L’adaptation à l’artillerie au sein du patrimoine castral des Neufchâtel-Bourgogne
Adaptation to artillery with gunpowder in the castles of the Neufchâtel-Burgundy family
p. 49-70
Résumés
Cette étude de cas s’intéresse à l’adaptation à l’artillerie des places-fortes d’une famille non princière en étudiant le patrimoine familial des Neufchâtel-Bourgogne, un puissant lignage au service des ducs de Bourgogne au XVe siècle.
Au moins depuis le siège de Vellexon en 1409, ces seigneurs ont bien conscience de l’efficacité de l’artillerie, mais les moyens dont ils disposent ne sont pas suffisants pour adapter l’ensemble de leurs châteaux. Les moyens sont concentrés sur quelques places-fortes, présentant un intérêt stratégique particulier et de bons atouts défensifs, notamment la présence d’une enceinte urbaine. Le catalogue des canonnières montre une très grande diversité formelle et technique, parfois au sein d’un même édifice.
Châtel-sur-Moselle, modernisée dès la décennie 1440, est la place où l’investissement est le plus important non seulement sur le plan architectural mais aussi par la présence permanente d’un canonnier dont on ne trouve pas trace pour les autres châtellenies documentées.
This case study focuses on the adaptation to artillery of the strongholds of a non-princely family, the Neufchâtel-Bourgogne, a powerful lineage serving the dukes of Burgundy in the 15th century.
At least since the siege of Vellexon in 1409, these lords were well aware of the effectiveness of the artillery, but their financial resources were not sufficient to adapt all their castles. They concentrated their means on a few fortified places, of particular strategic interest and with good defensive assets, in particular the presence of an urban enclosure. The catalog of gun loops shows a great diversity of form and technique, sometimes even in a single building.
Châtel-sur-Moselle, modernized since the 1440s, is the place where investment is most important, not only architecturally but also through the permanent presence of a gunner whereas there is no similar case in the other documented possessions.
Texte intégral
1La seconde moitié du XVe s. est marquée par le puissant essor de l’artillerie au sein des armées royales et princières. Ce développement ne touche pas seulement la conduite des opérations militaires mais de nombreux aspects de l’organisation sociale liés à la guerre. Nous n’aborderons pas ici le débat historiographique très animé entre partisans d’une « Révolution militaire » – à l’origine de la genèse de l’État moderne notamment – et ses détracteurs, mais nous souhaitons mettre l’accent sur une question précise : l’impact de ces nouvelles techniques de siège, et par conséquent de fortification, pour la noblesse non princière à travers le cas du lignage de Neufchâtel-Bourgogne.
2Cette famille est originaire de la zone frontalière entre les comtés de Bourgogne et de Montbéliard. Elle y apparaît à l’aube du XIIIe s. puis y développe une stratégie d’expansion territoriale et politique pendant un siècle et demi. À partir du dernier quart du XIVe s., les Neufchâtel sortent nettement de cet espace et connaissent une ascension sociale importante qui s’appuie, d’une part, sur une politique volontariste en termes d’alliances matrimoniales, d’obtention de bénéfices ecclésiastiques et de service du prince et d’autre part sur des héritages fortuits mais très profitables. La puissance familiale est à son apogée au cours de la décennie 1460 puis elle doit faire face successivement à des revers privés puis, après la défaite de Charles le Hardi devant Nancy, aux difficultés de leur principal suzerain. Le lignage s’éteint en ligne masculine en deux étapes, en 1505 pour la branche aînée et 1521 pour la branche cadette1.
3Si certains membres de la famille occupent de hautes charges militaires (capitaine de place, lieutenance générale, maréchalat), ce lignage de rang non princier est loin de disposer de ressources comparables à celles du prince tant sur le plan financier qu’administratif. Leur politique d’adaptation à l’artillerie est ainsi susceptible de nous renseigner sur la tension qui peut exister au sein de la noblesse intermédiaire entre connaissance de l’artillerie et de son efficacité, d’une part, et difficulté à mobiliser des moyens suffisants pour s’en doter ou s’en prémunir, d’autre part.
I. Les premiers contacts familiaux avec l’artillerie à poudre
4Les premiers rapports des Neufchâtel avec l’artillerie à poudre interviennent probablement lors des campagnes de la seconde moitié du XIVe s. Ce n’est toutefois qu’en 1409, à l’occasion du siège de Vellexon (70), qu’émergent des sources les premiers éléments précis.
5Ce château est occupé par le seigneur de Blâmont contre la volonté du duc-comte de Bourgogne qui confie à son maréchal, Jean de Vergy, le soin de s’en saisir. Jean Ier de Neufchâtel-Montaigu, venu avec l’une des troupes les plus importantes, est associé au commandement de l’opération. L’artillerie à poudre est largement mobilisée mais ses résultats sont encore aléatoires, comme le montre les nombreux accidents. Alors que les grosses bombardes sont hors d’état et doivent être remplacées, on mobilise « […] deux moyennes bombardes de M. de Montaigu qui servirent les première et deuxième semaines de janvier [1410] avant que les grosses bombardes fussent venues […] »2. Pour éviter tout dommage, on les renforce à titre préventif dès leur arrivée en les dotant « […] de cercles de fer tout à neuf […] »3. En l’absence du maréchal, Jean Ier assure la direction des opérations conjointement avec Jacques de Cortiambles, conseiller et chambellan de Jean sans Peur. L’artillerie ne dispose pas encore d’une organisation indépendante au sein des armées bourguignonnes et Jean Ier gère donc très probablement sa mise en batterie. On ignore la provenance et l’usage habituel des deux pièces personnelles, de moyen à gros calibre, qu’il prélève sur son arsenal personnel. Quoi qu’il en soit, la branche cadette des Neufchâtel dispose déjà en 1409 de sa propre artillerie, à l’instar d’autres familles comtoises de premier plan présentes à Vellexon (Chalon-Arlay, Vienne, Saint-Aubin) et des grandes villes (Dijon et Besançon).
6Une quinzaine d’années plus tard, son neveu Thiébaut VIII de Neufchâtel subit, lors d’une guerre privée engagée contre l’évêque de Bâle, les machines de guerre et l’artillerie suisses qui conduisent à la prise d’Héricourt (70) :
« […] Civitas Basiliensis praestitit ipsi auxilium, imo constituerunt se una secum principales contra adversarios assistentes ei cum omni sua potentia bombardis et machinis ante arcem Elencourt quam expugnatam, obtenta et in ruinam positam circam festum S. Martini anno MCCCC XXV […] »4.
7Ces deux épisodes du premier quart du XVe s. nous montrent que les Neufchâtel, tant par leur participation aux campagnes princières qu’à des opérations familiales, ont une connaissance effective de l’artillerie et bien conscience de son importance stratégique dans la conduite de la guerre. Aussi, la modernisation des places-fortes doit leur apparaître comme une nécessité.
II. Les campagnes d’adaptation et leurs motivations
8Pourtant, au sein du patrimoine familial, les traces d’adaptation à l’artillerie sont limitées. Seul un tiers environ des 36 sites – châteaux et enceintes urbaines – détenus par la famille vers 1480 sont concernés (fig. 1). Les aménagements peuvent être ponctuels, telle la transformation d’archères en canonnières, ou bien s’inscrire dans un plan de modernisation global. Pour le premier cas, le corpus est nécessairement incomplet compte-tenu qu’un tiers des sites présente un état de conservation médiocre qui ne permet pas de se prononcer sur la présence de canonnières. Les approches globales sont plus faciles à saisir car elles impliquent un flanquement d’ensemble qui laisse généralement des traces dans les parcellaires, la documentation iconographique ou la topographie. Ainsi, il est possible d’affirmer que certains sites familiaux n’ont jamais fait l’objet d’une modernisation ambitieuse (Chamabon, Châtelot, Clémont et Montaigu5) tandis que le doute subsiste pour quelques autres, à Blamont (25), l’Isle-sur-le-Doubs (25), ou Reynel (52)6.
9Lorsque les vestiges attestent de campagnes de transformation, il faut encore déterminer qui en sont les instigateurs. Dans les cas d’Amance (70), de Bainville-aux-Miroirs (54), de Châtel-sur-Moselle (88), de Fondremand (70), de Fontenoy-le-Château (88), et de Marnay (70), il est possible de les attribuer sans difficulté aux Neufchâtel qui détiennent ces sites de la fin du XIVe s. au début du XVIe s. On peut affirmer à l’inverse qu’ils ne sont pour rien dans les aménagements visibles à Vers-en-Montagne (39) et Valay (70), nettement postérieurs à la sortie de ces châteaux du patrimoine familial7.
10Pour les sites où des changements de mains surviennent dans un faible laps de temps, la datation typo-chronologique ne permet pas d’arbitrer avec certitude sur l’identité du commanditaire. Les sources historiques permettent parfois d’avancer une hypothèse privilégiée. Ainsi, à Bouclans (25), la construction d’une tour d’angle équipée de six archères-canonnières sur trois niveaux peut être datée entre 1412 et 1445, par Louis de Chalon-Arlay et son épouse, ou après 1466, par Jean II de Neufchâtel-Montaigu ou son fils. Entre ces deux périodes, le château transite en effet par Guillaume de Chalon, qui est très endetté et ne semble pas disposer des ressources nécessaires pour d’importantes campagnes de travaux, puis la terre est saisie8. Des difficultés financières semblables pour les sires de Châteauvillain, à partir des années 1430, amènent à considérer qu’ils n’ont probablement pas pu entreprendre la modernisation du château de Grancey (21). Thiébaut IX de Neufchâtel, beau-frère de Bernard de Châteauvillain, acquiert ce site en 1461 avec interdiction d’y effectuer des travaux pendant trois ans. Il reste difficile de déterminer si cette prescription a été respectée et l’on observe que Thiébaut envoie plusieurs pièces d’artillerie à Grancey en 1465. L’hypothèse d’un aménagement par Thiébaut ou ses fils est crédible9. Concernant Neufchâtel (25), l’enceinte urbaine présente six tours munies de canonnières à la française ; doit-on rattacher cette construction à la dernière génération de ce lignage ou bien à leurs successeurs dans le courant du XVIe s.? Le compte du receveur de Clémont en 1503 fournit peut-être un indice. Plusieurs paiements sont effectués entre le 1er avril et le 28 septembre au profit du maçon Jean Guillon pour « […] l’ouvraige que led. Guillon doit fere alentour du bourg de Neufchatel […] »10. Au total, il reçoit 100 livres et 2 sous, soit la moitié des recettes de la seigneurie de Clémont et 60 % des dépenses de l’année. On ne dispose pas pour cette année d’autres comptes de châtellenie du secteur mais il est probable que d’autres recettes, à commencer par Neufchâtel contribuaient également au financement de ces travaux. Le transfert financier entre les deux seigneuries suggère une campagne de travaux ambitieuse et soutient l’hypothèse d’une construction sous Henry de Neufchâtel, fils de Thiébaut IX, quelques mois seulement avant sa mort en 1505.
Fig. 1 : Carte des possessions familiales vers 1480 et de leur adaptation à l’artillerie

(DAO : © V. Muller)
11L’analyse de ce corpus de sites potentiellement ou certainement adaptés par ce lignage montre que les aménagements d’ensemble restent exceptionnels. Châtel-sur-Moselle, modernisé dès les années 1440, tant pour le bourg que le château, en est à la fois le cas le plus précoce et le plus abouti. Cette forteresse dont le poids est grandissant au sein du lignage reçoit un soin constant dont témoigne la poursuite des campagnes de travaux jusque dans les années 1470 au moins. Peu après 1500, Neufchâtel bénéficie sans doute à son tour d’un aménagement d’ensemble. Ailleurs, il est plus délicat d’être affirmatif. À Grancey, le nombre de canonnières visibles est assez important mais le flanquement est assuré par des dispositifs très divers, tour peu saillante et massif polygonal évoquant un proto-bastion pouvant dater du début du XVIe s. Pour Bouclans, Fontenoy et Amance, seule une tour d’angle bien adaptée à l’artillerie subsiste et il est impossible de déterminer s’il s’agit d’un îlot particulièrement renforcé ou du dernier témoin d’une forteresse intégralement adaptée. Si dans quelques cas, tels l’Isle-sur-le-Doubs ou Blamont, la question reste en suspens, d’autres n’ont jamais disposé que d’aménagements ponctuels (Fondremand, Marnay) voire d’aucune défense moderne (Châtelot, Clémont, Chamabon ou Montaigu).
12La présence d’une enceinte urbaine et un réel intérêt stratégique constituent deux éléments récurrents pour les sites modernisés. Le second aspect est particulièrement net à Châtel-sur-Moselle, tête de pont bourguignonne sur la vallée de la Moselle située à équidistance entre la capitale des ducs de Lorraine et les bases arrières familiales, notamment Fontenoy-le-Château et Amance qui sont aussi les possessions les plus septentrionales de la branche cadette11. Au début du XVIe s., c’est à Neufchâtel que l’on réalise un investissement important, renforçant la base historique des opérations familiales dans l’Est du comté, alors que Blamont est très exposé aux attaques suisses et l’Isle-sur-le-Doubs disputé juridiquement depuis la succession de Thiébaut VIII.
13La présence quasi-systématique d’un bourg muni d’une enceinte renforce la valeur militaire de ces sites. Il est en effet remarquable que pour chacun des sites où l’on peut affirmer qu’il n’y a pas eu d’adaptation, l’agglomération – et donc d’enceinte urbaine – est absente. Le cas de Montaigu est particulièrement révélateur puisqu’en dépit de son importance symbolique – c’est le site éponyme de la branche cadette – le château reste manifestement obsolète avec une absence presque totale de flanquement et aucune ouverture de tir sur le long mur subsistant, pourtant très exposé. Dans ce corpus, Chemilly est le seul site équipé de canonnières qui ne s’appuie pas sur un bourg fortifié. Il appartient toutefois à la branche bâtarde dont c’est le château principal, justifiant ainsi ces aménagements qui restent par ailleurs essentiellement symboliques.
14Le rôle défensif éminent de l’enceinte urbaine est soulignée au début du XVe s. par Jean sans Peur qui déclare que Faucogney est une :
« […] clé dudit pais à l’encontre des pais d’Alemaigne et de Lorrainne, marche et joint a eulx et que par ledit bourc se il estoit en etat seroit capable de repousser tous ennemys et envahisseurs […] » et qui insiste : « […] Par ainsi se n’estoit le ledit bourc, y cellui chastel seroit perduz […] »12.
15Au vu de leur patrimoine, les aménagements réalisés par les Neufchâtel peuvent sembler peu nombreux. En fait, l’effort se focalise sur un petit nombre de sites qui disposent d’atouts militaires réels et d’une position stratégique susceptible de servir le renforcement de la puissance du lignage. Ainsi, la forteresse moderne de Châtel-sur-Moselle rend cette famille incontournable pour la politique bourguignonne dans cette région, expliquant ainsi le revirement de Thiébaut IX, prêt à laisser cette terre à son frère en 1433 mais s’ingéniant à l’obtenir au cours de la décennie 1440 après l’installation ducale au Luxembourg13.
16Dans le comté de Bourgogne, la nécessité de posséder une place capable de résister à une armée professionnelle est moindre. En effet, les hautes fonctions militaires occupées par les Neufchâtel leur procurent une protection bien réelle contre les autres seigneurs régionaux. Ce sont d’ailleurs les troupes étrangères, suisses et françaises notamment, qui leur posent finalement problème dans ce secteur.
III. Les solutions architecturales
17L’adaptation des fortifications à l’artillerie à poudre ne se limite pas aux seules ouvertures de tirs, les canonnières étant inutilisables pour les pièces lourdes et employées en complément de la défense sommitale pour les armes semi-portatives et portatives. Aussi, une modernisation performante passe par l’élargissement des fossés, la création d’éventuels obstacles en leur sein, l’installation de fausses-braies, de remparts de terre ou de boulevards d’artillerie. Au sein de notre corpus, Châtel-sur-Moselle, adapté à partir de la décennie 144014, présente la solution la plus aboutie. Thiébaut VIII et son fils Thiébaut IX, maréchal de Bourgogne à partir de 1443, doublent vers le nord la superficie de la forteresse en créant une double enceinte partant de la porterie à l’angle Sud-Est et se développant au nord puis à l’est (fig. 2,3,4). Les deux courtines parallèles sont flanquées de tours semi-circulaires munies de canonnières. Cette défense étagée correspond à une seule phase de construction, ce dont témoigne l’absence d’ouvertures de tir au niveau inférieur des tours de l’enceinte intérieure qui disposaient de la protection de la fausse-braie formée par l’enceinte extérieure. Le comblement de terre séparant les deux enceintes permet une meilleure absorption des chocs pour la courtine basse et il forme en outre un terre-plein où l’artillerie de la place peut être mise en batterie (fig. 5). Sur l’enceinte intérieure, une grosse tour d’artillerie de 17 m de diamètre extérieur, et dont les maçonneries font 3,80 m d’épaisseur, est pourvue de 5 canonnières au second niveau (le premier niveau étant aveugle, sous le niveau de la plateforme qui sépare les deux enceintes) ; elles sont malheureusement trop arasées pour en connaître précisément les dispositions. Sur le front Sud, le château est appuyé contre le flanc de la roche qui domine la Moselle et les maîtres d’œuvre doivent tenir compte de l’état préexistant. La partie la plus orientale bénéficie d’une double enceinte également mais, au milieu de la courtine, un système de mur bouclier muni d’une série de canonnières est privilégié (fig. 6).
Fig. 2 : Plan de Châtel-sur-Moselle d’après un plan de 1670 (BnF, Cabinet des estampes, série Va) – d’après Giuliato 2012, p. 59.

Fig. 3 : Double enceinte au nord du château de Châtel avec le fossé, la fausse-braie et la grosse tour d’artillerie flanquant l’enceinte intérieure

(cliché : © V. Muller).
Fig. 4 : Coupe de la grosse tour d’artillerie et de la fausse-braie (d’après Willaime 1981).

Fig. 5 : Vue vers l’est du terre-plein entre la fausse-braie et l’enceinte intérieure au nord du château

(cliché : © V. Muller).
18L’enceinte du bourg vient s’appuyer contre lui et ce nouvel espace permet ainsi le flanquement à l’intérieur et à l’extérieur du bourg (fig. 7). Vers l’est du château une longue excroissance est bâtie, peut-être au cours des années 1460 ; elle est à mettre en relation avec le système de circulation et d’accès au château et aux fossés. La ville dispose également d’une enceinte remaniée au milieu du XVe s. avec un flanquement régulier de tours semi-circulaires quoique plus espacées, notamment au nord-ouest. Les deux portes de la ville sont renforcées par des ouvrages avancés, tout comme la porte du château15. Les canonnières visibles sur ce site répondent, à quelques exceptions près, à un même modèle16. Un orifice circulaire surmonté d’une courte fente, le tout présentant un fort ébrasement interne (fig. 8). L’orifice, mesure généralement 0,15 m de diamètre externe pour 0,25 à 0,40 m au niveau de l’ébrasement interne. La largeur de la fente est généralement comprise entre 7 et 10 cm et sa hauteur varie autour de 0,25 m. Lorsqu’elles sont présentes sur plusieurs niveaux, ces ouvertures de tirs sont décalées en plan de quelques dizaines de centimètres afin d’améliorer l’aire couverte par le tir (fig. 9).
Fig. 6 : Vue du mur bouclier bâti au XVe s. sur le flanc sud, prise depuis le sommet de l’enceinte intérieure, datée du XIIIe s.

(cliché : © V. Muller).
Fig. 7 : Flanquement assuré à l’intérieur de la ville par les canonnières (flèches) équipant le mur bouclier et la galerie qui le prolonge

(cliché : © V. Muller).
Fig. 8 : Vue intérieure de la canonnière occidentale au niveau inférieur de la tour M6 « dite tour de Brixey »

(cliché : © V. Muller).
Fig. 9 : Flanquement décalé des canonnières occidentales de la tour M6 « dite tour de Brixey »

(cliché : © V. Muller).
19Le principe de feu étagé est également présent à Neufchâtel où le château est assis sur une barre rocheuse au centre du bourg d’où il pouvait assurer un tir lointain (fig. 10). L’enceinte urbaine est quant à elle bâtie à flanc de coteau, s’appuyant directement sur la roche ou un comblement de terre. Les tours de flanquement disposent de deux à trois canonnières à double ébrasement – dites canonnières à la française – présentant une forme oblongue en parement extérieur. Les deux exemplaires de la tour protégeant l’entrée sont installés au fond de niches de tir permettant de réduire l’épaisseur de la maçonnerie de sa dimension maximale allant de 3,80 à 4,50 m à 1,70 m environ. Au niveau du rétrécissement maximal, large de 0,20 m, elles présentent deux petites encoches latérales qui devaient permettre le calage de l’arme sur une barre métallique (fig. 11). Sur les autres tours de l’enceinte, dont les maçonneries ne mesurent que 2,50 m de largeur, les canonnières ne sont pas aménagées dans des niches de tir mais directement accessibles depuis la salle ; elles présentent néanmoins des dispositions similaires (fig. 12).
20L’enceinte du château de Grancey est également bâtie à flanc de roche. À l’angle Sud-Est, une grosse tour de flanquement, largement remaniée, dispose encore d’une canonnière à fort ébrasement extérieur. Le reste du front oriental présente plusieurs archères-canonnières avec ou sans croisillon (fig. 13, 14). Elles sont implantées sur une petite tourelle peu saillante ou sur un flanquement polygonal évoquant un proto-bastion, structures mal datées probablement entre 1480 et 1550. Ce type est absent du reste du corpus familial, ce qui n’est pas très étonnant compte-tenu de la rareté de cette forme en Lorraine et en Franche-Comté17.
21Pour les autres sites, dont on ne conserve en général qu’une tour, il n’est pas possible de se faire une idée de l’aménagement d’ensemble. L’examen des ouvertures de tir révèle néanmoins une très forte hétérogénéité. En l’état actuel, on ne connaît pour l’enceinte du bourg de Marnay qu’un aménagement ponctuel une archère transformée par la création d’un orifice circulaire à mi-hauteur. L’iconographie atteste toutefois d’un flanquement d’ensemble non daté et la tour du trésor du château présente des ouvertures de tir semble-t-il postérieures. À Bouclans, la tour sud-est dispose de six archères-canonnières réparties sur les trois niveaux avec un décalage à chaque niveau permettant d’assurer une couverture de tir maximale (fig. 15).
Fig. 10 : Plan topographique du château de Neuchâtel-Urtières avec le château sur la barre rocheuse au centre et l’enceinte urbaine en périphérie

(Relevé, DAO : © V. Muller et al.).
Fig. 11 : Relevé de la canonnière nord de la tour sud-est de l’enceinte urbaine de Neuchâtel-Urtières

(Relevé, DAO : © V. Muller).
Fig. 12 : Parement interne de la canonnière sud de la tour nord-est de l’enceinte urbaine de Neuchâtel-Urtières avec deux trous d’ancrage latéraux

(cliché : © V. Muller).
Fig. 13 : Front oriental de l’enceinte de Grancey, prise depuis l’est. Les flèches indiquent l’emplacement d’archère-canonnières

(cliché : © V. Muller).
Fig. 14 : Canonnière à fente munie d’un croisillon située sur le retour nord du proto-bastion de Grancey. À noter en partie haute, le reliquat d’une base de canonnière de même type

(cliché : © V. Muller).
Fig. 15 : Tour d’angle sud-est du château de Bouclans. On observe le décalage horizontal entre chaque canonnière, celles des deux niveaux supérieurs encore visibles et celle qui se trouvait à l’emplacement de la fenêtre du 1er niveau

(cliché : © V. Muller).
Fig. 16 : Vue intérieure de la canonnière sud du 3e niveau (gauche) et parement extérieur de la canonnière ouest du 1er niveau (droite)

(cliché : © V. Muller).
22L’orifice circulaire de près de 0,25 m de diamètre est surmonté d’une fente de 0,70 m pour 8 cm de largeur. Outre la plus grande hauteur de la fente, elles se distinguent des ouvertures de Châtel-sur-Moselle par leur ébrasement interne limité et situé dans la continuité des embrasures de la niche de tir (fig. 16). Les ouvertures de l’enceinte urbaine de Fondremand sont assez proches en parement extérieur mais les dispositions intérieures sont inconnues en raison du remblaiement de la tour (fig. 17).
23La tour des Lombards de Fontenoy-le-Château, à l’angle Sud-Est de l’enceinte urbaine, fournit une intéressante variété de canonnières tandis qu’au niveau du château, seuls quelques emplacements sont connus (fig.18). Chaque niveau présente une disposition différente. Au rez-de-chaussée, les canonnières, installées dans des niches de tir, sont proches de celles de Châtel-sur-Moselle avec un orifice circulaire de 0,15 m de diamètre surmonté d’une courte fente de 0,25 m de hauteur, l’ensemble présentant un ébrasement interne (fig.19). Au 2e niveau, les niches, aujourd’hui partiellement ou totalement comblées, desservaient une ouverture rectangulaire, dépourvue de fente et située peu au-dessus du niveau de sol. Enfin, à l’étage supérieur, les canonnières sont installées dans l’allège d’une fenêtre rectangulaire munie d’un volet à un battant. L’ouverture de tir présente une forme presque quadrangulaire avec un fort ébrasement intérieur et un couvrement en arc (fig. 20). Cette disposition est tout à fait originale, tant au sein du corpus familial que dans l’Est de la France. En partie haute, chaque embrasure compte deux rainures servant à l’insertion d’une poutre en bois. L’une, au niveau de l’appui de fenêtre correspond sans doute à un dispositif de calage, l’autre, située plus haut et vers l’intérieur de la pièce peut correspondre à un dispositif similaire ou servir à l’obstruction des niches lorsqu’elles ne sont pas utilisées. La datation de la tour, de la seconde moitié du XVe s., ne peut être affinée aisément.
Fig. 17 : Canonnière de la tour d’angle sud-est de l’enceinte urbaine de Fondremand

(cliché : © V. Muller).
Fig. 18 : Tour des Lombards de Fontenoy-le-Château, prise depuis le sud-est. Les canonnières, différentes à chaque niveau, sont décalées horizontalement

(cliché : © V. Muller).
24Le bourg d’Amance présente également une disposition originale. Le 1er niveau de la tour présente un plan en étoile avec une voûte en coupole qui se prolonge dans quatre embrasures de tir par une voûte en canonnière (fig. 21). La partie basse des ouvertures de tir est mal visible mais celles-ci semblent se limiter à une fente de tir de 0,15 m de largeur environ, avec un chanfrein extérieur jusqu’alors inédit dans le corpus (fig. 22).
25La largeur de cette fente peut suffire pour l’usage d’armes à feu portatives et d’autres exemples de la fin du XVe s. sont connus, par exemple la tour d’Argenton à Chinon ou la porte Mordelaise à Rennes18. La présence de deux paires de trous d’ancrage dans les embrasures ne laisse guère de doute sur l’usage d’armes à feu. Une inscription sur la façade de cette tour signale une réfection ou reconstruction en date du 8 juin 1478, période de résistance des Neufchâtel-Montaigu après la première attaque française sur le comté de Bourgogne, quelques mois avant leur ralliement à Louis XI. Situé en partie haute, ce bloc n’est pas un élément de datation incontestable, néanmoins la forme de l’ouverture est cohérente avec cette datation du dernier quart du XVe s.
26Au final, la variété des solutions techniques employées au sein du patrimoine familial est saisissante y compris pour les aménagements secondaires comme les dispositifs de calage. Plusieurs paramètres peuvent expliquer cette diversité : périodes de construction différentes, diversité des commanditaires au sein même du lignage – une demi-douzaine de seigneurs – mais également de maîtres d’œuvre différents. L’identité de ces derniers reste totalement méconnue mais le recours à une main-d’œuvre locale est probable, expliquant peut-être certaines dispositions comme les croisillons visibles à Grancey. À l’inverse, le recours à des maçons bourguignons est attesté par la comptabilité à Châtel-sur-Moselle en 1447-1448, peut-être pour conserver le secret de certaines dispositions. Remarquons dans ce corpus l’absence de certains dispositifs, tels les retraits dans une ébrasure pour les desservants ou les niches de tir fermées et la rareté d’autres, telles les gaines d’aération ou évents indépendants de la canonnière dont le seul exemple documenté se trouve à la grosse tour de Châtel-sur-Moselle. Ses absences semblent davantage refléter des dispositions régionales qu’une spécificité du lignage19. Concernant les gaz de combustion, la hauteur sous voûte très importante dans plusieurs tours contribue sans doute à limiter leur impact.
Fig. 19 : Relevés des canonnières est et nord du 1er niveau de la tour des Lombards

(DAO : © V. Muller et al.).
Fig. 20 : Plan et élévations de la canonnière nord-est du 3e niveau de la tour des Lombards

(Relevé, DAO : © V. Muller et al.).
Fig. 21 : Plan du 1er niveau de la tour sud-ouest de l’enceinte urbaine d’Amance

(Relevé, DAO : © V. Muller).
Fig. 22 : Niche de la canonnière sud-ouest de la tour d’angle d’Amance avec deux paires de trous d’ancrage dans les ébrasements

(cliché : © V. Muller).
IV. La mise en défense
27L’organisation de l’artillerie au sein des forteresses familiales est peu documentée, tant du point de vue des pièces (nombre, type, calibre, etc.), que des desservants. La comptabilité de Châtel-sur-Moselle mentionne un artilleur, « maistre Jehan le quanonnier » qui apparaît dans les comptes du receveur de 1447 à 1468 au moins, aux gages annuels de 25 florins d’or de 16 gros et d’une robe de 4 francs soit 44 florins 8 gros20. Ces gages, stables tout au long de la période, sont importants en comparaison des autres officiers avec un montant quatre fois supérieur au châtelain de Châtel et 2,5 fois supérieur au secrétaire de Thiébaut IX. Ils sont comparables à la moyenne basse de ceux offerts à la même période par Philippe le Bon mais il ne semble pas bénéficier de la même augmentation en temps de guerre21. Pour l’année 1467-1468, marquée par un violent conflit entre les Neufchâtel et le duc de Lorraine, on trouve également la trace d’un autre officier « Glaude (sic) Chaurbonnier de Villers, sellera (sic) le quanonniel » gagé 7 petits florins 5 gros soit 1/6e du salaire du maître canonnier22. Le terme « sellera » reste énigmatique mais la différence de salaire suggère un assistant qui n’apparaît pas dans les comptes pour les autres années. On note également en cette année, la présence de « Jacoit l’armurier » qui reçoit des gages annuels de 15 francs soit 18 florins. À noter enfin qu’à Châtel-sur-Moselle, le seigneur défraie également chaque année le corps d’arbalétriers de la ville pour le montant modeste de 10 sous soit 7,5 gros.
28Le matériel n’est guère mieux connu. Dans son testament, en 1463, Thiébaut IX précise que « […] l’artillerie et armures étans en mes maisons lesquelles demeureront a mes heritiers a scavoir a ung chacun que sera seigneur desdictes maisons ou lesdistes artilleries et armures seront trouvées au jour de mondict trépas […] »23. Il suggère ainsi que chaque place est pourvue de son artillerie propre même si tout porte à croire que les déplacements de pièces selon les besoins devaient être monnaie courante. Ainsi, lorsqu’en 1466 Thiébaut IX assiège la ville d’Épinal, il utilise probablement l’artillerie disposée habituellement à Châtel. Lorsque l’armée de secours arrive, Thiébaut IX et ses hommes lèvent rapidement le siège et « a peine en emmenirent l’artillerie »24. L’année suivante, les Neufchâtel essuient de graves revers avec la perte de Liverdun, Chaligny et Bainville ; la chronique de Lorraine indique alors : « Il ne demeura que Chastel-sur-Moselle. Elle est forte et fournye de bastons ; por la tenir subjecte, à Charmes on y mit bonne garnison »25.
29Toujours dans le cadre de ce conflit, plusieurs documents nous renseignent sur les approvisionnements. Ainsi, en mai 1467, Thiébaut IX envoie à son fils de l’argent et des consignes : « […] les autres quarante florins faites ce le plus necessere meistier, fournissez vous d’aveinne, nous sumes bien fourniz de salpêtre et acheterons du soffre largement, nous avons trouve ouvrier qui nous feront assez de boules pour les serpentines […] »26. Quelques mois plus tard, en 1468-1469, le compte de Châtel précise que l’on rémunère « […] Aubert le Cherton pour XXVI journées qu’ilz fuit au tirier des pieres de bombardes et de mortier et d’autres pierres de quannons […] »27. Après une accalmie, le conflit reprend en 1471 avec un nouveau siège de Châtel. L’artillerie lorraine y subit les ripostes des pièces disposées dans la place comme le relatent les chroniqueurs : « […] III bombardes tous les jours tiroit maistre Jehan Lambert que a Liverdun tiroit. Comme à chargier estoit, feit lever le manteau ; un coup de serpentine subittement de dedans tira ; le coup adteindit sur la bombarde, le coup l’adteindit, dont il en morut […] »28. La garnison de Châtel négocie finalement le départ des assiégeants au prix de concessions territoriales. L’armée de secours bourguignonne arrive peu après et envisage alors d’assiéger Charmes avec « […] V ou VI pièces d’artillerie […] »29. Il est difficile de déterminer si ces pièces viennent exclusivement de Châtel ou si elles accompagnaient pour partie l’armée de secours venue libérer la ville. De cette artillerie, seules quelques traces matérielles subsistent à Châtel où furent retrouvés une série de 78 boulets de pierres (diamètre de 16 à 43 cm, poids de 4 à 75 kg), un bâton à feu en fer (65 cm de longueur, 7,5 cm de diamètre extérieur maximal et un calibre de 1,5 cm environ), et un pot à feu en fer (longueur totale 44 cm avec 21+6 cm de culasse et 17 cm de canon, diamètre maximal 18 cm, calibre : 0,10 cm, poids 18 kg) (fig. 23, 24). Concernant l’usage de ce dernier élément, deux hypothèses sont concurrentes. Deux exemplaires assez proches provenant du château de Sainte-Ursanne (Suisse) ont été présentés lors de l’exposition « 1415-1515 : d’Azincourt à Marignan » comme des bombardelles30, petites pièces à rapprocher de mortiers ; un objet de forme assez proche, mais semble-t-il fondu en bronze, a été mis au jour au château de Montfaucon (25) est également interprété ainsi31. La pièce de Châtel-sur-Moselle a parfois été présentée ainsi32 mais plus souvent elle était rapprochée d’un dispositif explosif destiné à briser les portes tel que les « pétards » publiés en 1630 dans le traité sur la pyrotechnie de Jean Appier-Hanzelet (fig. 25)33. Sans un examen poussé de l’objet par un spécialiste, il est difficile de se prononcer.
Fig. 23 : Bâton à feu conservé à Châtel-sur-Moselle

(Dessin : J. Debry ; © cliché R. Elter / Association du Vieux Châtel).
Fig. 24 : Pot à feu conservé à Châtel-sur-Moselle

(Dessin : J. Debry ; © cliché R. Elter / Association du Vieux Châtel).
Fig. 25 : Usage d’un pot à feu pour briser une porte d’après Jean Appier-Hanzelet

© Bibliothèques Municipales de Nancy 2165, p. 106.
30On trouve également quelques mentions de l’artillerie dans d’autres places mais elles sont peu nombreuses. Ainsi, la chronique de Lorraine mentionne une alerte à Fontenoy-le-Château, le 2 décembre 1476 : « […] Quand les nouvelles ont oy, bien esbahys sont esté, incontinent les portes ont faict fermer, et tous ceulx de la ville ont porté pierre [et] artyllerie es tours et sus les murailles, cuydant que ladicte Fontenoy on volloit embler ou assiéger […] »34. À Grancey, une dizaine d’années plus tôt en juillet 1465, Thiébaut IX avait tout simplement envoyé à son receveur plusieurs pièces de l’artillerie ducale :
« […] un veuglaire de fer de 5 pieds de long jetant pierres de 4 pouces de haut, quatre couleuvrines de fer à main […] les deux estamées et les deux autres imprimées de couleurs et 12 livres de poudre à canon pour estre mis au château de Grancey pour la sûreté d’icelui et que le maréchal restituera prestement apres que le bruit de l’armée qui présentement est mise sur pied sera passé […] »35.
Conclusion
31Au terme de cette étude, il n’apparaît guère possible de déterminer des persistances ou des ruptures nettes dans les aménagements liés à l’artillerie au sein du patrimoine des Neufchâtel. Au-delà de la conservation partielle de ce patrimoine, c’est surtout le résultat de la très forte hétérogénéité des solutions architecturales mises en œuvre pour moderniser ces places. Le catalogue des formes présente en effet une grande diversité typologique tant au niveau de l’ouverture de tir que de ses aménagements secondaires, y compris parfois au sein d’un même édifice. Il y a bien quelques éléments récurrents, tel le décalage horizontal du plan de tir d’un niveau à l’autre ou les trous d’ancrage dans les ébrasements des ouvertures de tir mais ils ne sont pas attachés à une forme particulière et une certaine propension à l’expérimentation semble dominer sans qu’il soit possible de l’attribuer au maître d’ouvrage ou au maître d’œuvre. Cette hétérogénéité distingue le patrimoine de ce lignage des grands ensembles princiers ou royaux qui, sans être parfaitement homogènes, partagent davantage de traits communs.
32Toutefois, la rupture majeure reste avant tout financière. Elle survient sans doute dès la première moitié du XVe s. mais elle se renforce du fait des progrès constants de l’artillerie. Cette charge ne se limite pas à la seule adaptation des places-fortes mais aussi à la fourniture en pièces d’artillerie, en munitions, et surtout en personnel qualifié. Pour les Neufchâtel, la réponse consiste à concentrer les moyens sur quelques places en privilégiant celles qui disposent déjà de bonnes qualités défensives – généralement renforcées par une enceinte urbaine – et d’un intérêt géostratégique. Dans l’ensemble du corpus, Châtel-sur-Moselle se distingue nettement, par son architecture mais également par la présence d’un officier permanent dévolu à l’artillerie dont on ne trouve aucune trace dans les fragments de comptabilité dont on dispose pour Neufchâtel, Blamont, l’Isle-sur-le-Doubs ou Châteauvieux.
Bibliographie
Bibliographie
APPIER-HANZELET (Jean), La pyrotechnie de Hanzelet Lorrain ou sont representes les plus rares & plus appreuvez secrets des machines & des feux artificiels propres pour assieger battre surprendre & deffendre toutes places, Pont-à-Mousson, éd. Jean et Gaspard Bernard, 1630.
BERTIN (J.) – « Le siège du château de Vellexon en 1409 », In : Bulletin de la société d’agriculture sciences et art du département de la Haute-Saône, 3e série, n° 31, Vesoul, L. Bon, 1900, p. 1-190.
CROUY-CHANEL (Emmanuel de), FAUCHERRE (Nicolas), PROUTEAU (Nicolas) (dir.), Artillerie et fortification 1200-1600, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2011.
CROUY-CHANEL (Emmanuel de), Canons médiévaux. Puissance du feu, Collection Patrimoine Vivant, Paris, Rempart, 2010.
DEBRY (Jacques), Sauvegarde de la forteresse des sires de Neufchâtel, Association du vieux Châtel, s.l., 1975.
DEBRY (Jacques), « Jean Ier », « Thiébaut VIII », « Jean II » et « Thiébaut IX », « Claude », In : Les Chevaliers de l’Ordre de la Toison d’or au XVe siècle, Notices bio-bibliographiques, dir : R. De Smedt, Peter Lang, Francfort, 1994, p. 65-67, 86-87, 113-115, 127-130, 197-198.
DEPRETER (Michael), De Gavre à Nancy (1453- 1477). L’artillerie bourguignonne sur la voie de la « modernité », Burgundica 18, Turnhout, Brepols, 2011.
DE VRIES (Kelly), SMITH (Robert), Medieval military technology, Toronto, University of Toronto Press, 2012.
GIULIATO (Gérard), Châteaux et villes fortes du comté de Vaudémont en Lorraine médiévale, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 2008.
La Haute-Saône : Nouveau dictionnaire des communes, Société d’Agriculture, Lettres, Sciences et Arts de la Haute-Saône, Vesoul, 1969-1974.
LEDUC (Antoine), « Bombardelle », In : D’Azincourt à Marignan. Chevaliers et bombardes (1415-1515), Paris, Gallimard / Musée de l’Armée, 2015, p. 170.
LOCATELLI (René), SCHWIEN (Jean-Jacques), BLANDIN (Patrick), CAVIGLIO (Patrick), Le château de Montfaucon. Du bourg au village, Association Le château de Montfaucon, Montfaucon, 2012.
MARCHAL (Laurent), « La chronique de Lorraine », In : Recueil de documents sur l’histoire de Lorraine, Nancy, Wiener, 1859.
MESSNER (Maxime), Les ouvertures de tirs pour armes à feu dans les châteaux de Franche-Comté (1350-1700), utilisations, formes, fonctions, Mémoire de Master, Université de Strasbourg, 2016.
MOREAU (abbé), Histoire de Grancey et de sa seigneurie par l’abbé Moreau (1814-1883), [Édition complétée d’un manuscrit ancien de l’abbé Moreau], Société d’histoire Tille-Ignon, Is-sur-Tille, 2007.
MULLER (Vianney), Le patrimoine fortifié des Neufchâtel-Bourgogne (XIIIe-XVIe siècles), [thèse de doctorat], Université de Lorraine, 2015.
MULLER (Vianney), « Le patrimoine castral de la famille de Neufchâtel-Bourgogne : quelle place pour les modèles ? », In : Apprendre, produire, se conduire. Le modèle au Moyen Âge, Actes du XLVe congrès de la société des historiens médiévistes de l’enseignement supérieur public 22-25 mai 2014, Paris, Publications de la Sorbonne, 2015.
TROUILLAT (Joseph), VAUTREY (Louis), Monuments de l’histoire de l’ancien évêché de Bâle, t. V, Porrentruy, Gürtler, 1867.
WILLAIME (Bernard), Le château de Châtel-sur-Moselle. étude archéologique, thèse de 3e cycle, Université Nancy 2, 1981.
Notes de bas de page
1 Sur ce lignage voir : Debry, 1975 ; Debry, 1994 ; Muller, 2015a.
2 AD 21, B 11877, fol. 35 r°, cité par Bertin, 1900, p. 102.
3 Idem, fol. 28 v°.
4 Trouillat, Vautrey, 1867, p. 262.
5 Respectivement situés sur les communes d’Ecurcey (25), Blussangeaux (25), Montéchéroux (25) et Colombier (70).
6 Sur l’ensemble de ces sites, se reporter à Muller 2015a.
7 Deux sites sont rejetés du corpus des possessions familiales. Chemilly (70), vraisemblablement adapté à l’artillerie par une branche bâtarde issue de Jean Ier de Neufchâtel-Montaigu après 1433 et Larochette (Luxembourg), coseigneurie dont le château est subdivisé en plusieurs parts.
8 Muller, 2015a, II, p. 107-133.
9 Idem, III, p. 451-472.
10 AD 25, ECM 1230, fol. 8 r°-v°.
11 Rappelons que Châtel-sur-Moselle, situé sur la vallée de la Moselle au cœur du duché de Lorraine, est un fief relevant du duché de Bar.
12 Ordonnance de Jean sans Peur de 1411, citée dans La Haute-Saône : Nouveau dictionnaire des communes, 1969- 1974, III, p. 8-9.
13 Muller, 2015a, I, p. 171-175.
14 AD 54, B 4156, fol. 35 r°. La comptabilité évoque la sculpture des armes des Neufchâtel sur la porte, en 1450, suggérant que les travaux sont déjà bien avancés.
15 Pour une description plus complète des vestiges en lien avec les Neufchâtel, se reporter à Muller 2015a, II, p. 197- 246. Pour une vision générale du site, on pourra consulter de nombreux relevés d’architecte dans Willaime 1981 (dont nous ne reprenons toutefois pas certaines interprétations).
16 Les restaurations sont nombreuses, mais les clichés antérieurs permettent dans la plupart des cas d’attester des principales caractéristiques de ces ouvertures.
17 Mesqui 1993, II, p. 291, 315-321 ; Messner, 2016, I, p. 94-97.
18 Mesqui, 1993, II, p. 315-316.
19 Messner, 2016, I, p. 113-114.
20 AD 54, B 4155, 1447-1448 ; Ibid., B 4160, fol. 35 r°, 1454-1455 ; Ibid., B 4165, fol. 41 r°, 1465-1466 ; Ibid., B 4166, fol. 14 r°, 1467-1468 ; Ibid., B 4167, fol. 17 r°, 1468-1469.
21 Les gages proposés par les ducs sont très variables : 30 £ annuelles de pension pour les frères du Flocq en 1453 ; 60 £ pour Hanse Vanden Berge de 1459 à 1467 ; 72 £ pour Arnaud de Connelances ; 54 £ pour Thielmann de Vienne et Baudoin d’Avesnes en 1466. Toutefois les gages peuvent être beaucoup plus élevés, par exemple 216 £ pour Bertrand Samain en 1467. Ils sont soumis à une forte augmentation en temps de guerre ; Depreter, 2011, p. 64-69).
22 AD 54, B 4166, fol. 14 v°, 1467-1468. Le compte porte une rature avec une première rédaction à 6 florins 3 gros.
23 AD 25, EPM 1325, fol. 7 r°.
24 Marchal, 1859, p. 73.
25 Idem, p. 92.
26 AD 25, ECM 5043, n° 4.
27 AD 54, B 4167, fol. 19 r°.
28 Marchal, 1859, p. 95.
29 Idem, p. 99.
30 Leduc, 2015, p. 170, cat. 12 et cat. 13.
31 Locatelli, Schwien, Blandin, Caviglio, 2012, p. 325.
32 Giuliato, 2008, p. 111.
33 Appier-Hanzelet 1630, p. 102-109, 114.
34 Marchal, 1859, p. 251.
35 Moreau (éd.), 2007, p. 83-84 citant probablement A.D.C.O. B 11 867.
Auteur
-
Vianney Muller
Docteur En Histoire Et Archéologie Médiévales, E.A. 1132 – Hiscant-Ma, Université De Lorraine
Le texte seul est utilisable sous licence Licence OpenEdition Books. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.
D’un regnum à l’autre. La Lotharingie, un espace de l’entre-deux ?
Tristan Martine et Jessika Nowak (dir.)
2021
Le geste et la trace
Actes du deuxième colloque international - 19, 20 et 21 juin 2013 - Grand Salon de l’Hôtel de ville de Nancy - Place Stanislas
Francis Janot, Denis Morin et Gérard Giuliato (dir.)
2015
Fortification et artillerie en Europe autour de 1500 : le temps des ruptures
Actes du colloque international organisé les 11 et 12 décembre 2015 à Epinal et à Châtel-sur-Moselle
René Elter et Nicolas Faucherre (dir.)
2018
Le "Château des Armoises" à Richardménil (XIVe-XVIIe siècle)
Archéologie d’une maison forte lorraine
Gérard Giuliato (dir.)
2007
L’Austrasie
Sociétés, économies, territoires, christianisation
Jacques Guillaume et Édith Peytremann (dir.)
2009
La nécropole médiévale du Mont Saint-Germain (VIe-XVe siècle) à Châtel-Saint-Germain (Moselle)
Jacques Guillaume et Claude Lefebvre (dir.)
2011
Le Château de l’Avant-Garde à Pompey (tome 1)
Céramiques et Verres du Moyen Âge et de la Renaissance
Gérard Giuliato (dir.)
2010
