URL originale : https://books.openedition.org/edul/1607
La forteresse de Châtel-sur-Moselle : un programme bourguignon d’avant-garde en terre lorraine
The fortress of Châtel-sur-Moselle: an avant-garde Burgundy programme in the Lorraine region
p. 71-96
Résumés
Dès la première moitié du XVe s., les Neufchâtel, seigneurs franc-comtois au service de Philippe le Bon, font de la forteresse de Châtel-sur-Moselle, à moins de deux jours de marche de Nancy, le fer de lance de la politique bourguignonne en terre lorraine. Braie, remparement, boulevard, barbiquenne, grosse tour d’artillerie casematée, double ligne de tours d’artillerie, galerie au pied de l’escarpe, ouvertures de tir en fond de fossé, appartiennent au catalogue déployé pour la rendre imprenable et en faire « une place très forte et en état de donner grand secours ». Preuve de son efficacité, ces dispositifs vont traverser les XVIe et XVIIe siècles sans changement, ni modernisation majeurs. Conscient que cette place peut servir ses intérêts et après la défaite bourguignonne devant Nancy en 1477, le roi de France Louis XI en achète la suzeraineté en 1480. Ses successeurs la garderont jusqu’en 1518. Maîtres des lieux depuis la fin du XIVe s., les Neufchâtel cèdent cependant la propriété au duc de Lorraine en 1544. La forteresse reste inviolée jusqu’au cours de l’hiver 1670-1671. En pleine préparation de la guerre de Hollande, Louis XIV, sur le conseil du maréchal de Créquy, ordonne le démantèlement de la place. Redécouverte depuis maintenant un demi-siècle par la volonté sans faille de Jacques et Chantal Debry, la forteresse médiévale de « Chastel sur Mezel » est aujourd’hui, de par son architecture et son ampleur, inédite dans la région.
From the first half of the 15th century, the Franche Comté- originated lords of Neufchatel, who were at the service of Philip the Good, chose the fortress of Châtel-sur-Moselle as the outpost for Burgundy military assets in the Lorraine region. It was less than two days walk away from the city of Nancy. The fortress was referred to as « a very strong place, able to provide great help ». It provided a very impressive set of defensive resources including braie, embankment, boulevard, barbican, large casemated artillery towers, double line of artillery towers, gallery at the foot of the escarp, firing openings at the bottom of the ditch, and was considered a virtually impregnable place. As proof of their effectiveness, these devices were kept during the sixteenth and seventeenth centuries without major change or modernization. Aware that the place could serve his interests after the defeat of the Burgundian army in front of Nancy in 1477, the King of France, Louis XI, acquired the suzerainty in 1480 which stayed with the Crown until 1518. As masters of the place since the end of the fourteenth century, the lords of Neufchatel transferred the property to the Duke of Lorraine in 1544. The fortress remained untouched until the winter of 1670-1671. In preparation for the war in Holland, the Sun King Louis XIV ordered the dismantling of the place upon the advice of Marshal of Crequy. A programme of excavation of the ruins was initiated by Jacques and Chantal Debry, half a century ago. Visitors today can appreciate the architecture and scale of the fortress which is considered a unique monument in the region.
Texte intégral
Avant-propos en guise d’introduction
1Au cours de l’hiver 1670-1671, la forteresse de Châtel-sur-Moselle est totalement arasée suivant les ordres du Maréchal de Créquy. Ses vestiges sont enfouis sous les gravats de sa démolition et des terres de remblaiement. 300 ans plus tard, en 1972, suite à la mise en chantier d’un programme immobilier, murs, tours et salles souterraines resurgissent. Commencent alors, dirigées par Jacques Debry1, de longues campagnes de remise au jour et de restauration qui aboutiront à l’arrêt définitif du programme immobilier et au classement du site, en 1988, au titre des Monuments Historiques. L’ampleur des vestiges (fig. 1-4) est telle qu’une étude architecturale est engagée à des fins universitaires. Elle débouchera sur une thèse de doctorat, soutenue par Bernard Willaime en 19812. Le mémoire, fort détaillé, riche en descriptions, additionné de superbes plans, coupes et élévations, est la première synthèse « post-dégagement » de l’architecture du lieu. Cette documentation est devenue à tort au fil des années la seule référence sur laquelle se sont appuyés plusieurs travaux universitaires3. Depuis 2016, le dépouillement de la documentation photographique, aujourd’hui seul témoin des dégagements, associée à des observations ciblées sur les élévations des vestiges4 ont poussé à revisiter le système défensif du monument. Ces travaux ont été associés à une relecture de la littérature utile, déjà publiée5 et des archives de fouilles disponibles. Cet article est un premier état des lieux de cette recherche. Son objet n’est pas de révolutionner l’interprétation, déjà établie dans ses grandes lignes, des vestiges du système défensif du XVe s., mais simplement de remettre à jour les connaissances sur la forteresse. L’ambition de cette communication est d’être une invitation à une redécouverte de la lecture archéologique et architecturale de l’ensemble fortifié mis en œuvre par les sires de Neufchâtel.
I. Bref cadrage géographique et historique
2Les vestiges du château primitif n’ont pas été précisément identifiés car fortement remaniés et vraisemblablement confondus avec les états postérieurs du monument6. La première mention d’une installation qualifiée de castellum remonte au moins à 11077. Il est donc fort probable que Gérard, comte de Vaudémont (1057-1108), y ait fait installer un premier château dans le courant du dernier quart du XIe s. Cependant, aucun document ni dégagement n’ont permis de livrer précisément la nature de cet ensemble primitif, à l’exception de puissantes fondations appartenant à un bâtiment quadrangulaire situé au centre de la plateforme du château. Remaniées postérieurement, il est probable qu’elles appartenaient à une première tour maîtresse, sorte de donjon qui dominait le site et la vallée (fig. 5a). Vers 1160, ce premier établissement apparaît dans les textes sous la formule Castellum super Mosellam8. A quelques centaines de mètres du château, le village de Rancourt se développe au nord-est, sur le plateau. La chapelle castrale servait à la communauté9. Le choix du lieu de l’implantation du château n’est pas anodin. Il est situé en limite Sud-Est du domaine comtal, le long de la rivière Moselle. Il a été établi sur un promontoire rocheux, à l’extrémité d’un plateau. Il domine d’une quinzaine de mètres la rivière sur sa rive septentrionale. A proximité, deux grands axes commerciaux se croisent depuis l’Antiquité. Ils lient d’est en ouest l’Alsace à la Champagne et du nord au sud la basse vallée de la Moselle au monde méditerranéen. Le franchissement par un pont de la rivière Moselle à la hauteur de Châtel n’est attesté qu’au XIIIe s.10. Auparavant, le passage était possible en période d’étiage de la rivière par un gué encore visible aujourd’hui à quelques kilomètres en aval du château11. Le cours de la Moselle garantit l’impossibilité de mener un siège par le sud. Sa dérivation en amont de la forteresse permet dès le XVe s. la création d’un canal qui longe la cuirasse, traverse l’enceinte urbaine et alimente les moulins de la ville.
Fig. 1 : Carte de localisation de Châtel-sur-Moselle en Lorraine.

(DAO : © R. Elter / AVC)
Fig. 2 : Vue aérienne des vestiges de la forteresse depuis le sud

(Cliché : © Gilbert Salvini).
Fig. 3 : Vue aérienne des vestiges de la forteresse depuis le nord

(Cliché : © Gilbert Salvini).
Fig. 4 : Plan de localisation des vestiges.

(Relevé - DAO : © R. Elter / AVC, E. Alby / INSA).
3Entre les milieux du XIIIe s. et du XIVe s.12, l’enceinte castrale est équipée de hautes tours et courtines. Leur nombre exact n’est cependant pas connu. Seules celles du front Sud et les quelques vestiges d’une tour liée à la porterie ont pour le moment été identifiés suite aux dégagements entrepris à partir de la fin des années 1970 (fig. 5b). Leur physionomie est conforme à la période, elles sont talutées à la base, circulaires et équipées de hautes archères dans les étages. La plus grosse d’entre elles, la tour dite de l’Etuve, a un diamètre qui atteint 15 m de largeur à la gorge. L’enceinte du château forme un quadrilatère rectangle d’environ 140 m de longueur, orienté est-ouest. Le monument est important car il atteint à la fin du XIVe s. plus de 7 000 m2 de surface. A la même période, en 131713, une mention indique le début de la mise en place d’une enceinte en pierre à la périphérie de la ville. Courtines et tours y sont vraisemblablement édifiées. En 1373, par mariage, la place de Châtel-sur-Moselle devient la propriété des sires de Neufchâtel. Ils sont issus d’une puissante famille de la région de Montbéliard, proche de la maison de Bourgogne14. Thiébaut VIII (1386-1459) puis Thiébaut IX (1412-1469) transforment le château pour en faire la tête de pont de la politique bourguignonne en terre de Lorraine. La surface du château est alors doublée par son extension au nord. Son enceinte est soigneusement dessinée au nord et savamment remodelée au sud. Aucun angle et ouvrage n’est laissé au hasard, le contrôle de la place doit être total, permettant ainsi de répondre au mieux à toute attaque et d’être un « réduit » potentiel, sûr pour les Neufchâtel et leurs alliés. Quatorze tours, deux barbacanes, une fausse-braie générale servant de boulevard d’artillerie de plus de 320 m de long par 10 m à 12 m de largeur, un large fossé compartimenté, une cuirasse maçonnée vont être élevés en moins d’une trentaine d’années (fig. 5c). Cette configuration lui donne un statut de forteresse inviolable comme le précise Charles le Téméraire dans une lettre datée de 1475 « que doubtez estre assiegee etc., elle est bien esprouvee et scet l’on bien combien de temp elle puet tenir »15. L’homogénéité du programme et la cohérence des solutions mises en œuvre ne peuvent être que de la main d’un maître en poliorcétique, artilleur ou fortificateur. La présence du maître canonnier « Jehan le Quanonnier », attesté par les textes entre 1447 et 1469, n’est pas anodine et indique l’importance stratégique de la place. Cependant, la disparition du Téméraire devant Nancy en janvier 1477 met fin aux ambitions bourguignonnes en Lorraine et à l’expansion du monument. Dans les années qui suivent la bataille de Nancy, le caractère unique et stratégique de la forteresse ne laisse pas insensible le machiavélique Louis XI. Le roi de France, qui y avait d’ailleurs séjourné en 1456, achète en 1480 pour une importante somme – 60 000 livres – la suzeraineté de Châtel-sur-Moselle au duc de Lorraine René 1er16. Ses successeurs la conservent et Louis XII estime que la céder serait « préjudiciable au roi et à la couronne, Chatel étant dans les limites du royaume une place très forte et en état de donner grand secours »17. L’ « amitié de dix ans » signée entre le roi François 1er et l’empereur Maximilien permet à Antoine duc de Lorraine de récupérer la suzeraineté sur Châtel en 1518.
Fig. 5a : Plan de l’état XIe-XIIe s.

(Fond de plan Alby/INSA, DAO : © R. Elter /AVC).
4Après les décès successifs de Claude et Guillaume de Neufchâtel en 1505, le fief revient aux deux filles de Claude : Bonne et Elisabeth. La succession est immédiatement contestée car le testament de Thiébaut IX prévoit qu’en l’absence d’héritiers mâles, l’héritage passe à la branche cadette. S’en suivent plusieurs procès. Elisabeth disparaît en 1533 sans descendance, les procédures reprennent. Le duc Antoine profite de la situation pour faire saisir la seigneurie la même année. Par le rachat des parts d’héritages et des échanges, la seigneurie de Châtel redevient définitivement lorraine en 1544. L’historiographie locale veut qu’au cours de cette période, qui débute après la bataille de Nancy et s’achève fin 1670, le système défensif du monument ne soit plus modernisé et adapté à l’art du siège. Seules deux demi-lunes sont installées dans le fossé par les Lorrains en 165118. Durant la guerre de Trente Ans, la forteresse change de main à neuf reprises, se retrouvant, tantôt française, tantôt lorraine. Au cours de l’année 1670, sa position et son organisation architecturale poussent les officiers royaux du Génie à proposer une esquisse d’embastionnement de la place19. Cependant, en pleine préparation de la guerre de Hollande, les priorités françaises sont ailleurs, le projet n’est pas retenu et la place est démantelée au cours de l’hiver 1670-1671 après un rapide siège et une reddition de la garnison lorraine. La forteresse est arasée, une partie de ses vestiges est enfouie. Le lieu sert de carrière de matériaux jusqu’au début du XVIIIe s.20. Le nivellement se poursuit dès 1673 avec l’établissement d’un couvent pour les Tiercelins. Un deuxième couvent dévolu aux sœurs de Notre-Dame21 est construit à partir de 1706 à l’endroit de la porterie sur les vestiges de la tour du Boulevard et de la barbacane (fig. 6). Une troisième installation religieuse est entreprise à partir de 1707, par les Capucins au nord du site22. Après la Révolution, les travaux de construction du Petit Séminaire vont bouleverser les installations des conventuelles et impliquer encore une fois, comme l’indique les comptes, la démolition de « gros murs »23.
Fig. 5b : Plan de l’état XIIIe-XIVe s.

(Fond de plan Alby/INSA, DAO : © R. Elter /AVC).
Fig. 5c : Plan de l’état XVe s.

(Fond de plan Alby/INSA, DAO : © R. Elter /AVC).
Fig. 6 : Les bâtiments du XVIIIe s. construits sur le complexe de la porterie et la barbacane.

(Cliché : © R. Elter /AVC).
II. La forteresse du XVe s.
5Comme le montre Vianney Muller dans son mémoire de thèse24, l’extension et la modernisation de la forteresse sont menées à grands frais dans un contexte politique tendu, sur fond de guerres de succession du trône ducal lorrain et d’expansion bourguignonne vers le nord. Une première mention dans les comptes du receveur de Châtel-sur-Moselle atteste que, dès 1431, d’importants travaux de maçonnerie sont menés sur une longueur d’environ 95 m25 « pour la pierre du gros mur desoubz la tour de la cloche ». La comptabilité de la seigneurie reste cependant floue dans sa globalité sur la destination précise des travaux pour les années 1430 et lacunaire pour la décennie 144026. La datation et la chronologie de la mise en chantier des ouvrages décrits ci-dessous restent suspendues à la découverte de nouvelles sources et à une investigation systématique des élévations de l’ensemble du monument, qui s’avère aujourd’hui fort nécessaire.
II.1. La barbacane et le système de défense de la porterie Ouest
6La barbacane a été installée en avant de la porte, au pied du promontoire rocheux sur lequel le château a été développé depuis la fin du XIe s. Cette situation en fait le passage obligé entre la ville et la forteresse et l’élément le plus avancé du système de défense de la porterie occidentale. Deux tours jumelles complètent le dispositif, au nord et au sud, à l’arrière de la barbacane : les tours des Mouchettes et du Boulevard. Sur un plan daté de 1544 (fig. 7), conservé à la BnF27, la barbacane apparaît comme un polygone composé de quatre faces. Deux petites tourelles saillantes ou échauguettes y figurent aux extrémités de la face Nord-Ouest. Elles sont confirmées au début du XVIIe s. par des comptes liés à des travaux d’entretien28. Les faces Sud et Ouest ont aujourd’hui été reconnues, leur jonction forme au sud-ouest un angle saillant de 75°29. Elles sont constituées d’un appareil parfaitement assisé de très gros blocs calcaires assemblés au mortier de chaux et associant aléatoirement des boutisses et des panneresses30 (fig. 8). L’épaisseur totale de la maçonnerie dépasse 4,5 m31. La face Sud est appuyée à l’est sur la tour dite du Boulevard. Elle est percée au droit de la tour par une porte charretière couverte d’un arc surbaissé. Elle a pour dimensions 2,2 m de largeur32 par 3,3 m de hauteur à l’intrados. Deux niveaux de fenêtres de tir aménagées dans la face ainsi que la fenêtre de tir installée dans la tour du Boulevard en flanquaient le passage (fig. 9). A l’arrière des jambages, la présence au sol de logements pour des crapaudines indique que deux vantaux en bois fermaient l’entrée. Cette porte ou poterne est vraisemblablement celle mentionnée dans les textes comme la « porte de la poterne dessous le pont levis du chasteau par laquelle on sort en la ville »33. La fonction et l’utilité de cette ouverture située au pied de la barbacane reste pour le moment indéterminées. Il est probable que le passage permettait un accès vers les fossés Ouest puis Nord de la forteresse34. Cette organisation basse de poternes liées au fossé rappelle les aménagements menés à l’est et est en lien avec l’ouvrage appelé la tour de la Campagne35. Les faces Ouest et Nord de la barbacane étaient flanquées par la tour des Saucisses située à une quarantaine de mètres au nord le long de l’enceinte extérieure. L’intérieur de la barbacane était creux, s’y développaient les fosses des ponts dormant et à flèche36. Les textes datent les travaux liés à la construction de la barbacane avant 145037. La tour du Boulevard flanquait la face Sud de la barbacane et le passage charretier. Elle est conservée sur une élévation d’environ 7 m. Elle est aménagée d’une salle basse entièrement conservée38 et équipée de deux chambres de tir, l’une au sud et l’autre à l’ouest, de plan trapézoïdal et couvertes d’une voûte au profil surbaissé. Chacune d’entre elles est percée à son extrémité par une embrasure de tir. L’embrasure Ouest flanquait la face Sud de la barbacane tandis que la fenêtre Sud flanquait la tour de la Place et la courtine qui y était attenante. Les blocs de chaque ouverture de tir ont été pillés39. Le volume de la salle est couvert par une voûte située à plus de 5,5 m au-dessus du sol présumé. Cette configuration permettait d’avoir dans la partie sommitale de la salle, un volume suffisant pour le stockage des fumées avant évacuation par aspiration à partir d’un évent lié à une cheminée qui débouchait sur la toiture de la tour40. Sa jumelle, la tour dite des Mouchettes encore enfouie avait vraisemblablement une organisation similaire. Ses fenêtres de tir flanquaient l’entrée principale de la forteresse, le passage charretier Nord et le fossé Ouest. Le profil extérieur de la tour du Boulevard est taluté. Il est typologiquement proche de celui de la tour de la Place datée du XIIIe s. Ce profil n’est cependant pas celui des tours de l’enceinte extérieure liées à la fausse-braie. Deux hypothèses se présentent : soit il s’agit d’un ouvrage contemporain de la tour de la Place, adapté au XVe s. à l’artillerie à poudre, soit le positionnement de la tour à l’arrière de la barbacane au droit de la poterne imposait un épaississement de sa base. Le débat reste ouvert.
Fig. 7 : Plan daté de 1544, BnF, Collection Lorraine 114, f°123 (Cliché Association du Vieux-Châtel).

Fig. 8 : Le saillant de la barbacane depuis l’ouest.

(Cliché : © R. Elter /AVC).
Fig. 9 : Le porte charretière aménagée dans la face Sud de la barbacane et la tour du Boulevard.

(Cliché : © R. Elter /AVC).
Fig. 10 : Vue aérienne du front Nord depuis le nord.

(Cliché : © Géophénix, DAO : © R. Elter / AVC).
II.2. La double enceinte remparée et le double fossé
La double enceinte remparée
7Le programme de modernisation et de développement de la forteresse mené par les Neufchatel imposait une extension ex nihilo du château au nord sur plus de deux hectares, entraînant la mise en place d’une nouvelle enceinte. Les vestiges conservés attestent de l’importance de ce nouveau front fortifié et de son adaptation à l’artillerie à poudre. Il se compose de deux courtines parallèles ponctuées de tours et bordées par un large fossé double. L’espace entre les deux enceintes atteint ponctuellement une douzaine de mètres de largeur. Il est rempli de terre et forme une fausse braie remparée à même de recevoir de l’artillerie et d’en permettre la circulation. Ce programme ambitieux se développe sur plus de 320 m de longueur entre la porterie principale de la forteresse au sud-ouest et l’arrière de la tour dite du Parterre, au sud-est. Cinq puissantes tours demi-circulaires, pouvant atteindre 17 m de largeur pour la plus importante, ont été disposées le long de la courtine intérieure. Six tours demi-circulaires, tendant pour certaines vers un plan en forme de fer à cheval et atteignant pour les plus larges un diamètre maximum de 10 m, ponctuent le front extérieur (fig. 10). En plan, les tours des deux enceintes étaient couplées de façon à ce que les tours de l’enceinte extérieure soient directement disposées à l’avant des tours de l’enceinte intérieure (fig. 11).
Fig. 11 : L’organisation étagée des tours du front Nord, ici les tours de Brixey et des Princes.

(DAO : © R. Elter /AVC).
8Cette disposition implique une organisation étagée, les ouvrages de l’enceinte extérieure étant plus bas que ceux de l’enceinte intérieure. L’enceinte intérieure commandait donc l’enceinte extérieure installée dans le fossé. Comme le montrent les vestiges sur le site, les tours de l’enceinte extérieure ont un profil vertical en opposition au profil taluté de la courtine. Ces tours étaient composées de deux étages et atteignaient au maximum une dizaine de mètres de hauteur. Elles étaient certainement surmontées de toitures, basses ou quasiment plates afin de ne pas obstruer l’angle de tir des tours de l’enceinte intérieure. Les travaux de dégagement de trois41 des six tours de l’enceinte extérieure ont révélé pour chacune une salle basse installée au plus près du fossé. La configuration de chacune de ces salles est quasiment identique. Elles sont couvertes d’une voûte, leur espace intérieur est équipé d’un escalier d’accès maçonné et de deux casemates percées chacune par une embrasure de tir (fig. 12). L’ouverture des fenêtres de tir se présente sous la forme d’un orifice circulaire d’une vingtaine de centimètres de diamètre surmonté d’une fente rectangulaire verticale d’une trentaine de centimètres de hauteur (fig. 13), évoquant la forme d’une louche.
9La morphologie de ces ouvertures de tir est le standard utilisé ailleurs sur le site dans les ouvrages de l’extension du XVe s. Une variante du modèle a également été identifiée dans l’ouverture de la fenêtre basse orientée à l’est de la tour dite Jarlet. Elle présente une version plus courte de la fente verticale, qui est dans ce cas détachée de l’orifice circulaire (fig. 14). Ce modèle a également été mis en œuvre à l’est de l’enceinte dans la cour fortifiée occidentale du système de porterie associé à l’ouvrage dit tour de la Campagne. L’ensemble des fenêtres basses de l’enceinte extérieure flanque en tir rasant le fond de fossé le long de la courtine extérieure en direction des deux tours latérales situées à une distance comprise entre 35 m et 50 m. Les vestiges épargnés de deux salles hautes42 donnent une vue partielle de leur organisation. Elles étaient dans leurs grandes lignes similaires à celles des salles basses. Ponctuellement et afin de ne pas rompre le flanquement à l’endroit de l’amorce du retour de l’enceinte vers l’ouest, la courtine forme subtilement un angle saillant entre les tours Jarlet et le Moyne43.
Fig. 12 : L’intérieur de la salle basse de la tour de Brixey.

(Cliché : © R. Elter /AVC).
10Les tours de l’enceinte intérieure étaient beaucoup plus hautes que celles de l’enceinte extérieure et pouvaient atteindre en totalité une vingtaine de mètres de hauteur44. Elles étaient collées à une courtine de 3,5 m d’épaisseur, au profil vertical. Leur base était renforcée par les terres de remparement de la fausse braie contenues par l’enceinte extérieure. Cette configuration était adaptée pour résister et absorber l’impact des projectiles sur la maçonnerie de l’enceinte extérieure. L’ouvrage le mieux conservé des quatre tours45 dégagées du dispositif intérieur est la dite Grosse tour. Ses vestiges laissent apparaître qu’elle était la plus puissante et qu’elle commandait le front Nord. L’épaisseur de sa maçonnerie est de 4 m (fig. 15). Au moins deux étages la constituaient. Ils étaient posés sur une importante salle basse borgne et couverte par une demi-coupole de 7,5 m de hauteur (fig. 16) dont la fonction a évolué au courant des siècles46.
Fig. 13 : La fenêtre de tir de type « standard », évoquant la forme d’une louche utilisée dans le programme du XVe s.

(Cliché : © R. Elter /AVC).
11Au premier étage de la tour se développait une salle casematée couverte par une voûte. Un couloir voûté situé à l’arrière de la salle le long de la courtine permettait d’y accéder depuis l’extérieur après avoir franchi le sas aménagé dans l’épaisseur de la courtine. L’organisation du deuxième étage, dont le volume est lisible dans les arrachements de la maçonnerie, était apparemment similaire au premier étage. L’accès à cette salle se faisait depuis l’extérieur, à partir du sas, par une cage d’escalier formant un conduit aménagé dans l’épaisseur de la courtine. A l’exception d’un fragment de fente de tir, les organes de tirs « chambre et fenêtres de tir » ont disparu, mais il est fort probable que plusieurs chambres ou niches de tir équipaient cette tour. Leur nombre exact nous est totalement inconnu car ces dispositifs ont disparu lors des démolitions de 167147. Contrairement aux autres tours de l’enceinte, la Grosse tour n’est pas positionnée dans l’axe de la tour le Moyne qu’elle commande. Elle marque un décalage de 11 m à l’est sans doute pour pouvoir mieux flanquer le fossé extérieur et la braie. Au droit, à l’est de la Grosse tour, un passage traversant nord-sud couvert d’une voûte au profil surbaissé a été aménagé dans l’épaisseur de la courtine. Une porte l’obstruait à l’extérieur48. Cet aménagement facilitait la circulation entre la fausse-braie et l’intérieur de la forteresse.
Fig. 14 : Variante de la fenêtre de tir de type « standard » utilisée dans le programme du XVe s.

(Cliché : © R. Elter /AVC).
Fig. 15 : La Grosse tour en travaux suite à son dégagement au milieu des années 1970. (Cliché Association du Vieux-Châtel).

Le double fossé et la braie ou dos d’âne
12Le dispositif de la double enceinte remparée était complété par un large fossé pouvant atteindre ponctuellement 55 m de largeur. Ce fossé était sec, la morphologie et la topographie du terrain ne permettant pas de le mettre en eau49. Une levée de terre formant une braie appelée également dos d’âne de quelques mètres de hauteur par une quinzaine de mètres de largeur, vraisemblablement talutée et couronnée par une terrasse pouvant recevoir de l’artillerie, le partitionnait en un fossé intérieur et un fossé extérieur50. Le fossé extérieur bordait la braie au Nord et à l’Est, il avait une largeur d’environ 25 m. Il se prolongeait à l’ouest par le fossé de la ville. Le fossé intérieur se développait sur environ 13 m de largeur à l’arrière de la braie le long de la double enceinte remparée. Sa profondeur était d’environ 3 m, supérieure à celle du fossé extérieur. A l’ouest, il se prolongeait vers le fossé Ouest au-delà du mur de ville par une poterne installée au droit de la tour Jarlet. Il débouchait à l’intérieur de la ville, au sud, par les deux portes aménagées sous la porterie dans les faces Nord et Sud de la barbacane. A l’est, les deux fossés étaient barrés par une sorte de mur bâtardeau. Deux portes y étaient aménagées. Elles permettaient l’accès depuis chaque fossé à une cour fortifiée dont la fonction tel un sas était de filtrer les entrées et les sorties. Une deuxième porte ouvrait la cour au sud vers l’extérieur de la forteresse. L’ensemble de ce système était flanqué à l’est par l’ouvrage de la Campagne et à l’ouest par la tour de la Chapelle. La grosse tour dite du Parterre en flanquait l’extérieur, côté rivière Moselle.
Fig. 16 : La salle basse de la « Grosse tour », la latrine est au fond à gauche de la mire graduée.

(Cliché : © R. Elter /AVC).
II.3. Le complexe de la tour ou barbacane de la campagne
L’ouvrage de la Campagne
13Appelé tour dans les textes, cet ouvrage est par sa typologie et sa position une barbacane. Il a été partiellement dégagé par les fouilleurs du site puis, malheureusement, très largement restitué. Le plan dit de « l’Officier du Génie » (fig. 17), document établi vers 1670, le présente comme un ouvrage au plan en fer à cheval fermé à la gorge51. Ses dimensions conservées sont de 11 m de largeur par 15 m de longueur. Au nord-est, son plan forme un angle rentrant qui dégage un espace ouvert servant au flanquement de l’extrémité Sud de la braie et du fossé extérieur. Sa maçonnerie a une épaisseur d’environ 3,5 m de largeur. Topographiquement, elle dominait de plusieurs mètres le fossé. Un escalier maçonné permettait d’accéder à la cour fortifiée orientale. Le positionnement de l’ouvrage de la Campagne, à l’extrême Sud-Est de la fortification au-delà du fossé, est avant tout et sans aucun doute lié au tracé de la route qui provient d’Epinal depuis l’est. La transformation de l’enceinte au cours du XVe s. a modifié le tracé de la route, lui imposant le contournement de l’enceinte par le nord-est. L’ouvrage de la Campagne est donc essentiel au commandement du débouché de la route depuis l’est, avant qu’elle ne longe les fossés. Il convient également de lui affecter le contrôle de l’accès à la forteresse par le sud-est, comme porterie secondaire ou « de secours »52.
Le bâtardeau et les cours fortifiées
14Ces installations sont constituées d’un bâtardeau de 6 m de largeur composé de deux hauts murs entre lesquels ont été aménagées deux cours fortifiées. Chaque cour est positionnée à l’extrémité Sud des deux fossés de l’enceinte. Une plateforme remparée, de 13 m de largeur par 12 m de longueur, positionnée au centre du bâtardeau les sépare et limite le dos d’âne au sud. Le bâtardeau n’est pas rectiligne. Son tracé est en chicane. Cette configuration décale de 5 m les cours l’une par rapport à l’autre à la hauteur de la plateforme remparée. Cette disposition est plus favorable au flanquement. La cour orientale a pour dimensions 3,8 m de largeur par 25 m de longueur tandis que la cour occidentale, plus petite, atteint une longueur de 14 m. Chaque cour est percée de deux portes, l’une au nord et l’autre au sud. Des embrasures de tir orientées sur le fossé et sur l’extérieur en contrôlaient le passage53. Les cours formaient des sas dont la fonction était de filtrer les entrées et sorties entre le fossé et l’extérieur de la forteresse (fig. 18). Les dégagements ont révélé que la cour orientale (fig. 19) pouvait être couverte par un plancher démontable en bois. Ainsi depuis l’ouvrage de la Campagne, il était possible de franchir la cour et d’aboutir sur la plateforme remparée située à l’extrémité de la braie. Aucun témoin ne permet de savoir si le plancher se prolongeait au-delà de la plateforme située au-dessus de la cour occidentale54. Il en est de même pour une éventuelle jonction de la plateforme avec la braie55.
15Depuis l’ouest de la cour occidentale (fig.20), il était possible d’accéder à la tour de la Chapelle à partir d’une poterne et d’une cage d’escalier étroite de 0,70 m de largeur, aménagées dans l’épaisseur de la courtine. Accolée à la cage d’escalier, une gaine verticale de 0,70 m de largeur par 1,80 m de longueur pouvait, comme interprété par les fouilleurs, servir de logement à un contrepoids rattaché à la structure d’un engin de levage. Les logements quadrangulaires visibles dans la maçonnerie de la paroi au-dessus de la poterne pourraient correspondre à l’installation de cette structure dans la cour occidentale. Si l’interprétation s’avère exacte, cette installation permettait d’approvisionner la forteresse directement par l’est, sans passer par la ville. Depuis le haut de la courtine au-dessus de la cage d’escalier, deux meurtrières quadrangulaires flanquaient l’intérieur de la cour occidentale et le dessus de la plateforme. Au Sud, à l’extérieur du fossé, le dispositif se complétait par la tour du Parterre56. Cette grosse tour est positionnée à l’angle Sud-Est de la forteresse en avant de la tour de la Chapelle. Elle marque la jonction entre les fronts Est et Sud. Elle flanquait à l’est les accès aux cours fortifiées, le sud de l’ouvrage de la Chapelle et le canal de dérivation de la Moselle. À l’ouest, elle répondait à la tour du Charbon, en partie chemisée par la cuirasse d’artillerie. Les observations menées sur ses maçonneries attestent que sa construction est contemporaine à celle des cours fortifiées. Aujourd’hui, les dégagements ont révélé qu’elle est conservée sur quelques mètres de hauteur. Son plan est semi-circulaire, proche du fer à cheval. Son diamètre est de 15 m de largeur à la gorge57.
Fig. 17 : BM Metz (K66), « Plan de la ville et chasteau de Chaté en Lorraine, Monsieur le Maréchal de La Ferté fis le siège et la pris le 13 septembre 1651 après 43 jours d’attaque ».

Fig. 18 : Vue aérienne des cours fortifiées depuis le dessus.

(Cliché : © Géophénix, DAO : © R. Elter / AVC).
Fig. 19 : Vue de la cour fortifiée orientale depuis l’ouest.

(Cliché : © R. Elter /AVC).
Fig. 20 : Vue de la cour fortifiée occidentale depuis l’est. Au fond la poterne et les logements pour la structure de levage du pont piéton.

(Cliché : © R. Elter /AVC).
II.4. Le front sud de la forteresse
16Le front Sud se développe d’est en ouest sur près de 170 m de longueur entre les tours du Parterre et de la Place. La conception tactique y est différente. Ici, les concepteurs ont été dans l’obligation de tenir compte d’un front préexistant, de la topographie et de la proximité, à moins de 50 m de la rivière Moselle, dont le cours capricieux58 interdisait toute extension de l’enceinte vers le sud. L’enceinte antérieure aux travaux entrepris par les Neufchâtel était constituée de courtines ponctuées irrégulièrement de quatre tours59. La tour de l’Etuve, la plus imposante des quatre par sa taille, commandait vraisemblablement l’enceinte au sud et la jonction avec celle de la ville. Cependant, le tracé de l’enceinte constitué par plusieurs états architecturaux restait irrégulier, complexe, et difficile à défendre60. Le parti retenu par les Neufchâtel a été de masquer l’enceinte antérieure et le rocher sur lequel sont posés les ouvrages par la mise en œuvre d’un chemisage. Une imposante « cuirasse » maçonnée et soigneusement dessinée a ainsi été déployée en avant des ouvrages antérieurs. Son efficacité a été renforcée en l’associant à une série de chambres et ouvertures de tir adaptées à l’artillerie à poudre.
La cuirasse
17La cuirasse a été développée en trois parties sur les 170 m de longueur du front Sud. Chacune d’entre elles a été adaptée aux ouvrages qu’elle renforce, masque et chemise. A l’est, la première partie se développe, entre la tour du Parterre et la tour du Charbon. Elle est constituée par un simple mur taluté conservé sur une dizaine de mètres de hauteur. Elle a été posée le long de la falaise rocheuse, entre 4 m et 6 m, en avant de la tour de la Chapelle et de sa courtine. L’espace entre la cuirasse et l’enceinte a été comblé par de la terre de remparement. Cette organisation retourne et prolonge, sur une quarantaine de mètres vers l’ouest, la fausse-braie liée à l’enceinte Est de la forteresse61. La deuxième partie de la cuirasse est la plus architecturalement élaborée. Elle se développe sur près de 70 m de longueur. Elle est constituée par un mur vertical, de 2,5 m à 5 m d’épaisseur. Depuis la tour du Charbon qu’elle inclut et chemise, elle contourne à une distance moyenne de 3,7 m la tour de l’Etuve suivant un tracé courbe sur une trentaine de mètres de longueur (fig. 21). Au droit d’une poterne aménagée dans la paroi qui la prolonge à l’ouest, elle marque une courbure plus prononcée vers le nord. Ce tracé particulier, cette disposition au droit d’un mur rectiligne rappelle, dans une version certes primitive, l’usage de l’orillon développé un demi-siècle plus tard (fig. 22). Deux niveaux de chambres de tir superposées62 y sont aménagées, elles flanquent par leur orifice de tir la poterne et le prolongement à l’ouest de la cuirasse. Trois autres chambres de tir ont également été aménagées à la hauteur de la tour de l’Etuve dans l’épaisseur de la paroi63. Voûtées et de plan trapézoïdal, elles s’ouvrent chacune sur une fenêtre de tir dont le type est identique à celui utilisé dans les autres ouvrages du programme du XVe s. Elles avaient pour fonction de flanquer extra muros en tir rasant l’enceinte urbaine à l’endroit où le canal de dérivation pénètre dans la ville. Les dégagements de la cuirasse n’ont révélé aucun étage supérieur de tir dans cette partie de la cuirasse. Après « l’orillon », le tracé de la cuirasse s’infléchit vers la courtine qu’il chemise. Il est en apparence rectiligne sur 25 m de longueur. Cependant, en plan, il marque sur sa longueur un léger angle rentrant d’environ 0,40 m de profondeur. Une chambre et une fenêtre de tir y ont été disposées à moins de 2 m du sol extérieur permettant le tir rasant. Une dizaine de mètres plus à l’ouest, le tracé s’incurve à nouveau vers le nord à l’endroit où débute le dernier tronçon de la cuirasse. A sa jonction, une fenêtre de tir y a été installée. Elle est orientée à l’ouest, en direction de la tour de la Place (fig. 23). Le dernier tronçon est droit et au profil vertical. Il chemise le rocher de la falaise au pied de la courtine et du donjon sur plus de 5 m de hauteur – il est aujourd’hui restitué64. Il aboutit sur la tour de la Place en l’englobant partiellement. L’espace d’environ 3,5 m de largeur qui le sépare de la courtine antérieure est remparé. Cette configuration est identique à celle développée à l’est du front Sud de la forteresse entre les tours du Parterre et du Charbon.
Les cours et la galerie d’artillerie
18La mise en place de la cuirasse a créé un espace libre au pied de la tour de l’Etuve. Cet espace est utile à l’approvisionnement des organes de défense de la cuirasse et à la circulation des hommes. Il se traduit concrètement par une succession de deux cours distinctes l’une située à l’est et l’autre à l’ouest de la tour de l’Etuve (fig. 24). Une galerie aménagée dans l’épaisseur de la cuirasse les prolonge à l’ouest. Leur flanquement était assuré depuis la série d’archères aménagées à l’étage dans la courtine du XIIIe-XIVe s. À l’origine, comme l’attestent les observations archéologiques des élévations et comme l’indique le plan de l’Officier du Génie, ces espaces étaient dégagés et « à ciel ouvert ». Ils sont aujourd’hui partiellement encombrés par une série d’installations mises en place lors des différents aménagements menés au XVIIIe s. par les frères Capucins65. L’accès à la cour orientale, se faisait depuis une porte placée à la base de la tour du Charbon. Les dégagements ont révélé que la cour s’interrompait à l’ouest à l’endroit où la cuirasse se retourne, au droit de la tour de l’Etuve. Il est vraisemblable qu’une porte aujourd’hui disparue permettait de passer dans la cour suivante. A l’emplacement de l’actuelle salle dite « des Sources » se développait la cour occidentale. Son plan trapézoïdal résulte de l’inflexion du tracé de la cuirasse vers la courtine du XIIIe-XIVe s. Sa largeur se réduit vers l’ouest, elle passe de 5 m à 3 m sur une longueur d’une douzaine de mètres. Une poterne positionnée dans la cuirasse permettait la sortie vers l’extérieur, vers la ville. La cour se prolonge à l’ouest par une galerie aménagée dans l’épaisseur de la cuirasse qui atteint à cet endroit 6 m de largeur et a été « plaquée » directement contre la courtine du XIIIe-XIVe s. (fig. 25). Son sol est situé à 1,1 m au-dessus de celui de la cour occidentale. Elle a pour dimensions 1,1 m de largeur par 1,90 m de hauteur. A son extrémité, elle butte sur deux portes, l’une au nord aménagée dans la courtine XIIIe-XIVe s. donne accès aux étages de la forteresse66, l’autre dans son prolongement s’ouvre sur une galerie d’artillerie (fig. 26). Cette galerie de 1,1 m de largeur par 2,1 m de hauteur atteint 13,5 m de longueur. Son sol marque une légère pente montante vers l’ouest. Elle dessert deux chambres et deux fenêtres de tir, l’une située à l’endroit où, à l’extérieur, la cuirasse marque un léger angle rentrant, la deuxième aménagée à l’extrémité de la galerie avait pour fonction de flanquer le tronçon Ouest de la cuirasse jusqu’à la tour de la Place.
L’enceinte de la ville
19Pour conclure cette étude sur les travaux engagés par les Neufchâtel au XVe s., il semble nécessaire d’évoquer également même succinctement l’enceinte qui mettait la ville à l’abri des « coups de mains ». Cette enceinte doublait partiellement le front occidental et partiellement le front méridional. Comme l’indique le plan du XVIe s., conservé à la BnF (fig. 6), les deux portes d’entrées dans la ville étaient dotées d’un circuit élaboré alliant tours, cours et barbacanes. Les tours étaient adaptées à l’artillerie comme le montrent les vestiges encore lisibles dans le tissu urbain châtelois.
De haut en bas et de gauche à droite : Fig. 21 : La tour de l’étuve et la cuirasse depuis l’est Fig. 22 : Le retour circulaire de la cuirasse au droit de la poterne, les deux étages superposés d’ouvertures de tir. (Cliché : © R. Elter /AVC). Fig. 23 : La cuirasse à l’extrémité extérieure de la galerie d’artillerie. (Cliché : © R. Elter /AVC). Fig. 24 : La cour située au pied et entre la cuirasse et la tour de l’Etuve. (Cliché : © R. Elter /AVC).

(Cliché : © R. Elter /AVC).
Fig. 25 : Plan de la galerie d’artillerie.

(Relevé et dessin : © Bernard Willaime).
Fig. 26 : Vue de la galerie d’artillerie depuis l’est.

(Cliché : © R. Elter /AVC).
Conclusion
20Dans la dernière décennie de la Guerre de Cent Ans, sur fond de guerres de succession du trône ducal lorrain, d’hégémonie bourguignonne, les sires de Neufchâtel ont transformé la forteresse et l’enceinte urbaine de Châtel-sur-Moselle en mettant en place un ambitieux programme d’adaptation à l’artillerie à poudre. L’ampleur de ces travaux est comparable à ceux mis en œuvre par le duc de Bourgogne à Beaune et à Avallon. La place de Châtel-sur-Moselle est devenue, en moins d’une trentaine d’années, un retranchement sûr pour les Neufchâtel dans leur conflit avec le duc de Lorraine et une pièce avancée du jeu bourguignon sur l’échiquier lorrain.
21Le succès de l’ensemble du XVe s. repose sur trois principes : la mise en place de solutions architecturales simples et hiérarchisées, le contrôle de la circulation à la périphérie de l’enceinte et l’homogénéité complète du système défensif. Au nord et à l’est, les tours basses de l’enceinte extérieure ont été « enterrées » dans le profond fossé intérieur à l’abri de la braie tandis que les hautes tours de l’enceinte intérieure « plantées » dans la fausse braie remparée flanquent le fossé extérieur. Le fossé est partitionné par l’installation d’une braie ou dos d’âne. Par cette configuration l’accès au pied de l’enceinte est rendu plus complexe voire impossible aux coups de l’artillerie ennemie qui tente « de faire brèche ». Au sud, la cuirasse construite à la périphérie de la tour de l’Etuve, a été savamment dessinée selon le besoin par un tracé courbe ou rectiligne. Simple mur épais, garni de chambres de tir, lorsque son épaisseur l’a permis, une galerie basse d’artillerie y a été développée. La circulation à la périphérie de l’enceinte, dans l’espace des fossés, est gérée par la mise en place de « sas », cours et poternes. Le fossé intérieur plus profond que le fossé extérieur contribue à cette maîtrise du contrôle périphérique des circulations et compromet l’utilisation de galeries de sape. Ce véritable couloir entre le dos d’âne et l’enceinte est verrouillé à ses deux extrémités. Cinq portes y ont été disposées entre l’entrée au sud-est et la sortie sur la ville au sud-ouest. L’ouvrage avancé et isolé de la tour de la Campagne complète ce dispositif au sud-est. Il pouvait également être le système de défense d’une éventuelle « porte de secours ». L’organisation compartimentée est également lisible à l’arrière de la cuirasse entre la tour du Charbon et la galerie d’artillerie par le développement des deux cours au pied de la tour de l’Etuve. Dans ce dernier cas, c’est la maîtrise du pied de l’hôtel seigneurial qui est en jeu. Quelques archaïsmes subsistent cependant dans ce dispositif presque parfait. Ils sont le reflet d’un programme précoce mais contemporain du milieu du XVe s. : les embrasures de tir sont au nu des parois et ne s’évasent pas. Les évents des chambres de tir sont réduits à une aspiration naturelle depuis des cheminées de faîtage. Les tours de l’enceinte intérieure restent hautes et leurs maçonneries sont peu épaisses.
22Le dossier de l’ensemble fortifié de Châtel-sur-Moselle est vaste et certaines parties sont aujourd’hui encore inexplorées, il conviendra donc de l’étoffer dans les années à venir par de nouvelles investigations, tant sur la forteresse que sur l’enceinte urbaine.
Bibliographie
Bibliographie
GIULIATO (Gérard), Châteaux et villes fortes du comté de Vaudémont en Lorraine médiévale, Presses Universitaires de Nancy, Nancy, 2008, p. 43-118.
MULLER (Vianney), Le patrimoine fortifié du lignage de Neufchâtel-Bourgogne (XIIIe-XVIe s.), thèse de doctorat, volume 2, Nancy, 1985.
OLIVIER Abbé (Constant), Châtel-sur-Moselle avant la révolution, H. Fricotel, Epinal, 1898.
OLIVIER Abbé (Constant), Châtel-sur-Moselle pendant la révolution, Imprimerie Saint-Joseph, Citeaux, 1896.
WILLAIME (Bernard), Le château de Châtel-sur-Moselle. Etude archéologique, thèse de 3e cycle, Université de Nancy II, 1981.
Notes de bas de page
1 Président fondateur de l’Association du Vieux-Châtel et co-inventeur du site de la forteresse de Châtel-sur-Moselle avec son épouse Chantal (1929-2016). Je profite de cette première note pour leur rendre hommage ; sans leur travail rien n’aurait été possible.
2 Willaime, 1981.
3 Les travaux de Bernard Willaime ont fait suite aux premiers dégagements et surtout aux premiers travaux de restauration sur les vestiges. Le dépouillement de la documentation photographique produite par les inventeurs du site entre 1972 et le milieu des années 1990, l’établissement de la cartographie des vestiges et quelques observations archéologiques des élévations font apparaître pour le système défensif des interprétations déjà faussées par des restaurations et validées dès la fin des années 1970 par l’étude de Bernard Willaime. Les publications et travaux de recherche qui ont suivi se sont malheureusement appuyés pendant 45 ans sur cette seule étude sans véritable confrontation entre la réalité du terrain et la documentation produite par les fouilleurs entre 1972 et 1980.
4 Cette recherche a consisté en un premier dépouillement de la documentation photographique et graphique et en une vérification in situ des documents. Elle est complétée par l’établissement du plan de la forteresse en collaboration avec Emmanuel Alby, enseignant chercheur attaché au département de topographie de l’INSA de Strasbourg.
5 Des deux ouvrages publiés par l’Abbé Olivier à la fin du XIXe s. au mémoire de thèse de doctorat soutenue en 2015 par Vianney Muller.
6 Une reprise complète de l’archéologie des élévations de l’ensemble des vestiges et une corrélation de ces informations avec la documentation de fouille (mobilier, plan et photographie) permettra d’affiner le phasage du site.
7 Giuliato, 2008, p. 45.
8 Muller, 2015, p. 199.
9 L’actuelle église de Châtel-sur-Moselle, de style gothique flamboyant, n’est mise en chantier que dans la deuxième moitié du XVe s.
10 Ibid., (note 8).
11 Une statue de cavalier à l’anguipède a été trouvée dans la Moselle, en 1870, à la hauteur du gué. Elle marquait pendant l’Antiquité l’endroit du passage de la rivière.
12 En 1208, après le traité de Bar-sur-Aube, le fief de Châtel passe sous la suzeraineté du comté de Bar.
13 Giuliato, 2008, p. 108.
14 Suite au décès du comte Henri V de Vaudémont-Joinville, Alix sa fille apporte en dot la châtellenie de Châtel à la famille de Neufchâtel-Bourgogne.
15 Muller, 2015, p. 237.
16 Ibid., p. 237.
17 Ibid., p. 239.
18 AM Metz (K66), « Plan de la ville et chasteau de Chaté en Lorraine, Monsieur le Maréchal de La Ferté fis le siège et la pris le 13 septembre 1651 après 43 jours d’attaque ». Ce plan est également appelé communément dans l’article : « Plan de l’Officier du Génie ».
Les demi-lunes sont mises en place sous les ordres du gouverneur de la place, Monsieur de Beaufort, peut de temps avant le siège français dirigé par le maréchal de la Ferté.
19 Idem.
20 Olivier, 1898, p. 434, au sujet des Tiercelins et de leur couvent situé à Bayon (54), à 23 km à l’ouest de Châtel-sur-Moselle. On venait donc de loin pour chercher des pierres de récupération. La pratique ne devait sans doute pas être isolée.
21 Idem, p. 426, la construction des dépendances du couvent Notre-Dame fait disparaître la chapelle castrale, pourtant épargnée par le démantèlement français de 1670-1671.
22 Les Capucins reprennent une partie des installations des Tiercelins.
23 Olivier, 1896, p. 398 et 401-407, « […] On trouva les matériaux nécessaires en démolissant un énorme rempart qui était à l’extrémité du verger, et en diminuant de 1,5 m la largeur d’une épaisse muraille qui séparait le verger du potager […] ».
24 Muller, 2015.
25 Muller, 2015 p. 224.
26 Ibid., p. 242-243.
27 BnF, collection Lorraine 114, f°123.
28 AD 54 B 4245 1603, et AD 54 B 4268 1613, op.cit. Muller, 2015 p. 222, « renouveler toute la couverture de la porterie, relever les deux trous des culz de lampes sur la dite porterie ».
29 Les deux autres faces sont encore enfouies sous l’actuelle rue des Capucins. L’extrémité nord de la face ouest se retourne suivant un tracé courbe à la jonction avec la face est.
30 Certains blocs dépassent les 2 m de long.
31 La barbacane est conservée sur plus de 6,5 m de hauteur.
32 De part et d’autre du passage un chasse-roue réduit le passage à 1,45 m de largeur.
33 AD 54 B 4213 1574, cité dans la thèse de Bernard Willaime. Muller, 2015, p. 220.
34 L’abbé Olivier la positionne à tort dans le milieu de la face Ouest de la barbacane. La face a été dégagée depuis ; aucune porte n’y a été révélée.
35 Voir le paragraphe qui lui est consacré.
36 Fosses en partie visibles dans le sous-sol du couvent Notre-Dame.
37 AD 54 B 4156 1450 fol. 35 r°. Le document précise que les armes des Neufchâtel ornaient l’appareil de la barbacane. Muller, 2015, p. 222.
38 5,5 m de hauteur.
39 L’embrasure de tir Ouest a été restituée à la façon de celle utilisées sur le site au XVe s. c’est-à-dire, sous la forme d’un orifice circulaire surmonté d’une fente de tir verticale.
40 L’air frais provenait des deux fenêtres de tir. La cheminée liée à l’évent créait une aspiration naturelle vers le haut.
41 Les tours dégagées de l’enceinte extérieure sont les tours Jarlet, le Moyne, et de Brixey.
42 Salles hautes des tours Jarlet et de Brixey.
43 Il devait en être de même entre les tours Bachelet et de Brixey au nord-est de l’enceinte.
44 Salle basse comprise.
45 Les tours dégagées de l’enceinte extérieure sont : les tours du Trésor, la Grosse tour ou tour du Passage, des Princes et des Razoirs. A l’exception de la Grosse tour, les trois autres tours sont en très mauvais état de conservation car plus endommagées lors du démantèlement mené par les Français en 1670-1671.
46 La salle basse a un important volume couvert par une demi coupole appareillée. La hauteur à l’intrados dépasse 7,5 m. Cette importante pièce totalement dépourvue d’accès, à part une étroite trappe, s’avère être une prison. Elle est pourvue pour seuls équipements de deux aérations hautes de section rectangulaire et d’une latrine installée dans une niche aménagée dans la paroi Est de la maçonnerie de la pièce. Les textes indiquent qu’au XVIe s. et au XVIIe s., elle servait de lieu de stockage ; cf. Muller, 2015 p. 206, note n° 19. L’Abbé Olivier la mentionne déjà comme une prison en 1898.
Un logement de section quadrangulaire installé au nord-ouest dans l’épaisseur de la tour pourrait correspondre à celui d’un contrepoids. La fonction de ce contrepoids n’a cependant pour le moment pas été définie. L’interprétation actuelle veut qu’il soit lié à un monte-charge qui desservait les étages de la tour depuis la salle basse afin de monter du matériel. La large lacune de maçonnerie visible dans la courtine qui lui est contiguë au sud peut également être liée à son fonctionnement.
47 Les chambres visibles de la salle du premier étage de la Grosse tour sont toutes des créations comme le montre la documentation photographique du début des dégagements (voir fig. 15).
48 Les logements pour les crapaudines hautes et basses sont encore en place.
49 Une vigne et un jeu de quilles s’y développaient en temps de paix.
50 Le plan dit « de l’Officier du Génie » montre un large espace de circulation, à même de recevoir de l’artillerie. Rien ne permet de certifier si un parapet en pierre maintenait les terres à l’extérieur.
51 Les vestiges restaurés font apparaître un aménagement quadrangulaire sorte d’excroissance accolée à la maçonnerie. Il semble qu’une porte y aurait également été aménagée. Elle a également été abusivement restaurée. Un travail d’analyse des élévations de l’ouvrage serait nécessaire à la bonne compréhension de son architecture. Cela permettrait de mieux cerner typologiquement l’ouvrage.
52 AM Metz K66, comme mentionné sur le plan.
53 Ce dispositif de cours fortifiées a perduré dans le temps, comme le fait apparaître l’ouverture de tir à orifice circulaire conservée dans la paroi sud de la cour occidentale et datable de la fin du XVe s.
54 Plusieurs auteurs proposent, en s’appuyant sur le plan de l’Officier du Génie, une continuité du plancher en bois jusqu’au pied de la tour de la Chapelle. Cette interprétation n’est pas possible, car sur le terrain, l’espace situé au pied de la tour de la Chapelle est largement moins large et en contrebas de celui indiqué sur le plan du XVIIe s. Cependant, il est probable que l’ensemble « ouvrage de la Campagne/cour fortifiée » a été modifié aux XVIe et XVIIe siècles. Cette hypothèse permettrait d’introduire d’autres alternatives à cette interprétation.
55 Les observations menées récemment sur le site montrent que la plateforme se prolonge sur une dizaine de mètres vers le nord par une légère rampe taillée dans le banc rocheux. Il n’est pas possible pour le moment de le vérifier, car d’épais remblais et le talus sur lequel est installé l’un des immeubles d’habitations modernes interdisent toute investigation.
56 AM Metz K66 ; le plan fait également apparaître un ouvrage de plan en L installé en travers du canal de dérivation qui borde l’enceinte Sud. Rien ne permet d’affirmer aujourd’hui s’il s’agit d’un ouvrage du XVe s. ou d’un aménagement projeté au XVIIe s. afin de verrouiller l’accès par l’est.
57 L’accès à la tour se faisait depuis le nord par une porte murée, encore visible aujourd’hui dans la maçonnerie du front Sud.
58 La maîtrise de la rivière n’a été possible qu’après la construction du Canal des Vosges et l’aménagement de la berge septentrionale par la mise en place d’un talus. Plusieurs dizaines de mètres de largeur ont ainsi été gagnés sur le cours de la rivière. La route permettant de passer au sud de Châtel, dans le prolongement de l’ancienne route qui provenait de l’est, y a été installée.
59 Tours de la Chapelle, du Charbon, de l’Etuve et de la Place.
60 70 m séparent la tour de l’Etuve de la tour de la Place.
61 Comme le montre son tracé irrégulier, le mur a vraisemblablement été remanié, postérieurement, au démantèlement de la forteresse, suite entre autres à des effondrements.
62 Les découvreurs du site ont proposé la restitution d’un troisième niveau de chambre de tir.
63 Une quatrième chambre restituée figure dans la paroi, à l’ouest.
64 Ce dernier tronçon a été totalement restitué entre 1995 et 1996 dans le cadre de travaux menés sous le contrôle de Thierry Algrin, Architecte en Chef des Monuments Historiques en charge à l’époque du dossier de Châtel-sur-Moselle. La restitution du mur avec un profil vertical fait suite à des observations archéologiques menées en accompagnement des travaux au courant de l’automne 1995. Cette nouvelle construction s’est substituée à une précédente qui avait été fortement remaniée depuis la fin du XVIIe s.
65 Ces installations se déploient sur deux étages, il s’agit des salles dites de la Boulangerie et des Sources.
L’archéologie a montré que contrairement, à ce qui a été écrit par plusieurs auteurs, leur construction est XVIIIe s., contemporaine des Capucins et n’ont pas XVe s. L’abbé Olivier dans son ouvrage sur « Châtel-sur-Moselle avant la Révolution » décrit précisément la visite des salles souterraines situées sous le séminaire. L’accès est connu et ce fait à partir de la poterne qui s’ouvre sur la ville et qui est installée dans la cuirasse à proximité du canal d’évacuation des eaux de la « salle des Sources). L’auteur explique également que plusieurs ouvertures et passages ont été condamnés par sécurité pour les besoins de l’utilisation du séminaire. Olivier, 1898, p. 224-227.
66 Il s’agit là d’une poterne plus ancienne, contemporaine à la courtine XIII-XIVe s.
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Fortification et artillerie en Europe autour de 1500 : le temps des ruptures
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