Chapitre II. De la composition de la figure humaine
p. 59-60
Texte intégral
1La forme virile est la vraie perfection de la figure humaine. L’idée parfaite de sa beauté est l’ouvrage immédiat de la divinité, qui l’a créée unique et d’après ses propres principes. Comme il n’en a créé d’abord qu’une seule, la deuxième, la troisième, la quatrième et toutes les autres créatures qui vinrent ensuite se sont écartées de plus en plus de cette première sortie des mains du Créateur et elles ont dégénéré de son excellence primitive. Alors, changeant de forme et de caractère, elles ont emprunté diverses parties du lion, du taureau et du cheval, qui surpassent tous les autres animaux par la force, le courage, et la grandeur du corps. Les exemples qui suivent démontreront le rapport que la figure de l’homme peut avoir avec ces animaux.
2Le cube et le carré sont, comme on l’a déjà dit, les éléments primitifs de tout ce qui a de l’étendue dans le corps humain. Le triangle et la pyramide y président depuis les épaules jusqu’à la plante des pieds, ainsi qu’on 1’a remarqué ci-devant, en parlant de la proportion élémentaire.
3On voit en effet que, dans la figure humaine, toutes les parties supérieures sont plus amples et plus larges et qu’elles finissent en diminuant vers les extrémités. Ainsi la forme pyramidale domine dans la figure de l’homme et la cubique dans ses mouvements ; car ce n’est pas le même principe qui préside à ses actions et aux formes de sa figure, comme on le prouvera ci-après dans les exemples qui accompagnent la description du corps féminin.
DU RAPPORT DE LA TÊTE DE L’HOMME AVEC CELLE DE QUELQUES ANIMAUX
4Le visage de l’homme tient beaucoup de la tête du cheval ; cette ressemblance est visible dans la tête de Jules César et sur la planche I, où l’on peut remarquer comme le visage qui tient du cheval doit être long et ovale, avec le nez long et droit, les ossements fortement ressentis, la face dure, les joues de même, en conservant pourtant quelque chose de plus doux et de plus délicat1.
EXPLICATION DE LA PLANCHE I
- L’avancement de la tête.
- Le creux de la tête.
- Le décharnement de la joue.
- Le renflement de la joue.
- 5 L’égalité ou le plat de la joue.
- La partie circulaire du dessous de la tête.
5Les planches II, III et IV sont une confirmation des principes établis ci-devant et font voir la ressemblance du visage de l’homme avec la tête du bœuf ou du taureau.
6La planche V fait voir comment la tête d’Hercule2 et celle des athlètes ou des hommes les plus vigoureux est formée de celle du lion, mais avec tant d’art et d’adoucissement qu’on a de la peine à s’en apercevoir.
7On voit sur la planche VI que l’homme, composé des éléments de l’univers, participe de tous les animaux ; mais les traits qui en dérivent sont si bien ménagés et tellement disposés qu’on ne peut les distinguer, comme on vient de le dire. Cela se trouve ainsi dans l’homme parfait en général, mais dans le particulier il y a toujours pour chaque homme quelque animal dont la ressemblance domine en lui et qui influe sur son caractère.
8Les planches VII et VIII offrent une confirmation de ce principe dans les fesses et les cuisses ainsi que dans les bras et les épaules des hommes forts et nerveux, dont les muscles apparents ont beaucoup de ressemblance avec les mêmes parties des animaux ci-dessus.
Notes de bas de page
1 Un buste de César, probablement du xvie siècle, appartenant à Rubens et vendu par celui-ci au duc de Buckingham en 1626, inspire les dessins du visage de l’Imperator sur la planche I (f° 10r° du manuscrit de Ganay, avec une inscription citant Juli[us] Caesa[r]). Nous connaissons des dessins de Rubens (ou d’après Rubens) représentant ce buste, et un portrait peint de César d’après lui (cf. M. van der Meulen, Copies after the Antique, II, n° 109 sq.).
2 Le modèle est l’Hercule Farnèse, dessiné sans doute d’après un moulage, car la statue reposait sur un haut piédestal (cf. M. van der Meulen, ibid., I, p. 55).
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