucuns bourgois congnoissans en ouvraiges »15. D’où cette interrogation : qui peut se dire expert en fortification et sur quelle base, comment et par qui sont diffusées ces adaptations pour faire face à l’artillerie à poudre ? La documentation existante ne livre que très peu d’indices pour cette période mais nous verrons que ce sont des « gens de guerre » avec le concours de canonniers et de fondeurs qui élaborent de nouvelles formes architecturales en matière de défense et qui contribuent à leur diffusion.
6Alors qu’on semble s’interroger à Troyes sur la pertinence de tels ouvrages pour parer les coups de l’artillerie adverse et sur la façon dont on doit les construire, étrangement, en assemblée tenue le 7 juillet suivant, « fut pourparlé de faire remplir les faulx fossez […] pour doubte des sieges ». Après une courte existence, cette ligne de défense ne servirait donc plus seulement à tenir l’ennemi éloigné, mais pourrait devenir au contraire un repaire potentiel où les troupes viendraient s’y mettre à l’abri et établir leur campement. Toutefois, l’heure n’est pas encore venue de les combler16 et il est à remarquer que pour rendre la défense plus efficace, les solutions à adopter ne sont pas aussi évidentes et les choses traînent comme le montre la construction des quatre boulevards décidée le 3 février 1430 (n.st.). Le boulevard de la porte Saint-Esprit n’est mis en chantier qu’à la suite d’une délibération du 14 avril 1433 et achevé l’année suivante. Des bois sont achetés pour « boulevarder la porte de la Magdeleine » en 1437 seulement. Quant aux deux derniers boulevards, ils ne verront pas le jour avant 146517.
7Comme toujours lors des mises en défense, la ville doit accroître le nombre des pièces d’artillerie, des pièces qui se diversifient avec l’apparition de nouveaux modèles comme les veuglaires et les couleuvrines. En assemblée tenue le 28 avril 1430, la ville prend la décision de faire « faire une grosse bombarde de bonne matiere », décision réitérée le 13 mai suivant alors que l’ennemi s’approche de Troyes. Guillaume Pasquier, canonnier, fabrique plusieurs veuglaires de fer dont « ung gros voglaire pesant environ trois milliers de fer » et Thibaut le fondeur fournit deux chambres pour cette grosse pièce. Trois couleuvrines de fer sont acquises et un veuglaire rompu au siège du château de Chappes est réparé. Les bombardeaux en cuivre ou en fer, déclarés inutiles, sont écartés. On fait acheter 1310 livres de salpêtre et 900 livres de soufre pour fabriquer des poudres à canon dont la garde est confiée au même Thibaut le fondeur. Des travaux de maçonnerie sont entrepris pour percer des canonnières. En assemblée réunie le 29 mai 1433, « a esté deliberé de faire ung ou deux pertuiz pour gecter voguelaires es murs d’entre la tour de Chappes et le rup Cordé »18.
8L’enceinte de la ville de Reims est déjà dotée de boulevards en 1426, des ouvrages alors facilement démantelés pour en voler le bois parce que situés hors les murs. Ce problème est évoqué en assemblée le 15 février : « Item quant aux bouloirs, bretesches et mantelez que l’en depiece, que l’en face informacion et hastivement ». Le 25 juin suivant, on prévoit d’inspecter ces « baulovers »« et que ceulx qui se pourront soustenir a petis frais soient reparez et les autres qui pourroient estre de trop grans frais soient demolis ». Trois ans plus tard, le 3 juin 1429 la situation n’a pas changé et la même question se pose de savoir s’il faut ou non conserver de pareils ouvrages. On ira donc à nouveau visiter « les bouloirs des portes, assavoir se on les refera et comment, ou se on les abattera ». Un boulevard est signalé à la porte Chacre en 1430, un autre à la porte de Vesle en 1433. La porte Mars n’en possède pas encore mais deux fenêtres de tir pour bombardes sont aménagées au-dessous du pont-levis ainsi qu’un « logis » pour le canonnier. Il est clair que l’utilité et l’efficacité des boulevards n’est pas démontrée mais Reims se tient sur ses gardes en ces temps troublés et demande, le 28 août 1436, à ce qu’il y ait « gens propices pour jouer des cannons » en cas de nécessité19.
9Les mêmes recommandations sont faites à Châlons-en-Champagne. Le 14 octobre 1418, après délibérations, il a été décidé qu’en chaque connétablie il y ait un homme ou deux « qui saichent jouer desd. bombardes et canons » de la ville et que l’on choisira les tours et les lieux les plus propices des murs pour percer « des canonnieres pour getter par bas des canons et bombardes par dehors ». On fait aussi appel à la population pour défendre la ville et en mars 1419 un inventaire des « bombardelles » trouvées chez les habitants est réalisé « pour prendre au proffit et pour la deffense de ceste ville ». L’année suivante, le 29 mai 1420 : il est prévu « de faire faire es tours de la ville des archieres pour getter les canons là où il semblera estre expediant ». En 1433, pour renforcer la défense des points vulnérables de l’enceinte, des couleuvrines sont installées au niveau des portes d’eau et en 1434, des bois sont achetés pour construire un boulevard devant le « chastel » Saint Antoine, une des portes d’eau de la ville20. Edifié à une date inconnue, le boulevard de la porte Saint-Jacques est fortifié en 1475-1476 avec l’aménagement de canonnières. Peu de temps après, des travaux sont entrepris au boulevard de la porte Saint-Jean21.
I.3. Renforcement des murs et percement de canonnières
10Nous venons de voir que dès les années 1420, des canonnières aussi qualifiées d’« archieres » sont aménagées au bas des murs de Châlons-en-Champagne. A Troyes, l’enceinte s’adapte progressivement à l’évolution de l’artillerie à poudre jusqu’à la fin des années 1440 mais déjà les murs, élevés pour la plupart dans l’urgence au cours de la seconde moitié du XIVe s. avec des matériaux assez peu résistants22 menacent de tomber en plusieurs endroits dès 1447, année où « les murs de darrier l’Ysle […] estoient esboulez en deux lieux », en 1450 où « environ VIxx et dix piez [130] des murs estant derrier la Plenche Clement […] avoient esté esboulez », en 1452 une partie des murs situés derrière Bourbereault, à l’autre extrémité de la ville, menace ruine et en 1457, « grant partie d’iceulx murs sont cheuz ». En 1458 « aucuns desd. murs [sont] trés fort malades ». La situation est alarmante et place la ville dans l’insécurité la plus totale. Les édiles ordonnent aussitôt que tous les murs soient réparés, renforcés, rehaussés et protégés par une charpente couverte de tuiles. Les travaux entrepris en 1457 vont durer jusqu’en 1469 au moins et sont aussi l’occasion de généraliser la pose de couverture sur les tours qui n’en possèdent pas encore23.
11Dans l’entrefaite, en 1465, en raison de la guerre dite du Bien Public, Troyes a dû se mettre en état de défense. Dès la semaine du lundi 26 mai et dans l’urgence, de nombreuses interventions sont entreprises sur l’ensemble du périmètre fortifié. Elles consistent « a mectre a point les canonnieres », « a mectre en estat les canonnieres de plusieurs tours » et à « asseoir plusieurs arrestz des canonnieres ». Ces « arrestz » – des barres de recul servant à amortir la pièce au moment du tir – sont taillés dans des pièces de bois « baptis » (de construction), d’autres sont forgés. « Plusieurs arrestz de fer », 75 barreaux fournis par Jacquin Drouot, maréchal, sont encastrés « es lucarnes des murs », sans doute pour l’usage des couleuvrines à crochets. Des maçons sont employés à « mectre a point les creneaux », à « avoir rapetissé les creneaulx » des murs et posent des crampons pour pendre les barbacanes24. Deux nouvelles canonnières sont percées « soubz les murs aux deux costez de la porte Saint Jaques », une « soubz les murs devant les Chambres du Roy » près de la porte de Comporté et d’autres encore dans le boulevard de cette même porte. Deux nouveaux boulevards sont édifiés : un à la porte d’eau de la Planche-Clément, un autre à la porte Saint-Antoine. Ceux de la porte du Beffroi et de la porte d’eau de Rioteuse sont renforcés25. La ville de Châlons-en-Champagne n’échappe pas à cette mise en défense de 1465. Le 27 mars, Michelet Gourlier fournit des grosses couleuvrines et défense absolue lui est faite d’en vendre à l’extérieur. Le 24 mai suivant, dans l’urgence, on décide de « rompre les tours et y faire canonnieres pour deffendre les pans des murs de la ville ». Ces aménagements vont se prolonger bien au-delà. En 1472-1473, de nouvelles canonnières sont percées dans dix tours situées à l’est de l’enceinte et à la porte Saint-Jacques et il est encore fait mention d’archères neuves dans d’autres tours26.
12Cette mise en défense de 1465, essentiellement caractérisée par la modification des créneaux des murs et des canonnières des portes et des tours, se traduit aussi par le renouvellement de l’artillerie. La ville de Troyes revend 32 livres « de matiere demoree de reste de l’artillerie tant vuglaires que ribaudequins et grosses coulevrines nagaires faiz » – probablement en 1462 – par les fondeurs Guillaume Corretier, Perrin Costeret et Henri le Sarrurier. Un veuglaire de fer fondu par Jean Potier des forges de Vendeuvre-sur-Barse est livré avec trois chambres, le tout pesant 1075 livres de fer. Il est enchâssé de bois par le charpentier Nicolas Perret. Regnault des Cours, aussi charpentier, s’affaire à « emmancher de charpenterie XVI ribaudequins » entreposés dans la tour des Violettes. Un ribaudequin et de grandes serpentines sont signalés à la porte de la Madeleine, un « bombardeau » à la porte Saint-Antoine. Douze pots de terre sont achetés « pour départir la pouldre a canon ès tours ». Ces différentes pièces – ribaudequins, serpentines et couleuvrines – sont souvent désignées sous le terme générique de canons ou « bastons à feu ». Durant la semaine du lundi 10 juin 1465, un manouvrier a nettoyé « les faulx fossez prés de Saincte Savine pour mieulx aisement gecter et esprouver les canons »27. On voit bien que la ville en possède beaucoup pour pouvoir riposter aux batteries ennemies mais à aucun moment il nous est permis d’en connaître l’inventaire exact. Un point important est à noter, et non des moindres. En cas d’urgence ou d’« éminent péril », la ville fait appel aux habitants qui possèdent de l’artillerie pour renforcer la défense le moment venu. En assemblée tenue le dimanche 21 juillet 1465, il est décidé que « ceulx de ceste ville qui ont coulevrines se garniront de plomées à leurs despens » et la ville « départira la poudre » en temps utile28. Nous n’en saurons pas plus mais un inventaire réalisé quelques années plus tard, en octobre 1474, révèle que la population de la ville détient 4 canons, 572 couleuvrines à main et à crochets29.
I.4. Des moineaux dans les fossés
13Toutes ces opérations de mises en défense et les travaux entrepris sur les murs de la ville ne doivent pas occulter l’apparition discrète dans la documentation d’ouvrages de fortification jusqu’alors inconnus dans le système fortifié troyen : ce sont les moineaux, construits en bois, rarement en pierre, édifiés sur l’escarpe des fossés pour en assurer la défense. Les dates de construction de ces ouvrages nouveaux, comme l’ont été les boulevards quelques décennies plus tôt, ne sont malheureusement pas connues, mais elles ne paraissent pas être antérieures à 1460. Nous savons que pour défendre la ville de Dijon en 1468, Thibaut de Neufchâtel, maréchal de Bourgogne, décide d’édifier des moineaux dans les fossés pour battre le long des murs et des fossés mais de façon provisoire seulement30. Là encore, ces ouvrages font débat. AReims, il semble ne pas y avoir de moineaux avant février 1471. A cette date, on expose qu’il est « grant besoing et neccessité » d’édifier « des moynnetz » mais on s’éternise en délibérations jusqu’en juillet suivant31.
14A Châlons-en-Champagne, le 26 mars 1454, la ville se rend bien à l’évidence qu’il est nécessaire d’édifier plusieurs ouvrages sur l’enceinte – on ne dit pas lesquels – et demande à ce que « fussent desputez aucuns bourgois congnoissans en ouvraiges ». Vingt ans plus tard il semble ne pas y avoir encore de moineaux pour défendre les fossés de l’enceinte car, en effet, le 15 juillet 1474, il est remontré que « la ville n’estoit pas reparée en fortifficacion tant en fossez, boulevars comme en moynetz ainsi que le roi cuidoit et entendoit qu’elle feust ». C’est en 1475-1476, au cours de travaux entrepris au boulevard de la porte Saint-Jacques, que des pièces de bois sont enfin achetées pour faire les cintres du gros « moynnet du boulovart »32. La défense des fossés du boulevard de la porte Saint-Jacques est renforcée en 1491-1492 par la construction d’un « moynnet neuf »33. Et lors de la visite d’inspection des fortifications les 10, 11 et 12 mai 1491, de nouveaux moineaux sont envisagés entre la porte Saint-Jacques et la porte Saint-Antoine, là où il « n’y a deffences par bas » et ce « combien qu’il y ait sept tours fort petites qui sont massives »34. Et les experts d’hésiter encore sur les ouvrages à construire : « parquoy seroit bon faire entre lesd. deux portes, deux grosses tours ou bons moynetz »35. ATroyes, plusieurs moineaux sont signalés autour de l’enceinte :
1465 : les travaux de couverture du moineau situé entre la tour des Violettes et la porte de Comporté sont achevés.
vers 1470 : construction d’un « trés bel et bon moynet » en pierre à la porte de la Madeleine, lequel a « environ XXXVI piez de saillye dedans euvre au travers et dedans les fossez » selon le
devis et « pourtraict » du maître maçon juré Antoine Colas1479 : réparation du moineau de la porte d’eau de la Planche-Clément
1480 : réparation du moineau sous le pont-levis de la porte du Beffroi
1482 : réfection de la couverture du moineau de la porte d’eau de Rioteuse
1487 (n. st.) : réfection de la couverture du moineau au pied de la tour au Mitre
1505 : réparation de la porte du moineau contre la porte Saint-Jacques36.
15Dans la seconde moitié du XVe s., l’enceinte rémoise est dotée de nouveaux boulevards et de moineaux. Le renforcement de la défense a pour origine une délibération du 11 février 1471 (n.st.) faisant état que « grant besoing et neccessité estoit pour la garde seureté et fortifficacion de ceste cité faire ung boulovart a porte a Vesle et des moynnetz sur la muraille » et pour mener à bien ces travaux, l’avis des maîtres des œuvres sera d’un grand secours « ensuivant l’oppinion autresfoiz baillée par Salefait et autre gens de guerre en ce congnoissans ». Un an plus tard, le 6 juillet 1472, on fait savoir « qu’il estoit expedient et trés neccessaire de faire deux boulevoirs a porte a Vesle, de faire des batardeaulz ou moingnetz es fossez de la ville » et le 13 septembre suivant on en est encore à demander « promptement et hastivement faire certains boulvoirs aux portes et muraille de la forteresse et closure d’icelle ville, curer et enfonsser les fossez, adosser de terre la muraille tant par dedans la ville que par dehors »37. C’est dire le temps que prennent ces hésitations pour en arriver aux réalisations concrètes. Toutefois ce ne sont pas ces ouvrages qui renforcent véritablement la défense de la ville. Comparée aux enceintes de Troyes et de Châlons-en-Champagne, l’enceinte rémoise est beaucoup plus développée mais les ouvrages de flanquement manquent sur une grande partie du front est38. C’est dans les années troublées de la fin du XVe s. que Reims entreprend la construction de nouvelles tours adaptées à l’artillerie (fig. 1).
Fig. 1 : Reims : fortification du front est de l’enceinte par la construction de deux tours d’artillerie à la fin du XVe s. et d’une très grosse tour à partir de 1501 (« Troyes, Châlons, Reims et leurs fortifications au début du XVIe siècle » ; In : La Vie en Champagne, n° 445, septembre 1993, p. 9).

I.5. Les tours d’artillerie
16Le 1er juin 1489 un premier devis est établi pour édifier une tour d’artillerie derrière le jardin des Augustins, appelée la tour du Mont-Dieu. Elle est composée de deux étages voûtés sur croisées d’ogives et percé chacun de trois canonnières, dont une en capitale « bien voltée et bien estanssonnée pour l’ouvrer et virer les bastons qu’on y assortira a l’avantage et au plaisir du canonnier » et surmontée d’une archère ; le niveau bas comporte deux autres canonnières sur les flancs « pour battre au long de la douve des fossez » ; la plate-forme sommitale ou terrasse est couverte « de plas de pierre en façon qu’elle puisse gecter ses eaues dedens les les [sic] fossez par cinq gargoules de pierre et des archieres sont prévues dans le parapet selon la devise desd. gouverneurs et gens en ce congnoissans ». L’ouvrage est marchandé à trois maçons de la ville, Jean Briet, Jean Colebert et Jean de Châlons. En 1491-1492, Pierre de La Forest monte les cintres « pour volter la dessusd. tour derrier les Augustins »39, tour qui doit sans aucun doute être achevée quand, en 1496, une autre tour d’artillerie est déjà envisagée sur le même front est de l’enceinte.
17- Le 10 mai 1496, un deuxième devis est dressé pour la construction d’une autre nouvelle tour derrière la grange du Temple à l’endroit d’un moineau couvert de terre. Sa conception ne diffère pas de celle de la tour du Mont-Dieu : un mur au bas de la tour épais de 10 pieds (3,25 m) et 20 pieds « dedens euvre » (7 m), soit une largeur de 13,50 m. Deux étages voûtés sur croisées d’ogives sont prévus avec au sommet une plate-forme « sur laquelle sera mis le pavé de platz de pierre pour demourer au descouvert ayant trois gargoules qui porteront les eaues hors ». Chaque niveau est percé de canonnières, une en capitale et deux sur chaque flanc « faites par le meilleur advis qu’on pourra prendre » et, détail très important, elles sont « fort fendues par dehors et a petite bouche par dedens ». La différence vient de la conception des ouvertures de tir. Alors que la tour du Mont-Dieu comporte encore des archères-canonnières, niches de plan triangulaire à ébrasement simple où l’ouverture de tir est pratiquée au nu du parement extérieur (fig. 2), la nouvelle tour derrière le Temple est percée de canonnières plus évoluées d’après la description qu’en donne le devis, présentant un large évasement horizontal sur le parement externe permettant un meilleur balayage et où l’orifice de tir circulaire – avec cran de mire – est placé en arrière dans l’épaisseur du mur de la tour. Ces canonnières, dites canonnières à la française, sont à rapprocher de celles de la tour du Boulevard édifiée à Mussy-sur-Seine vers 1495 (fig. 3 et 4)40. Parmi les maçons présents à l’enchère, c’est Oudinet Navarre, maçon de Reims, qui remporte le marché de la construction. Il est tenu de « faire et volter les secretz à bouter les pouldres » (ce sont les niches aménagées en retrait de la canonnière pour y loger la poudre en toute sécurité) et de rendre l’ouvrage fait et parfait à la Saint Jean-Baptiste 1497, au plus tard à la Saint-Rémi. Pourtant, le mardi 6 novembre 1498, des ouvriers travaillent encore « à la tour derriere le Temple qui est sur le point d’être achevée »41.
18A Châlons-en-Champagne, à l’exception de la construction d’« une tour neufve estant au prés de la porte du Jard du costé devers les Cordeliers » par le maçon Robert Pariset, en 1473-1474, tour « devisée » par les nobles, les bourgeois, habitants et gouverneurs de la ville et sur laquelle nous n’avons pas de renseignement42, aucun ouvrage de fortification important n’est édifié à la fin du XVe s. Dans le cadre de la mise en défense de l’année 1498, les pièces d’artillerie déposées dans les portes et les tours sont inventoriées le 16 juillet et des travaux pour transformer les canonnières des boulevards et de plusieurs tours, sont aussitôt engagés. Parmi ces modifications, notons qu’« au boullevart de la porte Saint Jehan fault faire une canonnière fendue » pour y mettre une serpentine, qu’« en la tour des Merciers fault faire une canonnière fendue par devant » pour y mettre un faucon ou un autre bon bâton à feu et qu’« en la tour Absalon fault faire la canonnière basse a la mode nouvelle », autant d’éléments qui démontrent que les enceintes urbaines doivent sans cesse adapter les ouvrages anciens en « bricolant » tant bien que mal les ouvertures de tir pour tenter de les rendre plus efficaces. On préconise même d’aménager une terrasse au sommet de la tour du Four pour y placer, le cas échéant, un bon gros bâton à feu43.
Fig. 2 : Reims, la tour du Mont-Dieu en cours de fouille : archère-canonnière de la fin du XVe s.

(Cliché : © B. Collet, 28 mai 1994).
Fig. 3 : Mussy-sur-Seine, la tour du Boulevard (fin XVe s.) : canonnière de la casemate supérieure du flanc droit sous la terrasse sommitale flanquant la courtine.

(Cliché : © B. Collet).
Fig. 4 : Mussy-sur-Seine, la tour du Boulevard (fin XVe s.) : canonnière du flanc gauche

(Cliché : © B. Collet).
19A Troyes, il n’y a pas non plus de constructions majeures à cette période. Les murs de l’enceinte et les tours, pourvus de canonnières transformées, rénovées, paraissent en état satisfaisant. Des boulevards protègent les portes et portes d’eau, points vulnérables par excellence et des moineaux viennent compléter le système défensif au niveau des fossés mais ces ouvrages sont assez mal ou pas du tout entretenus, si bien que la plupart sont ruinés et s’effondrent. Le moineau de Rioteuse « qui est de bois et bien ancien tellement qu’il ne se puet soustenir » est abattu en 1490 ; le moineau en bois de la porte du Beffroi est démoli en 1494 « pour ce qu’il estoit pourry et en ruine » ; le « viel » moineau de bois de la tour au Mitre « qui est porry et tumbé » en 1497 est reconstruit en pierre l’année suivante et c’est bien le seul. Quant au « viel » moineau de bois de la porte de Comporté qui « estoit tout pourry par le pied » et l’un de ses pans « tumbé et versé a terre », il est démoli en 150744.
20En 1486, on restaure le boulevard de la porte de Comporté et le boulevard de la porte du Beffroi est réparé « de fagos, terre et planches ». En 1489, des maçons et des charpentiers rédigent « leur rapport de se qui faloit fayre esdiz boulevars » des portes du Beffroi et de Croncels. En décembre 1493, il faut renforcer et lier les grosses pièces de bois du boulevard de la porte Saint-Jacques « pour ce qu’ilz versoient et vouloient cheoir ». Malgré les travaux de consolidation, le « boulevard » menace toujours de tomber à la fin de l’année 1496. L’année suivante, les édiles constatent « la grande ruyne qui est en tous les boulevards » et décident d’intervenir rapidement au boulevard de la porte Saint-Antoine. Quant au boulevard de la porte de Saint-Jacques, « si viel et caducque par porriture », sensé protéger la partie orientale de l’enceinte « est en danger de tost tumber » en novembre 1504 et ce malgré deux visites d’expertises organisées les 22 février et 12 mars 1499 (n. st.) signalant sa ruine imminente45.
21Boulevards et moineaux, édifiés le plus souvent en bois, à moindre coût, rapidement et « légèrement » pour réactualiser le système défensif et le renforcer, paraissent être des « solutions de fortune » non pérennes46. La ville n’ayant pas eu à subir directement des menaces, le rôle de ces ouvrages dans la défense n’est pas apparu évident aux yeux des édiles et ils ont été laissés à l’abandon malgré les périls de guerre toujours présents à la fin du XVe s. Néanmoins, l’artillerie est régulièrement révisée, augmentée et placée dans les portes, les tours et dans la grange, prête à être utilisée en cas d’urgence47. En 1476, la ville fait l’acquisition de 20 couleuvrines à crochets et en 1498, deux bonnes serpentines sont installées dans chacune des portes de Croncels, du Beffroi et Saint-Jacques. Les provisions de soufre et de salpêtre sont reconstituées et les poudres à canon « rafraîchies »48.
Fig. 5 : Troyes, la tour Hercule flanquant la porte d’eau de la Planche-Clément, avant 1856 (Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie (MBA), D.46.19.32, détail).

Fig. 6 : Troyes, archère-canonnière à la base de la tour Hercule défendant l’entrée de la porte d’eau de la Planche-Clément (Coll. particulière, photographie prise en juin 1943, détail).

Fig. 7 : Troyes, la porte Saint-Jacques en cours de démolition en 1832 ; à gauche du « châtelet » d’entrée une archère-canonnière tirant en direction de l’entrée du boulevard devant la porte (MBA, D.45.7.74)

22En résumé, à la fin du XVe s., l’enceinte de Troyes présente tous les caractères d’une enceinte classique composée d’ouvrages défensifs très différents, résultat de plusieurs campagnes de travaux activement menés dès la seconde moitié du XIVe s. Pour des raisons de sécurité évidentes, les portes d’eau – à Troyes elles sont appelées « arches » – insuffisamment sécurisées, sont fermées par de bonnes grilles et des herses de fer amovibles en 149149 (fig. 5). Le nombre des accès sur le périmètre fortifié est réduit : des tours portes secondaires sont murées en cas d’éminent péril, d’autres sont définitivement condamnées, quatre portes principales sont conservées. Trois d’entre elles sont richement décorées : En 1462-1463, la porte Saint-Jacques, dont les deux tours ont été récemment rehaussées d’une chambre de guet, reçoit une décoration monumentale où des bannières d’airain et de cuivre embellissent ses toits couverts d’ardoises50. En 1465, la porte Saint-Antoine est décorée de fleurons, de bannières et d’autres ouvrages de plomberie. En 1488, la porte du Beffroi est aussi dotée d’ornements en plomb et de bannières peintes d’azur et de fleurs de lis51. C’est cette enceinte toute médiévale encore que la ville essaye d’adapter au mieux et à moindre frais aux progrès de l’artillerie à poudre. Ces adaptations touchent principalement les ouvertures de tir (fig. 6 et 7) et vont encore se poursuivre au siècle suivant (fig. 8, 8 bis et 9).
Fig. 8 : Troyes, la tour Barbazan flanquant la porte d’eau du Noyer-aux-Enfants.

Fig. 8 bis : Détail de la canonnière à redans défendant la porte d’eau (MBA, inv. 0.1143, tirage moderne J-M Protte d’après négatif verre au collodion, avant 1856).

Fig. 9 : Troyes, la tour Hercule : canonnière flanquant la courtine (MBA, inv. 0.1126, tirage moderne J-M Protte d’après négatif verre au collodion, avant 1856, détail).

23Mais les Troyens sont-ils véritablement en sécurité derrière leurs murs ? Ce qui inquiète la ville et peut la rendre vulnérable, c’est l’état de délabrement avancé dans lequel se trouvent trois des anciennes portes de ville dont la construction remonte au début du XIIe s. En mai 1497, des maçons et des charpentiers en visite à la porte du Beffroi constatent que la base de l’ouvrage ancrée dans le profond fossé « est en grant dangier de fondre et cheoir » et que le mur qui soutient le pont-levis entre les deux tours est fissuré et « sambloit estre dangereux ». Les experts demandent à étayer la porte dans l’urgence52 et l’année suivante, des travaux dont la nature est déjà proposée dans un devis dressé par le maître maçon Antoine Colas en 1470 ou 1471 sont prévus. Or, le 15 novembre 1499, une inspection générale des portes a lieu pour tenter d’évaluer les travaux utiles à leur « antretenement » – leur conservation – où il apparaît que les portes de Comporté et de Croncels sont autant concernées que celle du Beffroi53. Devant l’ampleur des travaux à mettre en œuvre pour tenter de conserver ces portes délabrées, le gouverneur de Champagne envisage plutôt d’entreprendre une reconstruction totale. Ç’en est fini des vieux ouvrages inadaptés, place est faite maintenant aux grosses tours d’artillerie.
II. Les grandes transformations de la première moitié du XVIe s.
II.1. L’intervention des techniciens de la fortification
24A Troyes, c’est le chantier de construction de la grosse tour porte du Beffroi qui inaugure les premières années du XVIe s. (1501-1507) et une série d’interventions importantes vont contribuer à réactualiser, à moderniser l’enceinte de cette ville jusqu’en 1544. Bien entendu, le projet de réparation de la porte du Beffroi élaboré en 1470 ou 1471, vieux maintenant de 30 ans et complètement dépassé, est définitivement écarté. De nouveaux modèles d’ouvrages fortifiés ont déjà vu le jour en Bourgogne avec les châteaux de Dijon, Beaune, Auxonne et en Champagne, comme à Langres (tour Saint-Fergeux)54, Reims ou encore Châteauvillain (fig. 10 et 11) : Ces tours d’artillerie, à plusieurs niveaux de feux et à plate-forme sommitale pouvant accueillir derrière d’épais parapets des pièces pour des tirs d’action lointaine, sont une des solutions les mieux adaptées pour fortifier les enceintes. C’est sous ces nouvelles formes architecturales qu’on reconstruit aussi les portes de Comporté (fig. 12) et de Croncels (fig. 13). Les trois chantiers sont dirigés par Jean Guayde, maître maçon de Troyes qui en a dessiné les plans. Ainsi, présente-t-il, en juillet 1501, le projet de la grosse tour porte du Beffroi au gouverneur de Champagne, au bailli de Troyes « et autres seigneurs et gens de guerre cognoissans en semblables ouvrages pour avoir sur ce leur conseil et advis affin de mieulx faire ledit ouvrage pour la seurreté du Roy nostre sire et de ceste ville »55.
25Les progrès techniques accomplis pour rendre toujours plus performante l’artillerie de siège à la fin du XVe s. ne sont pas restés sans conséquences sur les enceintes et ont grandement influencé la conception même des ouvrages défensifs : les murs de maçonnerie considérablement épaissis (ils atteignent 6,64 m à la tour porte du Beffroi), sont savamment percés d’« embrasures à la française » sur plusieurs niveaux, ouvrant ainsi considérablement le champ de tir et permettant de battre la campagne sous tous les angles possibles (fig. 14, 14 bis et 15)56. La chronologie du chantier de la porte du Beffroi ne manque pas de préciser à maintes reprises cet aspect essentiel du percement des ouvertures de tir : il est bien question d’édifier « une grosse tour qui se avanceroit aux champs pour mieulx batre d’artillerie d’une part et d’autre lad. porte tant dedans les fossez que aux champs ». En 1509, deux ans après l’achèvement de cet ouvrage de 28 m de diamètre, des aménagements sont encore apportés à deux des canonnières de la plate-forme,
« l’une regardant par les champs du costé de Saint Nicolas pour tirer artillierye en tirant sur la chaussée et faulce porte de la porte de Croncelz jusques a Breviandes et traversant les champs jusques a Saint Andreau et Montier la Celle, et l’autre du costé et par dessus l’eglise de Saint Anthoine en traversant jusques au village des Noes »57 (fig. 16).
26Ainsi, à partir des canonnières de cette grosse tour, tous les environs peuvent être largement couverts par les tirs d’artillerie.
Fig. 10 : Châteauvillain, la tour des Linottes ou des Lépreux, grosse tour d’angle au bord de l’Aujon

(Cliché : © B. Collet).
Fig. 11 : Châteauvillain, la tour des Linottes ou des Lépreux : canonnière du flanc gauche, embrasure à trémie fin XVe s.

(Cliché : © B. Collet).
Fig. 12 : Troyes, la porte de Comporté édifiée de 1508 à 1509 (M Grand Troyes, plan ms. 13, fin XVIIIe s, détail).

Fig. 13 : Troyes, les deux grosses tours de la porte de Croncels édifiées en deux étapes, 1512-1513 et 1522- 1525 (AM Troyes, plan Coluel, 4 Fi, 1753-1769, détail).

Fig. 14 : Troyes, les canonnières de la grosse tour porte du Beffroi : plan de la tour au niveau du fossé et du moineau sous le pont-levis (d’après Gaussen, MBA, D.45.7.25).

Fig. 15 : Troyes, une des grandes canonnières à la française de la tour porte du Beffroi (1,20 m. de largeur) tirant en direction de la tour Boileau à environ 6 m. du fond du fossé (MBA, D.45.7.49, détail).

Fig. 14 bis : Plan de la tour au niveau du passage charretier (d’après Chattas, début XIXe s, coll. part.).

Fig. 16 : Troyes, la grosse tour porte du Beffroi et une de ses grandes canonnières sommitales tirant en direction de la tour Boileau (MBA, 850.1.3, c. 1635, détail).

27De la même façon, en 1510, quand est projetée la reconstruction de la vieille porte de Croncels, on ne manque pas de préciser le rôle qu’elle aura dans la défense : « icelle pour batre jusques a la tour Boyleaue et dés icelle porte en tirant selon la muraille devers la Planche Clement et le villaige de la Vacherie et aussi droit en tirant en Bourgongne »58 (fig. 17). Comme à la tour porte du Beffroi, les tirs d’artillerie pratiqués depuis les canonnières des deux tours de cette nouvelle porte pourront assurer un balayage sur pratiquement 180 degrés.
Fig. 17 : Troyes, la porte de Croncels : une des grandes canonnières sommitales tirant en direction de la tour Boileau (MBA, 850.1.3, c. 1635, détail).

28Rapportons encore cette décision prise lors des délibérations du 10 avril 1514 : la ville décide que « seront veues et visitees les canonnieres nouvellement faictes » près de la porte de Comporté, en compagnie du canonnier Petit Jean (il s’agit de Jean Marchant) « pour veoir et scavoir si elles sont bien faictes ». Percées dans le mur en retour d’angle à proximité de cette porte pour augmenter sa puissance de feu et mieux défendre ses abords, elles répondent à l’avis donné par le capitaine Damien en mai 1512 de « faire trois canonnieres qui defauldront [défendront] et tireront du long des murailles des fossez et des champs jusques a Saincte Savyne, Sainct Anthoine et Pouilly, lesquelles canonnieres ainsi faictes serviront de boullevart devant ladicte porte »59. Les canonnières retiennent bien toute l’attention tant elles sont fondamentales dans la défense et chaque chantier de fortification voit le passage et la visite de fondeurs et de canonniers prodiguant leurs précieux conseils sur la façon de les construire en tenant compte de la typologie du terrain et des zones à défendre. Le maître maçon doit attendre les avis techniques de ces spécialistes – les « gens congnoissans en telz affaires » si souvent rencontrés et demandés – et à partir de ce moment-là seulement, il peut continuer la construction de l’ouvrage.
29L’exemple le plus ancien ne remonte pas avant le mois de juin 1498. Alors que les fondations du moineau situé au pied de la tour au Mitre sont en cours de construction, le receveur des deniers communs, le contrôleur des ouvrages de la ville, les maçons Nicolas Fajot et Pierre Joyeulx, ainsi que les fondeurs Henri Sarrurier et Henrion Costeret se sont retrouvés sur le chantier pour visiter « lesd. fondements d’icelluy moegneau et marquerent le lieu pour faire les archeres d’icelluy ». Les maçons n’ont plus qu’à suivre les indications données par les fondeurs, ces « gens congnoissans en telz affaires »60.
30Sur le chantier de la tour porte du Beffroi, la semaine du lundi 18 octobre 1501, la ville a offert le vin au fondeur Henrion Costeret et à d’autres personnes non citées pour les récompenser d’« avoir esté par deux fois a laditte tour pour avoir leur advis pour fayre les canonnyeres ». L’année suivante, la semaine du 14 novembre 1502, du vin est à nouveau « ballyé aux fondeurs pour boyre pour avoir leurs advis » sur une canonnière au bas de la grosse tour du côté du faubourg Saint-Antoine61.
31Pour ce qui concerne la porte de Comporté, le jeudi 9 mars 1508 (n.st.) avant que ne commence le chantier de construction, la ville a décidé de convoquer un grand nombre de personnes, dont les officiers du roi, mais aussi et surtout « Henrion Costeret fondeur et autres gens a ce cognoissans pour par l’adviz de tous refaire et reediffier lad. porte » et y percer de bonnes canonnières62.
32L’exemple de la porte de Croncels est sans doute le plus explicite encore sur le rôle des techniciens de la fortification. Au cours de la semaine du lundi 27 octobre 1511, quelques mois seulement avant la construction du nouvel ouvrage, une recommandation de taille est rapportée, spécifiant « que quant ledit ouvrage seroit monté jusques aux premieres bateryes que en y persast rien sans lui [le gouverneur] faire savoir et que lors ballieroit homme bien cognoissant qui ordonneroit de perser l’ouvrage pour les bateryes ». On ne peut être plus clair. Le maître maçon Jean Guayde a commencé la construction de la porte la semaine du lundi 26 avril 1512 et a attendu le passage de deux canonniers du roi lesquels, quatre mois après, la semaine du lundi 30 août, se sont vu offrir le vin pour avoir visité « l’ouvrage des quanonieres dudit Croncelz »63.
33Enfin, en 1518 (n.st.), la ville entend construire un gros boulevard de maçonnerie devant la porte Saint-Jacques et la visite, organisée le vendredi 11 mars, a rassemblé tous les ouvriers concernés par le projet, « maçons et charpentiers et autres tant fondeurs que perreeurs »64.
34Les canonniers, comme les fondeurs, sont donc bien les spécialistes de la fortification et des mises en défense des enceintes urbaines et leur rôle sur les chantiers est capital, à tel point que le maître maçon s’efface presque pour ne plus appliquer que leurs conseils ou « ordonnances » en matière de percement de canonnières. On notera le soin avec lequel le maître maçon prépare les « tretz » de maçonnerie qui vont guider les maçons65 et de citer encore qu’en 1525, au moment de l’achèvement de la porte de Croncels, le maître maçon de la ville, Jean Chaulx, travaille « a conduire les traiz de maçonnerie aud. lieu sur l’ordonnance donnée par Jean Marchant canonnier »66. En quelques années, les canonniers sont devenus incontournables, sollicités de toutes parts par les villes qui en ont grandement besoin pour parfaire la défense de leur enceinte. Pour s’en convaincre, rappelons que le 27 juin 1536, alors que la guerre sévit en Picardie, La Roche écrit à Charles de Vendôme depuis La Fère pour lui demander que La Madeleine, un des commissaires de l’artillerie, puisse venir à son secours et de préciser que « si ne vous en povez passer envoyez moy ung quanonnyer qui se congnoisse bien en fortifficacion et rempars et pour bien divyser une quanonnyere »67. On ne peut pas mieux être renseigné sur le rôle primordial que joue le canonnier dans la défense des places.
35L’intervention des canonniers et des fondeurs sur les chantiers de fortification n’est absolument pas spécifique à la ville de Troyes. Ils sont également présents dans d’autres villes de Champagne pour de semblables interventions. Rappelons que pour construire la tour du Mont-Dieu à Reims, le devis de 1489 spécifie qu’à chaque niveau de cette tour « aura en chascun droit en la poincte une canonniere souffisant et bien voltee et bien estanssonnee pour l’ouvrer et virer les bastons qu’on y assortira a l’avantage et au plaisir du canonnier ». De la même façon, en 1496, il est préconisé que chaque étage de la nouvelle tour derrière le Temple sera percé de canonnières, une en capitale et une sur chaque flanc « la plus adventageuse qu’on y pourra faire », toutes « faites par le meilleur advis qu’on pourra prendre » et, détail très important, elles seront « fort fendues par dehors et a petite bouche par dedens ». Le lien étroit qui existe entre les formes architecturales des embrasures de tir et ce qu’en attend le canonnier, est ici bien décrit. Au tout début du XVIe s., en juillet 1501, le gouverneur de Champagne ordonne aux Rémois d’édifier « une bonne, forte et puissante tour » derrière les Cordeliers, dépassant en dimensions les deux précédentes tours (un mur frontal de 6,50 m d’épaisseur). Mais les travaux de cette Belle Tour n’avancent pas vite et le 10 juin 1507, Thibaut d’Archet, canonnier ordinaire du roi demeurant à Craonne, vient à Reims pour visiter le chantier : « l’avoit l’en mené a la tour commancee a faire aux fossez derriere les Cordeliers pour adviser ou ne commant on pourroit faire les persees pour s’en servir a metre bastons a feu, laquelle tour led. Thibaut avoit veu et mis son advis par escript touchant lesd. persees ». Ces canonnières devront être « les plus triangulaires que faire se pourra » afin « que les canonniers y puissent jouer a leur aise ». Là encore, cette information démontre parfaitement l’étroite collaboration qui existe entre le maçon et le canonnier sur les chantiers. Il est toutefois essentiel de préciser qu’avant la visite du canonnier Thibaut d’Archet, le maître maçon de Reims, Coleçon Boudin, est venu à Troyes en 1507 pour « veoir une tour a feu qui y est faite », en l’occurrence la tour porte du Beffroi en voie d’achèvement, « pour savoir commant les persées estoient faites afin d’en faire son rapport pour selon icellui adviser qu’on avoit a faire touchant les persees de la tour commancee derriere les Cordeliers »68.
36Cette mention révèle et confirme l’existence de déplacements de maçons ou maîtres maçons dans d’autres villes, des « voyages » qu’ils effectuent pour s’informer des dernières évolutions en matière de conception d’ouvrages défensifs. Le maître maçon de la ville de Troyes, Jean Guayde, n’y a pas échappé. Après avoir remporté le marché de la construction de la tour porte du Beffroi, le lundi 29 mars 1501 (n. st.), il est envoyé à Dijon au mois de juillet suivant sur ordre du gouverneur « pour veoir les canonnieres du chasteau et autres ouvrages de maçonnerye afin d’y avoir advis »69. Sur la route, il s’est probablement attardé à Mussy-sur-Seine pour voir une tour d’artillerie percée de canonnières à la française et récemment construite au bord de la Seine pour commander la route venant de Bourgogne70. Arrivé à Dijon, il retrouve le maître maçon de la ville et maître d’œuvre du château, Jean Norrissier71. Les deux hommes se connaissent déjà. Jean Norrissier est venu à Troyes le 27 mars pour inspecter la vieille porte du Beffroi qui menace de s’effondrer et surtout « avoir son adviz de l’ouvraige qu’il convient faire » pour la remplacer. Bien que formé et initié à la fortification en prenant exemple sur les tours du château de Dijon, onze ans plus tard, en plein mois de janvier 1512 (n.st.) et avant d’entreprendre la construction de la porte de Croncels, Jean Guayde est allé à Mouzon sur ordre du gouverneur de Champagne, pour « veoir et visiter les tours et muraille dud. Mozon afin d’estre adverty pour besongner a la porte de Croncelz », et plus précisément « pour veoir une tour que l’on ediffie aud. lieu affin d’estre adverti de la façon d’icelle pour y avoir advis sur les ouvrages de la porte de Croncelz »72.
37Dans les premières décennies du XVIe s. les fortifications de la ville frontière de Mouzon ont présenté un intérêt certain pour les maîtres maçons. Celui de Reims, Coleçon Boudin, accompagné de Nicolas Viellart, un des maîtres d’ouvrages de cette ville, y est envoyé sur ordre du gouverneur de Champagne, en 1521, « pour veoir les fortifficacions faictes aud lieu »73. L’année suivante, le 30 juin 1522, le maître maçon des fortifications de Mouzon, Nicolas de Baleaue, vient inspecter l’enceinte de Châlons-en-Champagne et donner son avis sur les travaux à réaliser. Suite à cette expertise le maître maçon de Châlons-en-Champagne Jean Rogier part à Mouzon retrouver Nicolas de Baleaue « pour avoir son advis et la devise par escript des fortifficacions qui sont a faire aud. Chaalons mesmes a la porte Saint Anthoine ». Il revient avec « la devise par escript et le pourtraict qui en a esté fait par les maistres massons des fortifficacions de Mouzon et dud. Chaalons »74.
38Ailleurs qu’en Champagne, les maçons peuvent s’inspirer ou copier également des ouvrages fortifiés, comme les boulevards par exemple. Le phénomène est bien connu et ce sont principalement les places frontières qui sont visitées, parce que c’est là sans doute que les capitaines de guerre et les canonniers innovent et apportent les meilleures solutions en matière de fortification. En juin 1520, Jean de Meurs et Robert de Sorel, maçons à Amiens en charge de la construction du boulevard de la porte de Montrescu sont envoyés « tant a Saint Quentin comme a Therouenne veoir et visiter deux beaulx bolvers qui ont esté faiz esdiz lieux par ordonnance du roi nostre sire affin de se regler sur iceulx en la construction dudit ouvraige de la porte de Montrescu »75. Ces exemples apportent un éclairage sur la circulation des modèles et des formes architecturales dans le domaine de la fortification.
III. 1512-1514 : Une période charnière pour les enceintes urbaines
39Construire des tours d’artillerie à des endroits bien choisis des enceintes est, d’une certaine façon, un des meilleurs moyens pour renforcer la défense des villes lorsqu’elles peuvent en assurer le financement. A Troyes, une fois les portes du Beffroi (1501-1507) et de Comporté (1508-1509) reconstruites et après une courte pause, le chantier de la porte de Croncels, préparé en septembre 1511, est investi par les maçons en avril 1512.
40Pourtant, cette année 1512 voit la menace pointer. Jusqu’à cette date, le règne de Louis XII s’est déroulé sans heurt majeur pour le royaume mais les temps changent. De très mauvaises missives parvenues à Châlons-en-Champagne et lues en assemblée le 30 avril 1512 rapportent le danger que représentent les Suisses « deliberez de faire la guerre au Roy en ses pays de Bourgongne et ailleurs »76. ATroyes, le même jour, « par plusieurs nouvelles » il est rapporté « que les Angloys se preparent en armes pour entrer en ce royaulme » et le 2 mai suivant « que une grant bande d’Alemens et Suisses assemblez que ont dit qui veullent en brief descendre en la Conté de Bourgogne et envayr le pays de Bourgogne Langres Dijon et autres lieux alenviron et entrer en ce royaulme »77. La situation critique exposée, les villes de Champagne prennent très au sérieux ces menaces et décident de se mettre en défense devant l’« éminent péril », d’autant que leur situation géographique les expose directement : Troyes est « situee et assise en pays de marche et assez prés des extremictez » du royaume, Châlons-en-Champagne est « en frontiere sur les extremittez et la plus prochaine du costé des Allemaignes », Reims « est assise en frontiere marchissant a plusieurs nacions estranges »78.
41Très rapidement, dans le courant du mois de mai, la ville de Troyes reçoit la visite du capitaine Damien envoyé par Robert de La Marck, seigneur de Sedan. Après avoir inspecté les fortifications, il laisse des instructions pour renforcer la défense puis revient deux mois plus tard sur une demande adressée à Robert de La Marck « qu’il luy pleust envoyer par deça homme cognoissant au faict de boullevars ». Du 13 au 15 juillet, Damien participe aux travaux de la porte de Croncels et à la fortification des boulevards avec le maître maçon Jean Guayde. Ses conseils et « advis » mis « par escript bien au long et par articles » lors de ce séjour sont conservés « par devers lesd. maire et eschevins »79. Alors que propose Damien pour résister à l’envahisseur ?
42En premier lieu les boulevards retiennent son attention. Celui de la porte Saint-Jacques, ruiné, doit être remplacé par un gros boulevard « tant pour la foiblesse de ladicte porte » que pour pouvoir « saillir sur l’ennemi » si d’aventure la situation se présentait. L’ouvrage projeté, « tout compassé en rondeur dehors et dedans euvre », de 65 m x 65 m, aura des murs de près de 12 m d’épaisseur. Dans l’urgence, il sera entièrement constitué de bois, de terres et de fagots, ses parements externes seront revêtus de gazon et les fossés qui l’entourent auront près de 23 m de large. Quant à la porte de Croncels dont la construction vient à peine de débuter, il devient impératif de protéger ce grand chantier qui fragilise l’enceinte en faisant construire un bon boulevard selon « le pourgect qui en a esté faict en presence du capitaine et de messieurs de la ville »80.
Fig. 18 : Troyes, casemates aménagées dans le rempart de la ville près de la porte de Comporté (M Grand Troyes, AA2 hors carton, plan manuscrit sur parchemin, deuxième moitié du XVIe s, détail).

43En deuxième lieu, et non des moindres, ce sont les murs de l’enceinte médiévale et la circulation des défenseurs qui préoccupent le capitaine Damien. Comment rendre, en effet, le périmètre fortifié capable de résister aux tirs répétés de l’artillerie ennemie lors d’un siège ? La solution à adopter est de « rechausser les murailles de ladicte ville par dedans […] de terres mises de la haulteur des allées desd. murs », c’est-à-dire édifier une large ceinture de rempart tout autour de la ville et laisser libre entre ce rempart et les propriétés riveraines bâties ou non, un passage large de 20 à 24 pieds (6,50 m à 7,80 m) pour assurer la circulation des défenseurs et faciliter le charroi de l’artillerie « ès lieux et tours de ladicte ville s’il advenoit que l’affaire le [requiert] ». A des endroits déterminés de l’enceinte, des casemates sont à aménager dans le rempart où des canonnières basses, dites « a fleur de chaussée », viendront renforcer la défense, notamment entre la porte de Comporté et le moulin de la Tour (fig. 18)81. De semblables canonnières sont à construire près de la porte d’eau du ru Cordé (fig. 19).
44Enfin, en troisième lieu, il faut élargir les fossés de la fortification, les creuser encore plus profondément et les profiler82. En effet, à plusieurs endroits, des terres amassées ou éboulées forment des obstacles aux tirs d’artillerie. Il faut intervenir entre la porte du Beffroi et la porte de Comporté, régulariser les douves du côté des champs et araser un talus devant la porte de la Madeleine « qui peut empescher la batterie du long dudict fossé » et les terres issues des fossés serviront à « estaluer » les douves de façon à ce que « les ennemyns ne puissent approcher pour faire leur taudiz si près desd. fossez » et, de fait, l’artillerie de la ville « pourra battre et descouvrir par les basses canonnieres tout le pays d’environ ». Sans délai, les fossés de la fortification sont inspectés « par les commis au fait de l’artillerie ».
Fig. 19 : Troyes, casemates aménagées dans le rempart de la ville près de la porte d’eau du ru Cordé (M Grand Troyes, AA2 hors carton, plan manuscrit sur parchemin, deuxième moitié du XVIe s, détail).

III.1. L’artillerie des villes
45Consciente du danger, la ville de Troyes doit mettre toutes ces mesures à exécution mais la tâche est immense, et avant d’entreprendre ces lourds travaux il faut remettre l’artillerie en état. Mais de quels types de « bastons a feu » et en quel nombre la ville disposet-elle ? Sont-ils encore fonctionnels et efficaces ?
46Le 30 avril 1512, l’artillerie présente dans les tours et les portes est inventoriée mais à l’évidence toutes les pièces ne sont pas utilisables : à la porte Saint-Jacques est trouvé un ribaudequin et ses deux chambres « qui ne valent que a fondre » et deux veuglaires de fer « qui riens ne valent », à la porte de Croncels est un autre ribaudequin « qui ne vault » et à la porte de Comporté « a ung ribaudequin faible sans charge ». Il reste bien 52 pièces pouvant encore servir : 26 couleuvrines, 6 meurtrières, 8 veuglaires et 12 ribaudequins jetant aussi bien des boulets de pierre que des boulets de fer, mais elles sont insuffisantes. On prévoit la fonte de 160 couleuvrines à crochets et 10 serpentines pour équiper les portes et les tours. Sur la plate-forme de la porte du Beffroi 4 grandes serpentines sont nécessaires et sur celle de la porte de Comporté, il faut 2 faucons83.
47Les « mauvaises » pièces sont promises à la fonte et « s’il n’y a assez », les édiles « en feront faire et forger de la neufve le tout en tel nombre et quantité qu’ilz verront estre a faire pour le bien et proffit de lad. ville ». Tout s’accélère. Le 3 mai, on demande au fondeur Henrion Costeret de fournir rapidement 6 couleuvrines à crochets et que, pour chaque pièce, soient fondus 50 boulets selon « ung calibre » donné aux forges. Le lendemain 4 mai, d’autres couleuvrines à crochets sont commandées à ses deux fils, Henri et Jean Costeret. On fait amasser 42 boulets de pierre, 660 boulets de fer et 360 « plombées » dans la cour de l’hôtel de l’échevinage. Le 28 mai, il est demandé à ces fondeurs de s’allier à leurs gendres, Jean des Moulins, Jean Bourgeois dit Cardin et Jean Poitevin pour fondre de très grosses pièces d’artillerie. Par ses lettres datées du 30 juin, monseigneur de Rochefort, lieutenant à Langres, avertit les Troyens « que les Suysses estoient partiz de leur pays en moult grant nombre et tiroient en armes en la conté de Bourgoigne où on leur avoit asseuré et baillé passaige pour envahyr ce royaulme par led. Langres ou autre lieu ». Un émissaire est aussitôt envoyé à Langres pour demander qu’un canonnier vienne inspecter l’artillerie de la ville de Troyes « et donner conseil de quelle sorte on en fera ».
48Deux canonniers du roi ayant pour mission de rejoindre Châlons-en-Champagne quittent Langres et s’arrêtent à Troyes dans la semaine du lundi 12 juillet « pour diviser et ordonner la façon de l’artillerie […] qui estoit a faire » en présence de sept fondeurs84. Gilet Habert, menuisier de Troyes, fournit « plusieurs patrons de coulevrines tant grosses que petites […] par l’adviz de plusieurs seigneurs passans par la ville ». Les deniers manquent alors et la ville demande à « tous les commis des mestiers et confraries » de financer la fonte de la nouvelle artillerie. En 1512, pas moins de 96 pièces sont fondues : 45 couleuvrines, 39 meurtrières financées par les métiers de la ville « ainsi et selon que les habitans de Paris ont fait » et 12 grosses pièces fondues à la Monnaie de Troyes (fig. 20). Les 45 couleuvrines neuves et les 22 couleuvrines « vielles » sont « toutes passées par ung mesme foret », comme les 39 meurtrières neuves et les 8 meurtrières « vielles », elles aussi forées au même calibre. Le 28 juillet 1513, on demande à Jean Oger des forges de Vendeuvre-sur-Barse, de fournir dans le mois d’août des boulets de fonte de deux grosseurs (1270 petits boulets et 600 gros, pour un poids total de 4100 livres), une commande qui vient s’ajouter aux boulets déjà reçus pesant plus de 7500 livres85. Dans le même temps, on défend aux marchands de ne « vendre ne transporter hors la ville » tout le soufre et les poudres à canon qu’ils peuvent détenir et l’on fait appel à Jean Lyon, salpêtrier du roi demeurant à Châlons pour composer 1448 livres de « pouldres nouvelles » à partir du salpêtre, du soufre et du charbon de saule entreposés dans la tour des Violettes, dans les salles basses de la grosse tour du Beffroi et dans la grange, et « rafreschir » et « renoveller » 1268 livres de vieilles poudres « qui de longtemps estoient des provisions de ladicte ville ». La tour au Mitre est spécialement aménagée pour recevoir toutes les poudres à canon contenues dans 12 caques neuves, 6 demi-muids neufs et dans 17 petits vaisseaux appelés « bougelots » et demi-muids réparés et renforcés86.
49AChâlons-en-Champagne, dès les menaces de guerre connues le 30 avril 1512, les édiles ordonnent de répartir les plus grosses pièces d’artillerie disponibles aux portes de la ville dans le but de « bailler et congnoistre aux passans que les habitans d’icelle sont sur leurs gardes ». Mais au-delà de la démonstration, les canonniers ne disposent en fait que de vieilles pièces et il devient urgent de « fondre et reffaire l’artillerye qui estoit d’ancienne façon et ne valloit riens en autre sorte et ainsy de la neufve selon la devise desd. canonniers qui en avoient fait visitacion ». Sans tarder et à l’exemple de Troyes, le 8 mai, on demande que chaque métier fasse faire une bonne grosse pièce à leur frais, « sur laquelle ilz porront faire marquer leurs enseignes comme les mestiers des villes de Paris, Troyes et autres villes ont fait ». Le 25 juin, il est décidé « que l’on mandera et fera l’on venir ung canonnier ou deux qui soient expers et congnoissans ad ce pour faire visiter les artilleries […] veu les dangers de guerre »87. Dans le mois de juillet suivant, un canonnier de Reims vient inspecter l’artillerie et son verdict est qu’il faut envoyer à la fonte « plusieurs courteaulx et vielles pieces d’artillerie qui ne scaroient aucunement servir ainsy qu’elles estoient ». Mais pour fondre la nouvelle artillerie, la ville ne semble pas avoir dans ses murs de fondeur expert en la matière et fait alors appel au troyen Jean Bourgeois, dit Cardin. Ce fondeur est connu à Châlons pour avoir déjà fait un inventaire de l’artillerie en 1505 et avoir retiré des pièces « tant grosses que menues » qu’il a fondues « et converties en nouvelle artillerie ». C’est ce qu’il fait à nouveau en 1512 après avoir rencontré les canonniers Jacques Dausselet et Jean Nouveau. Mais à la réception, au début du mois de janvier 1513 (n.st.), il s’avère que les plus grosses pièces « estoient trop legières et non souffisamment faictes en grosseur et espesseur a l’endroit des charges ». Ce problème va être rapidement résolu et au début du mois d’août, sur ordre du gouverneur de Champagne, le canonnier Jean de Coussy a pu faire « l’essay de l’artillerie faicte nouvelle pour lad. ville par Jehan Cardin fondeur de Troyes » et rapporté « que les IIII plus grosses pieces de lad. artillerie estoient bonnes et bien faictes »88.
Fig. 20 : Pièces d’artillerie fondues à Troyes en 1512 et leurs caractéristiques.

50A Reims, l’ordre de fortifier l’enceinte est bien plus tardif et ne date que de février 1513 (n.st.) « comme l’en doubtoit que ceste année la guerre ne commençast et fut en ce royaulme et pays de Champaigne ». Le 6 mars, après délibération dans l’urgence, la ville décide de faire fondre des couleuvrines, « le plus que l’en en pourra faire et que l’en prengne ouvriers expers et congnoissans a faire telz bastons a feu ». Le canonnier Jacques Dausselet vient alors à Reims pour prodiguer ses conseils sur la fonte des nouvelles pièces et, suite à cette visite, le procureur des habitants informe qu’« il y a ung de Troyes bien congnu par des marchans de Chaalons qui offre en faire et les livrer telz qu’on les vouldra faire ». Jean Bourgeois est alors contacté mais il ne conclut pas avec la ville de Reims parce qu’il veut fondre les couleuvrines et les « esprouver » (les essayer) à Châlons, ce qui entraîne un surcoût. Le marché de la nouvelle artillerie est finalement confié à un potier d’étain de Reims, Liénard la Grippe, et le 10 juin 1513, 900 boulets de pierre sont commandés « pour servir aux bastons a feu » dont 25 grosses couleuvrines89.
51Les mises en défense des années 1512-1514 n’ont pas concerné que les seules villes champenoises situées près de la frontière de l’est. Des villes situées bien plus en retrait peuvent se sentir menacées comme Sens qui, rappelons-le, relève du gouvernement de Champagne. Louis XII, au début de 1512, informait Jean d’Albret sire d’Orval, qu’il n’y avait à Sens « aucunes pieces d’artillerye ne autres municions de guerre ». De fait, ordre est donné d’en fournir et c’est ce que font en 1513 deux fondeurs de Sens, Pierre Bouyneau et Jean Piat et pour savoir si ces pièces nouvelles sont conformes et bien faites, il faut les faire expertiser. Un certain Mathieu Cassant est envoyé à Troyes, porteur d’une lettre adressée au fondeur Henrion Costeret « afin de venir ou envoyer homme expert ». Henrion Costeret se rend alors à Sens où il passe cinq jours entiers « pour visiter les faulxcons, colevrines a crochetz et autre artillerie nouvellement faiz ». Son gendre et fondeur Denis Langlois l’accompagne pour procéder à l’inspection de « quatre pieces de gros batons a feu » et à la réparation de dix autres pièces. Enfin, sur demande de Jean Laîné, prévôt de Sens et commissaire du roi pour l’artillerie, deux fondeurs troyens, Antoine Guyart et Nicolas Maçon, viennent à Sens pour inspecter encore les nouvelles pièces90.
III.2. Remparts et boulevards
52L’intense activité qui s’est installée au cours de l’année 1512 ne se résume pas uniquement à la fonte de nouveaux « bastons a feu ». La ville de Troyes, par exemple, doit d’abord résoudre le problème du chantier de la porte de Croncels. La préparation du terrain avec la construction de « bastards » ou batardeaux n’a été entreprise qu’à la fin de l’année 1511 et les fondations des deux grosses tours commencées à partir du 22 mars 1512 sont bien loin d’être achevées quand les édiles apprennent les menaces de guerre. Cette phase du chantier qui oblige à maintenir les fossés secs pendant que les manouvriers enfoncent les pieux91, constitue de fait une situation fort dangereuse en cas d’attaque. Dès le 3 mai, la ville fait accélérer le rythme de travail pour « haulser » la maçonnerie des deux tours afin de « faire venir l’eaue et oster les bastards ». Les effectifs d’ouvriers sont augmentés « pour faire tirer avant l’ouvraige de la porte » de telle façon qu’au cours de la semaine du lundi 30 août 1512, deux canonniers du roi de passage ont pu visiter « l’ouvraige des canoneries dudit Croncelz » et donner leur avis favorable92.
53Ceci fait, il faut maintenant s’atteler aux travaux préconisés par le capitaine Damien. Le 7 juillet 1512, une commission mixte composée de deux maçons et deux charpentiers se rend à la porte Saint-Jacques afin d’évaluer les travaux pour « y faire bon[s]boulevars » et ils « feront ung poutrait desd. boulevars qu’ilz aporteront ceans pour y pourveoir ». Le 16 juillet, on ordonne que les tours seront protégées par de « gros hordiz plains de terre » et que toutes les terres extraites hors la ville seront portées à l’intérieur, contre la muraille, pour faire le rempart93. On commence par exproprier les habitants vivant à proximité de l’enceinte. Par cri public à son de trompe le samedi 14 août 1512, les propriétaires concernés « ayans maisons et jardins près de la muraille de la fortification » sont sommés d’abattre ou de faire abattre au plus vite toutes les constructions et les clôtures, de raser les jardins et de couper les arbres. Il faut aller vite mais en septembre beaucoup d’édifices n’ont pas encore été démolis par les propriétaires « ausquelz convient bailler delay pour ce faire ». Le gouverneur de Champagne, en visite à Troyes le jeudi 5 mai 1513, jour de l’Ascension, somme de faire retirer les derniers édifices « selon l’édit du roy ». Un an s’est déjà écoulé depuis les annonces de guerre et ce n’est qu’à partir de la fin juillet 1513, que des grosses pièces de bois coupées dans les forêts des alentours, « propres pour faire rempars » sont enfin livrées94. Les grands travaux de mise en défense vont pouvoir alors véritablement avoir lieu.
Fig. 21 : Troyes : le boulevard de la porte Saint-Jacques fortifié en 1513-1514 (M Grand Troyes, AA2 hors carton, plan manuscrit sur parchemin, deuxième moitié du XVIe s, détail).

54La fortification du boulevard de la porte Saint-Jacques (fig. 21) débute la semaine du lundi 5 septembre 1513 pour s’achever la semaine du lundi 23 octobre 151495. Petit Jean le canonnier est présent sur ce gros chantier « affin de tousiours avoir son advis pour les ouvraiges » et notamment les canonnières : il y a au moins cinq grandes canonnières basses, des canonnières hautes et une canonnière à degrés dite aussi « a trois pertuys estant ou fossey dud. boullevart ». L’ouvrage est gazonné comme l’a préconisé Damien en mai 1512 pour les boulevards des portes Saint-Jacques et de Croncels : « Et seront faictz de terre et ront de saulce […] de terre herbue pour les paremens de dehors »96.
55Quant à l’édification des remparts, elle commence la semaine du lundi 3 octobre 1513. Il était temps, quand on sait que deux mois plus tard, le 13 décembre, des lettres reçues du gouverneur de Champagne avertissent la ville « de la descente prochaine des Suysses lesquelz menassent grandement le roy ses pays et subjectz et dient qu’ilz sont deliberez de faire la plus cruelle et mortelle guerre que fut jamais »97. Achevée au cours de la semaine du lundi 23 octobre 151498, cette ceinture édifiée pour résister aux coups répétés des canons ennemis qui font brèche n’est encore que partielle99 et des plates-formes d’artillerie viennent la renforcer sur la partie orientale de l’enceinte, là où justement il n’y a pas de grosses tours, permettant ainsi à la ville de déployer des pièces d’artillerie pour des tirs d’action lointaine (fig. 22) :
la plate-forme de Rioteuse est aménagée dès le mois de juin 1514 ; on y apporte encore des terres en juin de l’année suivante100.
la plate-forme de la Planche-Clément près de la tour de Chappes est commencée en août 1514 « dedans le jardin de messire Pierre Bernier » et des terres y sont encore apportées en juin 1518 et en juillet 1519 pour faire le parement « par dehors œuvre » de la plate-forme101.
la plate-forme près du Saut-Périlleux « estant aud. jardin Claude Mesgrigny » est édifiée de mars à septembre 1515 (fig. 23)102.
56Durant ces grands travaux de mise en défense, des canonnières ont été percées à la base des murs en 1513 pour augmenter la possibilité des tirs rasants. Préconisées en mai 1512 par le capitaine Damien, cinq canonnières construites en septembre et en octobre près de la porte de Comporté viennent renforcer la puissance de feu de cette porte, trois canonnières près de la porte d’eau du ru Cordé assurent une meilleure protection de ce point vulnérable comme ces autres canonnières aménagées près de la porte d’eau de Rioteuse en avril 1514. Dans le même temps, les douves des fossés de la fortification sont profilées, les obstacles enlevés103 et les moineaux n’apparaissent plus comme des ouvrages ayant un rôle utile dans la défense. Le jeudi 15 septembre 1513, la ville indique que « qui vouldra faire des moneaulx il conviendroit qu’ilz fussent de massonnerie et seroit bon d’en faire ou il seroit advisé mais se seroit long ouvraige »104. Quant aux anciennes tours de flanquement, elles sont aussi laissées de côté. Le 18 juillet 1513, après inspection de l’enceinte, les édiles rapportent la présence de « plusieurs tours desplanchées » et le 8 septembre suivant, on s’interroge sur leur conservation en l’état : « Et quant aux tours estant en la muraille dud. Troyes qui sont creuses, fault avoir opinion se on les remplira ou comment ». En effet, totalement inadaptées à l’artillerie moderne, elles sont autant de points vulnérables sur lesquels l’ennemi peut faire brèche105. Enfin, le 24 novembre 1513, pour parfaire sa mise en défense, la ville décide d’abandonner les faux fossés et d’en donner des portions à « rente et censive » aux habitants qui le désirent à la condition de les combler sans délai « affin que les adversaires du roi nostre sire et de lad. ville n’y prennent ne facent logiz pour prandre et tenir siege devant lad. ville »106.
Fig. 22 : Les fortifications de Troyes en 1525 : essai de restitution (« Troyes, Châlons, Reims et leurs fortifications au début du XVIe siècle » ; In : La Vie en Champagne, n° 445, septembre 1993, p. 10).

Fig. 23 : Troyes, porte d’eau du Saut-Périlleux, tour Charlemagne et vestige de l’ancienne plate-forme d’artillerie (AM Troyes, plan Coluel, 4 Fi, 1753-1769, détail).

57A Châlons-en-Champagne, la mise en défense de la ville n’a pas la même ampleur qu’à Troyes. Le 31 janvier 1512 (n. st.), après avoir inspecté l’enceinte, les édiles relèvent que plusieurs tours et murailles sont « en grant ruyne tant de maçonnerie que de charpenterie et couverture », un constat renouvelé en novembre suivant : « gros nombres de tours qui sont ediffiées de matière qui est de petite durée car elles sont de croye blanche esquelles est neccessité souventes fois ouvrer et besongner » (fig. 24)107. Malgré ce constat, les canonniers du roi Jacques Daussellet et Jean Nouveau, en visite le 30 juillet 1512, proposent de les transformer pour les adapter à la défense. Il faut les araser au niveau des murs, aménager une plate-forme à leur sommet pour accueillir des pièces d’artillerie, les combler de terre, les percer à leur base de canonnières de flanc uniquement appelées « canonnieres traversaines », condamner les anciennes canonnières et archères. Les nouvelles canonnières seront mieux étudiées, mieux adaptées : à la tour du Roi « faire une canonnière […] par bas ouverte d’environ trois piedz », à la tour Saint-Nicolas, il faut une canonnière « qui soit bien acoustrée » pour défendre la porte d’eau de Mauvillain, à la porte Saint-Pierre « faire une bonne forte canonniere bien fendue » du côté de Saint-Jean et aux deux tours de la porte Saint-Jacques « faire une canonnière pour battre sur les fossés selon les murailles »108.
58Quinze mois plus tard, le 24 octobre 1513, sur ordre du gouverneur de Champagne, une visite des fortifications est effectuée par Jacques Daussellet, capitaine de l’artillerie du roi qui donne lieu à une « nouvelle devise » pour améliorer la défense de la ville : il faudrait construire un moineau en bois et en terre à la porte d’eau de Mauvillain, un autre à la tour Saint-Claude « pour batre la dolve et fond du fossé » et un batardeau à la tour Maudite « servant de moyneau pour tenir les eaues et deffendre le fossé ». Les mêmes transformations des tours sont réitérées : à la porte Saint-Antoine il faut « faire une bonne canonniere de six piedz d’ouverture hors euvre » et « par toutes les autres tours de lad. ville en general mettre le front aux massif tant bas que hault jusques aux canonnieres des flans ». Plusieurs terrasses sont maintenant envisagées contre la muraille : une au bout de la rue Saint-Antoine mais vite abandonnée « parce qu’il ne semble pas bon et empescheroit le rempart », une autre entre la tour du Four et la tour du Haut-pas avec, de part et d’autre, une montée « pour passer par-dessus a pied et a charroy » ; une terrasse à la tour Enéas, une autre entre la tour Saint-Benoît et la tour Larcher, encore une entre la tour Daniel et la tour Saint-Georges « et y faire deux canonnieres pour tirer d’une grosse piece » ; encore une entre la tour Saint-François et la porte d’eau du Marché. Au boulevard de la porte Saint-Jacques, il est urgent de condamner les vieilles canonnières et d’en percer une grande « de VII piedz de fente par dehors pour tirer d’une grosse pièce » et deux autres « pour tirer d’une grosse pièce d’artillerie a fleur des terres des champs de neuf piedz de fente par dehors et deux piedz et demy de haulteur » du côté de Saint-Jacques et du côté de Saint-Antoine. L’aménagement de créneaux fermés par des volets de bois ou manteaux en haut des tours et des murailles est recommandé, surtout à la porte Sainte-Croix où il faudrait « faire en chacune tour deux creneaux a manteaux en la façon des autres pour tirer d’une grosse piece sur roues », à la porte Saint-Antoine il faut à chaque créneau « ung gros barreau de fer et que l’avant mur et lesd. creneaux soient mis en glaciz et les pierres cramponnées » ; à la porte Saint-Pierre murée, « faire ung creneau au milieu de huit piedz d’ouverture par dehors et trois piedz par dedans qui se gettera hors ladicte porte tout a glaciz ». A la porte Saint-Jean, il faut remplacer le boulevard actuel par « ung autre de terre et fagotz » et comme à Troyes, « il fault pour faire les rempars et chemin neccessaires abbatre toutes les maisons ediffices et jardinaiges qui sont a l’environ des murailles dedans ville a la largeur de quatre toises a prandre huit piedz pour toise, pied de Chaalons »109
Fig. 24 : Les fortifications de Châlons-en-Champagne en 1525 : essai de restitution (« Troyes, Châlons, Reims et leurs fortifications au début du XVIe siècle » ; In : La Vie en Champagne, n° 445, septembre 1993, p. 14-15).

59Un mois passe. Le 26 novembre 1513 et les jours suivants, le gouverneur de Champagne et Gracien des Guerres, chevalier, gouverneur de Mouzon, inspectent l’enceinte et envisagent l’édification d’un rempart de terre et fagots contre la muraille en laissant un passage suffisant entre le rempart et les habitations « pour passer deux charrettes de front ». Toutefois, entre la porte Marne et la porte d’eau Saint-Antoine, « semble n’y avoir pas grant besoing de rempart pour ce qu’il est fortiffié par la rivière ». La porte Marne devra être arasée de la moitié de sa hauteur pour y faire une plate-forme « de laquelle on pourra battre dedans le faulxbourg et les ysles d’alentour » et devant la porte du Jard, un boulevard fait « de fagotz et de terre » avec canonnières basses et hautes est indispensable110.
60Ces préconisations ne sont pas immédiatement suivies. En assemblée, la construction d’un rempart contre les murailles de la ville n’est absolument pas évoquée. Tout juste prévoit-on dans l’urgence de laisser un chemin libre le long des murs de 16 pieds, comme à Troyes, « pour passer et repasser a pied et a cheval alentour » mais en août 1513 des édifices obstruent encore le passage. Quant à la construction de moineaux près des « chateaux » ou portes d’eau pour améliorer la défense, « n’en a esté riens conclud pour le present ». La décision de faire « plusieurs canonnieres, rampars et persées es tours et murailles » n’a été prise que le 15 avril 1513. Le 13 août suivant les moineaux reviennent à l’ordre du jour mais rien n’est encore véritablement engagé111. Le 29 novembre, le devis dressé par le gouverneur de Champagne semble enfin pris en compte et la construction des boulevards est confiée au canonnier Jean de Coussy que la ville envoie aussitôt à Saint-Quentin pour prendre « par escript et par figure les boulovars […] rempars et autres fortifficacions nouvellement faictes aud. St Quentin » en précisant bien que c’est « pour conprendre les fortifficacions dud. lieu ». Les travaux pour « faire la charpenterie du boulovart ordonné par monseigneur le gouverneur a la porte Ste Croix » débutent enfin le 19 décembre mais un an plus tard, le 4 décembre 1514, au prétexte que l’éminent péril s’éloigne, la ville suspend le chantier qui est bien loin d’être achevé112.
61A Reims, à la fin de février 1513 (n.st.), redoutant « que ceste annee la guerre ne commençast et fut en ce royaulme et pays de Champaigne », les édiles décident de faire venir le canonnier Jacques Dausselet qui réside à Sargy, près de Fère-en-Tardenois, pour donner son avis sur les fortifications de la ville. Dès le 14 mars, lendemain de l’inspection, des travaux sont entrepris aux murailles et aux tours au nord-ouest de l’enceinte, entre la porte Mars et la porte à Vesle, et il faut « parachever la tour derrière les Cordeliers », cette Belle-Tour dont les travaux durent depuis 1501. Le 21 mars, le recours aux corvées est demandé « pour besongner en lad. ville aux terrasses advisées estre faites sur les murailles et adossemens de lad. ville en plusieurs lieux ». Ces terrasses sont destinées « pour servir de rempars » et pour s’aider à les édifier, la ville envoie le charpentier Jehannon de la Forest à Laon et à Saint-Quentin « pour veoir les rempars qu’on y faisoit ». Une terrasse est édifiée à la tourelle de « Poilecul », une autre près de la Tirelire et en fonction des deniers disponibles, il faudra intervenir sur les « canonnieres et persées qui sont es portes tours et autres lieux de la forteresse »113. L’année suivante, en 1514, on travaille aux boulevards de Fléchambault, de porte Mars et de porte Chacre, comme aux nombreux moineaux des fossés situés principalement au nord-ouest de l’enceinte114 : édification d’un gros moineau près de la tour du « Champ de la Bellangière » non loin de la porte Renier Buiron, « descombrement » d’un moineau à la porte derrière les Augustins, édification d’un moineau derrière le jardin aux Cuirs, d’un autre derrière « Clemaretz », encore un derrière la Madeleine et un autre petit moineau près de la tour Serpentine115. Au mois de mai, le canonnier Jacques Daussellet est à nouveau à Reims pour conseiller la ville sur les travaux à réaliser, notamment aux canonnières des boulevards de Fléchambault, de Dieu-Lumière et des tours de Chanteraine, du Champ de la Bellangière, Renier Buiron, Serpentine et d’une tourelle près de la Tirelire116.
62Depuis la seconde moitié du XIVe s., les villes de Troyes, Châlons-en-Champagne et Reims, exposées aux invasions, menacées d’éminent péril, ont dû constamment adapter leur enceinte pour faire face à l’évolution constante de l’artillerie. En réponse, de nouveaux ouvrages sont apparus : des boulevards prennent place devant les points vulnérables à partir de la fin des années 1420 et des moineaux dissimulés dans les fossés viennent compléter le dispositif défensif à partir des années 1460. Les anciennes ouvertures de tir des portes et tours sont souvent transformées, voire condamnées pour laisser place à des canonnières établies sur des plans de tirs modifiés et mieux adaptés. Des tours nouvelles sont édifiées à Troyes dès les années 1430 mais c’est à Reims que deux belles tours d’artillerie sont construites dans les dernières années du XVe s.117. Ces tours, parfois uniques et ostentatoires, conçues pour résister au boulet métallique, vont prendre au siècle suivant des dimensions considérables en raison de la très grande épaisseur des murs. La ville de Troyes édifie une première grosse tour d’artillerie à partir de 1501 pour remplacer la vieille porte médiévale du Beffroi ruinée et Reims inaugure sa Belle-Tour à partir de 1507. En 1512, la Grosse Tour est en cours de construction à Mouzon, Langres met en chantier la Tour de Navarre118 et Troyes commence à édifier les deux tours de la porte de Croncels. Châlons-en-Champagne fait figure d’exception en ne suivant pas cette évolution majeure119 et s’attache à adapter les tours médiévales de son enceinte en les transformant profondément et en y perçant de nouvelles canonnières. Même si les nouvelles tours d’artillerie sont édifiées aux endroits les plus judicieux pour commander un axe de communication majeur ou une topographie particulière du terrain, les enceintes médiévales restent mal protégées dans leur ensemble des tirs éventuels de l’artillerie ennemie. Et ce sont les très sérieuses menaces de guerre – l’éminent péril de 1512-1514120 – qui vont avoir pour conséquence la révision complète de l’artillerie urbaine et les transformations majeures des enceintes que l’on trouve particulièrement marquées à Troyes. L’épais rempart qui vient épauler les faibles murs de l’enceinte médiévale est ponctué de plates-formes permettant de déployer des pièces d’artillerie pour des tirs lointains – à Reims et à Châlons-en-Champagne, ce sont des terrasses que l’on construit – tandis que depuis des casemates aménagées à la base du rempart, des tirs rasants peuvent être assurés par-dessus de larges et profonds fossés entièrement remodelés. Alors que Reims fait édifier des moineaux dans ses fossés, Troyes les supprime. Alors que Châlons-en-Champagne continue d’adapter ses anciennes tours121, Troyes les écarte en ne les intégrant plus dans son système défensif122. Les vieux boulevards sont renforcés, fortifiés, d’autres sont construits. Tous ces importants travaux de mise en défense destinés à mieux résister à « l’artillerie qui fait brèche » pour reprendre l’expression favorite de N. Faucherre sont entrepris sous l’impulsion du gouverneur de Champagne. Des capitaines de guerre et des canonniers, véritables techniciens de la fortification parcourent la province frontière123 pour conseiller et aider les villes à mettre en œuvre les solutions les plus adaptées pour assurer leur sauvegarde en empêchant l’ennemi de progresser et à déterminer les nouveaux plans de tir. Devant ces nouvelles donnes, les maîtres maçons en charge des fortifications sont amenés à se déplacer à leur tour pour visiter, observer les chantiers d’autres villes et s’inspirer des solutions architecturales adoptées. Les années charnières 1512-1514 sont bien les marqueurs d’une véritable actualisation des systèmes défensifs urbains. Mais la ville de Troyes, par l’ampleur des chantiers de fortification qu’elle a pu mettre en place, par sa capacité à les entreprendre et à les mener à bien dans un temps assez court, représente sans doute une exception dans l’adaptation à l’artillerie des enceintes urbaines champenoises. Ces travaux d’envergure et de modernisation initiés dans les dernières années du règne de Louis XII, en totale rupture avec les réalisations du siècle précédent, vont se poursuivre encore jusqu’en 1544 faisant de la ville de Troyes, plus qu’une autre, une place sûre en mesure de résister à un siège124. Sur le plan stratégique, François Ier a toujours considéré cette ville comme « une des clefz » du royaume et tient à ce qu’elle soit « fortiffiee remparee et mise en si bonne seureté et deffence que ses ennemys et les nostres ne la peussent surprendre »125.
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Notes de bas de page
1 Née d’un bourg marchand jouxtant la civitate gallo-romaine, la ville de Troyes est dotée d’une enceinte dès le XIIe s. Les comtes de Champagne ont largement contribué à la rendre riche et prospère. Agrandi dans les années 1229-1230, le périmètre fortifié lui confère une forme singulière dite en « bouchon de champagne » d’une superficie d’environ 104 ha.
2 M Grand Troyes, fonds Delion, lay. 51 Fortifications, 1re liasse, pièce 1.
3 Ibid., fonds Boutiot, AA, carton 8 Artillerie, 1re liasse
4 Ibid., B 1 (compte de fortification), fol. 5 ; B 3, fol. 1 ; AA, cart. 9 Fortifications, 1re liasse, pièce datée de 1360, pièce 22 datée de 1373.
5 Ibid., AA, cart. 9, 1re liasse, pièce 8 ; fonds Delion, lay. 51, 1re liasse, pièce 10 ; Ms. 2591, fol. 17.
6 Ibid., E 1 (Maladrerie des Deux-Eaux), fol. 2 ; C 1 (Voirie), fol. 8.
7 Ibid., AA, carton 9, 1re liasse, pièce n° 26.
8 Ibid., D 1 (Compte de fortification), dépenses de la semaine du lundi 21 décembre 1416. L’« espingalle », ou espringale, est une pièce d’artillerie mécanique.
9 Ibid., D 1, dépenses de la semaine commençant le lundi 21 décembre 1416 ; C1, fol. 4, fol. 4v°. L’entretien des canons et des bombardes est confié à des serruriers comme Perrin Corneguerre que la ville rémunère en août 1389 parce qu’il « avoit viseté l’artillerie estant en la tour de la porte du Beuffroy a quoy il avoit vacqué plusieurs journées » ; en 1371, il était imposé sur le quartier de Saint-Esprit ou de Croncels (B4, fol. 18 v° ; F1 Imposition).
10 Ibid., B 10 (Compte de fortification), fol. 38 v°.
11 Ibid., B 10, fol. 18 ; A 1 (Délibérations), fol. 32 ; B 11, fol. 33 ; AA, cart. 9, 1re liasse, plusieurs pièces ; B 16, fol. 8 ; C 23, fol. 29 v°-30.
12 Ibid., fonds Delion, lay. 51, 1re liasse, pièce 20 datée du 12 janvier 1431 (n.st.) : « besoing de faire en icelle [ville] plusieurs tours, murs et autres fortificacions ».
13 Ibid., fonds Boutiot, A 1, fol. 12 v°, fol. 17, fol. 143 ; AA, cart. 9, 1re liasse, pièces 31, 41 et 42 ; B 14, fol. 14, fol. 22 v° ; C 11, fol. 19 ; G 2 (Compte du grenier à sel), fol. 78, fol. 94 v°, fol. 100-100 v°.
14 Ibid., A 1, fol. 12 v°, fol. 17, fol. 32 v°, fol. 143. A. Salamagne précise que les premiers boulevards sont mentionnés dans les Pays-Bas bourguignons en 1407 et que ce sont des ouvrages peu courants. Un notable de Namur est allé à Bruxelles et à Louvain pour s’enquérir de la façon dont on doit les construire. Leur diffusion s’est faite assez rapidement (Salamagne, 1986, p. 413-414).
15 AD Marne 51, E suppl. 4775, fol. 6.
16 M Grand Troyes, fonds Boutiot, A 1, fol. 47 v°, fol. 48.
17 Ibid., G 2, fol. 78, fol. 94 v°, fol. 100-100 v°.
18 Ibid., A 1, fol. 20, fol. 21, fol. 21 v°, fol. 40, fol. 40 v°, fol. 58 v°, fol. 97 v°, fol. 147 ; B 11, fol. 18, fol. 35 ; AA, carton 8, 1ère liasse.
19 AM Reims, R 30 (Conclusions du Conseil), fol. 46, fol. 53, fol. 137 v°, fol. 139 v°, fol. 153, fol. 188 ; fol. 229 v°.
20 AD 51, E suppl. 4772*-BB 1, fol. 32 v°, fol. 33 v°, fol. 80 ; fol. 93 v°. E suppl. 4916* – CC 85, fol. 380 ; E suppl. 4774* – BB 3*, fol. 22.
21 Ibid., E suppl. 4921* – CC 90*, fol. 239 v°, fol. 246, fol. 338.
22 Pour trouver de la bonne pierre dure de construction, il faut se rendre dans les carrières du Tonnerrois à plus de 60 km de Troyes (Collet, 1999, p. 170-173).
23 M Grand Troyes, fonds Boutiot, C 25, fol. 10 v°, fol. 23 ; C 30, fol. 29 v° ; B 16, fol. 10 v° ; fonds Delion, lay. 51, 1re liasse, pièce 23 ; fonds Boutiot, D 4 et B 24 (Comptes de fortification).
24 Ces barbacanes ou « mantelets » de bois manquent cette année-là pour garnir tous les créneaux des murs et des tours : la ville en fait alors fabriquer 386 (Ibid., AA, carton 7, 1re liasse, délibération du 21 juillet 1465 ; G 2, fol. 54 v°-55, fol. 99 v° ; D 4, fol. 16 v°, fol 24, fol. 26).
25 M Grand Troyes, G 2, fol. 34 v°, fol. 35 v°, fol. 43, fol. 51, fol. 54 v°, fol. 57, fol. 61 v°, fol. 66 v° à fol. 67 v°, fol. 73 v°, fol. 75, fol. 78, fol. 81, fol. 85 v°, fol. 86, fol. 86 v°, fol. 90, fol. 94 v°, fol. 97, fol. 97 v°, fol. 100 v° ; D 4, fol. 12, fol. 13 v°.
26 AD 51, E suppl. 4775* – BB 4*, fol. 99 v°, fol. 100 ; E suppl. 4921* – CC 90*, fol. 128, fol. 129 v°.
27 M Grand Troyes, fonds Boutiot, G 3, fol. 14 ; G 2, fol. 6 v°, fol. 18, fol. 18 v°, fol. 39 v°, fol. 89 v°, fol. 91 v°.
28 Ibid., AA, carton 7, 1re liasse. « Departir » : répartir, distribuer.
29 Ibid., AA, carton 8, registre, inventaire réalisé le 10 octobre et les jours suivants.
30 Richard, 1944, p. 39.
31 AM Reims, R 31, fol. 50, fol. 79 v°.
32 AD 51, E suppl. 4921* – CC 90*, fol. 239 v°, fol. 246.
33 Ibid., E suppl. 4922* – CC 91*, fol. 310, fol. 314.
34 Comprenons par là que ces tours ont été « massivees », c’est-à-dire remplies de terre et persées de canonnières de flanc pour battre le long des murs uniquement.
35 AD 51, E suppl. 4775, fol. 6.
36 M Grand Troyes, fonds Boutiot, D 4, fol. 32 v° ; AA, cart. 9, 1re liasse, pièce 101 non datée ; B 30, fol. 19 v° ; C 48, fol. 27 ; B 33, fol. 9 v° ; B 35, fol. 64 ; D 18, fol. 51 v°.
37 AM Reims, R 31, fol. 49 v°-50 ; fol. 79 v°, fol. 88.
38 A la fin du XVe s. l’enceinte de Châlons-en-Champagne, d’un développement de 4300 m (Ravaux, 1980, p. 86), est flanquée de 57 tours et percée de 8 portes (dans Guilbert 1974, p. 197, ces données diffèrent). Celle de Troyes, d’un développement de 4370 m, est flanquée de 56 tours et percée de 8 portes. Quant à l’enceinte de Reims, son périmètre de 6500 m, aussi percé de 8 portes, n’est flanqué que de 38 tours seulement (Lebourq, 1885-1886, p. 265-267 : 36 tours citées ; dans Desportes, 1979, p. 568, les données diffèrent).
39 AM Reims, carton 647, Divers fortifications, pièce non datée ; R 429 Compte des deniers patrimoniaux, fol. 290 v°. Les relevés des vestiges de la tour indiquent une largeur de 13 m. sur 11,50 m. et un mur épais de 3,50 m ; en moyenne, des mesures en tout point identiques à celles du devis : 40 pieds (13 m) sur 36 pieds (11,70 m) et 10 pieds d’épaisseur (3,25 m) pour le mur au bas de la tour (Balmelle et Rollet, 1995, p. 19, p. 26).
40 Cette tour, assez bien conservée, d’un diamètre de 16 m et des murs épais de 3,55 m devrait être bientôt restaurée.
41 AM Reims, carton 647 ; R 33, fol. 87.
42 AD 51, E suppl. 4921* – CC 90, fol. 190.
43 Ibid., E suppl. 5252 – EE 14, pièce datée du 16 juillet 1498, fol. 5, fol. 5 v°.
44 M Grand Troyes, fonds Boutiot, A 2, fol. 78 v°, fol. 150 ; B 43, fol. 2 v°-3 ; D 24, fol. 21-21 v° ; B 52, fol. 35.
45 Ibid., B 35, fol. 35 v° ; B 38, fol. 9 ; B 42, fol. 6 v°, fol. 7 ; B 47, fol. 4v°, fol. 5 ; B 52, fol. 5 v°, fol. 6 ; B 53, fol. 5 ; A 2, fol. 183 v° ; A 3, fol. 129.
46 Faucherre, 1986, p. 11-12.
47 En 1491, Nicolas Guatebois, tourneur, fournit 1950 « tapperereaux de bois pour les bastons a feu de ceste ville mis ès tours de laditte ville où sont lesdiz bastons » (M Grand Troyes, fonds Boutiot, B 35, fol. 125). Ils servent à caler les pièces pour amortir le recul au moment du tir. On peut les rapprocher des « arrestz de canonnieres » en 1465. La grange de la ville renferme les grosses pièces montées sur affûts sur roues (Ibid., B 35, fol. 121 v°, fol 122 v°).
48 Ibid., AA, carton 8, 1re liasse ; A 2, fol. 161 ; B 35, fol. 21 v°, fol. 24 v°, fol. 42-42 v°, fol. 44 v°, fol. 121 ; B 37, fol. 3, fol. 11 ; A 2, fol. 92 ; B 47, fol. 12, fol. 13 v° ; B 53, fol. 4.
49 Ibid., A 2, fol. 93 v°, fol. 94 v°.
50 Collet, 1987, p. 17-20.
51 M Grand Troyes, fonds Boutiot, G 2, fol. 33 v° sq ; B 35, fol. 83-83 v°, fol. 91.
52 Ibid., A 2, fol. 149 v° ; B 47, fol. 10 v°.
53 Ibid., B 57, fol. 4 ; A 2, fol. 158.
54 Covelli, 1989, p. 4.
55 M Grand Troyes, fonds Boutiot, D 12, fol. 33.
56 Faucherre, 1989, p. 11-13 ; 1992, « L’embrasure à la française », p. 72.
57 M Grand Troyes, fonds Boutiot, D 10, fol. 4.
58 Ibid., A 3, fol. 246.
59 Ibid., A 4, fol. 152 ; Q 1 (Divers), fol. 350 v°-351.
60 Ibid., B 52, fol. 35.
61 Ibid., D 12, fol. 64 ; D 14, fol. 39 v°.
62 Ibid., A 3, fol. 199 v°-200, fol. 201 v°. A cette date, Henrion Costeret est âgé de 57 ans.
63 Ibid., D 32, fol. 29 ; D 36, fol. 44 v° ; D 37, fol. 66.
64 Ibid., D 57, fol. 68 v°.
65 Ibid., D 12, fol. 70 v° ; D 14, fol. 39 v° : « prandre les mesures et fayre les tretz pour tallier de pierre de Tonneurre une quanoniere », « fayre les tretz de maçonnerie pour tallier les quanonnieres ».
66 Ibid., D 84, fol. 136, fol. 140.
67 BnF, ms. fr. 3069, fol. 51.
68 AM Reims, carton 647, pièce du début du XVIe s. non datée, pièce datée du 10 juin 1507 ; R 34, p. 321, p. 322.
69 M Grand Troyes, fonds Boutiot, A 3, fol. 58, fol. 58 v° ; D 12, fol. 32.
70 On doit très probablement à Jean VII d’Amboise, évêque de Langres de 1481 à 1497, le renforcement des fortifications de Mussy-sur-Seine, lieu de résidence des évêques de Langres où ils possèdent un château, et la construction de la tour du Boulevard (Roserot, 1945, p. 1016).
71 Succédant à maître Vauzy de Saint-Martin le 18 mars 1482, Jean Nourrissier, originaire de Moulins dans le Bourbonnais et maître des œuvres de maçonnerie du roi en ses pays de comté et duché de Bourgogne achève la construction d’un « chasteau fort et puissant » à Dijon (AD Côte-d’Or, B 4518, fol. 74-74 v° ; B 4519, fol. 58 v° ; B 11852, fol. 33 v°-34). Faucherre, 1989, p. 12.
72 M Grand Troyes, fonds Boutiot, A 4, fol. 1 v° ; D 32, fol. 35 v°. La grosse tour de Mouzon en forme de fer à cheval, large de 21 m sur 33 m et des murs épais de 8 à 11 m est en cours de construction au début de l’année 1512 (Sartelet, Motte, 1998, p. 173).
73 AM Reims, R 35, p. 331, p. 332.
74 AD 51, E suppl. 4780* (BB 7*), fol. 59 v°, fol. 60 v°, fol. 62 v°- 63 ; E suppl. 5252 (EE 14), fol. 1.
75 AM Amiens, CC 97, fol. 129 v°.
76 AD 51, E. suppl. 4778, fol. 354 v°.
77 M Grand Troyes, fonds Boutiot, A 4, fol. 20 v°, fol. 21 v°.
78 Ibid., fonds Delion, lay. 51, 1re liasse, pièce 45 datée du 23 février 1480 (n.st.) ; ADM, E suppl. 4851 (CC 25), fol. 10 (1491) ; AM Reims, R 34, p. 104 (1501).
79 M Grand Troyes, fonds Boutiot, Q 1, fol. 350 ; D 37, fol. 25 v°-26.
80 C’est à cette porte qu’aboutit la grande route venant de Bourgogne, itinéraire que peut emprunter l’ennemi.
81 M Grand Troyes, fonds Boutiot, Q 1, fol. 349.
82 Les fossés entre la porte de Croncels et la tour de Chappes ont entre 7 toises ½ et 8 toises ½ de largeur, à 8 pieds la toise, soit entre 19,50 m et 22 m (Ibid., D 52, fol. 37 v°).
83 Ibid., AA, carton 8.
84 Ibid., D 37, fol. 27.
85 Ibid., A 4, fol. 22 v°, fol. 24, fol. 24 v°, fol. 26, fol. 29 ; fol. 39, fol. 48, fol. 56, fol. 58, fol. 96 v° ; AA, carton 8, petit inventaire d’artillerie, 1512-1513, fol. 7 v° ; compte « touchant l’artillerie faicte a Troyes » en 1512 et 1513, fol. 19, fol. 21 v°, fol. 29-29 v° ; D 37, fol. 27.
86 Ibid., A 4, fol. 52 ; D 37, fol. 66, fol. 66 v°, fol. 67.
87 AD 51, E suppl. 4778, fol. 355, fol. 357, fol. 359 v° ; M Grand Troyes, Q 1, fol. 329
88 AD 51, E suppl. 4778, fol. 360, fol. 361 v°, fol. 368 v°-369, fol. 381 v°, fol. 383 ; E suppl. 5252, fol. 10.
89 AM Reims, R 35, p. 11, p. 13, p. 20, p. 23, p. 25 ; R 429,, fol. 108, fol. 109 v°, fol. 110 v°, fol. 128.
90 AM Sens, CC 10, fol. 22-22 v°, fol. 27, fol. 27 v°, fol. 28, fol. 28 v°, fol. 91 v°.
91 Les documents comptables mentionnent la livraison de 2382 « estots », des pieux de plus de 8 mètres de long pour fonder les tours de la porte de Croncels.
92 M Grand Troyes, fonds Boutiot, A 4, fol. 25 v°, fol. 26 ; fol. 53 v° ; D 32, fol. 29 ; D 37, fol. 66.
93 Ibid., A 4, fol. 52-52 v°.
94 Ibid., A 4, fol. 61 v°-62, fol. 64 v°, fol. 84 v°, fol. 96.
95 Ce sont 60 semaines de chantier ininterrompues représentant 21.286 journées ¾ de travail.
96 M Grand Troyes, fonds Boutiot, D 40, fol. 38 v°, fol. 39, fol. 41, fol. 61, fol. 76 v°-77, fol. 82 v° ; D 45, fol. 79-79 v° ; D 48, fol. 47 v°-48 ; Q 1, fol. 351.
97 Ibid., A 4, fol. 118 v°.
98 Ibid., D 45. Ces 56 semaines de travaux représentent 19.512 journées ¼ de travail. Les volumes de terre déplacés sont rarement connus mais on sait qu’en 5 mois, de mai à septembre 1514, 22.384 m3 de terre ont été extraits, « forgés », transportés et amassés contre la muraille à l’intérieur de la ville.
99 L’entreprise est longue et la ceinture de rempart encore incomplète sur 700 toises. Le 28 juin 1515, le haut des remparts n’est pas encore achevé. Le 17 octobre 1521, on décide enfin « que incessamment et en toute diligence l’on procédera au parachèvement des rempars d’icelle ville » (Ibid., A 4, fol. 201 ; A 5, fol. 252).
100 Ibid., D 48, fol. 167 v° ; D 50, fol. 5. On y travaille encore en 1520 (Ibid., D 66, fol. 16).
101 Ibid., D 48, fol. 210 ; D 60, fol. 9, fol. 35 v° ; C 114, fol. 20 v°.
102 Ibid., D 50, fol. 39 v°, fol. 58, fol. 98 v°. Le 24 mai 1515, une place est déblayée près de la porte Saint-Antoine, à l’ouest de l’enceinte, « en laquelle l’en veult faire une plate forme » par ordonnance du roi et du gouverneur de Champagne. Ce projet ne verra pas le jour avant 1544 (Ibid., A 4, fol. 193 v°).
103 Le 2 août 1513, des manouvriers enlèvent « ung gros terreau » près de la porte de Comporté « qui est fort dangereux pour ladicte ville ». En février 1514, des terres sont enlevées de la douve du fossé entre la porte du Beffroi et la tour d’Arras « pour bailler chemin a aucunes canonieres basses qui par le moyen dud. eslargissement de fossé pourront aller batre jusques a Sainct Anthoine ». En mai 1514, une grande motte de terre de 36 m de long sur 6 m de hauteur est enlevée pour élargir le fossé près de la porte de la Madeleine (Ibid., D 42, fol. 42-42 v° ; D 45, fol. 127 v° ; D 48, fol. 69 v°).
104 Ibid., D 45, fol. 26 v°-27, fol. 33 v°, fol. 111-111 v° ; A 4, fol. 103 v°.
105 Ibid., A 4, fol. 95, fol. 101. La tour Saint-Gilles sera démolie en 1536 « a cause que lad. tour empeschoit les batteryes de la porte de Croncelz » (D 121, fol. 63 v°-64, fol. 80, fol. 468 v°, fol. 469) ; la tour Saint-Quentin sera abattue en 1543 (D 133, fol. 63-63 v°) et en 1544, 20 tours disparaîtront de l’enceinte.
106 Ibid., A 4, fol. 116 v°-117, fol. 165, fol. 189.
107 AD 51, E suppl. 4778* – BB 6*, fol. 351 ; M Grand Troyes, Q 1, fol. 329, lettre de Jean Robin, bailli de Châlons.
108 Ibid., E suppl. 5252 – EE 14, fol. 15 à fol. 18 v°.
109 Ibid., fol. 21 à fol. 24.
110 Ibid., fol. 25 à fol. 27.
111 En dehors de la Marne qui passe à l’ouest de la ville, les fossés de la fortification n’offrent pas suffisamment de protection et des travaux importants sont entrepris en octobre 1513 « pour faire venir la rivière de Marne pour abruver les fossez dud. Chaalons » : c’est le canal Louis XII (Ibid., E suppl. 4778* – BB 6*, fol. 393, fol. 394).
112 Ibid., E suppl. 4778* – BB 6*, fol. 356 ; fol. 356 v°, fol. 384, fol. 387, fol. 398, fol. 400, fol. 401 v°, fol. 402, fol. 411 v° ; E suppl. 4779* – BB 6* bis, fol. 2 v°, fol. 3 v°, fol. 12, fol. 12 v°. La ville de Châlons-en-Champagne a toujours manqué d’argent pour financer les chantiers de fortification et 7 ans plus tard, en août 1521, on lui fait remarquer « que monseigneur le gouverneur est trés mal contant de ce que on ne fortiffie aucunement en ceste ville mesmement au boulevart de Saincte Croix » (Ibid., E suppl. 4780, fol. 19 v°).
113 AM Reims, R 35, p. 11, p. 15, p. 16, p. 17, p. 24, p. 25, p. 30, p. 39, p. 45 ; R 429, fol. 83, fol. 141 v°.
114 Ibid., R 372, fol. 124, fol. 130, fol. 164 v° ; R 429, fol. 52, fol. 64, fol. 75 v°, fol. 76. Les fouilles de la rue Ponsardin à Reims en 1994 ont aussi mis au jour un moineau au pied de la tour du Mont-Dieu dont la construction n’est malheureusement pas documentée. Il ne figure pas parmi les moineaux édifiés en 1513-1514 et 1517.
115 Ibid., R 372, fol. 128, fol. 130 v°-131, fol. 135 v° ; R 429, fol. 49, fol. 49 v°, fol. 64, fol. 80, fol. 82 v°, fol. 89-89 v°.
116 Ibid., R 429, fol. 12, fol. 22 v°, fol. 28, fol. 29 v°, fol. 33, fol. 48 v°, fol. 94 v°, fol. 128 ; R 372, fol. 203-203 v°.
117 Faucherre, 1986, p. 11-12.
118 Covelli, 1989, p. 6.
119 La ville de Châlons-en-Champagne n’a pas les moyens de financement de la ville de Troyes et peut difficilement entreprendre de gros chantiers de fortification. La grosse tour porte du Beffroi a coûté un peu plus de 14.000 livres t. et le projet de 1519 estime chacune des dix tours d’artillerie de 15.000 à 22.000 livres t. (Collet, 2014, p. 67).
120 La ville de Dijon est assiégée en septembre 1513 : « Et le neufiesme jour dud. mois ceste ville fust assiegée par lesd. Suisses en nombre de plus de cinquante mille avec trente pieces de grosse artillerie et icelle ville baptue depuis led. jour jusqu’au mardi XIIIe dud. mois que acord et appoinctement fut fait avec eulx par le sr de la Tremoille » (AM Dijon, B 168, fol. 267).
121 AD 51, E suppl. 4923* (CC 92), fol. 476 v°, fol. 479.
122 En 1544, on démolira 20 tours et l’unique moineau encore existant ; 12 tours seront « fourrées et renforcées avec canonnieres pour battre en flancs », conséquence de la modernisation permanente du système défensif troyen (M Grand Troyes, ms. 1291, fol. 114 ; fonds Boutiot, D 140, fol. 87, D 148, 35 v°, D 149, fol. 1 v°, C 156, fol. 67 v° ; fonds Delion, lay. 51, 2e liasse, pièce 167, fol. 47).
123 Les passages des canonniers itinérants Jacques Dausselet et Jean de Coussy à Langres (1512), à Troyes (1512), à Châlons-en-Champagne (1513) et à Reims (1513, 1514) le démontrent parfaitement mais des canonniers peuvent aussi rester temporairement en résidence dans les villes : en 1513- 1514, « a requeste des habitans » le canonnier Jean Marchant reste à Troyes pendant 3 mois ½ pour superviser les travaux de mise en défense, puis il finira par s’y installer (Collet, 1993, p. 12).
124 Outre l’aménagement de quatre autres plates-formes d’artillerie – celles des Jacobins (1529-1533), des Cordeliers (1536), de la Tannerie et Saint-Antoine (1544) – la construction du grand bastion de Guise (1532-1541) et le projet du capitaine Marquion (1540) de doter le périmètre fortifié de plusieurs bastions démontrent le chemin parcouru en matière de défense urbaine (Collet, 2014, pp. 72-73).
125 M Grand Troyes, fonds Delion, lay. 51,1re liasse, pièce 109 datée du 28 février 1515 (n.st.), pièce 113 datée du 28 février 1515 (n.st.), pièce 183 datée du 11 mai 1537.
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Fortification et artillerie en Europe autour de 1500 : le temps des ruptures
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